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RACES HUMAINES — 2399
RACES HUMAINES
turalisto est beaucoup moins importante. Il (!St, en cil'el, au moins avéré que les liomnies primitifs n'avaient aucune civilisation, aucun souci ni de remonter à leurs origines, ni de se constituer une histoire. Dans ces conditions, tout groupe d'iiommes isolé do ses semblables devait bien vite les oublier, prendre des habitudes et des caractères nouveaux, et constituer ainsi une race particulière. Ce sont ces races distinctes que l'on doit considérer comme les races originelles ; elles étaient nécos- •sairement multiples, et tout a dû dès lors se passer i peu près comme si plusieurs races d'hommes difl'érentes s'étaient formées isolément sur plusieurs points du globe.
Aux hypothèses du monogénisme et du polygénisme se rattache une autre question autour de laquelle on a également beaucoup discuté et qui n'est cepciidant qu'une question de mots. Existet il plusieurs espèces d'hommes ou n'en existet-il (|u'une seule '? Les polygénistes sont généralement pour la première alternative, les mo'iiogcnistes l)our la seconde, et ceux-ci ont incontestablement raison. Quelle qu'ait été l'origine des races humain(^s actuelles, il est certain qu'elles peuvent aujourd'hui se mélanger entre elles à tous les degrés; les unions, quoi qu'on en ail dit, sont toujours aussi fécondes entre individus de races différentes qu'entre individus de même race: aucune barrière semblable ;i celles qu'on observe entre certains types d'animaux, d'ailleurs voisins, comme l'àno et le cheval, ne maintient les races humaines séparées. On ne saurait donc les considérer autrement que comme formant un seul tout; dans l'état actuel de nos connaissances, sous peine de con tredire les caractères zoologiques et physiologi ques de l'espèce, polygénistes et monogénistes sont forcés de reconnaître qu'il n'existe qu'une seule espèce humaine.
Vunité de l'espèce humaine, la pluralité des races, manifeste dès les temps les plus reculés que la science puisse atteindre, voilà les faits positifs qui dominent toute l'histoire de l'homme. A ces deux faits, il faut en ajouter un troisième, égale ment de haute importance : il est constant que l'Iiomme n'a pas occupé dès le début toutes les terres habitables. Certaines îles, des portions do continent même n'ont été peuplées que depuis les temps historiques, à des époques qu'il a été possible de déterminer. Quelle que soit l'idée que l'on se fasse sur l'origine des premiers hommes, il y a donc lieu de recliercher, pour chaque contrée, quels en ont été les premiers habitants. Il a été, dans un certain nombre de cas, possible de le découvrir; on a toujours alors trouvé que ces premiers habitants viennent d'ailleurs ; ils n'en constituent pas moins la race primitive du pays considéré, et on peut sans inconvénient les regarder comme les autochtones, mot qui prend alors une signification précise. Les autochtones sont donc simplement pour nous les premiers immigrants d'un pays, et nullement, comme on le laisse parfois entendre, des hommes formés pour ce pays, dés l'apparition de l'espèce humaine. Ainsi, alors môme qu'on a reconnu la race autochtone d'un pays, on doit se demander : d'où vientelle'? C'est en se posant cette question que M. de Quatrefages a pu résoudre d'une façon définitive le problème du mode de peuplement des ai'chipels de la Polynésie. Dans la plupart des autres régions du la terre, en Europe surtout, le problème est infiniment plus compliqué, en raison du nombre considérable de types humains d'origine différente, qui sont venus se lieurter sur une même contrée, et se soiit fusionnés en occupant son sol. D'ailleurs une autre cause rend le problème plus compliqué encore : c'est l'extrême variabilité de l'espèce humaine, non-seulement sous l'action des croisements, mais même sous '
l'action directe du milieu. N'avons-nous pas vu un type très accusé, le Yankee, se former pour ainsi dire sous nos yeux aux États-Unis, soit par le mélange d'Européens fixés en Amérique, soit par une modification spontanée du type le plus répandu dans le pays, le type anglais'?
Le problème anthropologique étant ainsi posé, la méihode la plus logique pour arriver h connaître l'origine de toutes les races actuelles consisterait à déterminer quels ont été les premiers habitants do chaque contrée, et quelles sont les immigrations successives qui se sont produites. Si difficile qu'il soit de suivre cette méthode, en raison de l'imperfection de l'histoire et des mythes qui défigurent presque toujours, dans les races anciennes et dans les races sauvages, les faits réels dont le souvenir a pu se conserver, la mythologie même, la linguistique ou étude comparée des langues, l'arcliéologie et la paléontologie ont fourni h l'histoire de 1 homme des documents nombreux, grâce auxquels il est possible de retracer, avec une assez grande certitude, les vicissitudes éprouvées par quelques-unes de ses races.
Tout d'abord, la paléontologie est seule capable de nous fournir quelques renseignements sur les premières formes revêtues par l'espèce humaine, sur leur antiquité.
Depuis une trentaine d'années nos connaissances à, cet égard ont fait des progrès inattendus. Des documents patiemment recueillis aux environs de Chartres par M. Desnoyers, en Italie par M. Capellini, dans le Loir-et-Cher par M. l'abbé Bourgeois, ont convaincu des hommes de la plus haute prudence et de la compétence la plus incontestée, tels que M. de Quatrefages, que l'homme existait déjà durant le second tiers de la période tertiaire, à l'époque miocène, qu'il avait été contemporain des mastodontes, des rhinocéros européens, des hipparions ou chevaux à trois doigts, etc. On ne trouve malheureusement, avec les silex grossièrement taillés de l'homme miocène et les os entaillés par ses outils, que les très rares débris d'un être étrange, le Dryopilhcque, plus rapproché de l'homme à certains égards que les grands singes actuels, et sans qu'il soit impossible que les outils découverts dans le miocène soient l'œuvre de ce singulier précurseur de l'homme, rien n'autorise à les lui attrihuer d'une façon positive.
Nous possédons des renseignements plus complets sur l'existence de l'homme dans la période quaternaire, immédiatement antérieure à la grande extension des glaciers en Europe qui marque le début de l'époque géologique actuelle. Non seulement l'homme a été en Europe le contemporain de l'ours des cavernes, du renne, du mammouth, ce gigantesque éléphant aux longs poils, mais il avait acquis dès cette époque une véritable industrie ; ses armes étaient faites avec habileté ; il avait le goût de la parure ; il avait découvert l'art du dessin et s'est représenté lui-môme par des gravures sur pierre et sur ivoire, q\ii ont été retrouvées ainsi que d'autres représentant d'une façon nettement reconnaissable les animaux ses contemporains. Les restes de l'homme de cette époque qui précède de si loin l'époque historique ont été exhumés ; ils appartiennent à plusieurs races qui, sans être aussi anciennes les unes que les autres, ont vécu cependant côte à cote et ont légué quelques-uns de leurs caractères à certains types do l'homme actuel. Ces races sont colles de Canstadt, de Cro- AVajîîo;!, et l'ensemble de types désignés parM. de Quatrefages sous le nom de races de Furfooz .
La race de Canstadt est la plus ancienne ; c'est aussi celle dont le type est le moins élevé ; elle a été découverte à Canstadt, près do Stuttgart, en nuO, sans qu'on y attachât d'abord grande importance; retrouvée dans la grotte de Neanderihal, près de Dusseldorf, et alors étudiée avec soin.
puis récemment encore dans diverses localités, notamment à Gibraltar. Le front était bas, fuyant, les arcades sourcilicres saillantes, le crâne surbaissé, prolongé en arrière, les orbites énormes, le menton peu saillant, la physionomie bestiale ; la taille moyenne, mais les formes atliléliques, les bras très épais, les muscles exceptionnellement puissants. L'homme de Canstadt avait cependant des armes faites de silex taillé, des outils en bois de cerf ou en mâchoires d'ours, des parures en morceaux de polypier; il persista dans l'Europe, dont il parait avoir été le premier habitant, bien longtemps après la période glaciaire ; on le retrouve mêlé à d'autres types dans les dolmens, dans les cimetières galloromains, dans ceux du moyen âge, etjusque dans les tombes modernes de toute l'Europe ; il parait aussi s'être montré en Amérique, et a laissé jusqu'en Australie des descendants que l'on observe en assez grand nombre aux environs de Port- Western.
La race de Cro-Magnon, plus récente, d'un type bien plus élevé, était remarquable par le beau développement de son crâne, également prolongé en arrière (dolichocéphale), sa face courte et large, ses orbites longues, son front haut à arcades sourcilières peu saillantes et peu élevées, son nez prnomiiient; sa taille était élevée et atteignait l'",S5 chez les hommes. C'est la race qui habitait les grottes de la Vézère (le Moustier, Cro-Magnon, Laugerie- Haule, Laugerie-Basse, les Eyzies, la Madeleine), Solutré, Menton, et probablement tout le littoral de la Méditerranée. Après avoir manifesté une industrie d'abord assez grossière, on la voit se perfectionner graduellement; bientôt elle sait coudre des vêtements; elle grave et sculpte; obéit h des chefs dont on retrouve les insignes ; puis des traces de décadence apparaissent, en même temps que des indices de métissage. Il semble qu'une race nouvelle ait apparu, apportant avec elle l'industrie de la pierre polie; toutefois, les caractères de l'homme de Cro-Alagnon ne disparaissent pas; et on les reconnaît encore assez souvent dans la plus ancienne des races européennes actuelles, la race basque, ainsi que chez les Kabyles du liéiii- Masser et du Djurdjura, et chez les anciens habitants des Canaries.
Les races de Furfooz (race de Furfooz, race de Grenelle, race de la Tronchère) étaient formées d'hommes petits, à crânes peu développés d'avant en arrière (brachycophales ou mésaiicépliales), et rappelant par un assez grand nombre de caractères les Lapons actuels, qui semblent être leurs descendants émigrés vers le Nord, à la suite du renne, pendant le retrait des glaces, ou vers les hautes montagnes, i la snite du bouquetin et du chamois, comiïie cela a eu lieu dans le Dauphiné. Ils manquaient d'armes de combat et paraissent avoir mené une existence toute pacifique. Il est hors de doute que ces petits hommes ont coexisté en Europe avec ceux des races de Cro-Magnon et de Canstadt ; c'est en face de tous ces tailleuis de silex déjà mélangés entre eux que se trouvèrent, lorsqu'ils arrivèrent en Europe, les hommes de la pierre polie, appartenant eux-mêmes à plusieurs races, les unes dolichocéphales comme les hommes de Cro-Magnon, les autres brachycéphales comme ceux de Furfooz. On ne connaît pas l'origine de ces hommes de la pierre polie, qui tiennent d'une part aux derniers hommes ()ui ont laissé sur le sol du Danemark ces accumulations des débris de leurs repas connues sous le nom de Kjokkeniuoddings, et d'autre part aux premiers constructeurs d'habitations lacustres ou palaffites de la Suisse.
Quelle que soit leur provenance, ils s'étaient déjà mélangés â ces derniers lorsqu'arrivèrent en Europe des hommes d'une autre race, éminemment propre, celle-là, â la civilisation, connaissant la fabrication et les usages du bronze, et dont il a été possible de reconstituer la descendance, les
I Aryas, probablement originaires des vallées du haut j Oxus, des pentes orientales du Pamir, et sans I aucun doute venant d'Asie. Quels étaient les caractères de ces Aryas primitifs ? Etaient-ils bruns ou blonds, grands ou petits, dolichocéphales ou brachycéphales '? Toutes ces opinions ont été soutej nues. Les Allemands, grands et blonds, se sont donnés comme les représentants les plus purs de celte race civilisatrice; mais la plupart des races i' qui se rattachent le plus étroitement et le plus sûrement à la civilisation aryenne, les Grecs, les Latins, les Celtes, les Hindous, les Parsis, étaient et sont encore de taille moyenne, ont le teint brun, et peuvent présenter d'ailleurs quelques variations dans les formes du crâne. Quoi qu'il en soit, les Européens présentent dès l'antiquité la plus reculée deux types bien distincts, plus ou moins mélangés entre eux : un type grand, blond, aux yeux et au teint clair, plus ou moins dolichocéphale ; et un type de taille moyeiuie, plus ou moins brachycéphale, aux yeux, aux cheveux et au teint plus foncé. Les Germains sont les représentants du premier type ; les Grecs, les Latins et les Celtes appartiennnent au second, qui est peut-être seul aryen.
