‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 33 sur 459 · LANGUE MATERNELLE — 1121 — LANGUE MATERNELLE · texte numérisé non relu

LANGUE MATERNELLE — 1121 — LANGUE MATERNELLE

sioii dans un proverbe comme : Qui terre a, guerre II, ou dans : Il faut bien faire, et laisser dire. Un moyen de faire aimer en mfime temps que de faire apprendre la langue maternelle, ce sont les cliansoiis, ([ui doivent avoir une place importante il l'école, ;\ condition que les paroles soient bien choisies et méritent d'ûtre retenues. Le jour où les élèves do toutes les régions de la France emporteront de I école un certain nombre de chants parlant d'une inspiration pure et élevée, un lien de plus aura été créé entre rranç,ais et la langue maternelle aura accru son empire sur les ca'urs.

Pour faire sentir la propriété des termes, un bon exercice est de choisir une idée et de montrer de combien de manières la langue parvient à la rendre. Je suppose qu'il s'agisse du yavbe premlre et do ses différentes nuances : « Le soldat saisit son arme ; l'enfant cueille une fleur ; les gendarmes appréhendent un voleur; le chat «/icffpe la souris ; l'armée enlève la position ; l'écolier comprend le problème. » On fera percevoir ainsi la métaphore qui assimile notre intelligence il des mains qui s'emparent d'un objet. La langue anime tout : « Une auberge boigne; une affaire louclœ; sourd comme un pot. «Les images de notre langue se rattachent il un passé qu'il faut tâcher de faire revivre. Tantôt elles nous viennent d'un jeu, par exemple dujeude paume : "Il a pris la balle au bond. Je vais lui renvoyer la balle. Il s'est laissé empaumer. » Tantôt c'est à quelque profession qu'elles sont empruntées, comme celle du meunier, ou de l'aubergiste, ou du marchand, ou encore à la vie militaire ou il la marine. Pour ne parler que de cette dernière, voyez combien elle foui'nit de termes : «Allons l'accoster ! il ne veut pas démarrer d'ici. Aborde-le! Mettons le grappin sur lui ! Donnons-lui la chasse ! » Des expressions d'un usage courant, telles que échouer ou arriver, n'ont pas d'autre origine. Les écrivains comme La Fontaine et Saint-Simon abondent en expressions pittoresques, parce qu'ils savent la langue de beaucoup de corps d'état et de la plupart des situations sociales.

L'étude de la formation des mots et leur classement on groupes et en familles a fait des progrès, grâce à de bons livres qui sont aujourd'liui entre les mains de tous nos maîtres. Ici surtout il iraporte de choisir ses exemples : autant que possible des verbes, et des verbes ayant pris naissance en français. Tel est le verbe monter, qui vient du substantif mo'd, l'idée du mouvement ascensionnel en général ayant été exprimée par un verbe qui voulait dire d'abord escalader une montagne. Voyez la hardiesse d'une langue qui dit : montur h cheval, le prix du blé a monté, le vin monte dans la bouteille. Ce verbe a Klonné les composés : surmonter (avec son dérivé insunnonlnl/le), remonter (un cavalier de remonte), démonter (cette interruption a démonté l'orateur). On dit aussi : la montée d'une colline ; le montant d'une échelle, ou encore d'une note ii payer ; le uiontaye dune machine, d'une filature ; la monture d'un cavalier, ou encore celle d'un thermomètre, d'un violon, d'un pistolet, d'un éventail, d'un bijou. Quand on dit qu'un directeur de théâtre monte une pièce, on compare le drame à un mécanisme dont les acteurs et les décors forment les ressorts et les rouages. Monter la tête il quelqu'un, c'est lui disposer la tète de telle façon qu'elle soit prête à un certain acte, ordinairement quelque sottise. Nous retournons maintenant au primitif tnont pour l'entourer de ses dérivés montueux et montagne (qui a donné mont agnaril et montagneux). Enfin, en latin mons avait déjà donné promontoire. Les verbes passer, tourner, d'autres encore, pourraient donner lieu ii des classifications analogue.?. Un tel exercice, fait do temps ii autre, montre il l'élève quels sont les moyens de formation dont

i' PARTIE.

dispose notre langue et le parti intelligent qu'elle en a su tirer. Le maître pourra écrire exprès et dicter quelque narration renfermant nombre de mots de même famille, et que l'élève rapportera soulignés.

