COMÉDIE
Carnrillo. — Le Menteur (1643). — Au début de la comédie classique nous trouvons Corneille, comme nous l'avons trouvé au début de la tragédie. Le Menteur, qui parut dans l'iiiver de lG4:i à 1644, entre Pompée et Ho'Jogune, est tiré d'une pièce espagnole d'Alarcon, la Verdad soxpecliosa. Du liàblnur castillan Corneille n'a pas fait, comme on eût pu le croire, un hâbleur gascon. Son Dorante est, suivant le terme encore d'usase au XVII" siècle, un écolier, que son père a envoyé de Paris à Poitiers pour étudier le droit, et qui en revient très jeune, très novice, honnête au fond. Entrant dans un monde nouveau pour lui, •et où il aspire à faire figure, il ment, il ment avec ce terrible aplomb qui sert souvent à déguiser la timidité ei la gaucherie, il mont par vanité, il ment par embarras, il ment par nécessité, une première bourde ayant besoin d'être soutenue par UTie autre ; mais on sent bien qu'il n'y a en lui ni corruption ni hypocrisie, et qu'après la rude leçon que Goronte lui a infligée, ec aussi à l'école plus douce de Lucrèce, il se corrigera d'un simple travers de jeunesse et de circonstance.
Ce n'est donc pas un caractère d'une grande profondeur que celui de Dorante; la pièce n'en est pas moins gaie et agréable. Les inventions de Dorante, celle du concert sur l'eau {acte I, scène v), colle du faux mariage de Poitiers (acte II, scène v), etc., sont plaisamment imaginées. Plus plaisantes encore les scènes entre Dorante et son valet Cliton, à qui il fait la théorie de ses « menteries » et en explique le pourquoi :
0 le beau complimenta charmer une dame, De lui dire d'abord : « J'apporte à vos beautés'
" Un crfiur nouveau veDU des universités »
(Acte I, scène vi.)
A la fin, le valet en vient à un tel point d'incrédulité à l'endroit des paroles de son maître, que, ne sachant plus distinguer le vrai du faux, il lui demande de le inettre au fait (acte III, scène v), suivant l'occurrence :
De grâce, dites-n
vous allez mentit
La scène maîtresse est celle où Géronte, à qui Dorante en a donné à garder tout aussi bien qu'aux autres, l'interpelle sévèrement au nom de sonanioriié paternelle et le fait rougirde ses mensonges (acte V, scène m) : on retrouve là, comme le remaniue \ oltaire, la même main qui peignit le vieil Hi.race et don Dièguo : la dignité offensée
citoyens eux-mêmes, réunis en une sorte de jury, et auxquels on donnait, pour remplir ces fonctions, une rémunération quotidienne de trois oboles. On devine quel moyen d'influence et aussi de corruption pouvait être entre les mains des démagogues cette sorte de sportnie. Aussi ne s'en faisaientils pas fautp, et en particulier Cléon, le grandadvorsaire d'Aristophane, celui qu'il avait déjà, attaqué dans plusieurs autres pièces. Sous le nom de Philocléon (ami de Cléon;, Aristophane personnifie les juges mercenaires et asservis aux démagOEues. 11 fait de ce personnage une sorte d'imbécile, entêté de son métier, que son fils Bdélycléon (ennemi de Cléon) fait garder à vue par ses deux esclaves Sosias et Xanihias, et que les autres juges ses collègues, sous la figure de « guêpes» aux dards acérés, tentent de dérober à cette surveillance. Pour donner le change à la manie de Philocléon, Bdélycléon le détermine à se constitner en juge domestique, et il lui fait juger le procès du chien Labès, lequel a soustrait et mangé tout un fromage de Sicile (autre allusion politique au général Lâchés qui, dans l'expédition contre la Sicile, était accusé de s'être laissé corrompre à prix d'or). A la fin, Philocléon, peu soucieux de sa dignité de juge, se livre à toutes sortes d'excentricités fort peu édifiantes ; le chœur des guêpes ne se montre pas beaucoup plus scrupuleux que lui, et fait cause commune avec Bdélycléon et avec les ennemis des démagogues.
Il y a loin de là, comme on le voit, à Perrin Dandin et à Chicaneau ; Racine, comme il le dit lui-môme, doit à Aristophane, dont les Gw^pes ne sont certes pas la meilleure pièce, « le juge qui saute par les fenêtres, le chien criminel et les larmes de sa famille; » tout le reste lui appartient. Ce reste n'est, d'ailleurs, qu'un badinage, dont I« côté le plus sérieux est la critique très forte et très mordante de la manie de plaider, très répandue au wii'' siècle, et aussi celle du personnel ordinaire des tribunaux d'alors, surtout des avocats et des juges.
Cette dernière partie de la satire est, à dessein sans doute, pousséejusqu'à la caricature ; Racin« ne s'attaquant, bien entendu, ni à messieurs du parlement, ni aux autres gros bonnets de la haute magistrature. En se limitant à ce point de vue, et à la condition de n'y pas vouloir trouver autre chose que ce que Racine lui-même avait voulu mettre dans une pièce destinée d'abord aux farceurs de Scaramouche et du théâtre des Italiens, \i:i Plaideurs iastitienl l'honneur qu'on leur fait de les considérer comme une pièce classique. La scène du procès du chien (acte III, scène m) n'est qu'une spirituelle bouffonnerie; le juge Dandin, l'Intimé et Petit-J^an ne sont que grotesques; mais la comte>se de Pimbesche, dont le nom est resté dans la langue pour désigner une femme impertinente et acariâtre.et le plaideur Chicaneau, sont, comme on dit aujourd'hui, des créations, et des créations très vivantes, quoique très rapidement et très légèrement esquissées. Il n'est pas
de Géronte trouve des accents i|ue rappelleront jusqu'aux deux amoureux qui n'échappent, eux
plus tard ceux de don Louis apostrophant don aussi, Léandre par la bonne inine de sa jeunesse,
Juan dans la pièce de Molière (acte IV, scène vi), Isabelle par son ingénuité malicieuse, aux types
et tjui ont, d'ailleurs, près de celui qui en est convenus de la comédie. Indirectement et en paS'
l'objet, meilleur succès
Kocine.— Les Plaideurs (IC68). — C'est une comédie grecque d'Aristophane, les Guêpes, qui a ftjurni à Riiclne la première idée des Plaideurs. Mais les deux pièces ne se ressemblent guère. Comme dans presque toutes les comédies d'Aristophane, il faut voir dans te Guêpes une satire et une satire directe do l'état politique de son temps. Au nom du parti aristocratique, auquel il appartenait, il y flagelle l'institution, en effet, ultra-démocrati(iue, des juges d'Athènes, lesquels, sauf ceux de l'Aréopage, n'étaient autres que les
sant, cette dernière donne à son temps, en la personne du vieux juge, une leçon d'humanité. Quand Dandin, pour se rendre aimable, lui offre d'aller voir « donner la question >> (acte III, scène iv), comme Thomas Diafoirus offrira, quatre ans plus tard, à Angélique (dans le Malade imaginaire, acte 11, scène vi), d'assister, <i pour se divertir, à la dissection d'une femme» :
né ! monsieur, peut-on voir souffrir des malheureux ?
répond Isabelle.
Du juge Dandin, des Plaideurs, on pourrait
rapproclier le juge Bridoison, du Mariage de Figa)'", et se souvenir que c'est dans la bouche de ce dernier, en qui s'ericarnc si brutalement tout ce que pouvaient avoir d'insulfisant les magistrats de l'ancien régime, que Beaumarchais a voulu mettre son fameux couplet:
Tout finît par des rhansons,
et cela à cinq ans de la Révolution. Ce rapprochement pourrait donner aux critiques de Racine une portée que Racine, d'ailleurs, tout le premier, ne leur supposait certainement pas.
inolièri-. — Malgré le Menteur et les Plaideurs, il faut d'abord constater hautement que le seul créateur de la grande comédie en France, c'est Molière. Nous renvoyons à l'article Mutié'e de ce Dictionnaire pour la biographie du poète et aussi pour un jugement général sur son œuvre. Nos analyses porteront, d'une part, sur les pièces où, en dehors de celles qui sont consacrées à l'exposition ou i la défense de son propre système dramatique. Molière a introduit quelque question littéraire, /ev Précieuses ridii:ule', le Bourgeois geiiti homme et un chef-d'œuvre : les Femmes savante; et ensuite sur ses auires grands chefs -d'oeuvre : le Mis(int''rope, le Tartuie et ''Avare.
