IV. — 1. PniNCIPE GÉNÉRAL DE LA LÉGISLATION
ACTUELLE. — L'organisatioii militaire est actuellement réglée par la loi du 27 juillet 1872 sur le recrutement de l'armée. Cette loi pose en principe que tout homme valide peut être appelé de vingt à (juarante ans à faire partie de l'armée active et des réserves ; le remplacement est supprimé ; tous
les Français sont astreints au service militaire per- ■ sonnel.
2. Tableac be recensement. — Cliaque année la liste des jeunes gens qui sont appelés au service militaire est dressée dans toute la France par les soins du maire de chaque commune. Le maire doit porter sur cette liste, ou tableau de recensement, tous les jeunes gens ayant atteint dans l'année précédente l'âge de 20 ans et ayant leur domicile légal dans la commune. Les tableaux de recensement sont publiés et affichés dans chaque commune le 15 janvier au plus tard ; un avis, également publié et affiché, indique le jour où il sera procédé au tirage au sort.
Tirage au sort. — Le tirage au sort a lieu au chef-lieu de canton, en séance publique, en présence du sous-préfet assisté des maires du canton. Le tableau de recensement est lu h haute voix ; les jeunes gens, leurs parents ou représentants sont entendus en leurs observations, sur lesquelles le sous-préfet statue après avoir pris l'avis des maires. Le tableau de recensement étant ainsi définiuvement arrêté, chacun des jeunes gens, appelé dans l'ordre du tableau, prend dans l'urne un numéro qui est immédiatement procla nié et inscrit ; les parents des absents ou le maire de leur commune tirent à leur place. La liste par ordre de numéros est dressée à mesure que les numéros sont tirés de l'urne ; il est fait mention des motifs d'exemption et de dispense que les jeunes gens ont à faire valoir. Le tirage achevé, la liste est lue, arrêtée et signée parle sous-préfet et les maires : elle est ensuite publiée et affichée dans chaque commune.
3. Exemptions. — L'exemption complète du service militaire n'existe qu'au profit des jeunes gens que leurs infirmités rendent impropres il tout service actif ou môme auxiliaire dans l'armée. Les jeunes gens qui, au moment de l'examen de leur classe par le conseil de révision, n'ont pas la taille de 1 mètre 54 centimètres, ou sont reconnus d'une complexion trop faible pour un service armé, peuvent être ajournés deux années de suite, et c'est seulement après un examen définitif fait la seconde année, qu'ils sont classés comme propres ou impropres au service.
Dispenses. — Si l'obligation du service militaire est générale, elle ne pèse point sur tous avec la même rigueur. Des raisons d'humanité ou d'intérêt général ont déterminé la loi h accorder certaines dispenses : les jeunes gens qui profitent de ces dispenses sont exemptés du service d'activité en temps de paix, mais ils doivent en temps de guerre reprendre leur place dans l'armée. Ces dispenses existent au profit : 1° de l'aîné d'orphelins de père et de mère ; 2° du fils aîné ou unique d'une femme veuve, d'un père aveugle ou âgé de soixante-dix ans ; 3° du plus âgé de deux frères appelés à faire partie du même tirage si le plus jeune est reconnu propre au service ; •4° de celui dont un frère sert dans l'armée active; 5° de celui dont un frère est mort en activité de service, ou a été réformé ou misa la retraite pour infirmités contractées au service.
Engagement décennul. — 11 existe également une cause do dispense au profit des jeunes gens qui appartiennent à l'enseignement primaire comme instituteurs ou instituteurs adjoints, ou qui se préparent à la carrière de l'enseignement dans les établissements h ce destinés. Pour profiter de la dispense, ces jeunes gens doivent contracter devant le recteur, avant l'époque du tirage au sort, l'engagement de se consacrer pendant dix ans à l'enseignement et réaliser cet engagement; s'ils cessent, avant l'expiration des dix années, de faire partie, du corps enseignant, ils sont astreints à l'obligation du service militaire, coiume s'ils n'avaient point eu de dispense.
Sursis (l'appel. — Des sursis d'appel motivéspar les nécessités soit do l'apprentissage, soit de l'exploitation agricole, industrielle ou commerciale ^ laquelle se livrent les jeunes gens, peuvent être accordés en temps de paix ; le sursis est accordé pour un an et peut être renouvelé pour une seconde année. A l'expiration du sursis, le jeune homme qui l'a obtenu doit accomplir le temps de service qui lui est imposé à raison du numéro obtenu par lui au tirage. Les demandes de sursis sont adressées au maire, et transmises par lui au sous-préfet ; il est statué sur ces demandes par le conseil de révision.
Soutiens de famille. — Les jeunes gens qui sont les soutiens indispensables de leur famille peuvent être, à titre provisoire, dispensés du service ; ils sont désignés par le conseil municipal de la commune où ils sont domiciliés ; la liste est présentée au conseil de révision. Ces dispenses peuvent être accordées dans chaque département à concurrence de quatre pour cent du nombre des jeunes gens reconnus propres au service.
Conseils de révision. — Le conseil de révision est une commission chargée de statuer sur les réclamations auxquelles peuvent donner lieu les opérations du tirage au sort et sur les causes d'exemption ou de dispense. Le conseil de révision se transporte dans chaque canton; il procède avec l'assistance d'un médecin îi l'examen des jeunes gens compris au tableau de recensement; il prononce sur les causes de dispenses : les cas de dispenses sont jugés sur la production de documents authentiques, et sur les certificats de trois pères de famille domiciliés dans le canton et dont les fils sont soumis à l'appel. Les opérations du conseil de révision terminées, la liste cantonale est close. Quand les listes de tous les cantons ont été arrêtées, le conseil de révision se réunit au chef-lieu du département et, avec l'assistance de deux membres du conseil général, prononce sur les demandes de sursis d'appel et de dispenses pour soutiens de famille.
4. Registre matriclle. — 11 est tenu dans chaque département un registre, dit registre matricule, sur lequel sont portés tous les jeunes gens qui n'ont pas été déclarés impropres au service. Ce registre mentionne l'incorporation de chaque homme inscrit, ou la position dans laquelle il est laissé, et successivement tous les changements qui peuvent survenir dans sa situation. Tout homme inscrit sur le registre matricule qui change de domicile doit, sous peine d'une amende et même d'un emprisonnement, faire une déclaration tant à la mairie de la commune qu'il cesse d'habiter qu'à la mairie du lieu où il va s'établir.
5. DuBiiE DU SERVICE. — L'obUgation du service militaire existe de vingt à quarante ans. Dans cette période le soldat passe successivement dans l'armée active, dans la réserve de l'armée active, dans l'armée territoriale, et enfin dans la réserve de l'armée territoriale.
Année active. — La durée du service est de cinq ans dans l'armée active; toutefois l'obligation de servir cinq ans n'est imposée qu'à une partie du contingent. Chaque année le ministre de la guerre fixe une portion du contingent qui ne reste qu'un an sous les drapeaux; les jeunes soldats qui profitent de cette réduction sont pris dans l'ordre des numéros en commençant par les derniers. Les militaires de cette seconde partie du contingent qui justifient d'une instruction suffisante peuvent après six mois être renvoyés dans leurs foyers ; ceux au contraire qui ne savent pas lire et écrire et no satisfont pas aux examens peuvent être maintenus au corps une seconde année.
Réserve de l'armée active. — Après les cinq ans de service dans l'armée active, le soldat passe
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dans la rôserve de l'armée active, dont il fait partie pondant <|uatrc ans. Les hommes faisant partie de la réserve peuvent être rappelés par décision du ministre de la guerre; ils sont soumis pendant le temps qu'ils passent dans la réserve à deux manœuvres, dont la durée ne peut dépasser quatre semaines; ils peuvent se marier sans autorisation, mais ils restent, quoique mariés, soumis h toutes les obligations de la classe à laiiuello ils appartiennent. Les hommes de la réserve, pères de quatre enfants vivants, passent immédiatement dans l'armée territoriale.
Année lerritorialc et réserve de l'armée territoriale. — De la réserve de l'armée active, le soldat passe dans l'armée territoriale où il sert cinq ans, puis dans la réserve de l'armée territoriale où la durée du service est de six années. L'armée territoriale a une organisation spéciale par région ; clic peut être réunie à certaines périodes pour des manœuvres ou exercices ; les hommes de l'armée territoriale ne sont soumis au régime militaire qu'en cas de rassemblement. La mission spéciale de l'armée territoriale et de la réserve de l'armée territoriale est la défense des côtes et des places-fortes.
Engagements et rcngagenients. — Tout Français peut h l'âge de dix-huit ans contracter un engagement volontaire; jusqu'à vingt ans il doit justifier du consentement de ses père et mère ou de son tuteur autorisé par le conseil de famille. La durée de l'engagement est de cinq ans. Le militaire, engagé volontaire ou autre, peut, dans sa dernière année de service, contracter un rengagement pour deux ans au moins et cinq ans au plus ; le rengagement peut être admis pour les caporaux et soldats jusqu'.*! vingt-neuf ans, pour les sous-officiers jusqu'à trente-cinq ans.
Engagements conditioimels rJ'un an. — Une réduction notable dans le temps du service est accordée aux jeunes gens qui se destinent aux carrières libérales, aux fonctions publiques, au commerce ou à l'industrie. Les jeunes gens qui ont obtenu les diplômes de bachelier ès-leltres ou ès-sciences, les certificats de capacité de l'enseignement secondaire spécial, qui appartiennent aux écoles de l'Etat, telles que l'école des mines, des ponts et cliaussées, l'école centrale, ou ceux qui ont subi un examen spécial dont le programme est déterminé par le ministre de la guerre, sont admis h contracter un engagement conditionnel d'un an. L'engagé conditionnel fournit une certaine somme pour son habillement, son équipement, son entretien. Il est incorporé dans l'armée et soumis à toutes les obligations du service. A l'expiration de l'année, s'il ne satisfait pas à l'examen de sortie, il reste une seconde année au service. Les jeunes gens qui ont coiiiracté l'engagement conditionnel peuvent obtenir un sursis jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans.
C. Recrutement de l'armée de mer. — Les règles que nous venons de parcourir s'appliquent à l'armée de mer, infanterie et artillerie de marine, comme à l'armée de terre. Les jeunes gens auxquels sont échus les premiers numéros sortis au tirage au sort forment le contingent de l'armée de mer.
Inscriptwu maritime. — Les marins de la flotte, les maîtres et ouvriers des arsenaux sont fournis par l'inscription maritime. Cette institution s'applique à tous les habitants des côtes, qui se livrent à la navigation et à la pèche ou exercent une profession maritime. Tous ceux qui font partie do l'inscription maritime doivent à la marine du l'Etat leurs services de dix-huit à cinquante ans ; ils sont divisés en quatre classes appelées successivement et par ordre. Comme compensation de ces charges, l'inscription mariime confère certains avantages : le marin inscrit
n'est pas soumis à la loi du recrutement ; après un certain temps de service, il peut obtenir une pension ; les femmes et les enfants des marins en activité de service sur les bâtiments de l'Etat ont droit à des secours. [E. Delacourtie.]