On sait la difficulté qui se rencontre ici : à côté dos mots d'origine populaire, il y a des mots d'oxtraction savante, tirés du latin par les érudits. Tandis que les mots populaires sont toujours bien formés, ceux d'origine savante laissent parfois à dire, car ils ne sont guère autre chose que le mot latin qu'on a fait entrer tout vif en français. Ainsi éteindre et éteignoir sont d'origine populaire ; mais inextinguible et extinction sont de prove-' nance savante. C'est au tact de l'instituteur qu'il appartient d'examiner dans chaque cas s'il est possible de faire sentir la parenté aux élèves. Pour le verbe muer, par exemple, on pourra montrer le sens primitif, qui est « changer », par le rapprochement des composés commwr et remuer, et dès lors il sera possible de mentionner les mots savants tels que permutation et cornmutiition. Mais il serait difficile, ii l'école, de faire sentir la parenté de strict et étroit, de direct et adresse. Entre deux mots d'origine populaire, souvent la parenté remonte aux temps de la langue latine ; il vaut mieux alors n'en point parler. Comment faire comprendre il des écoliers le lien qui rattache le verbe pondre aux substantifs dépôt et compote ? D'autres fois, on peut bien composer des groupes, comme quand sous le verbe écrire on réunit les mots savants conscription et proscriplio/t ; mais le sens qu'ont ces derniers termes n'est éclairé que par l'histoire de la langue latine et des institutions romaines. Il faut donc un certain choix dans cette étude si intéressante.

Pour les élèves voisins de nos frontières du midi, l'italien ou l'espagnol aideront il éclairer le français ; ils seront comme des plantes exotiques qui appellent l'attention sur les productions de notre sol. Pour tous ceux qui, ii côté du français, possèdent un patois, le patois donnera pareillement matière il de nombreux et instructifs rapproments. Les expressions anciennes et bien formées y abondent. A Jersey, non loin de Saint-Hélier, sur un poteau placé à l'entrée d'un champ, on peut encore lire aujourd'hui ces mots u : Il est défendu de trépasser dans ce champ. » Nous avons ici l'ancien mot trépasser, en italien trapnssar^ employé comme dans le livre des Rois : « Et la charogne Jesabel girra cume feins (comme du fumier) el champ de Israël, si que 11 trespassant dirrunt: Est-ço la noble dame Jesabel ? » Ce mot, qui marque le passage il travers, n'est plus usité en français littéraire que dans le sens unique du grand passage. Le même préfixe se trouve dans tressaillir, tressauter, et notre adverbe très, qui voulait dire : « de part en part, tout à fait », n'a pas d'autre origine. Que d'expressions pittoresques les patois ne contiennent-ils pas ! Dans le Berry, une toile d'araignée s'appelle une arantéle; nous avons ici l'ancien mot d'aragne, encore employé par La Fontaine, figurant comme premier terme d'un composé. A des enfants on dit: «Allez vous éraguer dans le jardin ! » C'est le même verbe qui est contenu dans vagaliond et extravagant. Les petits Parisiens n'ont pas de patois à leur usage ; mais l'instituteur fera bien de leur citer de temps il autre quelques mots de ce genre, pour leur donner une idée plus juste de ces anciens dialectes : ils ne sont pas la corruption ou la caricature du français ; ce sont dos idiomes non moins anciens, non moins respectables que lo français, mais qui, pour n'avoir pas été la langue do la capitale, ont été abandonnés il eux-mêmes et privés de culture littéraire. Que nos enfants accueillent toujours avec affection et curiosité ces frères déshérités du français ! Une fois qu'ils auront l'habitude d'observer

les mois, ils feront attention aux idées et aux usages.