Les Précieuses ridicules (IB.S9). — Quand Molière donjia \vs, Précieuses riiliciiles, il avait trentesept ans ; il arrivait à Paris, où sa place, comme auteur et comme acteni', allait désormais être marquée ; cette première attai|ue contre les travers littéraires de son temps fut pour lui un coup de maître. Il faut, pour en comprendre la portée, se replacer d'imagination dans le milieu même où Molière vivait. Les pédants et les pédantes d'esprit ne sont guère de notre époque, tourmentée d'autres vanités; la pédanterie, le goût du raffinement, de la subtilité, de l'affectation quintessenciée dans les manières et dans la langue fut, au contraire, un des travers du xvii' siècle, qui le prit à l'tspagne et à l'Italie, dans les romans à la mode, dans l'esprit même de sa société volontiers disposée au romanesque et à l'extraordinaire, jusqu'à ce que Louis \1V lui eut imposé, avec une politesse plus sûre, une moyenne inconte.'tablement moins originale d idées et de sentiments. Les n précieuses » ont été, à l'origine, des femmes de la plus haute condition, qui se livraient au plaisir du bel esprit, et se piquaient en toutes choses de bon goût et de délicatesse. Telle fut la célèbre société de l'Hôtel de Rai
comte, de cette demi-lune que nous emportâmes sur les ennemis au siège d'Airas? — Que veux-tu dire avec ta demt-lune? C'était bien une lune tout entière. » 'Scène xii.l Et comme ces « pecques provinciales », « ambigu de précieuse et de cotiuette », gobent bien l'hameçon, et qu'on est aise de les voir bafouer, elles et toutes les sottises qui leur ont tourné la têle! « Allez vous cacher, vilaines; allez vous cacher pour jamais. Et vous, qui êtes cause de leur folie, sottes billevesées, pernicieux amusements des esprits oisifs, romans, vers, chansons, sonnets et sonnettes, puissiez-vous être à tous les diables! » (Scène xix.)
Mais les Pré'ieuses ridicules ne sont, pour ainsi dire, que la prpface des Femmes savantes.
Le Bourgeois gentilhomme (1670). —Molière, dans le Bnurgeois gentillwmiiie, tourne en ridicule un travers fort commun de son temps, et, sous des formes diverses, fort commun dans tous les temps, cet effet de la vanité qui porte les gens à vouloir paraître plus qu ils ne sont, à vouloir sortir de leur condition et de leur état naturel.
La Fontaine (dans sa fable de la i-renouille qui veut se faire aussi grosse que le liœuf) le disait presque au même moment que Molière :
les s^raods seigneurs.
Tout bourgeois veut bâtir c
Tout petit prince a des an
Tout marquis veut avoi
bassade
M. Jourdain a de quoi bâtir comme un grand seigneur; mais cela ne lui suffit point; il voudrait être grand seigneur lui-même ; ne le pouvant à une époque où la noblesse est encore une caste, il s'en donne du moins toutes les apparences, et la pièce n'est que le développement de toutes les folies qu'il imagine pour en venir là. On a voulu voir dans cette donnée une sorte de méconnaissance des légitimes aspirations de ce tiers-état, qui constituait, à tout prendre, la plus saine partie de la nation, mêtne au xvit' siècle, et dont l'honnêteté éclairée et les efforts persévérant*, d'où devait sortir, au siècle suivant, la révolution Je nxn, ne méritaient pas, dit-on, d'être ainsi ridiculisés C'est une singulière prétention que d'exiger que Molière ait prévu les choses de si loin ; mais, d'autre part, si l'on veut chercher dans le bourgeois qentilhomme une juste représentation du tiers-état, ce n'est point à M. Jourdain qu'il faut s'adresser, tnais bien plutôt à l'hontiète Cléonte ou Ji M"" Jourdain bouillet, où le nom même do précieuses corn- elle-même, le vrai type, aujourd hui perdu ou à
mença à se produire. Ce n'est point à celles-là que s'en prend Molière ; il a soin de le dire dans sa préface, distinguant, comme il le fera plus tard pour les vrais et les faux dévots, ce qu'il appelle « les vraies précieuses » de celles « qui les imitent mal ». Et, en effet, depuis longtemps déjà, au moment où Molière écrivait, il s'était formé, à côté de l'hôtel de Rambouillet un peu délaissé et qui ^e ferma en I66ô, d'autres cercles bien plus mêlés, où l'ingéniosité déjà dangereuse des II belles compagnies » finissait par en arriver à ce jargon incompréhensible dont Molière s'est si bien moqué. De Paris la " préciosité •■ ga gnait les provinces, d'où il fait venir Cathos et Madelon, et s'il est vrai, comme on l'a dit, que ceux mêmes qui poussaient à ces excentricités aietit été ramenés par les Pré'ieusi-s i idicu- Its à la discrétion et à la mesure, ce serait, sur ce point, un véritable service que Molière aurait rendu au bon sens français.
II est CHi'idin que, pour nous, qui ne péchons plus par les niônies défauts, la pièce a un peu vieilli, et pourtant quelle puissance de vie et quelle verve saine et joyeuse dans les facétieuses (Tiasconnades de M le marquis de Mascarille et de M. le vicomte de JodeletI — « Te souvient-il, vi-
peu près, de l'ancienne marchande de la rue Saint- Denis, et dont le ferme bon sens se défend si bien contre toutes les tentations où M. Jourdain succombe. (Voir sa réponse à M Jnurdain au sujet du mariage de sa fille, acte III, scène xii.) Notons, d'ailleurs, que si les ridicules de M. Jourdain devaientêtre portés au compte de laiiourgeoisie,dont Molière sortait comme lui il faudrait voir dans le honteux personnage de Dorante, et dans le personnage plus effacé, mais quelque pu équivoque, de Dorimène, une bien autre satii e de la noblesse. Elle n'a certes pas le plus beau rôle datis le liourgeois genlillioinme, et la bourgeoise, M^' Jourdain, ne se gêne pas pour otre fort justement leur fait au grand seigneur et à la grande dame : (i Je n'ai que faire de lunettes, monsieur, et je vois assez clair; il y a longiotnps que je sens les choses, et je ne suis pas une bête. Cela est fort vilain à vous, pour un grand seigiieur, de prêter la main, comme vous faites, aux sottises de mon mari. El vous, madame, pour une grande dame, cela n'est ni beau ni hoiuiête à vous de mettre la dissetision dans un ménage, et de souffrir que mon mari soit amoureux de vous... »
En définitive- M. Jourdain est un sot glorieux, et sa sottise n'atteint que lui. Il n'a, dans cette
sottisp, qu'un seul point par lequel il puisse quelque peu nou<i intéresser, le sentiment do son ignorance, u Que voulez-vous apprendre? lui dit son maître de philosophie (acte II, scène vi). — Tout ce que je pourrai; car j'ai toutes les envies du monde d'être savant, et j'enrage que mon père et ma mère ne m'aient pas fait bien étudier dans toutes les sciences quand j'étais jeune. — Ce sentiment est raisonnable; narn, siiw doc'rina, vt'f" est qi'dsi morlis ioiago. Vous entendez cela, et vous savez le latin sans doute? — Oui; mais faites comme si je ne le savais pas; expliquez-nmi ce que cela veut dire. — Cela veut dire que, sans la science, la vie est presi|ue une imatre de la mort. — Ce latin-là a raison. » Certainement, il a raison, et il faut savoir g'é au pauvre homme de le comprendre. Il y revient encore un peu plus loin, et d une manière presque louchante dans sa bonne foi naïve, en présence de sa femme et de sa servante Nicole (acte III, scène iii) : a N'irczvous point, lui dit M™° Jourdain, l'un de ces jours au collège vous faire donner le fouet, à votre t'Aol — Pourquoi non? Plût h Dieu l'avoir tout k l'heure le fouet, devant tout le monde, et savoir ce qu'on apprend au collège ! » Et c'est Jt la suite de ce mot que, pour preuve du savoir qu'il a doji acquis, il liur fait sa fameuse leçon sur la prose et les vers et sur la manière de prononcer Ù.