Nous donnerons au Supplément, au mot Service »((7ï7ni/e, l'indication des modifications qui auraient pu se produire dans la loi militaire, surtout en ce qui concerne l'engagement décennal des instituteurs.
SHAKESPEARE (William).— Littératures étrangères, XV. — Le plus grand poète de l'Angleterre, un des deux ou trois plus grands noms de l'histoire littéraire et le plus complet représentant du génie dramatique, dont les autres poètes ne présentent généralement qu'une face. En France, Racine, peintre exquis des passions humaines, de l'amour surtout, complète le grand Corneille, peintre sublime de l'héroïsme moral; en Allemagne, pendant que Schiller met sur la scène des images de l'humanité embellie ou agrandie, Gœthe s'applique à faire du monde une imitation moins idéale, plus réelle; et dans l'ancienne Grèce, Sophocle caractérisait déjà la différence qui distingue son propre talent d'avec celui d'Euripide en disant : « J'ai peint les hommes tels qu'ils devraient être ; Euripide les peint tels qu'ils sont. » Ces deux tendances parallèles, la vérité et la grandeur, le réel et l'idéal, le pathétique et le sublime, reparaissent à toutes les époques principales de l'art dramatique. Mais le génie de Shakespeare unit ce qui ailleurs est séparé. Il déborde tous les cadres convenus, il échappe à toutes les classificationsde lapoétique ordinaire. Son théâtre est la plus vaste représentation qui existe non seulement des actions et des passions, des crimes et des vertus de l'homme, mais des pensées que son esprit peut concevoir, des rêves que son imagination peut former. Rien de ce qui est Immain ne lui est étranger: ce vers de Térence, dont on abuse parfois, s'applique à Shakespeare avec une entière exactitude. Par ce caractère d'universalité, le poète anglais est supérieur à un autre grand poète dramatique, à l'Espagnol Calderon, dont le théâtre, rempli d'ailleurs de beautés magnifiques, a généralement une couleur un peu trop nationale pour toucher et intéresser sans préparation le premier homme venu. Assurément l'homnie instruit, surtout s'il est versé dans la connaissance du xvi' siècle et dans celle de l'Angleterre, comprendra plus profondément que l'ignorant le génie de Shakespeare ; mais l'intelligence au moins sommaire des chefs-d'œuvre de son théâtre est accordée à tout le monde. Comme notre Molière, Shakespeare est le poète non d'une nation en particulier, mais de l'humanité. Il occupe dans la poésie une place égale à celle d'Homère; Homère est la source de l'épopée ; Shakespeare personnifie le genre dramatique.
Né à Stratford-sur-l'Avon en 1.S64, dans une famille iiombreuse et pauvre, William Shakespeare fut mis d'assez bonne heure à l'école ; mais, au bout de sept ans, il en fut retiré avant d'avoir achevé son cours régulier d'études. Il se maria à dix-huit ans ; à vingt et un ans, il était déjà père d'un fils et de deux filles. Il alla chercher fortune à Londres, et se fit à la fois auteur et comédien. Doué d'autant d'habileté pratique que d'imagination, il s'enrichit à ce double métier et mena si bien ses affaires que vers 1610 il put se retirer du théâtre dans sa ville natale de Stratford, pour y jouir de l'existence heureuse et tranquille d'un petit propriétaire de campagne, jusqu'en l'année Il;l(; où il mourut. Biographie bien insignifiante, d'où se dégage pourtant un fait remarquable et instructif : le solide bon sens de ce grand poète. Le monde fantastique où son génie vivait no lui a point dérobé la vue du monde positif, et
SHAKESPEARE
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la succession éblouissante des images qui ont passé ' devant son œil intérieur ne lui a jamais fait perdre I l'équilibre de sa raison. L'exemple de cette vie saine et normale peut nous servir à réfuter une théorie h la mode de nos jours, où l'homme de génie est présenté comme une victime de sa propre imagination, comme un être qui ne s'appartient plus parce qu'un dieu habite dans son sein, dieu ; insatiable qui exige en sacrifice les plus nobles attributs de l'homme, la raison et même la moralité. I Les années d'école ne sont qu'une introduction à l'élude; Shakespeare n'était pas homme b. s'en faire une autre idée, lors même qu'il aurait conduit régulièrement ses classes jusqu'au terme. Sa véritable instruction se lit dans le commerce du monde. De même que Molière, comédien comme lui, il connut de près la multitude et fréquenta , la cour ; subissant ainsi la double influence du peuple, avec lequel sa profession le mettait en | contact, et do la société élégante. Il apprit aussi beaucoup par la lecture des livres, et, sans devenir ! jamais ce que les Anglais appellent un scholai; , c'est-à-dire un savant en us, il fut un des hommes j les plus instruits, les plus cultivés de son temps, i Il appartenait à un club où se réunissait la fleur des gens d'esprit et des gens do lettres, entre | autres le docte poète Ben Jonson, avec lequel il aimait à discuter. [ Il est assez difficile de classer méthodiquement les œuvres d'un poète dont le génie même, comme nous l'avons dit, échappe à toute classification. Il mit sur la scène, surtout durant sa jeunesse, de gaies aventures romanesques ou fantastiques, auxquelles on donne le nom de comédies, et parmi lesquelles on dislingue le Songe. d'une nuit n'été, Beaucoup de bruit pour rien. Tout est bien qui finit bien, Comme il vous plaira, Peines d'amour perdues. Les Anglais appellent /lis/oi'res une série de pièces de théâtre dont le sujet est emprunté à l'histoire de l'Anglelerre, et qui sont désignées par des noms de rois nationaux, Le roi Jemi, Jiicliard II, Richard III, Heurt/ IV, llenrtj V, Henry 17, etc. Les tragédies proprement dites sont quatre pièces tirées des Vies de Plutarque : Timon d'Athènes, Jules César, Antoine et Vléopntre, Coriolan, et d'autres pièces dont la source est tantôt dans les légendes du moyen âge, tantôt dans les récits des conteurs italiens ou français de la Renaissance : telles sont Roméo et Juliette, Le roi Lear, Ol/iello, Macbeth, Hamlet ; ces dernières sont les chefs-d'œuvre de Shakespeare. Le nom manque pour distinguer certaines pièces qui sont des tragédies avec un dénouement heureux: le Marchand de Venise, Cymbetine, Mesure pour mesure, le Conte d'Hiver, la Tempête. On les classe tantôt parmi les comédies, tantôt parmi les tragédies. Le nom de drumes pourrait leur être réservé, si malheureusement on n'en faisait pas un abus qui ne lui permet plus de rien désigner avec précision. Aujourd'hui le mot drames au moins trois sens: c'est d'abord le nom générique de loute pièce de théâtre; c'est aussi l'espèce de tragédie qui emprunte ses personnages à la société bourgeoise: on l'applique enfin i toutes les tragédies qui n'observent pas les règles dites classiques, à savoir les unités de temps et de lieu et le soin d'exclure tout élément comique et familier.
Dans la plupart des cas Shakespeare n'a point observé ces règles; mais, remarquons- le bien, ce n'est ni par ignorance, ni par esprit de système. Avide comme il l'était de lecture et d'instruction, mêlé à la société la plus polie de son époque, ayant ennn pour camarades au théâtre de véritables érudits, Shakespeare savait très certainement tout ce qu'on peut dire en faveur des fameuses règles de la tragédie classique. Et il leur opposait
si peu d'entètfment systématique qu'il s'y est quelquefois conformer les unités de temps et de lieu sont observées dans la Tempête ; Richard II et Macbeth sont des pièces entièrement sérieuses, d'où toute familiarité comique est bannie. Si, dans ces trois ouvrages, le poète a suivi les prétendues règles, c'est parce que le sujet le comportait, et si ailleurs il a passé outre, c'est aussi parce que le sujet ne lui semblait pas propre à leur application. En ce qui touche la forme extérieure des compositions dramatiques, il n'a rien inventé; les tragéJies régulières et les tragédies irrcgulières existaient concurremment de son temps. Shakespeare n'est point un chef d'école; l'esprit doctrinaire comme l'esprit révolutionnaire est ce qu'il y a de plus étranger à son génie. Ni professeur, ni polémiste, il est un pur poète ; sa seule fonction est de créer. Outre ses pièces de théâtre, il a écrit des poèmes proprement dits et des sonnets ; mais on chercherait en vain dans ses œuvres une seule ligne de préface ou de commentaire, comme en ont tant fait, par exemple. Corneille et Victor Hugo.
Le drame romantique ou shakespearien, à la différence du drame classique, admet sur la scène une quantité de personnages, mêle volontiers les styles, les tons les pins divers, change fréquemment le lieu de l'action et en prolonge indéfiniment la durée. Cette différence de forme résulte d'une différence fondamentale dans l'objet môme de la représentation. Il est absurde de condamner l'une ou l'autre forme, comme on le fait encore si souvent par ignorance ; il faut les comprendre l'une et l'autre, car elles ont chacune leur beauté. Le drame classique représente un instant de l'action court et décisif, la crise suprême, la catastrophe; de là vient qu'il se précipite à pas réguliers vers le dénouement et que ses qualités principales sont la rapidité et la concentration. Mais le drame romantique représente l'histoire entière d'une passion, les circonstances où elle est née, son développement progressif, ses longues luttes contre la volonté, &nfm sa victoire et ses conséquences ultérieures; de là la marche lente de ce drame et sa vaste étendue. Tableau complet du monde et de la vie humaine, le drame shakespearien afîectionne, par goût de la réalité, certains rapprocheiuents, certaines disparates, que le drame classique proscrit, au contraire, au nom de l'idéal.