Les Thraces, auxquels se rattachent les anciens Troyens, sont les plus antiques représentants des [ Aryas dans l'Europe méridionale ; ils demeurèrent ! presque tous barbares, de même que les lil;jriens, leurs voisins, également d'origine aryenne. Les uns et les autres avaient étendu leur do- \ maine jusque sur la Grèce, où, mêlés à l'homme I préhistorique de la race de Cro-Magnon, ils constituaient cette population dePélasges qu'y trouvèrent les Hellènes lorsque venant de Thessalie, suivant leur tradition, ils y établirent leur domination. Les Thraces ont été absorbés par les populations plus civilisées contre lesquelles ils ont combattu avec des sorts divers ; les Serbes, les Bulgares, les Roumains peuvent être cependant considérés comme se rattachant à eux assez directement ; les Illyriens sont représentés par les Albanais modernes.
I En Italie, ce sont les Ligures, probablement fort voisins des Celtes, qui viennent les premiers se mélanger à la race préhistorique; leurs représeni tants modernes sont les Savogards, les Dauphinois . et les Piémontais, dont la ressemblance avec les Auvergnats, les lias-Bretons et les Highlanders, des Celtes purs ceux-là, est frappante. Les Ligures occupèrent toute l'Italie, y compris la Sicile ; mais ils y furent rejoints par des Illyriens (Japgqes, Messapiens, Dauniens); c'est de ces derniers qu'est issu Italos, ce héros légendaire à qui l'Italie a emprunté son nom et qui aurait importé l'agriculture dans ce pays. Les Latins paraissent avoir eu une autre origine et possédé d'autres institutions, quoique leur descendance aryenne ne soit pas douteuse. On ignore quel rapport les Etrusques pouvaient présenter avec ces diverses populations, qui ne tardèrent pas à se confondre sous l'hégémonie romaine.
Les Celtes se mélangèrent de bonne heure avec las [ùères d'Espagne, probablement préhistoriques, quoique distincts des Basques.
1 Deux autres rameaux aryens étaient les Litliuaniens, aujourd'hui confondus avec leurs voisins, et les Slaves, d'aburd connus sous le nom de Serbes, d'où descendent les Serbes, la plus grande partie des Russes, les Croates, les Bulgares, les Tchèques ou Bohémiens, et les Polonais.
Les Gaulois appartenaient au type européen, blanc, grand et dolichocéphale, que présentent encore les habitants de l'Allemagne du nord, du [ Danemark, de la Norvège et de la Suède; c'était aussi le type des Germains, dont les Cimhres, les I Teutons et les Gotln n'étaient que des tribus. Ces I hommes blonds ne devaient peut-être qu'au contact
des Ccltos les croyances et le langage qui les rapproclKiicnt des Aryens. Les Franks, les Alarnnn^, les liurijondes et les Lomhurds étaient des Teutons : ces derniers ont pour principaux représentants les Allemands modernes. Les Gotlis, après avoir un moment brillé sous la conduite de Tliéodoric, ont complètement disparu en se fondant avec leurs ennemis, en Italie et en Kspagne. Les Scandinaves actuels sont les descendants des Cimbres; les Normani/s, qui terrifièrent fréquemment l'Europe de leurs incursions au moyen âge, appartenaient Ji co rameau germanique.
La race aryenne est représentée en Asie par les Hindous, les Perso-Mèdes, les Afghans et les Beloutches.
A côté de cette race aryenne, l'Asie a été la pairie d'origine de deux autres rameaux importants do la race blanche que l'on désigne souvent sous le nom de Sémites et de Chamites.
Les Sémites, bruns, secs, au nez saillant et arqué, au crâne allongé sont les anciens Assyriens, les Chaldéens, les Juifs, les Phéniciens, les Carthaginois et les Arabes, ces de.rniers demeurés nomades, tandis que les premiers étaient remarquables par leur aptitude ii, la navigation et au commerce.
On désigne sous le nom de Chamites un ensemblede populations assez disparates, souvent de couleur très foncée, parmi lesquelles les anciens Egyptiens, les Dedjas de Nubie, les Gallas, les Somalis, et auxquelles on rattache môme quelquefois les Berbères (Kabyles et Touare/js^.
Les diverses populations dont nous venons de parler constituent ce qu'on appelle souvent la race blanche, ce qu'on appelait aussi la race cuucasique, bien qu'il paraisse certain que les montagnes du Caucase, habitées par des peuplades appartenantaux types les plus variés, n'ont nullement été sa première patrie. Sur l'Asie et l'Europe s'étendent encore les rameaux diflérents d'une autre vaste race qu'on a rattachée à la race jaune, qui a même fourni à cette race, telle qu'on la comprenait autrefois, le nom de race mongolique, mais qu'on distingue de préférence aujourd'hui sous le nom de ruce ouralo-altaïque , parce que les caractères de sa langue et ses caractères moraux sont bien distincts de ceux des Chinois, des Japonais et autres représentants de la race jaune pure.
On doit les diviser en deux types :
1° Le type allairjue, caractérisé par un crâne globuleux, des pommettes saillantes, un nez large et plat, uii teint jaune, des cheveux noirs et plats, une barbe rare et ne poussant guère que sur la lèvre supérieure et le menton, des yeux noirs, petits et bridés ;
"2" Le type ournlien, au crâne plus allongé, aux pommettes saillantes, au nez droit et assez proéminent, au teint blanc fréquemment couvert de taches de rousseur, aux chevetix souvent roux, â la barbe assez fournie, aux yeux bleus ou gris.
Les Tongouses sont les représentants les plus orientaux du type altaique; ils habitent les bords du fleuve Amour ; ils sont chasseurs, pécheurs, et n'ont d'autre religion qu'une grossière croyance au pouvoir des sorciers, qui leur est commune avec plusieurs autres peuples du nord et qu'on appelle le chamanistne. Les Mandchom:, alliés de près aux Tongouses, ont conquis la Chine en 1644 et n'ont cessé depuis de lui fournir des empereurs. Ils ont conservé leur langue et une partie de leurs coutumes, mais ils n'en sont pas moins entrés presque entièrement dans la civilisation chinoise.
Les Mongols, autre rameau de la branche altaique, ont joué un rôle plus important et dont l'influence s'est fait sentir du Japon jusqu'au centre de l'Inde et au cœur de l'Euriipe. Unis auxTurcotatars, sous le coramandenirnt de Gengis-Khan, ils conquirent un vaste empire qui fut divisé, après
la mort de ce grand chef, mais qui trouva un regain de gloire militaire avec Tamerlan et Caber. Los Mongols adoraient d'abord le ciel, mais ils furent de bonne heure convertis à l'islanisme. Les Kidmouks sont des Mongols qui s'établirent au xvii' siècle sur les bords du Volga, venant de la Dzoungarie, où ils retournèrent un siècle plus tard après un exode des plus dramatiques. Il existe des Kalmouks dans l'.Mtaî, dans le gouvernement de Tomsk en Sibérie, sur les bords du lac Baikal, dans le gouvernement d'Irkoutsk, etc. Tous ces Mongols sont demeurés nomades et pasteurs.
Les Turcs, mentionnés depuis les temps les plus éloignés dans les annales de l'histoiro, appartiennent aussi au rameau altaique ; c'étaient ces Massagèies contre lesquels combattit Cyrus. On les retrouve h diverses époques sous les noms de Hiong-nou, Yue-tclii, Tu-Khiu, Ouïgours. De ces derniers, convertis â l'islamisme dès les premiers siècles de l'hégire, sortirent les Seldjoucides et plus tard les Osmanlis, que l'on considère aujourd'hui comme les véritables Turcs et qui firent la conquête de l'empire d'Orient.
Les Tatars de Khazan et du Caucase, les Nogaïs de Crimée, qui appartiennent au même groupe ethnique, pénétrèrent en Europe, où ils sont demeurés, à la suite de Gengis-Khan.
Les Usbeks sont aussi des Turcs qui ont dominé dans le centre de l'Asie; mais tous ces peuples n'ont conservé de leurs caractères primitifs que leur langage ; presque tous ont subi de nombreux croisements.
Les Tartares de Sibérie, bien différents des Tatars européens, sont un mélange d'éléments très variés qui n'ont de turc que la langue. Il en est de même des Kirginzes, qui errent entre l'Indus et l'Altaï, et des turcomans, essentiellement brigands.
Le type ouralien de la race ouralo-altaique comprend les Sumoyèiles et les Finn'ds. Les premiers sont relégués près des côtes de la mer Glaciale; les seconds, auxquels on peut rattacher les Lapons, qui ont les mœurs des Samoyèdes, comprennent entre autres les Finlandais, qui sont aujourd'hui hautement civilisés, et les Magyars ou Hongrois. C'est sûrement au type ouralo-altaique, aujourd'hui très perfectionné, qu'appartenaient les lluns d'Attila.
Les Jiiponnis, dont l'origine est incertaine, envahirent les îles qu'ils habitent COU ans avant notre ère et en chassèrent les A'inos, aujourd'hui réfugiés dans l'Ile d'Iesso et dans les Kouriles, et remarquables par le grand développement de leur système pileux. Les Japonais sont de taille moyenne, ont le teint jaune, la face large aux pommettes, les yeux noirs, petits, presque droits, les cheveux noirs et lisses. Ils sont très différents des Chinois et par leurs caractères anatomiques et par leur langue et leur organisation : ils leur ont cependant emprunté plus d'un trait de leur industrie. Après une période de bouleversements politiques assez profonds, les Japonais sont aujourd'hui en train de substituer la civilisation européenne à leur ancienne civilisation.
Les C/iî«ois forment, avec les habitants de l'Indo- Chine et du Thibet, un ensemble de peuples qui présentent en commun ce curieux caractère que leurs langues sont formées de mots monosyllabiques ; du reste ils paraissent séparés en groupes assez nombreux par des différences profondes. On représente habituellement le Chinois comme un homme de taille moyenne, ayant une tendance à l'obésité, possédant un crâne globuleux, une face large et ronde, de longs cheveux noirs tressés en natte, une barbe rare, souvent réduite â une moustache raide, des yeux noirs, très nettement obliques, uu teint jaune. Ces ca ractères varient dans une assez largo mesure; il
y a des Cliinois très dolichocéphales; d'antres à l«inl presque blanc ; robliquité des yeux est un des traits les plus caractéristifiues et les plus constants. Les Chinois sont peut-être de tous les peuples le plus anciennement civilisé : l'agriculiiire, diverses industries, les arts eux-mêmes ont atteint de bonne heure chez eux un haut degré de perfection ; ils connaissaient bien longtemps avant nous la porcelaine, la soie, la boussole, la poudre à canon ; mais dominés par un nombre inouï de petites pratiques et de règlements minutieux, Us se sont enfermés dans leur civilisation, ont rompu touio espèce de rapports avec leurs voisins, et commencent à peine à comprendre quelquesans des avantages de la civilisation européenne ; il ne serait pas étonnant cependant que, stimulée par les résultats que nous savons obtenir, cette race patiente, adroite, laborieuse et économe prit quelque jour un nouvel essor.
Los Malais forment un nouveau tj'pe spécial : ils habitent la presqu'île de Malacca, les cùles des îles de la Sonde, Atchin, Palembang ; mais ils ont aussi conquis les Philippines, les îles Mariajines, Formose, et Madagascar même, où les Hui'as sont leurs descendants. Ils sont petits, grêles, ont le teint brun foncé, le visage long et plat, le front élevé, les yeux petits et noirs, le nez court et large, la bouche grande, les lèvres épaisses, les dents inclinées en avant, les cheveux noirs et raides. Ils sont essentiellement navigateurs, hardis, courageux, mais rusés, perfides et d'une cruauté inouïe. A Java, ils ont adopté la civilisation indienne, ont construit de splendides monuments et sont devenus plus pacifiques.
Les Indonésiens, autrefois confondus avec les Malais, en ont été justement distingues par M. Haniy. Ce sont les Batlaks de l'intérieur de Sumatra, les Dayaks de Bornéo, les Alfournus des Célèbes et des Moluques, etc. Ils sont grands, bien musclés, brun clair, ont le visage allongé, les pommettes assez effacées, les yeux noirs bien ouverts, le nez droit et mince, la bouche petite, les lèvres modérément saillantes, les cheveux fins, noirs ou châtains. Les Battaks habitent des espèces de villes bâties sur pilotis, ils n'ont pour tout vêtement qu'une pièce d'étoffe roulée autour des reins, pratiquent l'agriculture, mais n'en sont pas moins anthropophages ; ils mangent les prisonniers, les criminels et leurs parents vieux ou malades. Les Dayaks de Bornéo vivent par groupes de familles dans des maisons élevées sur de hauts piliers; ils sont également anthropophages à l'occasion, et leur valeur se mesure au nombre des tètes qu'ils ont coupées.
