PALÉONTOLOGIE VÉGÉTALE
Epoque primaire. — On sait très peu de choses positives sur les premiers végétaux qui, ont vécu à la surface du globe. Cette ignorance tient surtout au mauvais état des empreintes végétales de l'époque silurienne, et peut-èire aussi i ce fait que jusqu'à une époque très rapprochée de la nôtre on a attribué fort peu d'importance aux débris végétaux qui ont été rencontrés dans les terrains anciens.
Dans le terrain silurien, on ne connaît en fait de traces végétales que de grandes algues coriaces nommées liilubitcs. Dans ces derniers temps, .VI. Lesquereux a cru pouvoir annoncer la présence d'é(|uisétacées, de fougères et de phanérogames dans le terrain silurien; ces faits ont besoin d'être confirmés. Dans les terrains dévoniens les traces végétales deviennent beaucoup plus nombreuses : on connaît plusieurs algues du groupe des dictyotées, très voisines des taenia et des zonaria, des fucoïdes et des corallines [Coraltina et Melobeaia). Outre ces algues caractéristiques de dépôts marins, on a signalé sous le nom de Piilophyton plusieurs rachis de fougères trop mal conservés pour qu'il soit possible d'en décrire exactement les détails de structure. On a signalé aussi plusieurs équisétacées, parmi lesquelles Bornia Ifdnsitionis, Calamités Suckowii. Tout dernièrement .vl. Renault a fait connaître un lépidodendron et un cordaita dévoniens. Les iépidodendrons représentent k cette époiiue reculée nos lycopodiacécs.Les salviniées étaient déjà représentées par un Splienophi/Uwn; les phanérogames, toutes gymnospermes, étaient représentées par des sigillaires et des Cordaites. 11 y a lieu de reprendre cette étude de la flort dévonienne, qui semble rattacher très intimement its formations dévonienne et carbonifère, la flore du calcaire carbonifère ne difl'érant en rien de ceUo du dévonien.
Avec l'époque houillère apparaît un prodigieux développement de la végétation. Ce développement n'a certainement pas été brusque ; mais les dépôts continentaux des époques silurienne, dévonienne et carbonifère sont trop peu étendus, et ont été trop pru explorés au point de vue de la paléontologie végétale pour qu'il soit possible d'arguer, de notre ignorance h leur sujet, quoi que ce soit de fondé relativement au développement du règne végétal avant la période houillère. — A l'époque houillère, qui se montre surtout comme une période contnieniale, une très grande partie de la surface de l'burope et de l'Amérique du nord était occupée par des marécages nordés de vastes forêts. On connaît assez bien la végétation de cetie époque grâce aux empreintes végétales conservées dans les schistes entre lesquels sont intercalées les couches do liouille, et grâce aux objets à structure conservée que l'on rencontre dans les silex houiUers de Saint-Etienne et dans les galets carbonates dOldham et d'Hardinghem. Les végétaux cellulaires, algues et champignons, étaient alors
représentés par des (Hidor/oinum, dos Snprolegnia, des Peronos/iora; si des hypothèses récentes sont reconnues exactes, il y avait à cette époque un développement prodigieux de bactéries; certains auteurs admettent en effet que la liouillo a été produite par des bactéries accumulées en nombre prodigieux, ayant subi la transformation en matière ulniique : cette matière ulmique aurait été ensuite transformée en houille sous l'action de la pression et de la vapeur d'eau. Cette hypothèse a besoin d'être démontrée; elle ne repose jusqu'ici que sur ce fait que, sauf de très rares exceptions, il n'est pas possible de reconnaître une structure dans la houille. Jusqu'à cette hypothèse, on admettait que les matières ulmiques, qui, sous l'influence du métamorphisme, avaient produit la houille, provenaient de la décomposition de grands végétaux, A l'époque houillère moyenne, à laquelle appartiennent les houilles du Pas-de-Calais, du Boulonnais, de la Belgique, les plantes vasculaires consistaient en cryptogames vasculaires et en phanérogames gymnospermes. Dans les marais houillers de l'époque, on trouvait des équisétacées dont les types étaient le Calamités Suckowii, le C. ramosus, le C. striatus, VAsterophyllites longifolid, VEquisetites. Les salviniacées sont représentées par de nombreux Sp/je;io/i/i(///!i»i, dont les épis ont reçu les noms de Macrostachya, de Volkmannia, et les racines le nom de Pinnularia. Les Sphenoi'hylluin et les Calamités traversent, presTiue sans variation, toute la période houillère; ils s'arrêtent avec la période permienne, les uns en donnant naissance aux vrais Erjuisetum, les autres en produisant les Salviiiia. On ne connaît pas de rhizocarpées proprement dites à l'époque houillère moyenne. Les lycopodiacées étaient représentées par des lycopodes en tout semblables aux lycopodes arborescenis de l'époque actuelle, par des sélaginelles et des Iépidodendrons. La partie