‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 407 sur 459 · DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES PLANTES OU GÉOGRAPHIE BOTANIQUE · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES PLANTES OU GÉOGRAPHIE BOTANIQUE

Aux périodes houillère, jurassique et crétacée, nous avons vu que la physionomie du sol étant presque identique dans toutes les régions émergées, les hautes montagnes n'existant pas encore, la latitude et les saisons étant sans influence, la population végétale était sensiblement la même dans toutes les contrées du globe. C'est ainsr que les flores du Groenland, dn bassin houiller du nord de la France, de l'Algérie, du Brésil, du Cap et de la Tasmanie ont été reconnues comme étant identiques aux époques spécifiées ci-dessus. La seule cause qui règle la distribution des plantes à ce moment est la répartition des eaux et de la vapeur d'eau ; les plantes se laissent toutes ranger dans l'une de ces catégories : terrestre, d'eau douce courante ou tranquille, d'eau saumâtre, d'eau de mer, parasite, ou humicole ; les grandes algues sont confinées dès ces époques dans les eaux marines, alors que les gymnospermes les plus élevées habitent exclusivement la terre ferme. Postérieurement à la période crétacée, l'influence des saisons et celle de la latitude se faisant sentir en même temps que le relief du sol s'accentuait, les espèces végétales se localisent chacune dans les endroits où elles trouvent les conditions nécessaires à leur développement. Il y a, par suite du refroidissement continu, une émigration générale des plantes du nord ou plus généralement des régions polaires vers les régions équatoriales. Comme les divers végétaux ne supportaient pas également bien les variations des conditions ordinaires de leur vie, en même temps qu'ils se modilient plus ou moins vite, ils émigrent de leur point de formation pour se rapprocher des régions chaudes de la terre. Certains faits particuliers, comme l'extension et le retrait des glaciers, provoquèrent un mélange parfois très complexe de flores différentes, et assignèrent à certaines régions, comme le sommet des hautes montagnes, une population végétale qui ne se trouve plus aujourd'hui que dans des régions beaucoup plus septentrionales.

On a remarqué que chaque espèce végétale, pour se développer complètement et amener ses graines h maturité, a besoin d'une quanlité déterminée de chaleur, laquelle quantité doit, de plus, être appliquée à la plante en question dans une période de temps déterminée, parfois même entre deux époques définies dans le temps. Les causes qui limitent la quantité de chaleur reçne dans un temps donné sont, pour les régions voisines du pôle, l'obliquité des rayons solaires, ce qui est une conséquence de la latitude, et la durée relative des jours et des nuits, ce qui dépend à la fois de la latitude et des saisons. Plus au sud, on voit intervenir l'influence de l'altitude et de la proximité do la mer.

Dans la région polaire, limitée dans les deux hémisphères par les cercles polaires, la végétation, devant s'accomplir dans un temps très court et sur un sol à peine dégelé jusqu'à un mètre de profondeur, sous l'influence de rayons lumineux très obliques, ne comprend que des plantes rabougries et sociales. Dès que la neige qui recouvre la terre dans ces régions commence à disparaître, on voit comme dans les Alpes le sol se couvrir de fleurs avant qu'aucune feuille soit formée. L'appareil floral que la plante élève ainsi avec tant de hâte est formé aux dépens des réserves

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nutrilives accumulées par la plante dans ses parties souterraines, toujours très rameuses et très développées. La flore des régions polaires est entière; ment dépourvue d'arbres ; les plantesy forment des gazons serrés ; toutes sont sociales, c'est-à-dire qu'elles croissent en groupes, plusieurs spécimens d'une même espèce vivant côte à côte. Les types végétaux terrestres observés jusqu'ici dans les régions polaires du nord de 1 Europe sont des graminées, des composées, quelques ombellifères, des saxifrages, des rosacées, des cypéracées, des saules nains, des crucifères, des sélaginelles. On ne connaît ni la végétation aquatique d'eau douce, ni la végétation marine des régions polaires. Quant ;\ la végétation terrestre, son domaine est très limité, les glaciers, dans ces régions, descendant jusqu'au niveau de la mer. Dans les points les plus favorisés du Groenland, le sol, qui ne peut se couvrir de végétation qu'après la fonte de la neige, n'est revêtu de son manteau végétal que jusqu'à soixante mètres d'altitude. Le caractère dominant de la végétation est son allure gazonnante et souterraine, à floraison hâtive, à feuilles paraissant toujours après les fleurs, à souclies persistantes, comme si la floraison hâtive ne suffisait pas toujours à assurer la conservation de l'espèce.

