‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 400 sur 459 · TROUBADOURS · texte numérisé non relu

TROUBADOURS

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que voici surpasse tous les poètes de son pays par ses cliaiUs d'amour et par ses proses de roman. » Au 38' clianl de l'Enfer, le poète rencontre Bertrand de Born, qui porte i la main sa tète coupée, en punition do l'inimitié qu'il a excitée entre un père et ses fils. Foulques de Marseille figure dans le Paradis, parmi les bienheureux. Quant à Sordello, Dante le trouve à l'entrée du Purgatoire, et le compare à un lion qui se repose calme dans sa force. . „ , . ,,.,

Parmi les princes qui se firent gloire d être rangés au nombre des troubadours, il faut citer deux membres de la famille royale des Plantagenets : Éléonore de Guyenne, épouse de Henri II, et Richard Cœur-de-lion, son fils. On a conserve le texte d'une chanson en langue provençale composée, dit-on, par le roi Richard pendant sa captivité en Autriche ; en voici les ûeux premiers couplets :

Ja nul hom proz non dira sa razon Adreilamen, se oime hom doulen non; Mas per conort pot el faire canson.

Prou hai d'amicz, ma paure son li don! Honta j auran se por ma reliczon

Sony fach dos hivers prer.

Or sachan ben miei Iiora et miei baron. Angles, Norman, Pejtavin et Gascon, Quyeunon hai jasi pat

Fa

i lai^

tas yeu Mas su'uy do's hivers pr

oii non.

Traduction : « Nul homme prisonnier ne dira sa raison droitement, sinon en homrte dolent (c'est-à-dire : le langage naturel du prisonnier est la plainte); mais par effort il peut faire une chanson. J'ai beauconp d'amis, mais pauvres sont leurs dons; honte ils auront si pour (faute de) ma rançon (je) suis fait deux hivers prisonnier.

Or, sachent bien mes hommes et mes barons.

Anglais, Normands, Poitevins et Gascons, que je n'ai pas si pauvre compagnon que pour avoir (argent) je laissasse en prison ; faire reproche, certes je ne veux pas, mais (je) suis deux hivers prisonnier. »

Les compositions lyriques des troubadours sont les unes des chansons d'amour remarquables par leur grâce, mais où l'on trouve déjà quelquefois cette subtilité et ce mauvais goût qui gâtent les vers de Pétrarque, leur imitateur; les autres, des chants guerriers ou des déclamations satiriques connus sous le nom de siviv7ites. Les sirventes les plus célèbres sont ceux de Bertrand de Born et de Sordello, remarquables par la véhémence de l'invective et l'ardeur passionnée de leur verve belliqueuse. Il y avait aussi des pièces appelées tensons (de cont-ntvi, dispute), sorte de dialogue entre deux interlocuteurs soutenant des opinions opposées, débats rimes sur quehine question touchant ordinairement à la chevalerie ou à l'amour

pays d'Europe fut, à ses débuts, une imitation de celle des troubadours. En Angleterre, ce sont les rois Plantagenets qui la mettent à la mode. En Italie, on compte, au xii' et au xiii= .Mècle, une trentaine de poètes qui ont adopté la langue d'oc, comme Sordello de Mantoue ; et c'est la Provence c|ui transmet aux Italiens les romans de chevalerie dont s'inspireront plus tard Koiardo et Arioste. En Espagne, on voit se fonder à Barcelone et à Tortose des Académies de la gaie science ; et les troubadours provençaux pénètrent jusque dans les cours de Castille et de Portugal. Enfin les minnesinger d'Allemagne traduisent les épopées provençales. Quant aux ti-ouvères de la France du nord, leur nom indique assez leur parenté avec les poètes de la langue d'oc.

Les Provençaux donnèrent l'impulsion ; mais les diverses nationalités trouvèrent bien vite leur voie propre, et, cessant d'imiter, créèrent des littératures originales, robustes et ciipables d'un long développement; tandis que la poésie de la langue d'oc, née la première, ne fut plus, à partir du XIII' siècle, qu'un brillant souvenir.

TROUVÈRES. — V. Litléi-ature française, p.

Tl'DOR . — Histoire générale, XX-XXII, XXVIIl.

— Nom d une famille qui a régné sur l'Angleterre de 1485 à 1603, et qui lui a donné cinq souverains. C'est sous cette dynastie que se constitue la monarchie absolue : la sanglante guerre des Deux-Roses a épuisé l'aristocratie, Henri VII en profite pour fortifier l'autorité royale ; Henri VIII, non content d'exercer la domination temporelle, y ajoute la souveraineté spirituelle en se proclamant chef de l'Eglise d'Angleterre ; sous Elisabeth, le pouvoir royal atteint son apogée, etla grande reine pourrait dire comme Louis XIV : « L'Etat, cest moi. » Mais la nation revendiquera ses droits sous les Stuarts. „ . „ ,

Henri -VU (1485-1500). — Henri Tudor, seigneur gallois, descendait de la maison de Lancastre par les femmes : son père, Edmond Tudor, comte de Ricliniond, avait épousé Marguerite de Beaufort, pctite-nièce du roi Henri IV. Il vivait en exil lorsque éclata une révolte contre l'usurpateur Ricliard III (V. PlnnlaijeneleX, Guerre des Deiix-Hoses); Henri Tudor débarqua dans le pays de Galles à la tête d'une petite troupe de partisans, rencontra Richard III à Bosworth, et le vainquit (1485). llichard ayant été tue dans la bataille, Henri Tudor n'eut pas de peine h se faire reconnaître comme roi; et, pour mettre fin à la querelle des deux maisons rivales, il épousa, lui l'héritier des Lancastre , Elisabeth , fille d Edouard IV, héritière d'York. A deux reprises, des imposteurs, se faisant passer pour des princes de la maison d'York, essayèrent de soulever le peuple contre lui; mais ils furent vaincus. Le gouvernement du nouveau souverain fut despotique ; la noblesse n'était plus assez forte pour lui résister.

noDiesse n eiaii iJiuo aoovo .„..,^ ,..•-. ■----.„„■ Sais ce n'est pas seulement la poésie lyrique et la bourgeoisie n'aurait pas n,i^^^^^ qui a été cultivée par les troubadours: les grandes tète à l'autorité roy^ « "en" ^ '^^ ^^^^^^^^ compositions épiques ne leur sont pas ''estoes , la puissance de 1 arisocra.e en e^ étrangères. Ainsi Arnaud Daniel avait écrit un gneurs le droit ^e '"amtenance c est^ roman d'aventures, Lancelot du La,, dont l'origi- ! droit d'avoir une ="-""^6 à «»^ ^"^ PaHcment 'e nal ne s'est pas conservé, mais dont on possède , leva des impots ,f "'^ ,3" f ^^^i'^/^V'i^'/i^Va h une traduction allemande faite k la fin du xn= siècle, pour y°'^%J"^'';fh,^,^"%'^chT nommé pa? e Le minnesinger Wolfram d'Eschenbach àécUvo ,, Chambre elod'-. '"b^na spécial non ne par ^e avoir imité .es poèmes de l'erceval et de THurel roi et qui aval le P»»^,"'' ^,^^°X L soustraire à de poèmes sur le même sujet, écrits en proven- ! procès qu'il plaisait au souverain de soustraire a çal. Enfin on a les textes provençaux des poèmes ' la juridiction du ju^y- . ,

de Ferabras, de G,rar,i de [ioussil/o,,, et de «^^ despotisme assura du moins au pays m plusieurs autres encore. Ainsi les chansons de paix intérieure ^Près ' ' ornble gt^^r e c v.le qu gestes, les romans rie la Table Ronde appartiennent : avait désole 1 Angleterre P* "^a^t tn nte ans^ m f la France du midi aussi bien qu'à celle du nord, ; dustrie et le ^«'""^«^^f Prouver^es ma Uimes à et il est probable que, dans ce domaine comme le moment des grandes ^«^""^"ilal et Tel-Ès dans les autres, c'es't le midi qui a été l'initiateur, l'imitation des souvera ns du Portugal e de l^s Nous avons déjà dit que li poésie des autres | pagne, Henri VU voulut aussi chcicher un chemin

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pour aller aux Indes ; il organisa à cet effet l'expédiiion de Jean Cabot, qui découvrit le Canada {141IS).

Henri VU donna sa fille Marguerite en mariage au roi d'Iicosso Jacques IV ; c'est cette alliance avec les Stuarts qui devait amener en IUU3 l'union dos couronnes d'Angleterre et d'Ecosse sur une seule tête. 11 mourut en 1509.

La politique étrangère de Henri VU consista à se faire contre la France l'allié de Maximilien d'Autriche et de Ferdinand le (Catholique. En 14112, il avait débarqué i Calais avec une armée, pour s'opposer h la réunion de la Bretagne ; mais Charles VUI acheta sa retraite au prix de '145 000 écus d'or.

Henri vm (1309-1547). — Henri VU avait fait épouser à son flls, qui lui succéda sous le nom de Henri VIII, une tille de Ferdinand le Catholique, Catherine d'Aragon. Ce mariage devait resserrer les liens qui unissaient l'Angleterre à l'Espagne et à l'Autriche. Néanmoins, à plusieurs reprises, Henri VUI se rapprocha de la France, selon les nécessités de sa politique capricieuse, et on le trouve allié, tantôt à Charles-Quint, tantôt à François 1".

Au début de son règne, Henri VIII entre dans la Sainte-Ligue organisée par le pape contre Louis XII, et envahit la France (bataille de Guinegate ou Journée des éperons, 1513); son beaufrère, le roi d'Ecosse Jacques IV, s'allie par contre à la France et veut envahir l'Angleterre : mais il est battu et tué à Flowden. La paix est conclue l'année suivante à Londres, et le vieux Louis XII, qui venait de perdre sa femme Anne de Bretagne, épouse une sœur de Henri VUI. L'avènement de François I" ne troubla pas d'abord le maintien de la paix; mais après l'entrevue du camp du Drap-d'Or (15'2u). où la vanité du roi d'Angleterre lut blessée, celui-ci se rejeta du côté de Charles-Quint, dont il demeura l'allié jusque après Pavie ; alors, trouvant que l'empereur devenait trop puissant, il se rapprocha de nouveau de, la France.

Sur ces entrefaites, Henri VUI voulut faire annuler son mariage avec Catherine d'Aragon, afin de pouvoir épouser Anne Boleyn [Ib'i'ij. Le pape, alors prisonnier de Charles-Quint, refusa de consentir au divorce. Après quatre années de négociations inutiles, Henri se décida à rojnpre avec Rome, et se fit proclamer chef de l'Eglise d'Angleterre par un Parlement docile (15:n). Il épousa alors Anne Boleyn. et répondit à l'exconnnunication lancée contre lui par des mesures tyrajiniques et sanguinaires. Des milliers de victimes lurent envoyées Ji l'échafaud ou au bûcher sous prétexte de trahison ou d'hérésie : la plus illustre est le célèbre chancelier Thomas Morus, décapité en 1535. Les biens des couvents furent confisqués, et enrichirent la couronne. Bientôt, accusant Anne Boleyn d'adultère, le roi lui fit traneher la tête (1530), et épousa aussitôt une troisième femme, Jeanne Seymour, qui mourut en couches l'année suivante. Cependant la nouvelle Eglise instituée par Henri VUI n'avait pas encore de credo : le bill des six articles (i;i3y) lui en donna un, et proscrivit également les croyances des catholiques et celles des luthériens. En liio, Henri avait épousé Anne de Clèves, qu'il répudia la même année; une cinquième femme, Callierine Howard, prit sa place, mais pour mouiir bientôt après sur l'échafaud comme Anne Boleyn llo4'2). En même temps, le roi d'Angleterre s'allie de nouveau à Charles-Quint, et combine avec lui une invasion de la France. Il débarque à Calais en 1544, et fait le siège de Boulogne : ce ne lut qu'eu

11516 qu'il consentit à traiter moyennant une indemnité de 2 millions. Il mourut l'année suivante. Il avait encore épousé, en 1543, une sixième femme.

Catherine Parr, que la mort de son époux sauva de l'échafaud où il s'apprêtait à la faire monter comme hérétique.

Edouard -VI (1547-15'.3). — Fils d'Henri VIH et de Jeanne Seymour, Edouard VI n'avait qne dix ans à la mort de son pore. Son oncle le duc de Somerset, chargé d'abord de la régence, favorisa les calvinistes. La rupture de l'Angleterre avec Rome, qui n'avait profité encore qu'au despotisme royal, allait prendre un caractère nouveau par la prédication de Pierre M iriyr et d'autres disciples de Calvin. Cranmer. l'archevêque de Cantorbéry, créature de Henri VIII, autorisa le mariage dos prêtres en donnant lui-même l'exemple, et introduisit une nouvelle liturgie. Le régent Somerset fut renversé en 1549 par Warwick ; mais celui-ci suivit la même politique, et, lorsque Edouard VI mourut en 155'i, la réforme religieuse avait gagné b, sa cause la masse du peuple anglais.

L'ordre de succession appelait au trône, après Edouard, sa sœur ainée Marie, fille de Catherine d'Aragon. Mais Marie était catholique ; aussi Warwick avait-il résolu de l'écarter. Il fit proclamer reine sa belle-fille lady Jane Grey, petitefille de cette sœur de Henri VIII qui avait épousé le roi de France Louis XII, et qui s'était remariée plus tard au duc de Suffolk. Mais le règne de l'infortunée Jane Grey ne dura que dix jours. Marie Tudor rallia promptement autour d'elle de nombreux partisans; sa rivale fut abandonnée de tous : Warwick paya de sa tête son audacieuse tentative, et Jane Grey, d'abord tenue en prison, fut exécutée l'année suivante avec son père et son mari.

Marie (I.S5.3-I.i5S). — De même q\ie Henri VIII avait pu créer une Eglise nouvelle sans rencontrer de résislance, Marie 'l'udor, qui restaura le catholicisme, ne trouva qu'obéissance dans le Parlement; et, sanguinaire comme son père, elle versa des flots de sang pour tenter de détruire l'œuvre des deux règnes précédents. Son mariage avec Philippe II d Espagne (1554) faisait rentrer politiquement l'Angleterre dans le concert des puissances catholiques ; la nouvelle liturgie fut abolie, l'archevêque Cranmer mourut sur le bûcher, et le légat du pape prononça, avec la sanction du Parlement, la réconciliation de l'Angleterre avec le Saint- Siège. Mais Marie n'obtint de son peuple qu'une soumission extérieure; elle no réussit pas à extirper les doctrines religieuses prêchées par les réformateurs. Entraînée par Philippe 11 dans une guerre contre la France, elle y perdit Calais; et le chagrin que lui causa ce revers hâta sa mort (16.58).

Elisabeth (I558-1G03). — Fille d Anne Boleyn, Elisabeth avait dû, sous Marie, abjurer le protestantisme. A la mort de sa sœur, elle fut reconnue reine sans opposition sérieuse; la protestation da Marie Stuart, qui prétendait que la couronne d'Angleterre lui revenait comme descendante de Marguerite, fille de Henri VII, et qui traitait Elisabeth de fille illégitime parce que le mariage d'Anne Boleyn n'avait pas été reconnu par le pape, n'eut pas d'écho dans le peuple anglais : mais cette protestation devait plus tard coûter la vie à son auteur.

L'attitude d'Elisabeth, dans la question religieuse, fut d'abord équivoque. Après d'assez longues hésitations, elle se prononça enfin contre Rome, et le Parlement, instrument toujours servile de la volonté royale, lui donna, comme à son pore, le titre de chef spirituel de l'Église d'Angleterre (155!)). Trois ans plus tard (laG'2), le bill det trente-neuf articles fixa définitivement l'organisation et les croyances de l'Eglise anglicane (V. /(ct forme, p. 1813). Energique et intelligente, en même temps qu'orgueilleuse et profondément dis- 1 simulée, Elisabeth allait régner on souveraine

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absolue sur un peuple que son père et son grandpère avaient façonné à l'obéissance, et qu'elle sut d'ailleurs intéresser à sa propre grandeur, en confondant sa cause avec celle de l'indépendance nationale et de la réforme religieuse. KUe s'entoura d'iionimes dévoués et habiles, dont les deux principaux furent Robert Dudley, comte de Leicester, qui resta son favori tant qu'il vécut, et William Cecil (lord Burleigli), qui fut quarante ans son premier ministre. « Sachant garder ceux qu'elle avait su choisir, elle fut toujours bien servie. Elle ne permit pas à ses favoris de devenir un seul moment ses maîtres, et ses ministres les plus expérimentés ne furent jamais que ses utiles instruments. En toute rencontre, elle rechercha les conseils et se réserva les décisions. Sa volonté, uniquement dirigée par le calcul et par l'intérêt, fut quelquefois lente, souvent audacieuse, toujours souveraine, w (Mignet).

L'Angleterre atteignit, sous Elisabeth, un haut degré de prospérité. Sa marine s'était développée, et disputait déjà la domination des mers à l'Espagne, dont elle allait détruire les flottes. L'industrie était florissante, la population des villes s'enrichissait. D'autre part, le souffle de la Renaissance se faisait sentir, et les lettres étaient cultivées par Spenser, Sidney, Ben Jonson, Shakespeare ■* (V. Angïelerre, littérature, au Supplément).

Lorsqu'en \'M& Marie Stuart, chassée d'Ecosse, se réfugia en Angleterre (V. Marie Stuart), Elisabeth jugea qu'il fallait profiter de la destinée qui lui livrait son ennemie : elle retint Marie en captivité, et réussit à faire dominer en Ecosse sa propre influence pendant les régences successives de Murray, de Lennox, de Mar et de Morton. Mais Philippe II, qui rêvait la restauration du catholicisme dans touie l'Europe, fomenta complots sur complots contre Elisabeth, avec la connivence de Marie Stuart prisonnière (lôCi), 15"U, l.i12, 1584, 158C). Tous ces complots échouèrent. Elisabeth y répoiidait en envoyant des secours aux insurgés des Provinces-Unies et aux prolestants français, en faisant capturer les galions espagnols par ses corsaires.

Toutefois, après la conspiration de lôSG, elle résolut de se débarrasser de sa dangereuse rivale : un procès fut intenté à l'ex-reine d'Ecosse, qui péril sur l'échafaud en 1587. Pour venger Marie Stuart, et surtout pour abattre en Elisabeth un redoutable adversaire du catholicisme, Philippe 11 envoya contre l'Angleterre Vinvinciljle Armada, qui lut détruite par les tempêles (1588); les vaisseaux anglais demeurèrent maîtres de la mer, et portèrent à leur tour le ravage sur les côtes d'Espagne. En même temps Philippe II était vaincu aussi dans les Pays-Bas et en France. La politique d'Elisabeth triomphait.

Toutefois les dernières années de ce règne furent tristes. En vieillissant, Elisabeth devenait de plus en plus tyrannique et soupçonneuse. Elle persécuta avec acharnement les dissidents, qui refusaient de se rattacher à l'Eglise anglicane, et dont le nombre grandissait tous les jours. La Chambre étoilée fut son principal instrument de gouvernement. Le Parlement n'était plus convoque que pour la forme. Ln favori de la reine, le comte d'Essex, qui avait succédé i Leicester, se vit disgracier : il pensa alors que la désaffection du peuple rendrait possible un soulèvement, et provoqua une émeute à Londres. Arrêté, il fut exécuté (1601). Elisabeth conçut un profond chagrin de cet événement, et mourut bientôt après (IUn3). laissant la couroime d'Angleterre au roi d'Ecosse Jac(|ues VI, lîls de Marie Stuart, et son plus proche héritier.

■I l'RCS. — V. Turquie.

TURQUIE (Géoghaphie). — Géographie géné-

rale, XVIII. — Notions préliminaires. — Ps'ous décrirons dans cet article l'ensemble des pays d'Europe qui, jusqu'à ces dernières années, ont fait partie de l'empire du sultan, soit comme possessions immédiates, soit comme pays tributaires, et nous dirons ensuite la situation politique que les traités ont faite à chacun d'eux depuis la dernière guerre.

t^itiiution, forme, limites. — Avec le royaume de Grèce, affranchi depuis un demi-siècle, la Turquie d'Europe occupait la plus orientale des trois péninsules que l'Europe forme au S. On l'appelle péninszile des Balkans, du non) de la chaîne de montagnes qui la traverse en partie de l'O. à l'E., jusque sur les rives de la mer Noire.

Prise isolément, la Turquie forme un trapèze assez régulier limité, au N., par le cours de la Save, celui du Danube, et la partie méridionale des Carpalhes, ou Alpes de "Transylvanie; à l'E., par la mer .YoiVe, et à l'O. par la mer Adriatique; au S. enfin, par les détroits de Constantinople et des Dardanelles, la mer de Marmara, Y Archipel et la [routière grecque.

