II. GliOnMArillE ACUICOLE F.T I.N'DISrniEl.l.E. — Itii
f/iiiiis iii/rirole.'i, Ari/rniK^t. — Les Ardonims sont couvertes de forùts, au milieu desquRllos s'ctenili'iit dos clairières marécageuses, appelées /'«(/«ei, qui ne produisent que do la tourbe. A force d'amendements, lii culture y fait toutefois quelques progrès et les moutons y trouvent do bons pâturages. Mais c'est la partie du royaume la moins peuplée lit; liab. par kilom. dans le Luxembourg), celle où les terres labourables occupent la moins forte partie du sol (22 % dans le Luxembourg) et où les terres en général atteignent la moins grande valeur vénale. Le nom de Famenne, qui s'applique à tine partie de cette région, rappelle la famine à laquelle on y est souvent soumis. Des hauts plateaux des Ardenncs, on descend à laSambre par le pays de Condmz, qui sert d'intermédiaire entre les Ardennes et la Belgique centrale.
lléi/io7i innnnonse. — L!i s'étend une large bande, limitée au sud par la Sambre et la Meuse, et qui touclie au nord les villes d'IIasselt, Lou'vain, Alost, Courtrai. Le sol y est recouvert d'une couche de limon généralement épaisse de plusieurs mètres et excessivement fertile.
liégion sabionneuse . — Au nord de cette région, la Cnmjjinn occupe une vaste plaine sablonneuse, en grande partie occupée par des landes et des bruyères.
Sur la rive gauche de l'Escaut, le sol est encore sablonneux, mais transformé par les soins de la culture en un riche jardin. C'est le pai/s de Waes, dont la ville de baint-Nicolas est la principale localité.
Polders. — Au nord du pays de Waes s'étend la région des polder':. Ce sont dos terres basses et unies, sur lesquelles chaque marée refoulait les eaux de l'Escaut. Fertilisées par les dépôts du fleuve, elles sont devenues d'excellents pâturages, i|uand elles ont été mises à l'abri des inondations de l'eau salée à l'aide de digues.
Productions agricoles. — La Belgique est fort bien cultivée. Les bois n'y occupent que la sixième partie du territoire, les bruyères la dixième, les terres en jachères la trentième. Les Flandres, le Brabant, le Hainaut sont les provinces les plus fertiles. Elles produisent surtout des céréales, du chanvre, du lin, du colza, des betteraves, des pommes de terre et du houblon. Cependant la Belgique ne récolte pas assez de blé pour nourrir sa nombreuse population. Elle est obligée d'en tirer du dehors, ainsi que du sucre de betterave, et des vins. La vigne n'y mûrit que sur un petit nombre de points, et la bière est la boisson la plus répandue. Louvain et Bruxelles renferment les brasseries dont les produits sont le plus estimés. Les Belges sont aussi grands consommateurs de cafc, ou plutôt de chicorée. Malgré la grande consommation de lin que font leurs fabriques de dentelles et de toiles fines, ils produisent cette plante textile en surabondance, et elle fait l'objet d'une ex|)ortation considérable.
Bestiaux. — Les prairies sont étendues en Belgique et n'ont pas à redouter, aussi souvent qu'en Erance, les inconvénients de la sécheresse. Les Flandres nourrissent des vaches de grande taille et des chevaux forts et vigoureux. Dans les Ardennes, on élève des moutons et des porcs dont la chair est estimée, et des chevaux petits, mais très résistants à la fatigue.
Productions minérales. Houille. — « Comparée aux autres contrées de l'Europe, la Belgique est celle qui, toutes proportions gardées, consomme et exporte la plus grande quantité de combustible minéral. » (Du Pays.) En IST5, les mines de houille de la Belgique ont produit plus de 15 millions de tonnes, valant près de 230 millions de francs, et cxploiiées par plus de cent mille ouvriers.
Ces raines se partagent entre trois bassins, ceux
de Mons, de Charleroi et do Lirge, qui relient le bassin français de Valenciennes à celui d'Aix-la- Clnqxille, dans la Piusse Illiénane Les couches y sont très nombreuses et fournissent des charbons de variétés très diverses, convenant à tous les genres d'industrie.
Mines méttdliques. — On trouve aussi en Belgique des minerais de fer, de plomb et de zinc. Ces derniers forment à Moresnet, sur la limite de la province de Liège et de la Prusse Rhénane, le gîte célèbre de la Vieille- Montagne.
Carrières. — 25,000 ouvriers exploitent 20P0 carrières dont les produits sont estimés Ji une quarantaine de millions. Les plus recherchés sont les marbres noirs de Nuinw, les marbres gris et blancs de Sainte-.-ltme, près de Thuiii (sur la Sambre, entre Charleroi et la frontière française), et les pierres calcaires d'un gris bleuâtre tirées des environs do Soigriies (entre Bruxelles et Mons), qui sont employées ;\ Bruxelles pour les constructions de luxe.
Industrie. — Grâce k l'abondance de la houille et à la facilité des transports, l'industrie est fort développée en Belgique.
Usines métallurgiques et verrerifs. — Un grand nombre de hauts-fourneaux, de fonderies, do fabriques de fer et d'usines i ouvrer le fer, sont groupées autour des puits de mines, ou au milieu des forêts des Ardennes, où le charbon de bois leur sert de combustible. Liège est renommé depuis fort longtemps pour ses fabriques d'armes, dont les produits sont exportés dans le monde entier. Les usines de Serning, situées sur les bords de la Meuse, à quohiues kilum. en amont de cette ville, fabriquent des machines ; Hriixelles, des voitures et du matériel do chemin de fer. La clouterie est très répandue dans les environs de Charleroi et de Liège; les verreries groupées autour de Mons et de Charleroi fabriquent chaque année pour une quarantaine de millions de produits.