Aucun poète n'égale Shakespeare pour le nombre et la variété des caractères qu'il a créés ; et ce qui n'est pas moins merveilleux que sa fécondité créatrice, c'est l'entière impersonnalité de son théâtre, qui ne contient pas la moindre révélation sur lui-même, sur les faits de sa vie ou sur ses sentiments particuliers. Rien n'est plus rare qu'une semblable puissance d'abstraction. Ily a de grands poètes si incapables de se dé|)OuiUer de leur caractère personnel, qu'il reparait dans toutes leurs créations, un peu luonotones à cause de cela ; mais Shakespeare est, comme on l'a dit, 11 l'hoiTime aux dix mille âmes. » On donne souvent le nom â' objectivité à ce talent qu'ont certains auteurs, et Shakespeare plus que personne, de s'efi'acer absolument derrière leurs personnages, tandis qu'on appelle écrivains subjectifs ceux qui ne peuvent ou ne veulent jamais se faire oublier. La poésie lyrique est essentiellement subjective, mais la poésie dramatique est objective par excellence; elle a été définie de la manière suivante par Shakespeare lui-même dans une scène de la tragédie d'Ilamlel, où paraissent des comédiens : « Le Imt du théâtre est de présenter, pour ainsi dire, un miroir à la nature, de montrer à la vertu ses propres traits, à l'infamie sa propre image, à chaque âge et à chaque transformation du temps sa ligure et son empreinte. »
Los caractères du théâtre de Shakespeare se
SHAKESPEARE
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distinsnent do coiix du tliràtro classiqufi par une ricliessu de traits individuels qui los rsiid moins logiques, moins siniplrs, moins uniformes, mais qui augmente singulifTonicnt leur conrormitc avi;c la vie. Si dans li'S arts du dessin le profll est ce qui donne le trait fondamental et constant de la tigure luunaine, on peut dire que les poètes de la tradition classique peignent l'homme de prolil, tandis que Shakespeare ose le peindre de face dans la vive et fuyante mobilité de sa physionomie. Ayant plus de icimpsJi sa disposition que les poètes réguliers, et faisant toute l'histoire morale do SC8 héros, il cherchait moins à se conformer au précepte d'Horace sur la consistance et l'unité des caractères dramatiques qu'il re|)réscntercette i/iversité ondnyimle qui est, selon Montaigne, l'ossonco môme de notre nature. Les passions de l'ànie considérées d'une façon abstraite paraissent toujours les mêmes et ne sont pas extrêmement nombreuses: cependant les indivirlus passionnés sont très différents les uns des autres, et dans la réalité il y a mille manières diverses' d'être jaloux, ambitieux, amoureux, avare, cruel, etc. La plupart des poètes commencent par concevoir une passion générale, pure idée qu'ils incarnent ensuite dans un personnage qui devient le type de cette passion; mais ce n'est pas ainsi que procède Sliakespeare. Son imagination ne voit et ne crée que des individus, qui ont bien telle ou telle passion dominante, mais que celle-ci ne suffit point à caractériser; car ils ont, .'i côté d'elle et indépendamment d'elle, leur caractère original, c'està-dire li'ur tempérament, leur humeur, leur race, leur famille, leur genre d'éducation, leur tour particulier d'esprit. Othello, par exemple, n'est pas la jalousie, mais un certain jaloux ; Timon d'Athènes et Macbeth ne sont pas l'un la misanthropie et l'autre l'ambition ; ils sont un certain misanthrope et un certain ambitieux. ïroilus est un autre jaloux, tiès ditlérent d'Othello; Richard III est un autre ambitieux fort peu semblable à. Macbeth.
En outre, Shakespeare, ne resserrant point l'action dans les limites étroites de la catastrophe, fait passer graduellement ses caractères à travers une succession d'états qui les révèle tout entiers peu à peu. Tandis que les personnages du théâtre classique sont posés du premier coup dans leur attitude définitive et ne font jusqu'au dénouement (|ue se maintenir tels qu'ils étaient au début, on ne connaît bien ceux de Shakespeare que lorsqu'on a suivi le développement complet de leur rôle. Timon d'Athènes tombe d'un extrême dans un autre, d'une philanthropie imprudente et folle dans la misanthropie la plus eftrénée ; Othello ne commence pas par être jaloux; Macbeth est assez honnête homme d'abord, et c'est sa femme qui lui inspire des pensées d'ambition.
L'impersonnalité ou, pour employer un ternie expliqué tout à l'heure, l'objectivité étonnante du théâtre de Shakespeare, ne permet pas de rien conjecturer sur les sentiments politiques et religieux du poète. Telle était la hauteur et la liberté de son esprit, qu'il planait au-dessus de tous les partis et de toutes les sectes. Deux grandes idées se dégagent de ses tragédies avec une égale force : l'une est celle de la liberté morale, en vertu de laquelle l'homme est l'artisan de sa propre destinée, l'auteur du mal et du bien qui lui arrive ; l'autre est celle de la fatalité terrible, qui, pesant aussi sur l'homme ici-bas, enveloppe d'un sombre mystère le gouvernement divin du monde.
Le style de Shakespeare est luxuriant d'images ; Jes aperçus les plus pénétrants sur tous les problèmes, qui peuvent faire l'objet des méditations
cesse revenir quand on essaie de caractériser son génie sont ceux qui expriment les idées do richesse et de profondeur. Esprit non seulement élevé, mais transcendant, Shakespeare contemple l'existence humaine au point de vue de l'éternité, indilTérent aux questions qui passionnent les hommes, détaché même de ses propres ouvrages avec la sérénité d'nn créateur auquel la production de la vie semble no coi'iter aucun effort. Sun immense curiosité, son activité infatigable lui a fait parcourir le cercle presque entier de Ihistoire, la Grèce d'Homère et d'Alcibiade, la Rome de la llépublique et do l'Empire, les contrées plus ou moins fabuleuses de la vieille Europe du Nord, le moyen âge, l'Ilalie, l'Ecosse, l'Angleterre contemporaine : partout il a peint l'homme, partout il a représenté sous la diversité innombrable do» figures individuelles l'immuable vérité de l'humaine nature. Son pinceau impartial n'exclut rien, ne préfère rien; aux tableavix héroïques ou touchants succèdent des caricatures ; son incomparable galerie d'originaux exhibe les grotesques les plus risiblos, les monstres les plus effrayants, à côié des plus belles images de la vertu virile, de la grâce virginale et des autres perfections de l'homme et de la femme. Il passe avec une égale facilité du règne de la matière à celui de l'esprit, de Falstaff, bouffon cynique et ventru, au prince llamlet, modèle accompli de culture intellectuelle et morale. Le monde réel ne lui suffit pas; c'est dans un monde idéal et fantastique qu'il a placé la scène de ses plus charmantes comédies, Comme U vous plaira, le i'onge d'une nuit d'été ; et dans deux de ses chefs-d'œuvre tragiques, dans Mac- Ijeth et dans Hamlet, il a fait parler et agir les puissances surnaturelles avec une force de vérité qu'aucun poète n'avait su atteindre depuis Eschyle et que depuis Shakespeare personne n'a retrouvée. Le domaine tristement curieux des maladies mentales a même été exploré par lui; Le roi Lear, Homlet et Macbeth décrivent avec une précision que la science médicale admire les phénomènes de la folie et de l'hallucination . Il est rare de nos jours que le spectacle des misères humaines ne laisse pas dans l'âme du penseur une mélancolie incurable ; Shakespeare , dans son Homlet, a dépeint supérieurement ce mal moderne, mais il n'y en a point trace dans sa propre nature, et l'inaltérable sérénité d'une humeur toujours gaie et joyeuse, selon la tradition, fait ressembler ce poète extraordinaire h un rejeton robuste de la saine antiquité.
Si le génie dramatique de Shakespeare est plus vaste, plus complet que celui de Corneille et de Racine, il ne faudrait pas croire cependant que nos poètes français ne puissent soutenir avec un si grand homme la comparaison sur aucun point. Racine, par exemple, étudie mieux que Shakespeare les caractères do femmes; dans l'analyse de l'amour et du cœur féminin, l'auteur d'Andromaque, de Bérénice, de Phèdre, a montré une finesse morale qoe n'égale pas l'auteur de Roméo et Juliette avec son éblouissante poésie. Molière, observateur profond et sérieux, vaillant soldat du bon sens et de la vérité, est un émule parfois victorieux du poète anglais. On admire i' humour de Shakespeare, cette ironie sans amertume qui dans l'agitation humaine considérée de haut ne voit que le va-et-vient amusant d'une procession de marioimettes et qui proclame avec un sourire que tout est vanité ; mais on éprouve plus d'estime et plus de sympathie pour le courage utile avec lequel Molière a fait la guerre aux vices et aux ridicules de son siècle. Le comique de Molière est toujours solide et de bon aloi; il est dans les choses mômes, taudis que celui de Shakespeare,
de la pfiilosophie sont semés avec profusion dans plus superficiel, ne consiste souvent que dans des son tliiiàtrc, et les termes auxquels il faut sans | jeux de mots. L'observation de la nature a été
SIGNES
SIGNES
rpcomniandée par l'un et par l'autre poète ; mais Molière est demeuré plus constamment fidèle h son propre précopte que Shakespeare, auquel on a pu reprocher d'avoir fait quelc|ues concessions au mauvais goût et au bel esprit de ses contemporains.
Ces exemples montrent qu'il n'est pas impossible de conserver h. nos poètes dramatiques certains avantages dans une comparaison avec leur grand rival étranger. Mais les parallèles de ce genre, où l'on oppose entre eux des poètes appartenant à des nationalités et à des époques différentes, sont extrêmement délicats et ne doivent être faits qu'avec des précautions infinies. Autrefois la critique française, infatuée des chefs-d'œuvre récents de notre littérature, dédaigneuse des littératures anciennes et étrangères qu'elle connaissait à peine, reprochait à Shakespeare ce qu'elle appelait sa barbarie, c'est-à-dire les différences naturelles qui font de lui un écrivain tout autre que ceux de notre période classique. On tomprenait mal en ce temps-là qu'à chaque forme de la aociété correspond une forme particulière de l'art, et qu'il est dans la logique des choses que le siècle d'Elisabeth n'ait pas eu du théâtre la même idée que celui de Louis XIV. Si l'on avait été plus instruit, on aurait su que Shakespeare, loin de mériter le nom de barbare, était un homme très civilisé, en progrès sur son temps, etque ses pièces ne présentent que par exception les violences et les grossièretés qui abondent dans celles de ses contemporains, non seulement en Angleterre, mais en France. A ce blâme inintelligent nous avons vu succéder une injustice contraire : on a exalté i outre mesure le génie de Shakespeare et on lui a sacrifie sans marchanderles noms les plus glorieux de la littérature française. Il faut soigneusement nous garder de ces deux exagérations opposées, qui sont une preuve égale d'ignorance ; il faut replacer chaque grand poète dans son siècle, dans sa nation, dans son milieu, admettre l'incontestable fait historique de la diversité dos formes de l'art, élargir continuellement son goût par l'étude, et rendre à tout ce qui est beau la juste admiration qui lui est due. Le but de l'éducation littéraire n'est point de fermer avec une sévérité chagrine, c'est au contraire d'ouvrir et de multiplier les sources de jouissance pour l'esprit.
[Paul Stapfer.]
SIÈCLE. — V. au Supplément les mots Siècle (seizième). Siècle (dix-septième). Siècle (dix-huitièmel. Siècle \dix-neuvième}. Siècle de Périclès, Siècle d'Aiiguste. Siècle de Léon X, Siècle de Louis XIV.
SIGNES, SIGNAUX. — Connaissances usuelles, I. — Nous réunissons, sous ce mot, tout ce qu'il peut être utile de faire connaître aux enfants sur les moyens les plus ordinairement employés pour représenter extérieurement ou symboliser les choses, soit dans les sciences, les arts, l'industrie, soit dans le.s usages de la vie commune, soit enfin dans les diiTérentes manifestations officielles de nos idées et de nos sentiments. Le signe, ainsi compris, touche à tout et se retrouve partout, depuis la main inscrite sur un mur pour indiquer la direction d'un sentier ou d'une rue, la nouvelle lune ou la pleine lune du faiseur d'almanachs, jusqu'aux emblèmes les plus révérés et les plus augustes de la nationalité ou de la religion d'un peuple.
