TEMPÉRATURE — 2142 — TEMPÉRATURE
La température de l'air est chose extrêmement variable d'un point à l'autre au même moment, ou d'un moment à l'autre en un môme point. Les objets qui recouvrent la terre ont des degrés de chaleur inégaux suivant leur nature ou leur situation à l'ombre ou au soleil ; et l'air qui a passé à leur surface pariicipe plus ou moins de leur échauffement. Il ne faut pas trop s'attacher à ces influences tout accidenielles et locales, sauf dans les cas où elles peuvent être dommageables. Il importe au contraire de suivre les variations générales de la température de l'air en un même point, parce qu'elles sont par leur succession un des cléments caractéristiques des divers climats, qu'elles règlent la marche de nos récoltes et qu'elles influent sur notre bien être et notre santé.
L'homme, par son incessante production de chaleur interne , peut résister aux plus grands froids. Ces froids mêmes, quand ils ne dépassent pas certaines limites d'intensité ou de durée, sont un des stimulants les plus utiles de son aciivité. Chez les plantes, cette production de chaleur vitale, sans être absolument nulle, est sans iiiflueiice appréciable sur leur température, qui suit de près celle du thermomètre semblablement placé. Quand ce thermomètre descend au-dessous d'un certain degré, variable avec la plante, la végétation est suspendue ou définitivement arrôiée.
L'homme, par sa transpiration interne ou externe, peut adoucir l'influence dune température extérieure trop élevée ; mais ses ressources sont plus bornées contre la chaleur que contre le froid, et la température de ses organes ne peut guère s'élever au-dessus de + lu degrés, de même qu'elle ne peut guère descendre au-dessous de — ■14 degros sans danger pour sa vie. L'activité vitale d'une plante augmente en proportioii de sa température; il existe cependant pour chacune d'elles un degré de chaleur au delà de laquelle la végétation surexcitée ne tarde pas à périr. Ces deux limites extrêmes de la végétation, ainsi que la température intermédiaire la plus favorable à son développement, sont également utiles à connaître.
Vdi-iatioif, diurnes de la température. — La température de l'air change avec les heures du jour; pendant les temps clairs, elle passe par un minimum un peu avant le lever du soleil ; elle passe par un maximum après midi, de midi à 3 heures suivant les saisons. L'intervalle thermométrique qui sépare ces extrêmes est très faible dans les pays brumeux du Nord, surtout dans la saison froide; il monte progressivement dans la saison chaude, et à mesure que l'on pénètre vers le midi dans les régions où le ciel est le plus pur. Sous l'anneau de nuages équatorial, il faiblit de nouveau : le minimum s'élève et le maximum s'abaisse. L'ascension sur de hautes montagnes produit l'effet d'une épuration du ciel, et l'on a vu dans les Alpes des faucheurs faucher le matin de l'herbe couverte de gelée blanche et continuer leur travail dans le jour sous une chaleur de 30 degrés. Le rayonnement nocturne peut produire de la glace en été sur les plateaux élevés de l'Inde où la chaleur est difficile à supporter pendant le jour. On ne sera donc pas surpris si on trouve dans les fossés de Cherbourg des plantes sauvages qui ne se rencontrent pas en liberté dans les environs de Montpellier. Ici elles sont tuées par les gelées de l'hiver et du printemps sous un ciel clair ; là au contraire les gelées sont faibles, parce que le ciel d'hiver y est généralement couvert ou brumeux.
Variations annuelles de la température. — Elles sont généralement très faibles dans les régions équatoiiales où la variation diurne est le plus fortement accentuée. Dans ces régions les saisons ne se partagent pas en froide et chaude, mais plutôt en sèche et pluvieuse. A mesure
qu'on remonte vers les pôles, les saisons thermométriques se difforenrient de plus en plus, moins encore par la diminution d'intensité des chaleurs que par la brièveté de leur durée, par l'allongement de l'hiver et par l'aggravation des froids de cette saison. A Moscou la chaleur de l'été monte en moyenne au mémo degré qu'à Paris; mais le froid en hiver y descend à 12 ou 15 degrés |ilus bas. Rien ne supplée à la longueur des nuits dans les hautes latitudes, si ce n'est la mer dans les régions où affluent les courants chauds de l'Océan. L'Irlande, l'Ecosse, les Hébrides, les Slietland, les fàroer, jouissent d'un climat relativement tempéré en hiver, comme les îles de la Manche. New-York, bien que placé près de la mer, a un été très chaud et un hiver plus rude que Paris, parce que son atmosphère n'est pas réchauffée en hiver, rafraîchie en été, par les grands courants marins.
