VERS
VERS A SOIE
'bois rpcouverto de laine et do colcotar mouille.
Le fliiit-glass et le crown-glass sont des variétés do cristal d'origine anglaise; ils sont exclusivemont einployés pour la fabrication des instruments d'optiquo: lentilles, prismes, etc. Aujourd'hui, on en fabrique d'excellents en France. Les principales cristalleries françaises sont celles de Baccarat, de Saint-Louis, de Lyon et de Clicliy.
Le strass est un cristal très riclie en plomb, très doux et très rofringeni; aussi sert-il k imiter les pierres précieuses. L'émail, qui est également très riche en plomb, est un verre opaque.
Les verres colorés sont fabriqués comme le verre ordinaire, seulement on ajoute à la pâte des substances colorantes spéciales qui sont généralement des oxydes métalliques, tels que loxyde de chrome, l'oxyde de cuivre, qui donnent des couleurs vertes ; l'oxyde de cobalt, qui donne du bleu ; le peroxyde de manganèse, du violet, etc. Cesoxydesy sonltoujoursen très petitesquantités. Verres yraoés. — Nous avons dit plus haut que le verre n'était point attaqué par les acides ; il y a une exception : l'acide lluorhydrique, qu'on obtient en traitant le fluorure de calcium par l'acide sulfurique, attaque instantanément le verre à froid, en le décomposant ; l'action de cet acide rend le verre opaque quand elle est due à l'acide gazeux; la dissolution aqueuse de l'acide fluorhyhrique attaque aussi le verre, le creuse, mais le laisse transparent. Cotte double action de l'acide fluorhydrique est la base des deux procédés employés pour la gravure sur verre. En eflet, pour graver sur verre, on recouvre la pièce à graver d'une mince couche d'un vernis spécial, appelé vernis des graveurs ; puis le graveur enlève, avec un burin d'acier, le vernis partout où doit porter la gravure, et la pièce est alors exposée aux vapeurs d'acide fluorhydrique ; on lave avec la dissolution aqueuse de cet acide, le verre est attaqué partout où il a été mis à nu. Le succès de l'opération dépend de la beauté du dessin et du parfait enlèvement du vernis par le burin.
[Alfred Jacquemart.]
VEnS. — Zoologie, XXVII. — Les Vers forment le second sous-embrancliement de l'embranchement des Annelés " ; le premier sous-embranchement est constitué par les Articulés ". Les Vers sont des animaux dont le corps est formé d'anneaux, mais qui ne présentent pas de pieds articulés comme les insectes, les arachnides et les crustacés. Ils se divisent en deux classes : les Annélides, qui comprennent les vers les plus élevés sous le rapport de l'organisation ; et les Helminthes, êtres inférieurs, souvent parasites. Nous avons consacre des articles spéciaux aux Annélides et aux Helminthes.
VEKS A SOIE. —Zoologie, XXIV; Connaissances usuelles, II-V. — La plus brillante, la plus flue et la plus souple do nos matières textiles, celle qui conduit le moins la clialeur, est un produit azoté, d'origine animale, la suie, provenant d'insectes de l'ordre des Lépidoptères ou Papillons *. Presque toutes les chenilles ou larves de ces insectes ont de chaque côté du corps deux glandes, dites sérkirjènes, contenant, non pas un peloton do fil qui se déroulerait, mais une matière liquide visqueuse (fig. 1). Un filet de liquide de chaque glande se déverse au fond de la bouche de la chenille, se solidifie immédiatement en un fil qui se colle à son congénère, de manière à donner un fll unique formé de deux fils réunis et sortant par un petit tuyau dit filière, dépendance delà lèvre inférieure. La soie sert aux chenilles ii divers usages et notamment, à la fin de l'existence d'un grand nombre d'entre elles, à former une enveloppe dite cocon, dans laquelle doit s'opérer la transformation en nymphe ou chrysalide, sorte de second œuf où s'élabore l'organisation de l'adulte ou pa-
pillon. Le tissu de ce cocon est formé par un fil de soie continu, replié un grand nombre de fois
Fij. 1. - Glande à soie du ver à soie.
sur lui-même par les mouvements de la tête de la chenille, les diverses portions du fil se collant les unes aux autres par une glu naturelle qui les enduit ; la solidité de la coque de soie est en outre généralement augmentée par une salive spéciale, que dégorge la chenille à la fin de sa filature, et qui forme un enduit gommeux ou grès rendant impossible la séparation des replis du fil de soie sans un décreusarje artificiel plus ou moins difficile à effectuer. Le rôle physiologique du cocon est de s'opposer h l'évaporation de la chrysalide, facile à constater b. la balance, et qui peut amener la mort par dessiccation. Chez certaines espèces, toutes propres aux régions chaudes ou tempérées-chaudes et appartenant aux Kétérocères (ou « papillons de nuit n ; V. l'article Pflptilo7i), les cocons sont assez fournis on soie pour que l'industrie humaine en tire parti, en opérant soit leur dévidage, par une opération absolument inverse à celle de la filature avec accolements successifs du fil par la chenille, soit au moins leur canlnge au moyen des procédés communs à d'autres matières textiles ; les chenilles qui produisent ces cocons utilisables sont nommées Vers à soie, etla. sériciculture est la branche de l'industrie humaine consacrée à leur élevage, à leur reproduction, au traitement des cocons, et à l'extraction sous diverses formes de leur matière soyeuse.
Le ver à soie de beaucoup le plus important est celui du mûrier, et se nomme scientifiquement Sericaria mori. Le genre Sericaria tire son nom du mot sericarius, (lui veut dire ouvrier en soie, et se compose de quelques espèces propres i la Chine, aux Indes Orientales, aux lies de la Sonde, vivant surtout dans les régions montagneuses, et dont les chenilles se filent d'épais cocons, fermés aux doux bouts, d'une soie tiès fine ; elles vivent toutes sur les feuilles d'arbres ou d'arbusles de la famille des Morées (mûriers, figuiers). L'espèce type, que l'on ne connaît plus aujourd'hui qu'i l'état domestique, présente un papillon d'envirou 30 millimètres d'envergure chez le màlc, un pen
VERS A SOIE
VERS A SOIE
plus cliez la femelle. Le corps est très robuste chez la femelle, moins dans le niàle, les antennes grisâtres, bi-pectinées dans le mâle, dentelées chez la femelle, la spiri-tronipe et les palpes très rudimentaires, conformation en rapport avec ce fait que le papillon ne prend aucune nourriture. Les ailes bien développées, étendues à peu près à plat au repos, sont, ainsi i|ue le corps, d'un blanc généralement un peu jaunâtre ou grisâtre, les ailes supérieures très légèrement recourbées en crochet au sommet, ayant, dans beaucoup de races, chez les mâles, un croissant brunâtre sur le disque et deux lignes transverses brunâtres, qui se prolongent quelquefois sur les ailes inférieures, ces dessins le plus souvent effacés dans les papillons femelles. La clienille, ou le ver à soie proprement dit, est blanchâtre quand elle a atteint tout son développement, longue alors de 92 i i)G millimètres dans les fortes races, sans tubercules, ni poils, ni duvet, les segments épais, un peu gonflés, la tête petite, le premier segment renflé, les deuxième et cinquième segments de l'abdomen portant en dessus deux croissants noirâtres inversement tournés, l'avant-dernier ou onzième anneau muni d'une corne étroite, recourbée en arrière, ce qui fait ressembler le ver à soie à une chenille de Sphinx. La chrysalide est brune, cylindrico-conique, sans poils, ni crochets, ni renflements spéciaux ; le cocon qui la contient, arrondi et fermé aux deux bouts, est ample relativement au volume de la chrysalide et de l'adulte, en général plus ou moins régulièrement ovoïde, souvent un peu éiranglé au milieu, surtout quand il doit en sortir un papillon mâle ; ses couleurs habituelles sont le blanc pur, le jaune plus ou moins vif, plus rarement le vert-blanchâtre ou céladon ; en général les races à coconsjaunes sont plus nombreuses, plus robustes et plus fiéquentes que celles à cocons blancs. La multiplicité des races du ver à soie du mûrier indique une domestication très reculée, d'époque précise fort incertaine. On peut dire qu'il est aux insectes ce que lemouton est aux mammifères, c'est■.^ dire un animal abruti héréditairement, de sorte que la majeure partie des individus périraient sans les soins continuelsde l'homme. Les chenilles qu'onplace sur les mûriers tombent au moindre vent, ne sachant plus se servir de leurs pattes membraneuses ot de leurs couronnes de crocheti; pour se cramponner aux feuilles ; elles n'ont plus l'instinct de s'abriter sous les feuilles contre le soleil ou la pluie, ni de se soustraire aux regardsdes oiseaux et des insectes ennemis. Les femelles restent immobiles sur le plan de position, remuant à peine leurs ailes par intervalles ; les mâles tournent autour d'elles, en battant rapidement des ailes, mais sans sauter ni voler. Cependant, d'après les renseignements recueillis en Chine par l'abbé .Armand David, le ver ;\ soie existe encore dans certaines forêts de l'intérieur de la Chine, sans doute aussi des pentes de l'Himalaya oriental et peut-être de la PersH, où le mûrier blanc se trouve à l'état spontané. C'est très probablement un Boiubycien de vol rapide, à la façon de certains Bombyx de nos bois et de nos jardins.
Les auteurs anciens désignent sous le nom de Sères (du mot persan ser ou zer qui veut dire or) un peuple qui semblait, dès une antiquité fort reculée, faire son occupation principale de l'industrie de la soie. Cette dénomination paraît s'appliquer au peuple cliinois ; on s'accorde à regarder la Chine comme la patrie d'origine du ver à soie et du mûrier blanc {Marus atha, Linn.), sa nourriture de prédilection, et c'est du sein de cette vaste contrée que l'insecte s'est peu à peu répandu sur le monde entier. On a d'abord utilisé en Chine la soie du ver sauvage. C'est sous Hoang-ti (2C50 av. J.-C.) que le précieux insecte
fut rendu domestique, par los soins de l'impératrice Si-ling-chi, qui enseigna aussi l'art de filer le cocon et de tisser la soie. Les populations reconnaissantes élevèrent au rang des Génies l'épouse de leur souverain, sous le nom de Sien-thsan (la première qui a élevé les ver â soie), et une cérémonie religieuse annuelle rappelle encore, à chaque printemps, dans le palais impérial, sort souvenir vénéré, il l'époque où l'on commence à cueillir les feuilles de mûrier.
La soie se répandit peu â peu par le commerce à l'extérieur de la Chine. Du temps d'Ezéchiel (600 ans av. J.-C), la soie entrait dans la parure des femmes juives. Les vêtements nommés médiques par Hérodote et Xénophon étaient des tissus de soie. On en vit pour la première fois k Home aux jeux donnés par César (4H ans av. J.-C.) Plus tard, d'après 1 historien Lampridius, Héliogabale (■il'i-22'2), élevé dans les temples syriens, présida plusieurs fois le sénat avec des vêtements de soie, exclusivement réservés aux femmes. Les soieries se maintenaient à des prix excessifs, et, sous Aurélien (270-275), se payaient au poids de l'or. Aussi l'impératrice Sévérina, moins heureuse que bien des femmes do paysans et d'ouvriers d'aujourd'hui, se vit refuser une robe de soie par le maître du monde. C'est qu'en efïet le gouvernement chinois veillait, avec un soin minutieux, .'i ce qu'il ne pût sortir de l'empire que des tissus ouvrés, source d'immenses bénéfices. Des gardes vigilants ne laissaient passer ni cocons ni soies en fils: c'est ce qui explique les erreurs d'Aristote et de Pausanias sur l'origine exacte de la soie. C'est seulement au iv° siècle qu'on en trouve une indication juste dans une phrase des Homélies de saint Basile. On attribue à une princesse chinoise la propagation de la soie et du mûrier hors des limites du Céleste Empire. Fiancée â un roi de la Petite Boukharie, au centre de l'Asie, elle apprit qu'il n'y avait ni mûriers ni vers à soie dans sa patrie future, et, désolée à la pensée de se voir privée des riches étoffes qui faisaient sa joie et son orgueil, elle ne craignit pas d'enfreindre les lois les plus sévères. Elle cacha dans sa coiffure des graines du mûrier et des œufs de ver à soie: les gardes, n'osant porter les mains sur une princesse du sang impérial, laissèrent ainsi sortir les éléments d'un nouveau et important commerce pour les contrées centrales de l'Asie.
L'industrie séricicole fut longtemps â pénétrer en Europe, arrêtée par de jaloux monopoles. Pendant bien des années la ville de Turfau, dans la Petite Boukharie, fut le rendez-vous des caravanes venant de l'Ouest, et l'entrepôt principal des soieries de la Chine ; elle était la métropole des Sères de l'Asie supérieure ou de la Sérique de Ptolémée. Exoulsés de leur pays par les Huns, les Sères s'établirent dans la Grande-Boukliarie et dans l'Inde. C'est d'une de leur colonies, Sérinde ou Ser-Indi, qu'en ,So2, au péril do leur vie, des moines grecs de l'ordre de Saint-Basile apportèrent à Constantinople, à l'empereur Juslinien, des graines de mûrier et des œufs de ver ii soie, renfermés dans l'intérieur de cannes de bambou. On fit éclore les œufs à la chaleur du fuiuier, et les environs de Constantinople devinrent le lieu de production des tissus de soie que le commerce européen se procurait au moyen âge. C'est de là que Charlemagne fit venir Sun riche manteau ; c'est Constantinople qui fournit aux abbés de Saint-Denis l'orifiamme, ou bannière de soie rouge à flammes d'or, qui, à partir de 1124, devint l'étendard des rois de France et les suivit dans les grandes guerres. De Constantinople, la culture du mûrier et l'élevage du ver h. .soie se répandirent d'abord eu Grèce, et surtout dans le Péloponèse, qui dès lors reçut et garda le nom de Morée (d&
VERS A SOIE
VERS A SOIE
inciritf, iiiùrierl. Au viii° siècle, les Arabes apportèrent celle industrie en Espagne, où le mûrier iHiir {Moncs nigva, Linn.) fut d'abord seul cultivé, tandis que le mfirier blanc, bien préférable, demeurait conliné en Grèce. En lilC,Hoser II introduisit la cukiiri' de ce dernier arbre dans la Sicile et dans la Calabre ; mais ce n'est qu'au xV sièclo qu'elle atteisnit les limites septentrionales de l'Italie. C'est, par la l'rovence que le mûrier et le ver ;\ soie [lassèrent de là en France, comiue conséquence de l'occupation du royaume deNaples par li-s princes de la maison d'Anjou, et, sous les papes, on trouve établie, dans le comtat d'Avignon, la culture du mûrier et l'industrie de la soie. En Ut'6, Louis XI transporta en Touraine, au Plessis-les-Tours, le mûrier et son précieux insecte. Catlierino de Médicis encouragea avec ardeur l'industrie qui florissait dans son pays, et, sous son influence, des pépinières de mûriers s'établirent près de Toulouse, dans le bourbonnais et dans l'Orléanais. Partout où vient la vigne croît le mûrier, et même au-delà, disait Olivier de Serres; par ses conseils et ceux de Barthélémy de Lafri'nias, contrôleur général du commerce, l'industrii' s.'i i'm oli' i.iit, sous le règne de HenrilV," une ext.'ii»! MiMilrrable. Les mùi-iers se propagèrent d.iiis mut II- royaume, et, en HiOl, il en Int" planté au 'liiileries, où s'installèrent une magnanerie et une filature de soie. L'industrie de la soie reçut, sons Louis XIV, un grand accroi^sement grâce à Colbert, qui rétablit les pépinières et fit planter des mûriers aux frais de l'Etat, sur les berges des cbemins. C'est sous Louis XIV que fut introduite dans les Cévennes l'industrie séricicole, qui fit la riciiessG de ces pays montagneux. Le Languedoc, la Provence, le Daupliiné, le Vivarais, le Lyonnais, la Gascogne, la Saintongo, la Touraine, se couvrirent de mûriers. Colbert ne se borna pas à poiter au plus baut degré la culture du mûrier, il tourna ses soins du côté de la fabrication des soies et lit venir, de Bologne, un nommé Benais, pour établir des tirages de soie et des moulins, et les soies de son tirage furent bientôt au pair avec celles de sa patrie. Le roi, par arrêt du conseil du 30 septembre 1G60, accorda de grands privilèges aux entrepreneurs de la fabrique de soie et organsins, façon do Bologne. Louis XIV fit rendre plusieurs arrêts pour favoriser l'établissement des manufactures de soie. Des pépinières de mûriers furent établies dans diverses provinces : ainsi dans le Poitou en 1745, dans la Gascogne en I75(i, puis dans les environs de Tours, de Muntauban et de Gretioble : les arbres de ces pépinières furent distribués gratuitement. De 1700 i 1788 la France produisait environ G millions de kilogrammes de cocons par an. Cette production tomba de moitié dans les temps troublés de la première Fiépublique. se releva sons le premier Empire et dans les premières années de la Restauration, sans tiiutefois revenir au chiffre précédent. C'est k partir de 1830 qu'elle reprit un mouvement ascendant considérable, jusqu'en 1854, où se font sentir, pour la première fois, d'une manière grave, les atteintes de l'épidémie. 11 est aisé de démontrer par quelques résultats numériques toute l'importance de l'industrie qui a pour origine le bombycien dont nous faisons l'histoire. En 1805, M. J.-B. Dumas fut le rapporteur au Sénat d'une pétition de sériciculteurs du midi de la France, réclamant un dégrèvement d'impôt en raison de l'épidémie. Il évalue à 1 100 millions de francs la production annuelle de soie sur tout la terre, chiffre dans lequel la France figurait en moyenne pour 100 millions, et qui s'est élevé à 117 millions en 185.3, dernière année de la grande production indigène. Une once de r/raiiies ou œufs (-30 grammes), du prix normal de 4 à 5 francs, donne, dans les bon-
nes années, 50 kilogrammes de cocons, au prii moyen de 5 francs le kilogramme. Avant l'épidémie, on consommait, année commune, pour 3 ou 4 millions de francs de graines, représentant un poids de .33 000 kilogrammes, et (iOO raillions de kilogrammes de feuilles de mûrier. Les feuilles représentent, par année moyenne, une valeur de 50 il 00 millions de francs. Si on réfléchit que, de plus, la manufacturalion des cocons récoltés comptait par an, terme moyen, en France, pour une somme de 100 millions de francs, on voit à. quelle valeur énorme so montait, avant l'épidémie dont la sériciculture française n'est pas encori? parvenue h se relever, le résultat de l'élevage d'une seule espèce séricigène. et comment l'entomologie d'un chétif insecte se lie h des intérêts nationaux de premier ordre.
Le ver îi soie a été, en quelque sorte, créé pour le mûrier et réciproquement, de sorte que l'Iiisloire de l'animal est corrélative de celle du végétal. En naissant le jeune ver mange à peu près tout, notamment les fcuilli'S de laitue, mais, en se développant, les chenilles ne tardent pas à refuser les feuilles autres <\\ie celles du mûrier ou h périr dt! dysenterie. La feuille de scorzouère réussit assez longtemps et peut donner une première génération de vers filant de détestables cocons; puis la race s'éteint en général à la. seconde génération. En France, on doimo le mûrier aux vers h soie non pas au ramemi. comme eu Turquie et en Syrie, mais à la feuille- On fait ordinairement la pietnière cueillette, suivant la force du mûrier, de la troisième à la quatrième année de la transplantation de pi^pinière. Pour enlever la feuille, on prend la branche d'une main et on glisse l'autre île bas en haut et non à l'inverse, car on ferait sauter les bour^^eons et on déterminerait des plaies à l'écorce. On cueille ainsi feuille ît feuille, en respectant les bourgeons, en laissant les deux feuilles les plus élevées du rameau, afin qu'elles facilitent le développement du bourgeon terminal. Une fois qu'on a commencé à cueillir les feuilles, il faut en dépouiller l'arbre entier; car si on en laissait sur certains rameaux, toute la sève s'y porterait au détriment du reste du végétal. A mesure qu'on effeuille un arbro, on doit séparer les mûres et ne pas les mêler avec les feuilles dans les sacs, de peur d'altérer celles-ci. Aussitôt les charges de feuilles rapportées, il faut retirer les feuilles des sacs, li^s étendre dans un lieu aéré et ne pas les laisser amoncelées, car elles s'échaufferaient, fermenteraient et donneraient des maladies aux vers.
Dans le midi de la France, on donne le nom de niarpians ou inaguns aux vers à soie, do magnaiiei-ies aux locaux où se fait l'élevage de cette espèce, (|ui est domestique et non acclimatée, de mngnauieis aux personnes qui entreprennent et dirigent ces exploitations. On doit éviter le voisinage des cours d'eau et surtout des eaux stagnantes, les fimds des vallées h températures trop inégales : il faut clioisir un petit monticule où règne un grand courant d'air. Le mieux est de disposer le bâiimtmt du nord au sud, ayant sa plus grande face au levant ; il doit être percé de nombreuses fenêtres. Au rez-de-chaussée se fait le dépôt des feuilles, au premier est l'atelier, au second un grenier pour sécher les feuilles mouillées. Pour une bonne éducation un gramme de graine exige un mètre carré de surface; en général et k tort on lui accorde moins. Une once de graine de 30 gramiues contient environ 40 000 œufs et demande, en nombres ronds, iOiO kilogrammes de feuilles pour donner, comme plus haut produit possible, mais très rarement obtenu, 100 kilogrammes de cocons. En moyenne ordinaire !a feuille ne donne que 5 p. lUO de son poids de co-
VERS A SOIE
VERS A SOIE
cons. L'atelier offre une pièce servant de chambre d'incubaiion pour les œufs et où on élève les jeunes vers jusqu'à la première mue. Puis vient la chambre d'élevage pour le reste de la vie de la chenille, et enfin une iijfirmerie pour les vers malades. Le chauffage s'opère au moyen de cheminées ou de calorifères h bon tirage. Des montants, enclavés dans le carrelage de la magnanerie, portent des tablettes en bois ou en roseaux eiitrelacés, sur lesquelles sont placés les vers. Des corbeilles d'osier, ou clayons, servent h transporter les vers sur les tablettes, et aussi à les contenir jusqu'il la première mue. Le r/élitage est l'opération par laquelle on change les vers de litière en leur apportant des feuilles nouvelles, et les dédoublements consistent à transporter les vers sur de nouvelles tablettes, à mesure qu'ils grandissent. On ne doit jamais toucher les vers à la main, précaution géiicrale du reste pour toutes les chenilles de papillons dont on entreprend l'éducation. On se sert pour cela de filets de fil ou de forts papiers percés de trous proportionnés à la grosseur des vers ; on y place les feuilles fraîches, les insectes passent à travers les interstices pour gagner les feuilles; on les enlève alors d'un seul coup et on se débarrasse des litières putrides. Quand les œufs éclosent, on jette dessus des bourgeons de mûrier et on les ramasse bientôt cliargés de petits vers, ou mieux on verse de la feuille, hachée menu, sur des papiers percés de petits trous dont on recouvre les œuls dans la chambre d'incubation. La feuille hachée présente aux jeunes chenilles une multitude de bords artificiels, par suite bien moins de fatigue pour chercher les aliments, car c'est toujours par les bords que les chenilles attaquent les feuilles. Pour distribuer la feuille hachée à divers degrés variables, on se sert de tamis de divers périmètres de réseau, ce qui donne une distribution bien plus régulière que celle opérée à la main. Un point capital pour les magnaniers, c'est une parfaite égalité dans l'éducation des vers ; il faut que les changements de peau, pendant lesquels les vers ne mangent pas. se fassent en même temps pour tous, afin d'économiser la feuille par périodes générales ; on laisse jeûner les premiers vers éclos pour assurer celte précieuse uniformité de transformations. Les races de vers à soie que nous élevons en France sont univollines ou annuelles, ne donnant par an qu'une éclosion de papillons, dont les œufs passent sans éclore le reste de l'été, l'automne et l'hiver, ne produisant les clienillettes qu'au printemps de l'année suivante. Dans les pays chauds on se sert de races polyvoltines donnant plusieurs générations par an. Une race bivoltine, donnant une seconde éducation en juillet, convient peu à notre climat; la feuille do mûrier est devenue trop dure, et la forte chaleur amène le danger des touffes ou asphyxies foudroyantes des vers. L'étude de l'éclosion des œufs et des diverses périodes de la vie de la chenille va compléter les notions générales sur les magnaneries et aidera à les bien comprendre.
Les œufs des vers à soie, ce qu'on nomme la -ji-uine, ont été pondus par les papillons femelles, soit sur des étoffes de laine, soit sur toile, soit, mieux encore, sur des cartons ou de forts papiers, car les cartons produisent bien moins réchauffement de la graine et ne sont pas attaqués par les teignes, comme les étoffes de laine. Les œufs adhèrent au moyen de l'enduit collant habituel aux œufs de papillons; il est très faible chez certaines races de vers à soie, ainsi les races grecques ; alors les œufs sont conservés dans de petits sachets, ce qu'on fait quelquefois aussi pour les autres œufs, après qu'on les a décollés par immersion dans l'eau. Il est facile de peser les œufs adhérant à un carton, au moyen d'un carton de
tare. Les œufs sont tous d'un jaune clair au moment de la ponte; s'ils sont féconds, ils passent, au bout de peu de jours, à une couleur d'un gris cendré ; quand s'opère le travail de la chambre d incubation, cette couleur se rapproche peu à peu du bleu de ciel, ensuite du violet : puis elle redevient cendrée, puis tirant sur le jaunâtre, enfin d'un blanc sale, au moment où le ver, alors entièrement formé dans l'œuf, va sortir. Pour prévenir les éclosions prématurées avant l'apparition des feuilles du mûrier, on réfrigère les œufs, h, la cave ou à la glacière, en suspendant les sachets ou les carions dans des caisses de fer-blanc ou de grands bocaux de verre, qu'on a soin d'aérer de temps à autre, en évitant le contact soit de la glace, soit de l'air saturé de vapeur d'eau. L'époque propice arrivée, on procède à l'incubation des œufs, dans une chambre chauffée par des poêles ; elle se faisait très anciennement à la chaleur du fumier, puis, pendant longtemps, à la chaleur humaine ou à celle des lits. Le ver ronge d'abord la pellicule interne de la coque, qui prend alors un aspect blanchâtre et trouble; puis le ver attaque la coque elle-même, ,\ l'ouverture micropylaire, par où s'est opérée la fécondation dans l'oviducte de la femelle, et on voit h la loupe son bec (mandibules) en train d'user lentement le chorion corné. C'est principalement le matin qu'éclosent ces œufs, et, dans une proportion considérable, de cinq heures à sept heures du matin.
On donne le nom i'dyes du ver à soie aux périodes de son existence séparées par des mues ou changements de peau. Dans une éducation de trente-deux jours, opérée à 20" cent., condition excellente comme hygiène, le premier âge comprend 5 jours, le second 4, le troisième G, le i|uatrième 7 et le cinquième 10. Ces âges sont séparés par les mues, pendant lesquelles l'insecte reste immobile et sans manger sur la feuille, le corps à demi-relevé, à la façon des chenilles de Sphinx, auxquelles il ressemble par sa tête petite, son premier anneau très renflé et sa corne anale (fig. 2).
On nomme sommeils ces périodes de jeûne et de repos, et frèzes celles de voracité. La tête du ver, qui ne grossit pas, paraît allongée et noire quand il se dispose :\ muer, et, au contraire, grosse et peu foncée après la mue. Le ver jette autour de lui des fils de soie qu'il attache, comme supports, aux objets voisins, et, appuyé sur ces fils, il sort de son ancienne peau, qui se fend au milieu du dos. Au premier âge, le ver à soie est noir, poilu, puis de couleur noisette au moment où va s'effectuer la première mue; il faut alors .3 kilog. et demi de feuilles par once de graine (30 grammes). Lors du deuxième âge, le ver est presque glabre, d'un cendré foncé, à anneaux apparents; il devient bientôt d'un gris clair et enfin d'un blanc jaunâtre, avec apparition des croissants sur les second et cinquième anneaux de l'abdomen. Il consomme alors plus de 10 kil. de feuilles par once de graines. Le ver est sans aucune villosité dans le troisième âge, d'un blanc terne allant en s'éclaircissant, la tête rousse ; quelques-uns, qu'on nomme moricaud'i ou bowhards et qui constituent une race robuste, restent toujours bruns ou noirâtres; il faut alors 35 kil. ne feuilles. Au quatrième âge il est nécessaire d'opérer le dédoublement, pour
VERS A SOIE
VERS A SOIE
donner aux vers uno plus grande surfaco. La nourriluro exige KlU kil. de fouilles, en tout, jusqu'ici environ IfiOlcil. Le cinquième âge est celui des maladies graves et subites; les vers ont alors une très grande voracité et consomment plus de G.Mi kil. de feuilles. Au septième jour de cet âge leur faim est insatiable; c est la (/ra'i'fe frèze ou lii'iffe, la furin des llalicns. lui ce jour les vers issus de 30 grammes de graine consomment en poids autant que quatre chevaux, et le bruit de leurs mandibules et mâchoires ressemble â celui d'une forte averse. A la fin de cet âge, le ver, prêt à filer, va recompenser le travail et la dépense du magnanier. On reconnaît la maturité ou mnntée aux caractère? suivants : les vers montent sur la feuille sans la' mordre et dressent la tête; ieur corps est translucide, de la couleur d'une prune jaune ou d'un raisin blanc très mur; ils cherchent à grimper sur les bords des claies; leurs anneaux se raccourcissent et la peau de leur cou se ride, leur corps devient mou comme une pâle; enfin la plupart des vers traînent après eux un long fil qui sort de leur filière buccale.
A l'état sauvage, le ver établissait son cocon dans les branches mêmes du miirier, en l'entourant de fils grossiers entrecroisés, filés en premier, servant de fils d'attache et qu'on appelle /jave. Domestique, il ne procède pas autrement ; il faut donc lui donner les moyens d'attacher son cocon, construire ce qu'on nomme des e7icahaniii)es{ûg. S). On
le cocon, formé d'un fil continu mais non homo" gène, constituant des couches ou robes superposées pouvant aller jusqu'A six, selon laviguoir et la grosseur de la chenille (lig. -i). Los premières couches
se sert pour cela, et suivant les pays, do branches lie diverses bruyères, de genêt, de petit houx, do l>uis, de liges de colza, de sarments de vigne, etc. ; ees rameaux sont disposés h l'avance dans des tasseaux ou tringles do bois, afin de perdre le moins de temps possible, l'encabanage devant être très rapide ; car, dans une éducation bien conduite, tous 1rs vers sont prêts k monter :\ la fois. Généralement on dispose les branches en lignes transversales sur les claies, Ji .M) contim. de distance; lis extrémités pressées par la claie supérieure s abaissent et l'élasticité produite maintient ces liiMnches debout. On incline alors légèrement les ranches des deux rangées les unes vers les autres, (II' sorte qu'il se forme un arceau ou cnbiine. Les rncabanages ont l'inconvénient de multiplier les cliances d'incendie, d'intercepter la circulation de l'air et de faciliter la formation des cocons doubles^ non dévidables, ceux pour lesquels deux chenilles s'associent pour filer en commun. 11 est préférable de se servir des claii'S coconnières Davril, formées de séries de tringles de bois parallèles, offrant entre elles la place d'un cocon, mais très difficilement d'un cocon double. Il y en a une horizontale, parallèle k la tablette qui porto les vers, et d'autres verticales, tout autour, allant de la litière à la claie supérieure horizontale. Avec ces appareils le décoconage est prompt, et on voit immédiatement les vers morts et les chk/iifs ou cocons inachevés, et on peut les retirer pour qu'ils ne salissent pas la soie.
Après les fils rameux de la bave d'attache, vient
sont floconneuses, s'enlèvent facilement et forment la bourre, qui sera cardée avec les déchets du filage ; puis vient la soie proprement dite, qui doit être dévidée sur Ic^ tour, et enfin un tissu interne, contre la chrysalide, si serré qu'il devient une mince pellicule ou peletle, qui finit par n'être plus dovidable, d'autant plus tôt que l'ouvrière est moins adroite. La longueur totale du fil du cocon du ver h soie est considérable et n'est pas inférieure à mille mètres chez certaines races, tant pour la partie dévidable que pour la partie non dévidable; il est maintenu accolé dans ses replis par un grès naturel, facile au reste b. décreuser, car il suffit de l'eau chaude et au plus bouillante; il est important pour l'industrie de choisir les races qui donnent, S poids égal, les fils les plus longs et les plus fins, pour avoir moins de frais et de déchets.
Le ver h soie mot trois ou quatre jours à filer son cocon sans muer; seulement ses anneaux se resserrent et il se raccourcit beaucoup, outre la perte de poids qu'il subit à mesure que se vident SCS glandes séricigènes. En outre il faut deux ou trois jours pour la transformation en chrysalide (cinquième mue) ou lo passage au sixième âge. Les sexes existent déjà dans les chrysalides, développés et non rudimentaires comme dans les chenilles. Une fois les chrysalides formées, on opère le dévamage ou décoconage, c'est-à-dire on retire les cocons des encabanages ou des claies cocomiières. On a d'abord grand soin d'enlever les vers morts et putréfiés, qui tacheraient la soie des cocons. Puis on procède au triage des cocons, car il en est qui ne peuvent être filés, et doivent être réunis aux Irisons, aux bourres et aux pelettes et subir le cardage. Tels sont les cocons satiné^, dont la surface, d'un grain lâche et inégal, paraîtboursoufflée ; les cocons qui contiennent des vers muscardinés et desséchés, ce qui les rend trop légers, de manière à remonter à la bassine jusqu'à la filière et à faire casser le fil ; les cocons percés ou vitrés, c'est-h-dire naturellement ouverts h l'un des bouts ou pointus et très faibles en soie; les chiques, qui ne sont formées que d'une mince couche de soie, à la façon des cocons de certains de nos Bonibyciens indigènes ; les cocons doubles, les cocons très petits et difformes, etc. Après le décoconage on procède au débourrugc, qui se fait mieux avec les doigts qu'avec des machines. Quand on vend les cocons, il faut vendre le plus tût possible après le déramage, car l'éclosion d'un seul papillon détournerait l'acheteur, qui pourrait, à bon droit, croire à l'existence de beaucoup de cocons percés. On ne peut vendre après
VERS A SOIE
VERS A SOIE
l'etoufifage, vu la prompte dessiccation dos chrysalides tuées et la perte de poids qui est des plus variables. Les cocons perdent aussi de leur poids avant l'étouffage, par suite de lëvaporation des chrysalides vivantes, que le cocon n'empêche pas complètement. Le meilleur moyen pour Vétouffiiqe des chrysalides, avec la moindre altération possible de la soie, est un courant d'air chaud, alimenté au moyen d'un poêle ou du calorifère de la magnanerie (procédé Camille Beauvais). Avant de cesser l'air chaud, on essaie sur des chrysalides rerroidies si la mort a eu lieu.
Le dévidage des cocons se fait au moyen d'eau chaude, qui ramollit sans l'enlever la matière gommeuse collant le fil. Autrefois chaque fileuse avait devant elle une bassine de cuivre, large et peu profonde, établie sur un fourneau. En 1S0.S on substitua h cet outillage isolé l'appareil Genseul, qui amène dans les bassines la vapeur d'eau à haute pression, à volonté, au moyen de robinets. Pour chercher les bouts de soie des cocons, on se sert de petits balais de bruyère, avec lesquels on bat les cocons jusqu'à ce que les brins de fils s'y accrochent. Ce battage est une opération fort délicate et qui exige une main très exercée pour accrocher les cocons sans les percer. On commence par faire la purge des cocons, c'est-àdire enlever d'abord les fils multiples et les bouchons. La fileuse reçoit dans sa main gauche tous ces fils, dits frisons, et qui seront cardés avec la bourre ou première veste des cocons. On arrive ainsi ;\ n'avoir plus qu'un seul fil par cocon. 11 serait difficile, presqu'impossible. de filer en grand les cocons un par un, et d'ailleurs la soie serait trop fine. Il faut réunir les fils de plusieurs cocons pour en former un brin unique, en profitant de ce qu'ils conservent encore une partie, de leur grès naturel. C'est pourquoi la fileuse les fait converger vers un orifice unique de réunion, dit filière. L'industrie imite ici ce qui se passe dans la nature où chaque fil de la chenille résulte de l'accolement dans la filière buccale de deux fils, un pour chaque glande séricigèno. Les filières sont des spatules en verre, en agate, et surtout en fer, percées de trous à la partie large et fixées par l'autre bout au-dessus de la bassine. •Le nombre de fils de cocon, qu'on associe dans un mciue trou de la filière, varie, selon l'usage futur, de .3 à 1(1, lî, lô, etc., et même plus, ainsi jusqu'à 'M pour faire les fils de soie des grosses cordes de contrebasse. Les fils se collent ensemble dans la filière, car l'eau chaude n'a fait que ramollir leur matière glutineuse; mais ce rapprochement en un seul point à la fois, dans un instant très court, serait insuffisant pour donner un fil unique bien homogène et arrondi également partout. On a imagine alors de filer deux fils composés à la fois, chaque bassine portant deux filières, puis de les tordre ou croiser ensemble un certain nombre de fois, de manière à les bien accoler, non snr un seul point à la fois, mais sur une certaine longueur; c'est ce qu'on appelle faire une croisade ou encrnisioe. Les deux fils, écartes au départ, puis croisés, puis écartes de nouveau pour se rendre au dévidoir, où ils formeront deux écheveaux séparés, ont la forme d'un X. Jusqu'à Vaucanson, les fileuses croisaient à la main, en tordant les deux brins avec les doigts; on a maintenant des croiseurs qui opèrent une torsion commune, régulière et déterminée. Les deux fils, après la croisade, sont reçus en deux écheveaux sur les '<)•«« ou Inmes de Yasjde ou dévidoir, mis en rotation par une force motrice convenable. On obtient ainsi des flottes de soie grège, à 3, 8, 10 brins et plus.
Le degré de finesse de la soie constitue son titre. Pour l'obtenir on pèse au irébuchet un petit écheveau de 500 mètres de longueur, obtenu
snr un dévidoir spécial, et, selon le poids, on aura de la soie au titre de ôSO, 7:10, 85.S milligrammes, etc. Le titre sert aussi à s'assurer, quand il ne varie que peu sur divers écheveaux, de la régularité de la filature. Comme la soie est très hygrométrique, et que son poids peut varier jusqu'à \1 p. 100 par des additions d'eau, ce qui permettrait des fraudes, on nomme conditionnemeiit des soies l'opération qui les ramène toutes à la même dessiccation ; cette garantie, sans laquelle le commerce ne les achète pas, se fait, dans diverses villes de grande industrie séricicole, dans des établissements autorisés à cet effet et qui perçoivent une taxe. Enfin on mesure, dans tes mêmes ét.iblissements en général, la ténacité du fil de soie grège au moyen du sérimèlre de Froment, instrument fondé sur le principe de toutes les mesures de ténacité, en déterminant le poids qui, sous une longueur donnée, produit la rupture du fil fixé par une extrémité. On a pu reconnaître ainsi que la soie de certaines races du ver à soie du mûrier est la plus tenace de toutes, l'emportant même sur la soie de divers Attaciens, qui est plus grosse et semble plus forte à l'aspect. La routine a conservé, dans les filatures de soie grège, une vieille mesure de poids, le denier, qui équivaut à 0'',li5:i. Les flottes actuelles d'essai de titrage sont de 50» mètres; anciennement elles étaient de 476 mètres. Supposons une soie fine, où .iOi) mètres de fil pèsent 4'',70 ; elle vaut en deniers 8,84, et ce titre éclaire le moulineur et le tisseur, selon l'emploi qu'ils veulent fairg de la soie. Nos anciennes soies des Cévennes avaient Il à 12 deniers comme litres les plus courants.
La soie grège des flottes est soumise au mou- Iniage ou à Vouvraison, qui la convertit en soie ouvrée. La première opération du monlinage est un dévidage des écheveaux des flottes sur des bobines appelées )oy»efs, avec purge des nœuds de rattache mal faits, des bouchons, des mariages, dus à une rupture après croisade d'un fil qui se jette sur le voisin. Puis on fait le fil dit organsin, à deux brins tordus en sens inverse, servant à faire la chaîne des tissus de .soie, et le fil dit tranie douhie, à deux brins tordus de même sens, servant à faire leur trame. On enlève ensuite par le décreusage la matière glutineuse de la soie, qui avait permis la croisade des soies grèges. Ce décreusage se fait au moyen de bains d'eau de savon à 80" cent. ; puis vient la cuite, qui consiste à plonger les écheveaux décreusés dans des sachets de toile maintenus dans un bain d'eau de savon bouillante. On opère ensuite le btauchiment de la soie dans le soufroir, au moyen de l'acide sulfureux gazeux et non par le chlore, qui blanchit la cellulose mais altère profondément les matières azotées, comme la soie et la laine. On teint parfois les soies grèges ; mais le plus souvent, ce sont les soies ouvrées cuites qui passent au bain de teinture. Les cocons doubles et les cocons percés ou cocons do grainage, donnent par le cardage un fil dit galette. Lo fil tiré de la galette, savonné et cuit, est appelé fitosellc. Les bourres ou bavettes, les frisons ou déchets du dévidage en soie grège, les bassinais ou cocons tombés au fond de la bassine, sont ensuite cardés tous ensemble et donnent le fleuret ou chappe, et le fil qui en est tiré, savonné et cuit, est la fautaine. La fantaisie et la filoselle servent souvent de trame aux tissus de soie pour les qualités à bon marché.
Les plus beaux cocons de la magnanerie sont d'habitude mis à part, selon la lui générale de la sélection en agriculture, pour donner les papillons reproducteurs réservés pour le grainage ou production des œufs destinés à l'année suivante. Le septième âge, qui s'accomplit après la sixième mue ou sortie du papillou hors de la chrysalide,
VERS A SOIE
VERS A SOIE
est Vific adultfi ou flo reproduction du ver il soie. Cctti' éclosion se fait de quinze à vingt jours après In confection du cocon. Dans les cocons en nasses ou naturellement ouverts h un bout, commn celui de noire Grand Paon de nuit {Alla- CKn pii'i. I.inn.), c'est toujours par cette ouverture prédisposée que sort l'adulte. Dans les cocons fernios aux denx pôles, comme celui du ver h soie du mûrier rt. de divers Attaricns, il y a, à la tôte de la chrysalide, un réservoir parlictilier de sécrétion, driDuvcrt par Gtiérin-MénevilK', servant »u papillon b. ramollir et à écarter les lils d'un des bouts, de façon qu'il n'a plus qu'à pousser avec sa léte pour sortir, i la manicro d'un enfant qui passe h travers une liaie. C'est à tort qu'on a cru le fil du cocon coupé au bout de sortie, car le papillon îi bouche rndimentaire ne possède aucun organe de .«^ection. En filant h la main et avec précaution le coton mouillé, on voit que le fil est resté continu, mais affaibli et cassant au bout qui a subi l'action décreusante d\i lic|uide de la cbrysalide. On ne peut filer industrielleiiiont ces cocons percés, (|ui se remplissent d'eau et tombent )iu fond de la bassine, comme les cocons vitrés. On peut filer à la bassine les cocons percés, avec de fréquentes rattaches du fil, en les maintenant dans la couche d'eau superficielle au moyen d'un treillis métallique intérieur /procédé Cbrisliaii Le Dnuxi. En général, les cocons mâles sont moyens et étranglés au milieu, les cocons femelles sont plus gros, plus renflés, plus arrondis aux extrémités. On dépose les cocons de grainage dans une cbambte, entre 31" et -M" cent., en ayant soin de les fixer par un fil commun, en sorte que le pipillon ne puisse les entiainer en sortant On rnnstnue ainsi des chapelets de cocons ou pliinr^ ( I st b matin, de cinq heures ii huit lituies, comme les œufs, qu eclosent les papillons (fi^ ,)). On a soin d établir alors l'obscurité,
car la lumière les blesse et ils se fatiguent en cherchant à l'éviter. On met les mâles h. part dans une boîte, assez loin des femelles, de pour qu'excités par l'odeur de celles-ci ils ne s'agitent et perdent leurs forces. En outre, il f.iut empô cher les accouplements prématurés, afin que les papillons aient le temps de rejeter le méconium nymphal, accumulé dans le cœcum, tout le reste du tube digestif do la chenille étant devenu rndimentaire ; si le papillon est bien portant, ce méconium est un liquide urique, de couleur jaunenankin. On fait ensuite accoupler, en rejetant tous les sujets faibles ou à ailes avortées. Les mâles, en agitant les ailes, tournent autour des femelles, qui ne font que peu de mouvements. La majorité des éducateurs ne laissent pas lesaccouplements se prolonger au delà de six heures; alors on dépnpillonyie, en séparant les sujets; 'd'autres laissent les accouplements se terminer d'eux-mêmes. On fait pondre les femelles fécondées sur des cartons ou sur des toiles. Les œufs, d'abord d'un jaune tendre, passent en huit ou dix jours au jonquille, puis au gris-roussâtre, enfin au gris d'ardoise, avec une légère dépression au centre. Les œufs stériles sont pondus comme les teufs féconds, mais restent longtemps
jaunes, et finissent par s'obscurcir et se dessécher. On conserve les toiles ou les cartons h œufs dans des filets suspendus dans un lieu où la température n'est au plus que de 12» à 14°. Au printemps, quand la température commeiice à s'élever, on portera, comme nous l'avons dit, les œufs à la cave ou k la glacière, de peur d'éclosions prématurées, avant que la feuille de mûrier ne soit en quantité suffisante et certaine.