Afin de ne pas nous perdre dans l'infinie multiplicité des signes de toutes sortes, dont il faut au moins avoir une idée, nous les partagerons en groupes, renvoyant préalablement le lecteur à l'article Abréviation, dont plusieurs points se rattachent de très près à notre sujet, et à l'article Hiéroglyphes, qui leur montrera comment un dessin, comment l'imitation matérielle d'un objet peut se
transformer en une représentation idéographique, c'est-à-dire en un symbole ou un emblème.
Signes i^sités d.^ns les sciences. — Mathématiques. — Les mathématiques, outre un certain nombre d'abréviations *, emploient des signes dont la plupart sont bien connus : le signe de l'addition, + ; le signe de la soustraction, — ; le signe de la multiplication, X ; le signe de la division, qui consiste en une barre horizontale placée entre les deux chilTres qu'on veut diviser, | (dans l'algèbre, la multiplication peut s'indiquer par un point placé entre les lettres représentant les quantités à multiplier, ou simplement par la juxtaposition de ces lettres : a.h ou ab; la division peut aussi s'indiquer par deux points placés verticalement entre les deux lettres qui représentent les quantités à diviser : a : 4) ; le signe de l'égalité, = ; les signes de supériorité ou d'infériorité, en usage surtout dans l'algèbre, > et <;«>&, a <, b : a plus grand que b, a plus petit que 6; le signe appelé radical, sJ , dont on se sert pour indiquer qu'on prend la racine d'un nombre, en mettant entre les branches un chilTre qui marque le degré de la racine : y/ '2", c'est-à-dire racine troisième ou cubique de 27 ; le signe oo , qui exprime l'infini. Dans l'algèbre, le chiffre appelé coefficient s'écrit à la gauche d'une lettre pour indiquer combien de fois la quantité qu'elle représente doit être répétée (3 n = a -|- n-l- a), et le chiffre appelé exposant, que l'on place à droite et un peu au-dessus d'une lettre, indique combien de fois la quantité que cette lettre représente doit être multipliée par elle-même ou prise comme facteur [a^ = a X « X a). Les lettres elles-mêmes, en algèbre, sont des signes; on emploie les premières lettres de l'alphabet pour désigner des quantités connues, et l'on réserve les troi-i dernières j, !/ et : pour désigner les inconnues ; n exprime un nombre quelconque. En géométrie, on se sert des lettres (des lettres majuscules) pour indiquer les sommets et les cùtés des angles, les extrémités et les points d'intersection ou de contact des lignes, les centres des cercles, les foyers des ellipses, etc. La lettre grecque it sert à désigner le rapport du diamètre à la circonférence du cercle.
Astronomie. — Les astronomes emploient des signes pour désigner les astres, notamment les planètes, les signes du zodiaque, les phases de la lune, etc.
Voici les principaux de ces signes :
Signes du zodiaque :
T, le Bélier; tf, le Taureau; D, les Gémeaux ^ S, le Cancer ; a , le Lion ; "U, la Vierge; ii, la Balance; n\„ le Scorpion; v», le Sagittaire; %, le Capricorne; =, le Verseau; K, 'es Poissons.
Planètes : © figure le Soleil; $, Mercure: 9, Vénus; î, la Terre: $, la Lune : d, Mars ; f , Vesta; ij, Junon; Ç, Cérès; i , Pallas; ^, Jupiter; ï), Saturne; $, Uranus; 'I*, Neptune. — Pour désigner les planètes télescopiques, on écrit leur numéro d'ordre environné d'un cercle, par exemple [A — <^ signifie nœud ascendant; 5, nœud descendant.
Les phases de la lune se désignent de la manière suivante :
® N. L., nouvelle lune; — î; P. Q., premier quartier;— ® P. L., pleine lune; — S D. Q., dernier quartier.
En outre, les astronomes désignent chacune dos étoiles d'une même constellation par les lettres de l'alphabet grec, en attribuant les premières lettres aux étoiles les plus brillantes. Les lettres latines et les chiffres ordinaires sont employés à la suite, quand le nombre des astres est trop grand.
Botanique. — Les principaux signes qu'on trouve
SIGNES
SIGNES
ilans les livres de botanique sont les suivants :
©, signe du Soleil, désigne les plantes annuelles" <;, signe de Mars, les plantes bisannuelles; 'Jf., signe de Saturne, les plantes ligneuses (arbres, arbrisseaux) ; $, signe de Vénus, les individus ou fleurs femelles ; î, signe de Mars (dont la flèche, au lieu d'être inclinée, est placée verticalement), les individus ou fleurs mâles; •>:>. signe de IVlars et Vénus réunis, les individus ou fleurs hermaphrodites; o-o, les individus ou fleurs qui, par suite d'avortement, sont privés d'organes mâles et femelles, c'est-à-dire d'étamiiies et de pistils; C, volubile i gauche; y, volubile à droite.
Géof/raphie, tofjographie, etc. — Pour ce qui regarde les signes topographiques, la représentation figurée du terrain, les reliefs, nous renvoyons nos lecteurs à. l'article Cartographie; pour ce qui regarde les représentations
des objets qui doivent être consignés sur un plan, et même sur une carte de grande dimension, marais, forêts, terres, cultivées, etc., ' nous les renvoyons h. l'article Lever des pleins; ils y trouveront l'indication des signes et des teintes conventionnelles les plus ordinairement employés.
Bornons-nous à mentionner les signes, d'ailleurs bien connus, par lesquels on indique, sur les cartes de grande dimension, les divers accidents de la géographie politique. Les villes ouvertes se présentent ordinairement par un hexagone ; les villes fermées, les places-fortes par une étoile à. pointes simulant les remparts. Souvent, dans les cartes de petite dimension qui comprennent la représentation graphique de tout un grand pays, les signes qui indiquent les villes se bornent h de petits cercles, triples, doubles ou simples, suivant l'importance des locahtés. Une croix surmontant la ville indique un évèché ; une double croix, un archevêché; un drapeau indique un chef-lieu de division militaire ; une balance, un chef-lieu de cour d'appel ; une palme ou deux palmes qui se joignent, un chef-lieu d'académie. Deux épées croisées rappellent le lien d'une bataille ; quelquefois deux mains unies, un traité de paix.
Signaux. — Il y a toute une série d'applications scientifiques, de procédés fondés sur la mécanique , la physique , etc., qui ont pour objet ce qu'on pourrait appeler la science des signaux, qui permet de transmettre au loin des avis, des nouvelles, en les traduisant maiériellenient aux yeux par des procédés de convention. C'est ainsi qu'à, l'entrée des ports soumis aux variations de la marée, des mats de signaux font connaître aux navires en rade, par le moyen d'un système de bouées mobiles, la profondeur de l'eau dans le port. Sur les chemins de fer, il y a des disques mobiles, des appareils de formes diverses, qui, par la position verticale ou horizontale de leurs bras, ou soit qu'ils découvrent, soit qu'ils cachent des fanaux blancs ou colorés, indiquent, le jour comme la nuit, si la voie est ouverte ou fermée. Avant l'invention de la télégraphie électrique, les télégraphes aériens, dont l'origine remonte jusqu'aux temps de l'antiquité, mais qui furent complètement organisés et systématisés ehez nous par Claude Chappe h la fin du siècle dernier, couvrirent notre sol de tout un vaste ensemble de communications h longue distance. Les télégraphes de Chappe étaient placés sur le sommet de hauteurs ou de monuments élevés ordinairement à une distance de trois lieues l'un de l'autre; ils consistaient principalement en un appareil de trois pièces se mouvant sur un support, décrivant, par leur évolution simultanée des angles différents d'écartement et de direction, et pouvant former ainsi VJG figures, qui représentaient autant de signes. A cha-
que station, des guetteurs étaient chargés d'exécuter avec des manivelles les mouvements correspondants aux dépêches qu'ils recevaient, de transmettre ou de reproduire immédiatement les mouvements qu'ils voyaient exécutés sur le télégraphe le plus voisin. La télégraphie électrique a détrôné la télégraphie aérienne. Toutefois il y a encore, le long de nos cites, des sémaphores , qui sont de véritables télégraphes aériens, et dont l'emploi est de faire connaître l'arrivée, les manœuvres des bâtiments venant du large , naviguant ou croisant h la vue des eûtes et devant les ports. Ces sémaphores communiquent ordinairement, soit entre eux, soit avec les navires, au moyen de pavillons de diverses couleurs qu'on hisse et qu'on baisse alternativement, et dont les positions ou les couleurs forment tout un système de signaux dont l'emploi est fixé par une sorte de Code international. Enfin, on se sert dans l'armée d'appareils de télégraphie, dite optique, où l'on emploie, comme moyens de transmission des signaux, pendant le jour, la lumière même du soleil concentrée en éclats longs ou brefs, suivant un système préalablement déterminé ; pendant la nuit, la lumière d'une lampe.
Signes usités dans les aiits. — Symboles et emblèmes. — Les arts, surtout les arts plastiques, font un grand usage des symboles et des emblèmes, deux mots qui, dans la langue ordinaire, sont h. peu près synonymes, et dont le sens ne diffère guère que par une nuance souvent insensible, le premier désignant plutôt quelque chose de traditionnel, de généralement admis, de populaire, si l'on veut ; le second s' appliquant surtout au résultat d'une certaine œuvre et d'une création particulière. « Le gouverjiail, dit Marmontel, est le symbole de la navigation ; les poètes et les peintres en ont fait l'emblème de l'administration d'un Etat. »
Il serait bien impossible d'énumcrer et encore moins d'expliquer ici tous les symboles et emblèmes imaginés ou réalisés par Ibs poètes et les artistes. Nous nous contenterons d'en indiquer quelques-uns, au moyen desquels chacun de nos lecteurs, en trouvera aisément d'autres dans sa mémoire. C'est certainement un utile, intéressant et amusant exercice que d'appeler l'attention des enfants, à l'occasion d'une lecture ou de quelque circonstance accidentelle, sur quelque symbole facile i saisir, de leur en demander l'explication, de leur en faire rechercher d'analogues. On sait, par exemple, que, sur les tableaux, les monuments, telle nation, telle partie du monde se représente par une figure symbolique d'homme ou de femme, d'animal, de plante, d'édifice, etc. Ainsi, un sauvage ayant à ses pieds un crocodile personnifiera l'Afrique ; l'Egypte sera figurée par un sphinx et une pyramide; le Canada par un castor ; les pays d'Orient, par un minaret et un palmier. Il y a de ces personnifications qui sont, en quelque sorte, historiques ; une tête de femme coiffée d'un casque avec un hibou sur le cimier sera l'image d'Athènes ; une louve avec deux enfants sera celle do Rome, etc. Les saisons ont été mille et mille fois représentées, le printemps, sous la figure d'une jeune fille portant des fleurs; l'été, sous celle d'enfants cueillant des épis ; l'automne, comme Une nymphe couronnée de pampres ; l'hiver, comme une vieille femme qui, suivant le vers du poète,
Se chauffe avec uo feu de marbre sou3 la main.