Les établissements de la Vieille-Montag7te, situés aux portes de Liège, traitent une très grande quantité de minerais de zinc apportés d'Espagne, de Sardaigne et autres provenances, et livrent cft métal au commerce sous toutes les formes que réclame l'industrie.
Enfin il y a aussi en Belgique des aciéries et des usines à cuivre ou à plomb, des faïenceries et des fabriques de glaces rivales de celles de Sainl- Gobain.
Manufactures. Etoffes de laine. — Le travail de la laine a fait la fortune de la Flandre au xii" et au xiii'= siècle. Aujourd'hui son centre est à Vfrviers, entre Liège et Aix-la-Chapelle. Les fils, les draps et autres étoffes de laine, atteignent annuellement une valeur de 80 i. lOu millions. Les tapis de Hriixelles étaient autrefois très renommés; aujourd'hui ceux de Tournaij, et surtout de Matines, sont magnifiques.
Toiles et dentelles. — C'est l'industrie qui occupe le plus grand nombre de bras. Le lin n'est plus file seulement à la main, mais aussi à la machine, et sort h. fabriquer des toiles fines et des dentelles. Il y a au moins 100,000 femmes occupées comme dentellières. C'est un métier qui no rapporte que quelques sous par jour, mais auquel s'emploient avec succès les mains les plusdébiles, les enfants, les femmes âgées ou infirmes, et qui peut s'allier aux soins du ménage et aux travaux des champs. Bruxelles, Ypres et Matines sont les principaux centres de fabrication.
Filatures de colon. — Gand a des filatures mécaniques pour travailler le coton d'Amérique.
Canaux et chemins de fer. — La Belgique jouit d'un réseau étendu de voies navigables, 1,000 kilom. sur les rivières naturelles : des canaux profonds donnent accès aux navires do mer jusqu'à Gand>
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Bruxelles et Malines. Des canaux ordinaires relient entre eux la Meuse et l'Escaut à travers la Campine, sillonnent les Flandres et le Hainaut, et se rattachent i ceux du nord de la France.
La Belgique est en tête de tous les Etats de l'Europe sous le rapport du développement des chemins de fer, comparé à la superficie du territoire qu'ils desservent. A la fin de 1870, le réseau comprenait 3,589 kilom.en exploitation, ou 1,218 kilom. en moyenne par lO.OÛD kilom. de superficie. C'est trois fois autant qu'en France, à surface égale. La Grande-Bretagne elle-même n'est pas aussi bien desservie.
Ports et commeri e maritime. — La côte de la mer du Nord est basse, sablonneuse, et le vent y accumule des r/iufs, dont le progrès incessant vers l'intérieur menaçait le pays tant qu'on ne les eut pas fixées par des plantations comme dans nos landes de Gascogne. Le seul port est Ostem/e, plutôt fréquenté comme séjour de bains de mer que comme port de commerce. C'est le point de départ de paquebots pour l'Angleterre, et ses parcs aux huîtres engraissent des mollusques péchés sur les cotes d'.\ngleterre et fort appréciés des gourmets.
.'hivers est en réalité le seul port de commerce de la Belgique. Ses armateurs ne possèdent encore qu'une flotte assez faible. Mais le trafic fait d'énormes progrès depuis quelques années, .envers reçoit non-seulement les laines de la Plata ou de r.iustralie qui doivent alimenter les métiers de Verviers, mais les matières premières que réclament les filatures de la Prusse Rhénane, de la Suisse et de l'Alsace. De ce côté, il fait concurrence à notre port du Havre, qu'il dépasse maintenant en importance. Anvers est en outre le premier entrepôt de l'Europe pour l'iiuile de pétrole, très répandue comme mode d'éclairage dans .l'Europe centrale. Chaque année il entre dans le port d'Anvers 0000 navires et plus de 2 millions de tonnes de marchandises. Et ces navires trouvent dans les houilles et les produits de l'industrie belge un fret avantageux de retour.
Commerce tntal. — Tant en importation et exportation pour son propre compte, qu'en commerce de transit, la lîelgique fait cliaque année pour i milliards et demi d'affaires. C'est un des pays du monde les plus actifs sous ce rapport ; aussi est-ce celui où les lignes télégraphiques sont le plus multipliées et celui où la correspondance est le plus active et desservie par le plus grand nombre de bureaux de poste.
C'est avec la France que la Belgique fait le plus d'affaires ; le tiers de son commerce extérieur est dirigé de ce côté. Puis viennent l'Angleterre, la Hollande, l'Allemagne, la Russie, les Etats-Unis d'Amérique.
A l'importation, ce sont les objets de consommation, les textiles comme le coton, la laine, le chanvre, et les métaux, qui l'emportent en importance. A l'exportation, ce sont la houille et les objets manufacturés.
ni. GÉOGRAPHIE POLITIQUE. — Ethnographie. Les Belges appartiennent à deux races distinctes, les Flnnands et les Wallons. Les premiers occupent les Flandres, la province d'Anvers, le Limbourg, et le nord du Brabant; les Wallons, le reste du pays, sauf quelques cantons voisins de la frontière prussienne habités par des Allemands.
Les Wallons sont les descendants de ces anciens Belges qui combattirent contre César, et dont la nationalité s'est mieux conservée sur les plateaux de l'Ardenne que dans les plaines ouvertes de la Flandre. Leur langage se rapproche du patois du j nord de la France. t
Les Flamands au contraire sont arrivés à la suite des invasions germaniques, et leur langue I
S!^ — BELGIQUE
se rapproche du hollandais et dos autres langues de même origine.