Dans tout ce qui précède nous avons supposé que l'éducation du ver à soie s'est accomplie dans les conditions normales ; mais un animal aussi complètement dnirirsiMiné est assnjotil par cela mémo b de ■^<-::\r. .; li-.|iiriitrs niala.lies, prenant même les for s epidriiiiques les plus tenaces et les plus redoutables, au point de compromettre la production dans un pays donné, peutôlre même d'anéantir la race, comme cela arrive en Europe depuis une trentaine d'années.
Nous laisserons à part ries maladies ]iroprcment dites un accident très redouté an moment de la montée, et qu'on appelle touffe. Quand un orage, un vent très chaud, rendent l'air du dehors plus chaud et moins dense que celui de l'atelier, ce dernier ne peut sortir, et le ver, subitement empoisonné par les miasmes putrides des litières, tombe de la feuille ou des encabanages, h la façon d'un animal vertébré supérieur frappé de congestion subite. Cet acculent préoccupe fortement les magnaniers h la fin des éducations et fait perdre des chambrées entières. 11 oblige à ne pas trop retarder les éducations et à les terminer avant la saison des fortes clialeurs et des orages. Le remède est de ventiler à tout prix, en ouvrant les trappes, en allumant des feux aux orifices supérieurs de la magnanerie ou h une puissante cheminée d'appel ; ou bien on jette de l'eau dans l'atelier, ce qui abaisse rapidement la température par le froid dii.à l'évaporation.
D'après M. Pasteur, les maladies du ver k soie se ramènent à quatre entités morbides : la grasserie, la muscardine, la maladie des corpuscules et la flacberie. Les anciens auteurs ont beaucoup augmenté la liste de ces maladies, en prenant pour des maladies spéciales des symptômes, plus ou moins réguliers et constants, des quatre maladies principales.
La graiserie, qu'on nomme encore le gra':, la Jatmisse, les xioches, est une infiltration générale de la chenille par une graisse huileuse et jaunâtre. Ce mal est dû aux miasmes des litières et débute ordinairement au troisième âge; il est presque impossible que, dans les grandes éducations, il n'atteigne pas certains sujets ; mais il constitue rarement une épidémie. On séquestre les vers attaqués à l'infirmerie, et là, parfois, on les rétablit parl'aérage. Nous rattacherons il cette affection d'autres maladies également accessoires. Ainsi le rumjr. qui se reconnaît dès la sortie de l'œuf h une teinte rougeâtre de la chenille; cette maladie est due à une incubation des œufs à une trop forte chaleur ou ii un passage trop subit du froid au chaud. Dans le rouge et la grasserie, le ver vit jusqu'à la montée, donne des cocons très minces et très faibles, qu'on appelle des peaux, et ne se change pas en chrysalide. La luzelte, luisMe, ou clnirène, se manifeste en général au cinquième âge. Le ver devient d'un rouge clair, puis d'un blanc sale, à corps transparent, raccourci dans ses anneaux, et rendant du liquide parla filière. Les chenilles tiiangent sans coconner et tapissent les litières d'une couche plate de leurs fils ; il faut jeter ces vers tapissiers, ainsi qu'on les appelle. En faisant macérer ces chenilles dans du vinaigre, les ouvrant et étirant au dehors avec les doigts le liquide de chaque glande séricigène, on obtient par l'action siccative de l'oxygène de l'air ces fils si résistants
VERS A SOIE
VERS A SOIE
employés pour pôclier à la ligne et connus sous le nom de fils de Florence. Dans la lienierie ou di/senlcrii', les excréments du ver à soie ont l'aspect d'un liquide visqueux lenant en suspension des fragments de feuilles non digérés. Cet accident, qui se produit surtout dans les années humides et froides, est dû h la feuille mouillée, ou à des feuilles à sécrétion gommeuse acre.
Une maladie contagieuse, qui se reproduit par intervalles en divers pays et qui était devenue une épidémie redoutable eji France, principalement de ISyO à 1837, est la muscardine. ainsi appelée du nom de miiscardi», qui est en Provence celui d'une dragée blanche ; toutefois cette épidémie n'a eu ni l'extension ni la gravité des épidémies des corpuscules, puis de la flacherie, qui lui succédèrent à quelques années d'intervalle. Le ver prend une teinte d'un jaune rougeâtre ou brunâtre, offrant çà et là des plaques plus foncées. La montée se produit, ainsi que le cocon, et par suite la lécolte de la soie s'effectue ; mais toute reproduction est arrêtée, car l'insecte reste ordinairement dans le cocon à l'état de chenille, parfois de chrysalide; mais avec le corps durci, raccorni, momifié, ne pourrissant pas. Le ver, ainsi que l'a reconnu Bassi en ls35, a été envahi par un cryptogame (Botrytis liassmna) développé dans le tissu adipeux. Après la mort de l'insecte, les filaments reproducteurs du cryptogame sortent des trachées, se répandent au dehors parles stigmates et recouvrent le corps d'une moisissure cotonneuse ou farineuse blanche, ce qui, avec le durcissement, le fait appeler dragée. La muscardine a été étudiée en France par Audouin, qui a démontré son mode do contagion en l'inoculant par des piqûres à, des vers à soie sains, à des chenilles de divers papillons, à des larves do coléoptères; et réciproquement, la muscardine a été reportée de ces larves de diverses espèces à des vers à soie sains. La muscardine n'est pas une maladie particulière au verà soie, mais générale peutêtre à toute U classe des insectes, se montrant [ spontanément en tous lieux dans des circonstances favorables et se transmettant dans les magna- j neries par le vent qui transporte les sporules du champignon ; un moucheron peutinoculer la muscardine dans une magnanerie en volant sur les vers d'une tablette à l'autre. La connaissance ' exacte que nous avons aujourd'hui de la niuscar- i dine et de sa contagion fait que cette affection n'est plus à craindre à l'état épidémique. En effet, si elle est introduite par accident dans une magnanerie, elle ne fait pas perdre la dépense de l'année, puisqu'elle permet encore la récolte de la soie. On peut arrêter avec certitude le retour du mal pour l'année suivante, eji détruisant comme il suit, tome trace des sporules. On passe au chlorure de chaux tout le matériel mobile. En outre, fermant bien toutes les issues de la magnanerie, on y fait brûler le mélange qui servait à donner l'acide azotique dans l'ancienne chambre de plomb, le feu blanc des artificiers, formé de deux parties de salpêtre en poudre et d'une partie de soufre en poudre. Après l'action d'un acide aussi énergique, la muscardine ne peut plus reparaître que par une nouvelle contagion venant du dehors, en raison d'une négligence et d'un manque d'information et de surveillance.
Lue maladie plus grave a commencé à, sévir en France, d'une manière épidémique et d'abord par des points isolés, environ vers 1840, ayant son maximum d'extension et d'intensité de IS.SO h ISTO et gagnant peui peu les régions de l'Europe et (ie l'Asie occidentale où l'on s'adressait pour le grainago, de façon à ne laisser aux magnaniers que la ressource des graines de la Chine et du Japon, La maladie des vers à soie est due à un organisme parasitaire aperçu pour la première
foisparGuérin-JIénevilleen 1849 et que M. Pasteur a démontré en être la cause par ses nombreuses expériences de 1865 et 186fi. Ce sont des microbes du groupe des psorospermies, qu'on rencontre chez divers animaux ; ces corpuscules se voient très bien dans le sang des vers malades, avec un grossissement microscopique de 250 à Sno diamètres, sous la figure de corps ovalaires ou réniformes brillants, translucides, plus petits que les héma lies ou globules normaux et sphéroïdes du sang des insectes, et bien distincts ; pendant plusieurs années on n'admit aux éducations en chambrées que les vers exempts de ces corpuscules, reconnus à l'avance dans des petites éducations jirécoces opérées en serres.
On comprend ([ue ces psorospermies du sang qui causentl'épidémie se traduisent au dehors par des caractères extérieurs, qui sont des taches noirâtres sur les chenilles, les chrysalides et les papillons. De là l'appellation àe pébrine (maladie du poivre) donnée à la maladie psorospermique par .AI. de Quatrefages ; elle fut nommée gattine en Italie (de gattiyio, jeune chat), car, dans beaucoup de cas, le cadavre du ver se renverse sur la litière, la partie antérieure du corps redressée, la tète presque retournée sur le dos, les crochets des pattes thoraciques projetés en avant, comme un jeune chat qui cherche à égratigner ; en outre ce cadavre, au lieu de se putréfier rapidement, comme après la grasserie ou la flacherie, se momifie, mais sans l'efflorescence blanche du ver muscardine. Les taches, d'abord très petites, apparaissent, à l'origine du mal, à la corne anale du onzième anneau et entre les crochets de la couronne des fausses pattes ; après la quatrième mue elles gagnent peu à peu le reste du corps en plaques, en traînées, d'abord jaunâtres, puis brunâtres, puis noirâtres. Les vers tachés conservent d'abord leur appétit et leur activité ; peu à peu ils deviennent paresseux, expulsent difficilement leurs crottins, et se traînent sur les feuilles, en resserrant leurs pattes anales, s'atrophient, se rident, se plissent, toute la peau, outre les taches, prenant une teinte jaunâtre ; enfin tout le ver, dans une agonie très longue, devient immobile et insensible. 11 en est qui éprouvent néanmoins les dernières trauformations ; mais la chrysalide est souvent imparfaitement formée ; quand elle est complète, la peau a des taches souvent saillantes, parfois avec de larges plaques noires sur le thorax et l'extrémité abdominale comme carbonisée. E i outre elle est faible et remue peu. On trouve, chez les papillons, des taches sur la peau, sur les écailles et sur les membranes des ailes, formant des traînées sur les nervures, et parfois, entre les deux membranes de l'aile, se trouvent des poches pleines d'un liquide noir, et le méconinm rejeté après l'éclosion est noirâtre. Les taches peuvent exister sur les pattes, atrophier celles-ci, ou l'œil, ou l'antenne. Ces papillons sont massifs, à large abdomen dénudé par places, taché, les anneaux joints par une peau nue et lâche, très distendus par un liquide; les mâles sont moins accablés par la maladie que les femelles. Toutefois l'accouplenuiit est lent, court et pénible ; la ponte des œufs est difficile.'
Les travaux de M. Pasteur ont jeté une lumière complète sur la maladie des corpuscules, et il en a établi la contagion, soit par le contact des vers pébrinés, soit à distance par les poussières dos inagnaneries infectées transportées par le vent par les ustensiles non désinfectés, par les personnes allant d'une chambrée à une autre. 11 a donné une méthode efficace, dite du grainage cellulaire, telle que les vers issus de la graine essayée sont capables de supporter la durée habituelle des éducations, sans périr en masse avant
VERS A SOIE
VERS A SOIE
de filci- leurs cocons, la pébrino, dont la marche ost assez lento, ne pouvant pins, par contagion au contact ou h distance, atteindre ces vers assez jeunes pour iiu'ils no puissent monter à la bruyère. La méthode do M. Pasteur porte sur l'examen des femelles après la ponte, car les observations anatomiquos do M. Balbiani expliquent comment un mile inTecté ne communique pas l'infection aux œufs d'une femelle saine lors de l'accouplement. Cependant, d'après les principes giinéraux de la sélection, il est préférable de rejeter la descendance d'un mâle corpusculeux, que son état maladif expose à engendrer des produits affaiblir et prédisposés aux contagions. Il est important que les instituteurs sachent bien appliquer la méthode Pasteur, car la maladie des corpuscules, presque nulle aujourd'hui, peut reparaître, et ils seront alors à même de rendre les plus grands services.
Les lilanes de cocons, choisis parmi. les meilleurs d'une bonne chambrée, sont disposés en rangées verticales dans une chambre peu éclairée, assez fraîche, sans soleil. La méihode est d'isoler les pontes, au lieu de les laisser réunies et pêlemêle comme on le fait d'ordinaire, ce qui empêche tout contrôle. Dans une chambre à côté, offrant les mômes conditions que la précédente, sont pendues il des ficelles horizontales desrangoes de petits morceaux de toile en rectangle d'environ 1 décimètre de long sur 5 centimètres de large. On prépare environ cent toiles par once de graine de 25 grammes à obtenir, et, au bout de trois jours, la ponte étant finie, on peut retirer et empaqueter les toiles et en mettre de nouvelles. Les papillons ont été portés sur des tables où ils s'accouplent ; de quatre à six heures du soir, on met séparément tous les couples sur les linges; bientôt on les désacconple, et souvent on jette les mâles sans examen. 0[i laisse la femelle opérer sa ponte, puis on l'enferme dans un petit sac de mousseline qu'on attache ^ la toile de ponte, ou bien on la place au bas et dans un coin de la toile, repliée et fermée avec une épingle ; le mâle est conservé et mis à côté de la femelle, si on veut un essai plus complet. A loisir, pendant tout l'hiver, on examine au microscope, sous ïbO à 300 diamètres, les femelles de chaque toile une à une. On broie l'insecte dans un petit mortier, avec un peu d'eau. On prend, au bout d'une baguette de bois ou de verre, une petite goutte de la bouillie, qu'on place sur le porte-objet du microscope, et, au-dessus d'elle, une mince lame rectangulaire de mica, de manière à l'étaler et à rendre bien fixe son contenu sous le champ du microscope. On compte le nombre de psorospermies par chaque champ, ou on constate leur absence, de manière à reconnaître si le papillon femelle était corpusculeux et à quel degré, ou entièrement sain.
Si la proportion des papillons corpusculeux pris au hasard reste inférieure au dixième dans les races indigènes, on peut employer la graine de toute la chambrée pour une éducation suivante, en rejetant les pontes de tous les sujets chétifs, mal conformés et surtout des sujels tachés, si, par inadvertance, il s'en trouve dans les accouplements. Quand la graine doit servir à de petites chambrées pour des grainages ultérieurs, le mieux est de rejeter les pontes de toute femelle corpusculeuse. On réunit toutes les bonnes pontes en les détachant des toiles par le lavage ; on dessèche la graine rapidement à l'air et on la conserve dans une chambre située au nord, sèche et aérée. Une graine étant reconnue saine , il reste la question do la propager indéfiniment exempte de corpuscules, par do petites éducations dites rie graincK/e, très lucratives pour ceux qui s'y livrent avec succès, auxquelles sont aptes à un haut degré les instituteurs aidés par leur famille, et
qui sont destinées à alimenter de semences toujours saines les grandes éducations di: l'industrie. Il faut avoir soin do bien assainir les locaux où se feront ces éducations do reprodui teurs : ainsi laver le parquet à plusieurs eaux, blanchir les murs à la chaux, désinfecter pendant vingt-quatre heures, toutes ouvertures closes, à l'aide de fragments de chlorure de chaux recouvrant le plancher, aérer ensuite la salle, badigeonner les agrès au sulfate de cuivre, enfin, dans le cours de l'éducation, enlever les poussières avec une éponije humide et déliter hors de la magnanerie. Ces précautions sont parfaitement suffisantes dans les départements de petite culture du ver à soie; mais il faut y joindre do nouvelles précautions hygiéniques dans les pays de grande culture, où l'on est partout entouré d'éducations plus ou moins suspectes. Il faut alors fractionner le plus possible les éducations do grainage, n'établir leurs locaux qu'à distance des magnaneries où se font les éducations industrielles, éviter de se servir de toute personne pénétrant dans lesdites magnaneries, et, condition plus expresse que tout le reste dans les pays de grande culture séricicole, n'employer que des graines irréprochables, obtenues par la méthode du grainage cellulaire.
La méthode de sélection si rationnelle, qui restera un des titres de gloire de M. Pasteur, aurait depuis longtemps rendu aux races indigènes de toute l'Iiurope leur ancienne vigueur et rétabli la prospérité de la sériciculture, si une autre affection beaucoup plus redoutable, sans préservatif certain, n'était survenue. Elle continue ses ravages, la maladie psorospermique ayant disparu ou à peu près, et rien ne prouve (|n'on ne sera pas vaincu définitivement et réduit pour l'industrie îi la production séricicole de rextrônie Orient. Cette maladie, anciennement connue, confondue souvent avec d'autres, surtout avec la pébrine, a été démontrée être une afl'ection indépendante par M. Pasteur, en 1807, tant par des essais précoces que par des éducations normales en avril et mai. On la nomme fluchevie, morts- flats, mortsbiaîics, tripes, négrone (à cause des cadavres noircis). Elle s'accompagne habituellement de symptômes qui avaient été pris pour des maladies spéciales, comme la meiiuaille, les petits, la ma- Indie des petits, Vatrop/ne. Les vers, tout en continuant à manger et à muer, deviennent très inégaux; une partie se rabougrit, garde de petites dimensions et ne donne pas de cocons ou seulement de très chétifs. Souvent aussi les vers deviennent arpiiDis, ou Iwrpions, ou pastis; ils sont grêles et maigres, tout en conservant leurs forces musculaires, avec le corps flasque, vidé et comme huilé par places, les déjections liquides; ils s'accrochent avec force par les couronnes de crochets de leurs fausses paties, raclant la peau de la main si on les promène dessus, se détachant difficilement des feuilles ou des brindilles de bruyère ; beaucoup après la mort pondent renversés, retenus par les fausses pattes. Il était très rare do rencontrer des chambrées industrielles décimées par la pébrine qui n'offrissent pas, en même temps, des vers flats. Outre ces éducations mixtes, il y a des éducations exclusivement atteintes de pébrine, d'autres de flacherie. En lti68, la pébrine était encore la maladie la plus répandue, mais la fiacherio s'y associait déjà en proportion considérable, dans nos départements de grande culture. Dans les années suivantes la flacherie prit de plus en plus le dessus partout où on élevait des vers à soie. Celle affection est d'autant plus cruelle qu'elle frappe le plus souvent les chenilles au moment de la montée, alors que toutes les dépenses sont faites et que le magnanier est en droit d'espérer un bénéfice certain. Soit au moment de la montée, soit plus rarement à
VERS A SOIE
VERS A SOIE
une époque antérieure, les vers deviennent languissants, immobiles, ne mangeant plus. La mort arrive rapide, foudroyante môme. Les cadavres ont conservé la couleur normale qui convient à làge du ver ; bientôt ils deviennent ardoist-s, pourrissent, prennent une couleur noirâtre ;i]s sont flasques et pareils à des boyaux vidés, l'intérieur de leur corps s'écoulant en une sanie brunâtre. Une odeur aigre, intense, due aux acides gras volatils que dégagent les vers malades, se fait sentir dans la magnanerie. Cette maladie, ou du moins la mort précédée et suivie de pareils symptômes, se rencontre assez souvent sur un grand nombre de nos chenilles indigènes d'espèces variées, soit dans la nature, soit dans les éducations d'amateurs ; elle est fréquente dans les éducations faites aux environs de Paris des vers k soie du cbêne de la Chine et du Japon.
De même que le précédent, ce second fléau de la sériciculture s'accompagne de désordres internes. Les fonctions digestives subissent une altération profonde, attestée par diverses productions insolites que le microscope constate dans les matières qui remplissent le canal intestinal des vers morts-flats. Ce sont principalement d'une part des vibrions (analogues aux anguillules du vinaigre, de la colle d'amidon aigrie, etc.), d'autre part un ferment en chapelets flexibles, formés d'un nombre variable de grains sphéroïdes, chacun d'environ un millième de millimètre, et très analogue aux ferments organisés de certaines fermentations, notamment de la fermentation acétique (mère du vinaigre). La flacherie est donc une maladie de l'appareil digestif, le ver ne digérant plus, car ce sont précisément les mêmes organismes qu'on retrouve dans la décoiuposition des feuilles de mûrier triturées et abandonnées à elles-mêmes. La présence des vibrions dans les matières du tube digestif est le signe d'un état avancé de la flacherie et s'observe surtout sur les vers après la quatrième mue ou h la bruyère, trop malades pour faire leurs cocons. Le ferment en chapelets de grains correspond à un état bien moins grave de l'affection; quand il ne s'est développé que dans les derniers jours do la chenille, il permet la filature du cocon, la nymphose et l'éclosion du papillon; la récolte industrielle reste bonne, mais le grainage est très compromis, car il donnera une race affaiblie, très prédisposée à la contagion. Ce ferment détermine dans le tube digestif des vers une fermentation de la feuille ingérée, d'où résultent le man(|ue d'appétit, l'immobilité, la lenteur il filer. Quand ces symptômes se sont montrés à la fin d'une éducation, quelle que soit d'ailleurs sa réussite en cocons, il y aurait une grande imprudence k faire grainer les papillons; l'année suivante la flacherie décimerait la chaïubrée. Quand on a eu la négligence de ne pas observer ses vers, surtout dans les derniers jours de leur vie, ce que doit toujours faire un magnanier intelligent, on quand on reçoit des cocons sans renseignement, il faut étudier au microscope le tube digestif dos chrysalides, notamment l'estomac et la poche caecale, et voir si les matières internes offrent les chapelets de grains ou les vibrions. On peut se contenter du caractère suivant, si on n'a pas une habitude suffisante du maniement du microscope : les matières des poches cœcalos des chrysalides malades sont abondantes et d'une teinte verdâtre foncée; le méconium des papillons, au lieu d'être d'un jaune pU;s ou moins orangé, est d'un gris ou d'un brun noirâtre, et tache fortement les linges de grainage. On peut encore, quand on veut se précautionner contre la flacherie dans une éducation de grainage, observer si les vers n'ont pas extérieurement une peau rosée, au lieu de la teinte blafarde de l'état normal.
Les recherches directes de M. Pasteur, ou les travaux accomplis sous son influence par diverses personnes, ont déterminé exactement les causes variées de la flacherie. Klle est très souvent accidentelle. En effet, elle provient d'un trouble de la digestion, sous l'influence du frment dans la feuille ingérée. D'après cela elle peut avoir pour cause orcasionnelle une trop grande accuiuulation des vers aux divers âges de l'insecte, une trop forte chaleur lors des mues, la suppression de la transpiration, le manque d'aérage, l'emploi d'une feuille échaufi'ée ou trop dure, ou mouillée par le brouillard, il y a avantage à accélérer les éducations, afin d'avoir toujours une feuille plus jeune et plus digestive: cela concorde en outre avec ce fait important observé par M. Raulin, que la flacherie sévit snrtout vers le 15 juin, de sorto qu'il importe, avec l'épidémie actuelle, de commencer les élevages le plus tôt possible et de les mener rapidement, en élevant au besoin la température, afin d'être à la montée à la fin de mai. Il est bon également de glacer les œufs pendant l'hiver: on fortifie ainsi les races et on les rend moins accesbles à la flacherie par ses diverses causes ; c'est là un fait général bien constaté, notamment après le rigoureux hiver de 1879-1880. Loin de tuer les insectes, le froid les fortifie. La flacherie peut se transmettre par l'hérédité; des graines de parents aft'aiblis par un commencement de flacherie, rigoureusement exemptes de corpuscules par le procédé du grainage cellulaire, conduisent à des chambrées entièrement envahies par la flacherie. au point de ne pas donner, le plus souvent, un seul cocon. Comme la flacherie est toujours reconnaissable k l'aspect extérieur des vers, une petite éducation d'essai bien surveillée indiquera avec certitude si on doit livrer tous les cocons à la filature, ou si on peut se servir de certains d'entre eux pour grainer. Enfin la flacherie est contagieuse d'un grand nombre de manières. On a pu coiilagionner, d'une façon très variée, des vers à soie reconnus exempts de pébrine et de flachc-rie héréditaire : ainsi en répandant sur les feuilles, à l'état sec ou en suspension dans l'eau, la poussière d'une magnanerie infectée de flacherie l'année précédente, en mettant sur les feuilles la matière pleine de vibrions retirée du tube digestif de chenilles en flacherie, des fragments de vers flats délayés dans l'eau, des feuilles de mûrier fermentées et remplies de vibrions. Le ferment en chapelets de grains retiré du canal intestinal provoque au<si la maladie, et de même le contact de vers malades au milieu de vers sains. La contagion est encore plus facile pour la flacherie que pour la pebrine, car les corpuscules ou germes de la pébrine meurent ou deviennent inoffensifs dans un temps assez court, tandis que les germes de la flacherie conservent leur activité pendant des années. La poussière des magnaneries infectées est en effet remplie de vibrions enkystés, qui reprennent vie quand ils sont humectés.
■Vers à soie auxiliaires. — En présence des épidémies redoutables c|ui sévissent sur le ver à soie du mûrier, on a dû chercher si d'autres espèces ne pourraient pas fournir à l'industrie des mitières textiles analogues En outre le mûrier n'a pas d'autre usage que le ver à soie, car ou l'arrache lorsque son insecte disparaît d'un pays ; il y a donc des avantages k transformer en soie les feuilles de certains végétaux, qui nous sont très utiles sous d'autres rapports, de sorte que l'industrie do la soie sera comme un nouvel appoint de leur culture. Les deux mondes nous offrent d'assez nombreuses espèces de papillons, qui seront, au besoin, comme les succédanés du Séricaire du niùrior ; elles appartiennent principalement aux Attaciens (du grand genre Attncus de Linné), dont les types français sont nos deux
VERS A SOIE
VERS A SOIE
P.iniis (](! nuit, caractérises esseiitiullomcnt par une ia<'i]i^ vitri'e, do forme variable, à pou près au contrit de cliaiiue aile, et par des clienilles munies do tuberciilps portant des poils. On a utilisé aussi, à Madatfa'icar, au Mexir]ue, la soie de quelqnos IJonibyciens proprement dits. Nous préseniiM-nns quelques indications sommaires sur les es- |H'ces dont l'introduction en Europe est déjà ai'(|uise ou donne dos espérances sérieuses.
i.o continent asiatique est de beaucoup le plus important sous le rapport de ces auxiliaires. 11 "llri" d'abord trois espèces, de soie un peu moins biMle que crlle du ver h soie du mûrier, présentant cnmme lui des cocons formés aux deux bouts et dévidables en soie grf^ge. Ce sont les Vers ù soie itii c/iéne de l'Inde, de la Chine et du Japon. Ils sont élevés dans leurs pays d'origine dans des I ducations .'i l'air libre et surveillées, autour des maisons d'habitation, et, en outre, on récolte les cocons sauvages dans les bois. La soie de ces espèces est d'un usage considérable sur place, et sert soit si'ule, soit mêlée à d'autres matières textiles, h faire les vêtements des classes populaires. Depuis longtemps les tissus de ces soies parviennent en Europe par la voie du commerce, et, en général, on a méconnu leur origine. Le ver à soie du chêne de llnde est élevé sur les jujubiers dans les parties chaudes de cette vaste région, comme le Bengale, et sur le chêne dans les régions montagneuses du nord; la soie est grisâtre et provient d'un gros cocon fortement incrusté, aitaché aux branches par un pédicule corné faisant une boucle. Cette espèce, appelée Ailncus riujlitta, est exploitée de temps immériorial, et ces cocons qui pendent aux arbres expliquent l'erreur d'Aristotc qui croyait que la soie était tirée d'un fruit. On fabrique avec cette soie, dite tussor ou ti/ssah, des étoffes très solides, mais qui se couprnt aisément; mêlée à la soie ordinaire, elle entre d.Tiis la confection des foulards des Indes. On a élevé plusieurs fois en Europe l'Attacus inj/lilin; mais son pays d'origine est trop chaud pour qu'il y ait lieu de tenter l'acclimatation chez nous. L'espèce chinoise, de la Mandchourie, cultivée aussi dans le nord de l'Inde, est VAtlnciK l'enii/i, Guérin-Méneville, rapportée par Mgr Perny, missionnaire apostolique. Le cocon, bien moins incrusté que celui àeVA.mytitta, est d'un fauve grisâtre, avec un pédicule d'attache en cordon soyeux aplati ; ce cocon donne une soie plus fine que la précédente et capable de recevoir tout les teintures; il y a deux générations par an, les cocons de la seconde génération, et non les œufs, passant l'hiver. Actuellement, à notre frontière, dans le Guipuzcoa, près de Saint-Sébastien, se l'ait l'éducation en grand de cette espèce sur les chênes en forêt, par les soins de M. l'erez de Nuoros, et une filature est établie, encouragée par les subventions du gouvernement espagnol. L'espèce du Japon, Attncus Yam'i-mai, Guérin-Méneville (d'un mot japonais qui veut dire Ver île ?7Wilagne), est celle dont la soie se rapproche le plus de la soie du mûrier. Il n'y a qu'une génération par an et les œufs passent l'hiver. Le cocon, plus gros que celui du ver i soie ordinaire, est d'un jaune blanchâtre ou verdàlre, rappelant les races dites céladons; la soie nous vient depuis longtemps en Europe et sert notamment à faire les tissus appelés crêpes du Japon. L'introduction de cette e-pèce en Europe, qui serait fort désirable, éprouve encore de grandes difficultés, en raiso'i de la longue durée de l'éducation, de la difficulté d'avoir des feuilles de chêne au moment où les œufs éclosent en avril, et enfin du climat do nos régions, qui ne réunit pas les conditions de chaleur modérée et de grande humidité de certaines des Iles du Japon. Los papillons des trois espèces asiatiques du chôno se ressemblent beaucoup ; tous trois sont de grande
taille, avec les taclios vitrées arrondies, et la couleur du fond variant du jaune-ciiron au rougoâtre et même au violet lie-de-vin. Les chenilh's, qui deviennent très grosses, sont d'un beau vert, souvent avec de larges taches argentées sur les flancs chez les espèces de la Chine et du Japon.
Le sud de la Chine et les Indes orientale.s ont une espèce à plusieurs races d'un type tout différent, signalée au siècle dernier par le P. d'IncarviUe, et dont l'introduction en Europe est aujourd'hui un fait accompli. Les sujets échappés des premières éducations domestiques h l'air libre se sont complètement naturalisés et l'espèce figure dans les catalogues des papillons indigènes. On voit voler les papillons de cette espèce à l'entrée de la nuit, au mois de juin, dans les squares de Paris et de sa banlieue, et les cocons pendre en hiver aux branches des allantes. L'insecte, en effet, est le Ver à soie de t'ai/anle (Attncus Ci/i.thio, Drury. A. vera, G. -Mon.), dont la chenille, verte avec tubercules bleus au bout, couverte souvent d'une effloresconce cireuse blanche, vit de préférence sur les feuilles do l'allante, auxquelles elle attache son cocon allongé et fusiforme par un cordon soyeux. L'espèce a deux générations par au; ce sont les cocons de la seconde génération qui conservent l'espèce en hiver. Les papillons, aussi grands en France et aussi vivement colorés que ceux do la Chine et des Indes, sont d'un type A'Attacus tout dilTorent de celui des espèces du chêne; les taches vitrées des ailes sont en forme do croissants, et non ovales ou circulaires comme dans les trois espèces du chêne, et les ailes nuancées de gris, d'olivâtre, de noirâtre, avec une large bande transverse. Le cocon est naturellement ouvert à un bout pour la sortie du papillon, ainsi que chez nos deux Paons de nuit; le fil n'est nullement coupé mais replié par la chenille en ouverture de nasse, mais inverse dfi celle do la nasse à poissons, car il faut ici empèclifr d'entrer les insectes ennemis et laisser sortir le papillon, qui rabat les fils repliés contre les parois. La couleur de la soie est d'un joli gris de lin. On ne peut pas dévider à la bassine ces cocons ouverts. Jusqu'ici on s'est contenté de les carder et de fabriquer des étoffes avec la matière, dite aii'intiite, provenant du cardage et qui est très employée en Chine. On pourra cependant les filer en soie grègo, quand on voudra, par le procédé de Christian Le Doux. Jusqu'à présent on a dédaigné chez nous cette espèce, dont le cocon est médiocrement soyeux; mais rien ne dit que ie ver à soie de l'allante ne nous rendra pas d'immenses services dans un avenir donné, si le yer â soie du mûrier venait b. succomber aux épidémies. Le ver de l'allante ne demande aucune peine ni dépense pour son élevage; il suffit de récolter les cocons sur les allantes, et l'espèce se reproduit spontanément.
L'Amérique a aussi des Attaciens qu'on peut utiliser comme producteurs de soie. L'espèce que nous devons citer est le ver à soie du prunier, ou Attncus Cecrnpia, Linn., vivant sauvage sur divers arbustes, principalement du genre Prunus, et dont la soie cardée provenant des cocons sauvages récoltés a été utilisée dans le pays. Les tentatives d'introduction de cette espèce sont encore assez ré'^entes, mais prouvent que linsecte peut vivre dans notre climat sans aucune dégénérescence. Le cocon, très gros, ouvert à un bout, d'un gris brunâtre, est double, formé d'une enveloppe comme boursoufllée, dans laquelle est un cocon de forme ordinaire, contenant la chrysalide. Il passe l'hiver, .et l'insecte n'a qu'une génération en été. Le papillon est vraiment magnifique, à fond noirâtre, sur lequel tranchent vivement la tête et le thorax en partie d'un beau rouge brique, ainsi que les bases des ailes et une largo bande irans-
VERS A SOIE
VERTEBRES
verse, avec des croissants vitrés blanchâtres, bordés de rouge et de noir. La chenille, qu'on élève très bien sur le prunier et le cerisier, est d'un vert bleuâtre, couverte de tubercules épineux dont les uns sont d'un rouge grenat, d'autres jaunes, enfin d'autres bleus; ses couleurs ne sont donc pas moins remarquables que celles de l'adulte. On pourra encore demander aux mêmes régions de l'Amérique du Nord VAttnru^ Polyphemus,Ln\n., dont la chenille, très polypliage, vit sur un grand nombre d'arbres différents, et s'élève notaniment très bien avec le chêiie. Cette espèce a l'avantage de filer un cocon assez soyeux, dcvidable en soie grège et fi-rmé aux deux bouts. La soie est d'un blanc grisâtre, pas très abondante, mais de fort belle qualité. L'Amérique du Sud présente un climat trop chaud pour qu'on puisse songer à ti'aiisport'-r en France ses Attaciens séricigènes; il faut seulement encourager la récolte sur place des cocons de certaines espèces, comme objet de commerce. C'est à ce point de vue que nous ferons mention d'une espèce abondante au Brésil, YAltacus Aurotii, Cramer, dont le cocon très soyeux, d'un gris jaunâtre, avec long pédicule d'attaclie en soie, est formé d'ujie enveloppe extérieure, irrégulièremont ovoïde, en bourre assez lâche, et d un cocon intérieur, en ovoïde allongé, avec l'extrémité appointée naturellement ouverte. Le cardage de ces cocons produit une excellente bourre de soie, et, avec les procédés convenables, on peut dévider en soie grège et obtenir une soie continue, très belle et élastique, supérieure à celle du ver de l'ailante.
En présence des nombreuses richesses textiles que nous négligi'ons encore, nous pouvons dire hardiment que la sériciculture est dans l'enfance. Un jour viendra, nous l'espérons, où l'on recherchera partout les cocons soyeux. L'industrie a besoin, non seulement de belles soies, mais surtout de soies variées, même de qualités inférieures, pour satisfaire à toutes les exigences ; les caprices de la mode sont le pain de milliers de familles.
Bibliographie
du mûrier sont très très petit
: li.,
tifs au:
1 indiquerons qu'un / éf-tucation du ver Paris, Boucliard-
. — Audouin, Hisla Maison
de h Huzurd. 4= édit., 1 vol. in-8, avee ligtoire naturelle du ver à soie, Paris, que. — Ue Gasparin, Essai sur thistoire de l'iiitroducl au ver à soie, etc., Paris, Bouchard-Huzard, 1 vol. in-8. IMl. — Ji.. Gohin, Mthiers et vers li soie. Paris Niclau' et C, 1875, 1 vol. in-lS, avec fie. — L. Pasteur, les Maladies des vers à soie, 2 vol. in-8, avec planches, lithoehromies, photographies; Paris, Gauthier-Viilars. IS70. — L. Koman. Manuel du maguanier, Paris, Gauthicr-Villais. t vol. in-12, 1S76; cet ouvrage est un excellent exposé des Parmi les publicat*
méthodes de M. Pasteur.
elativ
;icullu
m principalement industrielles et commerciales, nous devons citer le Moniteur des soies, publié à Lyon, et le Proe/rès agricole et industriel, journal spécial de la sériciculture, de ia viticulture,etc., publié a -Vvigjion.
(Maurice Girard.] VKitTÉBRÉS. — Zoologie, IV. — Les animaux les plus élevés en organisation ressemblent bp.-iucûup à l'homme par les points essetniels de leur structure; ils ont, comme ce dernier, des organes de mouvement pairs et disposée s^métiiquemeiit par rapport â l'axe du corps, un appareil circulatoire très complet, composé d'un organe propulseur ou cœur ofl'rant au moins deux cavités, et de vaisseaux, veines et artères, qui charrient du sang rouge ; comme l'homme, ils possèdent des organes des sens qui, pour la plupart, sont logés dans la tête, et, en rapport avec la supériorité de leur intelligence et le développement de leurs facultés, ils ont un système nerveux compliqué, formé non seulement de nerfs et <?<; ganglions, mais encore d'un axe central occupant la région supérieure ou doraale. Cet axe est
I continu d'une extrémité du corps à l'autre, mais il présente, en général, trois parties aussi distinctes par leur structure que par leurs fonctions : un cerveau, un cervelet et une moelle épinière ; er outre, il est protégé contre les chocs extérieurs par un étui solide, fortement incrusté de madères calcaires. La portion antérieure de cet étui n'est autre cho--e que la boite ciànienno, qui renferme le cerveau et le cervelet, et les portions médiane et postérieure consistent en une série de pièces osseuses, empilées les unes sur les autres, percées chacune d'une large ouverture pour donner passage à la moelle épinière, et munies de saillies, d'apo/j/ii/ses sur lesi|uelles des muscles viennent prendre leurs insertions. Chacune de ces pièces est une vertèbre, e^. leur ensemble constitue la colonne oertcliiale;Aa làvientlenomde Vertéhrésqni a été appliqué à tous les animaux supérieurs qui offrent cette organisation. A la colonne vertébrale se rattachent, directement ou indii ectement, d'autres pièces osseuses, de formes diverses, dont les unes sont fixes et les autres mobiles, et qui protègent les organes essentiels en même temps qu'elles fournissent des bases et des leviers pour l'appareil de la locomotion. En avant, c'est le crâne, dans lequel on peut retrouver à l'origine les mêmes éléments que dans les vertèbres, et qui a pour dépendances les os de la face et des mâchoires ; plus bas, c'est la ceinture scapulaire, formée des omoplates, des clavicules, et parfois d'une paire d'os supplémentaires qu'on appelle les coriicoidiens ; puis c'est la cage thoracique, constituée par le sternum, les côtes, et une portion de la colonne vertébrale ; plus loin encore, c'est le bassin, résultant de la soudure plus ou moins complète d'une autre portion de cette même colonne avec les iléons, les ischions et les pubis. Sur la ceinture scapulaire s'articule de chaque coté le membre supérieur, dans lequel on distingue, lorsqu'il est développé normalement, un humérus ou os du tira--, un radius et un cubitus Of iis de l avant lira-,-, des os du carpe, des métacarpiens et des plialanges, ou on de la main. De même, sur le bassin s'articule le membre inférieur, composé du fémur ou os de la cuisse, du tibia et du péroné ou os de la jambe, des os du tarse, des métatarsiens et des phalanges, ou os du pied. Telle est, chez les vertébrés supérieuis, la structure de la charpente osseuse ou du .■■i/ueletle intérieur, comme on l'appelle quelquefois par opposition ausqueletteextérieurdminsecies et des crustacés. Mais chez les vertébrés inférieurs ce type fondamental se trouve singulièrement altéré : chez les poissons, certaines parties du squelette restent déjà à l'état cartilagineux, et chez un animal singulier qu'on nomme VAiiiphioxits, on voit subsister pendant toute la vie une ligne de tissu utriculaire ou corde dorsale, qui, chez tous les autres vertébrés, disparaît de très bonne heure pour faire place aux vertèbres. D'autre part, chez les poissons, il n'y a plus en apparence ni mains, ni pieds, ni bras, ni jambes; les membres antérieurs et postérieurs sont profondément transformés en deux paires de nageoires, plus ou moins rapprochées, auxquelles viennent s'ajouter uue nageoire caudale à l'extrémité postérieure et une nageoire d.ii-sale sur le milieu du dos ; la ceinture scapulaire est elle-même considérablement modifiée, et la ceinture coxale (ou bassin) est réduite à quelques pièces, tandis que la tête présente, au contraire, une complication inusitée et se compose d'une foule d'os dans les(iuels il est bien difficile de retrouver les os constitutifs du crâne humain. Chez certains reptiles, les serpents, il n'y a plus de traces de membres ; chez d'autres, les cliclonieiis ou tortues, au contraire, les membres ont une l'orme à peu près normale, mais, en cas de danger, ils peuvent ordinairement les rcnlrjr.
VERTEBRES
VERTEBRES
■de mêiiK! que la tùto, dans une. sorte de boîte ou carapace qui résulte de l'ossification de certaines parties des téguments et de l'union de ces parties à quelques pièces du squelette. Enfin, chez les oiseaux, les transformations de la charpente intérieure sont, à certains égards, aussi importantes, l'extrémité du membre inférieur se simplifiant beaucoup et n'étant plus destinée qu'à fournir des points d'insertion aux grandes plumes de l'aile; l'extrémité du membre postérieur s'allongeant dans la portion tarsienne et se terminant par quatre doigts au maximum ; la tête, enfin, subissant des changements dans la forme et l'articulation des os de la face et dans la structure dos os des mâchoires, recouvertes par un étui corné.
On voit par tous ces exemples que les animaux qui, à l'exception du seul Anwliioxus, possèdent ce caractère commun d'avoir* l'axe du système nerveux protégé par des pièces osseuses ou vertélires superposées, diffèrent souvent beaucoup les uns des autres sous le rapport de la conformation du squelette. Ils varient aussi sous le rapport de la disposition du système nerveux, les dimensions relatives des diverses portions de l'axe central n'étant pas toujours les mûmes. Chacun sait, en effet, que chez l'homme, le singe, le chien ou le cheval, le cerveau est beaucoup plus volumineux et plus compliqué que cliez les poissons ; chez ces derniers, en revanche, les lobes optiques acquièrent un développement qu'on n'observe pas chez les mammifères. Ceux-ci ont en outre les hémisphères du cerveau réunis par un corps calleux (V. Mammifères) et couverts de circonvolutions, tandis (|ue les vertébrés inférieurs sont privés de corps calleux et ont les Iiémisplières complètement lisses. t;hez l'Amphioxus, enfin, l'axe nerveux central offre, d'un bout h l'autre, à peu près la même structure.