One proue de vaisseau qui fend les flots est l'image naturelle de la marine; une grenade d'où sortent des flammes, ou des boulets superposés, personnifient la guerre ; la balance ou le glaive est
SIGNES
SIGNES
l'image de la justice; le sceptre, de la royauté; un calice avec une hostie est l'emblème de la foi catholique. De même, le coq symbolise la vigilance ; un serpent qui se mord la queue, l'éternité ; un sablier ailé, une horloge, sont l'emblème du temps ; la faux, l'emblème de la mort ; une tige de fleur brisée, une colonne tronquée, celui dune mort prématurée. 11 y a des fleurs qui symbolisent des vertus, des passions, des goûts, comme le lys, comme la violette ; il y a des couleurs qui représentent telles dispositions de l'àme, comme le noir qui est symbole de deuil ; le vert, symbole d'espérance. La langue ellemême, remarquons-le, accepte dans ses figures ces persounificatioas réalisées par l'imagination populaire ou par l'invention des artiste--. On dira d'un homme impénétrable: C'est un sphinx; d'un ingrat : Quel serpent vous avez rcchautïé dans votre sein ! etc.
Signes industhiels. — Signes des métiers et des professions ; enseignes, marques rie fabrique, etc. — Le marchand, le négociant, l'industriel, font usage de signes extérieurs soit pour faire connai tre leur métier ou leur profession, soit pour en garantir les produits. De 15, par exemple, l'usage des enseignes, qui consistent le plus souvent en écriteaux portant, avec notre nom, l'indication de ce que nous faisons ou de ce que nous olïr ons au public, mais qui sont bien souvent aussi ce qu on pourrait appeler des enseignes parlantes. Ou bien elles sollicitent l'attention par quelque devise, par quelque attribut que nous croyons de nature à nous concilier l'estime ou la bienveillance, indiquant, par exemple, les vertus, les qualités professionnelles que nous prétendons avoir; ou bien elles nous placent sous les auspices de quelque personnage révéré ou honorable, de quelque événement important ; ou bien elles symbolisent le métier, la profession môme par un emblème ou par quelque marque conventionnelle. Qui n'a vu, dans sa ville ou dans son village, cette fameuse enseigne de savetier ou de cordonnier représentant un lion qui s'acharne sur un soulier, avec la devise : 11 le déchirera, mais il ne le découdra pas'? A la Bonne Foi, A la Confiance, A l'Exactitude, Au Gagne-Petit, Au Bon Marché, sont des devises que nous rencontrons sur je ne sais combien de boutiques, et que nous devons croire véridiques jusqu'à preuve du contraire. Le Grand Saint-André, le Grand Saint-Martin, le Grand Frédéric, qui ne méritait pas chez nous tant d'honneur, le Petit Caporal , les Trois Empereurs, les Quatre Nations servent de couveri, souvent pour des raisons qu'il serait bien difficile de trouver, k toutes sortes d'industries. Les hôtels et les anciennes auberges se dénommaient souvent, autrefois du moins, d'après leur situation ou leurs attributions : c'étaient le Cheval Blanc, le Cheval Noir, le Chariot d'Or, le Point du Jour, le Soleil Levant. Silène à cheval sur un tonneau symbolise merveilleusement un cabaret, et le roi ou le dieu Gambrinus, avec sa choppe de bière mousseuse, une brasserie. Rpmarquons que ce fut seulement à la fin du xviii» siècle qu'on eut l'idée de distinguer, dans chaque rue, les maisons par des nuinéros, et que les enseignes avaient alors plus de raison d'être qu'au,ourd hui. Aussi ne se bornait-on pas à une écriture ou a une enluminure pour attirer les yeux des passants ; c'étaient souvent des objets en nature qui symbolisaient la profession: le perruquier avait son plat à barbe en cuivre ; l'épicier, son cercle de chandelles; le charcutier, ses chapelets de saucisses; on donne encore le nom de bouchon à une auberge de bas étage : c'est que les établissements de ce genre avaient pour enseigne un bouchon de branches de houx, de genévrier ou de sarments de vigne :
Vil bouchon de houx nous arrête A la porte d'un cabaret,
dit Pierre Dupont.
Les devantures et les montres des boutiques et des magasins ont aujourd'hui d'autres moyens, beaucoup plus puissants, pour séduire leur clientèle, et il n'y a plus guère que les bureaux de tabac qui aient conservé comme signes extérieurs leurs carottes symboliques, et aussi, — s'il est permis d'assimiler ces professions h des industries, — les études des notaires, huissiers et autres officiers civils (jui se distinguent par leurs panonceaux.
En revanche, le développement de l'industrie et du commerce a niuliiplié les marques de fabrique, c'est-à-dire l'empreinte que le fabricanta choisie pour empêcher de confondre ses marchandises avec celles des autres. Cette marque, qui est la reproduction d'une devise, d'une enseigne, d'un monogramme, du nom même du fabricant, etc., se place sur l'en-tète des lettres commerciales, sur les factures, traites et effets, sur les enveloppes, paquets, coli-, etc., contenant les produits fabriqués, et elle est comme la garantie de l'authenticité de ces produits. Toutes les maisons de commerce tant soit peu importantes ont ainsi leur marque, dont la contrefaçon est punie par les tribunaux.
Signes d'usage commun. — Sir/nes divers, Lierez de réféi-ences. — Notons d'abord un certain nombre de signes destinés à nous donner diverses indications plus ou moins utiles dans notre vie de tous les jours. L'article Ahréviutions en signale plusieurs, nous en ajouterons quelques autres.
Ainsi, comme nous le disions en commençant, une main inscrite sur un mur avec un doigt indicateur nous désigne une direction ; une flèche nous rend le môme office ; c'est d'après sa pointe que nous devons marcher. Les girouettes des maisons donnent la direction du vent, quelques-unes celles des points cardinaux. Les écriteaux signalent les maisons à louer ou à vendre ; dans les villes, ceux qui indiquent les appartements qu'on loue meublés sont ordinairement sur papier jaune. Les plaques qui sont aussi placées sur les maisons sont celles des compagnies d'assurances.
Les livres de référence et de renseignements généraux contiennent i peu près tous les mêmes signes conventionnels. Voici l'explication de ceux que contient l'un des plus connus, V Anuuuire- Alinaimclt du commerce Dîd/l-Bottin.
%, Chevalier de la Légion d'honneur ; — O.^, officier de la Légion d'honneur; — C.'ji^, commandeur de la Légion d'honneur; — G.O.^, grand-officier de la Légion d'honneur ; — G.^, grand-croix de la Légion d'honneur; les lettres O, A, P ou B placées dans un cercle, désignent une médaille d'or, d'argent, de platine ou de bronze; — M. H. mention honorable; — |gm grande médaille de l'exposition universelle; — |Pi\l| médaille 1" classe de l'exposition universelle; 1mh|, mention honorable de l'exposition universelle ; — K, bureau de poste aux lettres ; — un cheval ou un cor, un relais de poste aux chevaux ; — une locomotive, une gare de chemin de
fer; |\C' , notable commerçant; — |k1'|, caisse
d'épargne; — [M.P], mont de-piété ; etc.
Les bureaux de télégraphie électrique et les stations de chemin de fer se signalent encore de cette façon : |tX!, JSJ^-
Voici enfin comment on désigne les décorations universitaires : — A-p. officier d'académie; — LïË, officier de l'instruction publique.
"Uniformes, costumes, insignes, nEcoitATio-NS. —
SIGNES
SIGNES
Lo Mentor Uc TélénKtqiK; oùt voulu quo dans le royaume de Saleiito les diflurentcs classes de citoyens fussent extérieurement distinguées par la couleur, l'ornementation et la forme de leur habit. Du temps de Fénelon et jusqu'à la fin du xviii'^ siècle, les mœurs, sinon la loi, établissaient ces distinctions. Chaque classe avait son costume. <i Le clergé, dit M. Chéruel (dans son Dictionnaire hislorique des inslitutions de la France, article Habillement), fidèle h ses habitudes traditionnelles, avait conservé, avec peu de changements, les vêtements du moyen âge. La noblesse portait seule les costumes éclatants, dont on peut retracer les vicissitudes. La bourgeoisie avait des habillements sans broderie, de couleur foncée, et portait le manteau noir dans les solennités. La magistrature, les universités, les dill'érents corps de l'armée, quittaient rarement lo costume de leur profession. Jusqu'au xvii» siècle, les médecins ne paraissaient pas en public sans la robe noire. Il en était de môme des gens de justice et des professeurs des universités. Les marchands portaient aussi de petites robes et des manteaux noirs, lorsqu'ils se réunissaient pour quelque cérémonie. Les magistrats, même les plus éminents, ne paraissaient pas à la cour sans le signe distlnctif de leur profession, n Aujourd'hui qu'en Krance du moins il n'y a plus de cour, et que l'égalité civile, conquise par la Révolution, a nivelé toutes les conditions, elles se confondent toutes aussi sous le même vêtement. Nous pouvons bien avoir des habits de travail différents, l'ouvrier et le paysan peuvent bien pcrter de préférence la blouse tradllionnelle, ce ne sont plus là pour aucun d'eux des signes distinctifs de classe. Le bonnet et le chapeau ne distinguent pas beaucoup plus aujourd'hui les femmes de la ville de nos paysannes. Les anciens costumes nationaux et les costumes dits de pays tendent aussi à disparaître, à mesure que les communications rapides se multiplient sur notre sol. Il n'y a plus guère aujourd'hui que deux professions qui conservent au dehors un mode d'habillement spécial, le clergé et l'armée de terre et de mer. Le prêtre séculier a gardé sa soutane, noire pour le simple ecclésiali(|ue, violetK^ pour l'évoque et l'archevêque, rouge pour les cardinaux. Les ordres réguliers des deux sexes ont leurs costumes religieux. Tout le monde connaît l'uniforme de nos soldats et de nos officiers, différent pour l'iiifanterie, la cavalerie, l'artillerie, et pour certains corps spéciaux appartenant à chacun de ces trois grands ordres de troupes, et aussi pour la marine. On connaît également, et, en tout cas, ce n'est pas ici que nous pourrions entrer dans ce détail, les signes distinctifs de chaque grade de sous-officiers et d'officiers.
En dehors de l'armée et du clergé, certaines professions ont un costume spécial ou au moins des signes extérieurs distinctifs qu'elles revêtent, soit dans certaines occasions soleimelles, soit dans l'exercice même de leurs fonctions, qui sont en général des fonctions publiques. Ainsi, les membres du Parlement portent officiellement une sorte de nœud à la boutonnière; les représentants du gouvernement, préfets, sous-préfets, conseillers de préfecture, ont un habit brodé, l'écharpe et l'épée; les maires en fonctiojis, les commissaires de police en fonctions ont l'écharpe; les juges ont leurbarretie et leur robe; les avocats, les membres de l'université appartenant aux facultés et k l'enseignement secondaire ont aussi une toque et une robe; les membres de l'Institut ont le chapeau claque, l'habit brodé de vert et l'épée. Les consuls, les représentants de la France à, l'étranger ont aussi un costume spécial.