Températures inoyennes. — La température moyenne d'un jour devrait être la moyenne des températures de chacune des vingt-quatre heures qui composent ce jour.Elle serait encore plus exactement donnée par la courbe thermométrique tracée par un bon enregistreur automatique. Le plus souvent on se contente de la moyenne de trois ou quatre observations faites à des heures choisies, telles que 6 heures du matin et du soir, midi et minuit. Pendant une longue suite d'années on s'est contenté à l'Observatoire de Paris de prendre la moyenne des minimum et maximum thermométriques de chaque jour. Ces dernières moyennes sont assez loin d'être individuellement exactes ; mais les écarts se compensent assez bien dans un mois pour ne plus laisser qu'une erreur en plus de deux ou trois dixièmes de degré. Pour se rattacher à UJie série d'observations déjà très longue, l'Observatoire de Montsouris continue à suivre cet usagedans les applications qu'il fait de la météorologie à l'agriculture et à l'hygiène.
Des températures moyennes de chaque jour on peut aisément déduire les températures moyennes d'un mots, d'une saison, d'une atinée.
Isothermes. — On connaît assez bien la température moyenne annuelle d'un grand nombre de points de la surface du globe. De Humboldt a inscrit sur une carte des deux hémisphères la température moyejine annuelle de chaque lieu, puis il a joint par une même ligne tous les points ayant même température moyenne. Les lignes aiiisi construites, avec un degré d'approximation que l'avenir permettra d'élever de plus en plus, se nomment isothermes, mot tiré de deux mots grecs signifiant égale chaleur.
L'inspection de la carte des isothermes montre que les questions de latitude n'interviennent pas seules dans la répartition do la chaleur à la surface du globe. La partie occidentale de l'Europe est beaucoup mieux partagée sous ce rapport que sa partie orientale, et la différence est d'autant plus fortement accusée qu'on remonte plus haut vers le pùle. Le môme effet se remarque dans l'Amérique du Nord, dont les côtes occidentales sont plus chaudes, surtout en hiver, que les côtes orientales, à latitude égale.
En ce qui concerne l'Europe en particulier, l'isotherme de 1U° traverse le sud de l'Irlande, passe près de Londres, puis de là s'incline vers le midi en traversant la Belgique, la Bavière, l'Autriche et le nord de la mer Noire. Les isotliertnes de 5° et de 0° atteignent à des latitudes proportionnellement plus grandes encore sur les côtes occidentales de l'Europe que dans l'iiitérieur du continent. Ce réchauffement de nos côtes est le résultat exclusif des pranils courajits du Gulfstreani qui y sont portés pir les vonts et remonteut en les suivant jUM^u'au delà du cap Nord.
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Diro Bculcmciil que l'Irlande et la Cnmoe ont la mime température moyenne serait donner une iiloo bien inexacte de leurs climats si diflcrciits. Aussi, au lieu de s'en tenir aux températures moyennes annuelles, a-ton comparé deux saisons opposées, l'Iiiver et l'été. On appelle isoc/ii"iràfs les courbes d'égale température moyenne de l'hiver; on appelle courbes isolhères les courbes d'égale température moyenne do l'été.
L'abaissement des isocliimènes vers le midi, à mesure qu'elles pénètrent dans l'intérieur de l'Europe, est extrêmement rapide, surtout vers les côtes. C'est ainsi que l'isochimène de 0° passe dans le sud do l'Islande, traverse très obliquement le midi de la Suède, le Danemark, l'Allemagne et passe au-dessous de la Crimée; que l'isocliimène de 5° traverse l'Irlande, le sud-ouest de l'Angleterre, l'ouest de la France, le nord de l'Italie, la Turquie et passe un peu dans le nord de Constantinople. L'action réchau Tante du Gulfstream est donc ici très fortement accusée, surtout pendant certains hivers tiodes en même temps que pluvieux sous l'action des vents marins.