En passant de l'homme aux derniers représentants de la classe des poissons, ou constaterait des dégradations analogues dans les organes des sens, considérés non pas isolément, mars dans leur ensemble ; on en constaterait également dans le système digestif. En effet, si, cliez l'homme, l'estomac est toujours une poche bien distijicte du reste du tube alimentaire, si chez le bœuf cette poche se subdivise en plusieurs réservoirs plus ou moins indépendants les uns des autres, chez le poisson ou le serpent, au contraire, l'estomac tend à se confondre, d'une part avec l'œsophage, de l'autre avec l'intestin. Les glandes variées qui versent leurs produits dans diverses portions du canal digestif chez les mammifères, sont aussi moins nombreuses et moins compliquées chez les poissons. Enfin, la cavité buccale n'est pas, à beaucoup près, disposée de la même façon. Elle s'ouvre en dehors tantôt par une petite fente munie de cirrhes, •comme chez VAmphioxus, tantôt par un large hiatus; tantôt elle est pourvue de dents nombreuses, comme chez les requins, tantôt elle est garnie en avant de plaques cornées qui peuvent s'opposer 1 une à l'autre et constituent un bec, comme chez les oiseaux. Les dents elles-mêmes n'ont pas toujours le même aspect, la même structure, le même mode d'attache : chez l'homme et chez les mammifères supérieurs, elles sont solidement implantées dans les niâclioires et offrent trois formes prmcipales, suivant qu'elles doivent couper déchirer ou broyer les aliments. Chez les poissons, ?u contraire, elles sont disséminées souvent, non seulement sur les mâchoires, mais sur le palais «t le pharynx, elles n'ont point de racines et sont parfois taillées toutes sur le mémo modèle.
Il y a des vertébrés qui respirent au moyen de poumons, c'est-à-dire de masses celluleuses logées dans le thorax et recevant de l'air dans leur intérieur par Imtermédiaire d'une trachée-artère • il jr en a d'autres qui respirent au moyen de bran- 2' Paotie.
chies, c'est-à-dire de panaches très riches en vaisseaux sanguins et qui empruntent à l'eau l'oxygène nécessaire à leur existence. Parfois même l'animal possède successivement ces deux modes de respiration, ayant d'abord des branchies, puis perdant ces organes à un moment donné pour acquérir des poumons.
A l'exception de l'Amphioxus, dont les grands troncs vasculaires ont des pulsations rythmiques, tous les vertébrés ont un cœurdont les contractions entretiennent la circulation régulière du sang dans les vaisseaux. Ce cœur, placé dans la partie antérieure de la cavité viscérale, près de la ligne médiane ou sur cette ligne, est de forme coniqui; et subdivisé en loges dont le nombre varie d'un groupe à l'autre : chez les mammifères, en effet, et chez les oiseaux, il y a quatre de ces cavités, doux oreillettes et deux ventricules, et les deux moitiés du cœur, la moitié gauche et la moitié droite, sont nettement séparées ; chez la grande majorité des reptiles, les deux ventricules communiquent, et chez les poissons il n'y a plus que trois cavités, deux oreillettes et un ventricule. De même, les gros troncs artériels ou veineux qui partent du cœur ou qui s'y rendent offrent dajis leur disposition des différences sur lesquelles il serait trop long d'insister ici, et qui sont en rapport avec la conformation des organes respiratoires.
Il n'est pas jusqu'aux téguments qui n'offrent dans la série des animaux vertébrés des changements importants. Ici, comme chez les carnassiers, les ruminants, le corps est couvert de poils plus ou moins serrés; là, comme chez les oiseaux, il est revêtu de plumes ; ailleurs, comme chez les serpents ou les poissons, il est garni d'écaillés ; ailleurs encore, comme chez les grenouilles, il est complètement dénudé.
Enfin, et c'est là un point essentiel à noter, certains vertébrés donnent le jour à des petits vivants, tandis que d'autres pondent des œufs; lei uns, en naissant, ont déjà, avec des dimensions réduites, la forme générale qu'ils conserveront durant toute leur existence, tandis que les autres subissent plusieurs changements, plusieurs métamorphoses.
En tenant compte de toutes les particularités que nous venons de signaler rapidement, on peut successivement séparer les vertébrés des autres animaux et établir parmi eux un certain nombre de catégories. On caractérisera, par exemple, d'une manière suffisante, cette classe du règni! animal en disant : les vertébrés sont des animaux pourvus d'un squelette interne cartilagineux ou osseux, qui, réduit à sa forme la plus simple, consiste en une série de pièces ou vertèbres superposées et munies d'appendices embrassant d'une part l'axe nerveux, de l'autre les organes de la vie végétative; ils ont, au plus, deux paires de membres, et les parties de leur corps sont, pour la plupart, disposées symétriquement adroite et à gauche d'un plan passant par la colonne vertébrale.
Parmi les vertébrés, il conviendra d'établir ensuite deux grandes catégories renfermant, l'une, des animaux qui n'ont de brancliies à aucune époque de leur vie, qui se développent dans une poche membraneuse nommée amnios, et possèdent avant leur naissance un organe particulier servant àlarespiration etappelé vésicule allantoîde; l'autre, des animaux qui, durant toute leur existence, ou du moins pendant leur jeune âge, respirent avec des branchies, qui n'ont point d'allantoîde, et ne se développent pas dans une poche membraneuse. Dans la première catégorie prendront place les Mammifères, les Oiseuux et les Reptiles; dans la seconde, les Batraciens et les Poissons. Les caractères qui permettent de distinguer ces diverses
VÊTEMENTS
VETEMENTS
classes se trouvent mentionnés dans les articles consacrés à chacun de ces groupes ; nous n'avons donc pas b. les indir|"er; nous rappellerons seulement que les Mammifères sont des vertébrés dont le corps est plus ou moins couvert de poils et qui donnent le jour à des petits vivants; que les Oiseaux portent des plumes, ont les membres antérieurs transformés en organes de locomotion aérienne, et pondent des œufs ; que les Keptiles ont le corps nu ou garni d'écaillés, qu'ils sont pour la plupart organisés pour ramper à la sur '^ce du sol, qu'ils ont le sang froid, et sont, comme les oiseaux, ovipares ou tout au plus ovovivipares ; que les Batraciens respirent d'abord par des brancliies et ressemblent plus ou moins à des poissons, mais acquièrent avec l'âge des organes de respiration aérienne ; et qu'enfin les Poissons sont essentiellement conformés pour une existence aquatique, qu'ils ont des brancliies, une peau nue ou écailleuse,des membres transformés en nageoires, et qu'ils pondent des œufs en nombre considérable. [E. Oustalet.]
VETEMENTS. — Hygiène, VIII ; Connaissances usuelles, IX. — On donne le nom de vêtements aux pièces d'habillement dont l'homme se revêt pour se protéger contre les agents extérieurs. Les portions de l'habillement qui ne servent qu'à la parure constituent des objets de toilette.
Les principales matières dont on fabrique les vêtements sont le chanvre, le lin, le coton, la soie, la laine, le poil de divers animaux, les fourrures, le cuir, les plumes, etc.
L'usage des vêtements modifie profondément la vitalité par leur influence sur la température du corps et sur le fonctionnement de la peau.
On peut dire que le vêtement constitue pour l'homme une sorte de climat artificiel. Grâce à lui on supporte sans souffrir les alternatives des saisons, et l'on peut vivre dans des régions trop froides pour l'homme nu.
Tous les corps rayonnent autour d'eux de la chaleur. Ceux qui sont plus chauds que le milieu qui les entoure se refroidissent ; ceux qui sont plus froids s'échauffent en absorbant une portion du calorique rayonné autour d'eux. Le pouvoir absorbant dépend pour chaque corps de la matière qui le compose et de l'état de sa surface. Toutes choses égales d'ailleurs, une surface polie absorbe beaucoup moins qu'une surface rugueuse ou mate. Quant à la matière elle-même, on dit qu'elle conduit bien ou mal la chaleur suivant qu'elle permet au calorique de se propager plus ou moins rapidement dans sa masse. Le pouvoir conducteur du calorique est considérable dans les métaux et très faible dans certaines substances comme le bois, le lin, le chanvre, la laine, la soie, l'air sec.
L'air étant un mauvais conducteur du calorique, les tissus épais, feutres et légers, formés d'ailleurs de fibres mauvaises conductrices, forment une excellente protection pour empêcher le corps de perdre sa chaleur propre ou pour le garantir contre la chaleur extérieure. Pour la même raison, deux ou trois vêtements d'étoffe mince, superposés, garantissent mieux qu'un seul d'une épaisseur triple, car entre chaque vêtement il reste une couche d'air mauvaise conductrice.
En supposant des tissus parfaitement identiques, comme fils de trame et de chaîne, mode de tissage et apprêt, on peut classer les matières premières, quant i la puissance de leur pouvoir conducteur, dans l'ordre suivant : lin, coton, soie, laiiie. Les étoffes de laine sont donc théoriquemcuit les plus chaudes. En pratique elles le sont d'autant plus, comparées h celles de coton, de lin, de soie, qu'elles sont d'ordinaire composées de fils plus gros et façonnées de manière â emprisonner beaucoup d'air. Les édredons de plume et
surtout de duvet doivent leur pouvoir calorifique ou plutôt conservateur du calorique h la matière elle-même et à l'énorme quantité d'air qu'elle retient. Les toiles fines de lin constituent, au contraire, les vêlements les moins protecteurs.
On sait que la couleur d'une même substance influe sur la rapidité avec laquelle elle absorbe ou perd le calorique. Voici une expérience très simple qui le démontre. Entourez la boule d'un thermomètre avec une étoffe de laine noire et placez l'instrument auprès d'un foyer de chaleur à peu près fixe, comme une lampe â pétrole. Notez le temps qu'il faudra pour que le liquide monte, par exemple, de 10 à 50 degrés. Essayez ensuite successivement des enveloppes d'un tissu semblaljle, mais teintes en vert foncé ou en ccarlate, vous trouverez qu'il faut un cinquième de temps en plus ; enfin, avec de la laine blanche, le temps de l'expérience ssra doublé. Par conséquent, la laine blanche s'oppose deux fois mieux que la laine noire à réchauffement de notre corps par les rayons solaires, et i la déperdition de notre chaleur propre quand nous sommes dans un milieu froid.
A pouvoir conducteur égal et soumis à un façonnage identique, les tissus varient en outre, comme corps protecteurs, par leurs propriétés hygrométriques.
Il faut considérer à un double point de vue l'hygrométricité des vêtements. La matière dont ils se composent absorbe naturellement une certaine quantité d'eau dont on ne peut les débarrasser que par le séchage à l'étuvo : c'est l'eau hygrométrique proprement dite. Elle n'est pas perceptible à la main, comme humidité, mais elle contribue k rendre le tissu bon conducteur. Ainsi la toile de lin sécliée à l'étuve semble plus chaude, jusqu'à ce qu'elle ait de nouveau absorbé son eau hygrométrique. Les tissus peuvent, en outre, se charger d'eau interposée qui s'y trouve retenue par capillarité. Cette humidité est sensible à la main, et lorsqu'elle atteint un certain degré on peut l'expulser par expression.
La puissance hygrométrique du coton est supérieure à celle du lin ; celle de la laine est plus grande que celle du coton. Il en résulte qu'une étoffe de lin tend à perdre par évaporation l'eau qu'elle a absorbée, et que cette évaporation devient une cause de refroidissement considérable, tandis qu'une étoffe de laine n'a pas la même tendance à se débarrasser promptement de son humidité, i et ne cause pas un refroidissemeut aussi rapide, ( aussi dangereux. Si l'humidité des vêtements provient de la sueur, il est évident que pour obtenir sa complète évaporation il faudra que les tissus empruntent au corps une certaine quantité de calorique. Mais si l'évaporation a lieu lentement, les actions vitales suffiront pour réparer cette perte au fur et à mesure, tandis que s'il y a déperdition __.^ rapide, l'équilibre se trouvera rompu et il en résul- t.',"s tera des accidents : rhume, fluxion de poitrine, rhumatisme, etc.
En s'opposant au raj'onnement libre du calorique humain, les vêtements produisent, dans les climats tempérés et froids, une notable écononiie. dans les combustions qui servent à l'entretenir.' Des vêtements chauds remplacent donc une certaine portion de nourriture. C'est là un fait important à signaler. Cette quantité de nourriture, économisée coûterait beaucoup plus que les vètçr ments chauds qui empêchent d'en avoir besoio.' Pour les gens pauvres il n'y a donc pas à hésiteliil Tous les efforts doivent tendre à se procurer,! j,j pour l'hiver, des vêtements suffisamment proteC-l j, teurs : c'est une bonne écunomio d'argent et suj) tout de santé. Or, pour le pauvre, toute écouon ' de santé entraine une économie d'argent.
On peut suppléer à^la protection de vêtement
VÊTEMENTS
VETEMENTS
chauds, en hiver, par une nourriture appropriée, riclie en carbone (amidon, sucre, et principalement matières grasses), et par un exercice violent.SMais pendant le repos qui succède k cet exercice, le corps est plus sensible que jamais à l'impression du Croid, et il importe de prendre des précautions exceptionnelles.
Pour acf|uérir son développement normal, la peau humaine a besoin des actions combinées de l'air et de la lumière. Sous leur i])fluence elle acquiert son maximum de vitalité. Les vêtements, s'opposant presque complètement à l'action do la lumière, et partiellement à. celle de l'air, produisent un étiolement de la peau. Celle-ci, décolorée, amincie, devient trop sensible aux intempéries, et cette dégénérescence contribue pour une bonne part b. la formation dos tempéraments lymphatiques et des constitutions anémiques. Ce sont l;"» des résultats inévitables de la vie civilisée. Pour compenser leur effet dépressif, il faudrait recourir à une sorte d'entraînement méthodique.
Les enfants et les vieillards produisent normalement moins de chaleur que les adultes. De là résulte pour eux la nécessité de s'abriter plus que ceux-ci. Les femmes, même adultes, sont assujetties au même besoin de protection plus grande. Malheureusement des habitudes de coquetterie empêclient le plus grand nombre d'entre elles de se conformer aux exigences de leur nature. L'insufHsance des vêtements a des conséquejices plus fâcheuses pour la femme que pour l'homme. On ne saurait donc trop regretter de la voir sacrifier sa santé et celle de sa postérité aux exigences de modes qui compromettent la bienséance et l'honnêteté en même temps qu'elles bravent les indications do l'hygiène.
Lu des progrès les plus importants de la civilisation en ce qui concerne les vêtements a été l'introduction et la généralisation de l'usage du linge de corps. D'après M. Flenry, on commença sous Auguste h porter des chemises de lin ; mais les riclies seuls pouvaient alors se permettre ce luxe, qui ne se généralisa que très lentement, même dans les classes aisées. En France, au \i' siècle, la chemise était encore un objet de grand luxe. Salomon, duc de Bretagne, ne trouva pas de plus beau présent h faire au pape Adrien 11 que trente chemises filées et tissées par ses vas- I saux. Au XV' siècle, on prétendait que la reine Marie, femme de Charles Vil, était seule à avoir plus de deux chemises dans sa garde-robe.
La toile de coton est de beaucoup préférable à r^'lli; de lin ou de chanvre pour les pièces d'habillement en contact avec la peau, parce que le roton est plus mauvais conducteur du calorique. L;i cliemise doit être d'un tissu un peu lâche, mais é|iais, afin d'absorber facilement la sueur. La cretuiirie sans apprêt convient très bien pour cet usage. A mesure que la sueur s'évapore, elle laisse dans le tissu des matières solides qui s'y accumulent avec le produit graisseux des glandes sébacées de la peau et des débris de l'épiderme. Ces matières se décomposent rapidement etdonnent naissance à des produits remarquables par leur odeur désagréable et leurs propriétés irritantes. Il importe donc de renouveler souvent le linge de corps. Ce que nous venons de dire s'applique naturellement au caleçon, vêtement indispensable aux deux sexes, et plus rncore aux bas ou chaussettes qui se trouvent très promptement satures do produits odorants et nuisibles. Malgré les avantages du linge comme vêtement en contact avec la peau, il faut reconnaître que la laine excite davantage son activité, sa vitalité, et rond inoms impressionnable l'appareil respiratoire. Aussi, chez les individus prédisposés aux bronunites, pneumonies, pleurésies et surtout aux '.ubercules, l'emploi de la laine sur la peau offre
un avantage incontestable. Toutefois ils pourraient, pendant les grandes chaleurs, remplacer les gilets et caleçons de llanelle par d'autres en tricot de coton.
L'usage des bretelles élastiques pour soutenir le pantalon devrait être exigé dans les écoles, colloges, casernes, etc., et il importe de le recommander dans les familles. Elles oH'rent,il e.stvrai, quelques inconvénients. Leur pression tend à faire baisser les épaules et ù, plier la taille : il faut s'habituer à contrebalancer cette tendance, surtout pendant la croissance, par une position droite et dos exercices réguliers. Mais l'usage delà ceinture maintenant le pantalon par une pression énergique k la base du thorax est beaucoup plus dangereux. La ceinture gêne les mouvements respiratoires, trouble la digestion, favorise le développement des hernies et peut causer la congestion du cerveau. Ce que nous disons de l'étroite ceinture destinée k retenir le pantalon ne s'applique pas à la bande large d'étoffe souple et résistante dont on entoure les reins et une partie de l'abdomen. Celle-ci, quand elle n'est pas trop serrée, est un vêtement utile aux hommes qui se livrent k des travaux pénibles. Elle soutient les viscères abdominaux et donne un .solide point d'appui aux muscles pendant un effort énergique. Ces ceintures protègent en outre du froid l'abdomen, qui est très sensible aux variations de température.
La conslriction causée par les jarretières audessous du genou empêche la circulation dans les membres inférieurs et devient fréqnemment la cause de varices qui produisent parfois dos ulcères incurables. La seule manière hygiénique de soutenir les bas consiste à les attacher au caleçon par des liens un peu élastiques.
Depuis assez longtemps déjà on a remplacé l'habit par la tunique dans les collèges et dans l'armée. Les résultats hygiéniques ont été notables. Il y a eu diminution des maladies causées par le refroidissement de l'abdomen.
Voici quelles sont les conditions hygiéniques de la chaussure. La semelle doit avoir pour dimensions le dessin laissé sur une feuille de papier par un crayon qui suit les contours du pied supportant tout le poids du corps: elle doit en outre être k la fois dure, élastique et imperméable, Lo cuir de l'empeigne doit être perméable aux gaz, et aussi imperméable à l'eau que possible. Un talon de I à 2 centimètres suffit pour assurer un soulier arqué à la voûte plantaire. S'il atteint les dimensions renouvelées des modes de la cour de Louis XV, il rend la démarche disgracieuse, fausse l'aplomb des jambes et du bassin, expose aux chutes, aux entorses, et s'oppose k une marche prolongée. L'emploi d^s hauts talons est una excentricité d'autant plus regrettable que, sans illusionner sur la stature de celles qui en font usage, ils diminuent leurs grâces naturelles, les exposent à des accidents, et surtout contribuent à l'étiolement féminin qui est un des plus grands malheurs de notre temps. De plus les femmes adoptent, toujours par coquetterie, des chaussures en cuir très mince on en étoffe, qui ne protègent le pied ni contre le froid ni contre l'humidité: c'est là une des causes des maladies si fréquentes de leur sexe, maladies qui résultent presque toujours d'habitudes anti-hygiéniques.
Le corset mérite une attention toute spéciale. La plupart des hygiénistes se sont élevés contre l'usage de ce vêtement, qu'ils auraient voulu proscrire. Voici, en résumé, les griefs cités contre lui : excoriations aux hanches, aux aisselles; difficulté (le la plupart des mouvements du corps; atrophie des muscles devenus inactifs; abaissement et rapprochement permanent des côtes inférieures ; rétrécissement delà base du thorax; réductiiui des cavités de la poitrine et de l'abdomen ; refou-
VÊTEMENTS
VIANDE
lement du diapliragme ; compression des poumons, du cœur, de l'estomac, du foie et des autresviscères abdominaux, surtout après le repas ; aggravation des prédispositions aux maladies de ces organes; palpitations de cœur; embarras de la circulation, congestions, gastralgie, constipation, déformation du foie ; troubles de toutes les fonctions abdominales.
Il n'y a rien d'exagéré dans ce réquisitoire. Le corset, cependant, plaide les circonstances atténuantes et met en avant, comme sa principale raison d'être, la faiblesse de la femme. Etant donné, en effet, une femme étiolée, anémique, dégénérée, telle que la produit la vie civilisée de notre temps, le corset est un palliatif de sa fragilité. Mais ce remède présentant tous les inconvénients que nous venons de signaler, il faudrait s'efforcer de mettre les générations nouvelles à même de s'en passer.
En tout cas, l'hygiène prescrit absolument de no commencer l'usage du corset que quand la femme a complété son développement. Api es une éducation hygiénique, continuée pendant plusieurs générations, il n'y aurait guère lieu de le faire intervenir. Mais si son emploi était jugé utile par le médecin, seul juge compétent, il faudrait au moins que le corset, au lieu d'être un instrument de torture destiné h mouler le corps d'après des formes conventionnelles, devînt un soutien pour certains organes, un point d'appui pour les muscles. Pour cela, il devrait se composer de pièces plus ou moins flexibles et élastiques permettant tous les mouvements du tronc; par conséquent, il ne devrait pas comporter de buse rigide.
Le seul avantage du corset, pour une femme en bonne santé, c'est de prêter un point d'appui large et résistant pour attacher les jupons sans comprimer la base de la poitrine. Ajoutons toutefois que si l'obésité devient une source de gêne, un corset souple muni d'une ceinture abdominale élastique rend des services incontestables, pourvu qu'on ne l'emploie que comme vêlement confortable, et non pour chercher à dissimuler par la compression le développement excessif des tissus adipeux.
Il est bon d'habituer les enfants k coucher la tête nue et à s'ébattre sans coilTure, dès qu'ils peuvent se passer du bourrelet. Les vieillards, même s'ils n'ont pas la tête dégarnie, doivent la protéger la nuit par un bonnet de coton et mieux par un serre-tête qui ne cause aucune constriction. Les personnes chauves ne doivent pas hésiter à porter pendant le jour une calotte ou un bonnet grec, voire même une perruque, pour se préserver des maux de tête, rhumes, névralgies dentaires et maladies des yeux qui se développent comme conséquence de l'action habituelle du froid sur la tète. Pour l'homme, la coiffure la plus gênante et l'une des moins hygiéniques est le chapeau dit à haute forme, qui comprime circulairement la tète, protège mal les oreilles et surtout les yeux. Le chapeau de feutre léger, à forme un peu hante et larges bords, est le plus hygiénique pendant l'hiver ; en été, le chapeau de paille de même forme le remplace avec avantage. Quant à la coiffure des femmes, on peut dire qu'elle consiste surtout dans leur chevelure agrémentée de coûteuses et fragiles fantaisies que les hygiénistes voudraient voir remplacer par un chapeau véritablement protecteur. C'est un vœu platonique qu'ils doivent formuler par acquit de conscience, bien sûrs de n'être pas écoutés.
Il est évident que les indications sommaires que nous venons de donner sur les vêtements sont sujettes i des modifications autres que celles de la fantaisie, suivant le climat, la saison, les occupations. Ces modifications constituent une partie importante de l'hygiène des saisons, des climats et des professions. ID' Saffray.]
VI.VNDE. — Hygiène, IX ; Connaissances usuelles, IX. — La composition chimique des viandes comestibles et celle de nos tissus sont à peu près identiques. Il en résulte que les viandes sont pour nous des aliments d'une assimilation prompte et facile, qui réparent nos tissus sans subir des transformations compliquées. On leur donne souvent le nom d'aliments plaUiques à cause de cette propriété réparatrice, tandis qu'on appelle aliments comOwtiljles ceux qui servent principalement à entretenir la chaleur du corps, tels que l'amidon, le sucre, les matières grasses.
La viande ou chair musculaire se compose principalement de musculine (analogue ila fibrine du sang), sous forme de fibrilles réunies en faisseaux ou fibres enveloppés de tissu celluleux. Entre les fibres et les fibrilles circulent des vaisseaux, des nerfs. La matière grasse s'y infiltre en petite quantité, même chez les animaux maigres. ■Toute la masse est humectée par un liquide qui contient un peu d'albumine, des sels, et diverses matières organiques en très petite quantité.
Voici, d'après Berzélius, la composition immédiate de la chair de bœuf, supposée privée de graisse :
Eau 77,17
Fibres charnues, vaisseaux cl DCrfs. 13,60
Tissu teudineui réductible ou gélatine 1,90
Alliumiue (coaRulablc) 2,Î0
Substances solublcsdans l'eau, non
coagulables 1,03
Sulislaiiecs solubles dans l'alcool. 1,80
Phos|jliatc de chaui 0,08
Parmi les substances solubles et insolubles se trouvent l'acide lactique, l'inosite, matière sucrée analogue au sucre de lait, des sels de potasse, de soude, de magnésie, de l'oxyde de fer et du soufre.
Les viandes des divers animaux se distinguent, surtout après la cuisson, par un arôme spécial, en quantité impondérable, qui agit sur les organes [ digestifs à la manière des subtances aromatiques employées dans la préparation des aliments. Ces matières rendent la viande plus sapide, et stimulent la sécrétion des liquides digestifs.
La peau, les tendons, les tissus cellulaires se changent en gélatine pendant la coction prolongée. Cette substance est très peu nutritive. Elle est surtout abondante chez les animauxjeunes comme le veau, l'agneau, le poulet.
La viande de mouton acquiert un peu ayant l'âge adulte ses meilleures qualités alimentaires. Plus tard, elle est plus nourrissante, il est vrai, mais on la trouve dure, et son arôme trop fort est peu agréable. Pour le bœuf et la vache, l'engraissement deux ou trois ans après l'âge adulte donne la viande la plus sapide et la plus nourrissante. Cependant les exigences de la clientèle riche ont fait adopter l'engraissement avant l'âge adulte de races dites précoces. La chair de ces animaux est tendre et succulente ; toutefois les muscles marbrés de graisse obligent à consommer une grande quantité de cette matière. En hiver il n'y a pas lieu de beaucoup s'en préoccuper, mais l'usage de viande grasse offre en été de sérieux inconvénients.
Après une importante discussion entre les membres de la Société centrale d'agriculture. M, Chevreul a résumé en ces termes son opinion au sujet des qualités alimentaires de la via'nde de boucherie :
« La viande, considérée au point de vue le plus i général, sous le rapport de sa composition immédiate, donne lieu i la distinction de deux matières constituantes : la graisse, et la partie fibrineuso ou musculaire proprement dite ; la première fojj^^
VIANDE
VIANDE
et suriiago, sur l'eau, la deuxième ne se fond pas.
« Je prendrai pour terme de comparaison la viande d'une excellente qualité, provenant d'un bœuf igé de 7 i 9 ans qui, après avoir travaillé comme bète de trait, a été mis à l'engrais avant d'être livré au bouclier.
n Gc^ttn viande se compose de trois matières principales : une graisse fusible de .35° à 39° ; une matièi'o soluble dans l'eau du pot-au-feu, constituant le bouillon lorsqu'on y a ajouté du sel, etc.; une matière constituant le bouilli, formée de substance librineuse, de graisse qui n'a pas été séparée, et de bouillon retenu entre les fibres.
« La viande de bœuf a toujours été pour moi la viande la plus réparatrice, et, à mon sens, on a singulièrement, sous ce rapport, trop déprécié le bouilli ;ï l'avantage du rôti.
n D'après l'examen de diverses viandes d'animaux précoces, j'ai observé les faits suivants ;
0 l°La matière grasse y était, relativement h la partie fibrineuse, en proportion plus forte que dans la viande que je qualifie do normale.
" 2° La matière grasse était plus fusible que ceile de celte dernière viande. Par exemple une graisse de brebis précoce était fusible de 29° à 30", tandis que celle d'une brebis ordinaire l'était de 37°à 41°.
« 3° La bonne qualité de la viande de bœuf se manifeste par l'excellence du bouillon au point de vue de l'arôme et de la propriété nutritive.
« 4° La partie fibrineuse de la viande normale a une ténacité, une résistance à l'action de l'eau froide, que n'a point la partie fibrineuse de la viande d'un animal engraissé rapidement. Si généralement la viande de ce dernier est plus tendre, cela tient à ce qu'il y a plus de matière grasse, h ce que la partie fibrineuse a moins de résistance et que le tissu gélatineux est souvent en proportions plus fortes que dans la première.
Il 5° Les viandes produites rapidement le sont par des animaux qui vivent généralement moins exposés au grand air et au soleil que les animaux doiit la viande est normale, à mon sens. Les conditions où vivent les premiers ont quelque analogi'^ avec celles qui étiolent les végétaux, et sans doute elles favorisent plus le développement du tissu adipeux que le développement du tissu fibrineux, et l'on peut ajouter que l'cxenice, l'exposition au grand air et au soleil sont très propres encore à la production des principes sapides et des principes odorants. »
Les qualités alimentaires des viandes varient suivant les espèces, les races, les variétés, l'âge, le mode de nourriture et le procédé d'engraissement. La meilleure viande se trouve le long de la colonne vertébrale, h la croupe, aux cuisses et aux épaules. Celle des jambes, du bas des côtes, de la poitrine, du cou et de la tête est moins sapide ; elle est entremêlée de tissus cellulaire et tendineux qui produisent de la gélatine, matière presque négligeable dans l'évaluation des qualités nutritives de la viande, surtout lorsqu'une cbullitiou prolongée a rendu ce produit très soluble et analogue aux sels ammoniaciux, riches en azote, mais inassimilables par les animaux.
Le dépeçage des animaux de boucherie produit trois catégories commerciales de morceaux, savoir : le train de derrière y compris l'aloyau, le filet et les parties correspondantes des côtes; les côtes avec les parties contiguës des flancs et de la région de l'épaule ; le cou, la tête, la queue, les jarrets et la partie inférieure du ventre.
Les produits accessoires du dépeçage ou abats no possèdent pas, pour la plupart, les qualités nutritives de la viande, mais ils fournissent à. l'alimentation des ressources qu'il ne faut pas négliger.
Le foio de veau, justement estimé, contient 74 parties d'eau et 20 parties de matières azotées. Mais cotte matière azotée consiste, pour une bonne part;, en albumine et non en niusculine.
Le poumon est plus riche encore en matières azotées. Pour le rendre agréable, il faut une cuisson appropriée et un assaisonnement relevé.
Les rognons de mouton sont encore plus riches en albumine que le foie de veau : c'est pourquoi, si l'on veut en faire un aliment tendre et de facile digestion, il importe de les faire cuire promptement, h feu vif, de telle sorte que leur masse n'atteigne pas une température supérieure à 55°. On calcule que liiO grammes de rognons équivalent à 110 grammes de viande de boucherie de bonne qualité.
Le cœur est constitué par des muscles maigres, mais tendres et de bon goût. A poids égal, il procure plus de matière réparatrice que le meilleur filet.
La cervelle de mouton renferme pour 100 parties : eau, 80; matières azotées, !0; substances grasses, 8 ; sels minéraux, 2. Par conséquent, elle est presque moitié moins nourrissante que le filet. Mais son action peut être très favorable dans certaines maladies, parce qu'elle contient une notable proportion de phosphore sous une forme immédiatement assimilable.
Les pieds de mouton, de bœuf, de porc n'offrent guère, comme matières alimentaires, que de la peau et des tendons, qui se changent en gélatine pendant l'ébullition prolongée à laquelle on les soumet. Ils ne constituent donc pas un aliment réparateur.
La langue des animaux de boucherie offre à peu près la composition de la viande grasse des races précoces.
Immédiatement après l'abattage, la viande est un peu coriace. Avant de la cuire, il convient d'attendre que les premiers effets de la décomposition en aient attendri les fibres. En été, un délai de douze à vingt-quatre heures est suffisant ; il faut plus du double en hiver.
L'usage de la viande crue offre rarement des avantages, et, outre qu'il répugne à nos goûts, il présente le très grave inconvénient de nous exposer à des maladies parasitaires que la cuisson complète permet toujours d'éviter. L'usage médicinal de la viande crue a presque entièrement cessé pour ces raisons. Celui des viandes peu cuites ou saignantes offre encore des dangers, puisque la couleur rouge prouve que l'intérieur des morceaux n'a pas subi la température qui tue les parasites. Pour l'alimentation des hommes comme pour celle des animaux, il y a tout avantage à cuire complètement les viandes.
Voici ce qui se passe dans la préparation d'un rôti. Les parties extérieures, brusquement chauffées de 100° à 110°, se contractent, l'albumine se coagule, ferme les issues par où les sucs pourraient s'échapper, de sorte que l'intérieur se trouve macéré pendant quelque temps à une température de 50° h C5°. D^ins ces conditions, l'albumine des parties centrales n'est pas coagulée, la matière colorante rouge (hématosine) n'est pas détruite, mais les fibres sont suffisamment ramollies et l'arôme convenablement développé. Au point de vue gastronomique, le rôti saignant ou au moins rosé est peut-être le meilleur; mais, au point de vue de l'hygiène, il faudrait que les parties centrales atteignissent au moins la température de S0°, k laquelle ne résistent guère les parasites.
Si l'on plonge la viande dans l'eau bouillante, et qu'après avoir activé l'ébullition pendant quelques minutes on continue la cuisson à la température de 70° environ, on obtient un produit assez semblable à la viande rôtie, sauf l'arôme de , parties
VIANDE
VIANDE
extérieures que le rôtissage caramélise. En effet, l'action de l'eau bouillante coagule l'albumine et rétrécit les fibres de la surface, de sorte que les sucs se trouvent emprisonnés. Dans ce cas, il est évident que le bouillon ne possède pour ainsi dire aucune valeur nutritive.
Si, au contraire, on met la viande dans l'eau froide et que l'on élève lentement la température, la coagulation de l'albumine n'a lieu qu'après la dissolution d'une certaine quajiiité de matières sapides et nutritives, de sorte que l'on a de bon bouillon.
Lorsque l'on recueille, au moyen d'un appareil djstillatoire, les produits volatils qui s'échappent d'un pot-au feu sans légumes, on constate la présence des matières suivantes : ammoniaque, acide suiniydrique, acide analogue à l'acide acétique, principe odorant variable selon l'espèce de viande employée.
Pour apprécier à leur juste valeur les qualités nutritives du bouilli, il suffit de constater quelle perte la viande suint pendant la préparation du pot-au-feu. On obtient du même coup la valeur nutritive du bouillon.
Supposons un pot-au-feu composé comme suit :
Eau 10 litres.
A'iande avec les os 4 kit.
Légumes 1 kil.
Sel blanc 100 gr.
Après sept heures d'ébullition Cdeux seulement pour les légumes), un litre de bouillon présente la composiiion suivante :
Eau 993 gr. 600
Substance organique séchée 16 9t7
Selssolnbles 10 7!4
Suis très peu solubles 0 S39
1013 gr. 780
Sur les 3S grammes d'extrait total on trouve :
10 gr. provenant du îel emplové.
1(1 a 12 — delà viande.'
6 à 7 — des légumes.
La viande n'a donc fourni à un litre d'excellent bouillon que 10 à 12 grammes de matières alimentaires dans lesquelles la gélatine entre pour huit dixièmes. Voilà à quoi se réduit la valeur nutritive du bouillon. Mais il contient quelques sels de la viande et des principes aromatiques qui jouent un rôle important comme stimulants des fonctions digestives ; c'est en cela que réside son incontestable valeur.
Les bouchers ont cherché à faire croire que les os améliorent le bouillon. Ils n'y apportent qu'une petite quantité de matière grasse et de gélatine.
La viande abandonnée à elle-même subit assez promptement la fermentation putride. Cette fermentation l'attendrit et développe l'arôme du gibier. De là l'usage de manger certaines viandes avancées ou faisandées, c'est-à-dire à l'état d'un faisan qui, suspendu par la tête, se détache par suite du ramollissement des tissus. A part la répugnance que peuvent inspirer les viandes à demi putréfiées, il semble prouvé qu'une cuisson complète les rend inoffensives. Il en est de mente des animaux atteints d'affections contagieuses ou inoculables.
Mais si la viande est soupçonnée de contenir des geriues de ver solitaire ou des trichines, il faut veiller avec un soin scrupuleux à la coction parfaite de toutes les parties. Pour cela on évite d'employer des morceaux épais, et l'on prolonge l'ébullition pendant plusieurs heures.
Les viandes cuites subissent une putréfaction spéciale. Elles sont d'ordinaire envahies par des moisissures, et l'on constate souvent des accidents
causés, selon toute apparence, par cette végétation microscopique.
La quamité de viande de bouclieric consommée en France ne dépasse guère 5il grammes par jour et par individu. Cette ration insuffisante est d'ailleurs très inégalement répartie, car dans les grandes villes la consommation atteint 200 grammes, tandis que dans les campagnes la viande constitue un extra réservé pour les jours de fête et les périodes de travaux extraordinaires. Dans les campagnes, l'usage du lait sous toutes ses formes compense assez bien le déficit de viande dans la ration alimentaire.
Pour augmenter la consommation de la viande dans les pays qui n'en produisent pas suffisamment pour les besoins de la population, il faut recourir à des moyens de conservation qui permettent de la transporter snns altération sensible.
L'action du froid, surtout dans une atmosphère sèche, est le seul moyen connu pour conserver longtemps la viande sans altérer ses qualités. En pratique, la question de conservation par le froid artificiel consiste à trouver les procédés les plus économiques. Dans des navires aménagés à cet efl'et, on a transporté en Europe des viandes de l'Amérique du sud et de l'Australie. Les essais ont été assez satisfaisants pour engager à les poursuivre.
Dans l'Amérique du sud, on découpe la viande en minces lanières que l'on sèche lapidcment au soleil. Le tasajn ainsi proparé, conservé en un lieu sec, constitue, un aliment un peu odorant, souvent coriace, mais dont on se contente en l'absence de viande fraîche. La dessiccation opérée dans des appareils spéciaux permettrait sans doute d'obtenir un produit plus uniforme, dépourvu de toute mauvaise odeur. Pour le conserver longtemps, il suffirait de le compriiuer dans des récipients convenables maintenus bien fermés et à l'abri de l'humidité. La viande séchée, moulue et comprimée à la presse hydraulique sous forme de tablettes, pourrait se conserver indéfiniment, si on recouvrait chaque tablette d'une couche protectrice imperméable.
Le procédé le plus pratique pour conserver les viandes cuites destinées à de longs voyages consiste à les renfermer dans des boites de fer-blanc que l'on fait chauffer dans des appareils appropriés. Le couvercle de la boîte est percé d'un petit trou. Quand le contenu entre en ébullition, la vapeur se dégage avec force par cet orifice. On retire alors la boite, on bouche le trou au moyen d'une goutte de soudure, et la vapeur intérieure, en se condensant, ne laisse pas entrer d'air, de sorte que la fermentation ultérieure est impossible (V. Conserves alimentaires).
On vend sous le nom de bouillon concentré, extrait de viande, etc., des préparations au moins suspectes. Les meilleures ne peuvent que remplacer assez mal le bouillon lorsqu'il est impossible de se le procurer. Quant à l'extrait de viande vendu -40 francs le kilogramme, il fournit à raison de 1 fr. 40 le litre un liquide qui n'est, en réalité, qu'une solution de gélatine additionnée d'une très faible quantité des éléments actifs du bouillon.
Dans les ménages, il est utile, en été surtout, I de pouvoir conserver pendant plusieurs jours les viandes cuites ou crues. Voici un procédé aussi simple que pratique. Dans un vase imperméable muni d'un couvercle bien ajusté, on dispose les morceaux à conserver, en ayant soin do les isoler autant que possible. Pour cola il est bon d'employer des assiettes en fil de fer galvanisé. A la partie inférieure du vase on place un petit récipient à large ouverture dans lequel on verse une quantité d'acide acétique pur suffisante pour que ses vapeurs remplissent tout le vase. On ajuste avec soin le couvercle, et pour
VIE
VIE
plus dn sûreté on colle autour une bando de papier. Les vapeurs d'acide acétique tuent les ferments, et la viande se conserve sans autre altoration ([u'un petit goùtaigreletiju'on lui fait perdre on l'exposant il l'air ou par une nouvelle cuisson.
La composition cliimique des viandes de volaille et de gibier diffère pou de colle des animaux de buucberie. Cependant la cbair du gibier contient moins d'albumine et surtout de matières grasses. Ses Hbi'os sont plus denses, sou arôme plus développé. Elle nécessite une mastication plus complète, et sa digestion provoque parfois une sorte do mouvement fébrile passager. [D' Saffray.J
VIE. — Zoologie, I; Botanique, I. — Les coi-ps qui composent le monde nous apparaissent comme partages en deux grandes catégories : ceux «qui sont doués de vie et ceux qui en sont dépourvus, les corps vU'ants ou organisiis, et les corps /jrut.i ou inorganiques. Qu'est-ce donc que cette qualité commune aux premiers, qu'on appelle la vie, et qui sert de base à cette division loiidamentale dans l'étude de la nature ?
Psous ne saurions commencer par définir la vie : cette définition supposerait déjî la connaissance de son objet, et ne peut être qu'une conclusion, non un point de départ. Quant à la question de l'origine de la vie. le cadre limité de cet article ne nous permet pas de la soulever ici : ce problème, tant étudié de nos jours, renferme en ell'et presque toute la science et la pliilosnpliie contemporaines. Nous ne pouvons non plus entrer dans l'étude détaillée des phénomènes de la vie: ces questions ont du reste été traitées dans les articles spéciaux consacrés à la physiologie animale et végétale (V. entre autres Physiuiogie et Viigélal).
Ce que nous allons examiner ici, c'est d'abord les caractères particuliers qui sont propres aux corps vivants et les distinguent des corps inorganiques. Puis, parmi l'infinie diversité des formes et des phénomènes par lesquels se manifeste la vie, nous cliercherons à dégager ce qu'il y a de fondamental et de commun, à remonter aussi loin que possible jusqu'aux phénomènes simples et primitifs doni les combinaisons forment cette variété et cette complexité avec lesquelles nous apparaissent les êtres vivants. Enfin nous examinerons les différentes idées que l'on s'est faites de la vie, les diverses théories par lesquelles on a essayé de l'expliquer, et ce que la science moderne paraît devoir en confirmer ou en rejeter.
I. L'être vivant nous apparaît d'abord comme un indiiidii, comme un tout qui ne peut êtie divisé sans perdre son caractère propre. Quand nous parlons d'une montagne ou d'un fleuve, il n'y a dans cette expression d'unité qu'une conception abstraite de notre intelligence : les différentes parties de la montagne ou les ondes du fleuve n'existent pas les unes pour les autres, et, si on les sépare, elles resteront telles qu'elles étaient. Dans l'animal ou dans la plante au contraire, chaque partie ne saurait exister pour ellemême, indépendamment du corps vivant auquel elle appartient : chaque membre, chaque organe, ne peut être séparé des autres, et ne se comprend que par le l'ùle qu'il joue dans l'ensemble de l'être organisé. L'être vivant forme une confédération dont toutes les parties sont liées par une solidarité qui en est le caractère essentiel ; elles sont faites pour concourir à un but commun, et leur multiplicité est subordonnée h une unité dirigeante qui n'existe pas dans le minéral.
Aussi le minéral n'a-t-il ni forme déterminée, ni limites nécessaires : le marbre peut se présenter sous la forme d'un grain de poussière ou BOUS celle d'une montagne ; tandis que ce qui au premier abord nous fait distinguer l'être vi-
vant, c'est une forme générale déterminée, qui varie selon l'espèce, et qui est toujours renfermée entre certaines limites. La forme d'un bœuf ou d'un chêne est toujours analogue îi cellu d'un autre bœuf ou d'un autre chêne : colle d'une pierre n'a pas nécessairement la moindre ressemblance avec celle d'une autre pierre.
Outre cette différence dans la forme, on voit que le corps vivant se distingue encore du corps inorganique en ce que celui-ci est immuable tant qu'une force extérieure ne vient pas le modifier, tandis que le premier est soumis à une évolution déterminée d'avance. Il naît, se développe, se reproduit, dépérit et meurt. Un corps brut se forme immédiatement par la combinaison d'autres corps dont la nature est tout b. fait différente de la sienne : ainsi le sel de cuisine est produit par la combinaison du chlore et du sodium, l'eau par celle de l'oxygène et do l'hydrogène, etc., en vertu des affinités chimiques. Une fois formés, la goutte d'eau et le grain de sel dureront indéfiniment, dans un état de repos et d'immobilité complète, tant qu'une force étrangère n'interviendra pas : s'ils s'accroissent ou diminuent, ce sera par la juxtaposition ou le retranchement d'autres molécules ; s'ils changent d'état ou disparaissent, ce sera par l'intervention d'un agent extérieur physiqtve ou chimique.