C'est ainsi que tous les moyens concourront a enrichir le vocabulaire de l'élève. On a remarqué que nos écoles jettent tous les ans dans la société une quantité de jeunes gens qui savent lire, mais qui ne lisent point. Les plus belles œuvres de notre littérature sont non avenues pour eux ; tout au plus les journaux avec leurs produits frelatés, faits divers, procès criminels, feuilletons, parviennent-ils à captiver un instant leur attention. Si les élèves de nos écoles ne lisent pas assez, c'est que beaucoup de mots qu'ils rencontrent dans les livres n'ont pas pour leur esprit un sens précis et clair. Ils ferment bientôt des volumes dont la pensée se dérobe pour eux. Le temps passé à expliquer les mots ouvrira l'esprit aux idées et aux . choses. Par les mots l'homme entre en possession de l'héritage intellectuel de ses ancêtres. Quelles longues et précieuses conquêtes de l'humanité ne représentent pas les noms de vertu, liberté, justice, lionneuf, charité, droit, iievoir, pairie f Mais pour les posséder, il ne suffit pas de les recevoir; on ne les tient vraiment que quand on a refait le travail qui les a créés. 11 faut repenser ces mots, il faut savoir ce qu'ils ont coûté d'efforts et de luttes parfois sanglantes; autrement on ressemblerait à l'homme qui apporte une dépêche, mais qui en ignore le contenu. Voltaire pendant soixante ans pense, écrit, agit, combat, et cette longue suite d'efforts vient se résumer dans le mot de totéran V, qui prend place dans notre vocabulaire. Celui de bienfaisance, si familier à nos oreilles, est seulement entré dans la langue au siècle dernier; il est du à l'abbé de Saint-Pierre. Montrons aux enfants cequevalent ces diamants du langage. Une fois que l'élève aura pris l'habitude de chercher ce qui est derrière les mots, ce sera pour son esprit un besoin et une règle. Il voudra vérifier ce qu'on lui propose. 11 n'est pas surjirenant que l'enseignement do la langue, pris dans toute son étendue et dans son vrai sens, se confonde avec l'éducation générale, puisque le langage est le principal instrument de communication entre les hommes, et puisque au moyen de la parole les générations sont solidaires les unes des autres. C'est ainsi que l'enseignement delà langue maternelle forme à la fois le commencement et le centre des études, et que le maître qui le donne dans toute son étendue en fait pour ses élèves le principal instrument de progrès. [Michel Bréal.]

L.iti^'E; [L.iXGui; ET LiTTiinATuiiE). — Littératures étrangères, Vll-1\. — Le latin est une des deux langues classiques. 11 a ces^-é d'être une langue vivante vers le vm' siècle de notre ère. 11 a exercé une très grande inHuence sur le développement de la civilisation moderne, d'abord comme langue d'un des plus grands empires du monde, puis par la ricliesse du la littérature dont il a été l'organe, ensuite parce qu'il est resté la langue ufticielle de l'église catholique, et longtemps aussi la langue en quelque sorte internationale des érudits, des savants et des diplomates de toute l'Europe occidentale, enlin parce que c'est du latin que sont sorties les langues romanes *, italien, espagnol, portugais. pi'Ovençal, français et roumain. N'oublions pas non plus la place importante qu'a tenue et que tient l'étude de cette langue dans ce qu on est convenu d'appeler une éducation libérale.

D'après les données de la philologie moderne, le latin, ainsi appelé parce qu'il fut la langue des j peuples du Latium (Italie centrale), est une des deux branches de l'ancienne langue italique, qui avec le grec, l'allemand, le sanscrit, etc., s'est formée d'un ancien idiome asiatique qui fut la langue des Aryas primitifs. La langue latine n'est donc pas issue de la langue grecque ; c'est seulement une langue sœur de celle des Hellènes.

On a remarqué justement que le latin est avant tout la langue de la tribune, la langue oratoire. 11 se prête mal à la poésie, car il est peu métaphorique ; il ne se met pas non plus facilement au service de la philosophie, car il est trop pauvre en expressions abstraites. On y rencontre peu de ces mots composés qui abondent en grec et qui trahissent dans l'esprit d'un peuple des instincts d'analyse et des habitudes de finesse et de réflexion.

Tous les alphabets italiques sont d'origine grecque : on sait que les alphabets grecs ne sont euxmêmes que des réductions de l'alphabet phénicien. Qui introduisit l'alphabet grec en Italie'? Evandre et les Arcadiens selon Denys d'Halicarnasse, Tite- Live et Tacite, les Pélasges selon Pline.