Ce sont certainement des Indonésiens qui ont peuplé la Polynésie, et M. de Quatrefages a pu reconstituer presque entièrement la voie suivie par les émigrants asiatiques pour se répandre dans les archipels du Pacifique. Le point de départ de l'émigration fut l'ile de Bouro ou de Bourou, entre Célèbes et Céram. Les émigrants touchèrent d'abord à la Nouvelle-Guinée, mais ils furent repousses par les races noires que nous décrirons tout à l'heure et qui s'y étaient établies avant eux ; ils y laissèrent toutefois une colonie qui a persisté M'extrcmité orientale et qui a fourni à la Mélanésie 1 élément polynésien dont on trouve chez elle des traces. Le gros de l'émigration franchit la Mélanésie et se divisa en trois branches qui se dirigèrent vers les îles Samoa, les lies Tonga et les iles Fidji. Les deux premiers archipels étaient alors déserts ; le dernier avait déjà une population noire qui s allia d'abord aux nouveaux-venus, mais finit par les repousser, non sans avoir formé avec eux une population mixte. Les Indonésiens chassés des lies Fidji se réfugièrent aux Tonga, où ils soumirent au serv.ige leurs compatriotes qui s'y étaient déjà établis. Les colonies de Tonga et de Fidji, désolées
par la guerre, prospérèrent peu ; cependant, vers l'an 419 de notre ère, les Tonga fournirent une émigration aux îles Marquises. lien fut autrement de celle de Samoa. Une des iles de cet archipel, Savai, célèbre dans les légendes polynésiennes, peupla bientôt Taïtï et les iles Manaîa ; les Taïtiens gagnèrent ensuite les lies Poniotou, les iles Marquises 3t, vers 701, les îles Sandwich, où vinrent plus tard les rejoindre de nouveaux colons venus des Marquises. Les habitants des iles Manaia fournirent aussi des émigrations jusqu'à Râpa et, en 1270, aux iles Gambier ; Rarotonga, l'une des îles Manaîa, avait été colonisée en 1207 par des habitants de Karika ; il en partit vers 1420 des navigateurs qui découvrirent la Nouvelle-Zélande, s'y établirent et sont devenus les Maoris. Tous ces faits ont pu être rigoureusement établis par divers procédés de recherche et notamment par l'étude des chants sacrés, qui racontent, réduits en versets, les faits principaux de l'histoire nationale et que des arepos, véritables hommes-archives , sont chargés de réciter fréquemment afin de les garder dans leur mémoire. L'histoire du peuplement de la Polynésie est certainement l'une des plus instructives : elle nous montre comment l'homme, fùt-il parti d'une région limitée du globe, a pu se répandre sur toute sa surface malgré les obstacles, en apparence, les plus insurmontables.
Les migrations polynésiennes ont eu lieu d'ailleurs à une époque relativement récente ; elles expliquent la grande ressemblance de langue, de croyances et de coutumes que l'on observe dans les lies de cette vaste étendue de l'Océan.
Les Malais et les Indonésiens ne sont pas les seuls habitants des archipels du Pacifique ; abstraction faite des Australiens et des Tasmaniens, sur lesquels nous aurons à revenir, on trouve dans la Mélanésie et laMicronésie deux types de nègres bien distincts l'un de l'autre, bien distincts aussi des nègres de l'Afrique : les Néyritos et les Papous.
Les Négritos sont de petite taille, I™47 en moyenne ; ils ont le teint d'un noir foncé et luisant, les cheveux noirs, crépus et implantés par touffes, au lieu d'être régulièrement répartis ; nous retrouverons ce caractère chez les lioschimans, en Afrique ; leur front est bombé, leur face large, à pommettes saillantes, leur nez fort et non épaté, leur barbe rare, leurs yeux grands et noirs, leur corps tout d'une venue. Ce sont là surtout les caractères des Négritos les plus purs, les Mincopies des iles Andaman. Ailleurs le type s'est plus ou moins altéré par suite des alliances avec les Malais : c'est ce qu'on observe dans la presiiu'île de Malacca, aux Philippines, et dans les iles nombreuses qu'occupaient autrefois les Négritos, mais d'où les ont en partie chassés leurs turbulents voisins, comme les îles Nicobar, Sumatra, Timor, Bornéo, la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Calédonie, Formose, les îles Mariannes, etc. Les Négritos sont naturellement doux, hospitaliers ; mais les mauvais traitements dont ils ont été l'objet les ont rendus méfiants. Ils sont chasseurs, pêcheurs, manient avec adresse leurs longues (lèches de bambou et leurs haches de fer ; ils vont presque nus, mais se peignent le corps en rouge et en blanc ou même se tatouent.
Les Papous ou l'opouas sont les habitants principaux de la Mélanésie. Ils sont un peu moins noirs que les Négritos, ont une taille moins réduite, un crâne dolichocéphale au lieu d'être brachycéphalo comme celui des Négritos, un nez gros à la base, mais saillant et recourbé, des lèvres épaisses et repoussées en avant par les dents enfoncées obliquement dans les mâchoires ; leurs clieveux, implantés par touffes, comme ceux des Négritos, sont cependant caractéristiques : ils poussent en mèches frisées, qui s'allongent avec l'âge de manière à former autour de la tète une vaste perruque
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RACES HUMAINES
ébourifTôe : ils ont ainsi ca tiu'on appelle une tête i Sénégambie et au Gabon, où ils viennent se môlop de vadrouille. Les Papous du type le plus pur se avec les Gifres. Dans cotte vaste région, ils pré-
trouvent à la iVûuvclle-Guinée ; presque partout ailleurs ils sont mélangés de Ncgritos ou de Polynésiens, et ont môme parfois adopté une langue et des coutumes polynésiennes.
Les habitants indigènes do l'Australie sont aussi des noirs, mais d'un type tout particulier ; ils se font remarquer par leurs cheveux longs, lisses, souvent droits, quelquefois bouclés, mais jamais laineux ou crépus, leur barbe et leur système pileux abondant sur tout le corps, leur crâne allongé, leurs arcades sourcilières saillantes, leurs dents très avancées. Il en existe diîux types, l'un de petite taille habitant les cotes, l'autre plus grand et évidemment supérieur habitant l'intérieur des terres. Les Nègres australiens des côtes comp-
sententdes formes nombreuses, des dialectes tr variés et souvent indépendants les uns des autres, des états de civilisation très différents. Les nègres du Dahomey et les Ashantis de la côte occidentale ont formé de véritables royaumes où le souvprain jouit d'une autorité presque illimitée ; les Yolofs se sont disciplinés au point de fournir à notre colonie du Sénégal d'excellents soldats; les Manilin;/ues furent, il y a peu de temps encore, les maîtres d'un puissant empire; les IJinkas et les Baris de l'Afrique orientale sont, au contraire, peu civilisés. Les caractères physiques du nègre, son crâne allongé, ses cheveux crépus, son nez épaté, ses lèvres grosses et retroussées, sont trop connus pour que nous ayons besoin d'insis-
tent parmi les races les plus déshéritées de l'es- ter davantage. Au moral, les nègres sont génépèco humaine; ils vont presque nus, habitent sou- ralement légers, bavards, imprévoyants et paresvent dans les grottes, et ne connaissent même seux. Ils pratiquent le plus grossier fétichisme
pas l'usage des insirunients de pêche; ceux de l'intérieur sont plus avancés et manient avec une adresse incomparable une arme curieuse, le boomerang, sorte de sabre en bois, qui, après avoir atteint le but, revient spontanément vers celui qui l'a lancée.
Au sud de la Nouvelle-Hollande, la terre de "Van-Diémen ou Tasmanie était habitée lors de
c'est-à-dire qu'ils croient que tous les objets sont animés, y compris les fleuves et les rochers, et peu vent exercer une influence sur leur sort. Pour se rendre favorables les âmes des morts et les nombreuses divinités dont ils peuplent la nature, ils n'hésitent pas à faire des sacrifices humains qui, au Dahomey et chez les Ashantis, prennent les proportions de véritables massacres. Au Dahomey, les
sa découverte par une race très inférieure, tout Ji ! femmes participent à la guerre et constituent des fait spéciale, également noire et poilue, et dont le régiments d'amazones.
crâne présentait une singulière carène longitudi- 11 faut soigneusement distinguer des nègres une nale. Les derniets ïasmaniens ont disparu vers le curieuse population, très répandue dans le Soudan, milieu de ce siècle. caractérisée par sa couleur peu foncée presque
Nous arrivons enfin à la terre classique des rouge, et ses cheveux lisses. Ce type rouge afri-
Nègres proprement dits, l'Afrique. Nous avons vu tout le littoral méditerranéen de ce vaste continent occupé par des races qui se rattachent étroitement au type blanc ; des races analogues occupent également en partie le littoral de la mer Rouge, et nous savons, en effet, qne les Bedjas de Nubie, les .\byssiniens et même les Gallas et les Somalis, s'ils se rattachent aux nègres par divers côtés de leurs caractères physiques, sout certainement mélangés d'autres éléments ethniques et ont adopté un idiome chamitique. Au dessous de cette région, la plus grande partie du sud de l'Afrique est occupée par un ensemble de races nègres présentant un type supérieur, celui des Cafres ou Briiitous. Ce sont dfs hommes de taille élevée (1™,72), bien proportionnés, dolichocéphales, au front bombé, au crâne étroit, élevé, au teint noir, à la chevelure crépue, aux lèvres modérément saillantes. Ils sont venus de la portion de l'Afrique située au nord de l'équateur, et ont par conséquent conquis les pays qu'ils habitent, et qui étaient probablement occupés par la race inférieure des Boschimans que nous retrouvons relégués au sud. On peut les distinguer en trois groupes : 1° les Cafres proprement dits
cain, auquel se rattachent à beaucoup d'égards les Barabras et probablement les Bedjas de Nubie, qui a aussi laissé son empreinte sur les Somalis, est surtout représenté par les Peiils du Soudan et de la Sénéganibie. Ces Peuls, qui ont formé la classe dominante partout où ils se sont établis parmi des noirs, se rapprochent un peu du type européen, mais presque toujours sont métissés de noir. Primitivement pasteurs et nomades, ils sont devenus sédentaires au contact des noirs avec qui ils contrastent par leur intelligence et leur proverbiale honnêteté.
A ce type rouge africain le voyageur Schweinforth rattache dos populations étranges, plus foncées et â cheveux presque laineux, dont la découverte est relativement récente : les Monljouttous et les Nijams-Nijams. Les premiers, quoiqu'ils aient acquis un degré de civilisation remarquable pour l'Afrique, sont des anthropophages féroces et font la guerre pour se procurer leur abominable nourriture. Ils sont forgerons, potiers, modeleurs, travaillent artisteraent le bois pour faire des tabourets, des tables, des guéridons, des .bancs, mais ignorent l'art du tissage, fabriquent les étotîes dont ils se couvrent avec l'écorce d'un fl-
parmi lesquels viennent S" ranger les Cafres du guier qu'ils assouplissent par le battage, et dédai- Zambèze, les Soua/iili de Zanguebar, et les ^ou- gnent complètement l'agriculture. Ils sont consti-
loui à qui leur guerre avec les Anglais a acquis récemment une certaine célébrité, — 2° les Béclwuan'is, de l'intérieur des terres, — 3° les Cafres du Co7igo, parmi lesquels se mêlent d'autres populations parlantdes idiomes bantous, mais physiquement bien distinctes des Cafres. Les Cafres sont braves, intelligents et ont su constituer parfois de véritables armées ; réfléchis et laborieux, ils élèvent de nombreux troupeaux et possèdent une certaine industrie ; leur religion est une sorte de féticlwsme très modéré et beaucoup moins superstitieux que celui des nègres. Quelques Bantous sont cependant demeures k un état inférieur de civilisation et pratiquent le cannibalisme. Les nègres proprement dits, dont les Guinéen.
tués en royaume, et le nom de leur roi Mounza a été popularisé en Europe par les explorateurs du centre de l'Afrique.
Les Nyams-Nyams, voisins du lac Albert-Nyanza, sont demeurés divisés en tribus ; leur habitude de ceindre leurs reins de peaux de bêtes dont ils laissent pendre la queue en arrière a donné vraisemblablement naissance â la légende des hommes à queue du centre de l'Afrique.
C'est â la cour de Mounza, roi des Monbouttous, que Schweinfurth vit pour la première fois de petits hommes, hauts de l"',50 environ, les Akkas, qui forment une peuplade bien distincte et qui ont fait songer aux pygmées des anciens. Deux
d'entre eux ont été amenés récemment en Europe
sont le type le plus caractérisé, habitent au sud 3t ont été étudiés de près. Leur teint est d'un du Sahara le centre de l'Afrique, du Darfour à la I brun roux, leurs cheveux laineux forment une toi-
RACES HUxMAINES — 2404 — RACES HUMAINES
son continue, leur crâne est arrondi. Ils sont vifs excessivement remuants, d'une agilité extraordi nairo, manient avec une adresse inouïe leurs flèches terminées par des pointes de fer, et ne crai gnentpas de s'attaquer au buffle et il l'éléphant.