Tout autre est le mode d'existence du corps vivant. D'abord il nait, c'est-à-dire qu'au heu d'être formé de toutes pièces par la combinaison d'autres corps d'une nature différente de la sienne, il procède nécessairement d'un paieïif, d'un corps vivant semblable à lui. Ce n'est que sous l'mfluence de cet autre corps de la même espèce préalablement existant, qu'il apparaît sous la forme d'un germe ,■ puis ce germe se développe en vertu d'une force intérieure, et non plus seulement par les actions des autres corps. Il s'accroît ainsi jusqu'à ce qu'il ait acquis la forme générale de l'espèce, et, après une durée dont la limite extrême est également déterminée par l'espèce, il dépérit efmeurt.
Ainsi le corps brut n'a pas de limites necessau-es dans ses dimensions et subsiste indéfiniment ; le corps vivant est nécessairement limité dans la durée comme dans l'espace. La inort nous apparaît partout comme une conséquence de la vie, et les êtres vivants disparaîtraient bientôt de la nature, s'ils n'avaient cotte mystérieuse faculté de se reproduire, c'est-à-dire de faire naître sous leur influence d'autres corps de leur espèce, qui k leur tour parcourent le même cycle, et selon 1 image poétique de Lucrèce, transmettent dans la chaîne continue des générations ce principe de la vie, dont ils ont été les dépositaires passagers, comme le flambeau que les coureurs se transmettaient de main en main dans les jeux antiques.
Cette évolution caractéristique des corps vivants résulte d'accroissements et de diminutions qui s'accomplissent d'une manière tout opposée à, celle des accroissements ou diminutions qui peuvent survenir dans les corps inorganiques. D'abord ces changements ne sont pas produits par une action étrangère, mais par une action qui vient de l'être vivant lui-même. L'accroissement, au lieu de se faire en dehors, par juxtaposition, se fait par intussusception, c'est-à-dire par un mouvement intérieur au moyen duquel sont incorporées les molécules prises au dehors. C'est là la nutrition.
Mais en même temps qu'il emprunte ainsi au monde extérieur des substances qu'il s'assimile, le corps vivant rend aussi sans cesse à ce même monde extérieur une partie des molécules qui le composent, et qu'il rejette après se les être momentanément incorporées. Il y a en lui un double mouvement d'assimilation et de désassimilation
VIE
VIE
qui ne s'arrête jamais, et l'être vivant nous apparaît dès lors comme soumis à une rénovation incessante, comme un tourbillon continuel. C'est ce mouvement intérieur qui caractérise essentiellement la vie, et l'orme le contraste le plus absolu avec l'immobilité moléculaire des corps inorganiques. Ce qui fait la durée et la continuité de l'être vivant, c'est le cadre, la forme générale, le rapport constant des parties les unes avec les autres, tandis que les éléments mêmes de ces parties changent sans cesse.
Seulement entre ces deux courants d'absorption et de rejet, entre ces recettes et ces dépenses qni constituent le budget organique, il n'y a pas toujours équilibre. Au début de la vie, l'assimilation l'c mporte de beaucoup sur la perte; l'animal ou la plante emprunte au monde extérieur plus qu'il ne lui restitue, et cet excédent des recettes sur les dépenses se traduit par une croissance rapide. Peu Ji peu cependant cette différence diminue, la croissance se ralentit, jusqu'au moment où l'être vivant ayant acquis son développement normal, il s'établit un équilibre complet entre l'assimilation et la perte : les deux courants s'égalisent, et la vie est alors dans toute sa plénitude. Après une durée plus ou moins longue, cet état stationnaire cesse h son tour, et l'équilibre se rompt en sens inverse ; désormais ce sont les dépenses qni vont l'emporter. L'êlre vivant décline et dépérit, et semble s'aclieminer graduellement vers la mort. Enfin, comme si la force d'assimilation s'était peu à peu épuisée, un moment vient où tout mouvement de rénovation s'arrête, le corps se désagrège, et ses molécules se dispersent dans le monde inorganique.
Puisquele mouvement nutritif est le phénomène le plus constant et le plus caractéristique de la vie, il en résulte que tout corps vivant doit être composé de parties solides et de parties liquides: cette circulation incessante ne peut se produire que dans des liquides, et les parties solides sont nécessaires pour contenir ces liquides et maintenir la forme générale. Ce mode de structure est une condition d'existence nécessaire pour les êtres vivants, et c'est en raison de la nécessité de cette organisation qu'on leur donne le nom de corps organiques.
Si maintenant, après avoir comparé les différents aspects sous lesquels nous apparaissent les corps vivants et les corps bruts, nous essayons de pénétrer plus loin, par l'analyse chimique des substances qui les composent, cette analyse nous révèle une nouvelle différence très importante, dont nous ne pouvons faire ici l'étude détaillée, mais qu'il est nécessaire de signaler. Non pas qu'il existe chez les corps vivants, ainsi que le croyait Bufl'on, une matière spéciale qui ne se trouverait pas en dehors d'eux et dans laquelle résiderait la cause même de la vie : il est bien prouvé aujourd'hui qu'il n'y a pas de corps simple organique, et que les substances vivantes sont composées des mêmes éléments que les substances minérales, oxygène, hydrogène, azote, etc. Mais si ces éléments forment aussi bien les êtres vivants que les minéraux, ils y sont combinés d'une manière fort différente.
Tandis que le minéral peut être composé d'un seul corps simple, comme le fer ou le soufre, ou de la combinaison d'un petit nombre de corps simples, comme le sont l'eau ou le sel de cuisine. les corps vivants ont toujours une composition chimique très complexe. En outre, le caractère chimique spécial aux substances organisées, c'est surtout leur instabilité, la facilité avec laquelle elles se décomposent sous les ijiiluences physiques. Remarquons que ce caractère pouvait en quelque sorte être prévu d'avance : nous avons vu en effet que la vie consiste dans un mouve-
ment de décomposition et de recomposition incessantes, et ce mouvement ne pourrait se produiredans des substances qui présenteraient une trop grande stabilité chimique.
II. Ces caractères spéciaux dans la forme, dans l'origine, dans le mode d'exi.stence, dans la fin, dans la structure et dans la constitution élémentaire, se retrouvent dans tous les êtres vivants. Non'; voyons ainsi d'une manière générale comment se manifeste la vie, mais non encore les lois qui la régissent, ni le principe qui la produit.
Et d'abord ne doit-on pas se demander si les phénomènes vitaux peuvent être ramenés à des lois fixes et invariables, ou si la vie n'est pas le domaine de forces spontanées qui échappent par leur essence même à toute règle immuable et à. toute détermination précise?
Ce n'est qu'avec Descartes et Leibnitz que nous commençons à entrer dans la solution scientifique de ce problème. Descartes démontre le premier que le corps vivant est une machine très complexe sans doute, mais qui se comporte absolument comme une machine inorganique : il est composé de leviers, de ressorts, de canaux, de filtres, de cribles, dont les mouvements s'accomplissent toujours conformément aux lois de la mécanique. Leibnitz confirme et complète cette théorie: «le corps, dit-il, se dévelo/ipe mécaniquement,et les l'iisde la mécanif/tie 7je sont jamais violées dans les mouvemfnts naturels. »
Lavoisier et Laplace viennent ensuite prouver que de même qu'il n'y a pas deux mécaniques, il n'y a qu'une physique et une chimie, applicables aux phénomènes des corps vivants comme à ceux des minéraux. Les uns et les autres sont composés des mêmes corps simples ; et ces éléments sont partout soumis aux mêmes lois. Lavoisier et Laplace montrèrent que l'oxygène, en pénétrant dans les êtres vivants, produit en eux la chaleur qui les anime, par une combustion exactement semblable à celle qui se produit dans un foyer ; que les animaux qui respirent et les métaux que l'on calcine absorbent également l'oxygène, et que sans l'oxygène, la respiration s'arrête comme la calcination.
Les phénomènes vitaux sont donc des phénomènes mécaniques, physiques et chimiques, soumis exactement aux mêmes lois que ceux qui se passent dans le monde inorganique ; mais quelle en est la cause et comment sont-ils produits?
Cehl seulement au commencement de ce siècle que Bichat comprit qu'il fallait procéder en physiologie comme on procède en physique et en chimie, et chercher la raison des phénomènes vitaux dans la matière vivante, non dans des forcesextérieures, de même que les sciences inorganiques cherchent l'explication des phénomènes qu'ellesétudient dans les propriétés de la matière brute.
Les corps vivants, animaux ou végétaux, sont composés d'appareils ou d' organes, et ces organes sont eux-mêmes formés de matière organisée de différentes manières, par les tissus (V. Tisstts). Au lieu de considérer l'organisme dans son entier, ou seulement dans les organes, il faut pénétrer dans l'intérieur même de l'être vivant, et chercher dans l'étude des tissus l'explication de la vie. Or celte étude nous montre que chaque espèce de. tissus a ses propriétés particulières : ainsi la contractilité réside dans le tissu musculaire, la sensibilité dans le tissu nerveux, etc. De plus ces propriétés, qui sont partout les mêmes pour chacun des tissus, dans quelque partie de l'organisme qu'il se trouve, sont indépendantes les unes des autres ; la propriété contractile du muscle subsiste indépendamment de l'action du nerf qui l'excite, et peut être mise en mouvement par un autre excitant, un courant électrique par exemple. Les divers tissus sont sans doute entre-
VIE
VIE
eux dans une association et une solidarité étroites, et ils concourent tous au môme but : mais ils n'en ont pas moins au sein de l'organisme général une existence propre et distincte, nm; véritable autonomie. Cl)acun a son mode particulier de se nourrir et d'.igir, ses poisons propres, sa manière spéciale de mourir comme de vivre. C'est ce que les expériences de Claude Bernard sur les poisons ont si admirablement démontré : ainsi le curare n'agit que sur le tissu nerveux moteur, l'oxyde de carbone que sur les globules du sang, etc".
Bicliat, dans une intuition de génie, avait donné Ji la physiologie sa base scientifique en la ramenant à l'élude des tissus et de leurs propriétés : après lui l'analyse a été plus loin, jusqu'à l'élément des tissus, qui est la cellule. On a vu, k l'article Tissus, comment chacun d'eux était luimême une association, un groupement de cellules de même nature. La cellule est en physiologie ce qu'est le corps simple en chimie, l'élément irréductible, dans l'état actuel de la science. Sans doute la cellule n'est pas simple chimiquement
car il entre toujours dans sa composition un grand nombril de corps simples : mais elle est lunité physiologique.
C'est en elle que réside la vie : dès qu'on la divise, la vie disparait, et il ne reste plus que de la matière inorganique. C'est la cellule qui respire, en absorbant l'oxygène au contact de l'air et en exhalant l'acide carbonique, et cela de la même manière dans la plante que dans l'animal. Ce que nous appelons la respiration, la digestion, etc., ne sont que la manifestation lointaine et la résultante des actes qui s'accomplissent dans les cellules.
Ainsi d'une extrémité à l'autre de l'échelle des êtres, depuis le premier commencement de la végétation jusqu'aux mammifères et jusqu'à
I honinio, sous l'infinie diversité de formes que nous présente la vie, nous retrouvons une merveilleuse unité. La vie est partout identique : seulement, dans les organismes supérieurs, elle n'est pas centralisée. Ces organismes sont composés dune loule innombrable d'organismes élémentaires : ils sont un emboîtement de vies, une association de cellules groupées en tissus, en organes, en systèmes. Au premier degré de la vie,
II y a des animaux et des plantes d'une organisation élémentaire qui ne sont composés ((ue d'une cellule : depuis cet être-cellule jusqu'à l'homme, on rencontre tous les degrés de complication dans les groupements, et la physiologie nous fait anjourdhui entrevoir la loi de cette complication croissante.
Le corps des animaux supérieurs est un mécam.sme complexe qui résulte de l'assemblage d'un grand nombre de mécanismes secondaires. On y rencontre un système circulatoire, un système respiraloire, un système nerveux, un système digestif, etc. iWais ce ne sont là que des rouages qui n existent pas pour eux-mêmes : leur but est de réaliser les conditions nécessaires à la vie des cellules, de fournir à celle-ci les éléments dont elles ont besoin pour vivre. Ces conditions extérieures nécessaires à la vie des cellules sont au nombre de quatre.
1° L'humidité. Les phénomènes de la vie consistant en un tourbillon incessant, ces courants ne peuvent se faire que dans un liquide ou dans un fluide. On a vu, à l'article Physiologie, comment Il y a des animaux chez lesquels la vie est suspendue par la dessiccation, et reparaît avec l'humidité. 11 en est de même pour les graines desséchées.
2° La température. Tout organi.sme élémentaire ne peut vivre qu'entre certaines limites de température : au-dessous de 0 degré, la vie disparaît; eileaugmente d'intensité jusque vers 35 à40 degrés,
où elle atteint sa plénitude, et disparaît généralement vers 55 degrés. L'abaissement de la température, comme la dessiccation, peut ne faire que suspendre la vie, tant que les cellules n'ont pas été déchirées ou brisées par la congélation des liquides organiques : on a vu des poissons et des grenouilles, trouvés gelés dans des blocs de glace, revivre avec le dégel.
.3° L'air, ou du moins l'oxygène. Tout être vivant a besoin d'oxygène, aussi bien les animaux que les végétaux. La plante qui germe respire de même que l'animal.
4° Une certaine constitution chimique du milieu ambiant. Toute cellule a besoin pour se nourrir do trois ordres de substances : de matières albuminoîdes ou azotées (principalement l'ammoniaque) ; — do matières sucrées ou grasses (substances ternaires); — do matières salines (spécialement de la chaux). Toutes ces substances devront être contenues en dissolution dans le liquide environnant.
Pour vivre, toute cellule exige donc la réunion de ces quatre conditions : de l'eau, de l'oxygène, une température convenable, et certains principes chimiques.
La cellule est-elle libre, c'est-à-dire s'agit-il d'un de ces êtres unicellulaires que l'on rencontre au premier degré de la vie, elle devra trouver ces conditions dans le milieu extérieur où elle est plongée.
S'agit-il maintenant d'un organisme complexe, formé par l'assemblage de tissus, d'éléments his' tologiques? Les cellules qui se trouvent ainsi dans l'intérieur de ce corps vivant devront rencontrer ces mêmes conditions indispensables ; et c'est pour réaliser ces conditions qu'apparaissent les systèmes circulatoire, respiratoire, digestif, etc. L'appareil respiratoire fournit l'oxygène; l'appareil digestif, Ips aliments; les appareils circulatoire et sécrétoire assurent le renouvellement nutritif, etc.
Et remarquons que ces organes se montrent au fur et à mesure que se complique l'échafaudage des tissus, et (|ue nous arrivons aux animaux placés plus haut dans l'échelle des êtres. Il y a des animaux qui n'ont pas de poumons, de nerfs, de muscles : ces appareils ne sont donc pas indispensables à la vie, mais selon une très juste comparaison de Claude Bernard, ils sont comme les grands établissements industriels dans une société parvenue à un état avancé de civilisation; par la division du travail et le perfectionnement des procédés, ces établissements multiplienl pour les individus les moyens de se nourrir, de se vêtir, de se chauffer, de s'éclairer, etc.
Ces organes nombreux et compliqués ont pour résultat, chez les animaux supérieurs, de rendre la vie de plus en plus indopend.intc du milieu ambiant et des variations cosmiqin , ; ils créent pour les cellules, au sein niruir ,1,- l'organisme, un milieu intérieur dans i,M|iu I rllcs retrouvent toujours les conditions qui leur sont indispensables. Ainsi nous avons vu que la vie exige l'humidité et l'oxygène, et cependant une partie des animaux vit dans l'air et une autre partie dans l'eau Mais cela n'a lieu que par un artifice de construction de leurs organismes : car la vie des cellules n'a pas pour théâtre l'air ou l'eau, mais le milieu intérieur, qui leur présente toujours les conditions en dehors desquelles elles ne sauraient vivre.
Les machines vivantes sont construites de telle sorte qu'en se perfectionnant, elles deviennent de plus en plus libres dans le monde extérieur. Ainsi, tandis que chez les plantes et les animaux à sang froid, dont le corps suit les variations de la température extérieure, la vie est presque suspendue en hiver, elle ne perd rien do son intensité chez I les animaux à sang chaud, parce que ceux-ci ont en
VIE
VIE
eux un mécanisme propre, qui produit et maintient la chaleur intérieure, en luttant contre le refroidissement du dehors. Grâce h cette fonction de calorification, l'animal à sang chaud peut vivre dans une température plus basse que celle qui est nécessaire à la vie des éléments organiques, parce que ces éléments restent toujours dans un milieu non refroidi, exactement de même que dans les serres de nos jardins nous maintenons une végétation indépendante des frimas extérieurs.
D'un autre côté, l'animal il sang chaud vit aussi dans une atmosphère au-dessus de 55 degrés, ce qui est impossible pour l'animal à sang froid : au moyen d'une fonction spéciale à son système cutané, il résiste h la chaleur en produisant du froid par l'évaporation qui a lieu à la surface de son corps.
Les procédés employés par la nature nous apparaissent donc comme de véritables artifices en tout comparables à ceux que nous employons dans la création de nos appareils mécaniques, lorsque nous construisons, par exemple, une machine à vapeur qui continue à fonctionner à travers le chaud et le froid, le sec et l'humide : les conditions fondamentales de la vie ne sont pas plus violées dans l'organisme des animaux supérieurs que les conditions physiques ne le sont dans la machine i vapeur, mais, par d'ingénieuses combinaisons, l'activité de l'être vivant, comme celle de la machine, est rendue indépendante des variations atmosphériques et du milieu cosmique.
Puisque la vie n'est centralisée nulle part, dans aucun appareil ou organe du corps, ci que ces appareils sont tous dos mécanismes construits pour la vie cellulaire, il en résulte une conception toute particulière de la mort. Lorsque la mort survient par la destruction ou la lésion d'un de nos organes essentiels, comme le cœur, le poumon, le cerveau, ce n'est pas parce qu'on a atteint un principe vital qui siégerait dans l'un de ces organes, mais parce qu'on a disloqué le mécanisme vital, qui ne peut plus fournir aux cellules l'oxygène ou les aliments qui leur sont nécessaires. Flourens plaçait le siège de la vie dans la moelle allongée, en un point qu'il appelait le nœud titat, parce que la blessure de ce point produit une mort instantanée. Mais cette mort n'est qu'une conséquence indirecte : ce point de la moelle allongée est le centre régulateur des mouvements respiratoires ; dès qu'il est blessé, ces mouvements s'arrêtent, et l'oxygène de l'air cesse d'être porté aux cellules. C'est cette privation d'oxygène qui produit véritablement la mort. Ce qui le prouve, c'est que chez les animaux à sang froid, la blessure du nceud vital n'amène pas la mort instantanée, parce que ces animaux peuvent rester plus longtemps sans respirer. Si on enlève le cœur ou le cerveau, on n'enlève non plus aucun principe vital, mais on détruit les conditions de la vie cellulaire, et la mort des cellules entraîne la fin de l'orçranisme.
De môme dans la mort par intoxication, le poison n'a pas agi sur le principe de la vie, mais il a désorganisé un des tissus par son action chimique : le fonctionnement de la machine vivante se ti^ouve arrêté parce que l'un des ressorts est brisé, ou momentanément entravé. Ainsi dans l'empoisonnement par le curare, les nerfs du mouvement ont seuls été atteints, et tous les autres tissus restent parfaitement sains et intacts ; mais les mouvements respiratoires étant arrêtés, l'asphyxie amène la mort. Si on peut faire respirer artificiellement l'animal empoisonné jusqu'à ce que lu poison ait été éliminé par les sécrétions, la machine reprend ensuite son fonctionnement normal, et l'animal revient k la vie. La mort, comme la vie, doit donc être en quel-
que sorte décentralisée. Dans les organismes supérieurs, de même que la vie est une association do vies, la mort est la conséquence de la mort des organismes élémentaires. Les différents tissus meurent les uns après les autres : la vie s'arrêta séparément dans les nerfs, les muscles, les glandes, etc., et ce n'est que lorsque toutes les cellules sont mortes que l'organisme a définitivement cessé d'appartenir au monde vivant.
jn. Nous avons examiné jusqu'ici comment se manifeste la vie, et les conditions générales auxquelles elle est soumise; nous est-il possible maintenant de remonter plus haut, jusqu'à son principe et à son essence même '?
Dès l'origine de la science et de la philosophie grecques,' nous trouvons, dans les conceptions que l'on s'est faites de la vie, deux tendances opposées.
Pour les uns, comme Démocrite et Épicure, la cause des phénomènes de la vie est la même que celle des autres phénomènes de la nature : toutes les manifestations de l'activité vitale découlent du jeu des forces de la matière. Les éléments de la matière, les atomes, en se combinant entre eux d'après leurs formes, produisent les corps vivants aussi bien que les corps inorganiques.
Pour Pythagore, Platon, Aristoie, Hippocrate, Galien, cette cause des phénomènes de la vie est distincte et spéciale: elle consiste dans un principe supérieur et immatériel agissant sur la matière inerte, et dont l'action s'exerce en dehors des lois qui régissent cette matière.
Les physiologistes ont été de tout temps partagés entre ces deux conceptions. La seconde a atteint son apogée d'influence avec Stahl, médecin à Halle (1077-1735). D'après lui, non-seulement les forces chimiques sont différentes de celles qui produisent les phénomènes de la vie, mais elles sont en antagonisme avec elles, et tendent sans cesse à détruire l'organisme. Il faut donc qu'il y ait dans l'organisme une force vitale qui conserve le corps, en luttant contre l'action des forces chimiques extérieures. La vie consiste dans le triomphe de la force vitale sur les forces physiques et chimiques.
Cette doctrine a reçu le nom de vitalisme. Mais Stahl ne s'arrêta pas là : remarquant que cette force vitale agit avec discernement, dans un dessein calculé, (ju'elle tend toujours vers un même but, il en conclut qu'il ne faut pas la distinguer de la conscience et de l'intelligence, en un mot de l'âme pensante. Dans ce nouveau système, appelé Vauimisme, c'est l'âme elle-même qui produit toutes les manifestations de la vie corporelle, qui fait battre le cœur, circuler le sang, respirer le poumon, sécréter les glandes.
Cette doctrine était empreinte d'une exagération trop manifeste, car l'observation la plus simple nous montre que presque toutes les fonctions île la vie sont indépendantes de notre volonté. La bouchée alimentaire, depuis le moment où elle a franchi l'isthme du gosier, est absolument soustraite à l'empire de notre volonté pendant tout son trajet dans les voies digestives. De môme nous ne pouvons rien sur les mouvements de la circulation du sang, sur les sécrétions des glandes, etc. Aussi les successeurs de Stahl, les médecins Bordou, Barthez, Grimaud, qui représentèrent avec] un grand éclat au siècle dernier l'école de Mont- I pellier, répudièrent cette seconde partie de la-j doctrine du maître, l'anitnisme, pour ne conserver! que la première, le vitalisme. D'après eux, lej priiu'ipe de la vie est distinct de l'âme, mais il] consiste dans une force particulière qui dirige j tous les phénomènes vitaux, et qui agit en dehors des lois de la mécanique, de la physique et de la chimie. |
Le point de vue vitaliste fut adopté par Bichat» i
VIE
VIE
Pour lui, les propriétés de la matière vivante sont absolument dilVéreiitos de colles de la matière inorganique, et constamment en lutte avec cellesci. C'est celte lutte qui constitue la vie: les propriétés vitales conservent le corps vivant, en entravant les propriétés physiques qui tendent à le détruire, et quand la mort survient, c'est parce que celles-ci l'eniporiont définitivement.
Toute la théorie de liicliat se trouve d'ailleurs résumée dans la définition qu'il donne de la vie : Il la vie est l'ensemble des fondions qui résistent à la mort », c'est-Ji-dire l'ensemble des propriétés vitales qui résistent aux propriétés physiques.
lit ces deux sortes de propriétés ont des caractères tout iijqiDsés. Les pnipriétcs pbysiques sont fixes, coiist;iiii,es, ininiuablrs : on peut donc prévoir et calculer leurs etlets avec certitude. Au contraire, les propriétés vitales sont d'une durée limitée, et essentiellement variables et changeantes; les phénomènes qu'elles produisent n.e sauraient donc être soumis à aucune condition fixe et déterminée, à aucune loi précise.
« La science îles e'/ivs vivants, dit Bichat, est une science ib-nt les luis .^mil, rummeles fO"Ctio'isvitnles elles-mêmes, siisrr;:/i/,/r, d'une foule île variétés, nici échappe a luiilc rs/,r,e de calcul, dans laquelle on ne peut rien pi-ecuii- on prédire, et où nous n'avons que des approximations le plus touvent incertiiines. » La physiologie n'a donc rien à voir avec la physique et la chimie; en voulant les éclairer les uns par les autres, ajoute bichat, on ne fait que les embrouiller.
De ces théories de Bichat, la physiologie moderne n'a rien laissé subsister.
Et d'abord de cet antagonisme entre les propriétés vitales et les propriétés physiques, il résulterait logiquement que plus les premières auront de force et d'énergie dans un organisme vivant, plus les secondes y seront vaincues et affaiblies ; el réciproquement plus les forces physiques auront d'intensité, et plus les forces vitales seront atténuées. Or, c'est exactement la proposition contraire qui exprime la vérité : l'expérience no\is montre que dans tout Être organisé, l'activité des manifestations vitales est en rapport direct avec celle des phénomènes physico-chimiques. Par exemple, quand le froid saisit un animal, en même temps que s'abaissent les phénomènes chimiques de combustion, les mouvements se ralentissent, la sensibilité s'émousse, l'intelligence disparait. Au contraire quand la vie est dans sa plénitude, toutes les forces physiques et chimiques, au lieu d'être domptées et contenues par la force vitale, sont en quelque sorte déchaînées : l'organisme brijle et se consume plus vivement; et au lieu d'un antagonisme, c'est un parallélisme complet (|u'il faut voir entre les phénomènes chimiques et les ma- Dilestations vitales.
Mais il y a bien plus. L'analyse des phénomènes vitaux nous révèle qu'ils ne sont pas seulement en liaison harmonique avec les phénomènes physico-chimiques qui se passent dans l'organisme, mais qu'ils leur sont simplement identiques, qu'ils se réduisent tous eux-mêmes à' des phénomènes physiques et chimiques. L'absorption, par exemple, aussi bien que la combustion organique, s'explique par de simples propriétés physiques. Certaines membranes, même inanimées, ont la propriété de laisser circuler les liquides à travers elles : ce sont là les phénomènes d'endosmose et d'exosmose. La condition pour que ce double courant du dehors au dedans, et du dedans au dehors, se produise à travers la membrane, c'est que les liquides qu'elle sépare soient de densités différentes. Or dans l'être vivant, cette condition existe : il y a des membranes séparant des liquides différenciés par les sels qu'ils contiennent. Ainsi le plasma sanguin est alcalin, et contient beaucoup de car-
bonate de soude, tandis (|ue les globules du sang qui voyagent dans le plasma sont remplis de potasse : il se fait donc un échange constant à travers les membranes qui enveloppent les globules. La propriété vitale de l'absorption et de l'exhalation n'est qu'une propriété physique : nous retrouvons les mômes phénomènes en dehors des organismes que dans les organismes.
Puisque nous retrouvons partout les mêmes lois, il n'y a pas, comme le croyait Bichat, deux ordres de sciences : d'un côté les sciences du monde inorganique, marchant d'un pas assuré, certaines d'être toujours rigoureusement obéies par l'i'xp'''i'ieiiee ; d'autre part lessciences de la vie, touj'iurs iiur liaines et hésitantes, troublées £ cli.ii|Ui' III I. ml par l'intervention d'une force chaiiyiMiilo el capricieuse, qui ferait en réalité des manifestalionsde la vie une série de miracles irréductibles Ji toute détermination. Les pliénomènes du monde vivant étant de même nature que ceux du monde inorganique, ils sont soumis à des règles aussi immuables, et susceptibles d'un déterminisme aussi précis. En réalisant les conditions de leur manifestation, le pliysiologiste est aussi assure de les voir se produire que l'est le chimiste pour ses réactions : seulement ces conditions sont beaucoup plus nombreuses et plus compliquées pour le premier que pour le second. Par la physiologie, l'homme marche îi la conquête de la nature vivante, comme pai' la physique et la chimie à celle de la nature inanimée.
Mais si les plienomènes vitaux se réduisent tous à des phénomènes physiques et chimiques, il est cependant évident que la physique et la chimie seules ne sauraient donner aucune idée de la vie et de l'organisme à celui qui n'aurait pas étudié les corps vivants. En quoi consiste donc ce quicl proprium de la vie, ce principe ou cette cause qui différencie le corps vivant do la matière inanimée?
Si nous considérons séparément chaque manifestation vitale, nous n'y trouvons qu'un phénomène mécanique analogue à ceux qui se passent dans la matière inanimée; mais d'autre part le propre de ces manifeslations est de ne pouvoir être isolées les unes des autres, do n'avoir leur raison d'être que dans leur liaison, de ne s'expliquer que dans leur ensemble. S'il est clair que ce sont des actions purement chimiques, il est non moins clair qu'elles s'associent et s'enchaînent en vue d'un résultat qui est l'organisation et le développement du corps dans lequel elles se produisent. En sorte que prises ainsi dans leur succession et leur ensemble, elles paraissent réunies par un lien spécial, dirigées par une force invisible dans cet ordre qui les enchaîne. Les phénomènes vitaux sont tous des pliénomènescliimiques, mais il semble qu'une idée prévoyante, qu'un certain choix qui n'a rien de fatal, aient présidé à leur groupement. Ainsi la cellule se nourrit par endosmose, mais en n'admettant que certaines substances et en repoussant les autres. De même encore, quand les glandes sudorifiques versent leur liquide à la surface de la peau, elles graduent toujours leur production de manière à maintenir la température du corps à un chiffre constant et invariable, quelles que soient les conditions extérieures [V.Tact).
« Quand un poulet se développe dans un œuf, dit Claude Bernard, ce n'est point la formation du corps animal, en tant que groupement d'éléments chimiques, qui caractérise essentiellement la force vitale. Ce groupement ne se fait que par suite des lois qui régissent les propriétés physicochimiques de la matière; mais ce qui est essentiellement du domaine de la vie, et ce qui n'appartient ni à la chimie, ni à la physique, ni à rien autre chose, c'est l'idée directrice de cette évoluiion
VIGNE
VIGNE
vitale. Dans tout germe vivant, il y aune idée créatrice qui se développe et se manifeste par l'organisation. Pendant toute sa durée, l'être vivant reste sous l'influence de cette même force vitale créatrice, et la mort arrive lorsqu'elle ne peut plus sp réaliser. Ici comme partout, tout dérive de l'idée, qui. elle seule, crée et dirige. »
Il y a dans le germe une propriété évolutive, — de quelque nom qu'on l'appelle, idée directrice, force vitale, etc., — qui produira un oiseau, ou un nianiniifère, ou un poisson, et il est clair que cette propriété évolutive ne relève ni de la physique, ni de la chimie. La conception de ce gueUjue chose d'encore inconnu qu'il faut ajouteraux lois pliysicochimiqiips pour expliquer la vie s'impose à notre esprit; et si nous avons dîi rejeter les théories viialistes Ciimme inconciliables avec les progrès de la physiologie moderne, les théorie* purement mécaniques et chimiques nous apparaissent à leur tour comme insuffisantes à nous donner l'explication de la vie.
Ainsi parvenus de degrés en degrés au terme supérieur de cette rapide étude sur la vie, pouvons-nous donc entrevoir cette explication tant cherchée, et quelle sera notre conclusion ?
Notre réponse n'est pas douteuse.
Le système qui prétend expliquer la vie en ajoutant aux lois physico-chimiques un je ne sais quoi étranger \ la physique et à la chimie, est aussi incomplet et aussi artificiel que le vitalismc luimême, s'il reste borné au monde de la vie. Il n'est complet et inébranlable qne sionl'étend à l'explication de tout phénomène naturel, des phonomones inorganiques aussi bien que des phénomènes organiques. Vidée évoluirice est tout aussi nécessaire pour expliquer la cristallisation du sel en octaèdres, ou les combinaisons chimiques suivant des nombres déterminés (c'est-à-dire suivant une loi d'abstraction), que pour expliquer la sécrétion ou la digestion. La chimie n'explique pas plus les phénomènes chimiques proprement dits, qu'elle n'explique ceux de l'organisme vivant. Il y a partout une lacune qui ne se comble qu'en invoquant le nescio quicl supérieur, de quelque nom qu'on l'appelle.
Prétendons-nous par là donner une explication, au sens rigoureux et logique du mot ? .Mon : nous constatons simplement l'impuissance fatale des lois mécaniques à expliquer un phénomène quelcon(|ue dans la nature; mais cette constatation est déjà un résultat immense, car elle nous permet de ruiner et d'écarter de la voie scientifique les fragiles sj-stèraes qui pensent avoir dit le dernier mot des choses. Nous ne pouvons non plus nous flatter de prononcer à notre tour ce mot suprême. En montrant la nécessité d'invoquer un principe étranger au monde de la physique, nous n'avons pas fait un pas vers le pnurc/uoi des phénomènes. [Pierre Carrive.]
VKiMî. — Agriculture, IX. — La vigne est un arbrisseau sarmenteux à très grand développement, de la famille des Ampélidées et du genre Vitii. C'est l'arbre fruitier le plus précieux que riiomme ait jamais cultivé ; dès l'antiquité la plus reculée, il a su l'approprier à ses besoins.
Le genre Vitis renferme plusieurs espèces originaires de la zone intertropicale et des régions tempérées des deux continents; aucune ne parait spontanée en Europe, d'après M. Decaisne. L'espèce cultivée est la vigne vinifère {Vitis vinifera), qui semble originaire de la Géorgie, et dont la culture a obtenu un très grand nombre de variétés. Elle peut réussir dans tous les pays où la température estivale moyenne n'est pas au-dessous de 10 degrés; le raisin reste acide dans les pays à température plus basse. Plusieurs espèces originaires de l'Amérique septentrionale ont été récemment introduites en Lurope; ce sont surtout
les Vitis iestivalis, V. riparia, V. rupestris ; en même temps, on a introduit le phylloxéra qui exerce de si grands ravages sur les vignes européennes.
La culture de la vigne, en France, s'étendait, il y a encore dix ans, sur 2 601) 000 hectares. La plus grande partie du pays y est d'ailleurs éminemment propre. La limite septentrionale de la vigne peut être déterminée par une ligne qui partirait de Vannes (Morbihan) pour aboutir à Mézières (Ardennes), en passant par Alençon et Beauvais, Au nord de cette ligne, la vigne végète bien encore; mais elle ne mûrit ses fruits que dans des situations spéciales, ou bien quand elle a été protégée par des procédés exceptionnels. Au sud, partout on peut cultiver la vigne dans des conditions favorables, sauf sur quelques plateaux trop élevés du centre de la France ou sur les sols qui no lui conviennent pas. Parmi ces derniers, il faut principalement citer les zones qui sont particulièrement sujettes aux gelées tardives du printemps ; car la végétation des bourgeons se faisant assez tôt, ils sont détruits par ces gelées quand elles viennent à se produire.
Les produits que donne la vigne sont très variables tant au point de vue du rendement qu'à celui de la qualité du vin; dans chaque lieu, les circonstances des saisons sont, chaque année, le principal facteur de ces variations. Avant l'invasion du phylloxéra qui sévit aujourd'hui sur une très grande étendue du vignoble français, la récolte était estimée, en moyenne, à 1,0 millions d'hectolitres de vin; les plus fortes ont atteint jusqu'à 80 millions d hectolitres, tandis que les plus faibles ont été jusqu'au-dessous de ".'5 millions d'hectolitres. Sur une récolte moyenne de 60 millions d'hectolitres, 50 millions étaient consommés dans le pays en nature, 7 millions étaient transformés en eau-de-vie ou en vinaigre, et 3 millions étaient vendus à l'étranger.
Quant à la valeur moyenne de la récolte, il est impossible de l'évaluer; car il y a tant de qualités difl'ércntes de vins, et un si grand nombre de causes influent sur leur valeur, que la recherche d'une moyenne ne peut amener qu'à un résultat faux. En efl'et, dans quelques régions privilégiées de la Bourgogne et du Bordelais, un hectare de vigne vaut une fortune, tandis que, dans beaucoup de localités, sa valeur ne dépasse pas 3 000 à 4n00 francs.
Parmi les causes qui influent sur la qualité des produits de la vigne, il en est quelques-unes qui sont bien connues, et qui doivent être spécialement signalées.
En première ligne se place la qualité des cépages. On donne le nom de cépages aux nombreuses variétés que la culture ou l'hybridation ont produites dans la seule espèce de vigne qui soit cultivée en France sur une grande échelle, la Vijis vinifera. De ces cépages, les uns sont particulièrement propres à donner des raisins de table ; les autres donnent des raisins de cuve. Ils se distinguent les uns des autres par la couleur, la grosseur des grappes, la forme des feuilles, etc. Voici la liste des cépages les plus connus et les plus répandus en France : comme raisins de table, le chasselas; pour faire du vin : dans le sud et le sud-est, pour les vins de liqueur, le grenache, la malvoisie, le muscat; pour les vins ordinaires, le carignane, la clairette, la roussette, l'ugiii, le picpoule, l'aramont; dans le sud-ouest, le carbenet etses variétés, la muscadello, et pour faire les meilleures eaux-de-vie, la folle-blanche; dans l'est, le centre et l'ouest, les pineaux, les fromentés, les gamays, etc. Parmi les cépages, les uns sont fins, les autres sont grossiers; ils se distinguent principalement les uns des autres par la richesse en alcool et en principes immédiats divers. La première
VIGNE
VIGNE
condition h remplir pour la plantation d'un vignoble vM de clioisir de bons cépages donnant des rocoltes abondantes, riches, et d'une grande valeur vénale. Le revenu de doux vignobles voisins peut varier du simple au double, suivant la nature de leurs cépages. L'influence du cépage est telle sur la qualité du vin que des pineaux lie Bourgogne, transplantés en Algérie, y donnent des vins dont le fumet et la force sont ceux des vins de Bourgogne.
La qualité du sol doit être signalée ensuite, car son influence est considérable. Les sols calcaires, argileux, siliceux, à quelque formation géologique qu'ils appartiennent, conviennent h la vigne, pourvu qu'ils no soient ni humides, ni en basfonds ; les terres maigres et arides, perméables à l'air et à l'eau, dans lesquelles la plupart des autres plantes ne peuvent prospérer, reçoivent la vigne qui s'y développe vigoureusement. « La vigne est tellement vivace et puissante dans sa végétation, dit le docteur Guyot, qu'on tout climat elle lance ses rameaux h des distances prodigieuses: depuis la treille gigantesque d'Hampton-Court, près de Londres, jusqu'aux ceps qui traversent des fleuves en Afrique, partout on peut voir la vigne couvrir d'une seule tige des espaces considérables et vivre des siècles. Partout on peut la voir aussi, sous la serpette du vigneron, se maintenir, quoique à regret, dans quelques décimètres carrés, et s'y porter assez bien pendant un grand nombre d'années. Sur les rochers, sur les arbres, contre les murs, courant sur terre, rampant sous terre, sauvage ou disciplinée, libre ou torturée, la vigne vit partout et résiste à tout, pourvu qu'i^Ue ait la part de sol, de nourriture, d'air ot de soleil, qui lui est strictement nécessaire. » Toutefois, il est des circonstances particulières de sol, d'exposition, dinlluences mal connues, qui assurent h la vigne l'épanouissement de ses facultés les plus délicates. 11 en résulte ce que l'on appelle les criis, et surtout les grands crûs, limités :\ des espaces restreints, et dont les produits, cotés à des prix qui vont sans cesse en s'augmentant, sont recherchés parles consommateurs riches de toutes les parties du monde civilisé.
Les méthodes de culture de la vigne varient presque à l'infini. Ici, on la tient en souches basses, plus loin en treilles le long de murs, ailleurs encore en hautains, c'est-à-dire en longs bras qui s'élèvent sur des tonnelles spéciales ou sur des arbres qui leur servent de tuteur. Uiie dernière méthode, la culture en chaintres, consistant à laisser les branches de souches peu élevées s'étaler sur le sol, a été récemment préconisée. Sur une surface d'un hectare on compte ici 801) pieds de vigne, ailleurs jusqu'à 10 OOU, en passant par tous les intermédiaires. La reproduction se fera par boutures, ou bien par provignage, c'està-dire par marcottes couchées sur le sol ; récemment encore, les méthodes de greffage propres à marier ensemble un plant américain, à racines résistant au phylloxéra, avec un plant français producteur de bon vin, ont pris une rapide extension. Dans certaines vignes, les ceps sont tous enchevêtrés sans ordre; ailleurs, les plantations sont régulièrement espacées, de telle sorte que les travaux du sol peuvent être faits à la charrue. — Il no peut entrer dans le cadre de cet article de donner la description de tous ces modes de culture; nous nous bornerons donc à l'exposé de la méthode de viticulture préconisée par le docteur Guyot, après trente années d'études et d'observations dans tous les vignobles et avec une connaissance approfondie des conditions que requiert la prospérité de la vigne.
La constitution d'un vignoble ot sa culture comportent un grand nombre d'opérations qui peuvent se résumer ainsi : choix du sol, plan-
tation, taille, façons, fumures, vendanges.
Choix du sol. — On a déjà dit que la vigne s'accommode de presque tous les sols; mais il est dos circonstances de situation qu'elle exige. Dans les pays de collines et de montagnes, la vigne peut commencer à bien venir depuis une hauteur de quelques mètres au-dessus du fond des vallées jusqu'à la limite où son fruit peut miirir ; dans les pays de plaine, les mamelons aérés et dégagés lui conviennejit le mieux. Le sol peut être avantageusement incliné par rapport à l'horizon ; les pentes de 10 à 30 degrés sont celles qui sont lo plus favorables à la vigne. Quant aux expositions, ce sont celles do l'est, du sud-est et du sud qui, en France, sont le plus convenables; les moins bonnes sont celles du nord-ouest et de l'ouest, à raison surtout de la nature humide des vents qui viennent de ces directions.
Dans toutes les circonstances, deux conditions doivent être préliminaires à la plantation de la vigne ; c'est la création de la viabilité, c'est-àdire des chemins qui y donnent accès ou qui permettent d'en parcourir les parties; c'est ensuite l'assainissement du sol pour l'écoulement des eaux de la surface et pour prévenir la stagnation des vapeurs d'eau et des brouillards sur les divers points de la superficie.
La préparation que subit le sol consiste dans le défonçage à une profondeur de 50 centimètres; ce travail peut être fait à bras ou avec des charrues puissantes. Si la terre est couverte de végétaux venus spontanément, de broussailles, etc., on commence par raser ces végétaux, et on répartit les débris des tiges et des racines au fond des raies que forme l'opération du défonçage. — Au moment de la plantation, le sol doit être uni, pour qu'on puisse y tracer les lignes suivant lesquelles seront placés les jeunes plants de vigne.
Plantation de la ligne. — La plantation peut être faite avec des boutures ou sarments de l'année coupés sur un cep et mis en terre sans racines; des chevelées ou sarments couchés sous terre et ayant pris racine sans être détachés du cep.; des plants enracinés ou boutures ayant pris racines en pépinière. Cette dernière méihode est celle qui doit être préférée; il est, d ailleurs, facile de faire une pépinière dans laquelle on obtiendra le nombre de plants suflisant tant pour créer de nouvelles vignes que pour remplacer les ceps disparus. Los nouveaux plants obtenus avec ces trois méthodes sont identiques à ceux d'où ils proviennent, et ils en possèdent toutes les qualités et tous les défauts.