C'est vraiment dommage qu'il soit si sot. Il l'est jusqu'à se prôler, pour dénouer la pièce, !i la plus invraisemlilable, mais à la plus désopilante bouf- Xonnerie que jamais Molière ait imaginée, et dont on trouverait à peine le pendant dans quelque folle iiTiagination de Rabelais ou d'Aristophane. Reproche qui vaudra à Molière d'avoir fini par Tabarin ce qui commençait par Térence; les di'ux siècles qu'a fait rire M.Jourdain déguisé en mamamouchi, et ceux qu'il fera rire encore, l'absoudront toujimrs d'avoir dérogé, à de si joyeuses conditions.
Les Femmes savantes (16■2^. — Molière, dans ■les Fetnmus savant- ~, qui sont tout entières de sa grande manière, reprend la thèse des PrécieuS' s ridicules contre la pédanterie des femmes, mais en la complétant et en l'élargissant. Les Précieuses ridicules ne sont i' ridicules » que de manières et de langage; c'est à l'abus même du savoir, c est au faux savoir, au savoir vaniteux que Molière s'en prend ici. Et il ne l'attaque pas seulement dans les Philaminic, les Aimande et les liélise. il l'attaque aussi dans les méchants auteurs, les Tris- SOtin et les Vadius, qui pullulaient au xvii" siècle, comme ils pullulent dans tous les temps ; qui n'étaient pas toujours, quoi que nous en pui^sions juger aujourd'hui, ni les moins renommés, ni les moins en faveur, ni les moins bien rentes, et dont il avait plus d'une fois rencontré sur sa route la sourde opposition ou l'inimitié haineuse.
A côté de ces caractères de pédants, principalement à côté de ceux des « femmes savantes », Molière en a placé d'autres qui servent à les mettre en relief, soit qu'ils représentent un excès contraire, soit qu'ils idéalisent la mesure et le sage tempérament que le poète veut faire prévaloir. C'est ainsi que Philaminte, qui ne se pique pas moins de mener son ménage que de s'entendre en belle littérature, a pour mari le bonhomme Chrysale, avocat très hardi, quand il parle à sa sœur, de la simplicité du vieux temps, et contempteur décidé des nouveautés susceptibb-s de tourner au détriment de la n guenille qui lai est clière » :
Je vis de bonne soupe, et non de beau lanfrage.
Vaujîelas n'apprend point ;i bien faire un pot.ige ;
Et Maitterbe et Balzac, si savants en beaux mots,
En cuisine peut-être auraient été des sots.
C'est dans le môme esprit que la philosophe et revêche Armande a, pour ainsi dire, comme contre-partie sa plus jeune sœur Henriette, dis-
crète, réservée, qui ne sait pas le grec, surtout quand il s'agit de se dérober à un Vadius, et dont toute la grâce charmante n'est qu'une sorte de fine fleur de bon sens et de raison. <:'est la vraie héroïne des Femmes savnniis. Spirituelle, mordante au besoin à l'égard d'Armande qui la dédaigne tout en la jalousant, et du triste Trissoiin à qui on la destine malgré elle, elle est capable en même temps de toutes les délicatesses du cœur. Elle dit à son père, par exemple, dont elle ne connaît que trop la faiblesse :
Soyez ferme h vouloir re que vous souhaitez, El ne vous laissez point séiiuirc à vos bontjs.
(Acte V, scène iij.
En présence de la fausse nouvelle qui dévoile si heureusement, au dénouement, l'ime de Trissotin et celle de Clitandre, la raison d'Henrintte, qui lui fait voir, malgré sa jeunesse, la nécessité de se garder contre les difficultés de la vie, l'élève, comme naturellement, à la (acte V, scène v) ;
Je sais le peu de bien que vous avez, Clitandre, Et je TOUS ai toujours souhaité pour époux, torsquen satisfaisant à mes vœux les plus doux, hymen ajustait vos affaires;
ehéri
cicstii
assez, dans cette extrémité.
Pour ne vous charger point de notre adversité.
Et elle ajoute, quand Clitandre se récrie au nom de l'afToction qu'il a pour elle:
L'amour, dans son transjiort, parle toujours ainsi. Des retours importuns évitons le souci.
Rien n'use, tant l'ardeur de ee nœud qui nous lie Que les fâcheux besoins des choses de la vie...
La vraie philosophe, c'est ici celle qui se pique le moins de l'être.
Les Feiiiiiies savantes agitent, comme on le voit, la question i-i importante de l'instruction qui convient aux femmes. Est-ce à Chrysale qu'il faut demander sur ce point le sentiment véiitable de .Molière ? faut-il croire que ce juste esprit veuille, comme le bonhomme,
Que la capacité ile leur esprit se hausse
A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-cliausse? "
Il y a plutôt lieu de penser que, de concert avec Clitandre (acte l, scène m , les femmes docteurs n'étaient pninl de son goiit, — il n'eût pas fait sans cela sa pièce, — mais qu'aussi c'est luimême qui parle lorsqu'il fait dire à àon personnage:
Je consens qu'une femme ait des clartés de tout; Mais je ut lui veux point fa passion choquante
De 1
cndr
nte aBn d'étn
Et j'aime que suuven Efle sache ignorer fes De son élude enfin je Et qu'elfe ait du sav< Sans citer fes auteur Et clouer de l'esprit à
chos,
, qu'elfe
elfes
1 fait,
cache.
• qu'on fe sache.
linifres propos.
C'est là ce que Fénelon exprimait aussi de son côté en disant ([u'il doit y avoir pour les femmes Il une pudeur sur la science, presque aussi délicate que celle qu'inspire l'horreur du vice. » (Eitncaton des tilles, chapitre vu.) Cette modeslie est de tous les temps, et elfe n'exclut dans aucun, et p.iriicufièrement dnns le nôtre, la cul- Itire nécessaire à une inielligence qui n'est point inférieure à celle de 1 homme, et qui a besoin, elle au'^si. de s'élever, par la connaissance du vrai, à l'exacte conscience de ses droits et de ses devoirs. Inutile d'ajouter ((ue notre rapide analyse n'a même pu mentionner, dans les Femmes savantes, fies scènes qui sont populaires, comme celle où Philaminte renvoie sa servante Martine (acte II, scène vi), qui a insulté son oreille
Par l'impnipriété d'un mot sauvage et bas Qu'en termes décisifs condamne Yaugelas,
et comme aussi celles qui remplissent le trnisièmv, acu-, cù '] iiisotin récite sts vers etoùil se dispute avec Vadius.
Le Misanthrope (1G66). — On a dit bien souvent que le Misanlhroi^e est, dans le thcâire de Molière, comme Brii anniciis d ns le théâtre de Racine, la pièce des connaisseurs. C'est dans toiis les cas celle dont la structure est assnronient la plus étonnante. Molièie a trouvé le moyen de s y passer d'action. C'est une pièce où, suivant l'expression de M. Nisard, <> l'on n'agit qu'en parlant )j. Elle est toute dans les caractères, on pourrait presque dire dans un seul caractère, celui d'Alcestc le misanthrope.
Ce titre même de misanthrope est une sorte d'énigme. La misanthropie, c'est la haine des hommes, et il semblerait bien que ce sentinient de sceptique ou de désespéré ne peut servir de sujet à une comédie. Molière a pensé le contraire pourtant : c'est que son Alceste n'est pas misanthrope de la façon qu'on pourrait le croire. Il est jeune, riche, quoiqu'une part de son bien Soit engagée dans un ..rocès; il est de haute condition; trois jeunes femmes ne sont point insensibles aux soins qu'il leur rend ou qu'il pourrait leur rendre : il n'y a rien dans tout cela qui puisse pousser un homme à détester ses semblables. Pourquoi donc les déteste-t-il ! Pour un très noble motif, comme il s'en explique avec son ami Philinle (acte I, scène i). Il hait tous les hommes,
Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants, Et li's autres, pour être aux méchants complaisants Et n'avoir pas pour eu\ ces haines vi^nurcuscs Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.