Si nous passons à l'été, les courbes isothères nous présentent un tout autre spectacle. L'iso- Ihère + 10° longe l'isochimène 0° en dessous de l'Islande. Dans ce pays, la différence des températures moyennes de l'été et de l'hiver est donc de lO" seulement: c'est un climat marin. Mais en arrivant sur la Norvège, ces deux lignes se séparent, et tandis que l'isochimène de 0" descend brusquement vers le sud, l'isothère de 10° remonte vers le nord. Dans l'est de l'Europe elles sont séparées par la presque totalité de la Russie. A Tromsû, au nord de la Norvège, nous voyons se couper les lignes isothère -I- 10° et isochimène
— i°. La dilTéronco entre l'été et l'hiver est déjà de 15°. De l'ouest de la France au nord de la mer Caspienne, l'isotlière -4-20° coupe successivement les isochimènes h°, 0°, — 5°, — 10°, en sorte qtie les différences entre les températures moyennes de l'été et de l'hiver montent successivement de 15° à 20°, à 25° et à 30°. La dissemblance des climats est profonde.
Les plantes qui redoutent les gelées de l'hiver, telles que le hguier, le grenadier, pourront se maintenir en pleine terre sur les côtes occidentales de l'Europe à des latitudes beaucoup plus hautes que dans l'intérieur du continent. Mais il en est qui, tout en craignant moins les gelées, veulent de la chaleur et de la lumière pour mûrir; telles sont la vigne, le mais. On les retrouve sur les bords du Rhin, à une assez grande distance au nord de la Loire, qui forme à peu près leur limite septentrionale dans l'ouest de la France. Ces cultures suivent donc les isothères sans se préoccuper beaucoup des isochimènes. Cela se comprend aisément pour le maïs, qui est une plante annuelle que l'on sème après les gelées. Mais si la vigne avant le réveil de ses bourgeons peut impunément subir de grands froids, elle devient très sensible à l.i gelée dès que ceux-ci commencent à se gonfler, et la récolte qu'on en tire devient très précaire près des limites que les isothères assignent à sa culture.
Au reste, à. côté de la question de chaleur s'en trouve une autre qui n'a, jusqu'ici, été l'objet que do mesures trop peu nombreuses eu égard à son degré d'importance : c'est la question d'éclairement. La température arrivée à un certain degré permet k la plante de parcourir les diverses phases de sa végétation et elle règle la durée de ces phases; mais par elle-même elle est impuissante k nourrir la plante en lui permettant de puiser dans le sol et dans l'air les matériaux de ses produits et de se les assimiler. C'est la lumière seule, ou les radiations directes ou diffu-
sées du soleil, qui accomplissent en elle cet office ; or on n'a jamais efflcacement songé à tracer sur le sol les courbes d'égal éclairement comme on y a tracé les courbes d'égale température. Un des éléments essentiels des climats nous échapperait donc entièrement, si les lignes isothères, en s'élevant vers le nord il mesure qu'on s'éloigne des côtes ouest de l'Europe, ne nous faisaient entrevoir que la pureté du ciel en été s'accroît en général à. mesure qu'on pénètre plus avant dans les terres. C'est Ik une indication générale que des mesures directes rendraient plus précise et plus utile. A mesure que l'on s'élève sur de hauts plateaux, la température baisse, mais le degré d'éclaireraent augmente ; la végétation change de caractère ; les mêmes plantes se modifient de manière k parcourir plus rapidement le cycle de leur végétation ; leurs couleurs sont plus vives, leur arôme plus pénétrant. En Norvège la culture profitable du froment ne remonte pas très haut vers le nord. Elle a déjà disparu depuis longtemps d'une manière k peu près complète quand k Lynden, sous le 70'^ parallèle, on rencontre une sorte d'oasis abritée des vents marins par des montagnes élevées, dans laquelle le ciel est généralement pur en été, et dans laquelle aussi on fait encore de bonnes récoltes de blé. L\ le soleil ne quitte guère l'horizon en été ; la terre est dégelée, labourée, ensemencée vers le 15 juin et k la fin d'août la céréale est coupée. Ces blés sont riches en amidon, pauvres en gluten : c'est le contraire des blés d'Afrique.