Toutefois il faut remarquer que ces limites comprendraient la Dalmatie et une partie de la Croatie qui font partie depuis longtemps de l'empire d'Autriche, tandis qu'elles laissent en dehors la Moldavie. Celle-ci s'avance au N. entre les Carpathes, qui la séparent de la Transylvanie autrichienne, et le Pruth, dont la rive orientale appartient à la Bessarabie russe.

Frontières. — L'empire russe, au N.-E. ; r<?mpire austro-hongrois, au N. etauN.-O., le royaume (le Grèce, au S., voilà les trois États voisins de la Turquie.

Elle est séparée du premier par le cours du Pruth et la branche septentrionale du Danube ou bouche de Kilia. Les Carpathes, le Danube, la Save et son tributaire ITnna, et les Alpes Dinariques, lui servent de frontière avec l'empire austro-hongrois. Enfin on vient de fixer tout récemment la ligne de séparation avec la Grèce à la vallée de la Selembria, qui débouche dans le golfe de Salonique entre le mont Olympe et le Kissovo (ancien Pélion), et à celle de l'Arta, qui naît dans la chaîne du Pinde, près de la source de la Selembria, et finit dans l'Adriatique, au golfe d'Arta.

Géographie physique. — Hydrographie. — Dauute. — La iMr/iuljc est le principal fleuve qui arrose la Turquie. Par l'abondance de ses eaux, il est le premier de tous les fleuves d'Europe. C'est il Belgrade, où il se grossit par la droite de la Save, un de ses affluents les plus considérables, que le Danube entre sur le territoire turc. La forteresse de Belgrade a longtemps été occupée par les troupes ottomanes, mais elle été évacuée par elles et remise aux Serbes plusieurs années avant la guerre qui a amené l'émancipation définitive de la principauté.

De Belgrade à Orsova, la rive gauche du fleuve est hongroise, la rive droite appartient à la Serbie. De ce côté, le fleuve passe à Sémendria, et reçoit la Morava, dont le bassin occupe la principauté presque entière ; puis il s'engage dans un long défilé rempli d'écutils et de rapides, où il -s'est ouvert une route entre les Alpes do Transylvanie et celles de Serbie ; c'est le fameux passage des- Portes de fer. Les couches géologiques qui se retrouvent semblables sur l'une et l'autre rive, de même que les falaises anglaises de Douvres correspondent à 'celles de Calais sur le côté opposé du détroit, montrent qu'ici les eaux du fleuve, et là les eaux de la mer, ont opéré la rupture.

A partir des Portes de fer, le Danube sépare la Valachie, sur sa rive gauche, de la Serbie, sur Sfc

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rive droitp. U se recourbe en même temps au sud. Le Timok, son affluent de di'oito, sépare la Serbie de la Bulgarie. La première ville bulgare ••qu'on trouve siir les bords du fleuve, c'est Viddin. De môme que Nicopoli, Sistova, Roustchouk, Silistrie qui lui font suite, Viddin était une place forte et servait aux Turcs à défendre le passage du Danube contre les arracos d'invasion venues de Russie. Une des conditions des derniers traites a été le démantèlement de toutes ces forteresses.

De Viddin A Silistrie, le Danube coule de l'ouest à l'est ; gagnant et empiétant sans cesse sur sa rive droite, comme tous les fleuves de l'iiémisphère nord, il abandonne de plus en plus la rive valaque, basse, nivelée par les eaux, couverte de marécages et de vieux lits du fleuve délaissés, et ronge le pied des collines bulgares. De ce côté, il reçoit Vhker, qui, descendu du bassin élevé de Sopliia, capitale de la Bulgarie, traverse par une faille la chaîne principale des Balkans. En aval do risker débouche le Vid, sur les bords duquel Plevna a acquis pendant la dernière guerre une grande célébrité par l'héroique résistance qu'Osluan-Paclia y a opposée aux Russes. Enfin entre Sistova et Roustchouk, le Danube reçoit le Jantra, descendu des Balkans comme le Vid, et qui arrose Tirnova, capitale historique et métropole religieuse des Bulgares.

Par la rive valaque, le Danube reçoit VAluta, qui, née en Transylvanie, traverse par une brèche les Alpes de Transylvanie ou Carpathes méridionales, sépare la Petite Valachie, à l'ouest, de la Grande Valachie, b. l'est, et finit dans le fleuve à peu près vis-à-vis de Nicopoli. L'Argisch, qui reçoit la Dumbovitza, rivière de Bukarest, finit dans le fleuve entre Giurgévo, port de Bukarest sur le Danube, qui fait vis-îi-vis h Roustchouk, et Silistrie.

A partir de cette dernière ville, devant laquelle les armes russes ont échoué en 1854, le Danube entre tout h. fait en Valachie. Il est repoussé au nord par les collines de la Dobroudja, qui s'élèvent entre le fleuve et la mer Noire, et reçoit, par la gauche, le Sérelh qui sépare la Valachie de la Moldavie, et le Priit/i qui sert de frontière entre la Moldavie et la Bessarabie russe. Entre ces deux derniers confluents se trouve Galatz, le port le plus important de l'estuaire du Danube, la -ville la plus populeuse assise sur ses bords depuis Pesth. C'est à Galatz que siège la commission européenne chargée de faire exécuter h l'embouchure du Danube les travaux utiles à la navigation, d'arrêter les règlements nécessaires, de percevoir les droits, en un mot de faire la police du fleuve.

A partir de Galatz, le Danube tourne une dernière fois h l'est, et ne tarde pas Ji se partager en plusieurs branches. La plus importante par le volume de ses eaux est la branche de Ki/ia au nord ; mais la seule accessible à la navigation maritime depuis les derniers travaux exécutés est celle de Soulina, au centre. La bouche de Saint- Georges, au sud, est presque aussi considérable que celle de Kilia. Toutes offrent une barre formée par les apports du fleuve. On a calculé que le Danube charrie k lui seul une fois et demie autant d'eau que tous les fleuves de France réunis, et que ses apports annuels suffiraient à recouvrir un espace de G kilomètres carrés sur une épaisseur de 10 mètres. Peu h peu ces troubles comblent les lacs de la rive gauche, font progresser le delta du fleuve du côté de la mer, empiètent enfin sur les lagunes aalécs qui régnent tout le long do la mer Noire, depuis l'embouchure du Dniepr jusqu'au pied des Balkans.

Le cours de la Snve, dans la partie où il sert •de limite entre la Bosnie turque et la Slavonie

autrichienne, ressemble à celui du Danube entre la Bulgarie et la Valachie. Sur la rive gauche s'étendent les marais; sur la rive droite, au contraire, s'élèvent les montagnes de Bosnie. Les principaux cours d'eau descendant de ce côté sont : l'Unna, qui sépare la Croatie turque de la Croatie autrichienne, la Bosna, qui vient de Sérajévo, capitale de la Bosnie, le Drin, qui sert de frontière entre la Bosnie et la Serbie.

Le Danube est le seul cours d'eau important que la Turquie envoie îi la mer Noire. La mer de Marmara ne reçoit que des ruisseaux.

Bassin de l'Archipel. — Du côté de la mer Egée ou Archipel tombent la Maritza ou Hèbre des anciens, la Slrouina, le Vardar et la Selembria.

La Maritza naît au pied du Rilo-Dagh (dagh, en turc, veut dire montagne), mont de 3 000 mètres qui s'élève au S. et près de Sophia, et sert de point d'attache entre les Balkans et le Despoto- Dagh ou Rhodope, qui s'avance au S.-E. entre la Thrace et la Macédoine. Coulant d'abord à l'E. parallèlement au Danube, la Maritza passe k Philippopoli, dont le nom rappelle le père d'Alexandre le Grand, roi de Macédoine, et qui est récemment devenue la capitale de la province autonome de Roumélie orientale. A Andrinople, capitale de la Thrace et principale ville industrielle du centre de la Turquie, la Maritza se recourbe au S. et vient finir dans l'Archipel à Enos.

La Sirouma, dont la source est voisnie de celle de la Maritza, coule sur le versant 0. du Despoto-Dagh et arrive directement dans le golfe d'Orfano, au-dessus duquel elle forme le lac de Tachyno.

Le' Vardar, qui finit dans le golfe de Salonique, il peu de distance de cette grande ville, offre une importance particulière parce que sa vallée, remontant par Uscup et Pristina vers Novi-Bazar, ofl're la route la plus directe entre la Bosnie ou l'empire d'Autriche et les mers du Levant.

La Selembria (jadis \ePénée), nouvelle frontière avec la Grèce, parcourt près de son embouchure une vallée délicieuse ; c'est la vallée de Tempe des auteurs anciens.

Bassin de la mer Adriatique. — Du côté de la mer Adriatique, les fleuves, nés près de la mer, mais arrêtés dans leur écoulement par les chaînes de montagnes parallèles au rivage, suivent la direction de ces chaînes jusqu'à ce qu'ils trouvent un passage, et traversent les obstacles par des gorges et des cascades, quand ils ne disparaissent pas dans des gouffres souterrains, comme il y en a tant dans le Jura et les autres montagnes calcaires. Les principaux de ces cours d'eau sont la Narenta, qui passe à Mostar, capitale de l'Herzégovine, puis le Urin, qui se forme delà réunion du Drin blanc et du Drin noir. Le premier court du N. au H., passe à Prisrend, la cité la plus populeuse de l'Albanie, et tourne à rO. avant de .se réunir au Drin noir. Celui-ci sert d'écoulement au lac d'Ochridu, et descend au N. Les deux Drins réunis passent à Scutari, capitale de l'Albanie septentrionale, communiquent avec le lac qui porte le nom de cette ville, et débouchent dans l'Adriatique près du port de Dulcigno, en possession duquel les Monténégrins ont été mis en 1S80 à la suite d'une démonstration navale exécutée par les flottes des principales puissances européennes.

Obogbaphie:. — Alpes Dinanques. — C'est par les Alpes Dinariques, qui forment la frontière entre la Croatie et la Dalmatie, que le système orographique de la péninsule des Balkans se rattache à celui des Alpes. Des chaînes parallèles entre elles comiue celles du Jura, et courant du N.-O. au S.-E. comme le rivage de la mer Adriatique, couvrent la plus grande partie de l'Herzégovine et du

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Monténégro. C'est là, sur les confins du Monténégro et du sandjak de JNovi-Bazar, que s'élèvent les |)lus hautes cimes de la péninsule, le Dormitor jusqu'ici réputé inaccessible, et le Kom dont la cime atteint près de 3 000 mètres. Les vallées enclievêtrées et sans issue du Monténégro ont permis aux habitants d'y maintenir toujours leur indépendance vis-à-vis des Turcs, et les vallées allongées en forme de couloirs, qui conduisent seules de la Turquie méridionale dans la Bosnie et l'Herzégovine, ont favorisé les révoltes do ces pays, peuplés de Slaves, contre le gouvernement ottoman Depuis ces dernières années, l'empereur d'Autriche a été chargé de faire occuper militairement ces provinces, ce qui équivaut à une annexion. 11 s'est réservé le droit d'occuper aussi le sandjak de Novi-liazar, laissé nominalement au sultan, et qui sépare la principauté do Serbie de celle de Monténégro. C'est par là que doit passer le grand chemin de fer international de Vienne à Salonique.

Le si/stème du Pinde et le Skhnr-Dngh. — Entre le Kom et les Balkans des environs de Sopliia s'étend un plateau élevé, qui est le principal nœud orographique de la péninsule. C'est de là que descendent à la fois : la Morava et son affluent ribar, vers le N. ; l'I^ker, au N.-E. ; la Maritza, à \'V,. ; la Strouma et le Vardar, au S. ; le Drin, à l'O. De là aussi rayonnent les monts Diiiariqucs, au i\.-0. ; les montagne': de Serbie, au N.-E. qui vont rejoindre les Alpes de Transylvanie sur la rive opposée du Danube; le Skliar- Dagh, qui borde le plateau au S. et le rattache, du côté de l'E., aux Ballimn et au Hespolo-Harjh ; et enfin le système du Pimle, au S., qui couvre de ses ramifications l'Albanie et va former la charpente principale des montagnes de la Grèce.

Les montagnes de l'Albanie forment une foule de citadelles naturelles qui offrent autant de points d'appui aux tribus hostiles et aux pachas rivaux les uns des autres. Ce pays est encore soumis à une véritable féodalité.

Toute la partie occidentale de la Turquie : la Bosnie, la Serbie, l'Herzégovine, le Monténégro, 'Albanie, est en réalité couverte de montagnes. La Thessalie offrait une plaine qui vient d'être cédée à la Grèce.

Les liaikans. — La partie orientale de la Turquie, au sud des Balkans, est aussi très accidentée. Ces montagnes tournent leur pente la plus rapide du côté du S., et n'ouvrent de ce coté qu'un nombre restreint de passages souvent disputés et théâtres de luttes sanglantes. Du côté du K., au contraire, les Balkajis forment une série de terrasses qui s'abaissent graduellement à travers la Bulgarie jusque sur le bord du Danube.

Les Cai'palhes. — C'est au N. de ce fleuve, entre sa rive gauche et le pied des Carpathes, que s'étend la plus grande plaine de Turquie, qui forme aujourd'hui le royaume de Roumanie. La pente en est dirigée au S.-E., et c'est aussi la direction que suivent les rivières ou torrents descendant des monlagnes escarpées des Carpathes. Hautes de 2 à 3000 mètres, ceiles-ci ne sont pour ainsi dire pas abordées par les hommes. La frontière n'y est même pas jalonnée entre l'Autriche et la Roumanie. C'est le domaine des ours que les Tsiganes valaques vont capturerpour les promener à travers l'Europe. Et cependant ce rempart est traversé par plusieurs torrents et le sera bientôt aussi par plusieurs voies ferrées.

CÔTES ET ILES. — Le littoral de la mer Noirr, aux bouches du Danube, est, comme nous l'avons dit, couvert de marécages. On n'y trouve que le port de Soulina, à l'extrémité de la bouche médiane du Danube. En descendant la côie au S., on trouve le port do Kustendjé, où le poète latin Ovide fut envoyé en exil; ce port a l'avantage

d'être le plus rapproché du cours du Danube avant le grand coude qu'il fait au N., et un chemin de fer, le premier construit dans la péninsule, rattache Kusicndjé à ce point du fleuve, Tchernavodo. A Mangalia finit le territoire roumain et comnipnce la Bulgarie. C est de cette principauté que fait partie Varna, le meilleur port de la Turquie sur la mer Noire ; il est aussi relié par un chemin de fer avec le Danube à Roustchouk. Le cap Emineh marque la fin des Balkans du côté de la mer. Au S. de ce point, on remarque le petit golfe de Bourga^i, puis le littoral, jusqu'ici dirigé du N. au S., se recourbe au S.-E.

Le détroit de Constantinople, qui rattache la mer Noire à la mer de Marmara, est un véritable fleuve large sur plusieurs points de quelques centaines de mètres seulement. Par leur constitution géologique, les collines qui portent la Hyzancr des anciens, la Conitantinople des chrétiens, la Stamtiiut des Turcs, appartiennent à l'Asie et diffèrent de leurs voisines de l'Europe. Un courant traverse constamment le Bosphore et porte les eaux plus douces et plus légères de la mer Noire dans la Méditerranée aux eaux plus salées et plus denses. Un autre courant plus profond ramène au contraire une partie de celles-ci dans la mer Noire.

Constantinople jouit d'une position unique au monde, car, en même temps qu'elle commande la route maritime, elle se trouve sur l'isthme à peine interrompu qui rattache l'Europe à l'Asie. Constantinople sur la rive européenne, Scutari sur la rive asiatique, ne forment qu'une seule et même ville, et d'ici à quelques années peut-être on les reliera ensemble par quelque grand pont jeté de l'une à l'autre.

Rodosto, sur la mer de Marmara., est trop rapproché de Constantinople pour avoir grande importance.

Gallipoli, à l'entrée des Dardanelles, jouit des mêmes avantages que Constantinople du côté du Bosphore. Le détroit des Dardanelles, l'/Ze/fespon^ des anciens, est plus long et plus large que celui de Constantinople. Comme ce dernier, il est parcouru par des courants rapides, qui rétablissent sans cesse l'équilibre des eaux entre les deux mers que le détroit réunit. En été, la mer de Marmara envoie des eaux à la Méditerranée soumise à une évaporation très active. En hiver, quand les eaux de la mer Noire se couvrent de glaces, ce sont celles de la Méditerranée qui entrent dans la mer de Marmara, la réchauffent, y désagrègent les glaçons et entraînent la déb.àcle dans les Dardanelles. Les Dardanelles ne sont franchies par aucun pont fixe, mais dans l'antiquité Xerxès en avait fait établir un pour le passage de son armée, de même que Darius l'avait fait sur le Bosphore pour conduire ses troupes contre les Scythes.

Gallipoli commande une étroite péninsule resserrée entre les Dardanelles et le i/olfe de Saros qui s'ouvre sur ['Archipel. C'est cette péninsule (l'ancienne Chetsonèse de Thrace) qui servit de première place d'armes aux Turcs quand ils entrèrent en Europe, cent ans avant de devenir maîtres de Constantinople.

Audeli du golfe de Saros, la côte de l'Archipel

vient marécageuse. Enos, près de l'embouchure

la Maritza, n'est salubre que parce qu'on l'a

bâtie sur une acropole élevée; aussi n'a-t-elle pu

devenir le terme du chemin de fer de la Maritza,

qui aboutit au havre voisin de Dédé-Agatch.

Au delà de l'ile de Tluisos, montagneuse comme toutes cell 'S de l'Arcliipel, s'ouvre le golfe d'Orphann, avec les ports de Kavala et d'Orphano, ce dernier voisin de l'embouchure de la Strouma.

Les Iles de Samothrace, Imhro et Lemno, rattachées administrativement à la Turquie d'Asie, mais appartenant par luur situation géographique

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b. l'Europo, siirsissorit rte rArc1iip(!l outre la Cliersonèse do Tlit^ico l't Tluisos dont elles partagent l'aspect ot la nalure. Les vignes, les oliviers, les pâturages foriiiont leurs ressources. Autrefois on y exploitait des marbres et de l'or.

Le golfe d'Orphano, au N.-E., et celui de Salonique, h l'O.. limitent la curieuse péninsule de Ckalcidique. Elle se termine sur la mer par trois péninsules secondaires allongées comme les trois doigts de la main. La plus orientale, rattachée au continent par un istlinio assez étroit pour que Xerxés l'ait fait jadis couper par un canal ouvert à ses navires, est terminée par le mo/;/ At/ios, qui dresse sa cime à 2 000 mètres au-dessus des Ilots. Cette péninsule est la propriété exclusive de moines grecs qui y vivent au nombre de 2 000 environ dans plusieurs couvents. Le niontAtlios s'appelle aussi Monte-Santo à cause de ses édifices religieux. C'est le nom qu'a pris le golfe suivant, entre la presqu'île du mont Atlios et la presqu'île centrale, l'ancienne Sit/ionie. La troisi^îme presqu'île (l'ancienne P((//é«e) et le golfe intermédiaire portent le nom de Caisundria.

Enfin on trouve Salonique, le premier port de la Turquie d'Europe après Constantinople, et qui la dépassera peut-être même quelque jour pour le traflcentre l'Europe centrale et le Lovant.

Du côté de la mer Adriatique, les côtes de la péninsule appartiennent pour la plus grande partie à r.iutriciie; cependant le Monténégro, jusquelà confiné dans ses montagnes, a obtenu les deux ports d'Antivari et de Dulcigno. Plus au S., Durazzo sert aux relations de l'Albanie avec l'Italie, Aulona est le point d'attache du câble télégraphique qui relie l'Italie à la Turquie. Entre Aulona et Corfou se dressent les escarpements très élevés des monts de la Chimère, fertiles en orages. Enfin l'révésa, à l'entrée du golfe d'Arta, marque la nouvelle frontière entre l'Albanie restée au sultan et le royaume de Grèce.

Ile de Chète. — C'est plutôt par les possessions asiatiques de la Turquie que la Crète se rattache à sa métropole; mais elle est regardée comme faisant partie de l'Europe, c'est pourquoi nous la décrivons ici. C'est une île allongée dajis le sens de l'O. à l'E., et couverte de hautes montagnes dont la cime culminante, le mont Ida, atteint 2 500 mètres.

Elle était beaucoup plus prospère dans l'antiquité, grà-e ."i sa position intermédiaire entre la Grèce, la Pliénicie et l'Egypte. Au moyen âge, elle fut aussi, sous le nom de Ca/irfie, une des possessions les plus précieuses de Venise dans la Méditerranée. L'administration turque l'a ruinée, d'autant plus que sa population helléni(iue supporte plus impatiemment le joug ottoman. Les oliviers, les vignes pourraient y donner de superbes produits. Les orangers y réussissent également. Plusieurs autres espèces précieuses sont groupées chacune dans un canton particulier : ici les chênes à vallonnée, li les cyprès, ailleurs les caroubiers, puis les chênes verts, les pins pignons.