Les Wallons, moins nombreux que les Flamands, forment 4"; "/„ de la population, les Flamands h'i " „, et les ,\llemands 1 % seulement.
C'est dans le Luxembourg et les pays wallons en général que l'instruction est le plus répandue.
Gouvernement. — et Les Belges sont tous égaux devant la loi ; trncs les pouvoirs émanent de ta nation. » Telle était l'inscription placée à l'entréa du pavillon belge de l'Exposition universelle de l,s7S, et qui donne une idée exacte de ce gowvernomeM monarchique mais strictement /«>•- /emenlaire. Il y a deux chambres législatives, le sénrit et la clmmljre îles représentants, nommées dans des conditions différentes par les électeurs.
Administration. — Le royaume est partagé en 9 provinces : les deux Flandres, le Brabant, le Hainaut, le Luxembourg, le Limbourg, Anvers, Namur et Liège. Ces provinces se subdivisent en arrondissements.
Dans chaque province, il y a un conseil provincial è\u, présidé par le gouverneur de la province, que nomme le roi. Celui-ci choisit aussi le cnmmissnire qui administre l'arrondissement. Chaque commune a un conseil communal analogue i nos conseils municipaux.
Pour aucune élection, le suffrage n'est universel, et les conditions à remplir sont plus restrictives pour être électeur provincial qu'électeur communal, et pour prendre part aux élections législatives que pour participer à celles de la province.
Rel:gion. — Les Belges sont presque tous catholiques. Malines est la résidence du primat de Belgique.
Universités. — Gand et Lièi/e sont l'une et l'autre sièges d'une université de l'Etat. Il y a dos universités libres à Bruxelles et Jt Louvain.
Grandes villes. — Briurelles renferme 18u 000 habitants et plus du double avec les faubourgs qui l'avoisinenf, .invers, 160O00; Gand, 130 000; Liège, 120 000. L'industrie et le commerce font l'importance et la prospérité de ces villes. Mais bien différentes des agglomérations d'usines et de fabriques que l'on trouve en Angleterre, par exemple, elles sont pleines de monuments curieux qui témoignent du génie artistique îles Flamands et de l'antique prospérité du pays. Les hôtels de ville de Louvain et de Bruxelles, les cathédrales A'.lnvtrs et de Bruxelles sont les plus remarquables de ces monuments, et les musées i' Anvers et de Bruxelles renferment les galeries les plus riches en chefs-d'œuvre.
Souvenirs historiques. — Sous le règne de Louis XI'V, la Belgique a été souvent le théâtre de la lutte entre les armées de la France, de la Hollande et de l'Allemagne. Il n'y a presque pas de ville de Flandre ou de Hainaut qui n'ait été assiégée quelquefois à plusieurs reprises dans le cours d'une même campagne. Plus tard, notre drapeau s'est montré à Fontenoy, près de Tournay, à Jemniapes, près de Mons, à Fleurus, entre Charleroi et Namur, à Waterloo, à, quelques lieues au sud de Bruxelles.
Sous le rapport des curiosités pittoresques, ce sont les bords de la Meuse, et les environs de Spa, au sud de Verviers, qui attirent le plus les visiteurs. [G- .Meissas.]
BELGIQUE fHisTomE). — Histoire générale, XXXI. — Lu Belgique dans l'antiquité et au moyen âge. — Le pays dans lequel pénétrèrent les armées romaines en l'an 59 avant J.-C. se subdivisait en trois parties bien distinctes : la tasse Belgique, continuellement inondée, par conséquent marécageuse ; puis, au nord de la Sambro ci
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do la Moiiso, une suito de plateaux fertiles; et au sud, la foret d'Ardoiinc, avec son sol profondément tourmenté. Ce ne fut pas sans peine que César parvint à souniotlro les divers peuples de la Gaule septeûtrionale ; ce n'est que sous Auguste (Î7) que la Belgique devint une province de l'empire. Les peuples do la partie nord, par la nature même du sol, ijui rendait dilTicile l'accès do leur contrée, subirent moins l'influence romaine que leurs frèresdu midi. Ils conservèrent le langage et les coutumes germaniques : ce sont les populations flamandes'. Les autres, au contraire, dont le territoire était fertile, se trouvaient plus en contact avec les conquérants, et la langue latine, dont l'emploi se généralisa dans certaines parties, devint en se corrompant l'idiome wallon, encore en usage dans les provinces méridionales. Apres Constantin, la Belgique subit le son des autres provinces de l'empire : elle eut à soutVrir des invasions successives des Francs, des Vandales et des Huns, qui la couvrirent de ruines etde dévastations. Le nord pourtant avait été privilégié ; la pauvreté de son sol l'avait préservé de trop de ravages; des villes s'y élevaient, nombreuses et importantes: Gand, Bruges, Courtrai, Anvers; des digues retenaient les eau.x, l'agriculturo prenait des développements remarquables. Au milieu du VII' siècle, le cliristianismo s'implanta dans le pays, et devint, mais très lentement, le culte de la généralité des habitants sous la domination franque ; de petites seigneuries s'établissaient déjà, germes du régime féodal. L'œuvre de législation de Cliarlemagiie s'appliqua ;"i la Belgique; la coutume germanique dont elle s'inspirait y avait d'ailleurs toujours été en vigueur, malgré la domination romaine. Aussi le régime féodal n'y futil pas aussioppressif qu'en France ;i cette époque, avec une population quasi-sauvage, possédée d'une soif ardente de liberté, il s'était établi un régime relativement doux. Lors du démembrement de l'empire franc après Louis le Débonnaire, la Belgique