Alceste est donc misanthrope par vertu ou par amour de la vertu. Mais, s'il en est ainsi, et que Molière lasse rire d'Alceste, il aura donc fait rire d'un homme vertueux et tourné la vertu en ridicule ? C'est ce que lui ont reproché des critiques qui n'étaient pas les premiers venus, Jean-Jacques Rousseau, par exemple, dans sa Lelbe sur les speitai-les. On a dit que Molière ne se connaissait pas en vertu ; que, par amour exagéré de la mesure et des convenances, il avait sacrifié le vrai sage, Alceste, au sage suivant le monde, Philinte, lequel n'est au fond qn'un égoïste :o Ce Philinte est le sage de la pièce, dit Jean-Jacques Rousseau, un de ces honnêtes gens du grand monde dont les maximes ressemblent beaucoup à celles des fripons ; de ces gens si doux, si modérés, qui trouvent toujours que tout va bien, parce qu'ils ont intérêt que rien n'aille mieux ; qui sont toujours contents de tout le monde, parce qu'ils ne se soucient de personne; qui, autour d'une bonne table, soutiennent qu'il n'est pas vrai que le peuple ait faim ; qui, le gousset bien garni, trouvent fort mauvais qu'on déclaïue en fjveur des pauvres; qui, de leur maison bien fermée, verraient voler, piller, égorger, massacrer tout le genre humain sans se plaindre, attendu que Dieu les a doués d'une douceur très méritoire à supporter les malheurs dautrui. » Ce portr.iit est de main de mal tre, mais est-ce bien celui de Philinte ? Il est bien vrai qu'en théorie au moins il se montre cent fois plus véritablement misanthrope qu'Alcesle, lui dont l'esprit n'est pas plus offensé
De voir un homme fourbe, injuste, intéressé. Que de voir des vaulouis attanié» de carnage. Des siifges malfaisaols, et des loups pleins de rage.
Il est vrai encore qu'au dénouement il profite de l'erreur d'Aleste qui n'a pas su rec 'nnaître l'affection d'Eliante. Mais, s'il était le triste personnage que représente Rousseau, il ne serait pas l'ami d'Alceste ; comme tel du moins, et c'est le seul rôle que lui donne Molière, il n'a rien à se reprocher; d'un bout à l'autre de la pièce, il ne cesse de témoigner à Alceste son estime et sa
sympathie, et son caractère se relève par là. La vérité est que ni Philinte ni Alceste lui-même ne sont pour Molière des types de venu absolue. Ce serait, n'est-il pas vrai? se faire une singulière idée de la vertu que de supposer qu'elle doive rendre insociables ceux qui en font profession. Alceste est jeune et enthousiaste; il a l'âme droite et le cœur Jiaut ; s'il hait les hommes, ce n'est pas qu'il les méprise à la façon de l'hilinte, exagéré dans son sens comme Alceste l'est dans le sien. Mais enfin il y a bien un peu d'orgueil dans cette sévérité qui ne fait exception de personne et qui n'a point elle même donné ses preuves. Or, c'est sur cet orgueil que Molière appelle le sourire, en le mettant anx prises avec des situations qui en compromettront l'intégrité, en lui imposant, qui pis est, l'humiliation d'une passion qu'il n'a pas su vaincre et qui est indigne de lui.
Vous croyez èlre donc aimé d'elle ? — Oui, parbleu ! Je ne l'aimerais pas si je ne croyais l'être.
C'est là une pure illusion ; il l'aimera quand même, et bien malavisé celui qui pourrait lui en vouloir; il en sera d'ailleurs assez cruellement puni. Mais, encore une fois, ce n'est certainement pas un acte de venu, ce n'est pas même, comme le lui fait observer Philinte, un acte de bon sens que de s'éprendre d'une Célimène. Remarquons encore que jamais — et c'est là le grand art de Molière — Alceste n'est ridicule dans le véritable sens du mot. Là môme où il nous fait rire, nous sommes pour lui, nous voudrions faire comme lui.
Dans la fameuse scène du sonnet 'acte I. scène II), qui ne donne raison à son bon goût et, en fin de compte, à sa franchise? Ce qui nous fait rire, c'est que nous sentons qu'il est pris, en présence de son ami Philinte, entre la rigueur absolue des principes qu'il s'est faits et ses sentiments instinctifs d'homme du monde, dont il lui coûte de se départir ; et c'est ce qui rend si amusants ses Je ne ilis pas celn, qui sont comme autant de biais qu'il fait prendre d'abord à sa conscience, jusiju'à ce qu'elle éclate dans un cri final, qui lui vaudra peut-être un bon coup d épée. Nous sommes encore avec lui dans la scène non moins fameuse des portraits (acte II, scène v), malgré ce qu'il peut y avoir de vrai dans la remarque de Philinte :
Mais pourquoi pour ces gens un intérêt si grand ? Vous qui cuudamDcriez ce qu'en eux on reprend ;
de vrai aussi dans les railleries si incisives de Célimène :
Eh I ne faut-il pas bien que monsieur contredise? A la commune voix veut-on qu'il se réduise, Et qu'il ne fasse pas éclater en tous lieux L'esprit contrariant qu'il a reçu des cieui ?
Mais sa rude franchise, qui nous est si sympathi • que, n'en a pas moins ses côtés risibles; lorsque poussé à bout, il s'écrie :
Par la sambleu, messieurs, je ne croyais pas être Si plaisant que je suis,
il ne se doute pas, en effet, qu'il est plaisant, et c'est ce qui fait l'originalité du caractère que lui a prêté Molière.
Au cinquième acte toutefois, quand Alceste reste seul en face de Célimène humiliée et abandonnée, la comédie, quoi qu'ait l'ait Molière, est bien près de tourner au drame. Alceste aime encore Célimène, et une dernière fois il lui offre son cœur, si elle consent à être à lui et à renoncer pour lui à tout le reste du monde. Heureusement pour Alceste, elle ne sait pas se mettre à la hauteur de cet honnête homme :
La solitude effraie une âme de vingt ans.
Je ne sens point la mienni' assez grande, assez forte,
Pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte.
THÉÂTRE CLASSIQUE — 2183
THEATRE CLASSIQUE
Et elle s'enfuit, laissant Alceste le coeur déchiré ' viendrait bien vite S, ne plus pouvoir plaindre celui et les spectateurs bien portés à répandre avec lui « qui verrait mourir frère, enfants, mère et femme, de vraies larmes. Il faut qu'une dernière boutade i qu'il s'en soucierait « autant que de cela » (acte I,
du misanthrope les ramène au ton de la comédie :
Tralii de toittos parts, acnablé d'injiistires,
Je v.ii- sortir d'un gouffre où triomphent les vices,
Et chercher sur la terre un endroit écarté
Où d èti-e homme d'honneur on ait la libellé.
Qu'il y aille quant à présent, c'est possible, mais il n'y restera pas longtemps; il n'y a pas dans ce cœur si jiune l'étoffe d'un anachorète. Il reviendra dans le monde, auquel il ne rend pas assez pleine justice, et il s'y mêlera certainement à tout ce qu'il coniient de meilleur. 11 tâchera surtout d'y éviter désormais le vui.sinage des Céliniène, et de ne pas laisser passer près de lui les RIijnte ou les Henriette sans les voir et les apprécier. Que si cela ne lui arrive pas, que si, de plus, comme cela n'est que trop probable, il se trouve encore en contact forcé avec des personnages mesquins ou vaniteux et plus égoïstes que Philinte, il en souffrira sans douie, mais, par l'apaisement qu'amène le temps, par le souvenir des niau\ endurés et l'expérience acquise, il parviendra enfin à la vertu qui lui manque le plus, Ji cette suprême vertu sociale et humaine de la bienveillance, car les âmes nobles ne s'aigrissent point : il sera alors ciimplètement vertueux, et il ne sera plus « le misanthrope ".
11 y aurait encore à relever, dans la pièce de Molière, bien des détails intéressants ; à lui seul, par exemple, le caractère de Cclimène mériterait toute une étude ; bornons-nous à indiquer, avec la scène des portraits dont nous avons déjà parlé, celle où Molière met en présence Arsinoé et Célimène, la prude et la coquette, pour la plus grande édification des spectateurs.