Il existe au Gabon d'autres petits hommes, d'un teint jaune sale, les Of/ungos, découverts par Du Chaillu ; mais ces Obongos ont los cheveux implantés par toufl'es distinctes et nous conduisent n.iturcllement aux Holtentots ou Namaguas et aux Buschiinans, qui présentent aussi ce caractère.
Les Holtentots, qui ont occupé jadis toute la pointe méridionale du Cap d'où ils furent chassés par les Cafres et les Européens, sont aujourd'hui relégués sur la côte sud-ouest d'Afrique. Ce sont de petits hommes, dont la taille moyenne n'est guère que do l^^iD'i ; ils ont la teinte d'un « vieux cuir jaune »; leurs cheveux sont insérés par touffes ; leur front est étroit, mais bombé et proéminent; leurs yeux petits et enfoncés; leur nez épaté h. larges narines ; leurs pommettes saillantes; leurs lèvres énormes; leur oreille grande et sans lobule comme celle des singes ; leurs mains et leurs pieds sont petits. L'ensemble de leur physionomie est absolument repoussant. Fréquemment, chez les femmes, la région fessière prend un développement énorme dû à un abojidant dépôt de graisse (stéatopygie) ; le développement de cette région est tel que les jeunes enfants peuvent être assis dessus comme sur une selle. Doux et inoflensifs, mais paresseux et malpropres, les Huttentots sont essentiellement pasteurs, vivent de fruits, de laitage, plus rarement de viande, et vont vêtus d'un simple manteau de peau, sauf au voisinage des établissements européens où ils s'habillent davantage.
Les boschimans sont encore inférieurs aux //o<teiitots, avec qui ils présentent plusieurs traiis do ressemblance. Ils doivent cependant en être séparés, car ils parlent une langue tout à fait distincte qui ne se rapproche du liottentot que par de bizarres clappements des lèvres et de la langue qu'on ne retrouve pas employés ailleurs comme signes phonétiques. La moyenne de leur taille, enco.'e inférieure i celle des Akkas, ne dépasse pas 1°,40 : leurs jambes sont courtes, leurs bras au contraire très longs, comme chez les singes anthropomorphes, dont ils ont encore les mouvements de lèvres, les allures brusques et capricieuses, les oreilles petites sans lobule et presque dépourvues de tragus ; leur teint est d'un brun jaune, leurs cheveux rares, crépus et implantés par touffes, leur crâne très allongé, leur front bas, aplati et fuyant, leurs lèvres et leurs mâchoires très saillantes. Ce sont certainement de tous les hommes ceux dont la physionomie est la plus bestiale ^t la plus repoussante. Toutes les femmes sont affectées de cette stéatopygie que nous ont présentée déjà beaucoup de femmes liottentotes et qui nous paraît une si étrange difformité; elles ofl'rent aussi d'autres particularités anatomiques qui ont pu être étudiées sur l'une d'elles, venue à Paris, où elle mourut après avoir acquis une certaine célébrité sous le nom de Vénus Iwttentote. Les Boschimans sont nomades, vivent ordinairement dans des trous ou des cavernes, ne portent comme vêtement qu'une ceinture de peau à laquelle les femmes ajoutent une sorte de manteau; ils vivent de chasse, mangent tdiut ce qu'ils trouvent, jusqu'à des lézards et des araignées, et sont à la fois menteurs, cruels et vindicatifs. Ils manient l'arc et les flèches avec habileté. Ce sont des fétichistes des plus superstitieux; ils considèrent d'ailleurs les bêtes à leur égal.
Nous avons achevé l'énuniération sommaire des types africains les plus importants. Si nous avons vu l'Asie fournir un contingent de la plus haute importance à la population de l'Europe, à celle du
■nord de l'Afrique et de l'Océanie, la multiplicité des types africains, leurs caractères tranchés, l'infériorité extrême de quelques-uns d'entre eux, conduit à penser que ces derniers au moins ont dû apparaître sur place et se rattachent peut-être directement aux types les plus anciens de l'humanité.
La population de r.\mérique n'est pas moins variée que celle de l'Afrique, mais présente de tout autres caractères. On ne saurait y reconnaître une race unique, et l'on y trouve d'ailleurs des traces peu équivoques de croisement avec les races de l'ancien monde. Il est d'abord certain que r.\mérique a eu, comme l'Europe, ses hommes quaternaires ; on en a retrouvé les restes, et rien ne dit que ces hommes appartenaient tous à la même race. De plus, bien avant la découverte de Christophe Colomb, le hasard et l'esprit d'aventure avaient poussé vers l'Amérique des hommes de l'ancien monde qui y étaient demeurés ; en différents points de la côte nord-ouest, sur le haut Missouri, au Pérou, il y a des indigènes présentant tous les caractères de la race blanche, et Colomb lui-même avait été frappé de la ressemblance des habitants de Guanaliani avec ceux des îles Canaries, que les tempêtes avaient dû effectivement pousser, plus d'une fois sur les côtes d'Amérique. Dans le nord, dès le vni' siècle, plusieurs incursions sont faites dans le Groenland par les Scandinaves et répétées plusieurs fois dans la suite; d'autre part, plusieurs tribus américaines, les Botocudos notamment, ressemblent étonnamment à certaines races asiatiques, et les livres chinois font foi que l'Amérique était de longue date connue, sous le nom de Fou-Sang, des habitants du Céleste Empire, qui y firent plus d'un voyage et paraissent même avoir été en commerce assez régulier avec elle ; enfin l'.Amérique avait aussi son type noir dans les Charruas, aujourd'hui éteints, les Caraïbes de l'île Saint-Vincent, les Yamassis de la Floride et les Californiens ; peut-être même quelques véritables nègres originaires d'Afrique se trouvaient-ils dans l'isthme de Darien. A l'époque où Christophe Colomb aborda en Amérique, ce vaste continent n'était donc pas la terre vierge qu'on a longtemps supposé : divers éléments ethniques étrangers s'y étaient déjà mélangés aux types antéhistoriques dont l'origine est iiicomiue; il ne faut pas oublier ces faits si l'on veut bien se rendre compte de la nature et de la variété des populations américaines.
La population la plus septentrionale de l'Amérique est cnW^ànsEscjuimaux. Comme les Lapons, les Esquimaux sont de petite taille (l",ô8 en moyenne) ; leur physionomie est nettement mongolique, mais leur crâne est dolichocéphale; leur langue a tous les caractères^des langues américaines ; leur teint est jaune ou cuivré, leur face large et plate, leurs yeux petits, noirs et bridés, leur chevelure noire, dure et abondante. Us sont pêcheurs, ne fabriquent que des instruments d'os ou de pierre, et naviguent dans des kni/ahs d'os de baleine recouverts de peau où un seul homme peut tenir, ou dans des ouminlis plus grands que manœuvrent les femmes. A terre ils ont des traîneaux traînés par des chiens. Ils s'habillent de justaucorps en peaux de bêtes, et construisent des huttes soit de terre et de pierres, soit de neige, où l'on n'entre qu'en rampant.
Le territoire de l'Amérique russe et les Etats- Unis étaient en grande partie occupés par \es.Pertux- Rouijes. Ce sont des hommes grands, bien faits, au teint variant du blanc au brun avec une nuance rouge, qui n'aurait peut-être pas été suffisante pour expliquer la dénomination de ces sauvages, "ils n'avaient eu l'habitude de se peindre oux- — êmes en rouge le visage et une partie du corps. Leur crâne est dolichocéphale, mais souvent affecté de déformations artificielles, volontairement
produites par les parents durant !e jeune âge de leurs enTants ; le visage est allongé, les pommettes saillantes, les mâchoires larges, lés yeux noirs, petits et enfoncés, le nez grand, saillant, souvent busqué, les cheveux noirs. Tous les Peaux- Rouges sont pécheurs, chasseurs et guerriers ; ils n'avaient ;\ l'époque de la conquête que des armes de pierre, mais se sont rapidement faits aux armes européennes ; ils s'habillent de peaux de bisons, se peignent et se tatouent le corps de diverses façons, souvent pittoresques, adorent la parure et se font des ornements avec des dents, des coquilles et surtout des plumes brillantes. L'habitude de scalper la chevelure de leurs ennemis, qu'ils mangeaient quelquefois, était générale. Ils présentent d'ailleurs des caractères assez variés : les Apaclies sont repoussants; les Alrj07i(/uins atteignent quelquefois au contraire à une véritable beauté : c'est parmi eux qu'il faut ranger les Delawarex, les Mohicans, les Chippeu'ciys ou Odjibxvays, les Pieds-Noirs, etc., bien connus de tous nos lecteurs. Les Iroquois étaient leurs voisins ; les Hurons en sont les derniers restes. Les Nnichez, qui ont été chantés par Chateaubriand, avaient acquis une réelle civilisation ; enfin, dans les prairies du Mississipi vivent les Pawnies et les Stoux, irréconciliables ennemis des blancs.
Au Mexique et dans l'Amérique centrale, au milieu de tribus demeurées barbares, d'autres Américains indigènes, les Totii^q^ie^, étaient parvenus à une civilisation très avancée trois ou quatre siècles avant notre ère ; ils furent vaincus par les Chichimèques, mais les absorbèrent dans leur civilisation, qui prit même, après la conquête, un nouvel essor. A leur tour, les Chichimèques furent soumis par les Aztèques, qui fondèrent un vaste empire dont la capitale était Mexico, oii les chefs des peuples soumis étaient tenus do résider comme otages. Les anciens Mexicains surent élever des palais, construire des routes, des canaux, des digues, des ponts, tisser de magniiiques étoffes, fabriquer des bijoux d'or et des outils de bronze; ils avaient une administration compliquée ; adoraient comme des dieux les éléments et la nature, et, bien que se nourrissant habituellement de végétaux, pratiquaient le cannibalisme en l'honneur de leurs divinités. Grands et bien faits, les anciens Mexicains étaient bruns, avec de beaux yeux, un nez aquilin, saillant, parfois de la barbe. Les Comanches et les Shoshones sont leurs proches parents.
Dans l'Amérique du Sud, au Pérou, une autre race, celle des Aymarns Quichiias, avait acquis une civilisation d'un autre genre, mais non moins avancée. C'étaient de petits hommes (moyenne l'°,00), trapus, au teint olivâtre, au front court et fuyant, artificiellement déformé, au visage arrondi régulièrement, avec un nez remarquablement saillant, aquilin, recourbé sur la lèvre supérieure, à longues narines ; les yeux étaient petits et présentaient, caractère singulier, une cornée légèrement jaunâtre. Les Aymaras-Quichuas étaient soumis à la famille dos Incas, dont les membres occupaient héréditairement tous les postes et toutes les dignités, et qui avaient largement, mais assez équitablcment, substitué une sorte de communisme à la propriété individuelle : une législation sévère maintenait rigoureusement cet état de choses. Cuzco, la capitale, était solidement défendue. Les Péruviens adoraient un Dieu invisible,
qu'ils fêtaient en plein air, et la plus noble de ses créatures, le soleil, père des Incas, il qui ils avaient dédié des temples superbes. Ils avaient construit des routes et des chaussées, et tenaient l'agriculture en grand honneur. Les morts étaient enterrés de façon à se dessécher et à former de curieuses momies assises, les genoux relevés, les bras croisés sur la poitrine. Les mœurs étaient douces et le sont demeurées chez les Aymaras, qui subsistent encore et dont la passivité n'a d'égale que celle des Chinois.
Les Caraïbes qui peuplaient les Antilles, et habitent encore la Guyane, les Gunranis du Paraguay et quelques autres tribus du Brésil, forment une famille où une certaine douceur de mœurs n'excluait pas le cannibalisme; ils étaient bien distincts de leurs voisins, les Botocialos, à la lèvre inférieure perforée pour y placer un cylindre de bois,le /loloqiie, et\e& A»tis. Les Gauchos da Brésil et de l'Uruguay sont des descendants probablement métissés des anciens colons espagnols ; ils sont pasteurs, excellents cavaliers, très indépendants, violents et d'une ignorance profonde.
Dans les pampas de la liépublique argentine et de la Patagonie vivent un assez grand nombre de tribus sauvages et pillardes, telles que celles des Puelches, des Amucans, de taille moyenne, et surtout des Tehuhekhes ou Patai)0>is, renommés pour leur haute taille dont la moyenne s'élève h \'",Ti. Ce sont des hommes jaunes, forts, h face large, à grosses lèvres, h nez épati', à cheveux noirs et droits, à yeux noirs, petits et horizontaux, ayant dans la physionomie quelque chose de mongolique. Ils sont essentiellement cavaliers, chasseurs, pillards et fort peu industrieux.