La capitale de l'Ile est /a Canèe.

Clisht. — Par sa latitude méridionale, par ses altitudes et ses expositions diverses, la Turquie est apte à réunir les productions les plus variées. Toutefois sa position avancée vers l'Orient, et le manque d'abris contre les vents descendus du pôle nord, rendent son nXimM continental. La mer Noire charrie des glaces pendant l'hiver, et il neige de temps en temps i Constantinople, sous la latitude de rSaples. En retour l'été y est fort chaud, et la fièvre règne dans les pays marécageux qui bordent le Danube ou le littoral de l'Archipel. La peste sévit parfois h Constantinople.

Géographie agricole et industrielle. — Ar/ricultare. — L'agriculture est dans un état déplorable en Turquie à cause du régime qui a longtemps

pesé sur le pays. La terre pourrait donner Qj tout presque sans effort, mais quel motif eût stimulé le zèle des laboureurs dans un pays où le fisc et les vexations des pachas los privaient presque ontiôrement du fruit de leurs peines?

Quoi qu'il en soit, la Roumanie, la Bulgarie, la vallée delà Maritza, la Thessalie sont d'excellentes terres à céréales, et les ports du Danube expédient, comme ceux de la mer Noire et la Hongrie, une partie des grains qui manquent .^ l'Europe occidentale. La Turquie est le pays du maïs ou hU de Turquie, qui entre en grande quantité dans l'alimentation locale. La Thrace renferme de véritables forêts de mûriers, qui servent à élever des versa soie dont les cocons sont expédiés aux filatures de France ou d'Italie. Le coton, le tabac, la garance réussissent i merveille dans la Macédoine. Los bords de la Maritza produisent d'excellents vins. Les côtes et les ilos de l'Archipel donnent, comme la Grèce, des olives et dos raisins, dont on pourrait tirer de meilleurs produits. On trouve en Roumanie de bons vignobles. La Serbie donne aussi des céréales, mais elle expédie surtout les porcs qui s'élèvent eji grands troupeaux dans ses forêts de chênes.

Le Monténégro et l'Albanie sont presque entièrement livrés au régime pastoral, le seul dont s'accommodent leurs belliqueux habitants, et ils approvisionnent Trieste et les côtes de l'Adriatique des moutons et des chèvres qui broutent sur leurs montagnes.

Industrie. — L'industrie est aussi très peu développée en Turquie. On y fabrique des armes, dos vêtements brodés, dos objets de sellerie, des bijoux, dont les Turcs, comme les Albanais, sont très fiers et aiment à se parer. La teinture en rouge d'Andrinoplo est réputée pour sa solidité, les tapis turcs pour leur moelleuse épaisseur. Mais il n'y a de grandes manufactures que près de Constantinople, de Salonique et de quelques grandes villes, et elles sont entre les mains d'étrangers. Grecs, Français, Italiens ou Anglais. Les minerais métalliques, très abondants en Serbie, en Roumanie ot en Macédoine, sont entièrement délaissés. Les fleuves de ce dernier pays roulaient des paillettes d'or, à ce que nous rapportent les auteurs de l'antiquité; on n'en recueille plus aujourdhui. Ailleurs on pourrait exploiter de l'argent, du plomb, du cuivre, du zinc, etc.

Commerce. — Cependant la Turquie fait avec le dehors un certain commerce. Les céréales en forment le principal élément, avec la soie, les laines, le tabac, les matières tinctoriales, le cotor. Les échanges s'opèrent dans des foires encorf très fréquentées, puis par les lignes régulières de navigation qui relient Constantinople avec les divers ports de la mer Nuire, los échelles du Levant, les ports de Grèce, de l'Atlriatique, et de la Méditerranée occidentale.

Chemins de fer. — Les chemins de fer com mencent aussi à sillonner la Turquie. Nous avons déjà parlé de ceux qui, partant de Salonique, doivent relier ce port avec l'Autriche, et des lignes qui rattachent Kustendjé et Varna, sur la mer Noire, à Tchernavoda et à Roustchouk, sur le Danube. Constantinople est rattachée à la ligne qui suit le cours de la Maritza depuis son embouchure, passe par Andrinople et remonte jusqu'aux défilés par où l'on pénètre dans la Bulgarie, près de Sophia. Cette ligne traversera sans doute bientôt la Serbie, et formera la voie la plus directe entre Constantinople et Belgrade. Elle projette au N. un embranchement qui se dirige vers les Balkans ot rattachera Constantinople et Andrinople à Roustchouk.

Mais c'est la Roumanie qui, de tous les États de la péninsule, olïre sous ce rapport la situation la plus avancée. Bukarest communique avec Giur-

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gévo, son escale sur le Danube. Cette même capitale est reliée par deux lignes avec la Hongrie: la première, traversant les Carpallies aux Portes de fer, se dirige sur Temesvar; la deuxième va îi Cronstadt en Transylvanie. Un autre chemin de fer partant de Bukarest se dirige sur Galatz vers le delta du Danube, et franchit le Pruth pour atteindre Kichenev, en Bessarabie, et Odessa. De Galatz, une autre branche traverse toute la Moldavie et se rattache par la Bukovine et la Galicie aux chemins de fer de l'Autriche, de la Pologne et de la Russie. Enfin cette même ligne projette i l'E. sur Jassy, capitale de la Moldavie, un embranchement qui traverse aussi le Pruth et atteint Bender et Odessa. C'est la voie la plus directe entre l'Europe occidentale et ce grand port. C'est une des plus rapides quand on part de Londres ou de Paris pour atteindre Constantinople.

Géographie politique. — Ethnographie. — La diversité des races qui habitent la péninsule des Balkans a préparé son morcellement politique pour le jour où leur maître commun ne serait plus assez fort, par lui-même ou par ses alliés, pour maintenir sa domination.

Ser/jes . — Au N.-O. de la péninsule, la Serbie, la Bosnie, l'Herzégovine, le Monténégro sont habités par des Serbes de race slave, comme les pays voisins de l'empire d'Autriche, la Croatie et l'Esclavonie. On évaluait le nombre de ces Serbes à 1 800 000 environ en IS78.

Roumains. — A l'E. des Serbes, sur la rive gauche du Danube, habitent les Houmains. Ceuxci, au nombre de 4 millions et demi dans les limites du royaume de Roumanie, formeraient un groupe compact deux fois aussi nombreux, si on comptait les Roumains de la Bessarabie russe et ceux de la Transylvanie autrichienne. 2 ou 300 0(10 autres Roumains sont disséminés dans le reste de la Turquie. Par leur nom, qui rappelle celui des anciens dominateurs du monde, par leur langue et leurs traditions, les Roumains sont un peuple latin, comme les Français, les Italiens et les Espagnols. Leur véritable origine est moins claire, et on ignore s'ils descendent des Daces civilisés par les Romains, ou de légionnaires conduits de Rome dans ces régions. En tous cas, le souvenir de Trajan est pour les Roumains une sorte de culte, et il n'est pas un ouvrage ancien de quelque importance, pont, aqueduc, forteresse, qui ne porte dans le pays le nom de ce grand ciupereur.

Bulgares. — Au centre de. la péninsule, au S. du Danube et sur les deux versants des Balkans, habitent les Bulgares, au nombre de 4 à ô millions. Bien dilTérents de leurs ancêtres partis des bords du Volga, qui étaient Touraniens comme les Finnois et les Tartares et ont laissé la réputation de sinistres ravageurs, les Bulgares se sont peu à peuslavisés, et aujourd'hui ils sont les travailleurs les plus robustes et les plus actifs de toute la Turquie. Ce sont les Bulgares qui font la moisson dans leur propre pays et chez leurs voisins.

Albanais. — Les Albanais, qui occupent les montagnes du S.-E. de la Turquie, appartiennent à cette race des anciens Pélasges qui peuplèrent la Grèce antique. Le métier des armes est celui qu'ils préfèrent, et ils vont en assez grand nombre servir, sous le nom à'Arnaules, dans les armées étrangères. Dans leur pays, ils se nomment Chkipétars ou gens des rocher.s, à cause des montagnes qui couvrent l'Albanie. Mais ils se divisent en deux branches rivales, se détestant l'une l'autre et sans cesse en hostilité : les Guègues, au N., et les Tosques au S. On compte plus de catholiques latins parmi les premiers, plus de catholiques grecs parmi les seconds. La majorité des Albanais s'est du reste convertie, au moins en apparence, i l'islamisme, pour jouir des avantages laissés par les Ottomans à leurs coreligion-

naires, Ils peuvent être en tout 1 million et demi.

Grecs. — C'est aussi le nombre des Grecs qui habitent surtout les ports du littoral de l'Archipel. Ils sont, en outre, 200 000 en Crète.

Les Grecs ont été longtemps très influents à Constantinople, dans le quartier du Phanar. Les Phanarioies étaient chargés par les sultans de l'administration des populations chrétiennes de l'empire, valaques ou autres.

Arméniens. — Les Arméniens partagent avec les Grecs le monopole du commerce et des afl'aires. Ils sont 400,000, dont la moitié habite Constantinople.

Turcs. ■ — Les vrais Ottomans ne sont que 1500 000 en Turquie, et ne forment de groupe un peu compact qu'entre le Danube, les Balkans et la mer Noire, i la hauteur de Roustchouk et de Varna.

Autres races diverses. — hOO 000 Jni fs , habitant surtout la Moldavie, 300 000 Tsiganes (en Valachie principalement), 100 000 Tcherkesses émigrés des contrées du Caucase depuis la conquête de leur pays par les Russes, 50 000 Frattcs (Français ou Italiens), complètent la population de la Turquie d'Europe, au point de vue ethnologique.

Religio7XS. — La plupart de ces habitants appartiennent aux diverses confessions de la religion grecque orientale, mais chacune des nationalités se rend de plus en plus indépendante du patriarche de Constantinople pour former une Eglise nationale. C'est sous cette forme que les Bulgares se sont tout d'abord groupés.

En dehors de la Roumanie, presque exclusivement peuplée par des Grecs orthodoxes, le resta de la Turquie comprend 7 millions de catholiques grecs ; 450 000 catholiques latins fournis par les Serbes, les Albanais, les Francs ; 400 000 catholiques arméniens, et 3 millions et demi de musulmans appartenant à la pure race turque, ou bien Seibes et Albanais convertis.

Division politique. — Depuis les derniers traités imposés à la Porte ottomane, la Roumanie forme un royaume indépendant, la Serbie et le Monténégro des principautés également indépendantes, la Bulgarie une principauté tributaire du sultan, la Roumélie orientale une province autonome, dont le gouverneur est nommé par le sultan, mais dont les habitants, en grande partie bulgares, jouissent de privilèges concédés à la demande des puissances, en attendant qu'ils soient réunis à leurs frères de race du versant nord des Balkans. La Bosnie eiï Herzégovine, i\ec le sandjak de Novi-Bazar, sont occupés militairement par les troupes austro-hongroises. Une partie de la Tliessalie et de l'Epire vieni d'être cédée à la Grèce. Il ne reste au sultan, comme possessions immédiates en Europe, qu'une bande de terrain bordant l'Archipel et s'étendant de la mer Noire à l'Adriatique.

Possessio7is immédiates du sultan. — Ces possessions, avant les cessions faites h la Grèce, étaient (y compris la Crète et les lies européennes de l'Archipelj d'une superficie de 180000 kil. carrés environ, et leur population approximative de 5 millions d'habitants. Elles comprennent, avec l'Albanie et la partie septentrionale de la Theasalie, ce qu'on nomme la Roumélie. Car, pour les Orientaux, le pays compris entre l'Archipel, les Balkans et la mer Noire est toujours le pays des Romains : c'est là que le croissant a définitivement triomphé de la croix et détruit l'empire romain par la conquête de Constantinople.

Malgré toutes les constitutions octroyées à ses sujets, le sultan est réellement souverain absolu; bien plus, pour les centaines de millions de musulmans qui habitent l'Asie et l'Afrique, le sul-

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lan, ou Grand Soisnpur, est le représentant de Dion sur la terre, et leur légitime cliof spirituel. Mais les ordres du sultan sont loin d'être partout exécutes, eu Albanie notamment, où les habitants presque constamment soulevés ne sont généralement domptés que grâce à leurs divisions intestines et en opposant les clans rivaux les uns aux autres.

Pour l'administration, les possessions immédiates du sultan forment en Europe 5 vilayets ou gouvernements généraux : Cunstantinople avec sa banlieue forme le I"'; puis viennent la Tbrace, chef-lieu Andrinople ; la Macédoine, chef-lieu Snlonique ; la Haute-Macédoine et l'Albanie septentrionale, chef-lieu Monastir; l'Epire et la Thessalie, chef-lieu Janina.

Ces divisions, toutes conventionnelles, ont du reste souvent changé.

On ne connaît pas exactement la population de Constantinopte. On l'évalue h GOO 000 âmes, dont un tiers de Turcs, des Arméniens en nombre à peu près égal, le reste composé de Grecs, de Francs et de représentants de tous les pays de l'Europe. Aux Turcs d'Europe se mélangent du reste des Égyptiens, des Syriaques, des Levantins •de toutes sortes, que le commerce ou un but religieux attirent dans la célèbre cité. Assise sur le Bosphore, partagée en deux par la baie de la Corne-d'Or, Constantinople est une des plus belles villes du monde. On en admire les palais, les mosquées avec leurs dômes et leurs minarets; la plus célèbre est l'ancienne église de Sainte- Sophie. L'oeil se promène avec délices sur les belles rives du Bospliore se développant en harmonieux contours, sur les voiles qui en sillonnent les eaux, sur les kiosques et les pavillons qui s'y reflètent et les arbres qui les couvrent de leurs ombrages.

Salû7iiqtie renferme 80 000 habitants, Andrinople 60 000, Prisrend, en Albanie, dans la haute vallée du Drin blanc, près de 50 000, Monastir, 40 000, Scutari, capitale de l'Albanie septentrionale, 35 000, et Janina, au sud de l'Albanie, 25 000.

Roumélie orientale. — La Roumélie orientale ne porte pas un nom en rapport avec sa situation géographique, mais on a sans doute voulu l'appeler Houniélie pour la séparer plus nettement de la Bulgarie à laquelle sa population la rattacherait. Elle est limitée au N. par la grande chaîne des Balkans, k 1 E., par la mer Noire. Elle s'appuie au Despoto-Dagh au S.-O., mais une limite conventionnelle, passant au N. d'Andrinople, la sépare au S. de la Roumélie turque. Plidi/ipopoli, sur la Maritza, capitale de la Roumélie orientale, est une ville de yOOOO habitants. Bourgas est le port principal de la province; Kaznnlik, sur la pente des Balkans, a la spécialité de cultiver une grande quantité de roses dont on fabrique une essence, objet d'un grand commerce.

La Roumélie orientale a une étendue de 35 000 kil. carrés et 800 000 habitants.

Bulgarie. — La Bulgarie est plus peuplée relativement que les pays précédents. On y compte près de 2 millions d'habitants sur C'iOiiO kil. de superficie. Elle est limitée, au N., par le Danube, depuis le confluent du Timok jusqu'à Silistrie, et par une ligne conventionnelle qui la sépare de la Dobroudja roumaine, depuis Silistrie jusqu'à Mangalia, sur la mer Noire; elle s'étend â l'E. jusqu'à la mer Nuire, au S., jusqu'aux Balkans ; elle comprend , au S.-O. , le haut bassin de Sophia et les sources de la Strouma, afnuent de 1 Archipel. Le Timok la| sépare à l'O. de la principauté de Serbie. Sop/tia, capitale de la Bulgarie, n'a que 20 000 habitants, de même que lirnova, l'ancienne capitale, et Varna, le principal port, Viddin, Sislova, Silistrie, qui se succèdent le long du Danube. Les villes les plus populeuses

sont Romtchùidc (25 000 habit.), sur le Danube, et Chounda, l'ancienne place d'armes de l'armée ottomane, entre Uoustchouk et Varna (40 000 hab.). La Bulgarie forme une principauté héréditaire et constitutionnelle sous la souveraineté de la Sublime-Porte. Le prince, élu par l'Assemblée nationale, vient de se faire corjférer des pouvoirs dictatoriaux, pour organiser cet État qui n'a encore fait qu'un usage bien court du régime parlementaire.

Provinces occupées par les Autrichiens. — La Bosnie est limitée au N. par la Save, à l'E. et à l'O. par ses deux affluents, la Drina et l'Unna. L'Herzégovine occupe le bassin de la Narenta. Le sandjak de Novi-Bazar forme un territoire allongé du N.-O. au S.-E., et resserré entre la Serbie et le Monténégro. Ces trois provinces réunies couvrent une superficie de C0 500 kil. carrés et renferment 1 .300 000 habitants. Sérnjevo, la capitale de la Bosnie , est une ville de 50 000 habitants ; Mostar, en Herzégovine, en compte M 000.

C'est en Herzégovine qu'a commencé en 1875 le premier soulèvement dont les conséquences, en se déroulant successivement, ont amené l'état aciuel de la péninsule.

Monténégro. — Le Monténégro ne formait jusqu'à la dernière guerre qu'un État composé de vallées en cuvettes, comme les alvéoles d'une ruche d'abeilles, et sans communication avec l'extérieur. C'est en grande partie pour se créer un débouché vers la mer que les Monténégrins ont soutenu presque constamment des luttes qui ont rendu leur caractère plus belliqueux que celui des Serbes, leurs frères de race. Aujourd'hui enfin, ils ont leurs ports de mer, et leur territoire, fortement agrandi, s'étend sur 9 500 kilom. carrés, peuplés de 250 000 habitants. Les principales localités, telles que Celtigne, résidence du prince et du Sénat, ne sont que des villages; Podgoritza, ancienne place forte de l'Albanie, récemment cédée au Monténégro, est une ville de 6 000 habitants.

Serbie. — La Serbie forme une principauté indépendante depuis le traité de Berlin, en 1878. Elle est soumise au régime parlementaire et le suffrage y est à peu près universel. Sous ce rapport, c'est, de tous les Etats de la péninsule, celui qui se rapproche le plus de la constitution de notre pays. Agrandie par le môme traité de Berlin, la Serbie couvre maintenant près de 50,000 kilomètres carrés, peuplés de 1,70(1,000 habitantsenviron. Belgrade, sa capitale, en renferme 30,0li0. Sémendria est ensuite le port le plus important de la principauté sur le Danube. Dans le haut bassin de la Morava, la Serbie a récemment acquis l'importante ville de Nissa.

Roumanie. — La Roumanie a été formée, il y a vingt-cinq ans, parla réunion des deux principautés de Valachie et de Moldavie. Déclarée indépendante au traité de Berlin, elle est devenue, depuis peu, un royaume. C'est, de toute la péninsule, l'Etat où la population spécifique est le plus dense (41 habitants par kilomètre carré), en tout 5 400 000 habitants sur KlOOdO kilomètres carrés. La Roumanie fait, Ju reste, des progrès rapides. Pays essentiellement agricole, elle expédie chaque année pour 100 ou 200 millions de blé. Son exportation a doublé en dix ans. Elle pourrait en outre fournir du vin, des métaux, du pétrole à peine exploité jusqu'ici. Les pêcheries du Danube sont riches en esturgeons.

Le roi de Roumanie gouverne avec deux cliambres, non pas résultant du suffrage universel, mais choisies surtout par les propriétaires. Bukarest, la capitale, n'était naguère qu'un grand village ; aujourd'hui, elle est en train de devenir une vraie capitale; sa population est de 250 OUO habitants

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environ. Jassy, la capitale de la Moldavie, a un aspect plus oriental ; elle renferme 90 001) habitants. Giiliitz f80 001) habitants), Braïl>i (30 0110 habitantsl, doivent leur importance à leur commerce par le Danube.