Le Tartufe (I0i>4-I6(n). — Le Tartufe (ou le ^a'^u/Ze, suivant l'orthographe des premières éditions) est la plus célèbre pièce de Molière; c'est! taria, petite marmite; c'est en effet dans une aussi celle qui, quand on l'a lue, demande le moins i marmite que l'avare de Plante cache son trésor) d'explications. Sauf peut-être une scène, char- i Je type d'un avare burlesque, le cadre de sa cornante d'ailleurs, de dépit amoureux (acte II, ' rnédie, quelques proposdevalets,ridéedeplnsieurs scène iv;, comme il s'en trouve plusieurs dans le 1 situations plaisantes, et il s'est approprié le tout, théâtre de Molière, l'action est vive et pressé'^ ; I en cliangeant d'ailleurs complètement la fable, et les situations sont d'une admirable clarté, et il y I en substituant au gros sel romain la fine fleur des en a de très hardies ; il en est de moine des ca- saillies gauloises.
ractères ; tous ces personnages, à quelque degré l| n'est peut-être pas, dans tout son répertoire, qu'ils appartiennent au drame, Djmis, Dorine, de pièce où il ait imaginé, pour servir, soit d'acraadame Periielle, vivent, comme on dit, d une vie | compagnement, soit, comme on dit, de repoussoir, intense ; il n'est pas jusqu'à M. Loyal, l'exempt j à son personnage d'Harpagon, plus de situations qui « ( xécute » pour M. Tartufe, dont la physio- I amusantes, plus de types faits pour le rire, plus nomîe doucereuse ne s'élève, en quelques coups ' de finesse et plus de bons mots. Les scènes, par de crayon, à la hauteur d'un type personnel. C'est, ! exemple, entre Harpagon et La Flè'he (acte 1, naturellement. Tartufe qui domine tout le reste; ! scène m), entre Harpagon et maître Jacques le nom môme de ce faux dévot est resté dans la ' (acte III, scène v), celle où La Flèche présente k langue pour désigner la forme la plus basse et la ! CIcante le détail des singuliers <i rogatons » que plus odieuse de l'Iiypocrisie; depuis le moment, si , son prêteur l'oblige à prendre en sus de l'argent bien préparé, de son entrée en scène, jusqu'à son I comptant (acte II, scène i), celle encore où Frochâtimem final, il n'y a pas un de ses mots et un [ sine, la n femme d'intrigue », use vraiment toute de ses actes qui ne portent et ne concourent ai son éloquence pour tirer quelques sous du «chien l'effet dii plus habile rôle comique qui ait jamais I de vilain » qui reste ferme à toutes ses attaques été mis à la scène. On a accusé Molière d'avoir I (acte H. scène vi), sont des plus vives et des plus voulu, dans sa personne, faire le procès à la vraie charmantes. Harpagon est lui-même, qu'on nous piété; il faudrait pour cela qu'elle se distinguât ' passe le mot, bien drôle, avec son fameux <i sans bien peu de l'autre, et c'est ce que n'ont pas assez i dot » (acte 1, scène vu), qui répond à tout, et dans vu peut-être les détracteurs quand même de la] |e non moins fameux monologue (acte IV, scène vu), pièce. Si, dans certaines scènes du Don Juan, on j où il veut faire pendre tout le monde, quitte, a pu lui prêter sur ce point quelques intentions ! s'il ne retrouve pas son argent, à se pendre lui-
scène VI). Le mot que, suivant un procédé familier à Molière, il oppose, en y insistant, à l'indifférence taquine de sa servante : « El Tartufe ? » (acte I, scène iv) est aus>i populaire que le « Je ne iiis pas cela 11 du Misanthrope et le « Sans dot » de \' Avare. Elmire, pour une honnête femme, a un rôle difficile (acte IV, scène v), la trahison, comme nous l'avons dit à propos d Alhalie, étant toujours odieuse, même avec Tartufe pour objet ; mais Molière a su lui donner tout ce que sa situation pouvait comporter de palliatif en nous rendant témoin de l'effort qu'elle lui coûte et en nous ôtant d'ailleurs pour l'hypocrite toute possibilité de commisération.
On a encore remarqué que le dénouement du Tartufe n'est pas un vrai dénouement; c'était du moins le seul possible pour que la comédie restât comédie, et surtout, à l'époque où Molière la donna, pour qu'elle pût paraître sur le théâtre. L'Avare (166-)- — " il y a des gens, dit La Bruyère, qui sont mal couchés, mal habillés et plus mal nourris; qui essuient les rigueurs des saisons, qui se privent eu.t-mcmes de la société des hommes, et passent leurs jours dans la solitude; qui souffrent du présent, du passé et de l'avenir; dont la vie est comme une pénitence continuelle, et qui ont ainsi trouvé le secret d'aller à leur perte par le chemin le plus pénible : ce sont les avares. « C'est assez dire que l'avarice est une passion triste, se prêtant bien plutôt aux sombres développements d'un roman cnmme VHug nie Giandet de notre Balzac, ou d'un drame comme le Marclumd de Venise de Shakespeare, qu'aux gaîtés traditionnelles de la comédie. Molière s'y est pourtant risqué. Il a demandé au théâtre des Latins, à VAulutnria de Plante (aulu-
douteuses, ici du moins sa pensée est parfaitement visible, et il n'est point besoin, pour le disculper, d'avoir recours à la fameuse tirade de Cléante (acte I, scène v) :
Il est de faux dévots ainsi que de faux braves.
Orgon, après Tartufe, est le personnage le plus en relief; lui-même, sans le vouloir, est déjà plus
même après, et il serait difficile de rien trouver de plus amusant que le singulier quiproquo dos 0 beaux yeux de sa cassette » (acte V, scène m). Mais, quoi qu'ait fait Molière, il reste dans sa donnée un fond de tristesse, tenant à la nature même de la passion qui est en jeu, et que tout son art n'a pu surmonter. On peine à voir Harpagon
... , . ,, ... . ^ ^j , et Cléante se jetant l'un à l'autre des sarcasmes,
d'à moitié « tartufe »; encore un peu, et on en ! qu'ils ne méritent que trop, le père pour sa la-
THERMOGHIMIE
THERMOGHIMIE
drerie, le fils pour sa prodigalité (acte TI, scènes ii et II!) ; on ne peine pas moins i voir Harpagon se faire le rival de son (ils tendre des pièges i sa bonne foi pour lui extoi'qu.jr le secrei de son affection (acte IV, scènes m, iv etv), et s'attirer, de la part de Cléante, en retour d'une malédiction qui n'eût jamais dû soriir de ses lèvres, cette impertinente réponse : « Je n'ai que faire de vos dons ». Ceci soit dit sans aller ju'iiiu'à prétendre, comme certains critiquas, que Molière ait voulu faire outrage aux plu^ nobles affections et aux plus sacrés devoirs de la famille, puisque, en délinitive, j tous les pères ne ressemblent pas à Harpagon ni tous les tils à Cléante, (Ctiarles Defodcn.J
THKR»1()C!IIMIE. — Chimie, préliminain-s. — ] Les quantités de chaleur dégagées dans les réac- , lions chitniques mesurent le travail accompli par les ^ affinités, c'est-à-dire par les forces moléculaires , qui déterminent les combinaisons et les décompo- j sitions ; de même que les quantités de chaleur disparues dans une machine fournissent la mesure des travaux sensibles accomplis par cette machine. 1
Un même principe général, celui de l'oquivalenco des forces naturelles et de leur réduction h la chaleur, prise comme mesure commune à toutes ces forces, préside donc à la mécanique physique et h la mécanique chimique. C'est ' ainsi que cette dernière science se trouve reposer sur la thermochimie. ' |
Pour mieux concevoir l'origine de la chaleur , dégagée et son importance, examinons de plus près la constitution des corps, telle que les notions scientifiques actuelles permettent de la j concevoir.
Un corps solide, liquide ou gazeux peut être ' regardé comme formé de molécules distinctes, exé- j Cutant un certain nombre de mnuvenH'nts, d'amplitude et de vitesse variables suivant la température. Ces mouvements sont de trois sortes : mou- . vements de vibration, de rot 'tion et de translation, j spécialement sensibles pour les molécules gazeuses. Lorsque deux corps simples se combinent , directement pour foriU'ir un composé unique, il en résulte en général une c "naine perte de force vive, et une certaine modification dans l'arrangement primitif des molécules. De là suit une perte d'énergie, qui se traduit par un dégagement de chaleur. L'inverse a lieu dans la plupart des décompositions; c'est pourquoi l'énergie nécessaire à celles-ci doit être fournie par une source extérieure, telle que réchauffement du système ou son électrisalion.
Pré' isons par quelques exemples. Soient le chlore et l'hydrogone ; ces deux taz s'unissent à volumes égaux pour former de l'acide chlorliydrique, corps également gazeux, et occupant un volume égal à la somme dos deux composants. La chaleur dégagée est due d'ailleurs entièrement au travail chimique accompli dans la combinaison : car celle-ci n'est accompagnée par aucun changement d'état physique, susceptible de produire de la chaleur.
Or, la combinaison des deux gaz, à équivalents égaux, c'est-à-dire dans la proportion d'un gramme d'hydrogène par 35,5 grammes de chlore, dégage 22,0i0 calories, quantité de chaleur susceptible de porter de o» à 1" •.i2 0iin grammes d'eau. En multipliant ce chiffre par l'équivalent mécanique de la chaleur, c'est-à-dire par iib, ce qui fait 9350 00 ,on aie nombre de kilogrammes susce|itible d'être élevé à 1 mètre de liauteur, par suite du travail chimique produit par la combinaison à équivalents égaux du chlore et de l'hydrogène, ce dernier pris sous le poids d'un gramme.
