‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 35 sur 459 · IV. PÉRIODE DE DÉCADIÎNCE · texte numérisé non relu

IV. PÉRIODE DE DÉCADIÎNCE

A l'époque impériale, le despotisme croissant qui suivit la monarchie d'Auguste éteignit graduellement toute vie intellectuelle, toiîte indépendance dans la littérature. La poésie et l'éloquence durent se taire ou prendre un langage hypocrite. Toujours espionnés ou du moins croyant l'être, les écrivains de cet âge se sentaient pour ainsi dire sur la scène. Ils ne suivaient point une inspiration libre, mais calculaient l'effet que produiraient leurs écrits et leur conduite sur l'esprit de leurs contemporains et de la postérité ; aussi la littérature de cette époque, éloquence, histoire, poésie, a-t-elle un caractère théâtral dont le style même se ressent; on ne parle pas. on déclame. L'incertitude de l'existence, les appréhensions continuelles où l'on vit, donnent à toutes les productions de ce temps quelque chose de fiévreux, d'agité, de morbide. On veut frapper les imaginations par des idées surprenantes plutôt que profondes, par du clinquant, une concision laborieuse, une obscurité artificielle, un coloris surabondant. C'est le règne des rhéteurs. Tibère impose silence aux lettres ; l'éloquence est celle des délateurs, la philosophie reste dans l'ombre, la poésie ne compte que des noms obscurs ; l'histoire ne produit, outre Tibère lui-môme, auteur de mémoires qui furent la lecture favorite de Domitien, que deux auteurs, Velléius Paterculus, qui admire aveuglément, dans un style pompeux et affecté, tout ce que fait l'empereur, son ancien général, et Valèie Maxime, écrivain aussi servile, avec moins de talent, compilateur sans goût et sans discernement, qui nous a laissé neuf livres d'anecdotes indigestes. La grammaire, grâce à son caractère inofl'ensif, est le seul genre qui fleurit réellement à cette époque avec Justus Modestus et Pomponius Marcellus; quant à la poésie, elle n'e.st presque représentée que par des traductions; l'ouvrage le plus original fut une traduction en vers des Fables d'Ksope par Phèdre. Sous les successeurs de Tibère, Caligula, Claude et Néron, où l'on voit gouverner tour à tour l'intrigue, la malice, la méchanceté, la force brutale, la littérature et surtout la philosophie sont le refuge de quelques âmes d'élite.

L 1 figure qui domine cette époque est celle de l'Espagnol Sénèque, sénateur sous Caligula et Claude, puis précepteur de Néron, préteur et consul. On sait comment il sévit forcé au suicide, accusé d'avoir participé à la conspiration de Pison. C'est un écrivain de beaucoup de talent, philosophe d'apparat plutôt que de conviction, qui pose devant ses amis et devant lui-même. Il cherche à caresser le goût de l'époque dans le choix des sujets qu'il aborde comme dans la manière de les traiter. Il est moraliste. Il aime à disserter plutôt encore qu'à méditer sur le coeur humain. On relira toujours avec grand charme ses écrits philosophiques pleins de fines observations, de renseignements érudits mais toujours présentés sans pédantistne, de nobles préceptes que le maître n'a malheureuse-

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