Cicéron comptait 21 lettres dans l'alphabet latin en y comprenant le G, qui n'est autre chose que le C modifié ; deux des voyelles, I et U, servaient à la fois de voyelles et de consonnes f J et V). La prononciation du latin qui a cours en France n'est pas la même que celle qu'on a adoptée en Allemagne et en Italie, où l'on s'est probablement moins écarté de la prononciation ancienne. Par exemple, le son u n'a jamais existe en latin ; on devrait prononcer ou : Dominus devrait se prononcer Dominons. C et G n'ont pas non plus, dans la prononciation suivie en France, la même valeur qu'en Allemagne et en Italie. Il serait à souhaiter que la prononciation italienne, qui marque l'accent tonique et qui doit être évidemment la moins défectueuse, fût enseignée dans l'Université, sauf peut-être quelques légères modifications de détail. Celte pratique aurait, entre autres avantages, celui d'encourager et de faciliter l'étude de l'italien.

En latin, les noms, pronoms, adjectifs et verbes sont variables. Les flexions se font surtout par des changements dans la terminaison. Il y a trois genres, mais seulement deux nombres; cinq cas dans la déclinaison des noms, adjectifs et pronoms, et deux voix dans les verbes, la voix active et la voix passive : mais certains verbes, n'ayant que la forme du passif avec le sens de l'actif, sont appelés déponents.

On peut diviser l'histoire de la littérature latine en quatre périodes principales :

1° Période primitive, avant l'influence grecque. 2" Période de formation, depuis Livius Andronicus jusqu'au temps de Sylla.

3° Epoque de perfection (fin de la république et siècle d'Auguste).

4° Période de décadence, depuis .Auguste jusqu'à la fin de l'empire romain.

Si l'on jette un coup d'œil d'ensemble sur les destinées du peuple romain, on reconnaîtra d'abord que le goût des lettres comme des arts ne lui est venu qu'assez tard. Parmi les genres littéraires, l'éloquence est le seul véritablement indigène ; les autres champs de connaissances furent longtemps négligés, et ce n'est que vers le vi" siècle après la fondation de Rome que les Romains furent amenés, par des relations plus étroites avec les Grecs, à imiter sous toutes ses formes la littérature de ces derniers. Un manque d'originalité, au début, et plus tard, une constante prédominance du genre oratoire même dans la poésie, la philosophie et l'histoire; enfin, le culte du bon sens, le souci du décorum, avec une certaine tendance à la malice et à la railleri-, tels sont les principaux caractères généraux do la littérature latine.

l. — PÉniODE Pr.ISIITIVE.

La pauvreté de la littérature romaine pendan t la période primitive, c'est-à-dire pendant les cinq premiers siècles, s'explique en partie par cette longue suite de guerres au prix des({uelles Rome dut acheter laborieusement la conquèt.^ de l'Italie.

Les fragments les plus ancieus de liltéralure

LATINE (LITTÉllATUIlE) — 1123 — LATINE (LITTÉRATURE)

latine qui nous soient parvenus sont de trois sortc'S : 1" des textes de lois; 2° des inscriptions ; '■P des poésies.

I» Texlrs de lois. — Il ne reste que quelques débris peu importants des Lois royales, que l'on suppose avoir clé rédigées par un certain Papii-ius; 1rs lois do Nunia, qui auraient été brûlées parordi-i' du Siinat comme hérétiques, n'ont peutêtre j.iinais l'xisté. On possède au cnntr.nirn do précieu\ frnijnu'nis de la loi des Dmi- Tr'J r'^li^'ée parles Dccrmvirs, etqui auraiti i tn iu Fo-

rum. Ces liblfs, détruites par li'; i.mliM Su^ de leur entrée îi Home, furent r(Ci>iu|Hj,.:ijs dans la suite et reslèrciU lungtcmps Ir l'oiiili'iucnt du droit romain. C.ioéron dit qu'on les faisait apprendre aux enfants par cœur comme une formule obligatoire. M. Mommsen y trouve déji linlluence des idées grecques et quelques progrès d'humanité, quoiqu'elles soient très dures et très rigides encore, et empreintes ci et là d'une superstition grossière. Ce progrès relatif se voit surtout dans ce (|ui touche aux règlements do la vie civile et dans les clauses qui concernent le mariage, le droit de tester, la limitation des droits du père de famille, le droit d'appel en cas de condamnation à mort, etc. Le débiteur insolvable y est surtout maltraité; il est à la merci de son créancier, qui peut le garder en prison chargé de chaînes dont le poids est déterminé, et, après cinquante .jours de sursis, le tuer ou le vendre au delà du Tibre; cette loi permet aussi de tuer les enfants difformes, punit de mort une insulte aux magistrats , le vol nocturne, etc.