D'autres signes distinctifs s'adressi'iit, dans nos sociétés modernes, non plus à la fonction, à la profession ou à la naissance, mais aux services
rendus ou au mérite reconnu et constaté : ce sont les décorations. Il y on a à peu près chez toutes les nations, sauf colles dont la constitution politique repose sur le principe de la démocratie absolue, comme la Suisse, par exemple, et les Etats-Unis. La France possède, pour sa part, l'ordre de la Légion d'honneur, avec ses grades successifs de chevalier, d'officier, de commandeur, de grand-croix et de grand-officier; les décorations universitaires d'officier d'académie et d'officier do l'instruction publique ; la médaille militaire ; les médailles commémoratives de certaines campagnes (Crimée, Italie, Chine, Mexique); les médailles de Sainte-Hélène pour les soldats et officiers du premier Empire ; la croix de Juillet, donnée après la révolution de 1830; les médailles d'honneur pour actes de dévouement; les médailles décernées dans les Expositions industrielles ou artistiques, etc.
Signes de religion et de nationalité. — Certains signes, comme nous l'avons dit, peuvent devenir la manifestation extérieure des idées et des sentiments d'un peuple ou d'une partie de l'humanité pour une suite plus ou moins longue de générations, et dos lors ils s'élèvent à la hauteur d'institutions sociales ou nationales.
Tels sont les signes religieux, emblèmes de la foi et témoignages extérieurs du culte. Ils sont, en général, fort nombreux, dans toutes les religions ; ils comprennent, en etïet, sans parler des édifices mêmes consacres au culte, des cérémonies et des rites qu'on y accomplit, les ornements qui servent à ces cérémonies, et dont la plupart soni des emblèmes, les inuiges plastiques qui représentent les traditions, les dogmes, les observances de chaque religion. Il y a toute une science, la symbolique, que constitue l'étude de ces symboles et de leur sigiiification, dont la pensée première remonte souvent jusqu'aux origines mêmes des races.
Presque toutes les religions ont d'ailleurs, en dehors de la multiplicité et de la diversité de leurs manifestations extérieures, une sorte de signe suprême, qui en est comme la synthèse et la souveraiiie expression : la croix dans la religion clirétienne ; le croissant, dans la religion de Mahomet, etc.
Il en est de même pour les nationalités. Elles ont aussi un signe qui les caractérise et qui les représente au dehors : le drapeau. Chaque nation a le sien, et il n'en est pas de si obscure qui no reg.irde comme une sorte d'objet sacré ce symbole d'elle-même. On le porte avec respect, on l'arbore sur sa maison dans toutes les occasions solennelles ; les fonctionnaires de tout ordre, qui représentent l'État, les édifices publics, les voies publiques aux jours de fêle, se couvrent de ses couleurs; et en temps de guerre, sur les vaisseaux comme dans les régiments, c'est à son ombre que l'on se bat, et on meurt pour le défendre.
On trouvera dans les recueils spéciaux la description des drapeaux, des pavillons de toutes les naiions. Le nôtre est le drapeau ou pavillon tricolore, bleu, blanc et rouge, qui est le drapeau de la Révolution française. Il a été blanc depuis le seizième siècle jusqu'à cette époque; il était redevenu blanc sous la Restauration. L'ancienne oriflamme, que les rois de France allaient prendre h Saint-Denis, était d'étoffe rouge, fendue en bas et suspendue à une lance dorée. La bannière de Frajice, que l'on portait à la guerre, à coté de l'oriflamme, était de couleur bleue et de forme carrée, semée de fleurs du lis d'or (Cuéiiuel, article Bnniiière).
A côté du drapeau, il faut mentionner la cocarde, qui se porte au chapeau et reproduit les couleurs nationales ; elle a remplacé l'écharpe.
SILICE
SILICE
•qui servait jadis de sigae de parti ou de ralliement.
Souvent la hampe du drapeau est surmontée d'un attribut, que l'on détache, en quelque sorte, du drapeau même pour lui faire personnifier soit le pays, soit le gouvernement qui le représente. L'empire, ■i l'imitation des Romains, a eu ses aigles; le gouvernement de juillet a eu le coq gaulois; notre drapeau français est actuellement surmonté d'un fer de lance. On s'est encore servi d'une personnification analogue, au moyen de quelque attribut spécial, de tel ou tel régime politique. A l'époque de Napoléon l", on reproduisait sur les monuments les abeilles du manteau impérial; le gouvernement de la Restauration est souvent appelé le gouvernement des fleurs de lis.
Enfin chaque nation a ses armes, que l'on grave sur des écussons, comme faisaient les anciens chevaliers et les familles seigneuriales, et souvent on désigne la nation par quelque emblème que présentent ses armes : on dit la licorne et le léopard d'Angleterre, le lion belge, l'aigle à deux têtes de Russie, etc., etc. Les pièces de monnaie sont frappées aux armes de la nation et à l'effigie du souverain : les nôtres portent aujourd'hui un emblème symbolisant la République. Les villes aussi ont ordinairement des armes, qu'elles se plaisent à reproduire sur leurs monuments publics : qui ne connaît les armes de la ville de Paris, représentant un vaisseau mù par des rames, avec cette devise qui pourrait être celle de notre patrie tout entière : Fluctuât nec meryitur, le flot l'agite, mais ne l'engloutit point?
[Charles Defodon.] SILICE, SILICIUM, SILIC.\TES. — Chimie, X. — La silice ouacidesilicique,SiO', est l'oxyde unique du silicium (Si) ; elle est, i divers états, un corps des plus répandus; le caractère commun à ses diverses formes naturelles est la dureté ; elle fait feu au briquet, et l'une de ses variétés est la pierre à fusil. La densité ordinaire de la silice compacte, 2.6, diminue jusqu'à devenir moindre que 1 dans certaines variétés poreuses. Le silex, le sable, le quartz, le cristal de roche, l'agate, etc., sont les principales formes de la silice anhydre. La silice fond au chalumeau oxy-hydrique et donne alors un verre dur et transparent. Elle est soluble dans l'acide fluorhydrique et donne du gaz fluorure de silicium ou bien la dissolution du lluorhydrate de ce composé binaire, suivant que l'action a lieu i sec ou en présence de l'eau. Elle se dissout dans un alcali en fusion; on obtient ainsi un silicate polybasique, verre soluble, dont la dissolution s'appelle liqueur de cailloux. Les acides énergiques en séparent la base, et il reste une gelée blanche de silice, soluble à froid dans les solutions alcalines ; séchée, elle devient insoluble.
Disons quelques mots des diverses variétés naturelles de silice. Le quartz est la forme la plus commune do la silice ; il est infasible au chalumeau, insoluble dans les acides, d'une grande dureté. Le quartz hyalin est remarquable par sa transparence et sa pureté. Sa densité est 2.C5 ; il est incolore ; la variété colorée en violet par de l'oxyde de manganèse est l'améthyste ; celle à qui l'oxyde de fer donne une teinte jaune est appelée la topaze de Bohème ; une trace de bitume produit le quartz enfumé. Cette substance cristallise dans le système du rhomboèdre. Les faces du prisme sont toujours visibles, et le sommet présente une pyramide ayant parfois des facettes secondaires, non symétriques par rapport aux angles solides tronqués. Cette hémiodrie est liée à des propriétés optiques remarquables. Des plaques de quartz perpendiculaires à l'axe dévient le plan de polarisation et colorent la lumière polarisée dans un ordre dépendant de l'épaisseur. Le quartz est également biréfringent, et cette propriété a servi
à la construction de la lunette à double image de Rochon qui sert à mesurer les petits angles. Le quartz hyalin et ses variétés tapissent les cavités (géodes) des roches siliceuses des montagnes. Les plus beaux gisements sont ceux du Valais et surtout de Madagascar, où l'on a trouvé des cristaux ayant jusqu'à 15 centimètres de largeur. Le quartz liyalin était autrefois employé à faire des parures, mais la difficulté du travail de cette substance l'a fait tomber en désuétude, surtout en présence du bon marché et de la perfection des cristaux artificiels. Le quartz ordinaire, qui forme des roches entières, ou de vastes filons, et qui compose une moitié des roches granitiques, est excellent pour ferrer les routes.
Le silex, silice également presque pure, est amorphe, en forme de rognons irréguliers répandus dans diverses roches et en particulier dans la craie. Il est infusible, mais la grande chaleur le désagrège; sa cassure est écailleuse, conchoîde, à aspect gras. Le silex présente parfois des couches de couleurs différentes qui montrent sa formation par roulement dans des eaux siliceuses et sa croissance du centre à la circonférence. Les belles variétés constituent la calcédoine, au centre de laquelle se trouvent des géodes cristallines qui indiquent le passage au quartz hyalin.
L'agate se rattache à la calcédoine par une série continue de variétés, depuis celles qui ont des couches concentriques régulières jusqu'à celles dont les couleurs élégamment variées et mêlées à des parties transparentes sont dispersées dans la masse minérale avec une sorte de désordre produisant des effets très remarquables. Citons l'exploitation d'Oberstein (Prusse rhénane), qui fournit tout ce qu'en emploient les chimistes pour leurs mortiers à analyse.
Revenons maintenant aux variétés les plus communes du silex. Le silex pyromaque, ou pierre à fusil a des cassures à bords tranchants qui détachent de l'acier que l'on y frotte vivement des particules échauft'ées au point de prendre feu et d'allumer des substances très combustibles. La pierre à fusil, que l'on exploitait il y a un demisiècle dans plusieurs départements, a perdu presque toute importance depuis l'introduction des matières explosives par percussion. La couleur ordinaire du silex est d'un gris jaunâtre terne, transparent ou transluciJe en lames minces. Quelques variétés sont jaspées de rouge, de jaune, et servent à l'ornementation.
Le silex servit aux hommes primitifs à faire des instruments tranchants; les haches, les couteaux préhistoriques en silex sont les premiers vestiges de l'industrie humaine.
Le silex meulière, à aspect spongieux, sert à faire les meules de moulin, et malgré ses imperfections n'a pu jusqu'à présent être avantageusement remplacé.
Le silex nectique, que l'on trouve dans le terrain parisien, est un rognon à texture lâche et poreuse au point de flotter sur l'eau.
Le quartz et le silex, usés par fi'ottemont par le mouvement de la mer, ont formé du sable. Cette substance, qui conserve en partie la couleur des minéraux qui lui ont donné naissance, est plus ou moins mélangée de corps étrangers, d'argile, etc. Soumis aux hautes pressions des terrains qui se sont déposés au-dessus, les sables se sont agglutinés et ont formé les grès. Parfois cette concrétion a été facilitée par des substances étrangères, solutions calcaires (grès de Fontainebleau) ou ferreuses (grès rouge, grès vosgien). Les grès fournissent d'excellentes pierres à bâtir et des meules à aiguiser les outils.
Le silicium se présente sous trois états, comme ses congénères le carbone et le bore : état amorphe, graphoide et adamantin. Son existence fut
SILICE
SINGES
soupçonnée par Gny-Lussac ot Tliéiiard ; mais il ne fut étudié qu'en 1808 par Berzélius. Il s'obtient en attaquant par le sodium ou l'aluminium le fluosilicate de potasse. C'est un corps infusible, inatiaciuable par les acides, excepté par un mélange d acides azotique et fluoiliydrique ; très dur, surtout sous la forme adamantine. H n'offre aucun intérêt pratique.