Anx Araucans, d'Orbigny rattachait les Fiirf/iens, par lesquels nous terminerons cette revue rapide des races humaines, et qui sont l'un des types les plus inférieurs de l'humanité au point de vue intellectuel. Les Fuégiens sont cependant navigateurs ; ils ont des flèches à pointe en silex, quelques instruments de pêche ; ils vont presque nus, sous leur climat glacé, et vivent de tout ce que la mer met à leur portée.
On voit par ce que nous venons de dire combien est grande la variété des races humaines, combien est énorme la distance qui sépare le Fuégien ou le Boschiman de l'Européen actuel. En présence do telles différences, doit-on supposer que tous les hommes ont eu une origine commune ? Doit-on admettre qu'ils sont partis de ces massifs de l'Asie centrale où tant de races si profondément diverses vivent presque côte à cùte et nù l'on place volontiers le berceau de l'humanité? .N'y a-t-il pas eu pour l'homme plusieurs centres d'apparition? Comment se fait-il que l'Asie et l'Afrique, où semblent se rencontrer le plus grand nombre des races autochtones, soient précisément aussi la patrie des grands singes, l'orang à Bornéo et Ji Malacca, le gibbon dans l'Inde, le chimpanzé et le gorille en Afrique? Sans chercher ;i rattacher l'homme à ces animaux, n'est-il pas permis de se demander ce que feraient les zoologistes d'êtres inférieurs aux Boschimans : et ces êtres n'ont-ils pas réellement existé? Qu'était ce mystérieux Dryopithèque miocène dont on n'a pas osé faire un homme? Toutes questions encore non résolues, que l'anthropologisle est bien obligé d'aborder de nos jours, mais auxquelles il n'est permis de répondre qu'avec la plus grande circonspection. [Edmond Perrier.]
SCULPTURE
SCULPTURE
SCCLPTIRE. — Procédés. — La sculpture est l'art de créer des images réelles au moyen de la matière solide. Les substai.ces qu'elle peut mettre en œuvre sont fort nombreuses. Tantôt ce sont des substances facilement amollies, comme la cire et l'argile, qu'on modèle avec la main ou de petits instruments de bois, tantôt des substances dures, végétales ou minérales, le bois, la pierre, le marbre, le granit, qu'on taille avec des outils de fer ou d'acier; tantôt des alliages fusibles ou friables, comme le bronze, l'argent, le plâtre, qu'on coule dans des moules préparés de façon à reproduire en saillies les formes qu'ils portent en creux. Dans tous les cas, le sculpteur préparc presque toujours en terre-glaise ou en cire l'ouvrage qui doit êire ensuite reproduit définitivement dans une matière plus solide. L'esquisse préparatoire s'appelle une maquette; le projet arrêté s'appelle le modèle. D'ordinaire, le modèle, après avoir été exécuté en terre, est ensuite moulé en plâtre afin de pouvoir être plus facilement conservé.
Quand une statue doit être exécutée dans le marbre, le sculpteur confie d'abord à des ouvriers spéciaux [praticiens I un modèle en plâtre d'après lequel, par des procédés géométriques, ils taillent le bloc de marbre ii peu près complètement : c'est le travail d'i'/jane/lage et de mise au peint. Le sculpteur n'intervient, à la fin, que pour donner les derniers coups de ciseau, et mettre plus de vigueur ou de finesse dans les formes.
Quand la statue doit être exécutée en bronze, ce modèle peut être traité de deux façons suivant le mode de fonte adopté. Le premier mode est celui du coulai/e à cire perdue. C'est le modèle plus ancien, qui demande le plus de soins et qui donne, au point de vue de l'art, les meilleurs résultats. Le sculpteur lui-même modèle sa figure avec de la cire autour d'un noyau de plâtre. Cette figure achevée, on y applique sur certains points l'extrémité de cylindres en cire, qui réservent la place des divers canaux qui doivent traverser le moule, pour y apporter du dehors le métal en fusion (les jets), pour y donner de l'air pendant l'opération (les éL-e?its], pour permettre à la cire fondue de s'écouler (les éijnuls).
La figure ainsi préparée, on y applique au pinceau, par couches successives, une potée très fine, qui doit épouser toutes les saillies et tous les creux du modèle; on l'enveloppe d'une épaisseur de plâtre et de sable (c/(o/)e). Le moule chauffé progressivement, de façon à ce que la cire s'échappe par les égouts, que l'on boucheimmédiatement, est ensuite cuit au rouge, puis enfin enterré. On construit alors au-dessus un bassin [ccheno] au fond duquel s'ouvrent les orifices des jets, tandis que les évents restent dressés un peu au-dessus. Quand le métal, chauffé dans le fourneau élevé près du bassin qu'il domine, est dans un état de fusion convenable, le fondeur le verse dans le bassin d'où il s'introduit dans le vide formé entre le moule et le noyau. Le métal refroidi, on déterre la chape, on brise le moule, on scie les cylindres formés par les conduits, et l'on n'a plus qu'à achever l'œuvre par un travail de ciselure. Ce procédé qui donne, nous l'avons dit, les plus beaux résultats, est malheureusement très coûteux et présente de grandes difficultés d'exécution.
Aussi empluie-t-on plus ordinairement le second mode, dit de la fonte au sahle. On prend alors sur le modèle de plâtre un moule en sable pouvant se désajuster par morceaux. Le noyau central est formé, d'autre part, d'un autre moulage en sable.
qu'on réduit sur toutes ses faces d'une certaine épaisseur, de façon à établir entre le moule et lui un espace vide, laissant place au métal. Comme dans ce moule le coulage d'un seul jet présente de grandes difficultés, on coule ordinairement la statue par fragments que l'on rajuste ensuite.
Selon la matière dans laquelle l'œuvre doit être définitivement fixée . le sculpteur varie l'exécution de son modèle. Toutes les matières employées ne présentent point les mêmes ressources et ne peuvent pas donner les mômes effets. Le marbre, sensible aux transparences de la lumière et donnant le mieux l'illusion de la chair, se prête aux formes simples et larges; le bronze, sur lequel le jour allume des reflets éclatants, exige un modelé plus serré ; l'exécution même du bois entraîne à des formes arrondies.
On peut encore établir les distinctions suivantes : quand l'objet est représenté sous ses trois dimensions, c'est la sculpture en ronde-bosse; quand l'objet est lié à un fond, c'est la sculpture en relief. La sculpture en relief est dite en hautrelief, demi-relief et las-relief, suivant que la forme ne tient au fond que par certaines parties, s'y trouve à demi engagée, ou s'y dessine plus simplement par une légère saillie.
Histoire de la sculpture. — Dès que l'homme se fut construit un abri contre la rigueur des saisons, il éprouva le besoin de le décorer. Les premiers sculpteurs parurent en même temps que les premiers architecles et se servirent des mêmes matériaux, le bois, la pierre, le marbre; de même qu'eux, ils se bornèrent d'abord à prendre leurs premiers motifs dans la nature inorganique; Les premiers essais connus de sculpture remontent à l'âge de pierre et se retrouvent, soit dans les cavernes, soit dans les cités lacustres. Dans l'âge du renne, l'homme, avec de simples instruments de silex, commença à ciseler l'ivoire et le bois, et à y graver des représentations do la nature végétale et animale avec un sentiment très exact des formes vivantes. Toutefois c'est seulement en Egypte que l'on peut suivre historiquement les plus anciens développements de l'art sculptural.
Egypte. — Si l'on s'en tenait aux documents que les fouilles, pratiquées en Egypte depuis un siècle, ont mis sous nos yeux, on serait disposé à croire que l'art de ce pays, contrairement à la loi observée dans tous les autres, aurait débuté par l'imitation libre et expressive de la nature pour ne tomber que plus tard dans la recherche du symbolisme et du formalisme hiératique. Les sculptures des plus anciennes dynasties du premier empire recueillies dans les musées ont, en effet, un caractère surprenant de réalité et de vie qu'on cesse bientôt de trouver dans des œuvres plus récentes. Telles sont les fameuses statues du Rn-em-ki, fonctionnaire sous la V*^ dynastie, et de Scliafra, pharaon de la I\'" dynastie, qui ont figuré, en ISC7, à l'Exposition universelle de Paris et sont maintenant conservées au musée de Boulaq. Toutes deux sont d'admirables portraits, exécutés avec une précision de formes, une liberté de style, un sentiment de vie qui n'ont guère été dépassés en aucun temps. Le musée du Louvre possède deux statues en pierre calcaire, le grandprêtre Li/a et sa femme Nisa, remontant peutêtre à une époque plus éloignée encore, qui donnent bien l'idée du caractère naturaliste empreiiit dans tous les ouvrages de cette époque. En faut-il conclure que ce sont là les débuts de l'art sculptural en Egypte'? Non, sans doute, Duo pareille
SCULPTURE
iiiU"
SCULPÏUllK
liabitud(3 d'observation, une si surprenante habileté supposent forcement des siècles de préparation et de tâtonnements, et la perfection de ces figures prouve seulement qu'à l'époque où elles furent faites, l'Egypte était en possession d'une civilisation déjà complète et probablement fort ancienne.
La sculpture, comme l'architecture, subit tous les contre-coups des diverses révolutions, venues soit de l'extérieur, soit de l'intérieur, qui modifièrent successivement la constitution sociale et politique do l'Rgypte. C'est à partir du moyen empire (Xl'-Xll" dynasties) qu'elle prend décidément le caractère d'immobilité mystérieuse dont elle ne se départira jamais plus, et qu'elle paraît se soumettre à la règle inflexible d'un Ciino7i probablement imposé par la caste sacerdotale, seule dépositaire de toutes les sciences, senle directrice de tous les arts. La pensée qui domine alors toute la civilisatioi] égyptienne est celle de l'éternité. La vie sur terre n'est qu'une longue préparation à la mort qui devient elle-même la vie définitive. Tous les arts sont des arts funéraires, la sculpture ne travaille que dans les tombeaux. Il semble qu'il y eut alors, au point de vue de l'exécution matérielle, une première décadence, pendant laquelle les figures devinrent plus trapues, plus lourdes, d'un travail grossier et négligé, puis, quelques siècles après, une première renaissance, pendant laquelle d'assez grands progrès furent de nouveau accomplis. Les statues alors prennent des proportions plus justes et plus élancées ; les visages sont mieux étudiés, moins conventionnels et moins inexprossifs. Le travail du ciseau devient extrêmement liabile et délicat. La plupart des œuvres sont traitées en ronde-bosse. Malheureusement ce mouvement heureux fut arrêté de nouveau brusquement par l'invasion des Arabes pasteurs (XV'Ue dynastie, vers 2'300 avant J.-C), et, pendant les cinq siècles que dura leur occopation, tous les arts furent anéantis.
Lorsque les Hycsos furent enfin chassés par Amosis, une nouvelle renaissance de la sculpture éclata sous les règnes de Ramsès II, Ranisès 111 et Aniénopliis. Le principe de cette renaissance fut l'imitation des ouvrages archaïques de la période hiératique, mais l'exécution devint rapidement plus libre, plus riche et plus souple. Dans les figures les membres s'arrondissent, les muscles se développent, les visages se caractérisent et semblent plus souvent des portraits. Cette période, la plus florissante de l'art égyptien, dura jusqu'à l'invasion des Ethiopiens (après la XX1I« dynastie, X' siècle av. J.-C). La statue colossale de Hamsès Meïamoun, celle de Séli I"' et le magnifique basrelief provenant du tombeau de ce dernier, au musée du Louvre, datent de cette époque. La fondation de la dynastie Saïte par Psammétichus, après l'expulsion des Ethiopiens, fut encore suivie d'un nouveau mouvement d'art qui emprunta son principe à l'ancien empire et affecta un caractère plus libre et plus naturaliste. Les statues iconiques deviennent alors nombreuses et excellentes. L'invasion do Cambyse et la conquête d'Alexandre arrêtèrent définitivement le développement de la sculpture égyptienne, qui produisit encore de nombreux ouvrages, tantôt empreints do l'influence grecque sous les Ptolémées et tantôt de l'influence romaine sous les empereurs, mais désormais sans originalité saisissable, et s'affaiblit peu à peu jusqu'à la chute du monde antique.