se divisa en souverainetés vassales de la France et de l'Allemagne. Les principales étaient la Flandre, h l'ouest de l'Escaut, cl la Lotharingie i l'est. La Flandre prit rapidement un développement remarquable; l'industrie, le commerce y étaient des plus florissants. Bruges était le centre d'un mouvement commercial des plus actifs, et sa bourgeoisie, puissante et riche, donna plus d'une fois de l'ombrage aux souverains. Toutes les villes avaient de nombreux privilèges, les communes flamandes jouissaient de libertés très étendues ; la paix, suite de ce régime, favorisait le libre exercice du commerce et il en résultait une prospérité qui k cette époque excitait bien dos jalousies. La Lotharingie ne partagea pa%if e sort favorisé ; des guerres fréquentes, causées par les tentatives des ducs de se rendre indépendants, les luttes pour la suzeraineté entre la France et l'Allemagne, désolèrent le pays. La Lotharingie fut divisée en deux parties : la Haute et la Basse- Lorraino ; la Basse-Lorraine devint aussi J'objet de coinpétitions armées de la France et de l'Empire. En 1071, après la bataille de Cassel, le comté de Flandre fut subdivisé en comtés de Flandre et du Hainaut. Par contre, les petites souverainetés se groupaient petit à petit, de façon à former de petits Etats ; une sorte de sélection s'opérait, les plus forts absorbant les plus faibles. Les seigneuries brabançonnes se réunissaient et formaient un comté sous Henri UI; Liège se développait et devenait une puissance, Anvers et Namur commençaient à devenir importants. Les croisades cntralnèrentvers la Palestine nombre de seigneurs, notamment Godefroid de Bouillon, duc de Lotharingie et chef de la première croisade. Beaucoup de communes en profitèrent pour augmenter leurs franchises, 'foute la période féodale est pleine de
guerres suscitées par les ambitions des différents princes souverains (|ui se partageaient la Belgique ; les successions étaient des sujets de guerres continuelles et de ravages. Certaines périodes de paix venaient interrompre de temps en temps ces périodes troublées, et telle était la puissance productive du pays que ces éclaircies pacifiques suffisaient pour lui permettre d'accroître sa richesse et sa population. Les libertés traditionnelles étaient d'ailleurs scrupuleusement respectées par les princes; certains, dont l'origine étrangère expliquait l'ignorance des traits caractéristiques de l'esprit flamand, si ombrageux, payèrent cher les tentatives de restreindre ces privilèges. Guillaume de Normandie, qui vit les Flamands secouer son joug et qui fut tué au siège d'Alost, en est une preuve. Le communes flamandes se composaient d'une série de corporations appelées jî/'/es, conjurations, sermeuls, associations bourgeoises organisées inilUaiiemeut pour la défense du droit commun, de la liberté individuelle, pour l'indépendance de la commune, avec et au besoin contre le prince. L'origine des communes en Belgique ne peut être déterminée ; sous Charlemagne déjà, on constate l'existence de groupes semblables, mais leur pleine efflorescence est au xiv" siècle. A Gand, notamment, sous l'influence de Jacques van Artevelde la commune était devenue démocratique ; elle signait des traites do commerce avec le roi d'Angleterre et négociait de puissance k puissance avec le comte de Flandre. Los communes tinrent tôte à des souverains étrangers et souvent avec succès ; nous avons cité plus haut la bataille de Cassel ; la bataille de Courtrai, dite des Eperom d or {liOt), en est un autre exemple : les Français y laissèrent sur le terrain 700 gentilshommes. La décadence de la puissance communale date de la bataille de Gaord (1453), sous la maison de Bourgogne.
Maison de Botuijoipie. — Par les alliances et les héritages, les provinces vinrent en peu de temps se grouper sous la domination des ducs de Bourgogne. Ce fut alors une lutte permaneiite entre le pouvoir souverain, s'efi'orçant de restreindre les privilèges des communes, et les bourgeoisies combattant, se révoltant, réclamant pour le maintien de leurs franchises. Philippe le Hardi, Jean Sans-Peur, Philippe le Bon, Charles le Jéméraire ne se crurent d'autre mission que d'égaliser sous le joug les différents Etats qu'ils possédaient en Belgique. Si cette unification pouvait constituer, au point de vue de la politique extérieure, une plus grande garantie, un accroissement de puissance, par contre les libertés intérieures furent sérieusement compromises.
Maison d'Autriche — A la mort de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, Philippe le Beau loi succéda sous la tutelle de Maximilien d'Autriche. Peu de temps après, Philippe devint roi de Castille et d'Aragon. Le règne de,Cliarles-Quint, son fils, fut brillant et prospère; soûs l'influence de la régente, Marguerite d'Autriche, les arts atteignirent un haut degré de splendeur, les richesses matérielles du pays se développèrent dans de fortes proportions. Marie de Hongrie succéda à Marguerite d'Autriche, mais n'eut pas ses précieuses qualités. Une révolte des Gantois, qui avaient tenté de s'affranchir du pouvoir de l'empereur, fut sévèrement réprimée par Charles-Quint qui fit durement expier k ses compatriotes leur esprit de mutinerie. Tout en renforçant le pouvoir du souverain, Charles aimait son pays flamand et il en était fier ; à part le châtiment infligé à Gand, il fut modéré dans la plupart des mesures qu'il eut k prendre.