Possessinyts des Turcs hurs île l'Europe. — VAsie Mineure, YAnatolie, une partie de l'Arménie, la Syrie, les pays du Tigre et de VEupkrate appartiennent nominalement au sultan. Bien des peuples nomades, comme les Kurdes, y vivent réellement indépendants. La France exerce une sorte de protectorat sur les chrétiens de Syrie. L'Angleterre s'est fait déclarer protectrice de toutes les possessions ottomanes en Asie, pour arrêter de ce coté les progrès des Russes ; elle est entrée en possession de Chypre pour occuper cette forte position i l'extrémité de la Méditerranée. Le khédive ou vice-roi d'Egypte est aussi censé dépendre du sultan avec toutes ses possessions; cette suzeraineté s'est affirmée par l'emploi de troupes égyptiennes dans les armées ottomanes petidant. la dernière guerre, et par la déposition du dernier kliédive. VHediaz et YYèmcti, sur la cùte occidentale de l'Arabie, le Lalisa, à l'E. de cette péninsule, sont considérés comme possessions turques. Tripoli, au nord de l'Afrique, est aussi un vilayetturc. et, tout dernièrement, le sultan revendiquait aussi la suzeraineté de Tunis, non admise par la France. On voit que toutes ces possessions sont plus nominales que réelles, [G. Meissas ]

TimOUIE (HiSTOinE). — Histoire générale, XX- XXVI, XXXI V. — Origine des Turcs. — Nous ne savons rien de bien précis sur les origines des Turcs. Descendent-ils des Targitaos d Hérodote ou des Togharma de l'Ecriture? Se sont-ils confondus jadis avec les Scythes ou avec les Partîtes ? Képondent-ils aux peuples que les Byzantins ont désignés parfois sous le nom d'Ougres(Oiiigours de Klaproth)? Toutes ces questions restent encore irrésolues. Il parait certain cependant que dans une antiquité très haute les Turcs quittèrent les régions montagneuses de l'Altai pour se fixer dans les plaines que nous appelons Turkostan, et que les anciens Perses ont appelées Touran. Etablis au N. de l'Iran, ces peuples nomades entrèrent en lutte contre les peuples aryens du midi, qui s'adonnaietit à l'agriculture. C'est au milieu de ces luttes fort obscures que les tribus turques grandirent, se fortifièrent, et finirent par former trois groupes principaux : Oghouzes, Seldjoukides et Osmanlis ou Ottomans. C'est surtout ce dernier peuple qu'on désigne en Occident sous le nom de Turcs.

1° Les Oghoti:es,établis entre le Sihoun et l'A mou- Daria, luttèrent longtemps contre les Sassanides de Perse. Ils ne se convertirent à l'Islam que dans le courant du x' siècle. Plus tard ils abandonnèrentleurs cantonnements primitifs. LeklianBoghra domina Kashgar et Bokhara (vers !l9!i). Mais, un demi-siècle après, cette famille de khans Oghouzes se fondait dans celle des khans Seldjoukides.

2° Les Sel ijoukid''s se sont de bonne heure convertis à l'Islam. Soldats redoutables, ils formaient fréquemment la garde des khalifes, si tùt jrnpuissants, de Bagdad. Pendant près de trois siècles, ce peuple, conservateur des anciens usages et attaché d'une façon très étroite et très profonde aux pratiques musulmanes, resta soumis à cinq dynasties établies à Fars, Kerman, Damas, Alep et Roum. Le représentant le plus célèbre de cette race fut Togrul-Beg (xi" siècle). Il fut proclamé par le khalife " protecteur des musulmans » et maiire absolu des pays sur lesquels s'étendait sa domination. Son successeur, Alp Arslan, fut un conquérant et un organisateur ; il s'empara de Césarée, de l'Arménie, de la Phrygie, où il fit prisonnier l'empereur byzantin Romain Diogène. A la mort d'Alp-Arslan (1072)

l'empire seldjoukide s'étendait de la Caspienne à la Méditerranée et de la Kazarie à l'Yénien . Des écoles avaient été fondées à Ispahan, Nischabur, Balk, Hérat, Bagdad, Mossoul.

Cet empire était trop étendu et renfermait des peuples trop divers pour pouvoir subsister longtemps. Avec Malek-Shah, les désordres commencèrent. Après Sandjar, le dernier des fils de Malek (xii' siècle), l'empire fut partagé entre les princes des Gliourides, du Khovaresm, et des Atabeks. Les querelles intestines, les longues luttes contre les croisés d'Occident, les invasions des Mogols conduits par Djengiz-Khan et Holakou, détruisirent en Asie Mineure la puissance des Seldjoukides. Leur dynastie royale s'éteignit en 13u7, et l'empire se morcela en une dizaine de petits Etats, qui ont définitivement disparu au xiv« siècle.

3" Les Osmanlis. — Les débuts des Osmanlis avaient été modestes. Dans les premières années du XIII' siècle, un khan des Oghouzes, du nom de Soliman, poussé en avant par les cavaliers de Djengiz-Khan, s'était établi en Arméiiie, près d'Erzendjan. En 1231, après la mort de Djengiz, la tribu de Soliman reprit le chemin de sa patrie. Près du château de Djaber, sur l'Euphrate, Soliman mourut. Son filsOrtogruI s'établit dans le Sourmel- Tschoukour (région d'Erzeroum). Plus tard, il reçut d'un sultan seldjoukide la région de l'Ermeni- Dagh, qui domine la vallée du Sakariah ; chef mercenaire à la solde' dos Seldjoukides. adversaire des Grecs auxquels il enleva Karadjahissar, Ortogrul reçut en récompense de ses services le district d'Eskischer iDouglée), qui prit le nom de Sultan-OEni.

Les Orientaux ont volontiers embelli de légendes cette histoire primitive des Osmanlis. Ortogrul avait une fois passé la nuit à lire lo Coran, lorsque devant lui se dressa un inconnu aux formes divines : « Puisque tu as lu avec tant de zèle ma parole éternelle, dit l'apparition, tes enfants elles enfants de tes enfants seront honorés de génération en génération. nOsman, fils d'Ortogrul, eut aussi un songe miraculeux. Après avoir épousé la belle Malkatoum, il rêva que de son nombril sortait un arbre gigantesque, dont les rameaux verdoyants abritaient des plaines immenses aux riches moissons, des montagnes ans sommets élevés, des mers chargées de navires, des villes innombrables aux minarets dorés. Les fils d'Osman, maîtres de l'Asie Mineure, de la mer Noire, du Bosphore et des Balkans, construisant leur sérail auprès des minarets sacrés de Sainte-Sophie, ont réalisé le rêve grandiose de leur ancêtre.

En 1289, Osman reçoit les insignes du principat, un drapeau, une timbale, une queue de cheval ; bientôt il fait dire la prière en son nom, et s'accorde à lui-même le (Iroit de battre monnaie. Il bat les Grecs à Nicomédie (I3li|). C'est le temps où tombe le pouvoir des Seldjoukides : les Osmanlis en sont les héritiers naturels. Sous Orklian (1326-1300), ils s'emparent de Brousse, de Nicée, de Chio : du rivage asiatique du Bosphore, ils contemplent l'Europe qui les attire, Constantinople, cette seconde Rome, qui fascine les sultans ambitieux. En 13li7, ils débarquent en Thrace, et bientôt on compte di.xsept invasions dans ce riche pays 1 L'Asie Mineure, assouplie par vingt siècles de profonde servitude, se soumettra sans peine aux Osmanlis. Mais l'Enropo ne fera-t-elle anr.iine résistance'?

Formation de l'empire des Osmanlis en Europe au XIV" et au X'V" siècle. — Le nouvel ennemi qui allait continuer sur la terre d'Europe l'histoire lamentable dos invasions, paraissait autrement redoutable que les Slaves de Serbie, les Magyars de Hongrie ou les Huns du Kaptchak. Pendant plus d'un siècle, les Ottomans ont à leur

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tôtB à(>.s sultans fort remarquables, à la fois lù^islaleurs Rt soldats. Orklian n'est pas seulement un général lioureux : on l'a appelé avec raison le Numa (les Orientaux. Il organise le gouvernement dont le siillan sera désormais le chef absolu. Les idées si profondomentreligieuses de llslam, mêlées h l'esprit militaire, avaient jadis donné aux Arabes une vigueur inattendue. Ces deux sentiments sont de nouveau confondus et exaltés. Rien de plus mystique ni de plus conforme aux idées orientales que l'organisation politique des Osmanlis au xiV siècle. L'Etat, désigné sous le nom de Porte, est figuré comme une tente, qui repose sur quatre colonnes. La première comprend les vizirs (ministres), kadiaskers (juges d'armée), deftordars (agents en chef des finances), et nischandgis (secrétaires de l'Etat) ; la deuxième se compose dfS agas de l'armée ; la troisième, des agas de la cour ; la quatrième, dos ulémas on légistes. L'armée, très fortement constituée, comprend les limarliou timariots, sorte de cavalerie féodale, les ?ipahi ou spahis, cavaliers armes de la lance, les janissaires (yeni-tcheni, nouveaux soldats) qui vont épouvanter l'Europe. L'ambassadeur Busbeck Cwi' siècle) parlera plus tard avec éloge de la discipline sévère de cette infanterie, des casernes semblables à des couvents, où le janissaire mène une existence sévère, partagée entre la prière et l'exercice des armes. Détail étrange : ces janissaires étaient le plus souvent recrutés parmi les enfants enlevés à la guerre, et convertis violemment à l'Islam ! La force de l'empire, selon la remarque de l'ambassadeur vénitien Barbare, a reposé sur « des esclaves mahométans nés dans la foi chrétienne. » Pendant longtemps, l'infanterie turque n'a eu qu'une rivale, l'infanterie suisse, qui s'est formée Ma même époque.

En face de cet organisme politique très simple, pouvant facilement s'implanter dans n'importe quel pays; en face de cette armée si redoutable, l'Europe était absolument h découvert. La presqu'île des Balkans, au S. du bas Danube, avec ses hautes montagnes et ses vallées profondes, est comme un bastion avancé et un boulevard inexpugnable de l'Europe vers l'Orient. Mais rien ne pourrait donner la mesure du désordre qui désolait ce malheureux pays. Là se pressaient des populations d'origines diverses, Slaves, Valaques, Albanais, Bulgares, etc. Les uns étaient venus poussés par des mouvements inconnus de peuples; d'autres, on ne sait par quels marchés bizarres, avaient été transplantés par les empereursmêmes sur le territoire de l'empire byzantin : tels ces 14,0110 Turcs que l'empereur Théophile avait transportés en Macédoine. Chacun de ces peuples visait à rompre les liens, très relâchés d'ailleurs, qui le rattachaient à l'Empire. Le plus souvent le succès couronnait leurs efl'orts. Ainsi s'étaient formés les États barbares de Bulgarie, Grande Valacliie, Croatie, Serbie, hier tributaires, aujourd'hui alliés, demain adversaires victorieux de l'empereur. Après deux siècles d'empiétements tour à tour bruyants et silencieux, ils avaient comme mangé les terres de l'Empire. Au xvi' siècle, l'empereur n'était obéi qu'à Sélymbrie, Héraclée et Salonique! Consiantinoplo était devenue frontière.

Tous ces peuples unis auraient eu grand'peine à résister aux Turcs. Mais ils ne pouvaient pas être unis. La religion avait élevé entre eux des barrières infranchissables. Les orthodoxes grecs exécraient les catholiques latins, assez nombreux, surtout en Albanie. Les scènes scandaleuses qui éclatèrent au concile de Fcrrarc (1438) montrent assez que l'accord était impossible.

Enfin, une sorte de fatalité semblait peser sur cette population « byzantine » qui finissait par n'avoir plus de grec que le nom. Le pressenti-

ment confus d'une chute irrémédiable travaillait le peuple de Constantinople. Des légendes sinistres annonçaient partout la chute de 1 Empire. Les peuples (|ui se croient perdus sont des peuples condamnés.

L'empire byzantin a cessé d'exister cent ans avant la chute de Constantinople. En 13.')!), l'occupation d'Andrinoplo et du bassin de la Maritza par lo sultan Mourad I" décidait militairement la lutte en faveur des Ottomans. L'occupation des Balkans, la conquête des pays danubiens, Bulgarie ef Bosnie, n'étaient plus qu'une question de temps. Les princes d'origine slave sentirent quel danger les menaçait; il n'était plus temps. Écrasés à Kossovo (1389), ils assistèrent impuissants à la conquête de l'Atiique et do l'Eubée sousBajazetI", à la défaite des Occidentaux à Nicopolis (1394). Le sultan devenait le protecteur des empereurs, comme il l'avait jadis été du khalife. Jamais prince Osmanli n'avait été plus puissant que Bajazet. (I L'arbre de sa fortune, écrit le byzantin Ducas, rompait sous les fruits qui naissaient chaque jour au citant varié des oiseaux. >, L'arrivée des Mogols de Timour, l'invasion de l'Asie Mineure, le coup de foudre d'Angora (140'2), la captivité du sultan, compromirent un instant la puissance ottomane. Mais les orages passent vite dans les pays d'Orient. Timour périt en I40j; ses trente-sept fils ou petits-fils émiettèrent son empire. Les princes Osmanlis reprirent courage. Mourad II osa assiéger Constantinople (l-iï2); huit ans plus tard il prit Salonique. Les avant-postes turcs menaçaient désormais la Corne-d'Or.

Deux hommes luttèrent alors contre les Ottomans, Hunyad et Scanderbcg (Georges Casti-iote). L'un était Hongrois, l'autre Albanais. Leurs intérêts étaient divers; le seul point commun de leur politique était leur ambition passionnée et exclusive. Il ne faut donc pas voir dans ces deux hommes des défenseurs ardents de l'indépendance nationale. Ils n'étaient pas davantage de farouches adversaires des Turcs. Scanderbeg avait longtemps vécu parmi eux; il ne vit jamais dans sa belle résistance de Croia qu'un moyen d'arracher au sultan le titre tant désiré de prince d'Emathie. Les succès de Scanderbeg n'eurent pour résultat que l'indépendance du Monténégro. Pendant la « longue campagne » de Bulgarie, avant comme après Varna(1444), où il fut écrasé, Hunyad no songea jamais à fermer aux Ottomans le chemin de Constantinople. Un officier hongrois pointa, dit-on, le premier cajion sur la ville. Iluiiyad a pu songer sérieusetnent à fonder un royaume danubien. Il ne pouvait le faire sans l'assentiment, et, au besoin, sans l'alliance des Turcs.

Les Turcs entrèrent à Constantinople en 1453. Cet événement était prévu depuis longtemps en Orient. Parmi les chrétiens, beaucoup étaient favorables aux Ottomans qui furent, on ce temps surtout, moins durs qu'on ne pourrait le croire. Les Grecs, astreints seulement à payer le charaz, ou tribut de vie, restèrent volontiers dans les grandes villes, où ils continuèrent à s'enrichir par le commerce. Le sultan Mahomet II avait eu soin d'assurer par un firman leurs privilèges religieux. En général, les questions de politiiiue locale furent traitées par les Turcs sans passion et avec libéralisme.

Mais leur présence h Constantinople introduisait dans la politique de l'Europe des questions nouvelles et terriblement compliquées. Les maîtres de Constantinople ont toujours voulu posséder aussi la presqu'île tout entière, et, sur larive droite du Danube, la région que les Romains avaientjadis colonisée sous le nom de Dacie. La Roumanie est, logiquement, le boulevard avancé de la presqu'île des Balkans, car un fleuve n'est jamais pour une

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armi'e un olistacli? de preraio.r ordre. La conr|u6te do l.-i V;ilaclii(! (,1402) et de la Bosnie ( I iOÎJ furent les ronséquences do la prise de Constantinopic.

],'l'Aii'i)po, i son tour, admettrait-elle la formalion, violente après tout, d'un grand État, et d'un Élat musulman ? La religion et la polilique étaient également intéressées. Le pape Pie II dut renoncer Ji la crois.-ide qu'il rêvait (14(14). L'empereur Frédéric III ne fut pas plus heureux. Les Allemands le pourchassaient de ville en ville; la Hongrie obéissait Ji Mathias Corvin, la Bohème il Podiebrad. Les doux mondes germanique et slave étaient en travail de révolution. Les Turcs en profitèrent : dans l'Archipel, ils s'étaient heurtés aux Vénitiens. Pour les atteindre plus sûrement, ils envahissent la Carinthie, la Styrio, la Carniole, le Frioul (1477). Do la mer Noire au fond de l'Adriatique on se bat, on Hongrie (1479), à Otrantc (1480), h Rhodes, où les Turcs sont repoussés (1181) la dernière année du règne de Mahomet II. La Bessarabie et la Croatie sont occupées (I481-l48();, puis Lépante, Coron, Modon, enlevées aux Vénitiens (14i)9). Dans le même temps les guerres d'Ilalic mettaient aux prises les grandes nations de l'Occident. Les lieureux successeurs d'Osman avaient délinilivoment pris piod en Europe.

Apogée de la puissance musulmane au XVI* siècle. La Porte entre dans le concert européen. — Deux séries de faits parallèles ont concouru à la grandeur des Ottomans au xvi" siècle. Par leur forte organisation militaire, ils ont pu tenir en échec l'Kurope clirélienne. Do plus ils ont solidement otiibli leur domination en Asie et en Afrique, dans des pays où l'Islam comptait déji de nombreux adeptes. Ces régions orientales furent pour les sultans comme des réservoirs d'hommes, où l'on put largement puiser des armées dévouées jusqu'au fanatisme. Los guerres de Hongrie auî'aieiit été impossibles sans la conquête définitive do l'Asie Mineur

ger (1534), de Chypre sous Sélim II (1,170), donnait aux Turcs l'empire de la Méditerranée orientale. La bataille de Lépante ,'gagnée par les Espagnols, mit brusquement un terme à ces succès incessants (1571). Mais, contenus sur mer, les Turcs no continuèrent pas moins l'occupation systématique des pays danubiens. Ils organisaient la Bosnie et les territoires au delà de l'Unna (1579), affermissaient leur autorité dans la Moldo-Valacliie (1538, 1574- 1594), et prétendaient même imposer au roi de Pologne Sigismond l'obligation de payer tribut (1588)1 En Hongrie, profitant des troubles qui précédèrent la guerre de Trente ans, ils intervenaient sans mesure dans les luttes dos partis. En Transylvanie, ils soutenaient tantôt Bathory, qu'ils appelaient cependant le u roi fou », tantôt Bethicn Gabor. Le traité de Sitvatorok, signé en 1G06 avec l'empire Allemand, ne ramena pas la Porte à une saine appréciation de la situation çolitique. Le muphti refusa toute sanction à ce traité par lequel les Turcs renonçaient à intervenir dans la Transylvanie et dans la Hongrie. Une période nouvelle allait commencer dans l'histoire des Ottomans.

Origine de la question d'Orient. Démêlés des Ottomans avec les Autrichiens, les Polonais et les Russes. — La prrsq'.i'îli^ des llalkans est, gOOgraphiquement, mal conformée. De trois eûtes, la mer lui donne des limites naturelles. Mais vers le IV. O., la Save et la Drave, affluents du Danube, sont de grands chemins ouverts au cœur do l'Allemagne méridionale. Au N.-E. du Danube s'étendent des plaines basses que rien ne sépare des steppes de Russie et de Pologne; enfermée dans un quadrilatère de montagnes, la Transylvanie, vers rO., est comme un réduit fortifié de la Moldo-Valacliie ; Klausenburg et Hermanstadt sont les postes avancés de Bucharest. Où linit donc la presqu'île des Balkans'? Question délicate que les Turcs voulurent résoudre à leur profit. Enfin dans ces pays ouverts vivent des peuples

Il faut considérer en outre que l'établissement d'origines très diverses. Magyars, parents des

de la puissance ottomane dans les lieux consacrés par la mémoire du prophète ou par les souvenirs des premiers temps de l'Islam devait apporter au sultanat une force nouvelle. Après la défaite des Mamelouks à Alop (1517), à Gaza (1518) et au Oiire, le Soudan d'Egypte, dernier successeur des khalifes, transmit au sultan Séliin 1'^' le titre d'Imam et l'étendard du Prophète. Celte transmission de l'autorité religieuse au plus grand souverain du monde musulman est un fait très considérable. Entre Constantinople et les croyants orthodoxes se nouèrent des liens que le temps a encore res- .serrés. Dieu semblait bénir son nouveau lieutenant, vainqueur des Persans schism.atiquos Ji 'l'auris (1514), maître de la Syrie, do l'ÉgypK!, de l'Arabie et de la Mecque (1518-1519).

Ce fut alors un moment solennel dans l'histoire des musulmans. Tous les peuples orthodoxes, quelle que fût leur origine, se confondirent dans une même foi politique et religieusoi Arabes et Turcs, Syriens et Africains concoururent avec une ardeur égale b. élever le triple édifice militaire, politique et littéraire auquel Soliman II, le Miii/iitfiquc, le Léfjisliitcar, le Conquérant, a attaché son nom. Maîtres de Belgrade (15'i I ), les 'furcs menacent le bassin moyen du Danube ; ils envahisstMit la Hongrie, et interviennent pour longtemps dans les alïaircs de ce pays (Mohacz 15'JG, Eszeck I5:t(;, ISudc, 1541). Adversaire de Charles-Quint, le sultan conclut avec la Eranco les capitulations fameuses i]ui somhlcnt donner aux Turcs droit de cité en Europe (1535, 154S, 1554). A Toulon et à Naplcs, à ces dernières dates, les flottes francoturques unissent leurs pavillons 1 La Turquie devient en efl'et une grande puissance maritime. La prise doUhodos (15'r.'), de Tunis, de Tripoli etd'Al-

Turcs, Roumains, Slaves, Allemands, Russes, Tatars, tous gens profondément divisés par la race, la religion, la langue, indifTérents d'ailleurs au gouvernemc'nt qui les régira, mais toujours mal disposés pour le gouvernement qui les régit. Au xvii" siècle, le peuple qui voulait vraiment dominer la presqu'île des Balkans devait étendre au moins sa suzeraineté sur l'Autriche-Hongrie, la Pologne, la Russie. C'était une œuvre surhumaine. Elle a tenté les Turcs. Elle les a tués aussi, car la guerre appelle la guerre, et les Ottninans, môme soutenus par les Magyars, ne peuvent pas tenir tète aux masses innombrables du monde slave et germanique.