Les silicates sont insolubles, sauf les silicates alcalins de potasse et de soude. Ils se trouvent en abondance dans la nature et forment une très grande partie de l'écorco terrestre. Les acides concentrés les attaquent plus ou moins h cliaud, surtout l'acide fluorbydrique. Les alcalis et les carbonates alcalins les attaquent également. On les obtient en chauffant ensemble la silice et l'oxyde i, lui combiiier.
Le verre * est un silicate alcalin insoluble dans lequel entrent en proportion variable la potasse, la soude, la baryte, la cliauj, le manganèse, le fer, le plomb. Les poteries communes, la faïence, la porcelaine sont des silicates alumineux rendus solides par la cuisson, c'est-à-dire par le ramollissement de quelques-unes de leurs particules qui ont servi à souder Ihs autres.
Le seul silicate à considérer ici est le silicate soluble de potasse ou de soude, tii/ucur de cailloux. M. Kuhlmann, de Lille, en a, dès 1841, montré les curieuses applications. Ce corps est le vernis par excellence des corps exposés à l'air. Il sert à préserver les statues de calcaire, ou de marbre, les peintures murales, s'applique au pinceau ou par arrosage; il peut remplacer l'Iiuile et l'essence dans la peinture avec des corps inattaquables par les alcalis ; il est utilisé dans l'impression des étoffes comme fixatif; il sert de ciment pour recoller les fragments de verre et de poteries.
Les silicates naturels offrent un très grand intérêt scientifique. Leur étude compose peut-être la moitié de la minéralogie. Leur classification rationnelle est à peu près impossible. Les formules à l'aide desquelles les minéralogistes ont essayé de les représenter sont souvent d'une complication extrême, et grâce aux substitutions dans ces corps des bases isomorphes en proportions non définies, on est souvent obligé d'indiquer dans les formules un simple radical théorique, R, composé d'un mélange de radicaux réels. Delafusse considéraitlossilicatos comme des dissolutions d'oxydes métalliques figées par l'abaissement de température plutôt que comme de véritables combinaisons chimiques. La silice, qu'il représente par SiO et non par SiO^, jouait pour lui non le rôle d'acide, mais de dissolvant analogue à l'eau, pouvant rester en proportion non définie dans le corps solidifié. On distingue généralement 4 ordres de silicates : 1° les silicates alumincux, 2° les silicates non alumineux, 3° les silicates sulfurés, 4° les silicates chlorurés ou fluorés. Les tribus de ces ordres ont été établies à l'aide des caractères cristallographiques. Pour la liste même incomplète des silicates catalogués par les minéralogistes, nous devons renvoyer aux traités spéciaux. Signalons seulement dans le premier ordre: l'émeraude. les micas .M^O^ KO,LiO;SiO, les feldspath» A120^PiO,?!SiO, ces derniers donnant par décomposition les argiles, les kaolins. Dans le deuxième ordre nous trouvons le talc MgO,:iSiO, la serpen- *■-- (•2MgO,ÎSiO)-|-MgO,'<lHO, l'écume de mer
MgO,3SiO,HO. Citons, dans le troisième, le lapislazuh A120^NaO,SiO,S; dans le quatrième, la topaze Al'FP-)-A1203,SiO.
Les micas, les feldspaths sont avec le quartz les constituants principaux des diverses variétés de granités et corps congénères qui se trouvent i la base des terrains primitifs. Le mélange des trois corps s'est refroidi et a cristallisé avec une
extrême lenteur dans des conditions variables de calme et do pression, d'où les variétés de composition chimique et de disposition moléculaire. Les granités fournissent les matériaux de construction les plus parfaits. Le mica, qui se trouve parfois en grandes lames, fut sans doute la première vitre, et l'on devine quelle importance dut exercer dans la civilisation primitive cette chose aujourd'hui si banale, d'avoir un gite laissant pénétrei- la lumière du jour et excluant l'humidité, le froid, le Vent. Aujourd'hui les vitres de verre ont partout supplanté celles de mica; cette dernière substance sert à faire des tubes de lampe incassables et joue un grand rôle dans les recherches optiques. Les leldspaths sont une source de potasse, constituent le vernis de la porcelaine, et par leur décomposition lente par l'air et l'humidité produisent le kaolin et les argiles qui servent à la fabrication de la porcelaine et des poteries. Le talc ou craie de Briançon est le plus tendre des corps solides; il se laisse, comme le plomb, rayer par l'ongle. En fragments, il sert aux tailleurs !t marquer les étoffes. C'est pour les écoliers un crayon d'ardoise supérieur aux baguettes taillées dans cette dernière substance. Kn poudre, c'est un lubréliant de premier ordre; les gantiers, les cordonniers l'emploient pour faciliter le premier usage de leurs produits. Il remplace avantageusement le savon pour faire glisser bois sur bois, le suif pour faire glisser fer sur bois ; les photographes l'emploient pour tempérer l'adhérence du coUodion au verre, les stéréotypeurs pour que l'empreinte se détache aisément,après dessiccation, du caractère d'imprimerie. C'est une substance très avantageuse, pas assez généralement connue et dont l'usage ne peut que s'étendre. La serpentine est une pierre très abondante dont la couleur dominante est le vert et dont les belles variétés sont utilisées pour l'ornementation, les socles de pendules ou de statues. Elle est généralement assez tendre, mais on en rencontre aussi des échantillons durcis sans doute par l'action prolongée de la chaleur; c'est cette dernière variété qui a servi h faire les premières haches en pierre polie. La serpentine se trouve parfois traversée par des veines calcaires qui lui donnent un fort bel aspect. La magnésite ou écume de mer se taille, se sculpte aisément; on en fait des pipes, des porte-cigares élégants. Du lapis-lazuli se tirait autrefois le bleu d'outremer, substance d'un prix excessif, aujourd'hui supplanté par le bleu Thénard ou cobalt, aussi beau et d'un prix modique. La topaze figure parmi les pierres précieuses; on en trouve assez abondamment au Brésil, en Sibérie, des échantillons médiocres; les échantillons de choix seuls sont appréciés. Tantôt elle' est incolore, le plus souvent légèrement jaunâtre, mais elle peut avoir toute sorte de coloration parla moindre trace d'oxyde métallique. On en trouve de roses, violettes, orangées, bleues. Le vulgaire confond souvent les topazes avec les diamants; cette confusion est impossible quand on trouve la topaze cristallisée en cristaux dérivant du prisme droit i base rhombe, tandis que le diamant dérive du cube. Elle raie le verre et le quartz, mais elle est rayée par le diamant et môme par le corindon ou l'émeri.Sa densité, 3,50, esta peine inférieure à celle du diamant de quelques centièmes.
Il existe encore bien d'autres pierres précieuses appartenant au groupe des silicates, tourmaline, Erenats, etc.. sur lesquelles nous ne pouvons insister. [Paul Robin.]
SIMILITUDE. — V. Polygones, Polyèdres, et Corps ronds.
SINGES. — Zoologie, VI. — Les Singes constituent, parmi les mammifères, un groupe dont la valeur a été diversement appréciée par les naturalistes. Tous ceux, en effet, qui se sont attachés exolu- 12S
SINGES
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sivement aini caractères physiques ont été frappés de la ressemblance que présentent les Singes les plus élevés en organisation avec l'espèce humaine, et par suite n'ont pas liésité à ranger ces animaux avec l'homme dans un même ordre, celui des Primates. Au contraire, ceux qui à l'exemple de M. de Blainville se sont efforcés de tenir compte, dans leurs classilicatlons, des différences que présentent les êtres vivants sous le rapport de la perfection physiologique, ont placé l'homme dans une catégorie à part, en raison de sa supériorité intellectuelle incontestable, et ont fait descendre les Singes d'un degré, tout en les maintenant à la tête des autres mammifères. En adoptant cette manière de voir, on a souvent appelé les Singes des Qua'lrunia7ies par opposition à l'homme qui est Bimane; mais cette dénomination, qui signifie littéralement animaux pourvus de quatre mains, doit être détinitivcment rejetée, puisque d'une part elle s'applique à d'autres mammifères que les Singes, et que, de l'autre, elle ne convient pas à ces derniers d'une manière absolue. En effet, chez certainsmammifères de Madagascar, de l'Afrique tropicale et de l'Asie méridionale, les extrémités des mem.bres inférieurs sont employées pour la préhension concurremment aux extrémités des membres supérieurs ou même de préférence à celles-ci, absolument comme cela a lieu chez les Singes, et, d'un autre coté, dans ce dernier groupe, il est des genres cliez lesquels les membres postérieurs seuls possèdent des mains bien développées, les membres supérieurs n'ayant que des mains mutilées, complètement ou presque complètement privées de pouce. Il est donc préférable de donner le nom d'ordre des Simiens au groupe constitué par les Singes proprement dits, c'est-à-dire par cette longue série d'animaux qui habitent les régions chaudes et tempérées des deux mondes et qui se rapprochent plus ou moins de l'espèce humaine par leur mode de développement, par leur physionomie, par leur dentition, parleur régime, etc.
A l'exception de quelques espèces de grande taille qui restent ordinairement sur le sol, dans les forêts épaisses, ou qui fréquentent les rochers escarpés, les Singes passent la plus grande partie de leur vie sur les arbres : aussi sont-ils spécialement conformés pour grimper et pour sauter de branche en branche ; leur corps est en général svelte et élancé, leurs membres sont allongés et vigoureux, et leur queue se termine quelquefois par une partie volubile et susceptible de jouer le rôle d'un instrument de préhension ou tout au moins d'un crochet suspenseur.
La tête des Singes, au moins dans le jeune âge, affecte une forme arrondie ; elle est presque toujours surmontée de poils touffus qui se redressent en toupet, et garnie sur les côtés de poils allongés qui dessinent des favoris ou un collier de barbe; mais dans toute sa portion antérieure elle est dénudée et colorée en bleu, en lilas ou en rose. Cette face, animée par des yeux brillants et singulièrement mobiles, offre avec un visage humain une ressemblance assez prononcée. Toutefois, chez les singes de grande taille, qu'on appelle des Anthropomorphes et des Cynocéphales, par les progrès du développement, cette analogie tend à s'effacer, car les mâchoires deviennent proéminentes, ce qui fait paraître le front fuyant et ce qui donne à la physionomie un cachet de bestialité des plus accusés. C'est ainsi qu'entre la tête d'un Gorille adulte et celle d'un jeune individu de la même espèce, les différences sont à peu près aussi marquées qu'entre celle d'un enfant et celle d'un mammifère carnassier de grande taille, d'un tigre ou d'un lion.