Domination espagnole. — Cette fois, c'était bien la domination étrangère ; le règne de Philippe II est une sombre page de l'histoire belge. Monarque
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cruel, despote et fanatique, Espagnol de cœur et d'àiiic, il li:iit les Pays-Bas où vit encore un soufili; de liberté; où le» idées de la Réforme trouvent un terrain propice, où des Ujoeurs, du langage, rien n'est espagnol, cù l'on ose demander enfin le renvoi de la soldatesque castillane. 11 chargea Marguerite de Parme, sa sœur naturelle, du gouvernement des provinces. Les édits coiUre les protestants soulevèrent de vives réclamations ; une opposition se forma, ajant à sa tête Guillaume de Nassau, dit le Taciturne ; des troubles éclatèrent, et sous le nom de Gueux, qu'on leur avait inflige en signe de mépris, mais qu'ils avaient adopté, les mécontents prirent les armes. Philippe envoya le duc d'Albe pour réprimer la révolte; le duc institua un Conseil des troubles, que l'on appela biejitôt le Trilmual rie sntjij ; ce fut le règne de la terreur; les exécutions, les proscriptions décimèrent la population, les lourdes taxes écrasèrent le peuple. Sans la Saint-Barihélemy, qui empêcha les calvinistes fra.nçais de venir au secours de Louis de Nassau, déjà maître de Valenciennes et de Mons tandis que les gueux de mer prenaient le port de la Griclle, d'Albe voyait triompher la révolte. Les atrocités redoublèrent et les Pays-Bas furent le théâtre de tueries effroyables, qui parvenaient à peine h assouvir la soif de vengeance du sectaire espagnol. Philippe II jugea lui-même que c'en était trop et il rappela le duc « de sang v. Louis de Requesensle remplaça ( là" 3 ; ce fut un répit. Après sa mort, les excès ae la soldatesque étrangère provoquèrent une alliance entre les Etats des dix-sept provinces ; l'acte prit le nom de Pacification di Gand (1576). Dès l.>77, les Espagnols étaient chassés de la plus grandi; partie du territoire ; mais ils reconquirent bientùt les provinces belgiques, grâce aux divisions qui affaiblirent les confédérés. Les provinces septentrionales seules demeurèrent indépendantes. Le règne d'.\lbert et d'Isabelle (I39Ô-163-3) permit au pays de réparer ses désastres ; le calme et l'ordre furent rétablis. Mais en 1G6G, Louis XIV entreprit la conquête de la Belgique ; la ligue des puissances voisines l'arrêta, et il signa le traité d'Aix-la-Chapelle qui annexait seulement Ji la France une partie de la Flandre et du Hainaut. La guerre recommença peu après et fut terminée par le bombardement de Bruxelles et la pais de Ryswyck (1097^.
Domination autrichienne. — La guerre de la succession d'Espagne fit passer la Belgique sous la domminaiion de l'Autriche (17 1 5). Le règne de Marie- Thérèse, l'administration du comte de Cobentzel et de Charles de Lorraine furent éminemment favorablesâla iielgii|ue : l'ordre fut rétabli dans les finances; les arts, l'industrie, le commerce furent encouragés d'une façon judicieuse par le gouvernement, les libertés publiques furent étendues. La principauté de Liège, qui était demeurée indépendante, se trouvait également dans une période de calme et de progrès. L'empereur Joseph II, esprit large, ami des idées libérales dont les philosophes français s'étaient faits les apôtres, eut le tort de vouloir implanter tout d'une pièce des institutions nouvelles chez un peuple encore imbu des traditions, se défiant de tout ce qui venait de l'étranger et fort respectueux de la foi de ses ancêtres. L'empereur s'irrita des résistances et voulut employer la force. Ce fut assez pour provoquer une révolution : un congrès se réunit h Bruxelles (17UUi et proclama l'indépendance des Etat^-li^li/irju':s-Unis. La division, cette fois encore, se mit bientôt entre les libéraux et ceux qui voulaient simplement rétablir les institutions traditionnelles, et le pays retomba aux mains du pouvoir impérial. La Belgique se trouva être, en 1792 ell79;i, le théâtre delà guerre déclarée par les puissances européennes à la République française. La Convention déclara la Belgique an-
nexée à la France le 23 pluviôse an III (1795), et le traité de Campo-Formio confirma cette décision. Le peuple belg(ï supportait avec impatience le joug français, qui s'imposait cruellement et ruinait le pays par ses exigences. Les Français y vivaient comme en pays conquis, et les plus dures épreuves ne furent pas épargnées à la population belge.
iXapoléon 1" eut d'abord une certaine popularité, mais elle fut de courte durée, et son despotisme, aggravé par ses incessantes demandes d'hommes et d'argent, lui aliéna bientôt les esprits. En 1815 enfin, après la chute de l'empereur, le congiès de Vienne réunit la Belgique h la Hollande sous le nom de royaume des Pays- Bas. Ce régime nouveau ne sut pas se créer de sympathies; le roi Guillaume I" ne supportait qu'impatiemment le système représentatif, il était peu bienveillant pour les Belges, qui de leur côté ne l'aimaient pas. C'était un mariage de raison qui ne pouvait longtemps durer.