souterraine de ces lépî hidendrons vîvailetrampaitdanslavasedesmarais decette époque ; on la connaît sous le nom de Sliyinnri'i. Les fougères sont représentées, à l'époque houillère movenne, par des ophioglossées gigantesques, telles que les Hotryopteiis, les C;/cloptms, par des maratiacées nombreuses, arborescoites, telles que les Lonchopteiis et les Nevro/iteris, les Pecnpttris, dont la tronc était nommé Psaionius et le pétiole MeduUoia ; par des lygodiées dont les feuilles sont nojnmées S/)/ie?io/J?erî.s-. Plusieurs couches de houille du bassin du nord de la France et do l'Angleterre sont dues, croit-oii, presque exclusivement à des débris de fougères. Les phanérogames gymnospermes étaient représentées à cette époque dans les mai-écages par les sigillaires (Rhytiiiolei'is , Favuluria, L ïodennaria , Clatki-aiia). Les sigillaires avaient coujme partie souterraine des pièces comparables à celles des Iépidodendrons et nommées aussi Stigmaria. Ces souches souterraines vivant dans la vase avaient des feuilles cylindriques dicliotomes, charnues, perméables, qui jouaient à tous égards le rôle de racines. Elles ressemblaient aux racines aquatiques qui garnissent la partie inférieure des rhizomes de nénuphar. Outre les sigillaires, qui sont des plantes voisines de nos cycadées aciuelles, il y avait plusieurs groupes très proches par^'Uts de celui-là; parmi leurs principaux représentants, nous citerons : les Noggcral/iia, les Bnlltivdendron, les Cycailoxylon, les Paroxyton. Les gnétacées étaient représentées par de grandes plantes terrestres désignées dans leur ensemble sous le nom de Cordiiïtes. Le nombre des espèces de cordaites était considérable. D'après celui de leurs graines aujourd'hui connues, on peut évaluer à quarante le nombre des genres que l'on désigne d'une manière générale par le nom de cordaïies. Les co- I uifères proprement dits n'étaient alors indiqués
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que par le seul genre Walchia, type de la famille des saxegolbées, dont le seul représentant actuel est le genre Saxe-Golhea, confiné aujourd'hui sur les hautes montagnes des Andes équatoriales. Les gymnospermes houillères étaient encore représentées par une grande famille, colle des calamodendrées, qui n'a plus de représentants vivants dans la période actuelle, mais qui était alors formée par les genres Arthropitus eXCalamodeiidron, auxquels, depuis les dernières recherches deM. B. Renault, on ajoute maintenant une grande partie des astérophyllites et des Annularia. Les cordaïtes, les saxe-gothées et les calaraodendrécs formaientà l'époque houillère moyenne d'immenses forêts à la surface des terres émergées. Sous le couvert de ces forêts vivaient les fougères et les lycopodiacées ; les marais étaient occupés par les équisétacées et les sphénophyllites, par les sigillaires et quelques aslérophyllites. La croissance de toutes ces plantes se faisait avec une rapidité extrême, et sans aucune interruption qui indiquât l'existence des saisons. L'eau abondait, ainsi que l'atteste le grand volume des éléments ligneux des plantes de cette époque. Mais si la croissance des êtres végétaux à l'époque houillère moyenne était rapide, leur destruction ne l'était pas moins.
La végétation de la période houillère supérieure, à laquelle appartiennent les bassins houillers de Saint-Etienne, de Conimentry, d'Autun, du Gard, de l'Isère, est caractérisée par une tendance géiiérale des plantes à acquérir des caractères plus terrestres et une physionomie qui se rapproche davantage des plantes modernes. Ainsi les calamodendrées, qui servent de transition entre les phanérogames gymnospermes et les phanérogames angiospermes, deviennent plus nombreuses, leurs genres se multiplient, et parmi les nouvelles formes produites, on voit s'indiquer déji les caractères des pipéracées et des casuarinées. Les cordaitos deviennent plus terrestres; en eux on reconnaît la souche commune dont vont partir les genres Welwitschia, Epliedra et Giieluin, qui sont à l'heure présente les seuls représentants de la famille des gnétacées. Les saxe-gothées sont représentées par des espèces plus nombreuses de Watcliia, et peutêtre par des dacrydiées. Les cycadées se réduisent presque au Cycadoxylon. Leurs autres repiésentants, les sigillairesdu groupe des Hhylidotepis et les Nogge7-at/iia, qui sont des formes végétales anciennes, disparaissent à peu près complètement. Dans les cryptogames vasculaires, nous observons une transformation analogue à celle que nous venons de faire connaître en détail chez les phanérogames. Les seules fougères qui persistent sont les S/thenopleris et quelques Pecopteiis ; les grandes ophioglossées disparaissent. Dans les équisétacées, on voit les Ccdamiles s'éteindre et faire place aux Etiuisetum proprement dits. Les spliénophyllées disparaissent également.