Les oreilles sont latérales chez les Singes et Jeur pavillon est tantôt à découvert, comme chez
l'homme, tantôt abrité sous des touffes de poils ; le nez est écrasé à la base, rarement pointu, plus souvent épaté à l'e-^trémité, avec les narines séparées par une cloison plus ou moins large qui se prolonge parfois iriférieurement de manière à rejoindre le bord de la lèvre supérieure. Celle-ci est assez épaisse, mais très mobile, de môme que la lèvre inférieure qui en s'avançant peut se transformer en une sorte de gobelet pour recevoir la boisson ou les aliments. L'Orang-outan, grand singe de l'ile de Bornéo, offre en particulier cette disposition.
Le corps est revêtu, sur la plus grande partie de sa surface, d'une fourrure plus ou moins abondante dont les teintes grises, brunes, noires, jaunes ou verdâtres se fondent généralement les unes dans les autres et ne sont relevées que par les nuances vives de la face et de la région postérieure. Quelquefois cependant, comme chez certains Colobes, les flancs sont ornés de longues franges d'un blanc pur qui tranchent vigoureusement sur le reste du pelage. En arrière, il y a presque toujours une queue, tantôt très touffue, tantôt à poils ras, et dont l'extrémité est souvent préhensile, comme nous l'avons dit.
Contrairement à ce qu'on observe dans l'espèce humaine, les membres antérieurs sont fréquemment plus longs que les membres postérieurs, et chez rOrang, de même que chez les Gibbons, leurs extrémités arrivent à toucher le sol quand l'animal se tient dans une position presque verticale. La main, ordinairement très effilée, est moins parfaite que celle de l'homme et ne peut pas se mouler aussi facilement que celle-ci sur les objets pour en apprécier la forme et la température ; elle est donc un organe du toucher assez médiocre lors même que le pouce atteint un développement normal. Tous les doigts sont munis d'ongles aplatis, sauf chez les Ouistitis. Chez ces derniers Singes, d'ailleurs, le pouce des mains postérieures est à peine opposable aux autres doigts.
Le système dentaire des Singes offre de très grandes similitudes avec celui de l'homme, et se compose aussi d'incisives, de canines et de molaires qui, dans les espèces les plus élevées en organisation, arrivent au chiffre total de 32, mais qui, dans les Singes américains, atteignent le nombre de 36, par l'addition d'une molaire supplémentaire de chaque côté et à chaque mâchoire. L'estomac est constitué normalement par vine poche unique; mais, chez certains Singes qu'on appelle des Semnopithèques, il manifeste une certaine tendance à se subdiviser en plusieurs poches, comme chez les Ruminants : cette disposition est en rapport avec le régime essentiellement végétal des Semnopithèques, qui d'ailleurs n'ont pas, à la manière de beaucoup d'autres Singes, les joues creusées d'abajoues, sortes de réservoirs où peuvent s'accumuler des fruits, des grains et d'autres aliments.
Dans son ensemble le cerveau des Singes est construit sur le même plan que celui de l'homme, mais dans ses divers éléments il présente de nombreuses modifications qui vont en s'accentuant depuis les Anthropomorphes jusqu'atJl Ouistitis. Ces derniers, en effet, ont les hémisphères presque lisses, tandis que les Chimpanzés et les Orangs ont la surface du cerveau marquée de nombreuses circonvolutions. En rapport avec ces différences dans l'aspect de la masse cérébrale, on constate chez les Singes de grandes variations dans le degré de l'intelligence et la perfection des organes des sens. Règle générale, les facultés intellectuelles des Singes, au lieu de se développer avec l'âge, restent stationnaires ou même décroissent; le caractère, d'enjoué, devient fantasque, et les instincts brutaux, assoupis chez les jeunes, prennent décidément le dessus chez
SINGES
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les vieux individus. Toutes les personnes qui ont élevé de ces animaux en captivité ont pu se convaincre de ces faits.
La vue, l'ouïe, l'odorat ot le goût s'exercent cliez les Simiens à, l'aide des mêmes organes que dans l'espace humaine; quant au touclier, il est naturellement moins exquis, puisque les mains ne sont pas aussi bien conrormées et que le corps est en grande partie couvert de poils ; cependant, il peut s'clïecfuer assci bien, non seulement par l'extrémité des doigts, mais par le bout de la queue lorsque celle-ci est préhensile, par les parties dénudées du corps, et par les lèvres qui sont extrêmement mobiles. La voix est plus ou moins puissante et possède parfois une sonorité singulière, grâce à des réservoirs aériens qui communiquent avec le larynx. Chez l'Orang, par exemple, il y a sur le devant de la gorge deux énormes sacs qui peuvent se prolonger sur toute la partie antérieure de la poitrine et qui servent à renforcer les sons. Chez le Gibbon siamang, on observe quelque chose d'analogue, et chez l'Alouate ou Singe hurleur de l'Amérique méridionale, on trouve un appareil vocal encore plus compliqué.
Les anciens, qui ne connaissaient qu'une faible partie de l'Afrique et de l'Asie et qui ne soupçonnaient pas l'existence du continent américain, n'avaient évidemment que des notions très imparfaites sur l'ordre des Simiens , et ce n'est guère que dans le courant des xvti' et xvui' siècles que des renseignements précis sur le genre de vie et la distribution géographique des Singes furent recueillis par les voyageurs français, anglais et hollandais. Cependant, malgré ces données, on continua encore pendant un certain temps à se faire une idée fausse de la véritable nature de ces animaux et de leurs affinités zoologiques, et l'on confondit volontiers dans un môme groupe, celui des Primates, l'homme, les Singes, les Lémuriens ou Faux-Singes, et môme les Chauves- Souris. Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi et tout le monde est d'accord sur la place qu'il convient d'assigner aux Singes dans la série zoologiqiie et sur les grandes divisions qu'il est nécessaire d'établir parmi eux. On partage l'ordre des Simiens en deux grandes caiégories, qu'on appelle sousordres, tribus ou familles suivant le point de vue auquel on se place, et qui sont certainement des catégories naturelles, puisqu'elles coïncident admirablement avec la distribution géographique de ces mammifères. Buffon et son collaborateur Daubenton ont. en effet, reconnu les premiers qu'il existe des différences considérables, sous le rapport de l'organisation et des moeurs, entre les Singes qui habitent le sud de l'Asie, l'Afrique et le midi de l'Europe, et ceux qui sont propres aux contrées chaudes de l'Amérique, puisque les Singes de l'Ancien-Monde ont la région postérieure du corps dénudée et calleuse, les narines séparées par une cloison étroite, le nez ocouné et peu saillant (sauf chez le Nasique de Bornéo et le Rhinopithèque du Tibet), le système dentaire présentant le même nombre des dents (;)2) et la même formule que clicz l'homme, tnndis que les Singes du Nouveau-Monde sont dépourvus de callosités, ont les narines séparées par une large cloison, la queue longue (sanf chez le Bi-achyure), souvent prenante et volubile, et possèdent en général 3ii dents, quatre de plus que
de Gibraltar ou Marjol et du Sapajou, tandis que ceux de Catarrhiniens et de l'iatyrrhiniens, tirés du grec, font allusion à la disposition de la cloison nasale, étroite chez les Singes de l'Ancien- Monde, épaisse, au contraire, chez les Singes du Nuuveau-Monde.
Chacune de ces deux grandes catégories de Simiens se subdivise à son tour en un certain nombre de groupes secondaires. Ainsi parmi les Pithéciens ou Catarrhiniens, il y a les Anthropomorphes, Singes de grande taille, ressemblant beaucoup à l'homme, surtout dans le jeune âge, se tenant presque constamment sur le sol, et cheminant dans une posture semi-verticale ; les Cynocéplutles, qui se font remarquer, comme leur nom l'indique, par leur museau saillant comme celui d'un chien ; les Macaques, qui ont pour type le Magot de Gibraltar et des Etats barbaresques; les Semnopithèqiies , vénérés des Indous ; les Colobes, couverts d'une longue fourrure, et les Cercopithèques ou Guenons, aux formes élégantes, au pelage orné de couleurs vives. De même, parmi les Cébiens ou Platyrrhiniens on distingue les Alounlcs ou Smqes-hurleitrs ; les Lngotriches, à la tète globuleuse, au corps trapu, couvert d'une épaisse fourrure, à la queue longue, poilue et fortement prenante à l'extrémité; les Atèles ou Sinqes-araignées, aux formes grêles, aux mains antérieures, presque entièrement privées de pouce ; les Sagouins ou Cnllitriches, au pelage doux et bien fourni, à la queue touffue, à peine préhensile; les Sakis ou Singes-renards, et les Ouistitis, appelés aussi Singes-ours ou Singi'S -écureuils à cause de leur fourrure laineuse et de leur petite taille.
Nous citerons, dans la tribu des Anthropomorphes : 1" V('ranfj-outa7i, qui habite les îles de Sumatra et de Bornéo, et qui se distingue par sa têto très élargie, au moins chez les mâles, par son corps obèse, couvert de poils, d'un brun roux sur les flancs et presque dénudé sur la poitrine et sur l'abdomen, par ses membres antérieurs beaucoup plus longs que les membres postérieurs ; ■2° le Chimpanzé ou Troglodyte, qui vit sur la côte occidentale d'Afrique et qui a le front moins saillant et les bras plus courts que l'Orang; 3° le Gorille, qui se trouve dans les forêts du Gabon, et qui est certainement le plus grand et le plus redoutable des Anthropomorphes; 4" les Gibbons, qui ont pour patrie la région indo-malaise et qui se rapprochent des Orangs par leurs membres antérieurs démesurétiient allongés et des Chimpanzés par leur front fuyant.
Les Cynocéphales, à l'époque actuelle, ne se rencontrent plus que sur le continent africain, où ils vivent en troupes sur les flancs rocailleiix des montagnes ; parmi eux figurent les Mandrilles à la face hideuse, les Babouins, le Pnpinn ordinaire, et le Papion à perruque, qui était chez les anciens Egyptiens le symbole du dieu Tôt et dont l'image est fréquemment reproduite dans les inscriptions hiéroglyphiques.
Les Macaques, au contraire, occupent une vaste zone qui embrasse le sud el l'est de l'Asie, les îles de la Sonde, Célèbes, l'est et le nord de l'Afrique et même un petit coin de l'Europe méridionale. Il existe, en eflet, sur les roches de Gibraltar quelques représentants de ce groupe ; ce sont des Macaques sans queue, qu'on appelle des Magots et qui sont tout à fait semblables à ceux
l'espAce humaine. Ces deux grandes catégories ! qui errent dans les montagnes de l'Algérie et du de Singes sont ordinairement désignées par les | Maroc.
noms de Pithéciens et de Cédiens, ou de Catar RiiiNiENS et de PuTYiiRHiNieNs, et correspiindent d'une part aux Singea, Guenons et Babouins de Buffon, d'antre part aux Sapajous et Sagouins du même auteur. Les noms de Pithéciens et de Cébiens sont môme dérivés des noms latins du Singe
Enfin, les Semnopithèques, dont on connaît aujourd'hui une trentaine d'espèces, appartiennent tous îi la faune indo-malaise, tandis que les Colobes et les Cercopithèques sont répandus sur la majeure partie du continent africain.
Parmi ces Singes de l'Ancien-Monde, il en est
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