La lic/yicjue contemporaine. — Les derniers échos des journées parisiennes de juillet 1830 étaient à peine éteints, que des émeutes éclataient i Bruxelles. Le régime hollandais, par ses proscriptions, ses procès de presse, ses impôts vexatoires et son intolérance étroite, avait violemment froissé la population belge. Il ne fallait qu'une occasion pour faire éclater le mécontentement, et le 24 août, au sortir d'une représentation de la Muette île Portici, eut lieu le premier soulèvement. Le lendemain, le vieux drapeau brabançon flottait sur l'hôtel de ville de Bruxelles, des collisions saniïlantes avaient lieu entre les troupes hollandaises et le populaire, la révolution commençait. Des tentatives de conciliation furent repoussées d'une façon hautaine par le roi Guillaume, le combat s'engagea dans Bruxelles et dura quatre jours; les iroupes royales durent se retirer. Un gouvernement provisoire fut installé et décréta l'indépendance de la Belgique; dès le 10 octobre, il proclama les quatre grandes libertés qui allaient devenir les bases du régime constitutionnel de la Belgique : liberté de la presse, des cultes, d'association et d'enseignement.
Le gouvernement provisoire déploya une énergie et une activité remarquables. 11 envoya des représentants à Londres et i Paris pour défendre les intérêts du pays, et lorsque, le 10 novembre, il se présenta de nouveau devant le Congrès national, il eut l'honneur de lui annoncer que les troupes étrangères avaient presque entièrement évacué le sol belge.
Le Congrès se sépara le 21 juillet 1831, après avoir élaboré une constitution inspirée d'un ardent amour pour la liberté et dont l'adoption, à cette époque, pouvait sembler une grande hardiesse. Il avait choisi, par 174 voix contre 13, la monarchie constitutionnelle comme forme de gouvernement. c( Le mécanisme représentatif établi par le Congrès repose sur trois pouvoirs : le roi, les Chambres, les ministres. » Le roi a l'initiative, la sanction et l'exécution des lois, mais il ne peut en faire sans le concours des Chambres, ni les exécuter sans le contre- seing des ministres. Ceuxci sont nommés et révoqués par le roi, mais responsables devant les Chambres. Le pouvoir législatif est soumis à des élections fréquentes qui permettent de consulter le pays sur la direction des afl"aires. La Chambre des représentants est renouvelée par moitié tous les deux ans, le Sénat tous les quatre ans.
En dehors de sa tâche de Constituante, le Congrès avait combattu pour l'intégrité du territoire. En novembie 1830, les représentants des puissances se réunirent à Londres et se constituèrent en Conférence. Les premiers combats
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avaient été lieureiix pour les Belges et, hors Anvers, Maestriclit et la citadelle do Gand, le pays était délivré de la présence des Hollandais. Grâce à l'avènement en Angleterre du parti wliig, le cabinet de Saint-James se montra favorable aux intérêts de la Belgique au sein de la Conférence, et le 30 décembre l'indépendance du nouveau royaume fut reconnue : toutefois le protocole du 30 janvier 1831 indiquait pour bases de la séparation des coiidiiioiis si avantageuses pour la Hollande, que cet acte diplomatique souleva dans le Congrès des protestations indignées ; ce fut au milieu de l'émotion inspirée par le danger national que le prince Léopold de Saxe-Cobourg fut élu roi des Belges. De nouvelles négociations furent entamées, et elles aboutirent à la rédaction du traité dit des Dix-huit articles, dont les conditions étaient plus avantageuses. Ce traité fut adopté au Congrès, après une discussion violente, par 136 voix contre 70.
Le roi Léopold I" prit possession du trône le 21 juillet 18.31.
Mais le roi do Hollande avait refusé son adliésioii au traité des Dix-huit articles, et le 2 août les troupes hollandaises repassaient la frontière. Le roi Léopold se mit k la tète do l'armée et adressa un clialeureux appel aux puissances. Cet appel fut entendu par la Franco, et une armée de 50 000 hommes, sous le commandement du maréchal Gérard, fut envoyée en Belgique. Cette intervention et celle du ministre d'Angleterre suffirent pour mettre fin \ la campagne, qui n'avait pas été favorable aux Belges. Les négociations reprirent pour traîner en longueur, grâce au mauvais vouloir du roi de Hollande, qui comptait bien profiter de ces lenteurs pour ressaisir certains avantages.
En attendant, comme il refusait d'abandonner la citadelle d'Anvers, l'armée française investit la place et força, après trois semaines de siège, la garnison hollandaise h. se rendre.
Un nouveau traité, dit des Viiigt-quatre articles, qui imposait des conditions très dures h la Belgique, avait été accepté avec tristesse par les Chambres. La Conférence de Londres se réunit en juillet 1833, et ce ne fut que le 14 mars 1838 que le roi Guillaume accepta la convention arrêtée par cette réunion diplomatique. Le lU mars 1839, les Chambres belges votaient le traité, malgré une opposition violente, que les conditions humiliantes imposées h la Belgique pouvaient tout au moins expliquer. En deliors de ces questions diplomatiques, la période de 1830 à 18'iO fut toute d'organisation. Les législatures qui se succédèrent eurent à voter les lois organiques du pouvoir judiciaire (4 août 1833), de l'enseignement supérieur (27 sept. U3d), la loi communale (30 mars l83Gj et la loi provinciale (20 avril 183C) ; en outre, le 1" mai 1838, les Chambres décrétaient la construction en Belgique des premiers chemins de fer du continent.
Au sein des Chambres, à part quelques opinions extrêmes qui n'avaient que peu de représentants, l'union avait pu se maintenir entre les éléments divers qui composaient la législature. Le péril national contribuait à maintenir serré le faisceau des forces qui avaient dirigé la révolution. Des troubles, dus aux menées orangistes, agitaient encore le pays, les troupes étrangères n'avaient pas quitté le sol belge, il y avait là bien des inquiétudes qui devaient faire mettre une sourdine aux aspirations des partis. Le régime de liberté, proclamé par le gouvernement provisoire et confirmé par le Congrès, était l'œuvre de toutes les opinions. Le parti catholique était imbu à cette époque des idées libérales dont Lamennais et Lacordaire s'étaient faits les apôtres, et ainsi s'explique comment un régime éminemment tolérant et res- .
pectueux de la liberté avait pu s'établir avec l'aide de l'opinion catholique. Cependant, en 1833, la publication d'une encyclique de Grégoire XVI, analliémalisant les libertés constitutionnelles de la Belgique, puis l'organisation de l'enseignement officiel, prescrit par la constitution, vinrent jeter les premiers ferments de discorde dans cette union, qui était plutôt un compromis et ne pouvait évidemment durer.