Époque secondaire. — Pendant la période permienne, qui fait suite à la période houillère supérieure, Icmersion du sol continue, du moins dans nos régions; la physionomie végétale prend un caractère de plus en plus terrestre ; mais entre la végétation de la période houillère supérieure et celle du permien, il n'y a pas assez de différence pour qu'on puisse faire de ces deux zones deux termes distincts de la série géologique.
La période iriasique est caractérisée dans l'histoire du développement des plantes par une pauvreté excessive de végétation. Cette pauvreté tient peut-être à ce qu'on ne connaît qu'un très petit nombre do formations d'eau douce qui appartiennent bien réellement à cette période. On ne connaît, en fait de végétaux triasiques, que de grands Equisctum, descendants directs des cquisétites carbonifères. 11 semble que, au moins en Europe, les
parties émergées aient été suffisamment élevées pour ne former que des régions lacustres et fluviolacustres très restreintes dont il n'est resté aucun vestige.
.\vec la période jurassique, nous trouvons une population végétale toute différente de celle de l'époque houillère. Les cordaites se sont transformés; ils ont produit les trois types des gnétacées actuelles, savoir : une liane, le Gnetum, qui vit aujourd'hui dans les forêts des régions équatoriales du globe ; une plante grasse des déserts sablonneux, le Welwitschia, qui s'est réfugié dans les déserts du sud de l'Afrique ; et une plante de rivage, VEphedra, qui habite les rivages sableux exposés au vent sur les côtes des mers des régions chaudes du globe. Les calamo dendrées proprement dites ont disparu, mais à leur place on voit dos pipéracées, des aroîdées représentées par le genre Williamsonia, des pandanées, des casuarinées, c'est-à-dire que dès cette époque les formes souches d'où vont sortir pcu' dantles périodes jurassique et crétacée toutes nos phanérogames angiospermes soiitdéjà constituées. Les conifères proprement dits sont presque tous constitués; ainsi les taxinées, les phyllo cladées, les salisburiées, les dacrydiées, les podo | carpées, les séquoiées, les araucariées, lesabié,' tinées, les junipérées et les cupressinées existen ■ avant la fin de la période jurassique. Les cycai dées sont réduites aux cycas, aux stangeria c aux zamiées. La population dos cryptogames vas culaires ne comprend plus que quelques lygodiées des osmondacées à feuilles coriaces, des lycopo diacéesà feuilles coriaces, et des Eguisetum.Si loii étudie chacune des familles que nous venons d'éi numérer, on voit qu'elle est représentée par dej végétaux arborescents à éléments ligneux étroild bien réguliers, sans variation de calibre, sans vaifj seaux. Presque toutes les plantes ont alors de feuilles coriaces, dures, linéaires, h stomates dispi ses en files. Toutes ces plantes ont en mêmetemp de nombreux canaux ré&inifères. Ce que nous devori conclure de tous ces faits, c'est que pendant lap' riode jurassique, de nouvelles étendues de terri ont émergé du sein des mers ; que ces terres s sont peuplées de forêts; que la sécheresse a é peu à peu s'accentuant, amenant les plantes prendre une physionomie générale qui rappel, beaucoup ce que nous voyons aujourd'hui dat nos bruyères. Les souches des phauérogamesangi' spermes se sont produites ; il en est de mêm« di principaux types des conifères et des gn^tacee Les cycadées, réduites presque aux zamiees, soi sont encore représentées par des se"™snombrev qui s'éteindront presque tous avec l'époque jura sique; elles ont déjà leur physionomie actuel!
Pendant la période crétacée, on voit se produi les palmiers proprement dits, quelques formi nouvelles de conifères, et des protcacées. La flo de l'époque crétacée est encore fort mal connu parce que les formations crétacées sont pour plupart exclusivement marines; ce n'est guère q dans le vvealdien, le néocomien, le gault et 1 grès verts du IVlaine qu'on a rencontré de loin • loin des débris végétaux. '
Epoque tertiaire. — .Nous arrivons très brU quement du jurassique pour ainsi dire aux dép< éocènes inférieurs, dont la végétation contine taie est très bien connue grâce aux belles recli( ches de M. de Saporta sur la flore fossile du gi;j ment de Sézanne. A Sézanne près de Reims, J existait à l'époque de la formation des sables » Bracheux une source incrustante analogue à ce» de Saiute-Allyre en Auvergne. Cette source a • cumulé i Sézanne des travertins qui sont enir rement pétris d'empreintes végétales admiralf ment conservées. Parmi les plantes reconnues .» M. de Saporta dans ce gisement, nous citer
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