C'est précisément en vertu d'un travail chimique analogue développé par la combinaison du charbou avec l'oxygène de l'air que marchent les
machines à vapeur, source principale du travail mécanique dans l'industrie.
On voit par là la signification de la chaleur dégagée dans les phénomènes chimiques. Mais l'étude de cette chaleur n'est pas seulement intéressante au point de vue de son application à l'industrie et aux machines ; elle fournit aussi la loi qui permi't de prévoir le sens et la nature des réactions chimiques elles-mêmes ; réactions dont la connaissance était purement empirique jusqu'à ces dernières années.
Les premiers travaux de thermochimie ont été exécutés par Laplace et Lavoisier dès nSi). Mais les appareils et les méthodes qu'ils employèrent manquaient de précisiun. En ISll) parurent les travaux de Dulong et Petit, qui découvrirent la relation théorique existant entre les chaleurs spécifiques des principaux corps simples; puis plusieurs mémoires de Neumann (1831), de Wœstyn (1804Î, et les beaux travaux de Regnault sur les chaleurs spécifiques des corps sous les trois états, travaux effectués avec la plus grande précision. Les recherches de Favre et Silbermann et celles d'AndrevvsetdeM.'l'homsen multiplièrent les déterminations numériques ; mais c'est à M. Berthelot qu'est due la découverte des lois qui rattachent la prévision des- phénomèmes chimiques à la connaissanci' de la chaleur dégagée et qui s int destinées à changer profoiidoinent le caractère de l'enseignement de la chimie.
Les principes de la thermochimie peuvent être ramenés à trois lois fondamentales que nous nous bornerons à énoncer, le cadre de cet ou- Viage ne nous permettant pas de les développer.
1° Principe des travaux moléculaires. — La quantité de chaleur dégngre dans une réaction quekonqu-- mesure lu somme d'-'S iravaur. chimiques et fi^iysiqnes accomplis dans cette réaction.
Ce principe est fondé sur la concordance constante de ses conséquences avec les résultats observés.
Il fournit la mesure des affinités chimiques.
2° Principe de l'éouivalence cai.ohipique des transformations chimiques, autrfmknt dit : prin-;
CIPE DE l'eTAT initial ET DE l'ÉTAT FINAL. — Si
un si/stém' lie corps simples ou composés, pris dans des coidili^ns déterminées, éprouve des changements physiq>es nu chimiques capables de l'amener à un noucet ét'it, sa-is donner lieu à aucu'i effet mécnique extérieur tiu système, la quantité de ch'deur degngée ou alisurbée par i'r/fet de ces changements 'iépend uniqwment de l'ét'it initial et de l'état fi .al du système ; elle e>t la même, qnells que soient la nature et la suite des états intermédiaires.
Les deux principes précédents servent à définir la grandeur relative des affinités. Le principe suivant permet de prévoir les phénomènes chimique, c'est-à-dire les actions réciproques des corps, dès que l'on sait les conditions propres de l'existence de chacun d'eux, envisage isolément.
3° Principe du travail maximum. — Tout changemed chimique accompli sms l'intervention d'une énergie éirangè'C tend vers tu production du corps ou du système de iorps qui dégage le plus de chaleur, .
Considérons, par exemple, les combinaisons des corps halogènes, chlore, brome, iode, et de l'hydrogène ; et le déplacement réciproque de ces éléments. Ils s'unissent à l'hydrogène avec des I dégagements de chaleur bien différents. En effet, 1 gramme d'hydrogène combiné au chlore pour 1 former de l'acide chlorhydrique gazeux, dégage H- 22,000"', tandis que l'unidii du même poids I d'hydrogène avec le brome gazeux p^iur former i du gaz bromhydrii|ue dégage -+- 13,500'", la moi- , tic environ ; enfin l'union do l'hydrogène et 1 de l'iode gazeux absorbe 0,800"', Il résulte de ces
THKRMOCHIMIE
THERMOMETRE
chiffres que lo clilorn doit décomposer le gaz iod- 1 TIIIînMOMÈTBIÎ. — Pliysique, XIV. —Le therhydi-iqui^ en d(!gaf;(!ant 22,8110"' : c'est en effet ce tiiomrirr est un appareil desiiné à constator la que l'expérience vérifie aussitôt. Le brome doit température des corps et ses varialinns; c'est un également décomposer l'acide iodliydrique : ce ] indicateur disposé de manière ."i rendre très sen-
que l'expérience vérifie également. Enfin le chlore doitdécomposcr et décomposa en offei le gaz bromhydiiqueen dégageant 22,000 — 13,500= 8, iOO calories.
Toutes ces conséquences sont vérifiées par des expériences depuis longiemps classiques, mais dont la théorie n'avait pas été donnée avant les découvertes de la ihermoclumie.
Des applications analogues peuvent être faites dans tous les déplacements rceipro(|ues des corps simples, métalloidesoumétaux, qui peuvents'effectuer en cliimie.
Considérons un exemple de déplacement d'une base par une autre.
La potasse, en se combinant ;\ l'acide chlorhydriqui-, dégage une quantité de chaUuir supérieure à celle qui correspond il la combinaison de l'oxyde de mercure avec le même acide. La différence est égale h 4,3nO calories pour les deux corps dissous ; et on vérifie (|ue la putasse déplace en effet
sible, et par suite très facile \ observer avec rigueur, l'un des effets que la chaleur peut produire; parmi ces effet,s, les phénomènes de variation de volumes fournissent un moyen de comparaison à la fois général et fécond; c'est donc lu dilatation que l'on observe, parce que l'on peut aisément la mesurer avec exactitude; elle sert de base aux thermomètres.
Les anciens connaissaient les phénomènes de la dilatation; ils on avaient môme profité pour produire quelques curieux effeis, mais ils n'avaient pas d'appareils où ils pussent l'observer iv'gulièrement II faut arriver an xvi" siècle pour on trouver un imaginé par Drebbel, et au milieu dn xvii°, vers 16Gn, pour trouver le premier thermomètre des académiciens de Florence, fondé sur la dilatabilité des liquides. L'instrument do ces savants consistait en une sphère soudée à un tube étroit et contenant de l'alcool coloré ; porté d'un milieu dans un autre plus chaud, il marquait la dil
l'oxyde de morcuro précisément avec ce dégage- tion plus grande éprouvée par le liquide que par
ment de chaleur, da.ib une dissolution de chlorure de mercure. Ici l'oxyde de mercure est précipité; mais un déplacement analo:;ue, d'une base soluble par une base soluble, également prévn par la thermoehimie, s'opère même dans les dissolutions, sans aucune séparation par volatilité ou insolubilité ; par exemple, lorS(|u'on traite une solution étendue de chlorliydratc d'ammoniaque par la soude, tout l'ammoniaque est déplacé avec dégagement de chaleur, et la soude demeure entièrement unie à l'acide chlorhydrique.
L'ensemble de ces notions nouvelles a été développé par M. Berthelot dans un ouvrage intitulé : Essai de méca'àqtie chimique foii'lée sur tn thermochintie, ouvrage dont nous allons reproduire la conclusioji en la résumant :
« C'est ainsi que le principe du travail maximum se vérifie par l'étude des phénomènes fondamentaux de la chimie. Le tableau général des actions chimiques des corps se trouve ramené par là àuno règle unique de statique moléculaire. La chimie des espèces, des séries et des constructions symboliques, qui a formé juse|u'ici presque toute la science, est reje'ée sur le second plan par la chimie plus tcénéralo des forces et dos mécanismes : c'est en effet celle-ci qui doit dominer celle-là, car elle lui fournit les règles et la mesure de ses ictions.