Variations de la température avec la hauteur. — Dans tous les climats et dans tous les temps, le degré de chaleur baisse plus ou moins rapidement quand on monte plus haut au-dessus du niveau de la mer. Si on s'élève verticalement dans l'air, la diminution de température est généralement de 1 degré par loO, 150 ou 200 mètres d'élévation, suivant le degré d'humidité. Quand c'est le sol lui-même qui monte, l'effet est semblable en moyenne, mais des influences d'heure et d'orientation donnent naissance k des variations locales très sensibles. En règle générale, le ciel est plus pur sur les hauts plateaux que dans la plaine; les différences entre les températures minima de la nuit et maxima du jour y seront donc également plus accentuées. Et comme c'est le sol surtout qui se refroidit et s'échauffe directement pour transmettre consécutivement sa variation de température k l'air ambiant, des courants d'air froid tendront à descendre la nuit des montagnes et des courants d'air chaud tendront au contraire à s'élever sur leurs flancs pendant le jour.
Nous remarquerons toutefois que l'air en montant se dilate par le seul effet de sa diminution de pression. Quand un gaz se dilate sous l'action de la chaleur, on peut faire de celle-ci deux parts, l'une qui dilate le gaz sans changer sa température, l'autre qui échauffe le gaz sans le dilater. Quand la dilatation du gaz a lieu sans addition de chaleur et par simple effet de la diminution de la pression qu'il supporte, il faut encore k ce gaz sa chaleur de dilatation; et si on ne la lui donne pas du dehors, il la prend k lui-môme, sa température baisse. Telle est en résumé la principale cause du froid des hautes régions de l'air. L'air cliaud des plaines peut y être porté par les vents, il y arrive rafraîchi par le fait même de son ascension. L'air froid des hautes régions peut être k son tour abaissé vers la plaine ; il y revient réchauffé par le fait même de sa descente et de la contraction qu'il subit pendant son abaissement. 11 peut y revenir même beaucoup plus chaud qu'il n'en était parti. Prenons par exemple un air porté à 20 degrés dans la plaine et chargé d'une assez forte proportion do vapeur d'eau. Par l'influence de cette vapeur dont la capacité calorifique est
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notablement plus grande que celle du gaz sec, son refroidissemeut sera ralenti. Supposons que ce refroidissement soit seulement de 1 degré par '20U mètres d'élévation. A 2uiiU mètres de hauteur audessus de son point de départ, sa températui'e se serait abaissée de 20° à 10° s'il n'y avait pas de condensatiou de vapeur. A 3000 mètres sa température serait de 5° dans la même liypotbèso.Dans ces conditions, au retour, il se réchauffera do 1 degré par 2U0 mètres de descente ; il reviendra dcmc à son point de départ avec la température iniiiale de 20 degrés. Mais pendant sa course ascendaiite et par l'effet de l'abaissement do température qui en est la conséquence, une partie de sa vapeur aura pu se condenser eu nuages et en pluie. Toute condensation de vapeur amène un dégagement de chaleur latente qui sera mise à profil par l'air, de telle sorte que, à partir du moment où la condensation commence, l'air montant se refroidira moins vite qu'il ne l'a fait jusqu'alors. Au lieu d'arriver à 3000 mètres avec la température de 5", il y parviendra avec une température moins basse, de S" ou 10° par exemple. Rien d'ailleurs ne sera changé au retour, si l'air garde toute sa vapeur condensée. A la descente, cette vapeur condensée disparaîtra peu à peu en reprenant la chaleur qu'elle avait dégagée, le récliauffement de l'air sera d'abord lent, puis il s'accélérera quand toute trace de nuage aura disparu et, finalement, il reviendra à la plaine avec sa température première de 20". 11 en sera autrement si le nuage se résout en pluie. L'eau tombée est perdue pour l'air qui n'en garde pas moins la clialeur supplémentaire provenant de la condensation de la vapeur. Cette chaleur ne sera plus restituée à la descente et, de plus, l'air moins riclie en vapeur se réchauffera plus vite en descendant qu'il ne se refroidissait à la montée. Cet air reviendra donc à la plaine plus sec et en même temps plus chaud qu'au départ. Tel est le résultat que présente le fœhn des Alpes. Un vent du sud ou sud-ouest tiède et humide gravit les flancs méridionaux des Alpes; il dépose à leurs sommets des pluies ou des neiges; et si le sol trop froid ne lui enlève pas trop de chaleur par son contact, l'air descend les versants nord plus sec et plus chaud qu'i l'ascension. On dit que ce vent est une continuation du sirocco d'Afrique. C'est un préjugé analogue à celui de la lune rousse : l'effet est local et le désert d'Afrique n'y est pour rien.