Assijrie. — L'art assyrien, pendant longtemps moins connu que l'art égyptien, peut être maintenant sérieusement étudié dans les musées de Paris et de Londres, grâce a\ix découvertes admirables faites par M. Botta en 1847 sur l'emplacement du palais de Sargon ("UO av. J.-C.) à Khorsabad, et par M. Layard, à la même époque, dans
les ruines mêmes de Mnivc. Le Louvre et le British .Muséum possèdent d'importantes séries de colosses de granit et de bas-reliefs en albâtre qui nous font connaître l'état de la sculpture assyrienne, sinon dans ses périodes de formation, au moins h l'époque qui correspond aux premiers développements de l'art hellénique sur lesquels s'exerça son influence. Dans cette sculpture sévère, d'un style parfois rude et parfois aussi délicat, mais foi-tement empreinte du sentiment de la nature et de la vie, on remarque plus de variété et de mouvement que dans la sculpture égyptienne.
Les bas-reliefs assyriens, sculptés avec une précision parfois surprenante, sont de véritables tableaux d'histoire. On y trouve des batailles, des sièges de ville, des chasses royales. Au Louvre, uu de ces bas-reliefs représente une expédition maritime, et un autre des chevaux conduits à la main, d'une forme nerveuse et élégante, et admirablement étudiés sur nature. Dans le même musée on voit les quatre énormes colosses qui formaient les deux pilastres d'une des portes du palais de Khorsabad. Ils portent sur un corps de taureau ailé une tête d'homme coiffée d'une tiare et d'un double rang de cornes, à la barbe et aux cheveux bouclés. Ce sont des images symboliques du roi : l'intelligence unie à la force.
L'art assyrien a eu une grande influence sur les arts des peuples voisins, les Phéniciens, les Hébreux, les Lydiens. La Grèce aussi reçut de lui ses premiers enseignements. Nous en avons le témoignage dans les nombreuses terres cuites et poteries de Cypre, de Cœré, de Milo, Délos, Athènes, Corinlhe, etc., dans les édifices des îles de Cypre, de Rhodes, et de Crète, dans les métopes du temple de Sélinonte et dans les ornements les plus fréquents de l'architecture grecque, triglyphes, méandres, paliuettes, etc. On retrouve aussi des traces sensibles de l'antique civilisation assyrienne dans nombre de thèmes décoratifs de l'art persan.
Grèce. — La Grèce a donc, nous venons de le voir, coiumencé par une imitation des arts orientaux. IVIais ces emprunts de la Grèce à l'Assyrie et surtout à la Phénicie n'ont le plus souvent trait qu'à la techniiiue, et le caractère de cet art naissant semble au contraire réagir contre les traditions étroites de l'Orient. C'est l'art libre opposé à l'art esclave. <■ L'indépendance a été l'âme de l'art grec, » a dit M. Beulé. En elTet, « à lï diff'érence des autres peuples de l'antiquité, les Grecs n'ont reçu de leçons que pour réagir contre leurs maîtres, s'assimiler leurs modèles, les dépasser, les répéter, et enfanter à leur tour des
modèles incomparables La sculpture grecque
avançait lentement, parce qu'elle ne cherchait pas la nouveauté; elle ne cherchait que le progrès. Aussi les artistes grecs n'ont point inventé l'art, mais ils ont trouvé la beauté. »
Si nous étudions, d'ailleurs, le caractère national de ce peuple, « besoin de clarté, sentiment de la mesure, haine du vague et de l'abstrait, dédain du monstrueux et de l'énorme, goût pour les contours arrêtés et précis, voilà, dit M. Taine, ce qui conduisit le Grec à enfermer ses conceptions dans une forme aiséiuent perceptible à l'imagination et aux sens, partant, à faire des œuvres que toute race et tout siècle puisse comprendre et qui, étant humaines, soient éternelles. » Ajoutons aussi que, contrairement à ce qui est arrivé chez les peuples de l'Orient, la religion grecque ne fut jamais étroite, jalouse et tyrannique. Loin de retarder le développement de l'art, elle le favorisa; elle n'imposait jamais d'entraves à l'artiste, mais le poussait, au contraire, vers le progrès, et profitait bientôt de sa science nouvelle.
Aussi ne remarque- t-on nulle part, dans les œu-
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vres qui nous restent de cette antiquité, ce caractère de convention liiératique qui resserre étroitement l'art égyptien; et nous savons par les récits des voyageurs anciens que les statues primitives de la Grèce, sculptées dans le bois et alors attribuées à. Dédale, avaient les bras séparés du corps, les jambes libres et les yeux ouverts. C'est là, dès l'origine, un principe d'imitation et de mouvf'Uient.
Pour les premiers temps de la Grèce, on trouve dans les tombeaux de Mycènes, qui remontent au XII' et même au xiii" siècle avant notre ère, des vases, des joyaux, des armes. C'est vers le xiii* siècle que les idoles primitives se transforment et déviennent de véritables statues. Auparavant, les Grecs adoraient des objets tombés du ciel, des troncs d'arbres sur lesquels se posaient les oiseaux sacrés. Peu après, on taille ces arbres, on leur pose des tètes en bois, plus souvent en bronze ou en métal précieux, on leur ajuste des bras, on les charge de vêtements et d'objets de prix. C'est la période des importations phéniciennes, interrompues au x« siècle par les guerres de la Pliénicie avec les nations juives et araméennes et complètement arrêtées aux ix° et viii« siècles par les guerres avec les Assyriens qui saccageaient la contrée. Les comptoirs des Phéniciens dans le monde grec sont alors détruits; ils se replient dans les îles, puis en Crète, à Chypre.
Dès ce jour, la Grèce peut se développer librement. Elle tire parti, dans le sens de ses instincts, des éléments phéniciens. C'est à la fin du ix' siècle, et surtout au viu» et au vii«, que se forme la vraie sculpture grecque.
En Grèce, où toutes les villes sont rapprochées, les écoles locales se pénètrent sans cesse. On y distingue cependant trois groupes d'activité.
En premier lieu, la Grèce orientale et insulaire, qui comprend l'école de Sanios, commençant avec Rhoikos à qui les Grecs attribuent l'art de la fonte. Ces premiers artisans, ù la fois ciseleurs et architectes, travaillent la pierre, le bois et le bronze. Vient ensuite l'école de Chios, dont le plus ancien maître est Glaukos, qui le premier souda le fer. Mêlas fait les premières statues de marbre blanc, progrès décisif pour la statuaire. La Crète compta aussi des artistes considérables.
C'est de ce monde de l'Asie Mineure et des îles que l'art pénètre dans toute la Grèce, et d'abord dans le Péloponèse, où se forme un deuxième groupe d'écoles à Sparte, en Elide, à Argos. Toutes ces écoles se rattachent aux artistes crétois, Dipœnos et Scyllis, et jettent des rameaux jusque dans la Grande-Grèce.
Ce second groupe travailla d'abord le bois et préféra toujours le bronze au marbre. La plus célèbre de toutes les écoles péloponésiennes est celle de Sparte, qui commença avec Doutas et DyrocliJas. Elle garda la primitive austérité du génie dorien et conserva le style archaïque sans poursuivre l'expression idéale de la beauté. Célèbre et féconde au siècle de Pisistrate, elle fut supplantée par l'école d'Aihènes au siècle de Périclès. L'école voisine d'Elide exerce son influence sur toute la partie ciccidentale de la Grèce du Nord. Son maître le plus connu est Callon, à qui se rattachent les artistes théhains. C'est de li que l'art du bronze se répand en Sicile et dans l'Italie méridionale. L'écule d'Argos reste plus obscure pendant longtemps. Elle aboutit à Agéladas, qui fit, le premier, des statues d'atlilètes vainqueurs aux jeux Olympiques, et qui fut le maître de Miidias et de Miroii.
Les artistes de Sicyone ne travaillent plus exclasivement le bronze; ils allient volontiers le bois ii l'ivoire et à l'or (sculpture chryséléphanline), et s- exercent h tailler le marbre.
L'école d'Atliquc prit la succession de cette
école, par l'intermédiaire d'une école plus célèbre encore, celle d'Egine, dans laquelle se consomme la fusion du style dorien et du style ionien. Ilivale d'Athènes, riche et puissante comme elle, Egine faisait remonter l'origine de son art à Smillis, personnage peut-être fabuleux et contemporain de Dédale.
C'est d'elle que sortit la dernière et la plus grande des écoles grecques, l'école de l'Attique, qui travailla le bois, l'ivoire, le bronze et surtout le marbre. Son fondateur, Eudoios, contemporain de Solon et des Pisistratides, fit trois statues d'Apollon et une d'Athéna, consacrée dans l'Acropole, et qui fut plus tard emportée à Rome par Auguste. Anténor exécuta le groupe des Tyrannicides, emporté ensuite à Ecbatane par Xerxès. Amphicratès immortalisa, sous la figure d'une lionne, Lééna, la maîtresse d'Aristogiton, qui se coupa la langue avec les dents pour ne point découvrir ses complices.
Parmi les œuvres de cette période, qui s'étend jusqu'aux premières années du ve siècle av. J.-C, on doit citer :
Les bas-reliefs de Thasos (musée du Louvre) ; l'Apollon de Piombino.qui paraît une imitation de l'Apollon didyraéen de Canachos; les deux grands frontons d'Egine, exécutés probablement entre 522 et 510 (glyptothèque de Munich). A cette époque la science anatomique est arrivée au plus haut degré. Mais h cet art vigoureux et vivant manquent la liberté souveraine des mouvements, l'harmonie savante des groupes, la beauté tranquille des formes que l'école d'Athènes va décidément lui donner.
Plusieurs grands artistes préparent l'avènement de Phidias, le plus grand de tous et le plus grand sculpteur de tous les temps. Calamis travailla entre 450 et 42'j. Pausanias décrit un assez grand nombre de ses œuvres. Sa Sosajidra, placée sur l'Acropole, était très vantée dans l'antiquité. Pline nous parle de lui comme d'un artiste supérieur dans la représentation des chevaux. La môme remarque se trouve dans Ovide, Denys d'Halicaruasse, Cicérou. Polyclè-te d'Argos ne sut point égaler Phidias dans la représentation des dieux. 13ien qu'il ait arrêté le type accompli de la Junon — la (ière épouse et reine de la Nue — dans son Héré chryséléphantlne, ouvrage d'une toreutique avancée comme celle du Zeus Olympien et de l'Athéna Panhénos, son talent le porta surtout îi l'étude du mouvement et des jeux musculaires. Il diit chercher aux bains, à la palestre, dans la mobilité des nudités parfaites, le modèle bientôt traditionnel de l'athlète et de l'éphèbe. Pline nous apprend qu'il imagina, le premier, d'équilibrer le corps sur une seule jambe ; et c'est là le principe qui laisse tant de mouvement à la statuaire de cette époque.
Cette observation de la nature active, Myron d'Eleuthère la porta jusqu'à la recherche de l'effort et du geste violent. Plus près des Eginètes que Polyclète et Phidias, il garda, en même temps que la rudesse de cette vieille école, un goût marqué pour l'expression des particularités réelles. Tandis que l'école de l'art religieux conçoit la calme et simple eurythmie du panthéon symbolique, Myron sentit, au contraire, et sut exprimer dans tous ses ressorts, la puissance organique de la vie animale. Son DiscuOole est saisi à l'instant qu'il jette le disque; et c'est, avec les deux pancratiastes renversés daiisia lutte (tribi."ûede Florence), un des rares exemples d'une action violente qui, figée dans le repos du marbre, ne pouvait agir sur le tempérament grec que par la nouveauté de l'.ffet.
Pœonios et Alcamène furent contemporains de Phidias. Le premier travailla avec Phidias et Alcamène à Olympie, où il exécuta tout le fronton
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oriental du temple. Les fragments de sa Victoire sont d'admirables morceaux d'une manière très savante. Alcamène exécuta le fronton occidental du môme temple. Chez lui comme chez Pa>onios la tendance naturaliste est très marr|uée ; mais ses formes sont moins trapues et i)lus élégantes. D'après ces sculptures, Alcaniène semble antérieur h IMiidias ; il dut être son contemporain, mais étudia cliez un maître d'une pratique moins avancée.
l'bidias était Atliénien. Élève d'Agéladas d'Argos, il apporta une influence dorique dans la sculpture attique, avec plus d'ampleur et de puissance que ses compatriotes. Outre les f.imeuses statues de l'Athéna Parthénos et du Zeus Olympien, il exécuta ou fit exécuter les célèbres sculptures du Partliénon, transportées h Londres par Lord Elgin. Sa vie se termina tristement : il fut accablé par l'envie et mourut on prison. C'est au lîritisli Muséum que sont aujourd'hui conservés les débris si admirables des sculptures qui décoraient le Partliénon. La collection comprend quelques précieux fragments des deux frontons (le Thésée, l'Ilissus, les Parques, etc.), des métopes, d'une exécution moins parfaite, et de la Procession des Panathénées. Cette œuvre immense qui porte son nom et qui donne la mesure de son génie, Phidias ne put l'exécuter tout entière de sa main. Sous sa direction, Alcaniène, Scopas, et bien d'autres, parmi ses rivaux ou ses élèves, ont laissé la marque d'un ciseau moins puissant.