L'organisation des provinces et des communes avait été conçue dans un esprit profondément libéral. Le pouvoir central , sans abandonner son droit en ce qui touche i l'intérêt général, laissait aux autorités locales pleine latitude, pleine liberté. Un détail caractéristique, c'est l'indissolubilité des conseils provinciaux et communaux, qui sont l'expression souveraine de l'autonomie des pouvoirs locaux. La scission s'accentuait toujours au sein de l'ancienne Union de 1838; deux grands partis se constituaient peu à peu : les libéraux et les catholiques ; au sein même des Chambres, la division se faisait sentir. La période comprise entre 1840 et 184G fut très incolore : ce fut la fin du système de l'Union. Dès 1840, le cabinet Lebeau, composé d'éléments libéraux, est renversé par un vote du Sénat. Jl. Nothomb entreprit de composer un ministère n ixte et de gouverneren dehors detout parti, en s'appuyant sur une majorité de centres, et en évitant soigneusement toute lutte de principe. Malheureusement pour l'éminent chef du cabinet, ce n'était là qu'une théorie peu praticable, on le lui fit bien voir. Sa politique énervée ne lui servit qu'à s'aliéner les deux partis et à ne trouver de majorité nulle part. Au début de la session de 1843-1 S43, la Chambre tout entière — moins les ministres — rejetait un article du budget des voies et moyens et infligeait un vote de blâme au ministre de la guerre. La division s'introduisait d'ailleurs dans le cabinet, et l'on vit un des ministres, Jl. Deschamps, combattre, dans la discussion delà loi sur les jurys universitaires, une proposition du chef du cabinet et emporter le vote à une majorité de sept voix.
En 1842, la loi organique de l'enseignement primaire avait été votée par une sorte do compromis. Le système de la loi comportait les principes suivants : une école au moins par commune, l'instruction gratuite aux enfants indigents, l'éducation religieuse portée au programme, l'inspection civile et ecclésiastique, l'intervention de l'Etat et de la province dans les frais de l'enseignement primaire, la faculté de l'Etat d'adopter des écoles normales privées. Aux élections de 1845, la majorité mixte ministérielle fut sérieusement entamée et le cabinet Nothomb donna sa démission. A chaque élection d'ailleurs, la politique accentuée gagnait du terrain, la lutte se posait franchement entre libérnux et catholiques. Le roi cependant voulut faire une dernière tentative, et il chargea M. Vandeweyer de former un cabinet unioniste. Mais ce dernier jugea lui-même la position intenable, et il donna sa démission au bout de huit mois. La politique mixte était morte.
Un cabinet catholique homogène fut constitué par M. do Theux, mais il se sentait si peu en communauté d'idées avec le pays qu'il fut forcé de se borner à une administration d'affaires. Le parti libéral travaillait à se constituer et à composer iin programme politique bien déterminé. Le 14 juin 184G, un congrès libéral se réunit à l'hôtel de ville de Bruxelles ; il se composait de 400 délégués des associations locales. Le programme comprenait six points fondamentaux : 1° la réforme électorale par l'abaissement du cens et l'adjonction des capacités au taux minimum ; 2° l'indépendance réelle du pouvoir civil ; 3° l'organisation d'un enseignement officiel absolument laïque; 4° le retrait dos lois
BELGIQUE
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réactionnaires ; 5° l'augmentation du nombre des représentants et des sénateurs proportionnellement à la population ; 6" l'amélioration de la condition des classes ouvrières et indigentes.
Aux élections de juin 1847, le parti catliolique était battu dans toutes les grandes villes et le ministère se retirait. L'administration libérale qui succéda au ministère de Theux eut bientôt à lutter contre une des crises les plus violentes que la Belgique ait eu à subir. La révolution de 1848 venait d'éclater en France, elle avait eu son contre-coup en Belgique et la surexcitation des esprits était extrême. Cette situation se compliquait dune crise alimentaire, conséquence de mauvaises récolles, et d une crise industrielle désastreuse. Le ministère prit des mesures immédiates pour venir en aide à la classe ouvrière qui avait été cruellement éprouvée. Ensuite, sous la pression de l'opinion publique, il propose et fait votera la Chambre l'abaissement du cens législatif à 20 florins (fr. 42,32); les lois réactionnaires de 1842 sur la nomination des bourgmestres et le fractionnementdes communes sont rapportées, la garde civique est organisée, les journaux sont atlrancliis du timbre, les fonctions salariées de l'Etat sont déclarées incompatibles avec le mandat parlementaire. Le parti catholique avait fait trêve à la lutte ; soit patriotisme ou peur, il soutint le ministère libéral pendant la période aiguë de la crise, qui s'étendait d'ailleurs à toute l'Europe.
Le cabinet du 12 août 1847 s'appliqua surtout h remettre en équilibre la situation financière; ildéploya une grande activité dans l'élaboration de réformes économiques : abaissement du tarif postal, création de la Banque nationale et de la Caisse de retraite, établissement des télégraphes électriques, création de l'impôt sur les successions. Le 1" juin 1S50 fut votée la loi de l'enseignement moyen .