Les lignes de plantation ayant été tracées avec précision, on procède à la plantation à la fin de 1 hiver. Avec une aiguille en fer, on place les boutures ou les plants enracinés à des distances régulières, de 1 mètre à l^iSO, en atteignant une profondeur de ;3ià-iO centimètres. En même tpmps, on met dans le trou un peu de fumier de ferme, ou de compost formé de terre végétale et de fnmier, en proportion variable, selon la nature du sol dans lequel se fait la plantation; cette proportion varie de I litre à G ou 8 litres, suivant que la terre est plus ou moins fertile.
Après la plantation, le sarment est coupé jusqu'au-dessus du premier œil qui sort de terre. Au printemps et durant l'été, on fait trois ou quatre binages, soit à la houe, soit à la charrue, entre les lignes de ceps, tantpour ameublir le sol que pour le débarrasser des mauvaises herbes qui y croissent spontanément.
Tiiitle. — Le premier soin de la deuxième année est de remplacer par des plants enracinés ceux qui auraient manqué. On enlève ensuite tous les sarments, sauf le plus bas auquel on laisse un œil ou bourgeon. Si l'on a soin de pratiquer des binages en nombre suffisant, on obtient, dans le
YIGNE
VIN
courant de l'année, un long sarment, vigoureux, doni on pince les pampres dès le mois do juin. Ce sarment doit servir de souche.
La troisième année, h. la fin de Tliiver, on coupe tous Il's sarments, sauf le plus fort et le plus près de terre, qu'on rabat en lui laissant deux œils. Pour que les deux branches qui en sortiront prennent tout leur développement, on plante un échalas de l"",!)! de longueur au pied de chaque cep, cl on y attache les branches. On les pince et on les épampre plus ou moins, dans le cours de l'année, suivant la vigueur de la végétation. La vigne recevra des binages suffisants pour être en constant état de propreté.
Au commencement de la quatrième année, le cep, qui a pris toute sa vigueur, est mis en état de production. La taille devient définitive; elle consiste à laisser dans toute sa longueur le plus haut sarment destiné à produire des fruits, et k tailler sur deux œils francs la branche la plus basse destinée h produire du bois. Le sarment i fruits est couché horizontalement et attaché Ji uji petit piquet fiché en terre préalablement entre les ceps; la branche à bois s'élève librement le long de l'cchalas. Au-dessus des piquets, on fait courir un (il de fer sur lequel les branches k fruits sont palissées. Chaque œil de la branche à fruits produit un contre-sarraent qui porte des grappes ; au deli de ces grappes, chaque contre-sarment est épampre et pincé pour ne pas fatiguer la souche.
Désormais, le travail se reproduit de la même manière chaque année; k la findel'hiver, on enlève la branche à fruit de 1 année précédente, au ras de tronc; sur la branche à bois, on conserve le sarment le plus vigoureux qui devient branche à fruit, et le second est taillé k deux œils. Dès l'âge de huit ans, la vigne est adulte; elle atteint sa pleine production, qui peut se maintenir pendant vingt k vingt-cinq ans, et même davantage, suivant les soins de culture et les fumures qu'elle reçoit.
Façons. — En dehors de la taille, les soins à donner à la vigne se réduisent k des binages et Ji des sarclages, destinés k aérer le sol et ;\ enlever toute végétation parasite. Le plus généralement, on pratique trois sarclages et binages d'avril k juillet; mais il faut les faire plus nombreux si, pour une raison ou pour une autre, cela est nécessaire k la propreté absolue du sol. Les seuls mouvements importants de terrain qu'il y a lieu de faire sont ceux qui sont exigés pour les fumures.
Les épamprages, destinés k enlever les pampres inutiles, les rognages pour faire disparaître les feuilles trop nombreuses, qui projettent de l'ombre sur le sol et sur les ceps, doivent être également pratiqués avec soin. Le raisin mûrit d'autant mieux qu'il reçoit plus directement les rayons du soleil, et que le sol au-dessus duquel il est suspendu est mieux réchauffé.
Fumures. — Pendant longtemps, il a été admis que la fumure des vignes était une opération pernicieuse, ayant pour résultat d'altérer la saveur et le goût des vins. Cette opinion a été détruite par des faits et des expériences directes. Il n'y a de désastreux pour la vigne, comme pour toute culture, qu'une fumure trop abondante ou mal faite. Les engrais les plus convenables pour la vigne sont les engrais organiques, tels que le fumier de ferme, les composts, les débris de laines, et parmi les engrais minéraux, les sels potassiques.
Le fumier de ferme est appliqué aux vignes pendant l'iiivcr. Le meilleur système consiste k creuser un profond sillon entre les lignes de ceps, et à y enfouir le fumier, en le recouvrant ensuite d'une couche do 15 à 20 centimètres de terre. Une fumure abondante est celle de 60 mètres cu-
bes de fumier par hectare. Les mêmes prescriptions doivent être suivies pour les composts.
Pour les sols calcaires, on se sert, dans quelques régions, de schistes appelés ampélites. fréquents dans certaines parties des Alpes, et qu'on répand sur le sol où ils s'elïritent rapidement.
Venilanrjes. — La vendange est la récolte duraisin ; c'est la dernière opération de la viticulture. Ensuite commence la vinification. Les vendanges se font, en France, suivant les régions, depuis le milieu de septembre jusqu'à la fin du mois d'octobre. On les fait souvent trop hâtivement, dans la crainte de l'effet des pluies froides de septembre ou d'octobre ou des premières gelées. Des enfants, des hommes et des femmes de tous les âges peuvent travailler aux vendanges avec avantage, car il importe qu'elles soient faites rapidement, une fois qu'elles sont commencées. Chaque ouvrier est arme d'une paire de ciseaux et d'un panier ; les grappes coupées sont mises immédiatement dans le panier. Pourque le travail soit fait régulièrement, une rangée de ceps est attribuée à chaque travailleur. Des auxiliaires prennent les paniers pleins, et les placent dans de plus grands récipients étanches, dont la forme varie à l'infini suivant les localités ; les raisins sont portés, dans ces récipients, k l'extrémité delà vigne, et déchargés là dans des tonneaux ouverts par le haut, que des voitures transportent au vendangeoir. Il est important de ne faire subir au raisin que les transvasements absolument nécessaires. Au vendangeoir, la fabrication du vin commence par l'égrappage et par le foulage.
On appelle ban des vendanges la fixation, dans une commune, par les notables ou les experts, du jour où la vendange doit commencer. Cette ancienne habitude, qui défendait de vendanger avant le jour prescrit, tombe en désuétude.
Ennemis de ta vigne. — La vigne a de nombreux ennemis appartenant au règne animal ou au règne végétal.
Ses principaux ennemis du règne animal sont des insectes : la pyrale, l'eumolpe ou gribouri, l'altise, le phylloxéra. La pyrale est combattue par l'échaudage des ceps à l'eau bouillante suivant le procédé Raclet ; l'eumolpe et l'altise sont détruits par le ramassage des insectes: on les fait tomber dans des entonnoirs munis d'une poche, le matin, en secouant légèrement les branches et les souches. Quant au phylloxéra, le plus redoutable de tous ces ennemis, un article spécial lui est consacré dans ce Dictionnaire.
Le plus dangereux parasite végétal de la vigne est l'oidium, cryptogame qui se développe sur les feuilles et lesgrappes, et a parfois anéanti des récoltes presque entières. On combat l'oidium par l'insufllation.surles feuilles et les jeunes grappes, de soufre finement pulvérisé ; cette opération, pratiquée avec des soufflets spéciaux, doit être faite trois fois au moins, avant la floraison, et après celte phase importante de la végétation. Deux autres parasites végétaux, l'anthracnose et le mildew {Peronuspora viticola), sont également très redoutables pour la vigne ; on cherche encore les moyens de les détruire.
[Henry SagnierJ.
VIN. — Connaissances usuelles, IX ; Hygiène, X. — La fabrication du vin est encore presque partout à l'état empirique. Chaque région conserve des procédés traditionnels qui sont presque tous susceptibles de simplification ou de perfectionnement. Cependant les viticulteurs instruits commencent à remplacer les pratiques routinières par des opérations rationnelles, et substituent à l'outillage insuffisant ou défectueux d'autrefois des appareils plus efficaces et plus puissants.
Ne pouvant décrire ici en détail les procédés de vinification usités dans nos principaux contres
VIN
VIN
(II! proiliiclidii, iHius allons siniploineiit expliquor la mai'i'lii' iioMiialo iiidii|u6o par la llKiorio.
La viiiiliralidii ne consiste; pas, comme on pourrait 11' CMiirr, à transforiuor simplument en alcool l(! sucri' l'iiiitcmi dans lo raisin. Pour obtenir un liquide digne du nom de vin, il faut que la fermentation alcoolique s'accompagne de réactions fort complexes des cléments du moût ; ce sont ces réactioiis accessoires qui donnent au produit sa valeur marcliando et en partie sa valeur hygiénique.
La qualité du raisin et son degré de maturité sont les deux facteurs principaux k considérer, liien ne remplace la qualité. On peut au contraire, dans une certaine mesure, remédier au manque de maturité en fournissant au moût une partie du sucre qui lui manque. Dans ce cas, le sucre do fécule ou glucose est préférable à tout autre, niais la parfaite maturation n'augmente pas seulemont la quantité de sucre contenue dans le raisin; elle diminue la proportion d'acide et développe des principes aromatiques ou du moins les matières propres Ji les produire plus tard. Aussi, quoi qu'on fasse, on ne peut obtenir qu'un vin médiocre avec du raisin de qualité inférieure ou du raisin decboix incomplètement mûri. D'antre part, avec le meilleur raisin vendangé à point, il est facile de ne faire qu'une boisson sans valeur si l'on ne sait pas conduire à bonne fin la vinification.
Les procodés usuels de vinification peuvent se diviser en quatre opérations principales : expression du moût, fermentation, mise en tonneaux et mise en bouteilles.
Le procédé ancien employé pour exprimer le jus du raisin ou moût consiste dans le foulage. Celuici se fait ordinairement par des lionimes qui piétinent le raisin sur un sol dallé un peu incliné et entouré d'un rebord. Lejiis s'accumule dans un baquet où on le puise pour le verser dans la cuve à fermentation, qui contient ordinairement de 40 h hO hectolitres.
Lorsque l'on traite du raisin de bonne qualité bien mûr, on ne le foule qu'après Végruppufje, qui consiste à supprimer la rnfle qui porte les grains. Mais quand on n'attend qu'un vin plat et fade, il est bon de fouler les grappes entières, parce que la rafle donne au vin une saveur un peu acerbe qui le relève et contribue à sa conservation.
Le foulage est un procédé tout à fait primitif, que l'industrie luoderne tend de plus en plus i remplacer par l'expression mécanique du moût. On eiuploie quelquefois des cylindres de fonte, mais ils écrasent les pépins riches en tannin et en matières amères,et le vin reste souvent âpre môme après plusieurs collages. Des cylindres en treillis de fil de for galvanisé broient très bien le raisin sans écraser les pépins.
La fermentation ne s'établit dans la cuve qu'au contact do l'air. Mais une foisqu'elle est entrain, il importe que l'air n'ait plus accès à la surface du liquide, sans quoi l'alcool s'y oxyderait à mesure de sa formation et se changerait en acide acétique. Lorsque la rafle forme au-dessus du moût un chapiau épais, le gaz acide carbonique qui se dégage s'y trouve emprisonné et le liquide est suffisamment protégé. Mais quand on a cgrappé le raisin, il importe de couvrir la cuve, et de no laisser libre qu'un espace suffisant pour le dégagement de l'acide carbonique.
La fermentation s'effectue sons l'influence d'un ferment propre du raisin, sans qu'il soit nécessaire de la provoquer par l'addition de levure ou d'autre ferment étranger. Sa durée varie avec la qualité du raisin, la température, la proportion de sucre k convertir en alcool. Il importe de ne pas l'entraver en refroidissant la cuve par l'addition do moût nouveau. On doit faire en sorte de faire
fornientorîi part lo produit de chaque journée de vendange.
La fermentation n'étant pas coiuplète au moment où l'on soutire le vin de la cuve pour le mettre en tonneaux, on devrait prendre toutes les précautions possibles pour le soustraire, pendant cette opération, au contact de l'air, sans quoi on .s'expose îi produire une certaine quantili' il'aciile aiétii|\iu. Pour la même raison il faOt oprnr i-li.iiiui' jmir \o. remplissage (ouillage) des tiHiiiiMii.s, |uiiir i-ijinblcr le vide produit par le refroidissement, lévaporation et les infiltrations.
Lorsque la seconde période de fermentation est achevée dans les tonneaux, les matières que le vin contenait en suspension se précipitent. On procède alors au soutirage, qui doit être renouvelé plusieurs fois si l'on veut obtenir un vin parfaiteiaent limpide. Souvent il faut recourir au cillagi: pour arriver à ce résultat. Cette clarification artificielle offre d'ailleurs l'avantage d'enlever à certains vins un excès de tannin. Le collage consiste à mêler au vin des blancs d'oeufs, de la gélatine ou du sang, délayés et battus dans une petite quantité de liquide. Le tannin et quelques autres principes de même nature s'unissent aux matières clarifiantes pour former des composés insolubles extrêmement divisés qui tombent lentetnent, entraînant avec eux les matières en suspension.
Le vin n'acquiert toutes ses qualités qu'après une oxygénation très lente qui doit s'efl'ectuer d'abord dans des tonneaux toujours pleins, puis dans des bouteilles. Ce n'est qu'après plusieurs aimées que des réactions très compliquées y développent des éthers et des parfums qui constituent le bouquet.
Il n'y a en France que onze départements dans lesquels on ne cultive pas la vigne. Le maximum do la production a été de 70 millions d'hectolitres en IHtiO. Depuis les ravages du phylloxéra, l'industrie vinicole se trouve gravement atteinte, et les remèdes proposés pour remédier au fléau ne sont applicables que dans certaines conditions [y. Phylloxéra].
Au point de vue commercial, la production du vin en France est ordinairement divisée en six régions.
La région Sud produit des quantités considérables, mais la qualité est généralement médiocre. Les départements riverains de la Méditerranée fournissent plus de la moitié de la récolte totale de la France.
Le Sud-Est ne donne pas de produits très abondants, mais il compte un assez grand nombre de vins de premier choix, notamment les yins de l'Ermitage.
L'Est se distingue par ses vins de Bourgogne et do Champagne. Les crus de Bourgogne les plus renommt'S sont ceux deChambertin, Romanée, Clos-Vougeot, Corton, IJeaune. Les vins do Champagne sont souvent mousseux naturellement, mais on leur donne aussi cette propriété par des procédé sspéciaus de fabrication.
Le Centre ne fournit que des vins médiocres. La plus grande partie est distillée ou convertie en excellent vinaigre.qui n'acquiert toutes ses qualités qu'au bout de plusieurs années.
L'Ouest n'est pas beaucoup mieux partagé quant h la qualité. Mais ses vins fournissent les eaux-devie dites hoiSy aigre feuilles, cognac, qui n'ont pas de rivales.
Le Sud-Ouest fournit les vins de Bordeaux, non moins renommés que ceux do Bourgogne. Le départem-nt de la Gironde est lo plus favorisé ; c'est lui (|ui possède les crûs do Cliàteau-Laffitte, Château-Margaux, Chàteau-la-l'our, Sauterne, Saint- Emilion.
Après la France, c'est l'Espagne qui produit le plus de vin. Les plus connus sont des vins de liqueur tels que lo Xérès, le Malaga, l'Alicante. Le
VIN
VIN
Portugal fournit le Douro et le Porto, très alcooliques et moins sucres r|ue les'vins d'Espagne.
L'Italie mérite d'être placée à peu près au même rang que l'Espagne. Cependant une grande partie de ses vins sont médiocres et ne peuvent supporter de longs voyages.
L'Allemagne est justement fière de ses vins blancs du Rhin. L'Autriche est moins favorisée, si ce n'est dans quelques régions qui produisent entre autres le vin de Tokay.
La Suisse produit beaucoup de vin, mais presque tout de qualité médiocre.
En Grèce, on ne soigne qu'un petit nombre de crûsrenonimés, dont le plus connu est le Malvoisie, rival de celui que fournit l'Espagne.
La Russie ne peut guère mettre en ligne que ses vins de Crimée, qui imitent assez bien ceux de France.
En Afrique, l'Algérie commence à faire connaître ses produits; et k re.xtrémité opposée du continent, la colonie du Cap s'est fait une réputation par son vin de Constance.
Les Etats-Unis font de grands efforts pour développer la culture de la vigne. La production du vin est déjà considérable dans plusieurs États de l'Ouest, et les vignobles de Californie fournissent des produits excellents.
La composition du vin varie avec le cépage, la culture, la saison, le degré de maturité du raisin. C'est d'ailleurs un liquide fort complexe. Voici la composition moyenne d'un vin rouge pour 1 000 parties :
■^78 lUO
Alcool du vin
Alcools divers (bulylitjue, ainylique, aldéhydes) traces
Édiers, huiles esseotielles, parfum id.
Tartrate acide de potasse (au plus) 6
Sels et matières eitractives 16
Parmi les substances comprises sous la dénomination de matières extractives (formant un extrait solide), mentionnons la mannite, la glycérine, un mucilage, les matières colorantes, le tannin.
Les sels comprennent principalement des tartrates, des racémates, des acétates, des malates, des phosphates, des chlorures dont les bases sont la potasse, la soude, la luagnosie, le fer, etc.
Dans les vins naturels, la proportion d'alcool varie de ô i là pour 100. En voici quelques exemples :
Côto-d'Or Nuits rouge 13
— .Moutrachcl U
Youou Itouge d'Avallon 11
— Blanc Pineau, Chablis. M
Lot Cahors rouge 1 i!
— Cahors blanc 13
Gironde Bordeaux rouge 10
— Sauternes blanc 15
Pvrénées-Orientales. bnnvuls 15
Drome.
Marne .
litag
C'est l'alcool qui joue le principal rôle dans les effets physiologiques du vin, mais son action est tout autre que celle d'une égale quantité d'alcool simplement diluée dans de l'eau. L'alcool produit en petite quantité par la fermentation d'un liquide sucré se trouve engagé dans ce liquide dune manière beaucoup plus stable que celui que l'on ajoute pour obtenir le même degré alcoolique. De plus, l'action de l'alcool dans le vin se trouve notablement modifiée par colle des matières qui l'accompagnent.
Le tannin et les matières colorantes du vin pro-
La glycérine est un produit constant du dédoublement des sucres en alcool et en acide carbonique; on doit; donc la trouver dans le vin^en proportion de sa richesse alcoolique. Les sels du vin sont ceux qui existent dans la plupart des organismes vivants : ceux à base de soude n'y figurent que pour une proportion minime, tandis que les sels de potasse y jouent un rôle important. Quant au Imuijuet, qui exerce une action spéciale sur le système nerveux, il résulte d'un mélange fort complexe d'alcools, d'éthers, d'aldéhydes et d'essences.
Si l'on étudie le vin au point de vue alimentaire, on doit d'abord le considérer comme un liquide à la fois acide et alcoolique. Cette union des acides et de l'alcool contribue à donner au vin ses qualités agréables comme boisson. De plus, les acides retardent la destruction, la transformation de l'alcool dans l'économie, et par conséquent modèrent son action sur le système nerveux. Le tannin, en proportion restreinte, ne peut guère causer de troubles dans les fonctions digestives, et dans quelques cas spéciaux il est utile comme tonique astringent. Quant au bouquet, il manque à presque tous les vins employés comme boisson usuelle. Lorsqu'il existe, il contribue, comme le-i arômes des viandes et des substances végétales, à stimuler les fonctions digestives, en même temps qu'il agit sur le système nerveux comme stimulant énergique.
La densité du vin étant peu différente de celle des liquides de l'organisme, son absorption n'est pas très rapide. L'action d'une quantité donnée d'alcool en combinaison dans le vin agit donc d'une manière plus lente, plus graduelle, que la même dose d'alcool absorbée sous une forino plus concentrée. C'est une des raisons pour lesquelles l'abus du vin est moins dangereux que celui (les liqueurs fortes.
Dans les maladies où le suc gastrique n'est plus sécrété en quantité normale, il est souvent difficile de faire ttssimiler aux malades des toniques alimentaires qui ont besoin de subir, au préalable, les transformations digestives. Le vin rend alors de grands services, car il est absorbé directement p:i:' les veines capillaires des parois de l'estomac, sans subir aucun travail de digestion. Sa composiiio;i montre d'ailleurs qu'il apporte aux organes affaiblis des matériaux utiles, en luême temps qu'il agit par ses principes combustibles, qui retardent l'usure de la graisse chez les sujets condamnés à la diète absolue.
Dans l'enfance il n'y a aucun avantage à faire usage du vin. Ce qu'il faut, c'est une alimentalion abondanto, simple mais variée, distribuée à heures fixes. Pour l'adulte qui travaille, le vin peut suppléer, dans une certaine mesure, à rinsuflisanco de l'alimentation. Mais notons que le prix du vin étant supérieur à celui de substances alimentaires équivalentes, il n'y a lieu d'y recourir que dans des cas exceptionnels. Il faudrait, en bonne économie et en bonne hygiène, le réserver ponr les coups de collier, comme ceux que l'on donne dans les campagnes pendant la fenaison, la moisson, la vendange. Nul doute que l'ouvrier qui boit du vin ne soit plus apte à remplir une rude tâche que celui qui boit de l'eau, si tous deux reçoivent d'ailleurs la même ration alimentaire. Mais si l'on remplaçait le vin par une ration supplémentaire d'aliments bien choisis au point de vue de la réparation et de la calorification, on constatet-ait qu'avec une dépense moindre on obtiendrait des efi'ets plus sûrs et plus durables. On ne doit donc
viennent de la pellicule des grains, des pépins et , considérer le vin, au point de vue puremeiii ali de la grappe. Les acides se trouvent en petite , mentaire, que comme un palliatif de l'aliniein.iquantité à l'état libre et principalement à l'état de [ tion insuffisante, palliatif très coûteux et dont Tusels acides : le plus abondant est la crème de sage entraine l'accoutumance qui dégénère presque tartre, dont la dose varie de 2 à 6 pour 1000. | toujours en abus. C'est aux vieillards que le vin
VIN
VINAIGRE
rond les meilleurs services, l'i-is à petite dose et seulement pendant le repas, — sauf les cas de maladie, — il leur permet de diminner la quantité d'aliments soumis à la digestion, ce qui peut ôtre pour eux d'une grande importance.
Les femmes, chez qui le système nerveux est prédominant, doivent user du vin avec beaucoup plus do modération que les hommes, car chez elles le moindre abus produit une surexcitation suivie de réaction qui dérange l'harmonie des fonctions.
Pendant les voyages en mer, ou dans les villes assiégées, lo vin rend des services incontestables. Il serait h. souhaiter que l'on pût toujours le substituer à l'eau-de-vie. Les sels de potasse qui s'y trouvent en assez grande quantité suffisent pour préserver du scorbut lorsque l'alimentation végétale fait défaut.
Dans les régions à fièvres intermittentes, l'usage ordinaire du vin rouge contribue à préserver de leur atteinte les sujets soumis à une bonne hygiène. Pendant les convalescences, le vin est aussi utile que le bouillon pour préparer à une alimentation régulière et complète.
L'abus du vin entraîne naturellement des conséquences analogues à celles qui résultent de l'abus des liqueurs alcooliques ; cependant les modifications qu'il produit sont moins promptes et moins profondes, leurs manifestations immédiates sont moins dangereuses, et elles tardent plus à compromettre irrémédiablement la santé. Aussi l'on remarque que dans les pays vignobles, surtout dans ceux où l'on récolte un vin peu riche en alcool, les ivrognes meurent moins promptement que ceux des régions où l'on consomme presque exclusivement de l'eau-de-vie.
L'habitude, en émoussant les sensations produites par le vin, porte à en augmenter graduellement la dose parce que l'on recherche, dans son usage, la stimulation du système nerveux. L'homme bien nourri n'a pas besoin du vin dans les conditions ordinaires d'exercice et de travail. S'il en fait usage par plaisir,, il devrait se contenter d'une dose assez faible pour éviter une excitation cérébrale un peu intense. Pour ceux qui ne sont pas accoutumés aux boissons alcooliques, cette dose est minime, on peut l'évaluer à un quart de litre par jour au maximum. Tout ce que l'accoutumance permet de boire en plus constitue un excès, puisque l'on ne dépasse la dose physiologique qu'après avoir é moussé les sensations pour étabUr la tolérance de doses élevées.
Le D' Bouchardat, très compétent dans la matière, a établi pour les vins la classification suivante :
1° Vitis dans lesquels dominent un ou plusieurs des principes immédiats.
A. — Alcooliques, Vins secs
B. — Alcooliques et sucrés j vmsiieDdiUe'
Madè
Mar-
: paille.
('-. — Alcoolique sucré tantnq> I). — Aslringenlsoutan- [ avec b'
^ tartrique • ^"■''" j maliquc - Acides mousseux.
quet.
sans bouquet, avec bouquet.
sans bouquet.
SI - Raphaë Banyiils.
Ermitage.
Cahors.
2° Vins milles ou complets par l'union harmo nique des principes immédiats :
Avec bouquet.
is bouquet.
2' PAIITIE,
Bourgogue. — Chambertio, Corton, Romanée , Chaioette , Navril , r.los-Vougeot, Montrachet.
Médoc. — Châleau-la-Rose, Sauternes.
Midi, ^ J.anglade, Catnalgue.
Bourf.'Ognes ordinaires.
Bordeaux ordinaires,
Héraullj Aude communs.
Quand nos vignerons disent que le vin travaiUe i. certaines époques de l'annéis ils expriment un fait très réel. Le vin est pour ainsi dire doué d'une vitalité propre, il subit sans cesse des modifications sous l'influence de petits êtres organisés, vivants, et aussi par la réaction lente de ses constituants solides, liquides et gazeux. Un léger cliangement de température et d'autres causes encore mal définies suspendent ou raniment son travail, sa vie intérieure. Chaque phase donne naissance à de nouveaux composés qui causent la précipitation de quelques matières ou la dissolution nouvelle d'éléments déjîi déposés : il en résulte des mouvements incessants dans le liquide. Ces séries si compliquées d'actions réciproques, dirigées avec intelligence, donnent, en fin de compte, des vins parfaits, tandis qu'en beaucoup de cas elles dénaturent complètement les qualités essentielles du liquide et causent ce que l'on appelle les maladies des vins.
Le plus souvent les maladies sont dues à la multiplication de végétaux microscopiques. Ainsi la graisse des vins blancs provient d'un ferment organisé, qui vit aux dépens d'une matière organique sucrée, et dont la multiplication donne au liquide l'apparence du blanc d'œuf. Cette plante parasite ne peut vivre que sur une matière spéciale que précipite le tannin. Pour prévenir la graisse, il suffit donc d'ajouter du tannin aux vins qui n'en possèdent pas assez.
Nous n'avons pas à traiter ici des falsifications nombreuses auxquelles le vin est soumis depuis la cuve à fermentation jusqu'à la table du consommateur. La législation actuelle prohibe, en principe, tout mélange de vins, et l'addition de substances quelconques, utiles ou nuisibles, au pur jus de la vigne, Elle fait seulement deux exceptions en faveur du vinage et du plâtrage.
Le plâtrage consiste i mettre du sulfate de chaux en poudre dans la cuve pour éclaircir certains vins médiocres et aviver leur couleur en libérant de l'acide tartrique. Le sulfate de chaux se trouvant en présence du tartrate de potasse, il se produit une double décomposition d'où résultent du tartrate de chaux insoluble, qui se précipite, et du sulfate de potasse, sel amer et purgatif, qui reste dissous dans lo vin : on tolère le plâtrage jusqu'à production do 2 grammes de sulfate de potasse par litre. Cette dose est encore trop forte pour être absolument inoffensive : on devrait la réduire au moins de moitié en mélangeant convenablement les vins plâtrés avec d'autres vins naturels.
Le vinage consiste à augmenter la richesse alcoolique du vin. On l'opère le plus souvent par la simple addition d'alcool aux vins reconnus trop faibles. On no devrait permettre le vinage que par l'addition de sucre dans la cuve pendant la fermentation.
Aujourd'hui que l'on connaît exactement la composition chimique du vin, sa valeur alimentaire, les c-ffets physiologiques et hygiéniques des diverses substances qui le composent, il serait facile d'obtenir par une fahrication consciencieuse et éclairée des vins doués de toutes les qualités requises pour leur emploi comme boisson ordinaire. Il y aurait donc lieu de réviser la législation qui condamne comme falsifications des améliorations avouées, sauf à redoubler de rigueur contre les manipulations dangereuses ou entachées de fraude. [D' SalTray.] VI^.VIGUE. — Chimie, XXIII. — Le vinaigre, si connu de tout le monde, provenait autrefois exclusivement du vin aigre. C'est vers la fin du xvii» siècle que le chimiste anglais Boyie reconnut sa présence dans les produits liquides de la distillation du bois.
Le vinaigre doit ses propriétés acides, sa saveur
VINAIGRE
VINAIGRE
et son odeur, à l'acide acétique qu'il contient. — V. Acétique (Acide). — On fabrique depuis longtemps d'assez grandes quantités de vinaigre en mélangeant tout simplement de l'eau et de l'acide acétique. Ce vinaigre, principalement employé à la préparation des conserves, et fabriqué avec l'acide acétique bon goiil, coûte plus clier que les autres vinaigres ; aussi sa fabrication tendelle à diminuer, tandis que la consommation générale du vinaigre augmente.
Le vinaigre qui provient de la fermentation acide du vin contient non seulement de l'acide acétique étendu d'eau, mais encore de l'alcool, du tartre, de l'étlier acétique, qui lui communiquent cette odeur suave qu'a seul le bon vinaigre devin. Mais la plus grande partie du vinaigre qu'on fabrique aujourd'hui provient de l'oxydation d'alcools plus ou moins fins, provoquée par une fermental ion dont nous décrirons plus loin les conditions artificielles.
Le vinaigre a une saveur franchement acide, une odeur agréable, surtout le vinaigre de viii ; il est très volatil, bouta une température voisine de 120° mais évidemment variable selon son degré de con centration, c'est-à-dire selon la quantité d'acide acélii|ue qu'il renferme. La couleur du vinaigre est quelquefois vineuse, le plus souvent jaunâtre; les vinaigres formés d'acide acétique mélangé à de l'eau seraient limpides comme de l'eau si on ne les colorait le plus souvent avec un peu de caramel.
Fraude du vinaigre. — On rencontre souvent dans le commerce des vinaigres frelatés dont l'usage peut être dangereux. Pour conserver au vinaigre une acidité suffisante après l'avoir étendu, des commerçants peu scrupuleux y ajoutent de l'acide sulfurique qui ne coûte presque rien. On peut reconnaître cette fraude en traitant le vinaigre par un sel soluble de baryte qui y donne, dans ce cas là, un précipité blanc très visible et même abondant. Voici comment il faut opérer pour que le précipité, s'il a lieu, ne soit point dû an sulfate de potasse que pourrait contenir un vinaigre naturel. On évapore ujie petite quantité de vinaigre au bain-marie pour le concentrer, puis on mélange le résidu avec do l'alcool absolu qui ne dissout pas le sulfate de potasse; s'il y en a il se précipite; on étend ensuite d'eau distillée la liqueur alcoolique, on la chauffe pour chasser l'alcool, et on traite par quelques gouttes de chlorure de baryum : le précipité apparaît instantanément si le vinaigre contient de l'acide sulfurique. Dans le cas de la présence de l'acide azoti(|ue, le vinaigre transforme en liqueur jaunâtre la dissolution bleue de sulfate d'indigo. L'acide chlorhydrique donne, dans le vinaigre qui en contient, un précipité blanc soluble dans l'ammoniaque, lorsqu'on y verse une goutte d'une dissolution d'azotate d'argent. Rien n'est plus simple et plus facile à faire que ces petites analyses, que tout le monde doit être à même d'opérer. Si le vinaigre renferme des matières végétales plus ou moins acres, il conserve sa saveur piquante après qu'on en a neutralisé l'acide avec un peu de carbonate do potasse.
Fabrication du vinaigre. Procédés divers. — Nous allons d'abord parler de la fabricalioji du vinaigre qui provient de la fermentation acide du vin : c'est le meilleur, au moins pour les usages culinaires ; mais il tend de plus en plus à être remplacé par un vinaigre résultant de l'oxydation par fermemation den'injporte quel liquide spiritueux, et principalement de l'alcool lui-même.
A Orléans, où on fabrique beaucoup de vinaigre par l'acidification du \in, on procède de la manière suivante : Dans des tonneaux d'une contenance de cinq ou six hectolitres, imprégnés déjà de ferments de vinaigre ou nièrf du vinaigre [\. Fermentation) par des opérations précédentes, on in-
troduit un litre ou deux de vinaigre chaud, puis on y ajoute du vin par portions, à intervalle de deux ou trois jours. Los tonneaux doivent être dans une salle dont la température ne descende jamais audessous de Ti". Au bout d'une (|uinzaine de jours, tout l'alcool du vin, ou à peu près, est converti eu acide acétique ; la réaction est la suivante :
C»H«02-fO* =C»HiOk -I-2H0
alcool -\- oxyg. =^ ac. acét. -f eau.
On soutire la plus grande partie du vinaigre qu'on remplace par du vin, et ainsi de suite. D'après les travaux de M. Pasteur, la transformation de l'alcool en acide acétique, autrement dit l'acétification.est produite par un ferment végétal, le Mi/coderma nccli, ou mère du vinaigre, qui doit exister au préalable dans la liqueur et qui se développe pendant la fermentation. On avait d'abord comparé l'aclion oxydante du ferment â celle du 7iûir de plaiine (V. Platine), mais il faut admettre que l'oxydation de l'alcool par le Mijcod'-nna aceti est, comme toutes les fermentations, un véritable phénomène physiologique : c'est le résultat de la vie du ferment qui se développe aux dépens des matières azotées contenues dans le liquide. On aperçoit à la surface du vin, tant que dure l'opéralioLi, une couche blanchâtnt de Mycodcma aceti qu'on a|ipelle fleur du vinaigre; c'i-si là, à la surface seulement, que se fait l'acidification : le végétal vivant absorbe l'oxygène de l'air et le fixe sur l'alcool. Dans ce procodé il se forme souvent des anguillules, petits animaux microscopiques qui entravent l'action du ferment.
On facilite la formation du vinaigre par le procédé suivant, qui ne diffère pas essentiellement du précédent et qu'on emploie aussi à Orléans, mais surtout en Allemagne. On se sert de grands tonneaux placés verticalement et divisés dans le sens de la hauteur en plusieurs compartiments. Celui du milieu, qui est le plus grand, est rempli de copeaux de hêtre imprégnés d'avance de vinaigre fort. Le vin ou le liquide spiritueux, cidre, poiré, bière, alcool, que l'on veut transformer en vinaigre, est versé dans le compartiment supérieur, d'où il tombe goutte à goutte sur les copeaux de hêtre par des trous imparfaitement bouchés par des ficelles. Un courant d'air tiède circule continuellement dans les divers compartiments, et le vinaigre s'écoule dans le compartiment inférieur d'où on le soutire. Le rôle des copeaux est d'étendre la surface de contact entre le vin et l'air qui fournit l'oxygène, et en môme temps de donner des matières albuminoides au ferment pour se développer.
L'élévation croissante du prix des vins, due à l'invasion du phylloxéra, et cela en même temps que la consommation du vinaigre augmente, a excité l'attention des inventeurs, et aujourd'hui on transforme l'alcool en vinaigre aussi facilement que le vin. L'alcool mélangé d'eau et au contact de l'air ne se transformera en acide acétique que si on ajoute au mélange des lîiatières nutritives nécessaires au développement du ferment, de la mélasse, de la bière, etc. Le procédé le plus employé aujourd'hui à Paris et dans l'Orléanais est l'ancien procédé dit des flûtes tournantes, perleclionné par M. Michaëlis, puis par AL Barbe qui l'exploite en France. On l'appelle encore procédé luxembourgeois ou des cuves tournantes. En voici la description d'après un rapport de M. le professeur Troost à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale : . , ,, .
Les tonneaux employés ont une capacité d environ ti hectolitres ; ce sont des fûts qui, après avoir servi dans le midi au transport des vins, sont remis en bon état et cerclés du fer. On ùte un des fonds, ou remplit complètement le tonueaa avec des copeaux de liôlre (fabriqués exprès),
VINAIGRE
VINIFERES
enroulés en spirale; on tasse aussi fortemont que possible, puis on remet le fond. Ces tonneaux, placés liorizcnitalement, peuvent tourner sur des galets qu'une simple inanivelle met en mouvement. Une ouverture de !=,.'> pei-cée au milieu du fond antérieur laisse entrer l'air qui sort par un trou percé à l'opposé dans le dessus du tonneau. La température est donnée par un tliermomètie
ordinaire n'est pas seulement utilisé pour les usages de la tablc! ; on en emploie quel(|ue cent mille licctolilres par an pour la fabrication des conserves. L'industrie de la teinture, la fabrication de la céruse, de la moutarde en consomment aussi une très grande quantité. Les brunisseurs en emploient aussi, mais c'est exclusivement du vinaigre d'alcuol. Enfin dans les cbaleurs on en fait une
placé dans la moitié supérieure du tonneau et dont ■ boisson toni(|ue et rafraîchissante en mélangeant la tige liorizontale se redresse exlorieuremont. j I litre de vinaigre avec 10 litres d'eau. La Compa- Un tube de niveau indique la hauteur du liquide ' gnie générale des omnibus, pendant les grandes
qui ne dépasse jamais la moitié du tonneau. Le vinaigre se relii e par une cannelle en bois placée h la partie inférieure. La température des salles étant de 26", celle du tonneau pendant l'acétification sera îi peu près de M° à 30°, et l'opération durera 12 à là jours
chaleurs, fait laver, aux diverses stations, le nez de ses chevaux avec une épojige mouillée d'eau vinaigrée.
Le vinaigre est un condiment acide et aromatique; mélangé aux aliments, il les rend apéritifs, relevés, plus frais, il facilite l'action digestive du
On introduit dans les tonneaux un mélange I suc gastrique ; lorsqu'il s'agit surtout d'aliments ainsi formé pour '230 litres environ de liquide : 1 oléagineux, ou ayant subi un commencement d'al- 12 à 15 litres d'alcool dit trois-six, bon j'«/, tération, le vinaigre intervient fort heureusement ; 1 litre de mélasse, et le reste de l'eau. Toutes les néanmoins il faut n'en faire usage (|ue très modétrois heures on fait faire un tour complet au ton- | rément. Pris en trop grande quantité, même pur, neau. On obtient ainsi un vinaigre qui marque 7 de- I il irrite l'estomac et fait naître des maladies grés 3/4 à l'acétimètro Salleron, et la perte par graves. Les personnes qui en boivent pour so évaporation ne dopasse pas 5 pour 0/0. Pour obte- faire maigrir compromettent leur santé, souvent nir un vinaigre plus concentré, marquant lï° à ' pour le reste de leurs jours.
l'acétimètre, il faudrait 20 ou 21 jours!
Le procédé des cuves tournantes so répand de plus en plus en France ; plus de .',00 cuves fonctionnent déjà dans la Charente-Intérieure, à. Chàlons-sur-Marne, à Chalon-sur-Saône, à Blois, à Bordeaux, à Orléans.
Vinaigre de /jui<: ou acirle pi/roHgneux. — Le vinaigre de bois, appelé encore acide pyroligneux, obtenu par la distillation du bois en vase clos, est de l'acide acétique étendu d'eau et mélangé à des substances goudronneuses qui lui donnent une odeur empyreumatique dont on ne peut le débarrasser qu'en en extrayant l'acide acétique par des
[Alfred Jacquemart.] VIMFÈnES.— Botanique, XXII-XXIV.— Étym. :
Vinifires vient de deux mots latins qui signifient porteur de vin, parce que c'est à cette famille qu'appartient la vigne.
Dèfinitio7i. — Les Vinifères forment une famille de plantes dicotylédonées dialypéiales hypogynes, à fleurs complètes, à calice persistant après la floraison. Cette famille constitue, avec les Célastrinées, les Staphyléacées et les Pittosporées, la classe des CKLASTiioiDÉES do Brengnlart.
Caractères botaniques. — La graiîie des vinifères présente uji tégument mi-partie sec et mi-
moyens chimiques. Pour cela on traite le liquide partie ligneux ; la région ligneuse de ce tégument par la chaux : il se forme un acétate de chaux est intérieure. Sous le tégument est un albumen qu'on chauffe jusqu'à siccité, puis on le traite par ' abondant, enveloppant de toutes parts l'embryon, le sulfate de soude ; il se forme un sulfate de Le plan de symétrie de cet embryon est perpenchaux et un acétate de soude ; en décomposant diculaire au plan de symétrie de la graine enensuite l'acétate de soude par l'acide sulfurique, , tière.
on obtient à la distillation un acide acétique] La racme des vinifères est ligneuse, contournée, complètement débarrassé de toute odeur étran- à surface très rugueuse.
gère et qu'on appelle vinaigre radical quand il Leur tige est ligneuse, sarmenteuse, ordinaiest concentré; en l'étendant d'eau, on obtient de rement grimpante ; elle s'accroche aux objets voitrès bon vinaigre, employé surtout pour les con- ' sins au moyen de vrilles ; elle est noueuse, c'est-
serves, mais quelquefois aussi comme vinaigre de table.
L'Alsace fabrique passablement de vinaigre do bois. C'est M. Kestner qui a établi la première fabrique en France, à Thann, dans l'ancien dépar-
à-dire renflée aux nœuds.
Les feuilles sont opposées dans la région inférieure de la tige, et alternes dans la région supérieure, où elles sont d'ordinaire opposées aux vrilles ou aux inflorescences. Le pétiole est fort dévo-
tement français du Haut-Rhin. D'après Stoltze, ' loppé, légèrement élargi à la base. Le limbe est 1 kilogramme de bois donne 375 à 400 grammes de j entier, simple ou palme, ou bien composé à cinq produits liquides, dont C3 à 150 grammes d'acide j folioles (Ain/jelo/isis). Les feuilles sont quelquefois selon la nature du bois. accompagnées de stipules.
Vinaigres divers. — En faisant infuser diverses Les fleurs sont hermaphrodites; elles sont dissubstances aromatiques dans le vinaigre ordinaire, ' posées en grappes ou en panicules, ou en thyrses ; on obtient des produits aromatiques, médicinaux elles sont petites et verdàtres. Celles du genre ou hysiéniques, dont les principaux sont : le vi- ! tissus sont construites sur le type quatre, c'estnaigre rosat, obtenu par une infusion de roses; le à-dire que chacun de leurs verti' illes présente vinaigre surat ou sui-ard, dans lequnl on a fait in- j quatre pièces. Celles des genres Vilis, Anipelnpsis, fuser de la fleur de sureau ; le vinaigre fram- \ Leea, sont construites sur le type cinq, excepté boisé, le vinaigre à l'estragon, le vinaigre anti- le verticille du gynécée qui ne présente que deux septi'/ne, connu surtout soiis le nom de vinaigre carpelles.
des quatre voleurs, obtenu par la macération, dans ' Chaque fleur présente donc : du vinaigre fort, de sommités sèches de grande j r Un calice fort petit à quatre ou à cinq dents; absinthe, de lavande, de menthe, de cannelle, de ce calice est tapissé d'un disque charnu ou d'une girofle, de noix muscade, etc. On appelle sel de . urcéole;
vinaigre, ou vinaigre d'Angleterre, de l'acide acé- 'l" Une corolle insérée sur le disque qui tapisse tique concentré qu'on verse sur du sulfate de le calice et présentant quatre pétales (' issus) ou potasse enfermé dans de petits flacons de verre; \ cinq (Viti^). Les quatre pétales du ^enre Cissus on le fait respirer aux personnes tombées en sont absolument libres ; il en est de môme des syncope ou on défaillance. | cinq pétales du genre /lni/ie/o/jS)s; ceux du genre
Usages (lu vinaigre ordinaire. — Le vinaigre 1 Vitis sont soudés par leur sommet, de sorte que
VOCABULAIRE
YOCABULAIIIE
lorsque la fleur en bouton doit s'(5panouir, les pétales se détaclient du disque qui les porte et tombent. Chez le genre Leea, les pétales sont réunis par leur base de façon à simuler une corolle gamopétale ;
3» Un androcée composé de quatre étamines (Cissus) ou de cinq {Ampélopsis, Vitis, Leea). Ces étamines ontceci de particulier qu'elles sont opposées aux pétales ; quelquefois la base de leur filet est fixée aux pétales. Chez le genre Leen, les étamines sont insérées sur un disque, de sorte qu'elles semblent réunies par leur base et monadolphes. Les anthères sont introrses, biloculaires, à débisccnce longitudinale ;
4° L'n androcée formé de carpelles soudés constituant un ovaire pluriloculaire; celui des Cissus est h quatre loges ; celui de la vigne et des Ampélopsis est à Jeux loges ; celui du genre Leea peut avoir de trois à six loges, et chacune de ses loges ne renferme qu'un ovule, tandis que l'ovaire des trois premiers genres renferme deux ovules dans chacune de ses loges. L'ovaire est surmonté d'un style très court.