A côié des influences d'altitude se placent les influences de latitude ; celles des continents et des mers.
En toute saison, la température baisse quand on marche du midi vers le nord. En hiver la mer est plus chaude que le continent; l'inverse a lieu pendant les chaleurs de l'été. Les lieux antérieurement traversés par le vent influent donc sur sa température dans l'endroit où il souffle.
Tent/jeraturi; n'u sol. — La température de la surface du sol est presque toujours en avance sur celle do l'air : celle-ci se règle sur celle-là de plus ou moins près. 11 ne faut pas oublier, toutefois, qu'en raison de son extrême mobilité et des variations de densité résultant de sa température et de son humidité, l'air échauffé ou refroidi en un point est bientôt transporté en un autre point dont les conditions sont dift'érentes. De là des irrégularités locales apparentes qui masquent souvent l'effet général sans l'altérer dans son ensemble.
Sous l'action du rayonnement nocturne, les objets terrestres, et suitout les feuilles ou brindilles drs végétaux, peuvent descendre de plusieurs degrés plus bas que la température de l'air; aussi la gelée blanche peut-elle sévir sur ces objets sans que le tliermomètre abrité descende même à zéro degré. 11 convient donc de joindre au
thermomètre à minima de l'air un second thermomètre couché sur un sol gazonné, au niveau du gazon, dans un lieu éloigné do tout obstacle pouvant gêner son rayonnement nocturne.
Par contre, la température de la surface du sol exposé au soleil peut s'élever, pendant le jour, i un degré beaucoup plus haut que celle du thermomètre abrité. C'est ainsi que le 15 juillet 1881, le thermomètre abrité marquant 3G°C au maximum, le thermomètre couché sur le gazon sans abri atteignait 50°ô. C'est une température que beaucoup de plantes supportent difficilement. Ajoutons qu'un aussi grand écart entre la température de l'air et celle du sol gazonné ne peut se produire que sous l'influence d'un calme presque absolu de l'air ; il diminue sensiblement sous l'action des moindres brises.
L'oscillation diurne de la température, exagérée à la surface du sol par la pureté du ciel, s'affaiblit rapidement à mesure qu'on pénètre dans sa profondeur. A un mètre elle devient déjà presque nulle. A 2j ou 30 mètres l'oscillation annuelle est elle-même presque insensible.
Les froids de l'hiver comme les chaleurs de l'été se propagent très lentement au travers de la couche arable. La gelée ne progresse guère dans le sol avec une vitesse supérieure à 1 ou 2 centimètres par jour moyen, et quand le sol est couvert de neige la transmission du froid est encore plus lente. L'obstacle est le même pour la chaleur solaire, surtout quand la neige d'une grande blancheur réverbère les rayons du jour.
Température des végétaux. — A de très rares exceptions près, aucun végétal ne dégage assez de chaleur pour avoir une température individuelle. Celle qu'il possède à un moment donné dépend de la température de l'air, du rayonnement nocturne ou diurne, de l'afflux de la sève prise au sol avec sa température, de l'activité de la transpiration cutanée qui rejette dans l'atmosphère sous forme de vapeur l'eau prise au sol par les racines. Cette fonction de transpiration des plantes n'a lieu que pendant le jour et sous l'influence des rayons lumineux ; mais son activité change dans des proportions énormes suivant que les racines plongent dans un sol sec ou humide et qu'elles y puisent peu ou beaucoup d'eau. Chaque kilog. d'eau transpirée absorbe la chaleur nécessaire pour élever de 1 degré environ 000 kilog. d'eau, et un champ cultivé bien arrosé peut évaporer par jour jusqu'à làOUdO ou 200000 kiiog. d'eau, alors qu'il n'ira pas au dixième de ce nombre s'il est sec, et surtout s'il est nu ou en jachère. Aussi les pays irrigués ou arrosés par les pluies sont-ils toujours plus frais que les autres.