2° Inscriptions. — Ce qui distingue les inscriptions romaines des iiiscriptions grecques et ce qui fait qu'elles sont beaucoup moins instructives pour riiistorien, c'est qu'elles sont plus concises ; les Grecs, grands parleurs de tout temps, avaient même certaines tendances à bavarder sur la pierre. Le génie romain, au contraire, a gardé longtemps le laconisme le plus sévère dans les inscriptions ; ce n'est que vers l'époque de la décadence des lettres latines que les inscriptions sont devenues verbeuses et prolixes.

Les recueils modernes les plus importants d'inscriptions latines (ceux d'Orelli et de JUommsen) renferment principalement la chanson des Frères Arvales, l'inscription du tombeau des Scipions (([uatre épitaplies), l'inscription de la colonne Duilienne, document précieux pour l'historien, mais où il n'y a guère autre chose à glaner pour les lettres que des noms et des dates.

3° Poésie primitive. — Les Romains n'ont eu ni la versatilité, ni l'imagination, ni l'esprit ouvert des Grecs. Leurs qualités dominantes étaient un jugement sain , beaucoup de bon sens, en même temps (|u'une grande force et une grande persévérance de volonté. Ces qualités ne sont p.is particulièrement favorables au di\'ln|i|Hiii(Mit du goût poétique. Aussi longtenivs Imi:- <|ii ils restèrent eux-mêmes àl'abride touH' iiillucnr,' ciiangère, il n'y a pas h, chercher chez eux les traces d'une véritable poésie, ni autre chose qu'une muse utilitaii'e et pratique au service de la religion et des nécessités de la vie quotidienne. La poésie n'était tolérée que pour l'usage du culte. Caton, cite par Aulu-Gelle, dit à l'éloge de la vieille Rome que l'art des poètes n'y était pas en honneur. Parmi les plus vieux fragments poétiques, c'est-àdire les fragments de prose rhytiimée, il faut citer d'abord les prédictions et les oracles; les anciens Romains croyaient à des dieux et surtout à des déesses placés dans les bois, près des sources d'eau minérale, dans les grottes, et auxquelles ils prêtaient la ronnaissance de l'avenir ; des formules attribuées à ces prophétesses, à ces sybilles, telles que Fauna, Egéria, etc., il ne reste ([ue des souvenirs 'égjndaircs; Horace parle cependant de

recueils de ces premiers vers en rhythmo grossier.

On peut ranger dans la mémo classe les chants dits des prêtres Saliens [sauteurs), chargés de conserver le fameux bouclier sacre tombé du ciel au temps de Numa, sorte de palladium qui devait assurer l'éternité de Rome. Ils célébraient des fêtes annuelles pendant tout le, mois di' mu's; ils exécutaient alors autour des auii'ls uni! danse guerrière, comparée par Sénèque au Ir. pi^neincnt du foulon, et ciiantaient des espèces de litanies en frappant sur leurs boucliers ; il ne reste rien de ces fameux chants dont Ouintilien dit que les Saliens de son temps ne comprenaient plus eux-mêmes le sens original.

Une autre corporation de prêtres, les Frères Arvales, c'est-à-dire rustiques, dont la légende faisait remonter l'origine jusqu'au temps de Romulus et qui étaient voués au culte de la déesse Dia, très semblable à celui de Cérès, chantait aussi un rituel rhythmé accompagné de mouvements de danse, dont un fragment, déterré à Rome en 1778, révèle une forme de langue encore très primitive.

On peut encore citer, parmi les monuments informes de cette poésie primitive, les fragments de complaintes funèbres ou «<'(/"<, répéii'ps avec accom|)agnement di' llntr et qui i-'iilrnii lirnt des maximes morales avrc Irlnj;.' i!n ili'lunl ; plus tard, ces nénies furent l'ijcitrus duvaiK la maison mortuaire et près du bûcher par des pleureuses à gages.