La question d'Orient est arrivée à l'état aigu le jour où monta au pouvoir le premier des Kiuperli, cette héroïque famille de vizirs qui ont présidé pendant un demi-siècle aux destinées de l'empire Ottoman (1056). Une guerre maritime contre Venise fut énergiquemeut conduite. Le 15 septembre 1604, Ahmed Kiuperli fit proclamer dans le camp turc Michel Apaifi prince de Transylvanie. Alors commence une guerre qui n'est pas encore terminée aujourd'hui. La double intervention de la France i Saint-Gothard (ICtii) et à Candie (IG69) n'arrêta point les Turcs. Profitant des embarras que causaient i l'empereur Léopold les troubles de Hongrie, ils se jettent sur la Pologne, énergiquement défendue par Jean Sobieski (paix de Suravno, 1676). Mais ces guerres dans un pays éloigné étaient impopulaires. Le divan préférait la lutte contre l'Autriche, et la France encourageait ces desseins belliqueux. Dans l'année 1681, une coalition générale unit aux Turcs contre Loopold les Transylvains, Moldaves, Valaques et les Cosaques do l'Ukraine. C'était le temps où Louis XIV

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opérait ses conquêtes en pleine paix. Jamais l'Empire n'avait ct6 plus sérieusement menacd. Le Hongrois Tekcli soulevait ses compatriotes et publiait son célèbre pamphlet, les Cent griefs des Bonijrois contre les Allemanils. Il écrivait sur son drapeau o Diou et Patrie », et il Pest opérait sa jonction avec Ibraliim-Pacliii. L'émoi était grand en Allemagne. Louis MV faisait le blocus de Luxembourg, il avait organisé des camps en Alsace, sur la Sarre, en Flandre et sur la Saône. K Nous avons deux ennemis irréconciliables, écriton alors en Allemagne, les Turcs d'uji côté et la France de l'autre; l'un est le bourreau, l'autre la torture. >■ Et ailleurs : « Prions Dieu du fond de notre âme qu'il veuille bénir les armes do l'empereur et de ses alliés, et que par sa bonne et grande miséricorde il lui plaise d'exiirper et chasser le Grand Turc de devant Vienne et ailleurs, et aussi de délivrer notre pays du petit Turc français qui nous saccage et nous ruine par le fer et par le fu! » [La cour de France lurhaniscc, brochure.! Jean Sobieski sauva Vienne assiégée par Kara-Mustapha llUsS). Sauver les Habsbourg, n'était-ce pas pour un Polonais de l'imprudence plus encore que de la générosité?

Les graves complicalions qui surgissaient alors dans l'Occident (guerre de la ligue d'Augsbourg. succession d'Espagne) laissaient les Ottomans livrés à eux-mêmes. Ils furent battus à Mohacz par les Autrichiens, à Navarin par les Vénitiens (IG87). Tekeli fut expulsé de la Hongrie, qu'on noya dans le sang. La bataille de Slankemen, où fut tué le dernier des grands Kiuperli, consomma la défaite des Turcs. Ils restaient pourtant pleins de courage, lorsque, après la mort d'Ahmed II (lfi95), le sultan Mustapha II publia son hattichérif laconique : « Je persiste i marcher! » Mais toutes les puissances voisines. Polonais, Russes avec Pierre le Grand, Autrichiens avec le prince Eugène, accouraient à la curée. Après la bataille de Zeuta (1G97) et la prise d'Azov par les PiUsses, il fallut traiter. On signa alors le traité de Carlovitz ^1008-99). L'Autriche recouvrait la Transylvanie, donnée i Michel II Apaffi, Venise obtenait le statu quo dans l'Archipel, la Pologne gardait Kaminiec, et la Russie Azov.

Les Ottomans comptaient désormais un ennemi de plus, les Russes, qui voulaient occuper lescôtes de la mer Noire, et qui dcji tournaient leurs regards vers le Danube. Dés 17In, Pierre le Grand signait avec Cantemir, hospodar de Valachie, le traité de Sluzk, qui mettait ce prince sous la protection de la Russie. La guerre était inévitable ; Charles XII do Suède poussait le divan à la déclarer : elle aboutit à la défaite des Russes à Falczi (l'Ili. Pierre le Grand, fait prisonnier, recouvra la liberté en rendant Azov, en rasant les forteresses du Don, et en renonçant à toute suzeraineté sur les Cosaques.

Cette guerre est à peine finie, que la Porte recommence la lutte contre Venise, dont l'attitude dans l'Archipel manquait de correction (1714). En Occident, la guerre d'Espagne éiait terminée. La cour de Vienne fit aussitôt cause commune avec les Vénitiens. Écrasés à Peterwardin (1716), à Belgrade (1717), les Turcs signent le traité de Passarovitz (1718). Ils rendaient à l'Autrichç Belgrade et Teniesvar, et laissaient à la Moldo-Valachie une indépendance à peu près complète. C'était assurément un grand succès pour la maison de Habsbourg.

L'opinion se répandit désormais en Europe que la "l'urquie, tombée dans une décadence complète, était une proie offerte au plus cynique ou au plus audacieux. Pour des prétextes futiles, la Russie, qui convoitait la Crimée, déclare la guerre à la Porte (1736). Les Autrichiens se joignirent aux Russes. Mais la campagne fut fort dure. Les

Autrichiens furent honteusement battus en Valachie, les généraux russes furent obliges de décimi^r leurs soldats épouvantés du courage héroïque des Turcs. Grâce k l'intervention de l'ambassadeur français, la paix fut signée à Belgrade (17-39). L'Autriche restituait cette ville, et la Save devait servir de frontière entre l'Empire et la Porte. La ville d'.\zov éiait démantelée, mais la Turquie ne maintenait plus un article important du traité de 1711j qui interdisait aux Russes d'intervenir en Pologne.

Ce traité était désastreux pour les Autrichiens, mais il laissait intactes les prétentions des Russes. La politique française manquait décidément de prévoyance. Loin tl'arrôter l'extension trop rapide de la Russie et de la Prusse, elle abandonnait aux uns la Suède (1721, 1743), aux autres la Pologne, sans prévoir que la ruine de ces deux États entraînerait fatalement la ruine de 1 empire Ottoman. D'ailleurs dans les cours occidentales on avait en général des idées peu justes sur les graves problèmes qui s'agitaient alors dans l'Europe orientale. Le ministre français Choiseul refusait de croire à la vitalité et à l'avenir des <> Moscoviies » ; d'autre part il s'exagérait singulièrement la puissance de la Turquie, affaiblie par deux siècles de luttes et par un gouvernement essentiellement stationnaire, qui n'avait fait aucun progrès sérieux de])Uis deux cents ans. En I7GS, la Franco poussa la Turquie k la guerre, sans se préoccuper de rt-ntenle secrète qui unissait déjà les cabinets de Saint-Pétersbourg, de Vienne et de Eeilin. Les Russes battirent les Turcs à Choczim, à Azov (1709), àBender et àTchesmé (1770) ; la Crimée était envahie, l'Albanie et la Grèce s'agitaient ; enfin, aux débuts du règne d'Abdul Hamid, les Turcs étaient obliges de signer le traité de Kaïnardji (1774). La Porte reconnaissait l'indépendance des Petits Tatars, ouvrait au commerce russe les mers de l'empire Ottoman, et acceptait le protectorat de la Russie sur les chrétiens de Moldavie et de Valachie. C'était le prélude du démembrement de l'empire.

Désormais l'Autriche seule pouvait s'opposer aux desseins ambitieux de la Russie. Mais Joseph II s'était empressé de faire alliance avec l'impératrice Catlierine, qui promettait à ce rêveur Rome et l'Italie, si on abandonnait aux Russes Constantinoplo et la Grèce ! La Crimée fut envahie et annexée ;\ l'empire Russe (17S3-17SÔ). Le Divan éleva des protestations qui ne furent entendues que de la Suède, réduite Inentôt à l'impuissance (traité de Varéla, 179U). Malgré leur énergie, les Turcs furent partout battus, à Fokczani parles Austro-Russes (1789), sur le Danube par les Russes, à (ielgrade et à Rukarcst par les Autrichiens. L'Angleterre et la Prusse s'émurent enfin. On profita de la mort du belliqueux Joseph II (17901 pour faire signer à Léopold le traité de Sistovo. Les Autrichiens rendirent Belgrade et toutes leurs conquêtes. Quant à la Russie, elle ne consentit à traiter que deux ans plus tard à Jassy (179.'). Elle gardait Oksakov et le territoire compris outre le Bug et le Dniestr, où grandit bientôt l'importante ville d'Odessa. Les Russes tenaient désormais la Bessarabie. Maîtres de la mer d'Azov, de la Crimée et de tout le territoire jusqu'à la région danubienne, allaient-ils devenir enfin les suzerains absolus de lamer Noire ?

En résumé, à la fin du xviii= siècle, la Turquie n'avait été sérieusement entamée que par les Russes ; encore gardait-elle comme position avancée au delà du Danube laMoldavie et la Valachie. En face de l'Autriche elle gardait sa bonne frontière de Croatie et de Serbie, suffisamment défendue par le fossé de la Save, la citadelle de Belgrade et les montagnes escarpées de Bosnie et d'Herzégovine. Mais les plus grands dangers al-

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laient venir désormais moins du dehors que de l'intérieur de l'empire. Les Turcs avaient constamment respecté les coutumes, la langue, la religion des naiionalités sujettes. Ces nationalités resteraient-elles éternellement muettes, alors qu'un souffle puissant de patriotisme et de liberté passait sur la vieille Europe et la précipitait vers des destinées nouvelles?

Affaiblissement progressif de la Turquie au XIX» siècle. — La question d'Orient actuelle et le traité de Berlin. - On voit par les détails qui précèdent que U « question d'Orient » est bien antérieure au XL'i" siècle. Mais, au siècle dernier, elle était peu compliquée. Elle ne s'agitait sérieusement qu'entre la Turquie d'une part, l'Autriche et la Russie de l'autre. Les événemenls qui se sont accomplis depuis ce temps ont si bien confondu les intérêts des divers Ëtats, que de local le débat est devenu européen. La France, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie même ont cru devoir intervenir. Entin les natiojialités si longtemps assujetties se sont tout à coup éprises de l'indépendance. Grecs, Serbes, Roumains, Égyptiens, Bulgares se sont soulevés contre les anciens conquérants. Des sympathies ardentes pour ces peuples sont venues se mêler aux intérêts plus âpres de la politique. Dans cette question si gr.ave et désormais si confuse, la religion môme et la philosophie gouvernementale ont fait entendre leurs voix. Les orthodoxes grecs et les amis du panslavisme pouvaient-ils se désintéresser d'un débat qui touche si profondément des Slaves et des orthodoxes grecs 'l

La première solution proposée au xix' siècle date de 1807 (traité de Tilsitt). Elle était brutale et impraticable. Napoléon i" aurait laissé à la Russie la Moldavie, la Valacliie et la Bulgarie. Il aurait pris pour la France l'Albanie et la Morée. L'année suivante, à Erfurt (iSus), il ne voulait plus céder la Bulgarie. En réaliié, il ne voulait pas démembrer en faveur de la Russie un Etat j qu'il appelait lui-même « notre plus ancien allié n. Dès les premières années de ce siècle, une vive agitation s'était manifestée parmi les populations chrétiennes. En 1800, en Serbie, Georges Czerni proclama l'indépendance, et organisa un gouvernement qui dura jusqu'en 1812. Trois ans plus tard, Milosh Obrenovitch proclamait la ijiierre sainte; il prit le titre de prince (ISI"), et fit reconnaître par les puissances l'autonomie de la Serbie, sous la suzeraineté de la Porte (traité d'Andrinople, ISÎO).

A la même époque, les Grecs, soutenus plus encore que les Serbes par les sympalhies de l'Europe et surtout de la Russie, luttaient énergiquement pour l'indépendance (1S20-18"23). Le sultan Mahmoud (1809-l8:!y) aurait voulu par des réformes politiques et militaires arrêter la décadence si rapide de l'empire. Mais il restait impuissant contre l'indiscipline des janissaires dégénérés et contre lesprit étroit et réactionnaire du corps des ulémas. La faiblesse de la Porte était alors extrême. Violentée par un officier albanais, Méhémet-Ali, qui avait ramassé dans le .sang des mameluks son titre de vice-roi (1S05, 181 r, l'Egypte musulmane échappait à l'autorité directe du sultan. Le général égyptien Ibrahim joignit cependant ses troupes à celles de Mahmoud pour réduire la Morée (1824). Mais que faire contre les prétentions du tsar Nicolas qui réclamait le protectorat des Moldo-Valaques, l'autonomie des Serbes, et le libre passage des Dardanelles pour les vaisseaux russ'^s (conférences d'Ackerman, 18'JGl? Le traité de Londres (1827), qui unissait à la Russie la France et l'Angleterre, augmenta justement les inquiétudes de la Porte. La llntte turqui' fut anéantie à Navarin (I827j. Diehitch passa le Danube, francliit les Balkans et ar-

riva jusqu'à Andrinople. Paskevitcb prit Kars et Erzeroum. Le traité d'Andrinople (182'J) coClta à la Turquie les lies situées aux bouches du Danube, Poli sur la mer Noire, la Grèce indépendante au S. des golfes d'Arta et de Volo, la Serbie organisée en province vassale, la Moldavie et la Valachie gouvernées par des liospodars nommés à vie et soumis à l'influence russe. Enfin une indemnité de guerre de 119 millions achevait la ruine financière de 1 Etat ottoman.

Le monde musulman fut alors en pleine dislocation. A Constantinople, les janissaires se soulèvent contre le sultan, et sont supprimés. En Tunisie, Sidi-Houssein-Bey imite l'exemple de son aïeul Hamoudah, qui par un coup d'Etat s'était rendu indépendant en 1811. Enfin l'ambitieux Méhémet-.\li déclare la guerre au sultan. Son fils Ibrahim bat les Turcs i Konieh (1832), et arrache la Syrie h Mahmoud (traité de Kutaieh, I83.5j. Le sultan affolé signe avec la Russie le traité d linkiar- Skelessi qui donnait en réalité la mer Noire aux Russes (1833).

L'ambition du tsar, qui se considérait comme le prolecteur naturel de tous les chrétiens d Orient, la politique faible et contradictoire de la France, qui applaudissait aux empiétements de Mohémet-Ali (bataille do Nezib, 1839), tont en se prononçant pour l'intégrité de l'empire Ottoman; les agissements de M. de Metternich et de lord Palmerston, qui aboutissaient au traité de Londres (1840), excluaient la France du concert européen, et exposaient l'Europe aux dangers d'une guerre générale; la formation de sectes et de sociétés secrètes dans l'Islam ; la lutte, en Turquie même, des progressistes et des arriérés (jeune et vieille Turquie), la mort de Mahmoud enfin et l'avènement d'un sultan de seize ans, Abdul-Medjid, tout semblait menacer l'empire Oitoman d'un efi'royable cataclysme. La formation du ministère très pacifique de M. Guizot, en France (29 oct. 1840), le découragement de Méhémet-Ali qu'affaiblissaient l'âge et la maladie, la jalousie réciproque de l'Angleterre et de la Russie, terminèrent heureusement le conflit. Les puissances se réconcilièrent avec la France (deuxième traité de Londres, 1841), et une convention spéciale assura à la famille de Méhémet-Ali la possession héréditaire de l'Egypte; enfin le traité des Détroits ferma les Dardam-Ues à tout vaisseau de guerre qui n'aurait pas un laissez-passer du saltao. Douze ans plus tard, la Russie, peu satisfaite des règlements de 1841, assuma la responsabilité d'une guerre nouvelle, en envahissant les principautés de Moldavie et de Valachie (juillet 1853). L'Angleterre, la France et le Piémont se portèrent garants de l'intégrité de l'empire Oitoman. La campagne de Grimée, durant laquelle les Turcs se montrèrent braves soldats (siège de Silistrie), aboutit, après la mort du tsar Nicolas (1855), au traité (le Paris (ISofi). La Russie restituait une partie de la Bessarabie qui fut annexée à la Moldavie ; elle renonçait à son droit exclusif de protection en Moldavie et en Valachie; la mer Noire était déclarée neutre, et ouverte à tous les navires de commerce. Un an plus tard, les principautés de Moldavie et de Valachie furent réunies sous le nom de Roumanie. La convention du 19 août 1858 assura l'indépendance du nouvel État.

La France avait joué un grand rôle dans lerègleraent de la question d'Orient. Nos désastres ont permis i la Russie de déchirer le traité de 18.M1. La conférence de Londrrs (1S:1), en rendant aux Russes le droit d'entretenir une marine de guerre dans la mer Noire, ravivait les plus chères espérances des catholiques grecs. La Bosnie et l'Herzégovine se soulevèrent (lS7;i), puis le Monténégro et la Serbie que soutenaient les Russe-; (1876). La Russie i son tour intcrvinfet

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recommença la campagm; de 1820. La magnifique résistanci! des Turcs en Asie et surtout à Plevna et dans les Balkans (Cliipka), a témoigné qu'ils ont conservé les qualités militaires de leurs ancêtres. Mais les finances étaient épuisées, les soldats sans souliers et sans pain ; enfin de misérables querelles portaient la trahison dans les camps et le crime jusque dans le palais impérial.

Le traité do San-Stefano et Ja conférence de Berlin ont réglé l'état actuel de l'Orient. La Russie rectifie ses frontières d'Asie en prenant Kars et Batoum. Elle prend la Bessarabie roumaine {9i.S9'j9 hectares avec l.SOOliO habitants). La Roumanie obtient en échange la Dobroutcha, terminée vers le sud par une ligne conventionnelle entre Silistrie et Mangalia, et son prince a pris récemment le titre de roi. La Serbie et le Monténégro reçoivent l'antonomio complète, avec quelques rectifications de frontières. La Bulgarie est organisée en principauté vassale de la Porte, comme le furent jadis la Moldavie et la Valachie. La province de Roumélie orientale est soumise h une organisation spéciale sous le contrôle de la Russie. Des cessions importantes de territoire sont faites k la Grèce. Enfin, la Bosnie et l'Herzégovine sont occupées par les Autrichiens.

En résumé, depuis le commencement du siècle, la Porte ottomane a perdu, en tout ou en partie, l'autorité sur la Grèce et les îles, le Monténégro (en réalité toujours indépendant), la Bosnie, l'Herzégovine, la Serbie, la Roumanie, la Bulgarie, soit près de 9 millions de sujets. En Afrique, elle n'exerce plus qu'une autorité indirecte sur l'Egypte, et elle a perdu Tunis (1881).

Devant ces pertes si considérables, en présence des agitations causées depuis deux ans par les Grecs mécontents du traité de Berlin, devons-nous conclure que l'empire Ottoman est condamné, et que notre siècle verra la fin du « vieil homme » dont l'existence a été si souvent menacée '? Nous

oublions trop, en Occident, que le sultan n'est pas seulement le chef d'un Etat plus ou moins grand, appelé Turquie. 11 est avant tout le chef sacré de l'orthodoxie musulmane. Depuis vingt ans, une renaissance religieuse s'opère dans l'Islam, semblable à la grande renaissance catholique du xvii" siècle. Les forces, jadis éparses, du monde musulman sont aujourd'hui groupées en un faisceau solide. Le point central, d'où part le mot d'ordre et vers lequel tendent les efTorts, c'est Constantinople. Pour le musulman orthodoxe, la caractère religieux du khalife se ccnfond avec le titre politique du sultan. Mémo expulsé de Constantinople, le 11 commandeur des croyants » no resterait pas moins le chef vénéré d'une religion dont les adoptes sont répandus aujourd'iiui à travers l'Afrique, l'Asie et les archipels océaniens, des bords de l'Atlantique aux rivages du Pacifique. Sur cette vaste étendue de terres, les discordes religieuses se sont apaisées. Un mouvement « panislamique » vient de commencer. Nous en voyons aujourd'hui les premiers résultats. Mais en verrons-nous la fin '? 'I outes les confréries religieuses, si nombreuses dans l'Islam, sont désormais en communion directe avec le sultan. Elles afTectent, en apparence, de ne s'occuper que d'intérêts religieux. En réalité, elles se mêlent ardemment aux luttes du jour, depuis qu'Abdul- Hamid a fait de son titre et de ses privilèges de khalife la base d'une politique essentiellement panislamique. Sans doute, la presqu'île des Balkans ne restera pas éternellement le théâtre où s'agitera tau question d'Orient u.Mais cette question se représentera, de longues années encore et sous des faces diverses, partout où les chrétiens sont on contact avec des populations musulmanes, au Sénégal, en Algérie, en Tunisie, dans l'Inde, et jusque dans les archipels océaniens.