Le fruit est une baie.
Usages des Vinifères — Avec les fruits mûrs
mémoire de l'enfant une quantité plus ou moins grande de mots nouveaux, dont il a du saisir et comprendre le sens, qui sont devenus, par conséquent, si l'on peut s'exprimer ainsi, sa propriété légitime. Nous renvoyons au mot Leçons de choses.
11 est clair encore que les entretiens du maître avec les élèves sur les faits courants de la vie scolaire, les récits qu'il leur fait, les développements qu'il leur expose, et qu'ils répètent après lui, les lectures enfin, commentées et expliquées, peuvent et doivent conduire au même but. Il en est de même, quand l'élève sait écrire, des dictées, de la plupart des exercices de grammaire, des sujets de composition. Le Dictionnaire contient à ce sujet les données et les directions qui ont paru les meilleures.
Nous dirons seulement ici un mot du livre ou des livres de lecture, rappelant que, pour ouvrir l'esprit de l'enfant sur beaucoup de points, pour faire entrer dans sa mémoire, par la bonne porte, beaucoup de mots, il ne faut point que toutes les pages du livre roulent exclusivement sur un même sujet, la répétition d'idées plus ou moins analogues les unes aux autres ne comportant pas évidemment j
de la Vitis vinifera, on fabrique le vin. La vigne une bien grande variété de termes. Que votre livre ordinaire est originaire de Géorgie et de Min- de lecture, par exemple, contienne des préceptes grélie. Les fruits de quelques autres vignes sont et des exemples de bonne morale, rien de mieux ; servis secs sur nos tables comme dessert (raisins mais qu'il contienne aussi autre chose, des desde Malaga) ; d'autres, plus petits (raisins de Co- criptions, des données sur les connaissances rinthe), servent à faire des pâtisseries. usuelles, des notions et des tableaux se rappor-
Au genre .4 mpe/opvw appartient la Vigne vierge, tant aux sciences naturelles, etc. Oii a remarqué cultivée comme plante ornementale ; elle est ori- fort justement que le vocabulaire de Corneille, de ginaire de l'Amérique septentrionale. Racine, de Molière, est extrêmement restreint.
Le genre Cissiis est formé de plantes qui crois- qu'un étranger qui se bornerait à lire ces auteurs, sent sous les tropiques. Leurs baies sont rafrai- malgré tout le profit qu'il en pourrait tirer, serait chissantes ; leurs jeunes feuilles sont usitées loin de connaître toute notre langue. Le vocabucomme légumes. [C-E. Bertrand.] laire de Buflon, de Bernardin de Saint-Pierre, etc.,
VOCABI'LAIUIÎ. — Connaissances usuelles, I est beaucoup plus riche. 11 faut, au point de vue I. — Il a été dit. dans la I" PAnTiE, au mot T'o- I de la langue, considérer l'enfant entrant à l'éaiulaire, quelle part on doit faire, dans l'étude cole comme quelqu'un à qui il s'agit d'apprendre
de la langue, à l'étude des mots, l'objet qu'on doit se proposer en faisant cette étude, les conditions qu'il y faut remplir pour atteindre le but, c'està-dire l'accroissement des connaissances et la formation de l'esprit par l'acquisition et l'adaptation noriuale des idées que les mots représentent, et aussi par des notions générales ou spéciales sur la nature même des mots, sur leur rôle, sur ce travail si intéressant ex si curieux des générations qui les a mis à notre service.
Il reste à indiquer un certain nombre de moyens pratiques destinés à amener l'enfant, soit dans la famille, soit surtout dans l'école, à la connaissance rationnelle du vocabulaire de sa langue maternelle, la seule que nous ayons ici en vue ; pour ce qui concerne 1 étude du vocabulaire des langues étrangères, nous renvoyons le lecteur ;i l'article Langues éttmigéres. dans la I" Partie.
Les moyens de faire connaître à l'enfant, dans les conditions que nous avons dites, le vocabulaire de sa langue, peuvent être rangés en deux catégories : moyens généraux et moyens spéciaux, b's moyens généraux étant, à nos yeux, ceux dans lesquels les mots sont considérés comme représentant les idées et les choses; les moyens spéciaux, ceux qui étudient les mots on eux-mêmes, dans leur structure, leur origine, l'étendue et les nuances de leur signification, etc.
Plusieurs des uns et des autres ont déjà été signalés dans ce Dictionnaire.
Les li'Ç'ins de choses, par exemple, qui ont pour objet la description, c'est-à-dire l'analyse des éléments dune chose matérielle que l'enfant a sous les yeux, et qui doivent le conduire, si la leçon a été bien faite, à la définition, c'est-à-dire à une conception synthclique de cette chose, sont un excellent moyen de mettre dans l'esprit et dans la
tout un idiome antre que le sien.
Nous signalerons aussi certains procédés qui ont déjà pénétré dans nos écoles, mais qui n'y sont pas assez rép;mdus. Ainsi les descriptions d'images, comme celles, par exemple, que M. Buisson a rapportées de l'exposition de Philadelphie.
En voici une qui est l'œuvre d'une petite fille de dix ans (de Dayton, Ohioj :
o LES PETITS OISEAUX.
» Il y a quatre jolis petits oiseaux dans cette image; ils volent de l'arbre sur le sol.
a Voyez le petit garçon et les deux petites filles : ils essaient d'attraper les oiseaux.
« Oh! voyez le petit garçon : il a une assiette à la main.
1. Le petit garçon donne des miettes aux oiseaux qui viennent les prendre.
u 11 y a aussi une maison dans l'image.
0 Les petites filles regardent les oiseaux.
« Le petit garçon a un chapeau sur la tête.
<i II y a des arbres et des buissons dans l'image.
n La maison a des portes et des fenêtres.
<i II y a un oiseau par terre, il mange.
n Deux oiseaux sont sur un arbre,
n Et l'autre oiseau vole vers le sol. »
[Devoirs d'écoliers américains, p. 20.)
Cette description n'est que naïve, un peu dé- i cousue, si l'on veut, quoique fidèle, si nous la rapproihons de l'image elle-même, que reproduit : le livre de M. Buisson. A côté, il y en a une au- [ tre, faite par une seconde petite fille, qui, avec les mêmes qualités, révèle plus de pénétration et de dispositions Imaginatives. L'enfant a brodé tout un petit roman à propos de son image. Il y a là
VOCABULAIRE
VOCABULAIRE
sans contredit une soni-cn très féconde et très variée d'acquisitionsde toute sorte pour l'intelligence des enfants : dovoloppeinent do l'esprit d'observation, développement do l'imagination, enfin rappel nécessaire et quasi forcé de toute une série do mots répondant i des notions et à dos impressions perçues et reçues par l'enfant lui-même. Nous recommanderons aussi les exercices qui
sortes d'ouvrages pourraient être utiles, par exemple pour préparer, avant une leçon, tel ou tel exercice d'interrogation sur des analogies de mots et de choses, ou pour prévenir, pendant la leçon même, quelque regrettable oubli.
Ce que nous avons appelé les moyens spéciaux d'étudier les mots en eux-mêmes et pour euxmêmes fait l'objet de plusieurs articles soit dans la
peuvent so faire, suivant les cas, de vivo voix ou j I", soit dans la II» Partie do ce Dictionnaire, parécrit, et qui ont pour but de conduire l'enfant Ainsi, pour tout ce qui concerne les familles do à nommer ou à décrire, suivant son âge et le de- mots, les principes et les procédés de composition gré de ses connaissances, des objets ou des caté- et de dérivation, la nature et l'origine des préfixes gories d'objets que leur nature ou leur destination etdes suffixes, nousne pouvons mieux faire que de commune permet de réunir analogiquement. renvoyer aux articles Etijmologie et Dérivation.
La Oymnastiqiic de l'esprit, de M. Pellissier, Au mot Lexicologie, les' maîtres trouveront des donne d excellents modèles de ces sortes d'exer- exemples d'analyse lexicologique empruntés à cices.Anisi, le maître dn-a à l'enfant :« Quels ob- ! l'excellente grammaire de notre collaborateur jets voyez-vous dans la classe? — Dans l'église? ] M. Ayer. A l'article Idiotisme, ils trouveront éga- — Dans la cbambre? — Dans un ménage? etc.» Et lement plusieurs spécimens de ces gallicismes, les questions peuvent être variées. Par exemple, qui, pour donner, comme on dit vulgairement, du après avoir fait nommer i l'enfant les objets qu'il fil à retordre h ceux qui veulent introduire partout voit dans la classe, dans l'église et dans la cliambro, l'impossible vérification des régies soi-disant absocomme le cahier, les chaises, la croix, pour le lues de l'analyse logique, n'en sont pas moins faire revenir sur ses précédentes découvertes, le comme la fine fleur de la langue populaire, l'exmaitre lui dira : « Où voyez-vous le cahier .' — Où pression la plus originale, la trace la mieux marvoyez-vons des cliaises? — Où voyez-vous une quée du travail inventif des siècles dans l'orgacroix?etc., etc. » Ce sont là des exercices pour les iiisme à la fois très simple et très compliqué de tout petits enfants. 11 peut y en avoir de tous les ; notre langue nationale. Les articles Homomjnes degrés. Le maître, je suppose, après avoir montré j et Paronijmes, quoique visant spécialement' l'orexperimentalement ce que c'est qu'une odeur ou ; thographé des mots qui en font l'objet, pourront une saveur, demandera qu'on lui indiiiue une ; cependant les conduire encore à des vues utiles ■odeur forte, une saveur agréable, une odeur douce, , sur l'origine, le mécanisme formateur et la signiune saveur sucrée, ou, par un autre tour, quelle fication de ces mots.
est la saveur de la pêche, l'odeur de la fumée, la Nous appellerons spécialement leur attention saveur du sel, 1 odeur du musc, etc., etc. On corn- ' sur des exercices qui ne peuvent pas évidemment prend que ces exercices peuvent se multiplier , être dans l'école l'objet de leçons suivies, mais qui judcfiniment, en mettant en jeu les connaissances ] trouveront leur place dans le cours d'une lecture, acquises de l'enfant, les observations directes [ d'une dictée, de tel développement ou de telle qu il a pu faire, et en lui faisant formuler par explication, qui ilistrairout l'esprit des élèves ou des mots précis ces observations et ces connais- j récliaufl'ero- " leur bonne volonté, en. eur laissant sances. d'ailleurs, avec le plaisir qui accompagne toujours
11 y a des recueils, comme celui de Pautex, qui | le nouveau et l'inattendu, la trace de réflexions est bien connu des maîtres, où les mots sont rcu- ' et d'observations dépassant de beaucoup, suivant nis par collections analogiques; ainsi, ou mettra les cas, le cadre même de la langue. Nous voudans un même chapitre, sous une même rubrique , Ions parler de cette propriété si profondément générale, lous les mots appellatifs, quels qu'ils philosophique, on peut le dire, que possèdent soient, noms, adjectifs ou verbes, qui se rappor- i toutes les langues et en particulier la uùtre, prêtent au vêtement ; ailleurs ceux qui se rapportent I priété en vertu de laquelle, par une voio analoà la nourriture, au chauffage ou à l'éclairage, aux gique toujours fort curieuse, fort ingénieuse, sou- ■élements, aux maladies, etc., etc. Le Dictionnaire vent aussi gracieusement ou énergiquement charanalor/ique de la langue françnise, de M. P. Bois- ' mante, la signification propre et précise d'un mot siere, est, dans cet ordre d'idées, une véritable | s'étend, se resserre, s'applique tigurément à une ceuvre do bénédictin ; il donne les analogues de : série d'accepiions dont on le croirait au premier «liaque mot, et il épuise dans cette donnée tous ' abord aussi éloigné que possible. Par exemles degrés les plus minutieux non seulement des ; pie, nous disons : l'aile d'un oiseau, l'aile d'un
termes d'usage, mais de la technicité. C'est li, •d'ailleurs, un travail qui ne s'adresse qu'aux maîtres. Pour ceux qui s'adressent aux élèves, il y aurait lieu d'en régler l'usage, sinon de le proscrire tout à fait. Si l'on se borne, en effet, comme nous l'avons vu faire trop souvent, à obliger l'élève à reproduire sur son cahier de longues listes de mots, sans même y ajouter la plupart du temps aucun commentaire et' aucune explication, <;e sera là pour lui une sorte de pensum purement machinal; il en retirera, tout au plus, la connaissance plus ou moins vague d'un grand nombre de mots dont le sens pourra fort bien lui échapper, et, si l'on peut ainsi parler, la vision matérielle de leur orthographe. Môme à supposer qu'on ajoute à cette copie des définitions prises dans le dictionnaire ou données de vive voix antérieurement ou postérieurement, nous n'y saurions voir encore un de ces exercices personnels où l'initiative de l'enfant est en jeu, où, comme dans ceux que nous signalions tout à l'heure, son esprit d'observation et de réflexion est stimulé et excite. C'est plutôt au maître qu'à l'élève que, suivant nous, ces
moulin, l'aile d'une maison, et l'aile du temps, des plaisirs, de la fantaisie, du rêve; nous disons : la dent d'un animal, la dent d'une scie ou d'une roue, et la dent liu temps, de l'envie, la dent du remords. Nous disons de même: une famille nombreuse et une prose nombreuse; nous disons: allumer du feu et allumer une passion, etc., etc. L'explication de ces différents sens d'un même mot, — et il n'est pas de mot peut-être qui n'en soit susceptible parmi ceux dont le rôle est d'exprimer les idées ou les choses, — peut donner lieu, en passant, à toutes sortes d'observations dont le moindre avantage serait, si on les choisit bien, d'être extrêmement attrayantes. Il n'y a pas de meilleur moyen, comme le remarque M. Bréal, pour débarrasser les gens de ces vicieuses habitudes de langage qui se rencontrent à chaque pas, soit dans la conversation familière, soit dans les journaux et les livres, et auxquelles n'échnppent môme pas parfois les plumes les mieux exercées. Que de l'ois n'avez-vous pas lu une phrase comme colle-ci : Il a embrassé la carrière des armes, ou la carrière du barreau, pour dire, co qui serait
VOIRIE
VOIRIE
d'ailleurs plus simple : il s'est fait soldat, ou : il s'est fait avocat. Or, si l'on se souvenait que le mot carrière, dans le sens où on l'emploie ici, c'est, à proprement parler, le lieu où courent dts clievaux ou des cliars, on s'apercevrait bien vite qu'on peut suivre une carrière, quitter une carrière, qu'une carrière peut être barrée, fermée, ouverte, etc., mais qu'on ne saurait l'embrasser.
Ceci peut nous conduire à considérer non plus les sens divers et analogues d'un même mot, mais les sens rapprochés, sinon identiques, de mots différents qu nt à la forme, qu'ils viennent, par dérivation, d'une même origine, ou d'origines diverses. C'est ce qu'on appelle les synonymes ou les mots synonymes. Ici encore nous n'avons qu'à renvoyer le lecteur à l'article spécial qui concerne ces mots. Nous n'y ajouterons qu'une seule observation au point de vue pratique, c'est qu'en dehors de l'étude courante des synonymes à laquelle peuvent donner lieu les devoirs ordinaires de la classe, il y a lieu, suivant nous, de donner place, dans le cours supérieur de l'école primaire, et, à plus forte raison, à l'orole normale, à une étude suivie et systématique d'un certain nombre de spécimens de synonymie que peuventprésenter les mots ] français. Le meilleur COnrs qui pourrait être fait ainsi consisterait à faire trouver par l'élève lui même les nuances de synonymie. Mais c'est là, il faut bien en convenir, un travail délicat et très difficile. On n'y arrivera, à notre avis, qu'en proposant aux élèves un choix de phrases où les mots, dans lesquels on veut leur faire saisir des rapports souvent très ténus de signification, leur sont présentés d'une manière concrète. Si vous dites — qu'on nous passe l'expression familière — à brûlepourpoint à votre élève : « Quelle différence de sens y a-t-il entre .<■?<: et aride? » il est plus que probable qu'il balbutiera ou qu'il inventera, pour vous satisfaire, quelque distinction en l'air. Mais donnez-lui, par exemple, ces deux phrases, la première de Buffon, et la seconde de .M™' de Sévigné : " Les sépultures renfermant les corps embaumés des Egyptiens se trouvent dans des sables tout arides et brûlants, qui ne sont pas même susceptibles d'humidité. » — « Pour se promener . dans des allées, il faut qu'elles soient séclies. u II comprendra alors facilement que si, à la rigueur, secs pouvait être substitué à arides dans la première phrase, il n'en saurait être de même dans la seconde, parce que le mot aride implique un dogié plus intense de défaut d'humidité que le mot sec. que l'aridité est, en quelque sorte, une sécheresse prolongée, ou même permanente, et, dans tous les cas, renforcée ;etil en tirera, entre autres, cette conséquence, qu'on ne dirait pas bien, soit au propre, soit au figuré, une plaine aride et sèche, un style aride et sec, mais, pour marquer la gradation, une plaine sèche et aride, un style sec et aride, etc., etc.
Un bon Dictionnaire de sipionijmes serait, au point de vue de ces explications, le complément obligé de la hibliotlièqne classique de l'instituteur, et nous en possédons, pour notre langue française, un certain nombre, de grand ou de petit format, qui sont excellents. [Charles DefodonJ.
VOIRIE.— Législation usuelle, V. — 1. Définition'.— Le mot voirie désigne l'ensemble des voies de communication. On distingue la grande voirie, qui comprend les routes nationales et départementales, les chemins de fer, les rivières navigables et flottables, et la petite voirie, dans laquelle rentrent les chemins vicinaux, les rues et places des villes, bourgs et villages. Les règles d'administration sont différentes selon que les voies de communication font partie de la grande ou de la petite voirie. Mais toutes les voies de communication ont ce caractère commun qu'elles sont hors du coramcrce ; par suite, les particuliers ne peuvent
acquérir, par prescription ou autrement, aucun droit sur le sol des voies publiques, tant qu'elles restent affectées à leur destination.
i.CiRA^DEMnRtE- Routes nationales.— LesTOUtes nationales sont celles qui vont de Paris à l'étranger, aux ports militaires, aux principales villes de l'intérieur, ou qui relient entre elles les villes les plus importantes. Les routes nationales sont ouvertes et classées comme telles par décret du Président de la Piépublique; l'établissement de la route et son entreiien sont à la charge de l'Etat. Routes départementales. — Les routes départementales sont créées et entretenues par le département ou les départements intéressés. Le conseil général arrête le classement et la direction des routes départementales et détermine les travaux à exécuter pour la construction, la rectification ou l'entretien de ces routes ; il désigne les agent» qui seront chargés de la construction et de l'entretien de ces voies de communication.
Ch'-mins de fer. — Les chemins de fer d'Intérêt général ou d'intérêt local font toujours partie de la grande voirie. Les chemins de fer sont construits par l'Etat ou par des compagnies concessionnaires. L'exploitation a lieu, sous la surveillance et le contrôle de l'Etat, par des compagnies auxquelles les lignes sont concédées pour un temps plus ou moins hmg.
Rivières naiigaljles et flott'iiles.— Les rivières navigables sont celles qui peuvent porter des bateaux, les rivières flottables celles qui portent des radeaux ou trains de bois. L'administration détermine les rivières ou les parties de leur cours qui sont navigables ou flottables. Aucun établissement, usine ou moulin, ne peut être créé, aucune prise d'eau ne peut être pratiquée sur les rivières navigables ou flottables sans une autorisation administrative, et cette autorisation peut toujours être retirée sans indemnité, si l'existence do l'usine nuit à la navi^'aiion. Dans les rivières navigables et flottables, le droit de pèche appartient à l'Etat, qui l'afferme à des concessionnaires.
3. Petite voirie. — La petite voirie se divise en voirie vicinale et voirie urbaine. La voirie vicinale se compose des chemins qui en dehors de l'agglomération des habitants relient entre elles les différentes parties de la commune ou relient la commune à d'autres locilités; les rues, les places de l'intérieur de la commune, ville, bourg ou village, forment la voirie urbaine.
Cheminsiicinauc. — Les chemins vicinaux se divisent en trois classes : les chemins de grande communication, les chemins de petite communication I et les chemins d'intérêt commun. Les chemins de , grande communication traversent plusieurs communes ou plusieurs cantons; ils sont classés par le Conseil général et peuvent recevoir une subven- ' tion sur les fonds du département. Les chemins d'intérêt commun servent à plusieurs communes; le conseil général détermine ceux des chemins qui ont le caractère de chemins d'intérêt commun ; il désigne les communes qui doivent concourir à la construction de ces chemins; il peut allouer pour les chemins d'intérêt commua 1 des subventions sur les fonds départementaux, i Les chemins vicinaux ordinaires sont à la charge de la commune à laquelle ils servent; ils sont classés par la commission départementale du conseil général et ne reçoivent point de subvention du département.
Ouverture des ctiemins vicinaux. — Lorsqu il y a lieu a'ouvrir un chemin vicinal ou de modifier la direction d'un chemin déji existant, on peut recourir à l'expropriaiioii, si les propriétaires ne s'entendent point avec la commune pour lui céder leur terrain. L'utilité publique est déclarée par un arrêté du préfet, et l'indemnité due aux propriétaires dépossédés est fixée par un jury de
VOIRIE
VOIRIES
<iuatre niombres présida par un jugn du tribunal do première instance ou par le juge de paix.
Entretien (tes chemins vicinaux; ressources qui y sont all'ectées. — Los clieniins vicinaux sont entretenus au moyen des revenus ordinaires des communes et, en cas d'insuffisjnce, au moyen de centimes additionnels spécialement affectés Ji cette destination, et en outre par des prestations en nature. Lo conseil municipal peut voter l'une et l'autre de ces ressources ou toutes deux coucurromment.
Prestatiojis en nature. — La prestation en nature consiste dans l'obligation pour les habitants do la commune et pour ceux f|ui y ont un établissement de fournir pour l'entretien des chemins vicinaux un certain nombre de journées de travail. Tout habitant, tout chef de famille ou d'établissement, porté au rôle dos contributions directes, doit la prestation pour sa personne, pour tous les individus valides âgés de IS à 611 ans, membres ou serviteurs de la famille et résidant daiis la commune, pour chacune des charrettes ou voitures attelées et pour chacune des bêies de somme, de trait, de selle au service de la famille ou de l'établisseirient dans la commune. Le maximum de la prestation est de trois journées de travail. La prestation peut être ac(|uitlée en argent: chaque année le conseil général détermine la valeur qui doit être attribuée à chaque espèce de journées de travail.
Voirie iirbaine. — Les rues et places des villes, bourgs et villages appartenant à la commune, sont ouvertes et entretenues par elle et à ses frais. Les rues et places qui forment le prolongement d'une route nationale ou départementale ou d'un chemin vicinal sont soumises à la législation particulière de ces voies de communication.
4. Servituues imposées aux riverains d'une voie PUBLIQUE OU d'un COURS d'eau. — Le voisinage des voies publiques ou des cours d'eau navigables ou flottables impose aux propriétaires riverains certaines charges. Ces servitudis d'utilité publi(|ue ont pour objet d'assurer la conservation des voies de communication et de pourvoir h l'intérêt de la viabilité ou de la navigation. Les principales de ces servitudes sont: l'alignement pour les voies publiques, le chemin de halage et le marchepied pour les cours d'eau navigables et flottables.
Alignement. — L'alignement est lo tracé donné par l'autorité compétente pourindiquer l'emplacement des constructions bordant une voie publique. Il n'est point permis au propriétaire de bâtir le long d'une voie p\iblique sans s'être fait délivrer l'alignement; le fait do bâtir sans autorisation en dehors de l'alignement obtenu est une contravention qui entraîne la condamnation à l'amende et en outre la démolition des constructions.
Autorité eompétenle en matière ifalignement. — L'alignement sur les routes nationa'es ou départementales, les chemins vicinaux de grande communication, estdélivré parles préfets ou souspréfels; pour les chemins vicinaux autres que les chemins de grande communication, pour les rues et places des villes, bourgs et villages, l'alignement est délivré par le maire.
li/fets de l'atigtjement. — Les plans généraux d'alignement arrêtés par l'autorité administrative peuvent avoir pour conséquence de contraindre certains propriétaires riverains â reculer leurs constructions. Si l'administration veut immédiatement mettre le propriétaire à l'alignement, elle peut l'exproprier et lui payer une indemnité représentant la valeur du terrain pris et des constructions Si l'expropriation n'a pas lieu immédiatement, l'immeuble sujet â retranchement se trouve grevé d'une véritable servitude. Le propriétaire no peut faire à ses constructions des travaux de répa- Tation qui soient de nature k les consolider sans
y être autorisé ; les travaux faits sans autorisation seraient démolis. Lorsque le mauvais état des constructions en entraîne la ruine, l'administration n'a à payer d'indemnité que pour le terrain retranché; elle ne doit rien pour la construction.
Chemin de Ita/age et marcliepied. — Le passage des hommes et des chevaux employés à tirer les bateaux et trains do bois sur les rives des rivières navig.ibles et flottables est assuré par la servitude de halage. Les riverains du cours d'eau doivent laisser du côté où se fait le halage un chemin fixé par les anciens édits à vingt-quatre pieds; on ne peut planter d'arbres h une distance moindre de six pieds à partir du chemin de halage. Sur la rive opposée au chemin de halage, il doit être laissé un espace de six pieds, sur lequel il est interdit d'établir des clôtures ou de planter des arbres; c'est le marchepied. [E. Delacourtie.]
VOIRII5S. - Hygiène, XVII, — Tout ce qui concerne l'enlèvemetit et le dépôt des immondices des villes faisait autrefois partie des attributions de l'officier de police ou édile appelé voyer {viarn(s), chargé de l'entretien des voies, chemins et rues. On a conservé le mot de voiries pour désigner les boues, immondices, détritus, cadavres, etc. .ainsi que des terrains dans le voisinage des grands chemins, où l'on dépose tous ces résidus des agglomérations humaines.
Au point de vue de l'hygiène et de la salubrité publique, la question des voiries comprend l'étude et la mise en pratique des moyens les plus convenables d'évacuer hors des habitations et loin des agglomérations d'individus, pour les utiliser ou les décomposer, les débris, résidus et immondices de toute sorte, ainsi que les c idavres humains. On conserve ainsi au mot voiries su vieille signification qui en faisait un synonyme de résilu, à'immondic', etc., et l'on dit : les voiries d'animaux morts, les voiries d'immondices, etc.
Voiries d'immondices. — Dans les villes, le balaya:;e des rues est payé par une taxe spéciale. Les tombereaux enlèvent, avec les boues, les résidus et débris de toute sorte que les habitants apportent au moment de leur passage. Le plus souvent ces tombereaux sont déchargés dans des voiries ou terrains vagues où Ton abandonne les matières à la fermentation avant de les transporter dans les champs. A Paris, et dans quelques grandes villes, il n'existe plus de voiries d'irnmondices. Les tombereaux duivent être conduits directement dans les champs où leur contenu est utilisé comme engrais. De cette manière, on évite les accumulations de matières fermentées et putrides dont les émanations causaient autrefois de trop justes réclamations. Par la dissémination, on obtient, à tous les points de vue, les meilleurs résultats.
EcouTs. — Le moyen le plus parfait d'assurer la propreté d'une ville consiste à creuser sous chaque rue des égouts dans lesquels les eaux de pluie et celles qui sont employées au lavage entraînent toutes les impuretés. Les égouts reçoivent aussi les eaux ménagères par des tuyaux qui descendent de chaque maison.
Mais pour rendre les services qu'on en attend, les égouts doivent remplir plusieurs conditions spéciales. Il faut les établir sur un sol très solide ou suffisamment consolidé, et les construire en matériaux imperméables. Ils doivent être assez vastes pour donner facilement issue à l'eau des plus violents orages et pour permettre un nettoyage facile. Leur pente doit être telle que les eaux entraînent les matières solides qui s'y trouvent mêlées.
Les égouts bien construits, bien tonus et constamment surveillés, dans lesquels circule toujours une quantité d'eau considérable, ne présentent aucun inconvénient pour la santé publique.
VOIRIES
VOIRIES
Lorsqiielcursboucliessontboantes, comme c'est le cas le plus ordinaire, il s'en échappe assez souvent des odeurs désagréables, mais repu téesinoffensives. Ces odeurs proviennent surtout de gaz hydrogénés très légers. Quant aux germes de bactéries et de moisissures, ils sont assez lourds pour rester en grande partie dans les couches inférieures de l'air des égouts. On a d'ailleurs constaté que ces germes ne s'y trouvent pas en quantité beaucoup plus grande que dans l'atmosphère des rues. On a essayé à l'étranger divers systèmes de fermeture des bouihes d'égout : plusieurs sont excellents en principe, mais ils exigent un entretien minutieux; c'est sans doute ce qui a retarde leur vulgarisation.
Il s'en faut de beaucoup, d'ailleurs, que les égouts réalisent les conditions de propreté, de surveillance et de ventilation qui assurent leur innocuité. Aussitôt que les matières demi-solides s'y accumulent, il s'y produit de l'hydrogène sulfuré et de Ihydrosulfate d'ammoniaque, dont la présence dans un espace confiné met en danger la vie des ouvriers.
Il ne seaible pas que les égouttiers soient particulièrement sujets aux maladies épidémitiues et contagieuses, mais on ne peut nier que leur profession n'apporte dans leur santé une modification profonde, compatible toutefois avec une vie assez prolongée. Ils ont toujours à subir une sorte d'acclimatement pénible.
Lorsqu'une section d'égout se trouve obstruée, le premier devoir est de la désinfecter par une ventilation forcée et par l'emploi du sulfate de fer et du chlorure de zinc, qui forment avec les gaz dangereux des composés fixes.
Infection des cours d'cni par les cijoids. — On se préoccupe beaucoup, depuis quelque temps, de l'infection des cours d'eau par les eaux d'égout et pnr celles qui sortent des usines on des mines. En Angleterre, une loi de 1870 défend de laisser arriver dans les cours d'eau les liquides qui n'ont pas été soumis à une purification préalable. Malheureusement cette loi, n'ayant pas d'effet rétroactif, n'empêche pas le déversement dans la Tamise des eaux d'écout de Londres.
A Paris, les deux grands collecteurs versent chaque jour dans la Seine environ 'JTdOUii mètres cubes d'eaux impures. Chaque mètre cube contient en dissolution 1 kilogramme de matières parmi lesquelles environ 3" grammes de substances niireuses ou ammoniacales, c'est-,'i-dire très riches en azote, le plus efficace et le plu^^ cher des engrais. On estime qu'en azote seulement, les eaux des collecteurs laissent perdre annuellement une richesse agricole de 13 millions. En outre, la Seine, en aval des collecteurs, se trouve convertie en un vaste foyer de fermentation et d'infection. Les poissons y meurent presque tous, et l'eau y est impropre h. tous les usages domestiques.
Epuration des pintx d'égoiU. — On a proposé et essayé divers systèmes. Le meilleur consiste à recevoir les eaux vannes dans de grands réservoirs et à y produire des précipités insolubles an moyen de la chaux, du sulfate d'alumine (aluni. de sels de magnésie, etc. On a essayé aussi la filtration après avoir désinfecté par le sulfate de fer. Il est facile de calculer combien semblable opération serait difficile. L'immense quantité de liquide à traiter chaque jour s'oppose il l'iipplication des procédés de décantation, de précipitation chimique et de filtrage. Et quand môme ces procédés seraient pratiques, ils ne rempliraient qu'en apparence le but qu'on se propose. Les eaux devenues limpides ne seraient point pures. Elles contiendraient tuujoursen dissolution des matières organiques qui les rendraient impropres aux usages domestiques. Les essais tentés par plusieurs
grandes villes ont suffisamment démontré qu'il faut chercher d'autres moyens de purification.
Irrigations au moy-n des eau.r d'égout. — En Allemagne, en Angleterre, en Uelgique, en Suisse et auprès de Paris, on poursuit des expériences d'irrigation au moyen des eaux d'égout. Au lieu de les laisser perdre datis des cours d'eau, on les conduit dans des campagnes convenablement choisies dans le double but de fertiliser celles-ci et d'épurer les eaux.
C'est en 1866 que l'on a commencé chez nous une expérience importante à Gennevilliers près de Paris. Voici en quels termes M. Alphand, directeur des travaux de Paris, en expose les détails : K Les caps de gravier des anciens lits des fleuves sont formés en général d'un sol aride, mais très perméable jusqu'aux abords de leur lit, où le limon déposé par les crues forme une espèce de digue naturelle, peu perméable aux eaux des fleuves, ce qui isole le régime des eaux fluviales de celui des nappes souterraines du sol avoisinant. C'est ainsi que sur la Seine, les crues précèdent toujours de plusieurs jours les exhaussements de la nappe, les crues étant formées par l'écoulement rapide des pluies ou des neiges qui se fait par les cours d'eau, et les nappes ne se relevant que par la partie des pluies ou des neiges qui s'infiltre dans le sol. Les terrains de cette nature sont donc éminemment propres à l'épuration des eaux d'égout, et c'est ce qui a conduit k choisir à Gennevilliers, près de la Seine, une surface de 5 hectares environ de terrains arides composés de graviers que recouvrait une mince couche de terre ronge. Cette terre ingrate, partagée entre les cultivateurs des environs, a été livrée à la cuUtire maraîchère sans autre engrais que ceux déposés par l'irrigation des eaux d'égout, et elle a donné des produits considérables.
« Les premiers résultats ont fait étendre notablement le champ d'expériences. Le sol irrigué est disposé en billettes séparées par des rigoles. Les canaux principaux sont couverts, mais les rigoles restent découvertes. Les eaux d'égout opèrent un véritable colmatage, apportant au sol tout h la fois l'engrais, la terre végétale et l'arrosage. Lorsqu'on se place au milieu des irrigations, on ne perçoit point d'odeur putride. Ce n'est pas h dire que l'air et les champs soient absolument inodores ; mais l'odeur est faible, peu ou point désagréable, et ne se fait pas sentir à plus de quelques mètres. L'eau d'égout, en effet, tant qu'elle coule à l'air libre, a très peu d'odeur. »
On a constaté h Gennevilliers des cas de fièvre intermittente que l'on a attribués à l'irrigation. Il importe de s'entendre sur la vraie cause de ces fièvres. Dans les endroits où l'irrigation bien coiiduite n'a pas causé la formation de m.irécages, il n'y a pas eu de fièvre. On peut donc irriguer sans amener fatalement la maladie. Mais la nappe d'eau souterraine s'étant trouvée exhaussée par les infiltrations de la surface irriguée, il en est résulté, dans des parties basses, la formation de marécages, cause de tout le mal. Cela étant bien établi, on voit qu'il faut combiner le drainage avec l'irrigation pour obvier b. cet inconvénient.
L'eau qui alimente en grande partie par filtration directe la nappe souterraine de Gennevilliers y arrive non seulement clarifiée, mais purifiée, et l'eau des puits situés dans le champ d'expérience est limpide et potable. (1 semble donc que ce procédé donne la meilleure solution du problème de l'épuration des eaux d'égout.
Mais pour employer toute la quantité d'eaux impures déversée par les collecteurs, il faudrait établir l'irrigation sur des espaces immenses, et pendant l'hiver il y aura toujours un excédent. Cette question est à l'étude, et l'on se propose de continuer sur une vaste échelle, dans la forêt i
VOIRIES
VOIRIES
de Saint-Gcrniaiii, l'expéi-ience de Genncvilliers.
Serviciî uns viriANGES. — Dans les grandes agglomérations humaines, il est impossible de disséminer les déjections sur un espace suffisant pour les roiidio inolVonsives. 11 faut donc les accumuler pour un tiiiips plus ou moins long dans des réservoirs lixcs ou mobiles, dont l'enlèvement ou l'évacuation constituent le service des vidanges. A Paris et dans la plupart des grandes villes, on a adopté l'usage des fosses fixes construites dans les fondations des liabitations. Quelque soin que l'on prenne de les établir avec des matériaux imperméables, il s'y produit toujours quelques fissiires, et le sol de la ville se trouve imprégné de matières impures que les eaux entiaîncnt dans les nappes souterraines et dans les puits, parce que le sol saturé ne peut les purifier.
Pendant la fermentation des matières contenues dans les fos?es, il se produit des gaz odorants, principalement l'hydrogène sulfuré et l'hydrosulfite d'ammoniaque. La présence de ces ga?, désignés vulgairement sous le nom de plomb, a causé de terribles accidents parmi les ouvriers employés aux travaux de vidange ou de réparation, l'our les prévenir autant que possible, l'administration oblige à établir dans chaque fosse une communication avec l'air extérieur au moyen d'un tuyau d'évent qui s'élève à la hauteur des cheminées. De plus, on doit jeter dans les fosses, au moment des travaux, une quantité suffisante de chlorure de zinc ou de sulfate de fer pour les désinfecter. Malheureusement ces règlements ne sont pas toujours bien exécutés.
Quand les couches d'air s'élèvent régulièrement au-dessus des maisons par suite de l'écliaulTement du sol, 1rs gaz qui s'écliappent des tuyaux d'évent se trouvent disséminés dans l'atmosphère à une grande hauteur. Mais lorsque cette condition fait défaut, surtout par les temps brumeux, l'air se charge d'odeurs fort désagréables, qui heureusement sont peu nuisibles dans leur état de dilution. On a dit que ces odeurs infectes n'étaient jamais dangereuses: nous ne pouvons l'admettre. Pour elles comme pour les poisons, l'influence immédiatement appréciable ne doit pas se confondre avec l'influence lentement accumulée.
Les fosses fixes présentant plusieurs graves inconvénients, on a imaginé un système d'appareils mobiles dont le fonctionnement pourrait être rendu parfait si l'on s'astreignait aux soins nécessaires. Dans ceux que l'on se propose d'adopter officiellement pour la ville de Paris, dans un délai peu éloigné, une disposition très simple permettra de séparer les matières solides et liquides. Les premières resteront dans des appareils mobiles, les liquides passeront directement à l'égouU Les matières solides seront immédiatement converties en engrais, mais on perdra les matières les plus précieuses pour l'agriculture, à nionis qu'on ne réalise en même temps l'utilisation complrte et constante des eaux d'égoul, ce qui semble impossible pour un temps indéfini.
Le système le plus satisfaisant au point de vue de l'hygiène et de l'économie rurale consisterait à établir des appareils mobiles dans lesquels les matières solides et liquides seraient constamment désinfectées, par des substance^ ca/iab/es de tuer tous lei germes infectieux, puis mélangées à des matières absorbantes : tan, sciure de bois, cendres, noir animal, marc de raisin séché, terre sécliée. tourbe pulvérisée, etc. Le contenu de ces appareils serait disséminé directement dans les champs.
L'Ile ordonnance de 1851 permet le transport et le dépôt de matières désinfectées dans dos locaux autorisés, qui sont des voiries particulières. Là. ces matières sont traitées pour en extraire les sels ammoniacaux, qui sont employés en grandes masses
par l'agriculture et par l'industrie. Malgré les règlements qui prescrivent aux propriétaires de ces établissements la désinfection parfaite des matières et la combustion de tous les gaz, ces voiries disséminées aux environs de Paris constituent un voisinage inolTensif peut-être à cause de l'extrême dilution des matières odorantes, mais en tout cas fort incommode. Il n'y a qu'un moyen de concilier dans cette importante question les grands intérêts en jeu, ceux de l'hygiène et ceux de l'agriculture, c'est do préparer les déjections humaines de telle sorte que leur pré.sence dans les habitations, leur transport, leurs manipulations ne produisent aucun gaz désagréable, et que leur valeur fertilisante se trouve intégralement employée. Pour cela, dans l'état actuel de la science, et avec les données fournies par des expériences déjà nombreuses, on peut conclure qu'il faudrait adopter les appareils mobiles dans les conditions que nous avons indiquées. Telle est, croyons- nous, la solution que l'on sera forcé d'adopter plus tard.
Fumiers ue feb.me. — Les prescriptions de l'hygiène en ce qui concerne les fumiers de ferme consistent i former les dépôts assez loyi des habitations pour que les iufiUi-ations no puissent ni rendre humides les bâtiments ni souiller les puits. Si l'on établit et soigne les tas de fumiers d'après les bonnes coutumes agricoles, on n'aura d'ailleurs rien à craindre de leur voisinage quant à la production de fièvres intermittentes. Mais pour cela on doit s'astreindre il quelques précautions. L'aire un peu en pente sur laquelle repose le fumier doit être creusée dans le sol et rendue imperméable par une couche de terre glaise. On établit autour une rigolo également imperméable dans laquelle se réunissent, les liquides. (;ette rigolo communique avec la fosse h. purin. Lorsqu'un tas est monté assez haut et ne doit pas être employé immédiatement, on le couvre d'une couche de gazon ou de terre mélangée d'un peu de plâtre. Il faut veiller aussi à la fermentation, l'activer au besoin par des arrosages faits avec le liquide de la fosse afin d'éviter la moisissure. Ainsi traites, les fumiers ne présentent aucun inconvénient, etilsacquièrent leur maximum de valeur.
Abattoiiis. — Les parties priiicipales dont se composent ces établissements sont des ctables pour les animaux, et l'échaudoir ou abattoir proprement dit ; celui-ci consiste en une série de bâtiments établis autour d'une ou de plusieurs cours dallées, disposées avec des talus en pente douce qui amènent dans un regard d'é^otil, placé au centre, tous les liquides provenant du travail.
Chaque atelier ou ease d'abat est dallé et muni d'un robinet de lavage. Le sang des animaux est recueilli dans une auge imperméable placée dans le sol. On le traite par des désinfectants ou on le dessèche immédiatement avant de le livrer h l'industrie.
L'abattoir a pour annexe un atelier de triperie où les issues ou abats sont nettoyés et cuits s'il y a lieu.
Voiries d'animiux morts. — Dans les campagnes, les animaux morts se trouvent disséminés dans les champs où leur valeur comme engrais est à peu près perdue, tandis qu'ils contribuent indirectement à la propagation des maladies charbonneuses. On devrait les enterrer assez profondément pour les mettre à l'abri des mouches.
Dans les grands centres de population, il est indispensable d'établir des voiries spéciales pour les animaux morts ou incapables de continuer le service. Ce sont aujourd'hui des ateliers d'équarrissaye, dans lesquels on utilise presque toutes les parties des animaux. La chair des chevaux en bon état est envoyée à des boucheries spéciales pour y être vendue. Le sang est desséché. La peau est livrée aux tanneurs, les pieds bouillis fournissent
VOIX
VOIX
une huile dite de pieds, et les sabots servent h fabriquer des objets en corne. Les chairs qui ne peuvent être employées à l'alimentation de l'homme sont données à des porcs nu à des oiseaux de basse-cour. Les intestins sont convertis en engrais. Les os se vendent aux tabletiiers et aux fabricants de noir animal.
On ne peut éviter qu'un semblable établissement ne dégage des oleurs infectes, qui d'ailleurs sont moins dangereuses que répugnantes. Le danger le plus sérieux des ateliers d'équarrissage consiste dans la transmission à l'homme des maladies contagieuses : morve, faixin, charbon, et l'on compte chaque année quelques victimes parmi les ouvriers.
En présence de ce danger, les hygiénistes conseillent de détruire le plus rapidement possible, soit par la crémation, soit par le contact de la chaux vive, les cadavres d'animaux morts de maladie contagieuse ou inconnue.