Il La matière multiforme dont la chimie étudie la diversité obéit aux lois d'une mécani(|ue commune, et qui est la même pnur les particules invisibles des cristaux et des cellules que pour les organes sensibles des machines proprement dites. Au point de vue mécanique, deux doiuiées fondamentales caractérisent cette diversité en apparence indéfinie des substances chimiques, savoir : la masse des particules élémentaires, c'^st-à-dire leur équivalent, et la nature de leurs mouvements. La connaissance de ces deux données doit suffire pour tout expliquer. Voilà ce qui justifie l'importance de la thermoehimie. Le but qu'elle poursuit est d'autant plus haut que, par une telle évolution, la chimie tend à soriir de l'ordre des sciences descriptives, pour rattacher ses principes et ses problèmes à ceux des sciences purement physiques et mathémati({ues. Elle se rapproche ainsi de plus en plus de cette conception idéale, poursuivie depuis tant d'années par les efforts des savants et des philosophes, et dans laquelle toutes les spéculations et toutes les découvertes concourent vers l'uniié de la loi universelle des mouvements et des forces naturelles. » {Essai de mécanique chimi/ue, t. II, p. ToO.) [A. villiers.]
l'enveloppe ; on voyait le niveau s'élever et accuser ainsi l'augmentation de température.
Presque tous les corps sont propres à servir de thermomètres, puisque presque tous se dilatent régulièrement par la chaleur entre certaines limites. On peut donc prendre comme corps ihermométrique un solide, un liquide ou un gaz.
Les solides, à cause de leur faible dilatation, présentent un avantage s'il s'agit d'évaluer de très grandes variations de température ; mais ils ont l'inconvénient de n'être pas toujours ass''z homogènes pour que deux échantillons différents puissent être suffisamment comparables.
Les gaz conviennent très bien pour les faibles écarts de température et pour les températures élevées; comme ils se dilatent environ 150 fois plus que leur enveloppe, ils sont comparables entre eux ; mais leur manipulation est assez délicate, aussi réserve-t-on les thermomètres à gaz pour les expériences précises.
Restent les lii|uides ; on les emploie presque exclusivement pour les températures moyennes et pour les usages ordinaires ; ils offrent l'avantag", de pouvoir être enfermés dans des vases transparents où il est facile de suivre et de mesurer les variations do leur volume.
Quel que soit le corps dont on ait fait choix, la condition fondamentale à réaliser c'est d'avoir des appareils comparables entre eux, qui, dans les mêmes circonstances, donnent les mêmes indications. Les académiciens de Florence n'avaient rien trouvé de mieux que de construire tous leurs thermomètres d'après un même étalon qu'ils reproduisaient aussi fidèlement que possible ; il est à peine besoin de faire remarquer qu on ne pouvait obtenir par ce moyen qu'une grossière approximation.
L'identité absolue n'est pas indispensable pour obtenir des appareils comparables; il ~ufHt de les graduer d'après certaines règles fixes faciles à retinir ou à retrouver. Déjà eu IG9., Renaldi, physicien de Pavie, proposait de marquer sur tous les thermomètres les points de !a glace fondante et de l'eau bouillante et de diviser l'intervalle en un nombre convenu de parties égales : c'est ce (|ne l'on fait aujourd'hui La fusion de la glace l'ébullition de l'eau sont des conditions calorifiques invariables; elles définissent des conditions d'échauffemen^ fixes et déterminées. F.ntre ces limites, un même Corps se dilate toujours d'une même fraction de son volume; la portion de la tige comprise entre ces deux points est donc pour tous les thermomètres unefraction constante du volume du
THERMOMETRE
THERMOMETRE
Téservoir. Quant au nombre de divisions ou de degrés que l'on y pratique, il est variable avec la convention îi laquelle on s'est arrêté, de là l'existence de plusieurs échelles tliermométriques différenies, mais facilement comparables entre elles.
1. Thermomètres solides. — L'emploi des solides comme corps ihormomotriques est limité à la construction d'instruments servant k apprécier gross èrenient, pour les besoins de lapraticiue industrielle, des températures élevées. Le pijrornètre fie Wedgwood et le l hfimomèire (le Urèg'el sont les deux types de ces appareils. Le premier est formé d'une plaque métallique qui porte deux rainures de largeur décroissante dont l'une est la continuation de I autre. On prépare de petits cylindres d'argile qui, avant d'être chauffés, ne pénètrent dans la rainure que jusqu'à une division initiale marquée zéro On chauffe l'un d'entre eux à la température que l'on veut évaluer; il subit un retrait permanent : après le refroidissement, on l'introduit dans la rainure et on observe la division à laquelle il s'arrête ; on a ainsi la température à une grossière approximation.
1-e thermomètre de Bréguet est fondé sur l'inégale dilatation do deux ou plusieurs lames métalliques soudées suivant leur longueur. Trois rubans de platine, d'argent et d'or ont été soudés et tournés en spirale; une extrémité est fixe, l'autre supporte une aiguille mobile sur un cadran. Si la température augmente, l'un des rubans se dilatant plus que l'autre, la forme de la spirale change et l'aiguille s'avance sur le cadran. L'appareil est d'une grande sensibilité qui le rend précieux dans certaines circonstances. On en a pu faire un appareil enregistreur.
2. Thermomètres à liquides. — Ces thermomètres seraiBiit rigoureusement comparables entre eux si l'on observait les volumes absolus des liquides. Mais d'ordinaire on n'observe que les volumes apparents. On ne peut donc à priori regarder comme entièrement comparables les indications d'instruments construits avec le même liquide renfermé dans des enveloppes plus ou moins différentes. Mais la dilatation de l'enveloppe solide est une fraction assez petite de la dilatation du liquide pour que son influence puisse être négligée dans les observations ordinaires. La commodité des thermomètres à lii|uides est telle «ju'on ne saurait en abandonner l'usage, même dans les recherches les plus précises; on les compare alors à un thermomètre à air pris pour étalon, et on donne ainsi un sens tout à fait précis aux indications fournies par chacun d'eux.
Parmi les liquides, le mercure est celui que l'on préfère à cause de la facilité de l'obtenir pur, de la Commodité de suivre ses variations de volume dans la tige de l'instrument, et de l'étendue de ses indications. On emploie aussi l'alcool rougi, pour les températures inférieures à 6il° et surtout pour les températures basses qui congèleraient le mercare.
11 nous faut décrire succinctement la construction de ces deux appareils.
A. Ther,i,omHre à mercure. — La construction d'un thermomètre à mercure comprend quatre opérations distinctes : 1° le choix du tube et le remplissage ; 2° le règlement de la course de l'appareil; 3° la détermination des points fixes; 4» la construction de l'échelle.
1° Le tube est choisi capillaire, autant que possible bien calibré, c'est-à-dire présentant un diamètre sensiblement constant sur une longueur d'un à deux décimètres. On y souffle ou l'on y soude un réservoir à une extrémité et une ampoule à pointe effilée à l'autre.
Pour y introduire du mercure, on chauffe l'ampoule sur une lampe à alcool, puis on plonge la pointe effilée dans le mercure, et le liquide monte
sous l'action de la pression atmosphérique à laquelle ne fait plus équil bre l'air de l'ampoule qui en se refroidissant a diminué de volume et de pression. On retourne l'appareil, le mercure ne descend pas à cause de la capillarité du tube. On chauffe le réservoir, une partie de l'air qu'il contient s'échappe, et, si on cesse de chauffer, le liquide pressé par l'atmosphère descend d;ins la tige et occupe une partie du réservoir. Quand celui-ci est aux trois quarts rempli, on dispose le tube sur une grille légèrement inclinée et à l'aide de charbons allumés on chauffe le réservoir, la tige et l'ampoule, jusqu'à l'éljullition du mercure. Lorsqu'on suppose que les vapeurs mercurielles ont chassé tout l'air qui restait encore dans le tube, on redresse celui-ci qui se remplit entièrement en se refroidissant.
2° Régler la course de l'appareil, c'est y laisser la quantité de liquide convenable suivant les indications liraiies que l'on désire à l'instrument. Il est facile de comprendre que si à la température ordinaire la tiae du thermomètre est presque pleine l'instrument ne pourra pas indiquer des températures élevées; qu'au contraire, il ne pourra marquer les températures basses si on ne laisse pas assez de liquide dans le tube. On règle la course partâtonnements. On place l'apiiareil successivement à deux températures différentes et l'on note les points où s'arrête la colonne mercurielle ; on peut alors savoir approximativement le nombre total de degrés que le thermomètre pourra marquer, ft on ajoute du liquide ou l'on en retire du tube suivant la position que l'on se propose de donner au zéro.
Cette opération finie, on détache l'ampoule et on ferme le tube.
.3° Pour que les thermomètres soient comparables , qu'ils donnent les mêmes indications dans les mêmes circonstances, on a choisi deux points fixes faciles à retrouver en tout temps et en tout lieu. Le premier est la température de la glace qui fond, et le second celle de l'eau bouillante sous la pression barométrique de "60 millimètres.