Influence de la température sur la végétation. — La chaleur augmente l'activité de la végétation jusqu'à Uiie certaine limite de température variable avec la plante et au delà de laquelle cette plante périclite ou meurt. Au-dessous d'un certain degré do froid, variable également avec la plante, celle-ci cesse de croître et d'assimiler. A un degré plus bas encore la plante périt. On dit alors qu'elle a gelé; mais il est un assez grand nombre de végétaux qui meurent par insuffisance de chaleur avant que leur température soit descendue même à zéro degré. Pour les plantes comme pour les animaux, la mort par le froid est donc un fait d'ordre physiologique et non purement physique.
Dans les conditions ordinaires de la vie des plantes, la durée de leur végétation annuelle est avant tout une question de te.npératuro, à moins que l'eau ou la lumière no leur fasse défaut. Il en est ainsi pour les plantes à fruit ou à graine de nos cultures courantes et particulièrement pour les céréales et la vigne. Ce qu'il faudrait
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■connaîtrfi pour Iiîs applications que l'on peut faire i surtout si ce froid relatif est un peu durable. Les de cette loi f>;(5norale, c'est la toniporature môme épis des maîtresses tiges ayant avorté par vice plante vivant en plein air et au soleil. Gé- de floraison, les liges secondaires qui fleurissent
néraicment on se borne en météorologie à l'observation des températures il l'oinbre ; les comparaisons sont donc seulement approximatives. Mais ■comme la température de l'air est la conséquence de celles par lesquelles passent le sol et les végétaux qui le roc luvrent, on peut encore, faute de mieux, la prendre, dans un examen d'ensemble, pour mesure proportionnelle des au très. C'est ce que
plus tard et sont généralement étouffées par les autres dans les blés bien garnis, peuvent, dans une certaine mesure, suppléer aux premières ; mais, dans ce cas, la floraison est longue, inégale, et le produit resie maigre. La pluie, au contraire, ne paraît exercer qu'une influence très douteuse sur la floraison. La fécondation du grain s'opère à buis clos ; elle est déji faite quand l'étamine,
nous faisons dans les deux exemples qui suivent, i ce qu'on nomme improprement la fleur, apparaît
Froment. — Le germe du grain de blé entre en • au debors. mouvement, d'après M. de Gasparin, quand avec j La quatrième phase ou maturité du grain a lieu l'humidité nécessaire il subit uno température | généralement quand la somme des températures qui dépasse .S». 11 perce l'épiderme du grain quand i moyennes diurnes est de 815" depuis la floraison, la somme des températures moyennes des jours ou de '2315° depuis lus semailles. Ce résultat arécoulés depuis les semailles est voisine de 85°; sa j rive en moyenne à Paris 45 ou 46 jours après la tigelle sort de terre peu de jours après. La durée j floraison. Les écarts peuvent s'élever i
<Je cette phase de germination peut varier, dans nos pays, de 4 à 1 00 jours.
Le grain do blé sec résiste très bien à la gelée ; le blé en herbe peut également supporter des froids assez vifs; mais le germe naissant périt à aine température peu inférieure b, zéro. Il en résulte que si des gelées un peu vives et prolongées surviennent pondant la période de germination,
6 jours en moins ou en plus, suivant la température.