CiMETiÈBES. — Au point de vue spécial de l'hygiène, il pourrait être utile de détruire rapidement les cadavres humains par des produits chimiques 01* par la crémation. Mais d'autres considérations ont fait adopter l'inhumation simple dans des cimetières. Ce mode d'inhumation peut être dangereux de deux manières : par les produits de la fermentation putride et par la conservation de cenains miasmes capables de propager des maladies contagieuses. Mais ce danger n'existe que si les inhumations sont faites dans de mauvaises conditions ou si l'on remue prématurément la terre qui contient des restes de cadavres.
Les cimetières établis d'après les règlements aujourd'hui en vigueur ne peuvent présenter qu'un inconvénient, celui de souiller les eaux dos nappes souterraines. Dans la plupart des cas, l'eau des puits des habitations voisines des cimetières ne présente aucune altération spéciale On sait d'ailleurs qu'aucune inhumation ne peut se faire à une distance moindre de 3.t mètres des habitations. On considère qu'à cette distance les eaux ne peuvent entraîner dans le sol aucun germe de maladie, si le sol ne se trouve pas saturé d'impuretés par une agglom ration trop dense de sépultures.
Cependant si l'on groupe les tombes dans des espaces si restreints que le sol du cimetière se trouve saturé de détritus et perde ainsi une grande partie de son pouvoir de docomposition, il peut en résulter des inconvénients sérieux La reprise des terrains au bout de cinq années est prématurée, même dans un sol non saturé et très apte à la combustion lente des cadavres. Il faudrait attendre plus longtemps, ou mêler de la chaux à la terre qui entoure les cercueils.
Si le terrain d'un cimetière est bien choisi, si les inhumations se font assez profondément, et si la terre n'est pas remuée avant que le sol n'ait repris ses propriétés naturelles, on peut affirmer que i'air du champ de repos est plus pur et plus sain que celui do la plupart des rues des grandes villes. Mais quand il n'est pas possible de réunir ces conditions, il devient indispensable de prendre des mesures spéciales pour assurer que la destruction des cadavres s'opérera sans occasionner de gêne ou de danger dans le voisinage du cimetière. ID' Safîray.]
VOIX. — Zoologie, XXXVII. — L'animal ne vit pas isolé du reste du monde vivant ; il est au contraire en perpétuelle communication avec les autres animaux; il participe de leur vie, et les fait participer de la sienne. Deux genres d'appareils, à peu près constants du haut en bas de l'échelle animale, assurent cette solidarité et établissent ces relations réciproques : ce sont premièrement les organes des sens, organes de réception et d'enregistrement ouverts aux impressions du
dehors, et ensuite l'appjreil de locomotion, par lequel à son tour l'animal réagit sur la milieu extérieur.
Mais beaucoup d'animaux possèdent en outre une faculté spéciale, celle de produire des sons, qui est leur véritable moyen de communi.;ation et à'exin-ession. La présence de cette faculté est l'indice d'une animalité supérieure, et la complication de son mécanisme croit à mesure que l'être devient plus parfait.
Elle n'existe pas chez les animaui inférieurs; aux premiers échelons du règne vit tout un monde d'êtres muets, également incapables de rompre le silence qui les entoure et d'en avoir conscience, réduits à une vie végétative où n'apparaît qu'en germe la vie de relation.
C'est chez les insectes que la voix se montre pour la première fois, encore grossière et rudimeiitaire. Chez les moins parfaits d'entre eux, elle n'est que le bruit de leurs ailes ou de leurs membres, et la conséquence inévitable et involontaire de quelques-uns de leurs mouvements. Avec les plus parfaits de l'espèce, elle devient réellement un moyen d'expression, car elle est produite par un appareil spécial, et soumise i l'action de la volonté qui peut la provoquer ou l'interrompre. Elle n'est cependant encore qu'un bruit invariable, simple avertissement qui signale la présence de l'insecte.
Chez les animaux supérieurs, elle acquiert un degré de plus de perfection, la variété, et commence à se plier plus ou moins exactement aux intentions de la volonté. Elle dépend chez eux d'une cause nouvelle : le passage de l'air respiré daus une portion spéciale et vibratoire des voies aérienms. Dès lors la voix existe.
Mais c'est chez l'homme, et chez l'homme seul, qu'elle devient l'organe merveilleusement souple et varié de l'expression. Tous les autres, auprès de celui-là, sont grossiers et infidèles. Les membres peuvent exécuter des signes, mais ces signes seront nécessairement limités à ceux dont l'interprétation est simple et aisée. La musculature de la face peut être également un appareil d'expression ; mais ces muscles sont sous la dépendance de la moelle allongée, et leur action peut être provoquée par le mouvement réflexe sans participation aucune de la volonté, en sorte que cet appareil nous trahit plutôt qu'il ne nous obéit. La voix seule possède la variabilité et l'exactitude nécessaires, pour devenir l'instrument de manifestation parfaite de la pensée : do là naît le langage, véritable caractéristique de l'homme.
Nous dirons d'abord quelques mois de l'appareil de la phonation, puis nous étudierons la voix ellemême.
Cet appareil se compose du larynx, portion du conduit aérifère situé au haut du cou, entre l'arrièro-bouche et la trachée. Une simple expérience démontre qu'il est indispensable à la formation de la voix : quand la trachée est ouverte au-dessous du larynx, dans l'opération de la trachéotomie, et que l'air s'échappe par cette incision, la voix n'existe plus; mais qu'on bouche un instant cete ouverture avec le doigt, et l'opéré retrouve la parole. 11 faut donc, pour la formation des sons, que 1 air traverse le larynx.
Le larynx, sorte de tube cartilagineux large et court, saillant sous la peau (pomme d'Adam), n'est qu'une portion de la trachée modili>^e dans sa forme et dans sa structure. Un double rétrécissement le coupe à deux hauteurs différentes. Le rétrécissement supérieur est fnrmn par la présence de deux replis de la muqueuse, improprement nommés cordes vocaffs supéieures, et qui ne prennent aucune part à la formation des sons. Le rétrécissement inféri'Hir est constitué par deux autres replis, disposés à peu près comme les deux lèvres d'une boutonnière, et dont chacun
VOIX
VOIX
est un muscle recouvert par la muqueuse : ces deux replis sont les véritables cnrries vocales, à tort nommées cordes vocales iiifériewen ; ce sont eux qui vibrent pour produire les snns. L'espace compris entre eux se nomme la r/lollr vocale. La longueur de ces cordes varie avec le diamètre du larynx, et par suito avec l'âge et le sexe. Leur tension varie suivant que le muscle qui les constitue se tend et so contracte, et en même temps suivant que les cartilages auxquels elles sont fixés basculent et s'éloignent. Enfin leur écartemont, et par suite la largeur de la glotte vocale, peut varier aussi en raison des mouvements imprimés aux diverses pièces du squelette cartilagineux du larynx par des muscles places à l'extérieur.
Ainsi les variations de forme de la glotte, de tension des cordes, et do position du larynx, c'est-i-dire les conditions même de la phonation, sont dues à des mouvements volontaires, et l'on conçoit qu'il suffit de la lésion des nerfs qui commandent ces mouvements pour anéantir la voix. Galien le premier, en sectionnant les nerfs du larynx, constata que cette opération entraîne la perle de la voix. Certains anévri^mes du cœur, en comprimant ces nerfs, amènent soit laraucité, soit l'extinction de la parole.
Examinons maintenant le mécanisme de la phonation. L'observation directe montre que dans la parole la glotte se rétrécit et que les deux cordi-s vocales se rapprochent, tandis que, pendant le silence, le défilé s'élargit et l'air le traverse librement. Aussi crut-on d'abord pouvoir assimiler le larynx à un si/ftet, et pensa t-on que l'air luimême vibrait à son passage dans la boutonnière rétrécie.
Il n'en est rien : ce n'est pas la colonne aérienne, ce sont les COI c?es l'oca/cs qui vibrent dans l'émission de la voix, et dès lors le larynx est assimilable, non à un sifflet, mais à un tuyau à an'lif, à un hautbois par exemple. Les cordes vocales, brusquement écartées par le fluide, revi''nnerit sur elles-mêmes, sont de nouveau écartées, puis reviennentencore, etc., et subissent ainsi une série de mouvements de va-et-vient, dont la fréquence est en raison de la hauteur du son émis.
Pour qu'une corde vibre, il faut qu'elle soit tendue. Or chacune des cordes vocales ré dise la perfection d'une corde vibrante, car elle est constituée par un muscle volontaire, qui peut se contracter, c'est à-dire se lendm, h volonté. La corde vibrante d'un piano, d'une harpe, d'un violon, varie de tension, suivant Véhrement qu'on lui fait subira l'aide d'une clef: mais la corde laryngienne modifie ellemôme, en sa qualité d'organe contractile et vivant, son degré de tension et par conséquent la hauleur des sons qu'elle rend. Ajoutons que cette merveilleuse faculté peut aequérir par l'éducation une exactitude, une agilité et une promptitude instantanée qui n'appartiennent à aucun autre instrument vibrant. Les roulades, les trilles qu'exécute une chanteuse sont nécessairement le résultat d'une série de variations à la fois instantanées et parfaitement graduées, apportées dans la contraction du niu--cle vibratile.
La glotte vocale n'est pas l'unique appareil qui entre enjeu dans la formation de la voix. La partie du conduit aérien qui précède le larynx, et celle qui le suit, contribuent accessoirement à l'émission des sons. La trachée, le pharynx, la bouche, les lèvres, le nez avec ses annexes (si nus maxillaires, frontaux, ethmoïdaux, ctc.)serventderésonnateur3 et amplifient ou modifient les sons. Aussi ces parties présentent-elles des mouvements qui varient avec la qualité dessous. C'est ainsi que dans les tons aigus le larynx s'élève, tendant la traclrée qui vibre plus haut : dans les notes graves il s'abaisse au contraire, relâchant toutes les parties accessoi-
res. Chacun sait quel'aliéralion ou l'obstruction du pharynx, de la luette, des cartilages nasaux altère le limhre de la voix: ce timbre se modifie également dans les maladies des bronches ou des poumons.
Le son glottique varie d'intensité, de hauteur et de timlire.
[.'intensité varie avec l'énergie de la propulsion imprimée à l'air par lapoitrirre. Le cri est un son d'une extrême intensité, il constitue à lui seul la voix des animaux. L'eirfant qui naît se rapproche par là de l'animalité, et toute phonation se traduit chez lui par un cri : s'il est privé d'ouïe, sa voix reste « criarde », inharinonique. L'éducation auditive seule apprend Ji l'enfanta régler etJr, moduler' sa voix. Cependant celte voix humaine éduquée reste toujours, dans la parole, relativement irrharmonique : les sons qu'elle profère ne sorrt pas entre eux dans des rapports musicaux. Le chant seul possède cette régularité d'intervalles que l'oreille apprécie musicalement.
La physiiiue nous apprend que la hauteur du son varie avec la longueur et la tension des cordes. C'est ainsi que le lar-ynx plus large de l'homme, possédant des cordi's plus longues, émet des sons plus graves que le larynx de la femme ou de l'enfant. Enfin ch 'z le même individu la voix se meut dans une série de gammes, suivant le degré de contraction des cordes. Cette série est en général double : la première, plus basse, se nomme improprement î;oir de /oilri/ie; et la seconde, plus aiguë, tO'X de télé, ou de fausset. Le passage subit de l'un de ces registres à l'autre est le propre du chant dit tiirolu-n.
Li voix humaine peut varier ainsi chez chaque individu dans une étendue de deux octaves environ. Selon que, pour ch.icun. ces deux octaves sont prises parmi les registres élevés ou parmi les registres graves, les voix se divisent en six catégories, qui sont, en allant des plus basses aux plus hautes : voix de Bass'- (du fa au ré^), voix de lia'-yton (du la au fa^), voix de Ténor (de l'ut^ au la^j, pour les hommes; voix de Cuntrallo 'du mi- à l'ut*), de Mezzo-Soj)ra7i^i (du sol^ au mi*), et de Soprano (du si- au sol'), pour les femmes (Kuss).
La mue de la voix consiste en un abaissement subit qui se produit au moment de la puberté, et qui est d'environ une octave pour les garçons, et de deux tons pour les filles.
(Juant au timbre de la voix, il dépend, ainsi que nous l'apprend l'acoustique, des sons accessoires, dits sons harmoniques, qui accompagnent le son fondamental (Helrnlroltz). Ces harmoniques varient avec les individus, tandis que le son fondamental reste le môme.
L'étude des fonctions des parties accessoires de la phonation (bouche, pharyrrx, etc.) a cooduit à de curieux résultats. C'est ainsi que les vii/dles sont uniqrrement produites par les vibr-ations du pharynx et de la bouche, ces parties variant leur tension, leurs dimensions, leur forme, suivant la voyelle que l'on prononce : quand on la prononce à voix basse, la glotte resle parfaitement inactive, et si, au moment où la bouche est disposée de façon à la prononcer, on fait vibrer un diapason devant les lèvres ouvertes, on entend ci^tte voyelle nettement articulée. Pour parler plus exactement, les cavités sus-glottiques (pharynx et bouche) agissent, dans ces cas lit, à la façon do résonnataars diversement accordés.
Quant aux consonnes, au point de vue de l'acoustique, elles n'ont pas d'existence propre. Kilos rre sont que des voyelles dont l'émission est précédée ou accompagnée d'un mouvement particulier des oi'ganes résonnateurs accessoires : il semble qur; les parties sus-glottiques présentent alors à la colonne d'air certains obstacles placés en différents points, et que le courant aérien ébranle
VOIX
VOLCANS
diversement. Ces obstacles siègent tantôt au niveau (les lèvres (consonnes labiales), tantôt au niveau de la langue (linguales), tantôt dans les parois de l'arrière-bouche (gutturales) ; ils sont vaincus, soit par une sorte d'explosiun (é, p, d), soit par un glissement (s, f, z). soit par un tremblement ; la consonne r est un exemple de ce dernier mode : elle n'est que le son d'une voyelle quelconque, modifié par une vibration rapide de la langue, qui tremblotte comme le ferait un chiffon dans un tuyau d'orgne.
Telles sont les modifications très compliquées que subit le bruit glottique pour devenir la parole articulée. Notons que quelques animaux (perroquets) peuvent acquérir cette faculté d'articuler des sons et de prononcer des mots. Mais il va fsans dire que l'homme seul attache un sens à ces mots : seul il possède la paroh..
Quelques hommes, cependant, n'ont jamais possédé cette faculté ; d'autres se la sont vu enlever h une époque quelconque de leur vie. Le mutisme est donc acquis ou congénital.
Acquis, il résulte d'une altération accidentelle des organes phonateurs ou des centres nerveux qui commandent à ces organes (blessures, maladies, paralysies)-
Congénital, il peut être dû par exception h une malformation de ces organes. Mais le plus souvent, il est produit par la surdité. Le muet de naissance est en même temps sourJ, et il n'est muet que parce qu'il est sourd , c'est-à-dire, parce qu'il ignore les sons et leurs valeurs : chez lui l'absence de parole mériterait le nom de silence plutôt que celui de mutisme, puisqu'il prjwnnt parler, s'il savait parler. Qui n'a pas entendu ne peut parler : bien plus, un enfant qui a entendu jusqu'à trois ou quatre ans, s'il perd l'ouie, perd la parole en fort peu de temps (Bonnafont). On conçoit, dès lors, qu'on puisse arriver k rendre aux sourds-muets la parole, en leur décrivant minutieusement le mécanisme d'émission de chaque son, et en leur apprenant à les émettre, encore bien qu'ils ne puissent les entendre.
On sait que Broca a placé le centre nerveux de la parole (V. Système 7ierceu:c) dans la troisième circonvolution frontale gauche. Mais il est certain qu'il existe deux centres nerveux nécessaires à l'élocution, l'un centre de la mémoire des mots, l'autre centre de la phonation proprement dite, et que chucun d'un peut être atteint isolément par la maladie. L'altératinn du premierproduit l'amnc'jjie: le malade ne saurait parler parce qu'il a oublié le langage. La lésion du second produit l'npkasie,- le n'^alade ne parle pas, mais il peut écrire.
Terminons cette étude par quelques considérations sur l'hygiène de la voix.
La parole, surtout la parole publique, est et doit être accompagnée de gestes. Le mouvement, en divers sens, des membres supérieurs n'ajoute pas seulement à l'intensité de l'expression; il sert encore à donner du jeu à la poitrine, et à mieux répartir la fatigue qui, sans cela, ne porterait que sur les muscles du larynx.
Il vaut mieux parler debout qu'assis. Si l'on est contraint de s'asseoir, encore doit-on tenir le tronc droit sans raideur, de façon à laisser aux oscillations du thorax une entière liberté.
Dans la iléclamation ou dans la lecture à haute voia, la lenteur rhythmique du débit et la graduation voulue de l'effort constituent une excellente gymnastique qui favorise le développement de la poitrine, assouplit le timbre de la voix et en perfectionne le son et l'articulation.
Le chant présente ces avantages à un bien plus haut degré. Mais il offre en revanche des dangers sérieux. Il exige, en effet, une contraction très énergique des muscles du thorax, et un exercice beaucoup plus violent des cordes vocales. Aussi
prcsonte-t-il des inconvénients chez toutes les personnes dont la poitrine ou le cœur est malade, ou dont le larynx est délicat. Convenablement surveillé et modéré, il constitue, pour l'enfance, une partie importante de la gymnastique, sans parler de l'action morale salutaire qui résulte de l'introduction du chant dans l'éducation.
[D' E. Pécaut.] VOLCANS ETTRE.UBLEJIKNTSDE TERRE.— Géologie, X. — On donne le nom de volcans à des montagnes qui livrent passage d'une façon permanente ou intermittente à des produits variés dont la température est extrêmement élevée. La sortie de ces produits constitue une éruption volcanique.
En général l'éruption est annoncée par des bruits souterrains et par des secousses du sol qui rentrent dans la catégorie des tremblements de terre. Nous reviendrons tout h l'heure sur ceux-ci ; disons seulement ici que tous les tremblements de terre ne précèdent pas les éruptions volcaniques.
A la suite de ces manifestations prémonitoires, le sol se crevasse en certains points et livre passage à des torrents de vapeurs. Ce qui domine alors c'est la vapeur d'eau, dont la quanlilé dépasse tout ce qu'on peut supposer. C'est au point que les volcans doivent être considérés comme des sources d'eau. On trouve d'ailleurs tous les intermédiaires entre les volcans et les sources ordinaires, par les jets de vapeur (soffioni), les geysers, et les sources thermales (V. Puits et Sources).
En même temps que la vapeur, du sol crevassé sortent en abondance des matériaux pierreux réduits en poudre fine. Entraînés verticalement par le courant gazeux, ils s'élèvent jusqu'aux hautes régions de l'atmosphère et y produisent un nuage gigantesque qui, par le temps calme, recouvre le volcan d une sorte de parasol. Cette poussière retombe ensuite peu i peu et vient s'accumuler autour du point de sortie sous la forme d'un bourrelet qui s'accroît progressivement jusqu'à acquérir la dimejision d'une véritable montagne. La forme de cette montagne est tout à fait caractéristique et due au mode de formation que nous venons d'indiquer. C'est un cône tronqué à la partie supérieure, et creusé d'une cavité en cône renversé qu'on appelle le cratère. On peut s'assurer que la montagne est constituée de couches superposées dont chacune a la même forme que la montagne elle-même: plongeant à l'extérieur dans une direction centrifuge et concourant en dedans vers le centre d'éruption.
Quand l'air est agile, le parasol de cendres (c'est le nom qu'on donne à la poussière volcanique) ne conserve pas sa régularité. Il s'allonge du coté du vent en un courant dont la longueur est quelquefois considérable ; de la sorte s'expliquent les pluies de cendres dans des localités qui peuvent être fort distantes du volcan d'origine. C'est ainsi que certains points des côtes de Norvège ont été à diverses reprises saupoudrés des produits émis par l'Hi'kla, et que l'EiJia a recouvert de poussières des régions grecques nu même turques.
C'est sous des torrents de pareilles cendres mêlés de délugesd'eau que Pompéi fut ensevelie, en ÎS), lors de la célèbre éruption du Vésuve.
Les cendres sont d'ailleurs mêlées de matériaux moins ténus. Avec elles se piésentont de gros blocs et surtout des petites pierrailles auxquelles les Italiens ont donné le nom devenu cosmopolite de Inpilli.
En môme temps le volcan lance en l'air des lopins de roche fondue qui, se solidifiant tandis qu'ils tourbillonnent, prennent des formes con-
VOLCANS
VOLCANS
tournées qu'on a comparées îi celles do bouts do cible, de noyaux, d'amandes et de liombes. Souvent en brisant les bombes volcaniques on trouve qu'un fragment de roche, graiiiie, dunite ou autre, leur a servi de centre
En tout cas, c'est après l'émission des cendres et la constitution de la mo)Uagne à cratère que la lave parvient lentement au niveau du sol. On donne le nom de lave îi des masses fondues dont la composition minéralogique (feldspath, pyroxène ou amphibole, fer titane) est la même que celle des cendri's. C'est encore la force élastique de la vapeur d'eau qui détermine l'ascension des laves, et la matière de celles-ci est intimement associée i d'énormes quantités d'eau qui ne se dégage que très lentement pendant le refroidissement.
La lave, dont la densité est considérable (plus (le a en moyenne), exerce sur les matières incohérentes du cratère une poussée à laquelle c.i'lles-ci no peuvent longtemps résister. Aussi la iiiclic fondue se fraie-t-elle d'ordinaire un chemin ;\ la base même de la montagne, et la coulée s'épanche lentement vers les parties basses des pays environnants. C'est sous une coulée de lave qu'Herculanum fut submergé. Terre del Greco a subi plus d'une fois des inondations du même genre, et il en a été également ainsi pour Catane.
Parfois la base du cône étant plus résistante, la lave s'élève plus ou moins dans le cratère, mais il arrive un moment où la paroi cède encore et lout un côté de la montagne est emporté par le torrent fondu. C'est aiii.si que prennent naissance les volcans eirec/ies, dont on connaît des exemples très nombreux.
Il est bien rare que l'éruption volcanique soit de longue durée. Cependant on peut citer quelques volcans dont l'activité incessante est immémoriale. De ce nombre est le Stromboli, dans une petite île voisine de la Sicile, qui ne cesse de vomir des cendres, de la vapeur d'eau et de la lave. Sa lueur sert de phare aux marins, et son allure plus ou moins rapide est réglée par la pression atmosphérique et pourrait servir à la r. vêler comme un véritable baromètre. On conçoit ' Il rfl'et que les grosses bulles de vapeur, moteurs ili's matériaux rejetés, se succèdent plus vite par li-s basses pressions que par les temps où l'indication barométrique est élevée.
Ordinairement, après le paroxysme de l'éruption, on assiste à son déclin. La lave cesse de sortir, et le courant, d'abord rouge de feu, progresse lentement le long des pentes, enveloppé dans une véritable chemise de fragments refroidis. De toutes parts la coulée laisse échapper dns jets de vapeurs, et il faut des mois entiers pour qu'elle ait atteint son complet refroidissement, lîccouverte de bcories légères, teintes des couleurs les plus vives, elle ofl're une compacité de plus en plus grande à mesure qu'oji l'examine plus loin de sa surface. Le retrait la débite en prismes verticaux plus ou moins réguliers. Le cratère lui-même ne laisse plus dégager que des quantités décroissantes de vapeur d'eau à laquelle se mêlent des gaz différents. Parmi ceux ci dominent l'hydrogène sulfuré, l'acide chlorhydrique et l'acide carbonique. En parvenant au contuci de l'air, le premier de ces composés subit une combustion incomplète dont les produits sont de l'eau et du soufre libre qui incruste les crevasses du sol. Quand le phénomène se développe sur une échelle suffisante, on assiste à la production d'une solfatare dont lelype se voitaux environs de Pouzzolles. L'acide chlorhydrique paraît résulter, au moins en partie, cuninje l'a montré Gay-Lusssc, de la réaction mutuelle du porchlorure de fer et delà vapeur d'eau, et l'on voit briller en effet sur les laves de belles lamelles de fer oligiste résultant de la même opé-
ration. Ouant à l'acide carbonique, c'est le produit le plus persistant des éruptions terminées, et les volcans d'Auvergne, improprement qualifiés d'eteints, en laissent chaque jour exsuder des quantités considérables. Il en est do même en Italie, où la Grotte du cliien est célèbre.
Toutes ces émanations sont réunies sous le nom général de fumerol/es.
Il est un très grand nombre de volcans dont l'histoire se résume en une éruption unique : c'est le cas pour les volcans d'Auvergne et pour les cùnes parasites de l'Etna. D'autres au contraire se raniment après un repos plus ou moins prolongé. Aucun exemple plus net ne peut être cité à cette occasion que celui du Vésuve, dont l'explosion de 79 n'avait été précédée d'aucune autre dont les souvenirs les plus anciens de l'humanité eussent gardé la moindre trace.
Quelle est la cause des volcans'?
Les anciens, comme on sait, la rattachaient aux faits et gestes des divinités, et dans des temps beaucoup plus proches douons on y a vu de même des interventions directes de la Providence dajis l'histoire des hommes.
Depuis que la question a été abordée par la méthode scientifique, elle s'est singulièrement simplifiée.
Nous avons déjà signalé l'abondance extraordinaire de l'eau parmi les émanations volcaniques. Ce fait esti rapprocher de la distribution géographique des volcans, qui se rencontrent sans exception sur le littoral de la mer ou dans des îles.
En Europe, le Vésuve, l'Etna, le Stromboli, l'Hékla sont dans ce cas. Téncriffe, les volcans des Andes, ceux des îles Aléoutiennes, du Japon, des archipels océaniejis confirment cette remarque. Si d'autres, comme les cratères d'Auvergne, paraissent la contredire, il faut remarquer qu'ils ont perdu toute activité et qu'ils datent d'une époque géologique où leur pied était précisément baigné par de grands amas d'eau, comme le vaste lac dont laLimague représente le fond desséché.
Ces divers faits nous conduisent à supposer que l'eau provenant de la surface du sol joue un grand rôle dans les manifestations volcaniques, et cette induction fait place à la certitude quand nous remarquons que les émanations volcaniques renferment précisément les mêmes produits que l'eau de la mer : chlorures, sulfates, sels magnésiens, carbonates, etc.
Un deuxième ordre de fails maintenant indiscutable, c'est que les produits vomis par tous les volcans du globe, quelle que soit la distance des localités qui les possèdent, sont sensiblement identiques entre eux. Cette identité suppose nécessairement que le réservoir d'où ces produits dérivent est le même pour toute la terre. Nous savons d'autre part que ce réservoir est situé au-dessous du granité, puisque plusieurs volcans, comme ceux d'Auvergne, sont précisément assis sur cette roche fondamentale. Or, des mesures directes ont fait voir (|ue la température s'accroît très rapidement avec la profondeur , et l'on admet qu'à un petit nombre de kilomètres toutes les roches que nous connaissons sont .'i l'état de fusion.
Si donc l'eau fournie par la mer peut s'inftltrer jusqu'à la profondeur en question, elle rencontre des matériaux extrêmement chauds au contact desquels sa vapeur doit acquérir une tension assez énergique pour donner lieu à toutes les manifestations volcaniques.
Il resterait cependant à expliquer comment l'infiltration des eaux marines peut conduire celles-ci jusqu'aux laboratoires souterrains malgré la formidable contre-pression de vapeur qui y rogne. Ou admet que, si cette iiifiltration ne saurait se faire par l'intermédiaire de fissures d'une largeur sensible, elle est au contraire aisée au travers de»
VOLCANS
VOLONTE
pores des roches, et on regarde les djkes de trachyte et de basalte, si fréquents au voisinage des volcans, comme représentant précisément les canaux d'alimenistion par lesiiuels la iirofondeur est constamment mise en communication capillaire avec le bassin des mers.
Evidemment, s'il en est ainsi, non seulement la vapeur coninrimée sous le granit peut déterminer les phénomènes volcaniques, mais elle est parfaitement à même de donner naissance aux trépidations connues sous le nom de tremblements de terre.
11 est vrai que beaucoup de régions du globe sont accidentellement agitées de trépidations ayant une tout autre cause et pouvant néanmoins déterminer de vrais désasties. C'est ainsi que certains pays sont minés par le passage de cours d'eau souterrains, et il n'est pas rare alors que de violents éboulements se produisent dans les cryptes ainsi ouvertes. On cite des maisons détruites par cette cause en divers points du Jura et jusque dans la ville même de Lons-le Saulnier.
L'exploitation des mines, en néce-sitant le creusement de cavernes véritables, détermine parfois aussi les mêmes effets, et l'on en a eu récemment la preuve en Lorraine, où l'écroulement des galeries de la saline de Varangeville, près Nancy, a renversé toutes les constructions de la surface.
De même qu'un vide intérieur, une surcharge extérieure du sul peut amener un déplacement analogue à un tremblement de terre. C'est le cas surtout quand le terrain surchargé est de nature argileuse. Ainsi lors de la construction du viaduc dtf Val Fleury, entre Paris et lleudon, le poidsde cette oeuvre d'art a déterminé un refoulement des glaises sous-jacentes qui, chassées à droite et à gauche par la pression, se sont soulevées au point de jeter à terre les maisons qu'elles supportaient.
Enfin un choc violent a plus d une fois donne naissance à des résultats comparables aux précédents. Les grandes explosions, en ébranlant le sol, produisent la ruine des édifices placés dans un certain rayon. Lorsqu'en \&'l la poudrière éublie dans le LuX:'mbourg sauta, plusieurs maisons dans la rue d'Assas se crevassèrent de telle sorte qu'il fallut les démolir.
La démarcation entre les vrais tremblement* de terre et quelques-uns des accidents dont nous venons de parler n'est pas facile à. tracer, et divers géologues ont soutenu l'opinion ((ue tous les tremblements de terre dérivent de causes locales. Nous avons dit tout à l'heure qu'il n'en est rien, et que la liaison de la plupart de ces phénomènes avec les volcans est si évidente qu'il faut de toute nécessité les rattacher à la même cause générale.
Quant aux caractères généraux des vrais tremblements de terre, nous les résumerons en quelques mots.
Rien dans la n;iture entière n est plus fait pour jeter l'épouvante parmi les hommes que les tremblements de terre. Tout le moiide connaît le tremblement de terre de Lisbonne ( l';ôG;,qui se lit sentir sur un cinquième ne la surface totale du globe et qui coûta la vie il des milliers de personnes, et l'émotion causée dans le monde entier par le désastre de Chio est lom d'être complètement calmée.
La description du phénomène ne saurait d'ailleurs être que très vague, les caractères constaïus étant fort rares, à pan bien entendu le fait même du déplacement du sol. Ordinairement des giondements précurseurs se font entendre, mais ils sont loin d'exister toujours. Le sens du mouvement est aussi tout a fait variable et même son allure continue ou saccadée. On a noté des oscillations verticales, horizontales, et dans ce dernier
cas parfois circulaires. Des crevasses s'ouvrent dans le sol et, sur les eûtes, le flot de la mer va balayer une étendue plus ou moins vaste de la terre ferme.
On a remarqué qu'au point de vue géologique, les trr'mblements de terre ne déterminent guère d'effets permanents et, sauf les ruines qui jonchent le sol, le pays agité reprend après la crise sa physionomie ordinaire. Pourtant un tremblement de terre récemment observé en N'ouvelle-Guinée a augmenté d'une manière notable la dénivellation déji constatée le long d une falaise ; mais ce fait est tout à fait exceptionnel.
Certaines régions sont célèbres par les tremblements de terre qu'on y observe; l'Amérique équaioriale et spécialement les environs de Quito, l'Asie-Mineure, sont dans ce cas, et l'on s'étonne que de nombreuses populations persistent à liabiier des pays aussi dangereux. Ces localité- se distinguent en général par leur nature volcanique. Nous avons dit que les treaiblements de terre précèdent souvent les éruptions ; ajoutons que celles-ci, à la manière d'une soupape, mettent ordinairement fin aux trépidations du sol. J
11 convient d'ajouter qu'outre les grands tremblements de terre, on reconnaît de petites oscillations du sol dans toutes les régions de la terre. Des appareils spéciaux, dits séismographes et seistiifiinèlre', les enregistrent et les mesurent dans divers observatoires, et l'on est en train d'en étudier les lois.
Pour terminer cette revue très rapide de phénomènes dus à l'extrême minceur de l'écorce de notre globe, ajoutons que le caractère volcanique est prodigieusement développé à la surface de la lune. Notre satellite nous présente des milliers de volcans parfaitement caractérisés avec leur cratère, leurs coulées et les cirques extérieurs, comparables, sur une échelle plus grande, auv accidents du même genre que nous avons décrits tout à l'heure.
Des considérations dans lesquelles nous ne saurions entrer ici paraissent prouver que l'exaltation des phénomènes volcaniques caractérise la dernière période d'activité de l'évolution planétaire. iStanislas Meunier.]
VOLONTÉ. — Psychologie, XM. — Le sens de ce mot a varié comme le sens de presque tous les termes de la psychologie. Au xvii' siècle, la volonté était souvent synonyme de sentiment, et c'est ainsi que l'entendait Pascal, i|uaiid il opposait les vérités de raison qui parlent à l'entendement, et les raisons du cœur qui s'adressent à la volonté. Au xviiis siècle aussi, le mot de volonté était parfois employé pour désigner toutes les puissances de l'âme qui sont autres que l'intelligence, les inclinations, les tendances, les désirs, et Condillac disait de la volonté a iiu'elle comprend toutes les Opérations qui naissent du besoin. » Dans la psychologie contemporaine, la signification du terme <i volonté 11 est mieux définie, plus délimitée, et la volonté, ou puissance de faire ce qu'on veut, désigne proprement le pouvoir qu'a l'âme de se déterminer, avec conscience et reflexion, spontanément et librement, à une action de son choix.
La volonté ainsi entendue est, comme la raison, le propre do l'homme. L homme seul, dans le plein exercice de ses facultés, est capable de vouloir. Sans doute l'animal, lenfant, se déterminent par eux-mêmes, ils agissent, et par abus de mots le langage appelle volonté le principe deces déterminations et de ces actions. Mais cette puissance irréfléchie de se déterminer et d ,igir n'est qu'un semblaut de volonté. L enfant est volontaire, mais il n'a pas de volonté Chez lui, comme chez l'animal, l'iiction, quelque spontanée qu'elle soit, n'est pas maîtresse d'eile-mcnie : provoquée par le désir aveugle, par le besoin irrésistible, par le ca-
VOLUNTE
VOLONTE
price désordoninS, elle ne sn possède pas : elle n'est que la pâle itnase de la véritable vulunlé humaine qui réfléchit, qui calcule, qui sait où elle va, et qui par suite se niailrise et se (çouvorne elle-même. Il faut sans doulo savoir reconnaîtrn les aniilogies qui existent entre les activités inférieures do la vie animale et l'activiic propre à l'homme et h la vie raisoiniable ; mais l'art du psychologue consisie, après avoir note ces analogies, h ne pas en être dupe et à mar(|uer les différences essentielles,
La volonté est autre chose que le désir, elle est aussi antre chose que l'idée de l'action. En d'autres termes, elle ne peut être confondue ni avec les phénomènes de la sensibilité, ni avec les phénomènes de l'intelligence.
Elle est autre chose que le désir. Tel n'est pas l'avis de certains philosophes qui, de même (ju'ils dirfinissent l'attention une sensation dominante, définissent la volonlé un désir ardent et fort. La volonté ainsi comprise ne nous alTranchirait pas de nos inclinations et de nos passions : elle ne serait que la consommation ilu désir. Elle rentrerait dans la catégorie des dispositions passives, fatales, elle serait une obéissance en un mot, tandis qu'elle est le principe de la liberté. En fait, nous ne confondons pas l'état de notre âme qujnd elle désire et l'état de notre âme quand elle veut. Le désir n'est que la sollicitation d'un objet agréable, qui nous procure du plaisir, et par là nous engage et nous détermine parfois à le rei lien her. La volonié est la résolution que nous prenons par nous-mêmes d'accomplir un acte, agréable ou désagréable. n'importe. Il y a des cas où le désir et la volonté sont d'accord, où nous voulons ce que nous désirons : môme alors, notre conscience distingue nettement l'attrait que la chose désirée exerce sur la sensibilité, et le pouvoir que nous avons de céder à cet attrait. Dans d'autres cas, la volonlé est en contradiction avec le désir : et c'est aloi s surtout que la distinction des deux faits est claire et éclatante. La paresse m'attire et me plaît, par exemple : tous les plaisirs du far niente hantent mon imagination, toutes les dispositions de mon corps me portent à l'indolence ; et cependant, soutenu par l'idée de mon inlérèl et de mon devoir, je résiste à ces impulsions, je veux travailler et je me mets au travail. Comment, dans ce cas et dans tous les cas analogues, confondre le désir et la volonté, le courant et la force qui remonte le courant'? Dans d'autres cas enfin, le désir est seul; par sa violence il entraîne l'âme qui n'a pas le temps de réfléchir, ni la force de vouloir : mais l'action alors n'est pas plus volontaire que l'esprit n'est véritablement attentif, quand il est dominé, absorbé par une sensation. La fixité de la pensée qui se laisse captiver et immobiliser, pour ainsi dire, par une impression forte, n'est pas plus l'attention, que l'eiitrainement du désir n'est la volonté. De même que l'attention à son gré déplace, transporte la pensée, l'attache à l'objet qu'elle a choisi ou l'en détache quand il lui plait, de même la volonté retient, arrête ou poursuit l'action qu'elle a résolue.
Mais, dira-t-ou, si la volonté se distingue du désir et de la sensibilité, c'est parce qu elle se confond précisément avec l'idée et 1 intiligence. Ce sont, en effet, des motifs empruntés â notre prévoyance, â notre raison, qui seuls peuvent contrebalancer l'attrait du désir et assurer le triomphe de la volonté. Mais de ce que la volonté se greffe, pour ainsi dire, sur une idée, ce n'est pas une raison de croire qu'elle estia même chose que l'idée. Ne nous arrive t-il pas à chaque instant d'avoir une idée très nette d'une action à faire, et cependant de ne pas la faire, parce que nous ne le voulons pas? Quand Socrate confondait la « vertu u avec la « science », il se trompait, parce riu'il oubliait que pour faire le bien, il ne
suffit pas de le connaître, ni même de l'aimer, il faut encore le vouloir.
La volonté est donc quelque chose de distinct et d'irréductible. Mais après avoir établi qu'elle est indépendante, il faut se hâtt^r de dire que cette indépendance n'est pas absolue, que pour vouloir il n'est pas inutile de désirer, et il est nécessaire de penser.
Tout acte de volonté suppose certainement la pensée. Voilà pourquoi les philosophes du xvii» siècle, et notamment Bossuet, comptaient la volonté parmi les opérations intellectuelles. La volonté, à vrai dire, n'est pas autre chose qu'une pensée qui agit. Il n'y a point de volonté, a dit un philosophe, où il n'y a pas raison de vouloir. A proportion que nous sommes plus éclairés et surtout plus réfléchis, que nous concevons plus nettement ce que nous avons à faire, que nous comprenons mieux pourquoi nous devons le faire, nous sommes plus maîtres de nous-mêmes, nous nous appartenons davantage, en un mot nous avons plus de volonté. La volonté est donc un pouvoir variable qui se modifie à proportion que notre énergie intellectuelle diminue ou s'accroît.
D'autre part, quoique la volonté ne soit pas de même nature que le désir, il est évident que nous avons tout à gagner à associer, à unir, à mettre d'accord ces deux forces de notre âme. La volonté humaine esr trop faible pour engager une lutte constante avec les inclinations. A ce jeu, elle userait bien vite ses forces. Sans doute la volonté manifeste toute sa puissance dans l'effort et dans la lutte : mais heureusement la lutte n'est pas toujours nécessaire ; et s'il y a des volontés laborieuses, pénibles, héroïques, qui triomphent des passions qu'elles combattent, il y a aussi des volontés faciles, aisées, qui ne sont que l'adhésion d'une âme bien faite à des désirs légitimes. En fait, la plupart de nos volontés sont de ce genre, et dans le cours ordinaire d'une vie réglée, ce que l'on veut est en même temps ce que l'on sent et ce que l'on aime.
En montrant les différences et aussi les rapports de la volonté avec le désir et avec la pensée, nous avons déjà défini ses caractères essentiels, qui sont la réflexion et par suite la liberté. 11 n'y a d'actes véritablement volontaires qno ceux qui sont délibérés, qui supposent qu'on a pesé le pour et le contre, qu'on a pris un parti réfléchi. Et c'est précisément parce qu'il dérive, non d un instinct inconsidéré, mais d'une décision étudiée et d'un choix, que l'acte volontaire est libre. La liberté, en effet — non pas cette liberté absolue et chimérique rêvée par quelques philosophes qui, faute de l'avoir trouvée, se jettent ensuite dans le fata lisme — mais la liberté réelle, n'est pas autre chose que la faculté de choisir, avec réflexion et en pleine connaissance de cause, entre plusieurs actions possibles. Sans doute cette liberté-là ne nous donne pas la puissance de rompre brusquement avec notre passé, de nous délier de toute solidarité avec ce que nous avons déjà fait, avec nos inclinations et nos habitudes d'esprit ; elle no crée pas des actes absolument indéterminés, indépendants do toute condition, mais enfin elle nous all'ranchit dans la mesure du possible : elle nous soustrait à l'impulsion du moment, à l'empire des habitudes, au joug des passions, à la tyrannie de la mode et de l'exemple : elle fait que nous nous gouvernons par nous-mêmes et par la raison, et c'est en cela que nous soumes libres.
L'homme n'est donc véritablement homme que quand à des sentiments vifs ei élevés, à une intelligence éclairée, il joint une volonté ferme et toujours prête. Mais cette qualité est plus rare qu'on ne le croit. Sans doute, s'il ne s agit que de cette volonté inférieure qui, tout en disant « Je veux a, ne fait en réalité qu'obéir à l'inclination ou à l'ha-
VOLONTE
VOLTAIRE
bitude, nous usons de notre volonté à chaque instant de notre vie. Mais s'il faut réserver le nom de volonté pour l'acte de liberté, résolu avec réflexion, qui ne voit que la conscience liuniaine s'élève rarement à cet effort? Le plus souvent nous agissons, nous ne dirons pas sans motif, ce qui est impossible, mais sans motif réfléchi, et nos actions ne sont pas réellement voulues. Il y a des hommes qui manquent presque absolument de volonté, qui n'appartiennent pas à eux-mêmes en quelque sorte, et qui vivent d'une vie passive, machinale, esclaves de leurs propres passions et jouets des influences extérieures. Même ceux qui réfléchissent le plus ne réfléchissent pas autant qu'ils le pourraient : il y a en nous des trésors d'énergie que nous ne savons pas exploiter, et nous avons certainement plus de force que nous n'avons de volonté.
On a dit, non sans justesse : « Deux obstacles presque invincibles nous empêchent d'être les maîtres de nos volontés, l'inclination et l'habitude. >> Ce serait cependant une erreur grave et dangereuse que d'attribuer à ces deux ennemis de la volonté une puissance insurmontable. L'inclination peut toujours être contrôlée, confrontée avec nos intérêts et notre devoir, et réprimée par un acte énergique de vouloir. Quant à l'habitude, i l'origine surtout, elle est entièrement sous la dépendance de la volonté, puisqu'il dépend de nous d'empêcher la répétition de l'acte qui engendre l'habitude. Même quand elle est invétérée, nous pouvons venir à bout de la vaincre, sinon en une fois et par un seul cfl'ort de volonté, du moins par une résistance prolongée et par une tactique habile.