Dans la région à laquelle on donne ordinairement le nom de zone tempérée et qui s'étend du cercle polaire aux tropiques, on rencontre diverses zones caractérisées chacune par leur végétation. Nous nous bornerons à passer sommairement en revue les plus importantes de ces zones : Comme premier type de végétation, nous prendrons celle de l'Europe centrale. Cette végétation est caractérisée par un développement puissant des plantes forestières nommées dans leur ensemble arbres feuillus, et dont les principaux types sont le chêne, le hêtre, le bouleau, le peuplier, le charme, le coudrier, le châtaignier, l'aulne, l'orme, les saules ; sous le couvert de la forêt abondent les ronces, les chèvrefeuilles, les muguets, les champignons, les lichens. Entre les forêts, qui ne dilTcrent entre elles que par le dogré d'humidité du sol, s'é:endent des plaines herbeuses couvertes de graminées, de composées, d'onibellifères, de crucifères. Les bords des cours d'eaux sont habités par des carex. des joncs, des arundo, des glycéries, des équisétacées. Les eaux courantes nourrissent des potaniogétons à feuilles élancées, des helodéa, des callitriches, des batrachospermes, des spirogyres, alors que les eaux dormantes sont peuplées de nénuphars, de lentilles d'eau, d'hydrocharis, de sagittaires, de typha, de spai'ganiers, d'algues vertes et incolores de toutes les sortes, vauchériéos, diatomées, volvocinées, hydrodictyées, oscillatoriées, characées, sphaignes. Près des côtes, sous l'influence du sel marin, les plantes deviennent cliarnues ou velues, ou encore échevelées, la végétation arborescente disparaît sous l'influence des vents de mer. La côte même est habitée par des chénopodéos, des plantains, des plombaginées, des glaux, des triglochines, des graminées, des éphédra. Le rivage est exclusivement habité par des algues, fucus, laminaires, floridées, ectocarpes, corallines, mélobésies.

Quand dans cette zone végétale on s'élève en altitude, on voit la végétation arborescente modifier son caiactère; les arbres verts ou conifères, les vacciniées et les rhododendrons remplacent peu à peu les arbres feuillus; à I 2nO mètres d'altitude ces derniers disparaissent presque complètement ; quant aux arbres verts, ce sont d'abord des pins, puis des sapins, puis des genévriers. Les sapins et les genévriers peuvent s'élever jusqu'à 1 8(J0 mètres d'altitude. La limite où ces végétaux cessent de se développer marque la limite de la végétation arborescente. Dans la zone

des sapins, le sol de la forêt est presque nu; il ne s'y développe que quelques parasites comme les champignons, les lichens, les monotropa, les neottia. Les eaux, presque toujours vives dans ces régions, sont habitées par une mousse, le fontinalis. Les bords des torrents et les creux des rochers sont tapissés d'iiépatiques. Les régions découvertes qui s'étendent parfois entre les forêts de sapins sont caractérisées par les vaccinium, les parnassia, les gentianes, les digitales. Audessus de la région des sapins, on rencontre la région des prairies ; là, sur la roche presque nue. les composées, les graminées, les saxifragées, les crucifères, les orchidées, les lycopodes, les mousses, les lichens forment un épais tapis. De même que dans les régions polaires, la végétation de ces hautes régions doit s'accomplir chaque année dans un temps très court, de juin à septembre ; aussi, dès la fonte des neiges, grâce aux réserves nutritives accumulées dans les parties souterraines des plantes, toute la prairie des hautes montagnes se couvre-t-elle de fleurs. Les fi-uilles viennent après les fleurs et la maturation des graines ; leur rôle semble uniquement consacié à la préparation d'une nouvelle réserve alimentaire en vue des besoins de la prochaine végétation. Les parties souterraines des plantes des hautes montagnes sont donc très développées, les fleurs sont hâtives, elles paraissent avant les feuilles ; le feuillage est souvent velu. Sur les prairies salées qui couvrent certaines falaises secondaires des mers du nord de l'Europe, la végétation prend parfois une grande ressemblance avec celle des hautes montagnes ; mais cette physionomie est due à ce que ces praiiies salées, nourrissant de nombreux troupeaux, sont si fréquemment tondues que les végi' ■ taux n'y peuvent subsister qu'à la condition d'y former un gazon feutré aussi épais ([ue celui dei régions alpines. On appelle région alpine i.i région comprise entre 1 8(J0 mètres d'altitude et la région des neiges éternelles. A la limite des neiges éternelles on ne trouve plus que quelques lichens.