[L.-G. Gourraigne.] TYPOGRArUIE. — V. Imprimerie.

USAGES. — Connaissances usuelles, X. — L'Académie définit ainsi fe mot usage : " coutume, pratique reçue. « Liitré remarque qu'il y a une nuance entre les deux mots coutume et usage. 11 Suivant l'étymologie propre b. chacun de ces mots, dit-il, usage exprime la manière d'user, de se servir des choses de la vie ; et coutume, les habitudes que l'on a de faire telle ou telle chose, n Mais, ajoute- t-il, « on dit indistinctement : c'est la coutume, ou c'est l'usage. »

Les usages ou les coutumes, puisque le sens des deux mots est à. peu près identique, sont des habitudes générales qui ont été acceptées par tout un pays, toute une nation, toute une race. Ils entrent pour beaucoup dans ses mœurs, et caractérisent, pour ainsi dire, sa vie entière, intérieure et extérieure, d'une suite plus ou moins longue de gélations. Do peuple à peuple, de région à région, même de province à province, — l'histoire et la géographie en font foi, - tout diffère, et souvent dans des proportions considérables : les croyances religieuses, les constitutions politiques, la langue, les relations de fjmille et de société, le costume, le régime de vie. L'ignorant, l'enfant en particulier, s'étonne, s'offense de cette diversité. Tout ce qui n'est pas conforme à son propre usage, tout ce qui ne se fait pas comme il fait ou comme il voitfaire lui-même, lui paraît mauvais ou ridicule. Il faut que l'instituteur réagisse contre cotte disposition trop naturelle, qui n'est qu'une des mille formes de l'amour-propre.

... Mes petils sont mignons, Beaui, bien faits, et jolis sur tous feurs compagnons, dit le hibou, en parlant de ses petits, laids comme des petits de hibou. Il faut d'abord montrer ."i l'enfant que, sous cette diversité infinie, se trouve une communauté d'idées et de sentiments qui fait que, malgré tout, notre espèce est une, et qu'il n'y a que des différences de degré entre tous ceux qui ont comme nous l'honneur d'être des hommos. Le Mandingue, le lolof, le misérable habitant de la Terro do Feu, ne ressemblent guère, cela est certain, à nos compatriotes policés et civilisés, mais le Mandingue ou le lolof se cacheront comme le Français pour tuer ou voler leur prochain, parce qu'ils ont les uns et les autres quelque chose qui leur fait connaître ce qui est mal ; comme le Français aussi, le lolof et le Mandingue se jetteront dans l'eau d'un torrent ou dans les flammes d'un incendie pour sauver leur enfant ou leur ami, parce qu'ils ont de même la conscience du bien. Il faut montrer ensuite que ces usages si différents peuvent le plus souvent s'expliquer par des raisons très naturelles ou très respectables. Les uns sont, d'ordinaire, imposés en (|uelque sorte par des nécessités de climat, de situation ; les autres viennent de traditions que les générations se transmettent comme un héritage ; beaucoup sont des indices de croyance ou de race. Il est peu de costumes plus bizarres en apparence que celui des Laiions ou des Esquimaux, et nul de nous ne voudrait goiiter à la cuisine de ces pauvres gens ;

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c'est cependant le seul costume et le seul régime alimentaire i;ui puissent leur permettre de vivre dans les âpres soliiudes du pùle. A une aulre extrémité du globe, le long vêlement de laine de l'Arabe est le mieux approprié à l'ardent soleil de ses déserts ; le turban oriental est un signe extérieur do la religion de Mahomet; et le Chinois, qui émigré aujourd'hui dans toutes les parties du monde, uerenonce nulle part à lalongue iresse de cheveux qui pend desa tète rasée, parcequ'il y voit le signe extérieur de la patrie absente et d'une nationalité qu'il ne veut pas perdre. On expliquerait de même une infinité d'autres usages, qui cessent, ainsi compris, de paraître singuliers; et ce ne sera pas le moindre résultat de l'étude bien entendue du monde et des peuples que d'iiispirer h l'enfant le respect des manières d'être d'autrui dans ce qu'elles ont de respectable, et, dans tous les cas, un esprit élevé de sympathie et de bienveillance pour tout ce qui n'est point semblable à lui. <c On n'offense jamais plus les hommes, a dit Montesquieu, que lorsqu'on choque leurs cérémonies et leurs usages, » et, en définitive, les hommes ont le plus souvent raison, puisque le plus souvent ces cérémonies et ces usages tiennent au fond même de leur vie d'individus ou de peuples.

11 y a lieu toutefois de distinguer, tant pour les autres que pour nous-mêmes. S'il est un fond commun d'usages que nous devons respecter et garder quand même, il en est aussi d'autres qui tiennent seulement à telle forme particulière de l'existence d'une nation, qui marquent, si l'on veut, telle période de cette existence, mais qui doivent cesser dès qu'elle a pris fin, et que la nation s'est élevée à une vie plus haute. Le maintien opiniâtre et déraisonnable d'un usage qui n'a plus sa raison d'être peut être un obstacle au progrès, •i C'est, dit très justement Condillac, le sort des usages établis de subsister encore après que les besoins qui les ont fait naître ont cessé. >i On a souvent cité cette plaisante anecdote d'une sentinelle placée depuis un temps immémorial devant une porte intérieure du palais de Versailles. Un jour, on se demanda pourquoi on mettait li cette sentinelle, puisque les autres portes n'en avaient point, et l'on reconnut, après information, que la sentinelle avait été mise à un moment où la porte venait d'être repeinte, pour prévenir contre les taches ceux qui viendraient il passer. La consigne n'ayant pas été levée le lendemain ni les jours suivants, on avait continuel envoyer la sentinelle, et cela durait ainsi depuis une vingtaine d'années. Il y a beaucoup de ces sentinelies-lù dans notre histoire, et probablement aussi dans l'histoire des autres peuples. Cela s'est toujours fait de cette façon, donc cela doit continuer à se faire de cette façon, est une formule de raisonnement et aussi une manière de vivre familière à beaucoup de gens. C'est de \h que naît l'esprit de routine, qu'on nous a tant reproché, qui nous empêche d'accepter, par crainte de la nouveauté, les améliorations les plus légitimes. Entre cette ténacité rétrograde qui n'admet rien, et l'esprit de versatilité et de témérité, qui fait table rase de tout, il y a la mesure qu'indique le bon sens, et à laquelle l'instituteur doit, dès l'école, accoutumer son élève. " J'avais, dit Descartes, un extrême désir d'apprendre à distinguer le vrai d'avec le faux, pour voir clair en mes actions et marcher avec assurance en cette vie. Il est vrai que, pendant que je ne faisais que considérer les mœurs des autres hommes, je n'y trouvais guère de quoi m'assurer... En sorte que le plus grand profit que j'en retirais était que, voyant plusieurs choses qui, bien qu'elles nous semblent fort extravagantes et ridicules, ne laissent pas d'être communément reçues et approuvées par d'autres grands peuples, j'apprenais à ne rien croire trop fermement de ce qui ne m'avait

été persuadé que par l'exemple et parla coutume; et ainsi je me délivrais peu à peu de beaucoup d'erreurs qui peuvent offusquer notre lumière naturelle et nous rendre moins capables d'entendre raison. » Et ce grand esprit, si ferme et si hardi, se résout, pour tout ce qu'il ne peut pas mettre à l'épreuve de son jugement personnel, à ne choisir, dit-il, « entre plusieurs opinions également reçues, que les plus modérées, tant h cause que ce sont toujours les plus commodes pour la pratique, et vraisemblablement les meilleures, tout excès ayant coutume d'être mauvais, comme aussi afin de me détourner moins du vrai chemin, en cas que je faillisse, que si, ayant choisi l'un des extrêmes, c'eut été l'autre qu'il eût fallu suivre. » [Discours de la Méthod-;, \" et 3« parties.)

Cette mesure, que réclame Descartes, est surtout nécessaire à l'égard de cette partie de nos usages qu'on appelle les modes, et il y a des modes en tout, te Une chose folle, dit la Bruyère, et qui découvre bien notre petitesse, c'est l'assujettissement aux modes, quand on l'étend à ce qui concerne le goût, le vivre, la santé et la conscience. » La conscience ! c'est bien Uv ce qu'a dit la Bruyère. Et, en effet, il n'y a pas seulement une mode pour les habits et les toilettes; i l'égard de celle-l.\, la Bruyère donne un conseil qui doit être, dans quelque condition que l'on puisse se trouver, la règle de toute personne sage : « Il y a, dit-il, autant de faiblesse à fuir la mode qu'à l'affecter. » Mais on peut dire qu'il est aussi une mode pour la conscience, cette mode îi laquelle on obéit en voulant faire comme les autres, rarement comme ceux qui font bien; qui pousse, par exemple, le petit enfant de l'école k fumer en cachette comme son camarade plus grand; l'apprenti à jurer, h. sacrer, à mettre sa casquette sur l'oreille comme l'ouvrier; l'ouvrier lui-même... ce hème pourrait aller loin. « Un dévot, dit la Bruyère — il entend ici le faux dévot — est celui qui, sous un roi atliée, serait athée. >> Justifiant cette ironie, bon nombre de ceux pour qui la Bruyère écrivait au temps de Louis XIV vieilli sont devenus les roués de la Régence, et on pourrait suivre ainsi, aux difl'érentes étapes de notre nation, l'action de la mode sur les mœurs. A rencontre de ce travers, qui est, hélas ! de toutes les époques, il faut conclure, comme la Bruyère, à la fin du beau chapitre auquel nous avons emprunté ces citations (chapitre xiii, De la mode) : Cl Ghaiiue heure en soi, comme à notre égard, est unique : est-elle écoulée une fois, elle a péri entièrement, les millions de siècles ne la ramèneront pas. Les jours, les mois, les années, s'enfoncent et se perdent sans retour dans l'abîme des temps. Le temps même sera détruit : ce n'est qu'un point dans les espaces immenses de l'éternité, et il sera efi'acé. Il y a de légères et frivoles circonstances du temps qui ne sont point stables, qui passent, et que j'appelle des modes, la grandeur, la faveur, les richesses, la puissance, l'autorité, lindépendance, le plaisir, les joies, la superfluité. Que deviendront ces modes, quand le temps même aura disparu? La vertu seule, si peu i la mode, va au delà des temps. »

Parmi les usages, ceux sur lesquels il convient le plus d'édifier l'enfant, do lui donner des idées justes et des sentiments vrais, sont ce que l'on peut appeler les usages de sociabilité, de civilité, qui règlent les rapports de famille, d'amitié, d'alliance, et les rapports plus généraux que nous devons avoir avec nos voisins, avec nos compatriotes, même avec tous les autres hommes. L'article Ciuil U, dans la I'" Paiitie de ce Dictionnaire, l'article Socieli', dans la II', font connaître ces rapports dans leur ensemble, et le premier de ces deux articles renvoie, pour les détails, à des ouvrages spéciaux. Nous insisterons ici sur la

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usages;

voulu ; il le fut presque, par le maréclial de la Fcuillado. Aussi les actes les plus ordinaires de sa vie empruntaient au caract6re môme dont il se croyait revêtu je ne sais quoi de sacre; dans sa conviction profonde, comme le remarque M. Taino dans son livre sur ['Ancien régime, manger, boire, se lever, se coucher, c'était faire acte quasi divin; c'étïit, en quelque sorte, « officier». Mais les traditions s'effacèrent peu à peu. Il paraît que, sous Louis XVI, il ne se faisait plus o de ces silences à entendre marclier une fourmi, » selon l'expression de Saint-Simon. « Sire, disait le maréchal de Ricliolieu, sous Louis XIV, on n'osait dire mot; sous Louis XV, on parlait tout bas ; sous Votre Majesté, on parle haut. >i Quelques années plus tard, on devait parler bien plus haut encore ; la Révolution décapitait la vieille royauté en la personne de « Louis Capet » ; dans sa passion d'égalité, elle détruisait tout ce que cette royauté avait le plus respecté, jusqu'aux titres de dignité et de noblesse, jusqu'à la particule nobiliaire, substituant aux habits de cour la carmagnole et le bonnet rouge, substituant le tutoiement soi-disant républicain aux formules qui avaient servi comme de démarcation infranchissable entre les classes privilégiées et celles qui ne l'étaient pas. D'autres temps, d'autres mœurs nous ont ramenés un peu en deçà de cette brutalité, que notre caractère ni notre langue ne comportaient pas, et nous nous sommes aperçus qu'il n'est pas absolument nécessaire d'être emphatiques, voire grossiers, pour être libres.

Appelons-Dous messieurs^ et soyons citoyens,

a-t-on dit fort justement ; c'est-à-dire ayons la politesse du langage et des manières, qui ne doit être autre chose que l'expression exacte de la politesse des mœurs. <c Lacivilité, ditSaint-Evremond, est un jargon établi par les hommes pour cacher leurs mauvais sentiments; n elle est encore, selon Fléchier, o un commerce continuel de mensonges ingénieux. » C'est là confondre l'abus avec la légitime pratique d'une vertu — nous irons volontiers jusqu'à ce mot — qui est la condition môme de la sociabilité. Bien plus judicieusement La Bruyère remarque « qu'avec de la vertu, la capacité et une bonne conduite, on peut être insupportable. » C'est presque le cas du Misantlirope de Molière. « Les manières, que l'on néglige comme de petites choses, ajoute encore La Bruyère, sont souvent ce qui fait que les hommes décident de vous en bien ou en miil.» Et, en effet, faute de meilleures preuves, ils y sont bien obligés; et, s'ils se trompent en cela, ce n'est poiiUla faute des manières, mais de ceux qui, rendant hommage à leur légitime influence, s'en servent souvent comme d'un masque pour paraître autres qu'ils ne sont. Ne pas couvrir la voix du voisin dans un cercle ou une compagnie, donner ou rendre le salut à ceux à qui nous le devons; s'arrêter pour céder le pas ou le haut du pavé à une femme, à un vieillard ; leur laisser les fauteuils et se contenter d'une chaise ; s'asseoir décemment et convenablement, et ne pas s'étendre sur un divan ou sur un siège; ne pas s'approcher de la cheminée de manière à empêcher les autres de se chauiïer; ne pas interrompre ceux qui parlent devant vous ou avec vous ; ne pas mettre de brusquerie dans les discussions ; éviter toute apparence d'incongruité, de malpropreté : voilà, entre bien d'autres, des actes qui témoignent de cette justesse dans l'esprit et de cette bienveillance dans les sentiments sans lesquels il ne saurait y avoir de bonnes relations sociales. C'est là qu'est la véritable civilité et la

nécessité qu'il y a, selon nous, à instruire l'enfant, dès les premières années, sur ses obligations de civilité, à préparer en lui ce que l'on appelle, d'un terme très expressif, l'homme d'usage, l'homme de bon usage. On sait que Rousseau, — pour cause peut-être, — ne tenait pas beaucoup à <-ette préparation : u Gardez-vous surtout, dit-il, de donner à l'enfant de vaines formulés de politesse, qui lui servent au besoin de paroles magiques pour soumettre à ses volontés tout ce qui l'entoure, et obtenir à l'instant ce qui lui plaît. Dans l'éducation façonnière des riches, on ne manque jamais do les rendre poliment impérieux, en leur prescrivant les termes dont ils doivent se servir pour que personne n'ose leur résister : leurs cnfaats n'ont ni tons ni tours suppliants; ils sont aussi arrogants, môme plus, quand ils prient que quand ils commandent, comme étant bien plus sûrs d'être obéis. On voit d'abord que s'il vous plait signifie dans leur bouche // me plait, et queye vous prie signifie 7e vous ordonna. Admirable politesse, qui n'aboutit pour eux qu'à changer le sens des mots, et à ne pouvoir jamais parler autrement qu'avec empire! Quant à moi, qui crains moins qu'Emile ne soit grossier qu'arrogant, j'aime beaucoup mieux qu'il dise en priant : faites cela, qu'en commandant -.je vous prie. Ce n'est pas le terme dont il se sert qui m'importe, mais bien l'acception qu'il y joint. » (Emile, livre II.)

C'est là une de ces sorties à côté, comme il n'y en a que trop dans VEmile. Sans doute on peut abuser des formules de politesse, comme on abuse de tout en éducation. Un enfant répond à sa mère, qui lui refuse ce qu'il désirait : « J'avais

dit pourtant : s'i/ vous plait. » C'est qu'on lui a

faussé les idées, en lui laissant croire qu'il suffit,

pour obtenir ce qu'on demande, de le demander

poliment. Sans renoncer le moins du monde à

une autorité bien entendue, sans imposer non

plus une humiliation servile, les parents et les

maîtres peuvent parfaitement enseigner à l'enfant

l'usage de procédés qui ne sont autre chose que

la reconnaissance de sa situation réelle à l'égard

des autres. Lui, qui n'a que le droit de vivre, lui

qui dépend, en quelque sorte, de la société tout

entière, est tenu plus que personne de rendre à

chacun en égards, en déférence, en respect, ce

qui lui est dû. Et cela, une fois bien compris, est

un excellent apprentissage pour toute la suite de

sa vie, puisqu'il aura toujoui-s des su|)érieurs,

quelque haut état qu'il atteigne. La civilité, et ce

qui en est comme la fine fleur, la politesse, devraient être considérées, dans nos sociétés démocratiques, comme partie intégrante de la morale.

Elles sont, en effet, la manifestation extérieure de

sentiments qui forment comme la base de toute

civilisation vraiment digne de ce nom, le respect

de soi-même et le respect des autres. C'est la

juste notion de ce que nous sommes, de ce qui

nous est dû et en même temps de ce que nous

devons à autrui, qui doit régler nos rapports avec

nos semblables selon leur âge, leur sexe, leur

situation.

Les sociétés anciennes ont eu une autre forme

et un autre principe de civilité et de politesse;

elles ont eu l'étiquette, le cérémonial, procédant

de cette pensée que ceux qui gouvernent, que ceux qui possèdent la souveraineté, quelle qu'en soit la source, et aussi les mandataires du souverain, sont en quelque sorte des émanations de la Divinité, et ont droit comme tels à des honneurs d'une nature toute particulière, qui les distinguent du reste des hommes. Nul plus que le roi Louis XIV

n'éleva au-dessus de toute proportion humaine cet ! véritable politesse, beaucoup plus ([uo dans la idéal du droit divin monarchique, qu'il représen- manière de rompre son pain, de tenir sa cuiller tuil d'ailleurs avec une solennelle dignité. Il eût 1 ou de mettre sa serviette. Nos pères, ainsi que le été, dans toute la force du terme, adore, s'il l'avait ' rappelle l'article sur la Civilité dans la I" Paiitie 2° Pauïie, 142

VACCINATION — 2258

VACCINATION

du Dictionnaire, avaient de ces raffinements. En notre temps de n naturalisme », nous péclierions bien plutôt, hclas ! par l'excès contraire. Une dame est en chemin de fer; un monsieur prend place à côté d'elle, un cigare allumé entre les doigts, et dit à la dame : « Le cigare ne vous incommode pas? — Je n'en sais rien, monsieur, répond-elle : on n'a jamais fumé devant moi. » Voilà une leçon

délicate et fine, comme nous en aurions, avouonsle, trop souvent besoin pour nous rappeler aux vraies convenances, qui ne sont, encore une fois, (|ue la reconnaissance des égards mutuels que nous MOUS devons. C'est là la civilité, et la bonne ; honnête, et non puérile, à moins qu'on n'entende par là que c'est à la jeunesse qu'elle convient surtout. [Cliarles Defodon.]

VACCINATION. — Hygiène, XVII. — Cette question, ancienne déjà, n'a rien perdu de son importance ni de son actualité. S'il est vrai, comme le disait lord Beaconsfield, que l'améliojation de la santé du peuple prime tons les autres problèmes sociaux, on ne s'étonnera pas de voir la question de la vaccination à l'ordre du jour dans les congrès d'hygiène (Bruxelles, Paris, 'lurinj, dans les assemblées législatives, les sociétés d'hygiène et les académies. L'ennemi est toujours là, menaçant, sévissant autour de nous : il importe de le surveiller sans cesse, de le tenir en échec en attendant sa complète destruction.