En observant la marche des températures moyennes diurnes, on peut donc presque jour par jour calculer les progrès de la végétation du blé, connaître son degré de retard ou d'avance, et prévoir l'époque de la moisson, mais non la valeur de la récolte. Si, en effet, la durée de la végéta-
les blés sortent clairs. C'est le cas ordinaire dans tion est surtout une question de chaleur, son pronos pays quand la germination des blés d'automne duit est une question de lumière, parce ([ue la s'attarde par l'efl'et des froids qui surviennent. ' lumière est l'agent de l'assimilation et de la La sécheresse au contraire peut entraver la ger- ' production des matériaux dont se nourrit le, grain, raination du grain sans nuire à son germe. j 11 est fort diflicile d'apprécier avec quelque exac-
Une seconde phase importante de la végétation titude le degré d'éclairement du ciel d'après l'estidu blé est celle que M. de Gasparin nomme mation de la masse de nuages qui le couvrent (lécurtation et qu'il faitcoincider avec le tallagedu plus ou moins complètement. Il faut y employer pied. La tige commence à peine à (aller que, si on un instrument particulier, qu'on nomme actinol'ouvre et qu'on la porte sous une bonne loupe, on J mètre. Celui dont on fait usage à Montsouris et y voit déjii le rudiment de l'épi présentant sur ses dans divers observatoires d'Europe consiste en bords des nodosités naissantes à chacune desquel- deux thermomètres il boule, renfermés chacun les correspondra un épillet. Le nombre de ces dans un tube à boule de cristal, dans l'intérieur nodosités se limite bientôt par le sommet du duquel on a fait le vide. Le réservoir de l'un des cône : c'est la décurtation. Dès qu'elle s'est , thermomètres est noirci au noir de fumée, le réproduite, le nombre maximum d'épillets à l'épi se ' servoir de l'autre est nu et brillant. (Jes doux instrouve limité. Le nombre des grains il l'épi peut I truments étant placés côte il côte il l'air libre dans diminuer ultérieurement par l'avortement plus ' un lieu bien découvert, ils doivent marchin' exacou moins complet des épillets ; le rendement ne i tement -d'accord pendant la nuit et dans l'obseupeut plus monter au delii d'un certain chiffre que ' rite, mais, dès que le jour apparaît et tant qu'il par les progros du tallage. ' dure, le thermomètre noirs'élève au-dessus du ther-
Le tallage et la décurtation se produisent lors- ' niomètre nu. L'écart peut monter en hiver ou en que la somme des températures moyennes des ' été à 15, 16 ou 17". Cet écart est proportionnel au jours écoulés est d'environ 555° depuis la germi- degré d'éclairement qu'on veut mesurer. Il change nation ou de 640° depuis les semailles. Toutefois, ' touiofois avec l'instrument employé en raison de dans cette somme, on ne doit pas compter les j différences de construction souvent peu appréjours dont la température moyenne est inférieure I ciables. La comparaison de chaque instrument à 6°, d'après M. Hervé-Mangon. Dans les semis avec un actinomètre type permet de r.iitacher à. d'automne des environs de Paris, la durée totale , la môme unité, InO, toutes les indications. de ces deux phases peut, suivant li date des se- Les blés arrivés il maturité ont reçu chaque' mis et les allures de l'hiver, varier de 05 il près année la même somme de chaleur, mais ils n'ont de 200 jouis. Le tallage qui a lieu avant la fin des I pas reçu la même somme de lumière. La moyenne grands froids do l'hiver laisse le blé exposé à des de 6 années, de 1814 à 1880, il Paris, donjie les dangers. An moment du tallage, en effet, le blé j résultats suivants: craint la gelée qui peut tuer l'épi naissant malgré ses enveloppes protectrices. La récolte en souffrira, bien que le mal puisse être en partie réparé par les progrès du tallage.
La troisième phase de la végétation du blé, sa floraison, a lieu par une température moyenne de 16°. Mais, ici encore, l'arrivée do cette phase est bien moins déterminée par la température actuelle que par l'accumulation des températures antérieures. La floraison survient en général dans les environs de Paris quand la somme des températures moyennes des jours écoulés est de 860° depuis le tallage ou de 1500» depuis les semailles, en négligeant les jours dont la température moyenne est inférieure il 6°. Aune température moyenne de l:i" la floraison peut encore être bonne; au-dessous elle est très compromise, 2' Partie.
les dcgi jusqa
ar.tinométnques depuis la germination 30» Jour après la floraison.
Semis du I" octobre 4980"