On a souvent comparé les ensembles végétaux ou flores que l'on rencontre en j-'élevant du pied au sommet des Alpes aux flores que l'on voit se succéder en allant des Alpes vers le cap Nord, et l'on a conclu souvent à l'identité de la flore alpine et de celle des prairies polaires, tellement même que nous avons vu une hypothèse émise pour expliquer par une communauté d'origine cette idejiiité d'aspect. Toutefois, entre les conditions dans lesquelles ces deux flores sont placées, il y a une difl'érence capitale. La flore polaire reçoit sans interruption pendant tout l'été les rayons du soleil, mais sous un angle très oblique. Pour la prairie des hautes montagnes, par contre, les rayons solaires arrivent directement, plus chauds qu'en aucun autre endroit puisque la couche d'air qu'ils ont à traverser est faible; chaque nuit on revanche la prairie alpine est soumise à un rayonnement intense.

Ce qui précède nous montre que la température estivale et l'éclairement ont une influenc prépondérante sur la végétation, beaucoup plus qu'aucune autre cause; qu'après cette influcnf.J. de la température vient la répartition des eaux à l'état de vapeur ou à l'état liquide; et que la nature du sol n'a que peu d'influence. Toutefois certaines plantes présentent sous ce rapport des exigences spéciales, les unes ne pouvant se dov.lopper que sur un sol calcaire, les autres que sur uii sol siliceux. Les premières sont dites calcicoles, les secondes silicicoles. Ces exigences spéciales sont liées à une adaptation spéciale do l'absorption chez ces êtres ; cette adaptation est de même ordre que celle qui fait qu'une plante exige du sel marin pour se développer, ou (ju'une autre

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plante vit on parasite aux dépens d'une plante nonrric^o.

En allant de ITlurope occidentale vers l'Asie, on voit la végétation demeurer sensiblement la mfime dans toute l'Europe centrale, sauf peut-6tro eu ce qui concerne l'extension do la région des sapins : grâce en effet au climat continental, qui va s'accusant toujours davantage à mesure qu'on s'avance vers la hussic, on voit la limite inférieure do la région des sapins s'abaisser de plus on plus sur les montagnes. Le climat continental de la Russie ramène de môme beaucoup au sud la limite de l'extensiin des forêts d'arbres feuillus. Les montagnes de l'Asie centrale nous présentent les mêmes forêts que nos Alpes, mais les genres diffèl'nt; les ronifèrf'S deviennent plus abondants et l'ius variés; les rhododendrons présentent là leur maximum de développement et do variation spécifique.

Si de la France on s'élève vers le nord par l'Angleterre, on trouve une végétation herbeuse et forestière très peu varice ; la grande extension en uititude que nous observons dans ce sens est due lU climat marin de l'Angleterre et de l'Irlande, dont le ciel est toujours voilé de brumes épaisses, mais où en revanche les écarts entre la température estivale et la température hivernale sont peu étendus. Dans les régions où la latitude est faible, la culture des arbres fruitiers prend sa plus grande importance et donne les meilleurs résultais: le pommier y remplace la vigne. Plus au nord, en Angleterre, en Ecosse surtout, les forêts ne com- )irennent que les bouleaux, les aulnes, les saules, lus coudriers, les ifs, les pins du nord, les picea ; les plaines sont exclusivement consacrées aux pâturages, dont le fonds est formé par les graminées.

En Norvège, on voit s'abaisser la limite inférieure des forêts de sapins et celle de la flore alpine. A la hauteur de Christiania, la limite inférieure des sapins est descendue à 200 mètres, celle de la flore alpine est à 800 mètres. Un peu plus au nord, là où le Guif Stream ne se fait pas sentir, la forêt de sapins descend au niveau de la mer, la flore alpine descend à 100 mètres. Sur le versant oriental de la Laponie, on remarque que les limites inférieures des végétations des hautes montagnes descendent bien plus rapidement au niveau de la mer que sur la côte occidentale do la presqu'île Scandinave: c'est que là aucun courant marin ne vient rcchaulTor le sol et favoriser la végétation, dont le fonds est presque exclusivement formé par les lichens et quelques graminées. Le nombre des espèces phanérogames de la flore laponne est des plus restreints ; il se réduit en beaucoup de points à une soixantaine de plantes rabougries, herbacées, qui rappellent beaucoup celles de la flore polaire.