Une réaction contre les idées de 1848 se faisait sentir ; le coup d'Etat du 2 décembre encouragea le parti conservateur ; il y eut contre le libéralisme au pouvoir un assaut formidable, encouragé parla presse bonapartiste française, qui menaçait la Belgique d'une invasion si le cabinet n'était renversé. Les libéraux perdirent douze voix aux élections de 18.j4,et, après quelques essais malheureux de remaniement, le ministère se retira. Un cabinet de transition, qui lui succéda, obtint la signature du traité de commerce franco-belge, voulut essayer de ressusciter la politique de juste-milieu, et succoiuba. M. Dedecker fut alors chargé par le roi de composer un ministore catliolique. En 18j6 eurent lieu les fêtes du 24' anniversaire de la fondation de la dynastie nationale. Cet anniversaire provoqua un grand entliousiasme dans le pays ; le ]iatriotisme était surexcité par les menaces qui venaient du côté de la France et dont M. Walewski, au Congres de Paris, s'était fait l'organe. Cette période de fête eut un triste lendemain pour le ministère. L'opinion catholique s'accentuait de plus en plus et se renfermait dans un dogmatisme intolérant, les évoques lançaient des mandements violents contre l'enseignement public, les libertés constitutionnelles étaient l'objet d'attaques incessantes dans la presse ultramontaine. Le catholicisme modéré se transformait. Cette situation avait déjà passionné les esprits, mais le mécontentement devint extrême lorsque le ministère déposa, le 29 janvier 18ôC, un projet de loi qui permettait d'autoriser, par simple arrêté royal, des fondations particulières, indépendantes des administrations légales, et gérées par les membres de la famille des fondateurs ou par les titulaires de fonctions civiles ou ecclésiastiques. C'était le rétablissement de la main-morte en faveur des couvents.
La mise en discussion de cette loi (1857) souleva
une émotion indescriptible dans le pays. Desmanifestations hostiles eurent lieu dans toutes les provinces et i Bruxelles notamment. La plupart des conseils communaux votèrent des adresses au roi pour demander le retrait de la loi. Le ministère fut contraint de se rallier au renvoi du projet de loi à la section centrale : c'était l'ajournement indéfini. Aux élections communales qui eurent lieu à la fin de l'année, le parti libéral obtint un succès éclatant, et, devant cette démonstration de l'opinion publique, le ministère donna sa démission. Un cabinet libéral présida à la dissolution des Chambres ; une lutte violente s'engagea pendant la période électorale. Les libéraux obtinrent un succès inespéré : ils disposaient d'une majorité de 'i'2 voix à la Chambre. Vn nouvel élément était entré dans la lutte : c'était ce qu'on appelait alors le « jeune libéralisme » et plus tard le « libéralisme progressiste u ; il réclamait l'exclusion du prêtre de l'école, l'instruction obligatoire, la réforme électorale, l'emploi de la langue flamande dans les documents officiels, h l'égal de la langue française, la réduction des dépenses militaires. A Bruxelles surtout, la lutte entre les deux fractions du parti libéral s'accentuait de jour en jour. L'administration libérale resta au pouvoir jusqu'en 1870. On lui doit les fortifications d'Anvers, uneremarquable série de réformes économiques : l'abolition des octrois communaux et l'institution d'un fonds communal (hSUO), la conclusion detraités de commerce avec la France, la Suisse, l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre, les Pays Bas, l'affranchissement de la navigation sur l'Escaut (1803),. la suppression des barrières sur les routes de l'Etat, l'abaissement à 10 centimes de la taxe postale à l'intérieur du pays. Sur le terrain politique, on reprochait au cabinet sa tolérance excessive, son inaction dans les questions d'enseignement, ses résistances aux revendications les plus modérées de la fraction progressiste. Le ministère libéral succomba aux élections de 1870.
Notons que le roi Léopold I" était mort le- 10 décembre I8C5, et que son fils Léopold 11 lui avait succédé.
La guerre franco-allemande fut un sujet d'inquiétudes bien justifiées pour le nouveau ministère catliolique de M.d'Anethan. La neutralité du pays fut sérieusement menacée : les armées belligérantes se heurtaient aux frontières belges, et le désastre de Sedan vint jeter en Belgique une partie de l'armée française dispersée. Ce fut toutefois pour tout le pays une période d'une prospérité exceptionnelle; le commerce, l'industrie atteignirent un degré d'activité que l'on eut le tort de croire durable. La réaction vint bientôt, compliquée de désastres financiers qui, coup sur coup, mirent le comble h cette situation critique. Un des premiers actes du ministère fut de faire voter l'abaissement du cens pour les élections provinciales et communales (12 juin 1871). Le parti libéral, devenu parti d'opposition, s'unifia bientôt, et travailla a l'élaboration d'un programme. Le cabinet Malou avait remplacé l'administration d'Anetlian, tombée à la suite d'émeutes provoquées par la nomination au gouvernement du Linibourg de M. Dedecker, gravement compromis dans la banqueroute de la banque Laugrand. Ce fut un cabinet d'afl'aires. Le H juin 1878, la lutte électorale donnait la victoire aux libéraux. Le 1" juillet 1879, après une discussion longue et passionnée, la nouvelle loi organique de l'enseignement primairo fut votée : l'inspection ecclésiastique était supprimée, la religion effacée du programme, le prêtre ou son délégué était admis à<lonner des leçons, avant ou après les heures de classes, les écoles normales étaient mises sous la direction de l'Etat. La création d'un ministère de l'instruction publique était de plus un sdr garant des intentions du gouver-
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