Les discussions scientifiques suscitées récemment, dans tout le monde civilisé, au sujet de la variole et de la vaccination, ont révélé ou plutôt affirmé l'existence d'une opposition assez bruyante, composée d'un petit nombre d'hommes convaincus sans doute, mais dont la conviction devrait être plus éclairée. Celte minorité a rendu de grands services à la cause qu'elle combat. Elle a obligé les défenseurs de celle-ci à réviser les travaux anciens, à les soumettre aux épreuves des procédés scientifiques actuels, à rassembler les éléments de nouvelles statistiques : elle a signalé les omissions, mis en lumière les défaillances, réveillé l'esprit public qui s'oubliait dans une fausse sécurité. On appelle vaccination une opération qui consiste à inoculer le virus vaccin. L'inoculation consiste à introduire artificiellement dans l'économie, par piqûre ou autrement, le principe matériel, le vil-us d'une maladie contagieuse. On appelle vaccin (de vacca, vache) une humeur virulente recueillie primitivement sur des pustules qui surviennent aux mamelles des vaches alTectées d'une maladie éruptive nommée vitriole des vaches, picote, cow-pux, etc. Ce virus est doué d une propriété antivariolique, c'est-à-dire qu'une fois intro duit dans l'économie, il préserve de la variole ou petite vérole.

La variole est une maladie générale fébrile accompagnée d'éruption pustuleuse. On n'a généralement qu'une fois cette maladie, comme la fièvre jaune, la peste d'Orient, la fièvre typhoïde, la rougeole, la scarlatine, etc. La variole est quelquefois sporadique, c'est-à-dire limitée à un seul ou à un petit groupe d'individus, mais souvent elle devient épidémique. C'est une afl'ection contagieuse et miasmatique, c'est-à-dire inoculable par contact et transmissible à distance par l'air.

La variole a été le fléau le plus terrible de l'humanité. Elle a existé de temps immémorial dans l'Inde et dans la Chine. On doit lui attribuer plusieurs épidémies mal désignées, entre autres la peste d'Antonin (1C5-18U). Elle sévit en Arabie en 572. En 640 Omar l'introduisit en Egypte par son armée. De là le fléau fut transporté par les Sarrasins en Espagne, en Sicile, à ^aples. Grégoire de Tours mentionne sa première apparition en France Van .'i80. Les croisades l'cparpillèrent dans toute l'Europe. Ferjiand Cortcz liiUroduisit auMexiqu.; d'où elle envahit toute l'Amérique.

L'épidémie de ICH lit le tour du monde. Celle

de 1720 tua à Paris seulement 20000 personnes. Dans l'Inde, l'épidémie de 1850 atteignit un douzième de la population.

Autrefois, en Europe, un tiers des nouveau-nés était atteint tôt ou tard. La mortalité était de 1 sur ;! atteints pour la première enfance, et de 1 sur 8 sur la totalité des personnes frappées. La variole figurait pour 10 pour 100 dans l'ensemble des décès.

En IKG.T, nous avons eu, en France, 25 993 sujets atteints de la variole, dont 4 lUG morts et 4 989 infirmes. En 1872 nous n'avons pas eu moins de 200 000 morts, et l'épidémie a rayonné de la France dans toute l'Europe. En 1879 il > a eu 850 victimes; et l'année suivante environ 2 400. Nous avons donc raison de dire que l'ennemi ne nous laisse point de trêve, et que contre lui a rien n'est fait quand il reste à faire. »

C'est en Asie, au foyer originaire de la variole, que l'on a découvert et mis en praticiue linoculation préservatrice. Depuis les temps les pliis reculés on inoculait en Circassie, et même parfois en Grèce, le virus variolique. On avait remarqué que les sujets atteints une fois de la variole étaient à peu près assurés contre la récidive. L'idée vint de donner volontairement la maladie sous une forme bénigne, pour assurer contre l'invasion d'une forme mortelle. Pour cela, on choisissait du virus sur des sujets atteints de variole discrète, atténuée naturellement, et on l'inoculait par le moyen de piqùies.

L'inoculation variolique fut importée à Constantinople en 1673, et son usage se répandit rapidement. En 1716, lady Wortiey Montague ayant accompagné à Constantinople son mari nommé ambassadeur d'Angleterre près de la Porte, fit inoculer son fils. A son retour en Angleterre (1718), elle se dévoua avec succès à la vulgarisation du procédé oriental, qui fut bientôt adopté par un grand nombre de médecins.

Quelque précaution que l'on prît de choisir un virus aussi faible que possible, la variolisation oiTrait toujours un certain danger. 11 mourait, en moyenne, 1 sujet sur 200 soumis à l'inoculation.

Malgré l'exemple de l'Angleterre, la variolisation ne fut autorisée en France qu'en 1704.

Nous venons de voir que la variolisation iioiis l'ut importée d'Asie. Nous aurions pu recevoir longtemps auparavant, de l'Inde, un procédé de préservation bien supérieur, celui que l'on emploie exclusivement aujourd hui sous le nom de vaccination. Le virus vaccin était employé dans l'Inde dès la plus haute antiquité. Le hasard en avait sans doute fait découvrir les propriéios aux bergers hinilons, comme il les fit observer bien des siècles plus tard aux bergers européens. Quoi qu'il en soit, les médecins de l'Inde s'emparèrent de la découverte : ils inoculèrent à l'homme le vaccin animal recueilli sur les mamelles de la vache, puis pratiquèrent l'inoculation do bras a b]-as. La preuve de la haute antiquité de ce procédé, nous la trouvons dans le texte suivant de l'un

VACCINATION

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des Védas ou livros sacrés de l'Inde, qui a pour titre Saciai/a yranilumi, et qui fut écrii par le sage Danouaniara ou Danavandri, qui fut le père de la médecine dans ce pays :

« Preni'Z du fluide des pustules du pis d'une vache, ou bien du bras, entre l'épaule et le coude, d'un Otre humain; recueillez le sur la pointe d'une lancette, et introduisez le dans le bras, nu même endroit, en mClant le fluide avec le sang ; la fièvre do la variole sera produite. Cette maladie sera alors très douce comme l'anianal dont elle sort. Elle ne pourra inspirer aucune crainte et n'exige point de remède : on peut accorder au patient le régime qu'il désire. On peut se borner à une seule piqûre ou en pratiquer jusqu'à six. La pustule est parfaite quand elle est d'une boiine couleur, remplie d'un liquide clair, et environnée d'un cercle rouge. Il y a une fièvre légère d'un ou deux jours : quelquefois un léger accès de froid, un gonflement sous l'aisselle et d'autres symptômes; mais tous d'une nature bénigne et sans danger. »

L'iisculape hindou ayant reçu les honneurs divins, il y eut obligation et piété à recourir au remède qu'il avait décrit avec tant de précision.

Les Anglais, maîtres de l'Hindoustan, n'avaient donc qu'à regarder autour d'eux pour apprendre le secret traditionnel de la vaccination, dont le procédé opératoire avait toutefois un peu cliangé: les Hindous modernes trempaient un fil dans le vaccin, le passaient dans une aiguille et le conservaient pour l'introduire entre cuir et chair dans la partie supérieure du bras. Mais les Anglais ne l'ont pas fait; et c'est à un Français qu'ils ont emprunté Vidée que d'ailleurs ils furent les premiers à mettre en pratique et. à propager en Europe.

Vers 1784 vivait à Massilargues, près Lunel, un ministre protestant nommé Rabaut, que l'on désignait sous le nom de Rabaut-Pomier, pour le distinguer de son frère, le fameux conventionnel Rabaut-Saint-Etienne. 11 avait entendu dire par les pâtres qtie les personnes qui s'inoculaient par hasard la picole des vaches Ji'étaient jamais atteintes de la variole. L'inoculation variolitiue était alors [ en pleine (aveur. Rabaut pensa que, si l'on remplaçait le virus variollque par le virus de la picote (virus vaccin), on obtiendrait une préservation •efficace sans courir les dangr-rs de l'inoculation variolique. 11 communiqua ses idées à deux Anglais qui venaient habituellement passer l'hiver à Montpellier : c'étaient M. Ireland, négociant de Bristol, et le D' Pugh, de Londres. M. Pugh promit de faire part de cette idée à un médecin de ses amis nommé Jenner, qui s'occupait beaucoup d'inoculation. Il tint parole. Jenner savait qu'en Angleterre, comme en France, les personnes occupées à traire les vaches s'inoculaient parfois le cow-fjox ou picote, et qu'il en résultait — disait-on — \me immunité contre la variole. Le conseil de Rabaui lui fit faire une première expérience le 14 mai 1796. Ce fut une vachère, Sarah Nelmes, qui fournit le vaccin transmis au jeune Pliilps, âgé do huit ans. Pour vérifier si la vaccination avait réussi, Jenner essaya deux fois à quelques semaines, puis à quelques mois d'intervalle, d'inoculer de nouveau virus vaccin à son sujet, mais il se montra réfiactaire, et le savant médecin en conclut que l'expérience était probante. En 1T.I8 il publia un premier mémoire sur la vaccination, mais sans mentionner le nom de son inspirateur. Celui-ci se contenta, plus tard, de faire certifier par M. Ireland la part qui lui revenait dans les travaux de Jenner. Sans rien retrancherdes justes hommages accordés au médecin anglais, habituonsnous à associi r à son nom celui du modeste pasteur Rabaut.

Les médecins français mirent peu d'empresse- Jnent à répéter les expériences de Jeûner; les

premiers essais furent faits eu 1800 par un comité qui vaccina trente enfants.

Avant de décrire le procédé opératoire et les résultats de la vaccination, nous devons expliquer ce que l'on sait aujourd'hui sur la nature du vaccin.

La maladie des vaches nommée coio-;)f<3; (variole de la vache) en Angleterre, a reçu en France les noms de vaccine, picote, vanole, vérole des vaches. La maladie se manifeste surtout par une éruption de pustules sur le pis et les trayons. On compte parfois quinze à vingt pustules dont la grosseur varie depuis le diamètre d'une lentille jusqu'à celui d'une pièce de cinquante centimes. 'Vers le troisième jour le centre de la pustule se déprime, une aréole enflammée l'entoure et grandit avec elle jusque vers le dixième jour. En môme temps on constate la sensibilité douloureuse, le gonflement des parties affectées, le manque d'appétit, la fièvre; le lait perd de sa qualité, diminue de quantité ou même se tant. A partir du dixième jour, on voit se former, au centre des pustules, des croiites qui tombent du dix-imitième au vingtquatrième jour, laissant à leur place des ulcères souvent difficiles à guérir. Il est très important de vulgariser ces connaissances sommaires sur la vaccine, afin d'obtenir le signalement de tous les cas qui se présentent.

Cette variole des vaches n'est point identique à la variole humaine. Si l'on inocule à la vache le virus varioleux humain, il ne lui donne point la vaccine, mais conserve son individualité ;et après plusieurs cultures ou inoculations sur la vache, il reproduit chez l'homme la variole avec tous ses dangers. La vache n'a donc pas reçu de l'homme sa maladie. Mais on a tout lieu de croire qu'elle la tient du cheval.

On connaît, en effet, une variole du cheval (horse-pox en anglais; analogue à Cidlede la vache, qui se manifeste par des symptômes généraux et par une éruption pustuleuse. C'est une variété de la maladie communément appelée eaux aux jnmhes, ou javurd (de l'italien giavar'lo). En plusieurs occasions on a inoculé à l'homme le virus équin (ducheval), etl'on a obtenu des pustules parfaitement semblables à celles de ia vaccine, qui ont produit la même immunité contre la variole et contre les revaccinations à court délai. De plus, on a inoculé à la vache le virus équin et l'on a constaté chez elle le développement régulier de la vaccine dont les pustules ont efficacement servi à la vaccination humaine. De cet ensemble de faits on est déjà autorisé à conclure que la vacci7ie et Véquine [hoisc-pix, javard variolique) sont identiques; ou du moins (|ue la maladie de la vache provient du cheval par inoculation accidentelle. Il est à remarquer d'ailleurs que l'on a surtout observé la vaccine là où les mêmes personnes soignaient les chevaux et les vaches et servaient, sans le savoir, d'intermédiaire pour l'inoculation.

Ces faits sont d'une importance capitale pour l'avenir de la vaccination Ils permettent d'espérer l'extinction complète de la variole par un préservatif énergique, de source inattaquable, et facile à renouveler.

La variole spontanée du cheval est une maladie fébrile accompagnée d'une éruption au\ naseaux, aux lèvres, aux cuisses, aux extrémités des membres et au pli du paturon. Le D' Carro. pro lagateur de la vaccination en Autriche, a vacciné un enfant avec du virus équin et a envoyé dans I Inde le contenu des pustules développées sur son bras: telle est la provenance du vaccin moderne aujourd'hui employé dans la patrie originaire de la vaccination.

Avant de décrire la vaccination et ses résultats immédiats, dissipons en linéiques mots des préjugés qui ont cours dans les familles relativement

VACCINATION

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à cette petite opération. Il importe, surtout en temps d'épidémie, de vacciner les enfants dès leur naissance, car la variole naturelle attaque principalement les enfants en bas âge. Dans les pays où la vaccine est inconnue ou peu pratiquée, la maladie atteint peu d'adultes. C'est dans les pays où la jeune génération se trouve préservée que l'on voit le, fléau sévir principalement sur les personnes qui ont négligé la revaccination. Pendant les épidémies on a calculé que les enfants âgés de moins d'un an figurent pour un q:2inzième des décès. Il y a tout avantage à vacciner pendant la première semaine, l'enfant se trouvant alors sous la surveillance naturelle du médecin. On n'a reconnu à cette pratique aucun inconvénient.

On croit généralement qu'il faut éviter de vacciner en été et en hiver : l'expérience enseigne que la vaccination réussit également bien dans toutes les saisons, tant pour son innocuité que pour son efficacité. La vaccination non interrompue présente d'ailleurs l'avantage d'alimenter les sources de vaccin, ce qui permet d'en avoir toujours sous la main dans les conditions désirables.

Si l'on vaccine les enfants de bonne heure, on n'a pas à, s'inquiéter des crises ou périodes de la dentition. Mais, quand on a négligé ce soin, la dentition ne doit pas faire retarder plus longtemps si l'on a quelque raison de craindre l'infection. En tout cas on doit procéder à l'opération aussitôt après l'évolution d'une crise dentaire.

La grossesse et l'allaitement ne sont pas des empêchements à la vaccination ou à la revaccination.

La vieillesse n'est point un préservatif pour les personnes qui n'ont pas été vaccinées et revaccinées.

La vaccination est une opération si simple que la loi, voulant favoriser la diffusion de la vaccine dans les campagnes, a autorisé les sages-femmes à la pratiquer. Il suffit, en etfet, do tenir la lancette la pointe en bas, de manière h faire écouler le vaccin vers la pointe, et de la faire pénétrer sous l'épiderme, sans aller assez profondément pour faire sortirdu sang qui entraînerait le vaccin. Rien de plus facile assurément. Mais cela ne suffit pas. Il faut d'abord, si l'on vaccine de bras h. bras ou si l'on recueille soi-même d'avance le vaccin, juger, e« ùade coimaissnnce de cause, la santé de l'enfant vaccinifère et celle de ses parents ; puis surveiller le développement des pustules vaccinales pour s'assurer de leur qualité et ne pas les confondre avec les pustules défausse vaccine. Evidemment ces obligations dépassent de beaucoup la compétence des sages-femmes et rentrent dans celle des médecins.

Voici, en résumé, ce que l'on constate après une vaccination pratiquée dans de bonnes conditions. Le premier jour il se manifeste, au lieu de la piqûre, une petite rougeur qui s'efi'ace bientôt. Le quatrième jour on voit paraître une petite élevure rouge qui s'élève en pointe le cinquième jour, s'élargit en pustule pendant le sixième, et se creuse, se déprime au contre, le septième jour. Le huitième jour la pustule s'entoure d'une aréole enflammée qui s'accroît le neuvième j"Ur et atteint 4 à 5 centimètres de diamètre. Au dixième jour, l'aréole commence à disparaître. La pustule sèche vers le onzième jour, et du quinzième au vingtième la croûte tombe, laissant à sa place une cicatrice profonde brunâtre, plissée, qui plus tard devient d'un blanc nacré.

Le cinquième jour après l'inoculation on remarque déjà ([Uelques désordres dans la santé de l'enfant, surtout si les piqûres ont été nombreuses. Tout se borne d'ailleurs à un peu de diarrhée ou d'abattemejit et de mauvaise humeur. Vers la fin du huitième jour, lorsque les ganglions de l'aisselle commencent à s engorger et que l'aréole s'étend,

on note un mouvement fébrile ; c'est la fièvre vaccinale, qui dure deux ou trois jours.

Si l'on opère avec du vaccin énergique pris sur la vache ou soumis à un petit nombre de transplantations, tous les phénomènes s'accentuent, la pustule est plus large, le liquide plus opalin, l'aréole plus étendue. La fièvre acquiert une intensité considérable. La croûte sèche ne tombe que du vingtième au vingt-deuxième jour.

Quelquefois, au lieu de cette vaccine vraie et l'réseruutive, il ne se développe qu'une fausse vaccine de nul efl'et. Voici alors ce que l'on observe. Le lendemain ou le surlendemain des piqûres il se forme des pustules inégales, en pointe dès leur apparition, sans dépression centrale, jaunâtres au sommet, s'ouvrant à la moindre pression. Elles se dessèchent du troisième au cinquième jour, mais restent toujours un peu humides.

Entre ces deux degrés, l'un préservatif, l'autre négatif, on constate quelquefois la formation de pustules qui ressemblent assez h celles de la vaccine vraie, mais offrent des caractères trop bénins et sèchent vers le quatorzième ou quinzième jour : ce sont les vaccinellesou vanoloidet. Elles ne préservent pas sûrement de la variole.

Les premiers vaccinateurs pensaient qu'une seule piqûre suffisait pourvu qu'elle produisît une pustule parfaite : cependant Jimner conseillait d'en faire deux sur chaque bras afin de mieux assurer le succès. Notons d'ailleurs que le vaccin était alors dans sa force originelle. On fait ordinairement de quatre à six piqûres. Peut-être serait-il avantageux de les multiplier, surtout quand on emploie du vaccin souvejit transplanté : une statistique américaine semble le prouver.

Constatons maintenant les résultats obtenus par la vaccination. En Europe, au siècle dernier, la variole tuait un douzième de la population : quelques auteurs disent un dixième.

Le tableau suivant montre la mortalité annuelle moyenne sur un million d'habitants avant et après l'introduction de la vaccine :

Avant. Après.

B.isse-Aulrichc 2,484 380

Triesle 14,046 182

Bi.hème 2,174 215

Moravie 5,402 255

Silésie auU-ichieuue.... 5,812 198

Berlin 3,422 176

Suède 2,050 \m

CopeoUajjue 3,li8 286

Cette statistique, qui s'arrête à 1850, est plus que confirmée par celles qu'on a dressées depuis cette époque.

Autrefois, en Europe, on comptait I décès par variole sur 10 morts ; aujourd'hui, c'est seulement 1 sur environ 2 400.

De 1S68 à 1873 la proportion de décès par la variole, calculée par millions d'habitants, a été la suivante :

Prusse 5,767

Pays-Bas 5,721

Angleterre 2.376

Bavière ^'"'^

Ecosse • J.534

Suèae '■■'•'»

Ce ne peut être par l'effet du hasard que les paysoù la vaccination était obligatoire (Angleterre, Bavière Ecosse, Suède), ont relativementpeusouffertr i tandis que les contrées mal vaccinées, comme les Pays-Bas, la Prusse, — et malheureusement la France, — ont été cruellement éprouvées. Dans les Pays-Gas et à Berlin, on a, d'ailleurs, constaté que c'est la partie de la population comprenant le moins d'individus vaccinés qui a fourni le plus de victimes. Notons que plusieurs des années comprises dans cet intervalle ont été marquées par

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;lo3 épidémies de variole dans ces divers pays, ce qui augmente la valeur des rosullats constatés.

L'insuffisance du service de statistique en France ne nous permet pas d'établir la proportion décroissante de mortalité pour la variole. Mais nous savons qu'avant la vaccination, sur 100 cas de cécité, 35 provenaient de cette maladie. Aujourd'hui, la proportion absolue est réduite à -3 ou 4 pour 100, et tous les cas de cécité par suite do variole ont été constatés sur des sujets non vaccinés ou qui n'offraient pas de garanties d'une bonne vaccination. En somme, le nombre des aveugles, chez nous, a diminué d'un quart, et la surdité est notablement réduite depuis l'introduction de la vaccine.

IJe 1799 à 1816, les épidémies de variole ayant disparu, on crut que la vaccination avait déjà, triomphé du fléau. Mais, en 18IG, on constata des cas do variole chez des sujets vaccinés ; puis sévirent (1818-1824) de terribles épidémies qui proavèrent que la vaccine ne constituait pas un préservatif absolu. Elle eut alors ses détracteurs acharnés comme elle avait eu ses partisans enthousiastes.