On aura épuisé la liste de ces poésies priiTiitives, si on y ajoute les chants de triomphe, répétés par l'armée victorieuse en rentrant à Rome et en suivant le char de son général. En somme, tout ce que nous venons de voir ne tient encore à la poésie que d'assez loin.

Y a-t-il eu chez les Romains comme presque chez tous les peuples quelques éclosions spontanées de poésie épique 'I Un grand érudit allemand, M. Niebuhr, le croit, et il suppose que toutes les légendes relatives à la fondation et aux premières années de Rome, l'histoire de Romulus et de Rémus, leur naissance, leur allaitement par une louve, puis l'enlèvement des Sabines, le combat des Horaces, auraient eu leur origine dans une grande épopée primitive, sorte d'Iliade romane qui aurait été composée après l'invasion des Gaulois; mais il semble que ce n'est là qu'une ingénieuse et brillante hypothèse sans fondements dans la réalité, car si toutes ces légendes romaines avaient été des créations du génie poétique, et étaient devenues populaires à force d'être chantées et répétées dans les festins, comme le prétend Niebuhr, il est évident que les poètes auraient été dans la vieille Rome, comme dans la Grèce antique, entourés d'une certaine auréole de popularité. Et au contraire, nous avons déjà dit le peu de cas que les Romains faisaient d'eux.

De toutes les espèces différentes de poésies, la poésie dramatique semble avoir été le plus en conformité avec le caractère du peuple romain, (iomme les Italiens actuels, dit Teuffol, les anciens Romains possédaient un œil éveillé pour remarquer les particularités et les apparences extérieures. Ils avaient le talent et le goût do l'observation minutieuse, et une grande facilité à imiter le» travers d'autrui et à trouver de vives reparties. De là ces improvisations, ces chansons, ces dialogues enjoués et satiriques qu'on trouve de bonne heure dans la littérature latine. Les plus anciennes do ces chansons plaisantes sont les chants t-scennms, appelés ainsi de la ville de Fescenniuni en Etrurie. Ils se chantaient dans dos fêtes rustiques célébrées à l'occasion des moissons d'abord, puis des cérémonies nuptiales, dans lesquelles on se renvoyait de grossières plaisanteries qui faisaient les délices do la populace

Ces cliants fescennins ont été probablement le berceau de la comédie latine. D'autres représentations champêtres, qu'on appelait les Satires (mélanges), pots-pourris confus de récits comiques, de tours de force grotesques et de danses au son de la flûte, étaient encore en honneur en l'an -36 i avant Jésus-Christ, quand on éleva uu théâtre de bois dans le rirque à Rome ; et même lorsque les drames réguliers Ji la mode grecque s'importèrent à Rome, ces représentations de saltimbanques et ces farces grossières des clowns étrusques restèrent encore sur la scène, comme des espèces d'intermèdes plus en harmonie avec les goûts grossiers de la majorité des spectateurs. Les Mimes, qui fleurirent aussi de très bonne heure à Rome, ne se distinguent pas très bien de cette première forme scénique. Ce devait être, d'après les auteurs anciens, une espèce de représentation bouffonne de la vie ordinaire, mélange bizarre à<- plaisanteries licencieuses et de sentences d'une sagesse pratique, tout à fait accommodé au tempérament plébéien. La satire des grands personnages contemporains n'en était pas exclue. Le costume des Mimes était une sorte d'habit d'arlequin. Les acteurs qui représentaient ces pièces étaient toujours des personnages de condition basse, objets des mépris de tous. Ce théâtre boulTon était tellement dans les mœurs et le génie des Romains, qu'il a traversé les siècles et survécu dans la Commedia delV Arte en Italie.

Outre les Mimes, le théâtre populaire primitif comprenait encore un autre genre de pièces, les Atellanes (d'Atella, petite ville de Campanie). Les jeunes patriciens de Rome jouaient eux-mêmes masqués ilans ces pièces. L'intrigue générale, fort simple apparemment, était arrangée à l'avance; mais les détails étaient laissés à l'improvisation d'acteurs qui n'épargnaient pas les jeux de mots grossiers et les gesticulations équivoques.

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