Ce n'est pas d'ailleurs qu'il faille exiger de l'homme une volonté permanente, toujours en action eten exercice. Le corps ne peut être toujours éveillé et debout: il faut qu'il dorme et qu'il se couche. De même l'activiié ne saurait rester incessamment en éveil ; il faut qu'elle se repose et qu'elle s'endorme, pour ainsi dire, dans les molles et douces démarches de l'habitude. Vne fois que la volonté a épuré les inclinations et réglé les habitudes, elle peut se décharger sur le sentimont et sur la routine du gouvernement de l'âme ; comme un général qui, après avoir pacifié un pays, remet l'épée au fourreau ; mais sans désarmer complètement, car l'imprévu des circonstances et les progrès de la vie peuvent i chaque instant exiger de nouveaux efforts de volonté. Ne nous défions donc pas outre mesure de l'habitude. Il est impossible de souscrire à l'opinion de Kant qui, préoccupé de sauvegarder la liberté et l'indépendance de l'homme, déclare qu'il faut « emliêcher les enfants de s'accoutumer i quelque chose, et ne laisser naître en eux aucune habitude. »
La culture de la volonté est un des problèmes les plus délicats de l'éducation. Pour la développer et la fortifier, il faut d'abord respecter la spontanéité de l'enfant, qui est le germe de son indépendance et de sa liberté. Les parents qui songent trop à « briser les volontés » de leurs enfants préparent des caractères faibles et mous, qui seront incapables de se conduire. Mais d'autre part, n'allons pas nous imaginer qu'en complaisant aux caprices de l'enfant, en flattant ses instincts, nous lui ménageons pour l'avenir une volonté maîtresse d'elle-même. La volonté suppose l'effort, l'empire sur soi. Il faut donc savoir résister h l'enfant: on lui apprendra ainsi à se résister à lui-même, et en obéissant à autrui il s'accoutumera à obéir plus tard à sa propre raison.
Enfin il ne servirait de rien de former la volonté, car elle peut être un instrument de mal comme (le bien : il faut encore élever et affermir la bonne volonté, celle dont Kant a dit, dans une page
qu'on ne saurait trop citer : u De tout ce qu'il est possible de concevoir dans ce monde et môme en général hors do ce monde, il n'y a qu'une seule chose qu'on puisse lenii pour bonne sans restriction, c'est la bonne volonté. L'intelligence, la finesse, le jugement et tous les talents de l'esprit, ou le courage, la résolution, la persévérance, comme qualités du tempérament, sont sans doute bonnes et désirables i beaucoup d'égards ; mais ces dons de la nature peuvent aussi être extrêmement mauvais et pernicieux, lorsque la volonté qui en fait usage, et qui constitue essentielle ment ce qu'on appelle le caractère, n'est pas bonne elle-même.
II La bonne volonté ne tire pas sa bonté de ses effets ni de ses résultats, ni de son aptitude à atteindre tel ou tel but proposé, mais seulement du vouloir, c'est-à-dire d'elle même ; et considérée en elle-même elle doit être estimée incomparablement supérieure à tout ce qu'on peut exécuter par elle au profit de quelques penchants ou même de tous les penchants réunis. Quand un sort contraire ou l'avarice d'une nature marâtre priverait cette bonne volonté de tous les moyens d'exécuter ses desseins ; quand ses plus grands efforts n'aboutiraient à. rien, et quand il ne resterait que la bonne volonté toute seule, elle brillerait encore de son propre éclat, comme une pierre précieuse, car elle tire d'elle-même toute sa valeur. » (Gabriel Compayré.]
VOLTAIRE (François-Marie Arouet de). — Littérature française. XL\-.\.\. — Raconter la vie de Voltaire et entrer dans le détail de son œuvre, ce serait pour ainsi dire entreprendre l'histoire du XVIII' siècle tout entier. Aucun homme n'a autant que celui-ci personnifié toute une époque. On se bornera ici aux traits essentiels, en se proposant seulement pour but de montrer l'unité de cette existence si agitée, et de celte action si multiple.
Né à Paris en 1694, Voltaire fut dès l'adolescence l'enfant prodige. Jamais les jésuites qui enseignaient au collège Louis-le-Grand n'imrent un élève plus brillant, ni qui fit espérer davantage : ses maîtres s'accordaient à promettre au jeune Arouet la plus éclatante fortune littéraire. C'était 5 lui aussi que Ninon mourant avait légué sa bibliothèque.
Voltaire avait tout juste vingt et un ans quand mourut le grand roi en 1715. C'est ici qu'il faut s'arrêter un instant si l'on veut bien comprendre cette destinée.
Les trente dernières années du règne de Louis XIV avaient été remplies par l'influence de M"» de Maintenon. On peut résumer en deux mots cette période de notre histoire. Jamais il n'y eut en France plus d'orthodoxie apparente et moins de véritable religion. Les querelles du quiétisme et de la bulle Vnigenitus, les luttes des jésuites et des jansénistes se prolongeant bien après la destruction de Port-Royal, occupaient les docteurs, la cour, l'opinion aussi bien que le clergé ; elles se partageaient la politique avec les embarras financiers touchant de si près à la banqueroute et les soucis de la guerre do la succession d'Espagne marquée pour nous par tant de revers. Depuis la révocation de l'édit de Nantes, l'Eglise catholique semblait triomphante : l'hérésie avait été vaincue, déracinée, les protestants contraints \ la fuite ou h l'abjuration. Et pourtant rien de plus trompeur que ce triomphe. Ce qui régnait depuis plus de vingt années à la cour, à Paris, en France, ce n'était pas la foi, c'était l'hypocrisie. On s'était fait dévot pour plaire l't un roi dévot, à une reine dévote: on prenait sa revanche des simagrées officielles dans les conversations privées, on la prenait plus grande encore dans les mœurs et la façon de vivre. Les souffrances, les misères, les
VOLTAIRE
VOLTAIRE
'Immiliations de la (in du règne avaient peu h peu •détaché du pouvoir aljsolu ceux-là raômos qui avaient vu les splendeurs de la première moitié du règne du grand roi ; i combien plus forte raison ceux qui n'assistaient qu'à la seconde moitié du spectacle? Le despotisme apparaissait d'autant plus lourd à supporter qu'il n'était plus racheté par la gloire. Comme un volcan souterrain, grondait sous la France orthodoxe, dévole, humblement inclinée aux pieds du trône, une France révoltée, toute prûte à. faire explosion, n'attendant que la mort du maître pour éclater. Notre rac? a bien des défauts ; elle n'a pas du moins celui de l'hypociisie. Si elle se résigne il poiter un masque, ce n'est jamais qu'il la condition de le rejeter avec horreur aussilùt qu'elle le peut faire. L'explosion après le règne de M""» de Maintenon, ce fut la Régence.
Tout Voltaire est là. 11 a grandi, il s'est formé dans les dernières années du règne de Louis XIV. Il y a pris la haine du pouvoir absolu qui s'arroge non pas seulement une autorité sans limites sur les fortunes et les personnes des sujets, mais un droit d'inquisition sur les pensées et les consciences ; il y a pris bien plus encore la haine de ces orthodoxies religieuses toujours prêtes à armer pour les défendre le bras séculier. Il a entendu raconter les dragonnades; il était enfant quand ont eu lieu les massacres des Cévennes. Il a entendu durant toute son adolescence retentir autour de lui les querelles religieuses qui attisent tant de haines, que suivent tant d'anaihèmes et de persécutions ; il est sorti d'un bond non pas seulement de toutes les petites églises des uns et ■des autres, mais du catholicisme, mais du christianisme même : la religion ne lui apparaît plus ] que comme une horrible invention qui pousse il s'entre-égorger les hommes nés pour s'aimer. Il met au nième rang tous les dogmes et toutes les formules. Jansénistes, jésuites, quiétistes, pour lui sont également dupes des mêmes criminelles folies. Tolérance, telle sera la devise de toute sa I vif ; il ne verra de salut pour l'humaniié que dans ' la philosophie, dans le progrès de la raison qui loit terrasser enlin la superstition.
A ce premier trait il en faut joindre un second. C'est au milieu d'une sociéié aristocratique que Voltaire est élevé. Fils d'une famille bourgeoise, il a vu, gi-àce h son esprit brillant, s'ouvrir devant lui les plus nobles salons. Il est accueilli par les seigneurs, par les princes môme. Toute sa vie il restera de cœur un grand seigneur. Il aime les arts, le luxe, l'élégance de la vie et des façons. Il ne songera nullement il bouleverser l'aimable société qui lui a si bien fait sa place. Il aimera l'humanité et s'appliquera à travailler pour elle ; mais an fond il n'aimera jamais le peuple, qu'il méprise et dédaigne tout ii la fois. La multitude ne sera jamais que la populace, ignorante, grossière, toujours prèle U se laisser duper. Plus d'une fois il l'appellera simplement <. la canaille ... Il n'attend aucun progrès que de la classe sociale instruite, éclairée, capable de se mettre au-dessus des préjugés, capable de penser pour le reste des hommes, et de servir leurs intérêts, fût-ce malgré eux. Il n'écrira que pour cette classe. Le puissant ouvrier de la révolution ne sera jamais lui-même un démocrate.
Ajoutons un dernier trait. Voltaire ne grandit pas seulement parmi les libertins, comme l'on appelait alors ceux qu'on nomma plus tard les libres-penseurs, il ne grandit pas seulement parmi les grands seigneurs ; il grandit aussi parmi les nommes de plaisir, parmi les viveurs, parmi ceux qui tout il l'heure vont s'app-ler les roués. Ses compagnons préférés, ses amis sont des épicuriens en même temps que des sceptiques. Le jeune Richelieu sera un modèle qu'il aura sans cesse de- 2'^ Partie.
vaut les yeux. Il est charmé par ces mœurs faciles, par ces fréquentations aimables, ces soupers fins, cotte liberté d'allures qui va tout droit ii la licence. Il reçoit lii une empreinte qui, elle non plus, ne s'effacera jamais. On nous permettra de ne pas insister sur ce côté de Voltaire ; mais il était nécessaire de l'indiquer. Sa santé faible, son ambition, son goût ou plutôt sa passion pour l'étude, sa hauteur d'intelligence, le sauveront personnellement de ces excès de la débauche auxquels doivent succomber tant d'autres parmi ses contemporains. Mais un certain goût de libertinage est entré dans son esprit et ne ra')andonnera jamais. 11 gardera toute sa vie un faible pour l'équivoque, pour l'obscénité, pour l'ordure qui dépassera la gauloiserie même des plus hardis parmi nos pères du xvi" siècle franc ils. Il donnera la main dans la Renaissance italienne à l'Arioste, ii l'Arétin lui-même. 11 devra il cette tare originelle une partie de son action sur le xvui" siècle français si volontiers dissolu. Il suivra l'exemple tour il tour et le donnera. Par lii encore il est bien le contemporain de la génération de la Régence. Le XIX* siècle, plus chaste, aura toujours peine ii lui pardonner, même en reconnaissant son génie, cette dépravation de l'esprit qui a sali quelques-uns de ses plus admirables ouvrages, qui a été jusqu'au crime, le jour où il a essayé volontairement de souiller, pour se divertir et pour divertir, la plus pure de toutes les gloires françaises, Jeanne d'Arc la bonne Lorraine.
Louis XIV est mort. Philippe d'Orléans est régent. Le jeune audacieux, le jeune révolté entre en scène. Il se jette dans la mêlée avec 1 impétuosité de son tempérament et avec l'imprudence de son âge. Son début lui vaut les honneurs de la Bastille: il y est enfermé pour dix mois en vertu d'une lettre de cachet pour des couplets contre le feu roi, qu'il se défendra toujours d'avoir écrits, et dont cependant l'auteur ne se retrouvera jamais. Apeinesortideprison. il faitapplaudirà la Comédie- Française son Œdipe imité de Sophocle, écrit presque sur les bancs ducoilège.Il acquiertdu premier coup cette notoriété que le théâtre a toujours donnée aux débutants heureux, qu'il donnait alors plus encore qu'aujourd'hui. Mais ce qui a été applaudi plus que le sujet dramatique lui-même, ce sont les audaces du poète, ses sorties, sous des noms antiques, contre la superstition, contre le règne du prêtre, contre la théocratie. Bientôt, malgré sa précoco renommée, le voili mis une seconde fois à la Bastille, par une lâche vengeance du chevalier de Rohan. Cette fois il n'y restera qu'un mois, mais .Ma condition de se faire oublier, de quitter Paris, do s'expatrier. Il passe en Angleterre (1720).
A Londres, il publie sa Henriade. dont le premier nom, la Ligue, disait bien mieux lo vrai sujet. L'ouvrage avait été écrit presque tout entier durant sa première captivité il la Bastille. Nous ne voyons plus aujourd'hui que les timidiiés littéraires du poème. Ce que tout le xviii" sièclu y vit le plus, ce furent les audaces religieuses. L'horreur des guéries de religion qui arment les frères contre les frères et les flis contre les pères, l'abomination do s'entre-égorger au nom d'un dieu de paix, la guerre civi.e mettant un pays à deux doigts de sa perte, l'assassinat et le régicide érigés en vertus, une Saint-Barthélémy inondant la France de sang, tel est le vrai sujet de la Henrindc. Son but, c'est de donner l'horreur de la superstiiion, c'est d'inspirer à tous ceux qui la liront la sainte passion de la tolérance opposée au fanatisme. Aucun sujet n'était plus hardi quarante ans après la révocation de ledit de Nantes, au moment oii en France môme les controverses religieuses allaient chaque jour encore ii la persécution. Personne no s'y trompa. Publiée presque en môme temps ii Loiil'iT
VOLTAIRE
VOLTAIRE
dres et à Genève, la Uenriade ne put l'être à Paris. Pendant de longues années, elle ne put pénétrer en France que par une tolérance tacite. En vain le poète avait choisi pour héros Henri, le fonda teur de la dynastie des Bourbons, en vain il avait loué Richelieu et Mazarin, Louis XIV, Villars, le régent lui-même Tout le monde, en dépit de ces artifices de l'auteur, sentit où portaient vraiment les coups.
Et c'est ici qu'il faut remarquer ce caractère de la poésie de Voltaire qui sera le caraciore de son œuvre entière. Avant lui, au xvii' siècle, le poète ou l'écrivain n'est en France qu'un artiste : il cherche à produire des ouvrages accomplis au point de vue iie la forme, au point de vue de la peinture de l'humanité, mais sans se préoccuper d'exercer aucune action. La seule ambition d'un Corneille, d'un Racine, d'un La Foniaine, c'est d'écrire de~ chefs-d'œuvre. Cette ambition, Voltaire ne l'a pas mous. Il convoite la gloire, et la gloire immortelle. Il veut que de siècle en siècle son nom soit répète par les générations des hommes. Pour y atteindre, il tentera toutes les voies ; aucun effort ne lui coûtera. Par un travail incessant, il portera à chaque édition ses livres au degré de perfection dont il est capable. Mais produire une œuvre d'an achevée ne lui suffit pas. Il n'est point un homme de lettres désintéressé. 11 se considère comme un apôire, comme un soldat. Sa plume est avant tout une arme mise au service d'une cause. Quand il écrit, c'est pour défendre certaines idées, c'est pour en attaquer d'autres. S'il souhaite d'être admiré, il tient plus encore à vaincre. Il portera dans ses ouvrages dramatiques, dans ses livres, dans ses poèmes, toutes les passions qui l'agitent et qui agitent ses contemporains. Il sent que le talent est lai aussi une force, qu il se livre d'autres batailles en ce monde que celles qui se décident l'épce à la main, que l'opininn est une puissance, la plus grande de toutes désormais, et qu'il peut gagner devant ce tribu.ial les causes qui lui t ennenl à cœur. Loin de l'efl'rayer, la lutte l'attire. 11 pourra un jour prendre cette devise : «Ma vie est un combat. » ÛErft/je avait été sa première bataille contre ce qu'il appelait « le fanatisme».LaZ/evi-zade étaitune seconde bataille contre le même ennemi et d'une bien auire importance.
A Londres, il ne se bornait pas à corriger et à imprimer la Hfwiade. C'est ici sa seconde jeunesse, sa seconde éducation ; et ici encore il faut s'arrêter un peu. Il en était à cette période de la vie où rien n'est plus fécond que d'ouvrir les yeux, de voyager, d observer, de rencontrer autre chose que ce que l'on a vu d'abord. Bien des préjugés d'éducation s'en vont à cette comparaison.
L'Angleterre était prospère sous le gouvernement parlementaire et modéré de la maison de Hanovre, elle développait cette richesse et cette activité qui devaient bientôt nous être si redoutables. Voltaire causa avec tout ce que Londres contenait d'hommes éminents. Il avait déji lu Bayle dans un séjour de courte durée en Hollande : ici il lut Locke ; il se forma une instruction scientifique au milieu des dsciples de Newton. Il prit là le culte de la liberté, le respect et l'amour de la science, le sentiment de ce que peut un homme qui a pour lui la volonté, l'énergie, le talent. Quand il revint d'Angleierre après trois années d'études, d'observations, de réflexions solitaires, il était tout entier lui-même. 11 ne lui restait p us qu'i faire son œuvre.
Il trouvait Paris bien changé et peu propice à son entreprise. On était bien loin de la licence et des audaces rie la régence. La réaction triomphait maintenant avec l'austère et triste Fleury, les freins étaient serrés. Un téraéraii-e s'exposait cette fois à un autre châtiment qu'à quelques mois de Bastille. Voltaire le vit à l'émoi causé par
la pièce de vers qu'il s'avisa de publier sur 1? mort d'Adrienne Lecouvreur, dont la bière venait d'être jetée au coin d'une borne; il le vit mieux encore à l'orage soulevé par le livre qu'il rapportait de Londres, ses Lettres anglaises, qu'il avait pris cependant la précaution de faire imprimer à Rome par les soins de Thieriot son ami. Il eut tout juste le temps de fuir devant une nouvelle prise de corps. Il avait connu les prisons d'État en sa jeunesse ; il ne se souciait pas d'être une fois de plus enseveli vivant. Il eût pu renoncer à écrire, se contenter de mener à Paris, comme tant d'autres, une vie de plaisirs et de divertissements, au milieu d'amis spirituels et de femmes élégantes: d heureuses spéculations l'avaient fait riche; le succès de r//is<')î/'e de Charles XIH[1SI), celui plus grand encore de ^nt)-e( 1132) l'avaient fait illustre; mais unevie d'oisivetén'était pas pour lui plaire. Il se sentait la main pleine de vérités auxquelles il voulait donner la volée. La mêlée avec ses émotions, ses aventures, ses périls même, l'attirait seule; la passion de la gloire s'ajoutait à cette ardeur. Il songea seulement à diminuer les périls dans la mesure où la chose était possible; Paris n'était pas décidément un lieu sûr pour un homme prêt à jouer le jeu auquel il était résolu. On y était trop près des griff'es de la police. C'est alors que Voltaire prend un grand parti. Il va se retirer à Cirey, au château de la marquise du Châtelet, son amie, à l'extrême lisière du royaume de France (17-3 'i). Pourvu, comme il l'est, de bons amis en haut lieu, il faudra bien du malheur pour qu'il n'ait pas toujours le temps de mettre la frontière entre une lettre de cachet et sa personne. Désormais il est libre et en sûreté.
Outre la liberté et la sécurité, il trouve là' une sûre affection : il y trouve surtout le repos et la paix, si utiles à l'écrivain qui veut produire. Ses journées, que n'envahissent plus les importuns, que ne dévorent plus les distractions, lui appartiennent. 11 écrii. à Paris, chaque jour, et en reçoit des nouvelles, il se tient au courant des intrigues politiques aussi bien que des incidents littéraires; il est en correspondance avec les hommes les plus éminents de tous les pays; il reçoit les visites de ses amis et des voyageurs illustres qui tiennent à se faire présenter à Cirey : il travaille surtout.
Le théâtre est pour l'instant sa grande préoccupation. Un goût vif qui a commencé dès l'adolescence, qui durera autant que sa longue vie, l'entraine de ce côté ; les succès qu'il y remporte ne font qu'affermir cette vocation. En Angleierre, il a lu Shakespeare ; s'il n'en a pas compris toute la puissance et accepté toutes les hardiesses, s'il estime qu'il y a seulement quelques perles à tirer du fumier de cet autre Ennius, il a senti du moins que ce barbare est un génie; à côté de la tragédie de Corneille et de Racine il entrevoit une tra.'édie nouvelle qui prendra plus librement ses sujets dans tous les temps et dans tous les heux, où l'action tiendra plus de place, où les décors, les costumes, les coups de théâtre saisissants, tour à tour exciteront la curiosité du spectateur, ou soulèveront en lui des émotions profondes. Tantôt il imite Shakespeare, tantôt il le traduit en 1 emondant, tantôt il s'eff'orce d'être lui-même original. Le théâtre, avec les applaudissements, donne la gloire, et fait voler un nom de bouche en bouche : comment mieux acquérir que par le théâtre ce rang glorieux, cette popularité à laquelle il aspire et qui serviront ensuite à tout ce qui" entreprendra? Enfin le théâtre n'est-il pas uni tribune la plus haute, la plus retentissante seule qui soit libre en ce moment de compression politique-? Quel chemin ne fait pas dans les espriis une pensée hardie, lancée au parterre par la voix d'un auteur admiré? Ce qu'on ne permet-
VOLTAIRE
VOLTAIIIE
trait pas h un écrivain do dire en son propre nom, dans un livre dont il est responsable, commont l'empÈclier de l'exprimer sur la scène par la bouclie de quelque personnage antique ou moderne derrière li'qnel il peut toujours s'abriter? Si le personnape couvre l'auleur vis-i-vis des censeurs, le public ne se trompera pas à l'artifice ; c'est l'autour qu'il reconnaîtra, ce sont ses idées qu'il acclamera et qu'il répétera le lendemain. Ainsi se succèdent Alziie (1730), Ma/iomet (1741), que le poèto osera dédier au pape lui-même. Mérope (17-43), et tandis que la foule acclame l'Euripide moderne, le troisième grand tragique français, l'émule de Corneille et de Racine, c'est la philosophie môme du xviii" siècle qui monte sur la scène, et en de longues tirades que le tem|is a refroidies, mais qui alors vibraient ^ toutes les oreilles, harangue le peuple comme le jioète athénien dans les parabases de la comédie ancienne.
Ce n'est pourtant là qu'une partie de son labeur. Sa prodigieuse activité a besoin de se dépenser de vingt façons à la fois et s'exerce en tons gejires. lia installé i Cirey un laboratoire, il se livre à des études mathématiques : il envoie à l'Académie des sciences des mémoires sur des questions de physique. Il expose et vulgarise le système du monde deNewton. Il écrit des contes en vers, des épîircs, des poésies fugitives, desépigrammes,des satires ; il lance des pamphlets mordants contre ses adversaires littéraires ou autres. (;e ne sont là que des distractions. L'ne autre étude l'a saisi qui ne le passionne pas moins que le théâtre: l'histoire. Dès sa jeunesse l'histoire l'a attiré, le jour où il a écrit la. Hejiriai/e qui est moins une épopée qu'un récit. Il entrevoit une histoire, non plus oratoire ou naïve comme celles de Mézeray, de Vertot ou de Rollin, mais une histoire préoccupée surtout d'être vraie, de l'aire comprendre les événements, d'expliquer leurs origines et leurs suites nécessaires, qui montrera partout, non plus le doigt de la Providence comme VHisloire uniierselle de Bossuet, mids seulement des hommes aux prises avec leurs passions et leurs ambitions diverses, et des causes naturelles donnant la raison de tout. Il no s'agit plus ici simplement, comme dans ses œuvres dramatiques, d'un genre littéraire, la tragédie, à transformer et à r;ijennir. C'est un genre littéraire à créer. Il crée 1 histoire moderne, et servira de modèle à tous ceux qui le suivront. Dans ce sentiment il a déjà publié son alerte récit de la vie de Charles XII, dont il a entendu parler à Londres par tant d'hommes de guerre et de diplomates. Il conçoit maintenant le projet d'écrire l'histoire du grand roi dont il a vu les derniers jours, et avec son histoire celle du siècle glorieux auquel Louis XIV a donné son nom. H interroge tous les témoins survivants, il consulte tous les mémoires. Il va donner, en quelques contâmes de pages, la substance de celte vaste enquête où rien n'est oublié, des événements de la guerre et de la politique au tableau des mœurs, de la cour aux questions de commerce, aux con troverses religieuses. Et ce n'est pas tout encore : uri plu.s vaste dt-ssein l'a tenté. Il se propose d'écrire l'histoire universelle depuis Charleraagrie jusqu'aux temps présents, de montrer ce mouvement uriiversel, ce progrès -de l'humanité qui à la barbarie du moyen âge a fait succéder la Renaissance, a produit enfin cette civilisation moderne qui n'est pas un déclin, qui est une aurore se levant sur le monde. Le héros de ce livre, ce sera non pas la l'rovidcnce, mais la raison, mais l'humanité. La même cause que le poète défend au ;hêatre, l'Instorien la défendra; le môme ennemi lue le poète combat, l'historien le combattra lui ussi. L'œuvre calme de la raison soutiendra et îomplétera l'œuvre de l'imagination.
Tel fut pendant près de dix années le repos fécond
do Voltaire. Une amitié aussi prudente que vigilante s'applii|uait sans relâche à tempérer ses audaces, à lui épargner les péi-ils. Mais, quels que fussent les efforts de la prudence, rien ne pouvait sortir de sa plume où le salpêtre ne grondât. Chaque livre, chaque brochure, môme publiée à l'étranger, même anonyme, était l'objet d'une alarme. Un jour l'alarme lut plus vive. Voltaire franchit la frontière et se retira en Belgique, puis en Hollande. 11 ne devait plus de longtemps retrouver la paix. Il est permis de penser ([ue son humeur aventureuse ne le regrettait pas. Pres(|ue en ce même moment la mort de Frédéric-Guillaume l" appelait au trône de Prusse Frédéric II, que Voltaire avait connu prince héritier, dont il avait accepté de retoucher et de publier VAnti-Machiavi:l. Le jeune roi appelle Voltaire à sa cour, et Voltaire fait un premier voyage à Berlin. Ce n'était pas sa vanité seulement qui était flattée de l'amitié d'un roi, d'un roi philosophe, d'un roi presque son disciple. Une protection royale en ce temps de société aristocratique, c'était pour un homme de lettres comme une consécration officielle du talent. Il avait beau faire, en effet, êire l'auteur le plus lu, le poète le plus acclamé : cette consécration en France lui avait toujours manqué. Il l'avait souhaitée de longues années sans la pouvoir obtenir. Il avait mal débute, par la Bastille; il avait débuté en frondeur, en pamphlétaire, en aventurier de lettres; Fleury ne l'aimait point, le jeune roi moins encore; avec toute sa renommée il lui manquait l'autorité, la surface, la considération. Il restait pour beaucoup ce qu'il était pour Saint-Simon, CI un certain Arouet devenu on ne sait commont une manière de personnage. •> Les sourires de la cour de Versailles lui vinrent quand on le vit caressé par Frédéric. Voltaire put rentrer à Paris qu'il n'avait pas vu depuis dix années. On lui confie une mission diplomatique auprès du roi de Prusse, que les intérêts de la guerre de la succession d'Autriche rapprochent de la France (1743). Il réussit, et reçoit en récompense le titre d'historiographe du roi. Puis il devient pour un moment le poèie officiel, le Benserade des fêtes de M"" de Pompadour h laquelle il a plu; il est chargé d'ccriri! une pièce de circonstance pour le mariage du Dauphin (1745). Les biens et les honneurs pleuvent sur lui, selon son expression, pour une farce de la foire : il est fait gentilhomme de la chambre, et en n<0 entre enfin, à l'âge de cinquante-deux ans, à l'Académie française dont l'hostilité de Fleury lui avait jusque-là fermé les portes. Le voilà un personnage presque officiel; ce serait chose difficile désormais que de touchera sa personne, de lancer contre lui une lettre de cachet pour un simple méfait de plume.
Celte faveur pourtant n'est pas de longue durée : ni Voltaire ne plaît longtemps à la cour, ni la cour, avec ses contraintes, ne lui plaît longtemps. Le roi n'a pas pardonné au poète d'avoir oublié l'étiquette après la représentation du Triamphcde Trajan et de s'être permis de murmurer : « Trajan estil content 1 » Louis XV d'ailleurs n'aime pas les railleurs et les sarcastiques. Voltaire de son côté ne pouvait demeurer à la cour sans mettre un frein tout à la fois à sa langue et à sa plume, et ce qui plus que tout lui tient au cœur, c'est de parler, c'est d'écrire librement. Sur ces entrefaites, la marquisedu Châtelet meurt (1749). Voltaire se décide alors à se rendre auprès de Frédéric qui l'appelle : il quitte délinitivement Cirey pour Berlin. Le voilà chambellan et secrétaire du roi de Prusse, tout chamarré de croix. Tnut est plaisir d'abord. 11 travaille, il publie, .sans avoir à redouter ni censuri-s ni arrêts du parlement, et son Siècle de Louit XIV, et cette histoire universelle qui l'occupe depuis si longtemps déjà et qu'il intitule : Essai sur les mœurs des nati'ms. Mais la familiarité avec un
VOLTAIRE
— 2UÙ
VOLTAIRE
monarque, mémo lorsqu'il se dit philosophe, n'est jamais longtemps sans tourner à la servitude. Ce n'est qu'à distnnce (|UQ la royauté et le génie peuvent traiter d'égal à égal. L'ne première rupture arrive, que suit une réconciliation. Une seconde brouille irrémédiable suit bientôt. Voltaire rompt le collier d'or qui l'enchaîne, il s'enfuit. La force armée court après lui pour lui reprendre les manuscrits du roi qu'il emporte et avec lesquels il comptait peut-être divertir les rieurs. Il est bien guéri cette fois d'approcherles puissants. Il n'aura plus désormais d'autre maître que lui-même. Il erre quelques années en Alsace^ en Suisse: il se fixe enfin, aux Délices d'abord près de Genève, à Fernry bientôt; là vont s'écouler les dernières années de sa vie, les plus remplies de toutes par le travail, les plus fécondes pour l'action.
Ici comme à Cirey Voltaire se sent en sécurité. 11 a soixante ans sonnés, et sa gloire le protège. S'il en était besoin, les frontières le protégeraient aussi. La Suisse est h deux pas, et aussi la Savoie, et l'Italie aussi.
A soixante ans la vie ordinaire d'un homme est finie. Il a fait l'œuvre qu'il était capable de faire, ou ne la fera jamais ; sou énergie est épuisée, il ne fait plus que se survivre et attendre la mort. Mais si, par hasard, h soixante ans il a garde toute l'énergie d'un jeune homme, si la vie continue à déborder en lui, nul âge n'est aussi propre à l'action féconde. Il en a fini avec les plai-irs et les passions. Il a acquis l'expérience de toute une vie ; il est en possession de toutes ses idées. 11 sait pleinement ce qu'il veut. Il sait aussi où il faut porter les coups, et comment on peut les porter les pins sûrs et les plus redoutables, (ju'est-ce donc lorsque cet homme est le plus éclatant génie de son siècle, lorsque quarante années de triomphes et de gloire ont tourné vers lui tous les regards, lorsque avec le double prestige de la renommée et de l'âge il apparaît comme le chef autour duquel tous n'ont plus qu'à se ranger, lorsqu'entre le général et ses lieutenants aucune question d'amour-propre, aucune jalousie ne peuvent plus surgir ? Tel fut Voltaire durant ses vingt dernières années. N'ayant plus rien à ménager, parce qu il n'ambitionne plus rien pour lui-même, n'ayant rien à reiiouter du gouvernement, mieux qu'indépendant, plus que riche pour l'époque, il ne vivra plus que pour son oeuvre. Que l'on soit des amis ou des ennemis de cette œuvre, personne ne méconnaîtra du moins que c'est là un grand spectacle, un de ceux qu'offre rarement l'histoire, celui d'un homme comblé de tous les dons de la fortune, arrivé à l'âge du repos, qui pourtant ne veut point de repos et pour ainsi parler recommence alors une vie nouvelle.
Des temps nouveaux étaient venus; une génération nouvelle avait remplacé la génération, jeune en ni5, qui avait eu pour chefs Voltaire et Jlontesquieu. Buflfon, d'Alembert, Diderot, Rousseau, Condillac, Helvétius, d'Holbach, Condorcet étaient apparus. La génération nouvelle était née à la vie dans une heure heureuse. La victoire de Fontenoy avait rendu à la France la coiifiance en ellemême. Les idées de Voltaire et de Montesquieu, en dépit de toutes les contraintes et de toutes les atténuations imposées par la censure, faisaient leur chemin dans les esprits. Un incomparable élan poussait les intelligences vers toutes les recherches libres de l'histoire, de la science, de la philosophie. On sentait approcher une ère nouvelle, en qui tous espéraient. Chaque jour ébranlait un préjugé, s;ipait un abus de la vieille société française. Le mouvement du siècle, un instant entravé par la réaction du ministère Fleury, reprenait appuyé dune poussée irrésistible. Les femmes ne se montraic'nt pas dans cet entraînement généreux moins ardentes que les hommes. M°" de Pompa-
dour, pour mieux résister au parti dévot de la reine et du dauphin, affichait ses sympathies pour les philosophes. Le roi indolent laissait faire malgré d'instinctives répugnances. Le premier effet de ce mouvement, ce fut l'entreprise de VEncijcIopétlie. Elle reliait dans une œuvre commune tout le parti des esprits forts ; elle devait être un puissant instrument de propagande aux mains des philosophes, elle devait être comme le manifeste de la philosophie. Voltaire avait certainement approuvé l'entreprise. Il lui apporta son concours actif. On connaît ces articles si vifs, si légers d'allure, si hardis au fond, qui réunis ont formé plus tard le Dictionnaire pliUosophique .
Appuyé sur toute une génération nouvelle animée de son esprit, comme lui batailleuse, résolue, prête à tous les combats et qui se sent sûre de vaincre. Voltaire accepte ce rôle de général en chef, de conducteur de toutes les attaques.^ II renonce à tous les ménagements auxquels il s'était astreint jusqu'ici, il pousse droit à celui qu'il appelle l'ennemi, l'infâme, la superstition. Pas une heure il ne s'abandonne. Tandis qu'il entretient la plus vaste correspondance avec Paris et l'étranger, tandis qu'à deux cents lieues il se tient mieux au courant des moindres événements, des moindres cancans de la grande ville que le plus informé des Parisiens, tandis qu'il emploie son crédit, ses relations, son autorité, sa diplomatie, sa fortune même, à soutenir ses amis, à les réconforter dans les défaillances d'une lutte longue et non sans périls, à les secourir dans les épreuves, c'est sa plume surtout qu'il met chaque jour avec une infatigable ardeur au service de la cause commune. Absent, il est présent à toute heure, le premier à la brèche partout où il faut donner l'assaut. Au théâtre il continue à se faire applaudir, à prêcher la philosophie. Il divertit Paris de ses épitres, de ses épigrammes, autant que de ses lettres qu'on colporte do salon en salon, ."ilais ce n'est là que l'accessoire ; sou génie littéraire s'est transformé : ce qui attire maintenant son imagination, ce n'est plus la tragédie, c'est le roman, c'est le conte philosophique, dont il avait déjà essayé avec ZwHij et Mici-uinéi^as, et qui sous la l'orme la plus légère, la plus aimable, la plus licencieuse quelquefois, va répandre et semer partout la pensée la plus hardie. Et Candid'-, et VHomine aux ijuamnte écus, et Vlnymu, et la Princesse de [SaOïjlone, et tant d'autres récits ailés s'envolent de sa solitude, et vont partout l'aire ce qui est pour lui la bonne guerre. Il la fait plus directement encore. Chaque jour, c'est une fantaisie, un dialogue, une légende, un pamphlet, une facétie qui, pareils à des flèches mortelles, vont atteindre un ennemi ou un autre, rendre un coup terrible pour une persécution, livrer un adversaire au ridicule ou le uoter d'infamie. Tout cela est court, léger, souriant, et n'en est que plus redoutable. Ces pamphlets. Voltaire les publiera sous le voile de l'anonyme ; il les désavouera au besoin, mais à ces désaveux personne ne se trompera. Son style ne le trahit-il pas dès les premières lignes'? Malheur à qui, gazetier, écrivain, savant, homme politi(iue, touchera à la cause (lui lui est chère Illustre ou obicur, il paiera cher sa témérité. Voltaire, qui dort deux heures chaque nuit, a du temps pour s'occuper de tous, et de 1 esprit pour faire face à tous.
Une chose lui manquait encore : cette chose si grande qu'on appelle en France la considération. On admirait le poète, Ihistorien, le conteur, ou redoutait le polémiste aux traits impitoyables. Tout en proclamant le génie, beaucoup relusaïuut à l'homme leurs sympathies. Tout en se divertissant aux saillies d'un pamplilétaire, notre pays a quelque difficulté à l'estimer. Ce qui lui manquait, Voltaire va l'acquérir. Un jour arrive à Ue-
VOLTAIIIE
VOLTAlUli
nève la famille d'un protestant de Toulouse, accuse d'avoir pendu son fils qui voulait so convertir au catholicisme. Il a été condamné par le Parlement à être roué, l'arrêt a été exécuté malgré les protestations d'innocence du condamné. 11 faut obtenir à Paris la réhabilitation de la mémoire de Calas, la restitution à la famille des biens conlisr|ués. Voltaire prend feu. Il s'agit là tout à la fois d'une injustice h réparer, d'une victoire à remporter sur le fanatisme. Il se fait l'avocat de la famille Calas : il publie mémoire sur mémoire, il met en œuvre toutes les influences dont il dispose. Par son éloquence, par la contagion de son indignation sincère, il intéresse l'Europe entière à la cause do Calas. Après trois années de lutte il triomphe enfin, il obtient justice. La mémoire de (;ahis est réhabilitée.
Dès lors, Voltaire n'est plus seulement le grand écrivain tant applaudi, si justement admiré : il est mieux que cela. Il est l'arduntami de l'iiumanité, le protecteur des malheureux, le réparateur des injustices, le cœur noble et sensible entre tous. Après Calas Sirven, après Sirven le chevalier de Labarre et d'Etallonde, après Labarre et d'Etallonde Lally-ToUendal, deviennent ses illustres clients. La persécution religieuse, la passion politique ne font plus une victime sans que tous les regards so tournent aussitôt vers Voltaire comme vers le défenseur attitré des malheureux, le grand réparateur des torts, le chevalier sans peur toujours prêt i croiser la lance pour la bonne cause.
Nul écrivain n'obtiendra jamais, comme récompense d'une longue vie de travail et d'efforts, dix années comparables à ce que furent les dix dernières années de Voltaire. Désormais il n'est plus discuté ni contesté par personne. Il est le patriarche de Ferney, il est le roi Voltaire. Pour la première fois, dans l'iiistoire de l'humanité, on voit un homme de lettres devenir, par la supériorité de son génie et la force de l'opinion, un véritable souverain, plus puissant, plus écouté que le roi de France lui-même. Ferney est devenu un lieu do pèlerinage, l.h tous les étrangers illustres qui visitent la France désirent être accueillis : là tous les jeunes gens qui aspirent h quelque gloire littéraire vont en quelque sorte demander leur brevet d'homme de lettres. Une statue par souscription est offerte au grand poète, Pigalle le sculpteur est charge de l'exécuter. Une lettre de Voltaire devient la plus puissante des recommandations, soit pour un emploi, soit pour l'entrée dans les salons. Un ministre tombé se console en recevant les félicitations de Voltaire; un ministre qui prend le pouvoir se sent fortifié par son apptii. Il entretient une correspondance avec tout ce qui pense à Paris et en Europe. Les souverains do tous les pays, depuis le roi de Prusse avec lequel il s'est réconcilié, depuis Catherine de Russie, le traitent comme un égal, disons mieux, so font ses courtisans. C'est h qui, parmi les têtes couronnées, obtiendra de lui la faveur d'une épitre en vers. C'est lui (|ui distribue les distinctions aux majestés, bien loin d'en recevoir d'elles. Nous voili aux antipodes des gens de lettres pensionnés du xvii" siècle. Cette haute situation ne le satisfait pas cependant, pas plus qu'elle ne le grise. A quatre-vingts ans passés son activité ne s'est pas ralentie. Toujours maladif et cliétif de corps, il produit sans relâche, il écrit sans cesse. 11 envoie sans relâche, à Paris, par toute l'Europe, ses pamphlets, ses petites brochures hardies, incisives, railleuses, qui ne cessent de harceler le même ennemi.
Il avait quatre-vingt-trois ans. Il voulut revoir la grande ville où il était né, où il n'était pas rentré depuis trente années, pour laquelle il écrivait sans cesse, où de cœur et d'esprit il habitait
toujours. 11 se décida, i la fin de 1717, à faire ce grand voyage de Paris. Ce fut un long triomphe que cette visite. Franklin lui amène ses petits-enfants à bénir. L'Académie française accueille Voltaire comme un souverain et le nomme par acclamation président d'honneur. La Comédie-Française représente h ni':. A la fin de la représentation une couronne d'or est offerte au poète: « Français, s'écriait Voltaire, vous voulez donc me faire mourir de plaisir ! »
Il en devait mourir en effet. Il n'était plus d'âge à supporter tant d'émotions. Il meurt à Paris le 30 mai 1778. Sa mort est l'occasion d'un scandale. Le clergé lui refuse la sépulture chrétienne. Son neveu, l'abbé Alignot, fut contraint d'emporter le corps en province et de le faire ensevelir dans son abbaye de Sccllières (Aube^. Il n'y devait pas demeurer longtemps. En 17!)!, l'Assemblée nationale ordonnait la translation des restes de Voltaire au Panthéon. La cérémonie fut solennelle et magnifique. On sait comment, en I8H, la sépulture de Voltaire fut, aussi bien que celle de Rousseau, violée une nuit par des fanatiques, et les restes du philosophe jetés dans un champ désert. Un de ceux mêmes qui avaient accompli cette violation sacrilège d'une tombe en a raconté tous les détails. La France n'a gardé de Voltaire que son cœur, qui avait été embaumé à part, et qu'en 18u4 le petitfils du marquis de Villetle a remis à M. Duruy, alors ministre de l'instruction publique, pour être conservé à la Bibliothèque. Qu'importe au surplus'? Un grand homme n'est pas dans ses ossements destinés à se réduire en poussière : il est dans ses œuvres que personne ne peut détruire, il est dans son génie que personne ne peut supprimer, il est dans son action que personne ne peut ni effacer ni empêcher de se poursuivre. On lit toujours Voltaire, on admire toujours son génie: si l'en veut mesurer la puissance de son action, un mot suffira : c'est qu'après cent ans sa mémoire soulève encore presque autant d'enthousiasmes et de haines que lui-même en excita parmi ses contemporains.
Si l'on entreprenait, en finissant, de juger Voltaire, bien des choses seraient h. dire, et la part de la critique serait considérable à coup sûr. Le goût littéraire du xix= siècle n'est plus celui du xviii", et bien des œuvres de Voltaire ont vieilli qu'il considérait sans doute comme ses titres les plus solides à la gloire. Nous admirons le prosateur plus que le poète, l'historien et le conteur plusquele dramaturge ou l'auteur de la Uenriaile. Bien des querelles passionnées, bien des polémiques ardentes se sont refroidies, et nous ne nous intéressons plus aujourd'hui aux luttes de Voltaire et de Rousseau, ni à Fréron, ni à Larcher, ni à Lefranc de Pompignan, ni à Nonotte ou à Patouillet. Ces débats sont entrés dans la grande paix de la tombe. Il est difficile d'admirer Voltaire tout entier; son excessive irritabilité d'humeur, ses excès tour à tour dans l'adulation ou l'épigram me, ses complaisances singulières souvent aussi peu justifiables que ses violences, ses rancunes, ses brouilles et ses réconciliations, ses étroitesses d'esprit jointes à tant d'intelligence, sa façon sommaire et mesquine d'expliquer par le lanatisme et la superstition l'origine ou la durée de la religion, son incapacité à dépouiller l'homme de son siècle pour expliquer et comprendre l'histoire du passé, son dodaiii pour le peuple, son guût pour la licence et l'obscénité, ces faiblesses, quelquefois ces vices nous étonnentet nous offensent. Nous ne pouvons nous empêcher d'être sévères, et nous le sommesjustemcnt. lliinporte denedissimuler, même lors(|u'il s'agit des plus grands hommes, ni les défaillances du caractère ni les lacunes du génie. Mais quand on aura confessé tout cela, il n'en faudra pas moins reconnaître que Voltaire
VOLTAIRE