Si les guerres médiques, dont Athènes porta presque seule le poids, éveillèrent le génie attique, et lui arrachèrent dans un- suprême élan le secret do sa force, l'interminable et sanglante guerre du Péloponèse, fatale à toute la Grèce, amena une transformation de l'art dans le brusque changement des mœurs républicaines. Les désastres de la lutte affaiblirent cette saine race de héros et d'artistes religieux, et la peste vint frapper ce qui restait de virilité dans le vieux sang athénien. Avec la religion sensuelle des mythes erotiques et aphrodisiaques, la sculpture •conçut des types nouveaux, d'un idéal moins large, plus humain, plus passionné. En outre, les subtilités d'une rliétorique qui alors entra pour une bonne part dans l'éducation du gymnase, développa le goût des idées particulières et détermina une dernière école de sculpture iilijolo- (jique. Le lyrisme des tragédies d'Euripide et le jeu de la scène, qui avait perdu de son ancienne simplicité, ne furent pas étrangers à cette transformation.
Scopas et Praxitèle dirigèrent le mouvement : Lysippe les suivit, apportant une manière réaliste, dernière influence de l'école do Polyclète. Scopas, de Paros, plus sensible aux molles transparences du marbre qu'aux accents fermes du métal, exécuta, dans cette matière préférée, des sujets tirés du cycle de Dionysos. 11 réalisa, le premier, ce type d'adolescent, aux lignes arrondies, posé dans la nonchalance d'une ivresse rêveuse. 11 fixa définitivement cette gracieuse et jeune représentation de lAmour, qui, dans les mythes de l'Orient et les origines de l'art grec, répondait à un symbole obscène ; et ce fut sous les traits d'Eres, Himeros et Pothos, qu'il imagina les Kabires do Samothrace. On lui doit encore la création des génies de la mer, combinaisons ingénieuses de l'homme et du dauphin.
Le cycle d'Aphrodite inspira Praxitèle. Mais ce n'est point la chaste et fière déesse de l'hymen, prolectrke de l'épouse, ni même une interprétalion neuve de l'asiatique Mylitla , qui peut séduire le sculpteur atliénien. Mêlé à la société des hétaïres et des courtisanes qui lui servirent de modèles, il n'a vu dans la mère de l'Amour qu'une Athénienne do mœurs galantes, dans la beauté du visage céleste, qu'un sourire de volupté décente.
C'est là l'expression commune à tout le groupe dit des « Vénus de Médicis, » si souvent imité par la sculpture moderne, et dont les grands musées de l'Europe possèdent d'assez beaux exemples.
Praxitèle fut peut-être encore l'auteur du groupe des Niobidcs, qui ornait à Rome le temple d'Apollon Sosianus, et que certains auteurs attribuaient il Scopas, son émule. Ce fut li une première recherche du drame puissant, rythmé dans l'ordonnance calme des conventions plastiques. L'école de Rhodes alla plus loin.
Avec Lysippe, Euphranor et Léocharès, la statuaire décline et prend à l'école de Sicyone le caractère d'une industrie de divinités officielles et de portraits héroïques. Si l'art se vulgarise, les procédés faciles, en se répandant chez tout un monde d'artisans, ne peuvent suppléer ni à la force religieuse, ni Ji l'austère élégance qui restent la niar(|ue du grand siècle.
11 devient alors assez malaisé d'établir une classification suivant les temps et les milieux influents, entre tant d'oeuvres sans nom d'artistes, entre tant de noms étrangers à l'histoire. Certaines statues, qu'on était d'abord tenté d'attribuer à l'époque romaine, ont été bientôt étendues à l'héritage grec. Si dans Vllercule Fanièse, ouvrage d'un Glycon d'Athènes, on retrouve une imitation de la fameuse statue de Lysippe, nous n'avons pour l'âge du Laocoon que le plus mystérieux document, une phrase obscure de Pline. Ce groupe d'un beau mouvement dramatique, mais trop près de la convention, semble peut-être appartenir à l'époque des grandes écoles rhodiennes, auxquelles on doit le Taureau Farnèse et le célèbre colosse qui dominait le port de Rhodes.
Rome et les Etrusques. — Nous aurons bien peu de chose à dire, pour terminer l'étude de la sculpture antique, de l'art de la statuaire i'v Rome. Les artistes romains, dans les arts comme dans les lettres, resièrent les imitateurs des Grecs, dont ils ne firent très souvent que reproduire les ouvrages estimés. Le genre dans lequel ils réussirent le mieux, et où ils produisirent même dos œuvres remarquables, est le genre iconique. Les images si nombreuses des césars et des impératrices sont fort belles de vie et de vérité. Le nombre des bustes est surtout beaucoup plus grand que celui des statues. Au Louvre on peut admirer toute une série de bustes impériaux et dans le fond de la salle dos antiquités romaines une très belle statue d'Auf/uste.
A Rome, au Capitole, est Agrippine assise, d'un art très remarquable ; l'Aniinoics, appelé aussi Germanicns ; et la statue équestre en bronze de Marc-Aurèle, qui passe pour la plus belle statue équestre, et dont l'expression douce et calme, le geste protecteur sont fort admirés.
Nous avons peu de notions exactes sur l'art en Etrurie. Nous savons que sa civilisation est antique, que, d'abord autochtone, elle subit un certain mélange asiatique, puis fut modifiée par les Grecs avant de se confondre avec la civilisation romaine.
L'art le plus particulier h l'Etrurie fut la ciselure des joyaux, la fonte des statues de bronze et la fabrique des armures.
On remarque parmi les modèles de cet art Vldo- 1)710 (Florence) et la belle statue de VOrateur; au Louvre, la statuette i' Apollon enfunt tenant un canard, d'un mouvement gracieux et naturel et d'un beau caractère. Ces trois oeuvres sont en bronze.
Parmi les œuvres en terre cuite attribuées à l'art étrusque, nous avons encore au musée du Louvre le sépulcre qu'on désigne sous le nom de Tombeau lydien, qui semble être antérieur au iv° siècle avant notre ère.
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sci'LPTURE MODFuxE. — Italie. — Le sentiment de la beaoté plastique, déjà bien affaibli en passant de la Grèce à Rome, s'éteignit tout à fait au iv= siècle, à l'avènement définitif du christianisme . La religion nouvelle, en effet, maudissait la nature estérieure comme corruptrice, et proscrivait la beauté comme fatale. Les dévastations des Barbares à l'Occident, les fureurs des Iconoclastes à l'Orient, achevèrent de détruire les œuvres antiques de la statuaire, écliappées aux édits des empereurs chrétiens. La culture de cet art fut longtemps interdite comme une impiété.
En Italie pourlant, une cerlaino pratique grossière do la sculpture décorative persista dans les provinces subalpines, où quelques ouvriers fujant devant l'invasion lombarde au vi' siècle s'étaient réiugiés dans une petite ile du lac de Côme. Ils ne se soumirent aux chefs barbares qu'après avoir obtenu d'iniportînts privilèges pour leur corporation. Les Maestri comacini, devenus les Francsmaçnyis, se répandirent de tous côtés, laissant partout des monuments de cette architecture qu'on est convenu d'appeler lombarde. L'ornementation en éiait brutale, maladroite, d'un symbolisme monstrueux ou grotesque; la figure humaine n'y apparaît que très rarement et sous ses aspects les plus hideux.
Cette tradition suffit aux tailleurs de pierre pendant les xi' et xii" siècles. C est seulement au XIII* siècle, à Pise, que commence le réveil de la sculpture, avec Kicolas de Pise. Le bas-relief qu'il fit pour !e portail de la cathédrale de Lucques établit du premier coup une distance énorme entre lui et ses contemporains. La célèbre chaire du Baptistère à Pise, celle delà cathédrale de Sienne, le tombeau de Saint -Dominique, à Bologne, montrent un génie hardi et puissant qui sut spontanément comprendre et reproduire la beauté noble des ouvrages antiques. Après une vie extranrdinairement laborieuse, il mourut vers 1278, laissant après lui plusieurs élèves qui se répandent dans toute l'Italie. Jean de Pise, son fils, s'installe d'abord à Naples, puis remonte dans le nord. Moins exclusivement épris de l'antiquité, il pousse la sculpture dans le sens expressif et dramatique, et lui donne sa liberté complète, en lui faisant exprimer tous les sentiments contemporains. Cette révolution féconde fut achevée, sous l'influence de Giotto, le génie rénovateur de la peinture italienne, par Andréa Pisano, qui vécut ;i Florence où il a laissé deux chefs-d'œuvre, les bas-reliefs du Campanile, et les portes de bronze du Baptistère, que celles de Lorenzo Ghiberti ont un peu fait oublier depuis. C'est lui qui introduisit dans la sculpture ce naturalisme élevé et poétique qui devait devenir le caractère de l'art florentin. D'autres élèves de l'école de Pise portaient en même temps l'enseignement de la sculpture sur presque tous les autres points de l'Italie; les plus connus sont Balduccio, qui fit à Milan le tombeau de Saitit-Eustorgio, et Lorenzo Maitani, l'arcliitecte de la cathédrale d'Orvieto, qui en dirigea la décoration sculpturale.
Vers la dernière moitié du xiv' siècle, le mouvement donné s'affaiblit au m.ilieu des calamités de l'Italie. La sculpture se réfugie alors dans les boutiques des orfèvres florentins ; c'est de là qu'elle sort bientôt après avec une science plus consommée, un goût plus vif et plus délicat pour l'expression poétique et la réalité vivante. Parmi les plus célèbres sculpteurs florentins de cette période admirable nous citerons seulement Lorenzo Ghiberti U3'î''*-I155),quiobtintàviiigtans au concours l'exécution des fameuses portes en bronze du baptistère de Florence; Donatello(13.S2- 140G), le plus fécond, le plus original, le plus puissant de tous, qui réussit dans tous les genres, grâce à une incomparable souplesse d'intelligence
et de main qui lui permit de donner des exemples, dans les genres les plus divers, à ses rivaux et à ses successeurs; Luca délia Robbia (UOU-1481), dont le naturalisme est moins audacieux mais plus tendre que celui de Donatollo, et qui donna un grand développement à l'art des terres cuites émaillées.
Ces maîtres puissants, auxquels il faut joindre les frères Pollajuolo et Andréa Verocchio, l'auteor de la magnifique statue équestre du condottiere Bartolommeo Colleone à Venise, préparèrent l'avènement du plus étonnant génie de la sculpture moderne, Michel-Ange Buonarotti (l-iTô- 1561).
Ce grand artiste, à la fois sculpteur, architecte, peintre, ingénieur, poète, comme la plupart de ses contemporains, naquit au château de Caprese dans le Casentino. Sa première œuvre est un masque do tète de Faune conservé à Florence. Cette ville po.ssède en outre son Bacchus ivre, son Adonis, son buste de Brulus, et son ouvrage le plus original et le plus puissant, dans la chapelle funéraiie des Médicis à Saint-Laurent: d'un côté le Mausolét: de Julien de Médicis, avec sa statue qui surmonte celles du Jour et de la .\uit; de l'autre le Mausolée de Laurent de Médicis avec son effigie connue sous le nom de Pensieroso, accompagnée de l'Aurore et du Crépuscule. A Rome, où il passa la seconde moitié de sa vie et où se trouvent ses grands ouvrages de peinture et d'arcliitecture, Michel-Ange a dote la basilique de Saint-Pierre de la statue de A'o^-e-Da»!e de la Pilic et l'église de la Minerva d'un Christ. C'est encore à Rome, à Saint Pierre aux-Liens, qu'il faut aller admirer le Mausolée de Jules II, et le fameux Moiie, d'un caractère puissant, sévère, redoutable. Cette statue colossale est le chef-d'œuvre de la sculpture moderne. Le Louvre possède deux Captifs qui devaient décorer le monument funéraire de Jules II. L'un, le plus beau, est inachevé. Ce sont deux morceaux d'une sculpture superbe et d'une expression admirable.
A la même époque que Michel-.\nge, un autre Florentin, médailleur, orfèvre et sculpteur, qui nous a laissé son autobiographie si accidentée, Benvenuto Cellini (liOO-1570), parcourt toute l'Italie, et vient en France travailler à Fontainebleau. Sa sculpture se distingue par un caractère éminemment décoratif. Il n'a guère travaille que le bronze ou les métaux précieux. Nous avons de lui au Louvre la lymphe de Fontainebleau.