La végétation de la Russie du nord et celle de la plaine sibérienne ont une grande ressemblance entre elles ; CPS vastes étendues presque entièrement privées d'arbres ont une physionomie spô- ^'iale, et on les désigne sous le nom de toundra. Sur la lisière sud de la toundra, la végétation ■nborescente est représentée seulement par des Ijouleaux blancs, qui deviennent du plus en plus grêles et clairsemés à mesure qu'on s'élève vers le nord. Des saules nains, des vaccinium, des rhododendrons nous indiquent que la végétation arborescente des hautes montagnes, sous l'inflnencedu climat continental, est déjà descendue dans la plaine. La plaine basse, occupée par de grands marécages, est habitée par les carex, les graminées sèches, les renonculacées, les sphaignes, les lichens; lorsqu'on s'approche de la mer Blanche et de l'océan Glacial, la végétation prend les caractères de la flore laponne modifiée sous l'influence d'une humidité plus grande du sol, l'eau

provenant de la fonte des neiges ne s'écoulant que lentement, le sol ne dégelant par suite qu'à une très faible profondeur et demeurant toujours imbibé d'eau à zéro degré. La toundra s'étend à travers touto la Sibérie jusqu'au Kamtchatka. Dans l'Amérique du nord, nous trouvons entre le Canada et l'océan Glacial une n'gion, celle que traverse le fleuve Mackensie, dont la végétation rappelle celle de la toundra; elle est séparée de l'océan Pacifique par une contrée dont, la côte est toute couverte de forêts de conifères, ce qui tient à un échauffement de cette côte par des courants d'eau venus des régions équatoriales.

Si, partant des Alpes du Dauphiné, ou du Plateau central de la France, nous nous dirigeons vers le sud, nous voyons la végélalion se ressentir rapidement de l'élévation de température, due à l'iiifliienoe de la latitude sur I inclinaison des rayons solaires et sur la durée relative des jours et des nuits. En s'avançant vers la Provence, on voit apparaître lus oliviers, les amandiers, les pistachiers, les melons, les mûriers, les garances, les vins alcooliques, les santalacées, les pins pignons. Avec la Provence nous trouvons une modification de la flore tempérée méridionale à laquelle on a donné le nom déflore méditerranéenne, et dont les principaux types sont l'oranger, le palmier nain, les chênes verts, les térébiuthes, le myrte, les cèdres atlantiques, le pin pignon, les opuntia ou figuiers de Barbarie. Le sud de la région méditerranéenne produit les chênes liège, les alfa. Plus à l'est, dans l'Asie Mineure, on voit la vigne prospérer; la base des montagnes est couverte d'oliviers, de figuiers; un peu plus haut sont les arbres à fruits, teN que le pêcher, l'abricotier; on arrive ensuite aux forêts de conifères formées par les cèdres, les pins à feuilles coriaces, les pins à deux feuilles et à grosses graines. Sur l'Himalaya, on trouve une répartition des végétaux qui, vers le nord, se relie à celle de la flore chinoise, et qui sur son versant sud passe à la flore des Indes. Sur l'Himalaya, on observe qu'à mesure qu'on s'avance vers l'equateur la limite supérieure de lavégétation s'élève rapidement. Cotte extension a toutefois une limite qu'il faut attribuer à la raréfaction de l'air, raréfaction qui provoque chez les voyageurs le mal des montagnes. La b;ise du versant nord de l'Himalaya présente tous les végétaux européens, plus quelques autres qui lui sont propres. L'extrême richesse de cette région a conduit plusieurs auteurs à penser qu'il fallait y voir le berceau d'où auraient émigré presque toutes nos plantes. La flore chinoise, si proche parente de celle du versant nord de l'Himahiya, est caractérisée par le broussonetia ou mûrier à papier, les torroya, les céphalolaxus, le thé, le coton; dans la Chine du sud on voit se mêler aux plantes ci dessus le riz, des palmiers. Au Japon, on trouve l'arbre aux quarante écus ou ginko, et des cycas : ces plantes sont extrêmement anciennes ; nous avons vu qu'elles dérivent directement de la transformation des formes souches des conifères et des c\ cadées. Si nous franchissons le Pacifique, nous retrouvons en Californie l'équivalent de la végétation japonaise ; là les conifères sont prédominants; la Californie est la patrie dos seciuoia, des Pinus monophylla. Si l'on franchit les Montagnes Rocheuses, nous devons, grâce au climat contînojital do l'Amérique du Nord, descendre beaucoup vers l'equateur pour retrouver l'équivalent de la flore tempérée méridionale ; la culture du coton, que nous avons trouvée en Chine, a été importée en Amérique et y a prospéré. Dans les régions bisses, uKirécagcuses, les forêts sont formées par les cyprès chauves, les pins à trois feuilles, les cyprès. La surface des eaux dormantes est occupée par les rossolis, les azoUa.

Jusqu'ici nous n'avons point parlé do la végét;i-

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