Le premier point fixe est marqué zéro (0) et le second cent (li 0).
4° L'intervalle est divisé en cent parties dont chacune porte le nom de degré. Le degré centigrade est donc la centième partie de la dilatation qu'éprouve une masse de mercure quand on la fait passer de la température de la glace fondante à celle de l'eau bouillante; voilà sa viaie signitication.
Il y d'autres éclielles thermonp'triques que l'échelle centigrade, la plus employée en France aujourd'hui.
Réaumur a marqué 80 dans l'eau bouillante, de sorte que la valeur de 80 degrés de son thermomètre est la même que celle de 100 degrés centigrades.
En Angleterre et en Amérique l'échelle la plU8 fréquemment employée est celle de Fahrenheit, où les deux points fixes indiqués précédemment sont marqués, l'un 32, l'autre 212, ce qui met entre eux 180 divisions ou degrés. Un degré Fahrenheit
est donc — , ou plus simplement - du degré
centigrade. Cette notion suffit pour exprimer la môme température dans l'une ou l'autre des graduations.
La concordance absolue de deux appareils thepmométriques construits avec le même liquide n'est rigoureusement réalisée que si les deux enveloppes se dilatent également.
11 résulte des expériences de M. Regnanlt que les inégalités dues aux différences de dilatation des enveloppes faites avec des verres de différentes constitutions sont négligeables jusqu'à la température de 300 degrés. On peut donc consi-
TllERMOMÈTllE
TIERS-KTAT
déror les thermomètres k mercure, à réservoir do vorro, comme comparables pour U plupart des expâriBiices où ils pc^uvent servir.
Il faut cependant faire une réserve : on a trouvé que le zéro s'élève un peu dans les thermomètres faits depuis queUiue temps. On attribue ce résultat il un travail moléculaire, une sorte de trempe que subit le verre quand il a été chauffé et qu'il est presque subitement refroidi par l'air. La connaissance de ce fait oblige à reclierclier quel est le déplacement du zéro dans l'appareil que l'on vent employer & une constatation précise de la température et à en tenir compte dans les résultats trouvés.
Le thermomètre à mercure peut donner les températures jusqu'à 340°, pas au-dessus parce que le liquide approche de son point d'ébullition ; au-dessous du zéro il peut aller jusqu'à 0" et pas beaucoup pins bas parce quu le liquide est près de son pnint de congélaùon et qu'alors sa dilatation devient irrégulière. On se sert pour les températures basses du thermomètre à alcool, ce liquide offrant l'avantage de ne se congeler à aucune des plus basses températures que nous savons produire.
B. Thermomètre à alcool. — L'instrument a la même forme que le précédent; le liquide est l'alcool rougi par l'orseille.
Le remplissage du tube est analogue, bien que plus simple, car on peut sans crainte faire bouillir, pour chasser l'air, une petite quanlité d'alcool déjà arrivée dans le réservoir. S'il reste une petite bulle d'air à la jonction du réservoir et du tube, on la fait disparaître en animant le tube d'un mouvement de rotation. Le règlement de la course est le même, aussi la fixation du point zéro. On ne peut songer à marquer le point lOn, puisque l'alcool bout avant cette température ; on marque donc un second point par comparaison avec un bon thermomètre à mercure.
Sensibttitr des Iherniomètres. — Que le thermomètre soit à alcool ou à mercure, il faut que l'instrument se mette rapidement en équilibre de température avec le milieu ambiant, et il le fera d'autant plus vile que son réservoir aura un plus petit volume. D'autre part, il indiquera d'autant mieux les variations de la température que ses degrés seront plus grands, c'est-à-dire que la section de la tige sera plus faible par rapport au volume du réservoir.
Lorsqu'on veut obtenir à la fois ces deux résultats, on emploie des réservoirs de très petites dimensions et des tiges excessivement fines ; oti a alors desappareils réunissant la double sensibilité, capables d'indiquer les petites fractions de degrés et de les indiquer très promptement.
3. Thermomètres à gaz. — Quand on emploie, pour mesurer la température, un gaz contenu dans une enveloppe de verre, la dilatation de l'enveloppe, qui est toujours au moins cent cinquante fois inférieure à (elle du gaz lui-même, ne peut exercer sur les indications du thermomètre qu'une influence plus faible que les erreurs inévitables des expériences. Il en rcsulie que divers thermomètres construits avec un même gaz et des enveloppes diverses ne dilïèrent pas sensiblement dans leurs indications. C'est ce précieux avantage qui a conduit les physiciens à faire du thermomètre à air sec le thermomètre étalon.
Tout appareil propre à l'étude de la dilatation de l'air peut servir de tliermomètre,si l'on connaît le coefficient de dilatation du gaz. Il suffit de donner au réservoir une forme qui rende facile l'établissement de l'équilibre calorifique entre l'air et le corps dont on veut mesurer la température. Uulong a adopté la forme cylindrique, qui est d'un usage commode et qui a éle fréquemment employée depuis.
Pour les hautes températures, M. H. Sainte- Claire Devillo a employé un thermomètre à vapeur d'iode. Le réservoir est un ballon de porcelaine à col effilé que l'on place, après y avoir introduit de l'iode, dans l'enceinte dont on veut déterminer la température; on le ferme au chalumeau oxyhj drique quand les vapeurs d'iode cessent de se dégager. Los posées de l'appareil plein de vapeur, plein d'air, plein d'eau, et la rorniaissance du coefficient de dilatation do la porcelaine, permettent de déterminer la température.
Le maniement de ces appareils no peut être fait que par des mains exercées; aussi leur emploi n'est-il pas sorti des laboratoires de recherches précises.
Tous les thermomètres à mercure construits avec soi)i s'accordent très sensiblement avec le thermomètre à air au-dessous de loU" ; vers 200" ils avancent d'un demi - degré à ? degrés, vers 3(1(1" de 4 à (i degrés. On les emploie donc exclusivement, même dans les n^cherclies précises, audessous de KIO degrés; au-dessus, il devient nécessaire de les comparer au thermomètre à air,. à moins qu'une approximation d'un ou deux degrés ne soit Siiffi>ante.
4. Thermomètres à maxima et luinima. — Il est souvent nécessaire de connaître la pins haute et la plus basse température d'un milieu, comme l'air atmusphérique par exemple, dans un intervalle de temps déterminé. Un des moyens consiste à faire avec les thermomètres ordinaires un très grand nombre d'observations ; mais il est le plus souvent impraticable. Pour obtenir facilement ce résultat, on a construit des appareils dont les uns donnent la température la plus élevée et les autres la température la plus bas.se qu'il a fait dans le milieu où ilsonl été placés. Le principe commun de ces appareils, c'est de laisser un index au point le plus élevé ou le plus bas qu'ils ont marqué pendant le temps où ils sont restés en place ; ou bien encore de permettre de retrouver facilement les températures maximum ou minimum qu'ils ont atteintes. La forme en est très variable: les deux types principaux sont les thermomètres à déversement de Walferdin et le double thermomètre de Rutherford. Celui-ci est le plus sijnpie. Le thermomètre à maxima est à mercure, et la colonne liquide pousse devant elle un index de fer qu'elle abandonne et que l'on retrouve lors de l'observation au point le plus éloigné du réservoir où elle est parvenue. Le thermomètre à minima est à alcool, et le liquide refoule vers le réservoir en se coniractant un index d'émail qu'il laisse en place si la température vient à augmenter ultérieurement.
(;es deux appareils sont parfois réunis en un seul sur lequel on peut lire les deux indications que l'on cherche.
Ils sont, à côté des thermomètres ordinaires, d'un usage courant dans les observations météorologiques. [Haraucouit.l
TIliRS-É TAT. — Histoire de France, XXXVIII- XL. - L'origine de ce nom, appli(|ué en France, sous les rois de la troisième race, au peuple des villes et des campagnes, remonte aux premières réunions dos Etats-généraux. Le clergé et la noblesse avaient été pendant longtemps les deux seules classes qui eussent été admises à prendre une part, assez restreinte d'ailleurs, au gouvernement général du royaume. Lorsque l'hilippe le Bel, en KiO"2, voulut opposer aux prétentions du pape l'autorité îles décisions d'une assemblée nationale, il convoqua non seulement les représentants de ces deux étals ou ordres, mais encore ceux d'un certain nombre de villes, qui formèrent, à partir de ce moment, un troisième ordre, un Ti>-rs-Etat.
Nous avons inditjué, à l'article Communes, com-