On avait trop demandé à la vaccination. En efifet, la variole même ne préserve pas absolument contre ses atteintes futures. Dans une épidémie du Wurtemberg, sur 634 varioleux on a compté .39 récidives, dont 4 suivies de mort ; à Copenhague, il y a eu 153 récidives, dont 31 suivies de mort, sur 958 varioles.

Il est constant aujourd'hui que la variole ne proserve contre son propre retour et ne rend l'éfractaire b. la vaccine que pour un temps limité. Serait-il juste de demander à la vaccine une immunité plus probable ou plus prolongée '?

Dans un rapport h l'Académie sur un concours pour le prix Monthyon, le D' Serres a résumé ainsi la question : La vertu préservative de la vaccine est absolue pour le plus grand nombre des vaccinés et temporaire pour le plus petit nombre ; chez ces derniers même, elle est presque absolue jusqu'à l'adolescence ; la variole atteint rarement les vaccinés avant l'âge de 10 à Vi ans ; c'est h partir de cette époque et jusqu'à 30 et 35 ans qu'ils y sont principalement exposés ; outre sa vertu préservative, la vaccine introduit dans l'organisation une propriété qui atténue les symptômes de la variole, en abrège la durée ou en diminue considérablement la gravité ; la revaccination est le seul moyen d'épreuve que la science possède pour distinguer les vacciiiés qui sont détitiitivement préservés de ceux qui ne le sont qu'à des degrés plus ou moins prononcés.

Les médecins de tous les pays s'accordent à reconnaître l'exactitude de ces conclusions. Aussi la revaccination est-elle devenue obligatoire en Allemagne pour les élèves des écoles publiques et privées âgés de 12 ans; en Grèce pendant les épidémies ; en Russie et en France dans l'armée au moment de l'incorporation.

On peut classer comme il suit les succès de revaccination : jusqu'à 10 ans, 11 p. 100: de lia 15 ans, 12 p. 100; de 16 à 'JO ans, 19 p. 100 ; de 21 à 25 ans, 24 p. 100 ; de 26 à 30 ans, 17 p. 100.

Les revaccinations doivent avoir lieu aux époques suivantes : 10 ans, 20 ans et 40 ans. Il peut se faire qu'elles soient inutiles, mais, en tout cas, elles serviront de pierre de touche et inspireront une sécurité bien fondée. En temps d'épidémie ou lorsque l'on est exposé spécialement à la contagion, on fera bien, d'ailleurs, de ne pas attendre ces dates un peu arbitraires. Trop de sécurité ne saurait nuire, et, l'opération étant tout à fait inoffensive, on doit mettre toutes les chances de son côté.

En 1853, on a pratiqué en Prusse 44652 revaccinations. Sur ce nombre, 32612 individus seulement portaient des cicatrices vaccinales suffisantes ;

la revaccination réussit dans la proportion de 69 pour 100. Par conséquent, plus de la moitié des revaccinés se trouvaient sujets à la variole.

11 est impossible d'affirmer combien d'années peut durer la vertu préservative du vaccin, parce que, indépendamment de l'aptitude individuelle et des variations de virulence des germes de la petite vérole, on ne connaît jamais la valeur, la force du vaccin employé. Mais, toutes choses égales d'ailleurs, à mesure que le vaccin s'éloigne de sou origine, qu'il résulte d'un plus grand nombre de transplantations, il perd une partie de ses qualités. Il importe aussi de remarquer que l'on recueille souvent du vaccin sur des pustules trop vieilles. C'est au sixième ou .lu septième jour qu'il a le plus d'énergie : au dizième jour, la virulence a disparu .

Des exemples fournis par d'autres virus permettent de conclure, par analogie, à l'atténuation graduelle du vaccin en proportion du nombre de transplantations. Les récentes découvertes de M. Pasteur sur les virus du charbon, du choléra des poules et bien d'autres, ont singulièrement éclairé la question. Dernièrement, le D' Mégnin présentait à la So'^iété de biologie des dessins représentant le microbe (petit être) du cow-pox et celui du liorse-pox tels qu'on les voit au microcopc. Le virus équin, cultivé sur la vache, renferme des microbes qui mesurent un dix millième de millimètre de diamètre,etquise multiplient avec une rapidité extraordinaire : le virus humain eu tubes renferme un nombre moindre de microbes, plus petits d'un cinquième et qui se multiplient très lentement. Voilà sans doute une des raisons pour lesquelles le horse-pox et le com-pox, pris à la source ou après un petit nombre de transplantations, se montrent beaucoup plus énergiques que le vaccin ordinairement employé. On sait d'ailleurs qu'au bout d'un certain temps le virus vaccinal conservé perd ses propriétés. Cela vient de ce que le microbe spécial, qui s'est momifié par la dessiccation, n'est plus apte à revivre après un trop long sommeil.

On a essayé de rendre son énergie au vaccin invétéré, c'est-à-dire dégénéré par les transplantations, en le cultivant sur des génisses. Il a semblé parfois que, sur ce terrain, il tendait Ji reprendre une partie de ses propriétés originaires. Tout récemment, M. Pasteur, après avoir atténué un vil-us par des cultures systématiques, a réussi à lui rendre sa virulence par une série d'inoculations, de transplantations sur des êtres trop faibles pour réagir contre lui. Quoi qu'il en soit, la rénovation du vaccin sur la génisse n'est pas encore suffisamment prouvée. Et, le fijt-elle,nous ne saurions encourager ce moyen qui prête (on ne l'a que trop vu) au charlatanisme et à la spéculation illicite. Le plus souvent, on livre ainsi, sous le nom de vaccin de génisse, qui devrait être Aa cow-pox, un vaccin d'enfant simpleinent transplanté et affaibli une fois de plus. Il est certain, d'ailleurs, que dans les conditions ordinaires, la transplantation du vaccin, de vache à vache, l'atténue comme celles qui ont l'homme pour intermédiaire.

Pour renouveler sûrement — et honnêtement — le vaccin, il n'y a qu'un moyen, celui qu'a adopté l'année dernière la Société française d'hygiène. Un vétérinaire ayant signalé la présence à Paris d'un cheval atteint de horse-pox, le virus recueilli sur ses pustules a été inoculé à des vaches qui ont ainsi contracté le cow-pox et fourni de vrai vaccin originaire. Ce vaccin, cultivé sur des génisses et transplanté surdes enfants, a permis de renouveler le virus et de lui assurer — pour quelque temps — des propriétés énergiques.

Les adversaires de la vaccination répètent tous ces deux accusations : l'opération peut introduire à la fois dans le sang le virus préservateur et

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d'autres virus contagieux très redoutables ; — la vaccination afVaiblit l'individu et le prédispose à d'autres maladies, de sorte que l'avantage n'est ([u'apparent.

Il importe que le public soit édifié sur la valeur de ces deux arguments.

S'il est vrai que la vaccination expose à l'inoculation dautres maladies contagieuses, elle pourrait devenir une calamité publique. lUais en Angleterre, où les statistiques sont bien faites, les mcdecini n'ont pas encore reconnu d'infection de ce genre produite par la vaccination : il en est de même en Suède, dans le Hanovre, la Hesse, le Nassau et le Wurtemberg. La France et l'Italie, par contre, ont eu à déplorer des cas d'infection à la suite de vaccinations faites trop légèrement, sans vérifier la source du vaccin. Chez nous, on connaît hO cas qui ont produit un total de 750 infections. Voilà le nombre à mettre en comparaison de cent millions de vaccinés. Hâtons-nous toutefois de reconnaître que ces cas malheureux simt imputables à ceux qui ont procédé aux vaccinations sans prendre les précautions nécessaires, et que l'on peut toujours se mettre à l'abri de pareille éventualité.

Le second argument consiste en une supposition sans preuves à l'appui. Elle vise surtout la fièvre typhoïde, la phtisie, les scrofules, les dartres. Celles-ci sont parfois contagieuses, mais on ne connaît pas de cas d'inoculation. La scrofule ne se transmet que par hérédité. Les progrès de la phtisie paraissent surtout imputables i l'affaiblissement des constitutions sous l'influence d'une mauvaise hygiène : l'hérédité multiplie rapidement le nombre des sujets prédisposés, (juantù la fièvre typhoïde, dont la variole ne préserve pas, ce n'est point une maladie nouvelle, mais elle est rendue fréquente par l'encombrement des grandes agglomérations et disséminée faute de précautions nécessaires.

Aux allégations des antivaccinateurs la statistique répond d une façon victorieuse. Depuis la vaccine, la longévité a augmenté graduellement dans tous les pays où elle est généralement pratiquée, et pour les vaccinés pendant les premiers mois, la vie moyenne s'est allongée de trois années. Autrefois, l'Angleterre perdait annuellement 3000 varioleux par chaque million d'Iiabilarils. Après la vulgarisation de la vaccine, le chiffre s'abaisse i 770; puis à 340 sous le régime de la vàCc^nMion gratuite ; enûn, de 1854 à 18 3, sous le régime de la gratuité et de Vobliqation, la proportion a été de 171. Ce rapport de 171 à 3 000 ou de 1 à 16 mesure l'économie de vie humaine réaJisée en Angleterre, où cependant la loi n'est pas encore appliquée avec la rigueur désirable. La vaccination obligatoire en France économiserait chaque année la perte de 30U00 individus.

L'obligation existe déjà dans une partie de l'Europe. La Bavière donna l'exemple en 1807. 11 fut suivi par laSuède en 1816. parl'Angleterreen 18li7. En Autriche, en Italie, dans les Pays-Bas, la loi se borne à favoriser la vaccination et la rend seulement obligatoire pour ladmission dans les écoles, lors de l'incoriioration à l'armée, etc. En Suisse, l'ohligation existe pour presque tous les cantons. En Allemagne, une loi de 1874 s'applique à tous ' les États de l'empire, dont quelques-uns avaient | déjà pris des mesures plus ou moins complètes. ' Cette loi prescrit la vaccination de tout enfant ' avant l'accomplissement de sa seconde année, à moins d'une attestation médicale portant qu'il a eu 1» variole. Les vaccinations infructueuses doivent être renouvelées l'année suivante. L'enfant vacciné doit être présenté du sixième au huitième jour au yaccinateur chargé de délivrer les certificats. Les iiifractions sont passibles d'amendes qui peuvent s'élever à 6'2 francs ou d'un emprisonnement de un à trois jours. Les négligences dans la pratique

de la vaccination encourent une amende pouvant s'élever à b2."i francs.

Cet exposé succinct montre combien nous sommes en retard. Aussi l'immetise majorité des médecins et du public a-t-elle accueilli avec joie la proposition de loi du Dr LiouviUe tendant à rendre obligatoires la vaccination et la revaccination. Cette proposition de loi, prise en considération par la Chambre après avis conforme de la commission d'initiative, a été renvoyée à l'Académie de médecine, et, le 3 mai dernier (1881). l'Académie a voté à une très grande majorité le principe de la vaccination obligatoire et celui des revacciiîations iiuposées par mesures administratives.

Nous avons vu se reproduire chez nous, au sujet de ce projet de loi, tous les arguments si facilement battus en brèche dans d'autres pays ; inutilité finale de la vaccination i|ui déplace seulement la mortalité ; dangers possibles d'infection d'une autre terrible maladie. Puis on a soulevé aussi la question de liberté. L'obligation, a-ton dit, est attentatoire à la liberté du père de famille. En Angleterre, où le respect de la liberté individuelle est poussé jusqu'au scrupule, cette considération n'a pas fait hésiter les législateurs. Quelles que soient, en effet, vos idées personnelles — si vous êtes compétent — sur la vaccination, vous n'avez pas le droit d'exposer votre enfant à mourir pour vos idées : sa mon serait un homicide par omission. Et quant à vous même, votre liberté d'avoir la variole est limitée et combattue par le droit de vos voisins de n'en être point infectés par vous.

Quelques opposants ont mis en avant l'insuffisance des ressources actuelles comme personnel et comme vaccin. Qu'ils se rassurent. Une fois le principe de l'obligation établi par la loi, tout se résoudra en questions adniinistiatives et financières. Le personnel de médecins vaccinateurs ne manquera pas. Outre la gratuité pour les indigents, il serait bon d'établir des indemnités pour ceux à qui les formalités causeraient un dommage, cause ordinaire de négligence.

Quant à l'approvisionnement de bon vaccin, il suffirait, pour l'assurer, de donner des primes aux enfants vaccinifères bien choisis, et surtout d'offrir des récompenses suffisantes pour le signalement des cas de horse-po.x et de cow-pox spontanés. Ces cas sont beaucoup plus nombreux qu'on ne le croit généralement, et grâce à eux, on pourrait établir dans chaque département une culture de vaccin animal toujours renouvelé.

Tels sont les résultats que nous pouvons attendre de la lui Liouville. Sa mise en pratique sera un bienfait public. Elle conservera de nombreuses existences à la patrie et contribuera à donner un nouvel essor à l'accroissement de la population.

V. aussi l'article Vaccination dans la I" Pautie. [D' Saffray.]

VALÉRIAKÉES. — Botanique, XIX-XXI. — Etyra. : Du nom du genre ValvrinjKi (valériane).

Dcfii'ition. — Famille de plantes dicotylédonéos gamopétales épigynes, formant, avec les Dipsacéeset les Caprifoliacées, la classe des LonicÉniNÉES de Brongniart.

Caractères botaniques. — La graine des Valérianées possède un tégument séminal extrêmement mince, presque nul ; elle est protégée surtout par les parois du fruit, dans lequel elle reste enlermée jusc|u'au moment de sa germination. Sous le tégument se trouve l'embryon, droit, appliqué sur un albumen fort réduit, presque nul.

Les ni' ines sont grêles, fasciculées.

La tige est herbacée et annuelle ; ou bien elle présente un rhizome qui hiberne chaque année et i: émet au printemps de nouvelles pousses aérien- ; nés ; dans ce cas, les plantes sont vivaces. Ce

VALÉRIANEES

VALÉRIANEES

rliizomo ou .towlie des Valérianées est odorant et reclierclio pai- la pliarmacie.

Les fniilles sont opposées ; elles sont simples etentières, ou (luelquefois pinnatifides. Celles de la partie inférieure de la tige, appelées rnilicales, sont ordinairement si rapprochées qu'elles semblent former un fai-ceau, d"où le nom de feuilles /'nsciculées sous lequel on les désigne le plus souvent.

Lo pétiole assez court est toujours dilaté.

Les flcw s sont hermaphrodites, quelquefois diclines, parce que les élaniines de cirtaincs fleurs et le pistil de certaines autres ne se développent pas. Elles sont disposées en cymes ou eu corynibes.

Chaque fleur présente de l'extérieur i, l'intérieur :

1° Un calice épigyne gamosépale, dont le bord présente tantôt une dent, tantôt truis, et tantôt quatre. Quelquefois (Centianihe) ce calice e>t transformé en soies plumeuses qui sont roulées sur elles-mêmes avant la floraison, puis se déroulent et forment une aigrette qui a pour but de favoriser la dissémination du fruit (dissémination par le vent) ;

'1° Une corolle gamopétale, infundibuliforme, insérée sur un disque qui couronne l'ovaire. Cette corolle est ordinairement irrégulière ; son tube présente quelquefois à sa base une bosse i Valfliane) ou un éperon creux [Centranthe). Le limbe (le la corolle est ordinairement à cinq lobes;

;î° Un androcée composé d'un nombre d'étamines variable; le nombre normal semble être cinq; cependant il se trouve presque toujours réduit Ji quatre par l'avortement de l'une d'elles; et quelquefois il est réduit i trois ou à deux ou même à une. (Le Centranthe a une étamine, le I''édiii en a deux, la Valériane en a trois.) Ces étamines sont insérées sur le tube de la corolle. lueurs filets sont allongés, leurs anthères sont introrses, à deux loges à déhiscence longitudinale ;

4" Au centre de la fleur se trouve le style unique, terminé par un stigmate bifide ou trifide. Ce style surmonte un ovaire infère à trois loges, dont une seule est fertile et renferme un seul ovule unitégumenté etanatrope. Le nucelle de cet ovule se détruit de très bonne heure, parce que le sac embryonnaire fait saillie dans le micropyle et s'avance à la rencontre du boyau pollinique.

Le fruit est sec et indéhiscent ; du reste la déliiscenco serait ici complètement inutile, puisque ce fruit ne renferme jamais qu'une seule graine.

Usages des 'Valêrianées. — Une seule des plantes de celte famille est comestible, c'est la Miiche (doucette, boursette. salade de blé), dont les jeunes feuilles se mangent en salade en automne et an printemps. Son Jiom scientifique est Vulérialiclle ; Aen\ espèces sont comestibles.

Les autres Valêrianées ont été employées en médecine; elles entrent encore dans la composition de quelques médicaments ; ce sont :

1° La Va/érii ne o//icinale, dont la racine est très odorante; son odeur plaît particulièrement aux chats (|Ui se roulent dessus et en mangent même avec délices. On extrait de cette racine une essence très odorante, usitée autrefois comme antispasmodique ;

■.!° La Vtilérinne fini ou nard de Crète, dont la rarine a les propriétés de la Valériane officinale, m.nis à un moindre degré;

:i" Le Nard celtique (Valerinna ce/tica), petite plante des montagnes du Tyrol et de la Suisse, rerlierchée pour sa souche. Cette souche a en eftet des propriétés actives; elle entre dans la composition de l'électuaire nommé thériaque. Les Turcs en font un grand usage pour aromatiser leurs bains ;

'i' Le Nard indien, qui est la souche d'une

valériance de l'Inde, souche très recherchée dans l'Inde comme médicament et comme parfum. Ce nard indien n'est pas autre chose que le Spicanaid des anciens, dont les dames romaines faisaient un fort grand usage comme parfum. L'espèce qui possède cette souche n'est pas encore parfaitement connue.

La Valériane Phu et le Cenlrnnlhus ruber, nommé vulgairement Valériane rouge, sont cultivés dans les jardins comme plantes ornementales.

Famille des Dipsacées. — Carnclères botaniques. — Les Dipsiicées diffèrent des Valêrianées par les caractères suivants :

Leurs graines possèdent un albumen abondant au milieu duquel se trouve l'embryon.

Leur inflorescence est toujours un capitule.

Leur corolle ne présente jamais ni bosse ni éperon.

Leurs étamines sont toujours au nombre de quatre.

Leur ovaire est toujours uniloculaire.

Usages des Dipsacées. — 1° Les Scabieuses (feuilles et fleurs) sont usitées comme sudoriflques contre les maladies de la peau ;

2° Les capitules de la Cardère cultivée, nommée vulgairement Ch irdun à fou/on, ou Chardon des b'inne/i'-rs (Dp^a' us fullonum), sont pourvus de paillettes très serrées, dures, et terminés en crochet à leurs extrémités. Ils servent à carder les tissus de laine et ceux de coton.

Les Scabieuses sont cultivées comme plantes ornementales.

Famille des Caprifoliacées. — Caractères bnlnniqne<. — Les plantes de la famille des Caprifoliacées diffèrent de celles de la famille des Valêrianées par les caractères suivants :

Leurs graines sont pourvues d'un albuinen abondant qui enveloppe l'embryon.

Leur tige est souvent ligneuse.

Le nombre normal des étamines est cinq ; il y en a rarement quatre.

Leur ovaire a de deux à cinq loRes.

L'ovaire du chèvrefeuille a trois loges fertiles, ainsi que celui du sureau; l'ovaire du Si/mphonccirpus est à quatre loges, dont deux seulement sont fertiles. L'ovaire de la viorne est à deux loges dont une seule est fertile.

Chaque loge de l'ovaire renferme deux ovules ou deux rangées d'ovules.

Le fruit est une baie qui parait souvent uniloculaire, i cause de la destruction des cloisons de lovaire, destruction qui se produit pendant la maturation.

Usiiqfs des Caprifoliacées. — 1° Le Chèvrefeuille des jardins. Ses fleurs ont une odeur très agréable ; elles sont usitées comme sudoriflques et calmantes.

2° Le Si'reau commun {Sambiicus nigra). Ses fleurs sont sudoriflques ; on les emploie comme telles contre la morsure de la vipère ; on en extrait un hydrolat; elles servent aussi à donner à certains vins le parfum du nmscat. On prépare avec les baies du sureau un extrait que l'on nomme roh de sureau et qui est purgatif à la dose do 12 à 15 grammes. L'écorce de sureau est aussi usitée comme purgative contre l'hydropisie. On récolte pour cet usage l'écorce des jeunes branches, après la chute des feuilles, quand son épiderme est devenu gris et tuberculeux. On enlève cet épiderme en le raclant avec un couteau, de manière à avoir seulement l'écorce que l'on fait sécher.

3° Les fleurs et les baies de VHiéble (Sambucus ebuus) servent aux mêmes usages que celles du sureau noir. Ces deux sureaux diffèrent l'un de r.iutro eu ce que le sureau noir est un arbuste vivace, tandis que le ureai; hièble possède une

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