Après l'Ammanato, la sculpture tombe dans les mains d'un Napolitain, Loi-enzo Bernini (lj9SlOSti). Pendant toute sa vie l'arbitre des choses d'art en Italie et même en France, le cavalier Beinin, avec sa sculpture bouffie et pompeuse, précipita la décadence de son art. Il éleva la chaire et le baldaquin du pape dans la basilique de Saint- Pierre, et sculpta la Justice et la Charité sur le tombeau d'Urbain VIII. En même temps l'Algarde (I5s3-16ô4) introduit le maniérisme et le mauvais goût dans la sculpture, et Antonio Corradini pousse ces défauts jusqu à la puérilité.
Le dernier sculpteur italien est Antonio Canova {n47-1822 , qu'on a beaucouj) trop admiré. Sa sculpture est élégante et distinguée, mais aussi molle, efféminée, et non exempte do maniérisme. Ronje et Vienne possèdent ses plus importants ouvrages. On admire surtout dans cette dernière ville son groupe de Thésée vainqueur du Minotaure. Le musée du Louvre renferme dans les galeries desculpture française le groupe très gracieux de Zéphyre enlevant l'syché.
C'est l'école de Canova qui s'est continuée en Italie jusqu'à nos jours, en poussant à l'excès lemaniérisme et la futilité, et en sacrifiant le caractère général de l'œuvre à l'exécution minutieuse de tous les détails.
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Frnnce. — En France, comme en Italie, toute ] la période qui s'étend jusiiu'i l'an mil est vide l absolument pour l'histoire de la sculpture. On utilisait grossièrement pour l'ornementation des églises dos fragments de l'antiquité, et les rois carolingiens signaient leurs capitulaires avec l'empreinte d'anciennes pierres gravées. Mais à l'époque des croisades les communications entre l'Occident et l'Orient réveillèrent rapidement dans notre pays une activité artistique extraordinaire et d'un caractère bientôt original. Au xi" siècle, la sculpture apparaissait déj:i dans 1^'s édifices religieux, imitant d'abord les formes b> zantines, puis peu h peu prenant son indépendance.
C'est chez les moines de Cluny que se rencontrent les premiers tailleurs d'images. La beauté étant interdite comme profane, ils cherchent principalement l'expression, et atteignent souvent un idéal religieux et élevé.
A partir du xii" siècle, l'art cesse d'appartenir aux moines pour passer sous la direction plus libérale des évêiiues. Aussi devient-il plus laïque, la sculpture prend un caractère plus naturaliste et plus humain. Les admirables ,fl:;ures qui peuplent les portails et les galeries de nos grandes cathédrales, Chartres, Reims, Amiens, Waris, etc., datent de la fin du xiii' siècle et du commencement du XIV' ; quelques-unes, par la majesté de l'allure, la vérité de l'expression, la beauté des draperies, la simplicité du style égalent, dans un ordre d'idées dilïérent, les grandes œuvres de la Grèce. Malheureusement, toutes ces grandes œuvres sont anonymes.
Les premiers noms de sculpteurs que les documents nous livrent sont ceux de sculpteurs moins anciens : Jean Raviet, et son neveu Jean Bouteiller, qui travaillèrent pour le cloître Notre- Dame sous Charles VI; Hennequin de la Croix, qui édifia dans l'église do Senlis le beau mausolée consacré par Charles V à son fou, Thévenin de Saint-Lcgier; Conrad Meyt et André Colomban, qui élevèrent dans l'église de Brou le monument de Philibert le Beau.
Le sculpteur breton Michel Colombe '1431-1514) marque l'apogée de la sculpture française du xv= siècle, qui avait pris un caractère plus naturaliste encore et plus familier. Il est l'auteur du mausolée du duc de Bretagne Franrois II et de sa femme Marguerite de Fois, dans la cathédrale de iNantes. On lui attribue le bas-relief du Coniliut de saint Georges conlve le drayon (musée du Louvre).
A la même époque, Jean Juste de Tours travaille au tombeau de Louis XII, et Jean ïexier sculpte les nombreuses et belles sculptures de la cathédrale de Chartres.
En même temps que François I" appelait en France les artistes italiens, qui devaient modifier le caractère si particulier de notre sculpture nationale, un sculpteur français, Jean de Boulogne, né i Douai en 1524, allait prendre place parmi les premiers artistes italiens. Florence possède plusieurs de ses œuvres, VEn/évemcnt d'une Sabine sur la place du Palazzo Vecchio, et aux Offices plusieurs statuettes en bronze et ce fameux Mercure d'un mouvement si hardi, si léger et si gracieux.
Le plus grand sculpteur français du xvi" siècle est Jean Goujon (vers 1530-157",'). Sa sculpture est d'un style décoratif, plein de charme, de grâce et d'élégance. Le Louvre possède de lui le beau groupe en marbre de Diu7ii; qu'il fit pour le château d'Anet, et plusieurs bas-reliefs admirables de netteté, de précision, de grâce et de vérité : la Descente de croix et les Quatre Eoangélis/es, le groupe des Tritons et des Néréides, les deux Nij„iphes de la Seine. On peut aussi admirer de
lui, près des Halles centrales, la célèbre fontaine dos Innocents, dont les sculptures ont été si souvent reproduites. Avec Jean Goujon et au môme rang, marchent ses deux contemporains Jean Cousin et Germain Pilon.
A Jean Cousin, on attribue le riche tombeau de Pierre de lirézé qui se trouve à Rouen, et le beau Mausulée de Phiiippe de Chaijot que renferme le musée du Louvre.
Nous sommes moins pauvres en œuvres de Germain Pilon. Les caveaux de Saint-Denis possèdent les mausolées qu'il exécuta pour François V' et Henri II, et le Louvre contient, avec celui qu'il éleva pour le cliancclier de France René Biraguo et sa femme, une nombreuse collection d'ouvrages de sa main. La statue de bronze du chancelier agenouillé dans l'attitude de la prière est frappante de vie et de vérité. On admire surtout le beau groupe en marbre des trois Orûces, et le groupe des quatre figures de femmes sculptées dans le bois, qui soutejiaient la châsse de Sainte- Geneviève. Le style de Pilon est décoratif en même temps que naturel et élevé.
Nous pouvons admettre parmi les sculpteurs français de cette époque maître Ponce ^PauI- Ponce Trebatti), florentin d'origine, qui a élevé les tombeaux du duc de Carpi et do Charles de Magny.
Jacques Sarrazin (né en 1590) sert de transition entre la Renaissance française et le xvii'^ siècle, ainsi que Simon Guillain, son contemporain, dont le Louvre conserve les statues en bronze de Louis XIII, d'Anne d'Autriche et de Louis XIV enfant, qui décoraient jadis le monument du Pont au Change.
Le derjiier sculpteur de la Renaissance est Pierre Frapcheville, dont le Louvre possède quatre figures en bronze de Notions vaincues qu'il fit pour l'ancienne statue équestre de Henri IV.
Dans les salles du Louvre qui portent leur nom, se trouvent réunis un certain nombre d'ouvrages des deux frères Anguier. De François, l'aîné (I604-1CC9), est le grand et bean inonicmf.nt de Henri de Longueville, ainsi que les tumbeaiix df Jacques-Auguste de Thvu et de la princesse île Condé; de Michel, le plus jeune (1012-1686), sont le Mausolée de Jacques de Souvré de Courlenvaux et le buste de Colhert. Leurs ouvrages, d'un beau caractère, ne sont pas exempts d'une certaine lourdeur.
Pierre Pugct (1622-1694) est le plus puissant des sculpteurs français. Ses œuvres manquent souvent de goût et de beauté, mais leur style est original, énergique, libre, et il a rendu merveilleusement le mouvement, la force et la passion. On admire de lui, au Louvre, {'Hercule au repos, le groupe de Persée ei d'Andromède, le basrelief à' Alexandre et de Diogène, et son véritable chef-d'œuvre, le groupe de Milun de Crolone.
Antoine Coysevox (lO!0-n20) est l'auteur du Mausolée du cardinal Maziirin , qu'entourent trois figures allégoriques en bronze, et des nombreux bustes, parmi lesquels on remarque les portraits de Mignard et de Lebrun, tous deux si vivants.
Quant h. François Girardon (1630-1" 15), le rival de Coysevox, il faut aller à Versailles pour admirer les beaux et énormes groupes dont il a orné le parc.
Les deux frères Coustou, Nicolas (1C58-173.3) et Guillaume (1678-1746), ont laissé, le premier, le groupe do la Jonction de la Seine et de la Munie (dans le jardin des Tuileries), le second, les fameux Chevaux de marbre (à l'entrée des Champs-Elysées).
Nous avons encore de cette époque, au Louvre, toute une collection charmante et intéressante de petits Morceaux de réception i l'Aca-
SCULPTURE
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<3cmio-. où Ton trouvp tontes les qualités de la sculpture du xviii" siècle, si libre et si décorative, malgré tous les reproches de maniérisme qu'on lui adresse et qu'elle mérite quelquefois.
Edme Boucliardon (1098-1762) a sculpté pour l'église Saint-Sulpice les statues du Christ, de Marie et de huit apôtres. Sa plus belle œuvre est la Fontaine rie In rue de Grewlle. Le caractère de son art est noble, aisé, distingué, peut-être un peu froid.
Viennent après les noms de Chrétien Allegrain \ (ni,s-n9j\ puis de Jean-Jacques Pigalle (("14- | 17S5), dont on peut admirer au Louvre le Mer- C'ire aliacliant ses tnlonniére^, le buste de Mau- j rice de Saxe, frappant de ressemblance et de vie, et l'étrange statue de Voltaire nu, dans la bibliothèque de l'Institut, etc. ;
Après Pigalle, Jean-Antoine Houdon (1741-1828), qui relie la sculpture élégante et décorative du ] xviii'^ siècle :\ la sculpture savante et souvent froide du commencement du xix* siècle. Il a laissé au Louvre une Diane en bronze, un groupe de l'Amour et Psi/ché, et une Psyehé à In Innipe. On lui doit aussi la belle statue de Voltaire assis et le buste de Molière qui se trouvent au foyer du Théâtre-Français.
A la suite se présente une .série de sculpteurs d'un style lourd et souvent mou, Ramey, Roland, Chaudet, Bosio, Cortnt, etc., jusqu'à ce que nous arrivions aux deux plus grands sculpteurs contemporains. Rude (I784-1S,'.51, qu'on peut admirer dans son superbe groupe de la Marseillaise (à l'arc de triomplie de l'Étoile) et son gracieux Mercure qui est au Louvre, et David d'Angers {17S9-1856\ qui a fait le fronton du Panthéon, le beau Pliilopœnien des Tuileries, et la b^lle et nombreuse collection de bustes et médaillons, tous si vivants, d'après les célébrités contemporaines.
Pour l'état de la sculpture actuelle, le musée du Luxembourg et les jardins publics offrent aux visiteurs les beaux bronzes de Barye, plusieurs groupes de Carpeaux, une série d'ouvrages très remarquables de MM. Guillaume, Freraiet. Chapu, Paul Dubois, Falguière, Delaplanche, Thomas, Aimé Millet, Cavelier, Dumont. etc.,- qui ont maintenu la sculpture française \x un niveau toujotirs élevé et qui ont donné à notre art la première place entre les nations étrangères.
Autres pays d'Europe. — Nous n'avons plus qu'un mot à ajouter sur les autres nations de l'Europe, l'Espagne, l'Allemagne, les Flandres et l'.\ngleterre, où la sculpture a toujours été moins cultivée.
En Espagne, c'est de l'Italie que les sculpteurs reçoivent toutes leurs leçons ou bien c'est chez elle qu'ils vont les chercher, comme Alonzo Berruquete (1480-1561). qui fut l'élève direct de Michel-.\nge et travailla i son retour en Espagne pour Charles-Quint, et Gaspar Becerra (1520-1570) dont nous parle Vasari, et qui, revenu dans sa patrie exécuta divers travaux pour Philippe II. Le plus connu des sculpteurs espagnols est .\lonzo Cano (U!01-16'l7) qui avait un goût très délicat, €t montre dans toutes ses oeuvres une simplicité d'attitude et une noblesse de forme que les Espagnols n'avaient pas connues avant lui.
En Allemagne, on admire à Nuremberg la belle fontaine de Sebald Sclmffer et les bas-reliefs de la Passion de Hans Decker et d'Adam Kralï. Le plus célèbre sculpteurallemand de cette époque (xV siècle) est Pierre Fischer, l'auteur du célèbre tombeau de Saint-Sebald, dans la même ville de Nuremberg. Le grand peintre .Albert Diirer s'est essayé aussi dans la sculpture. Il a travaillé surtout le bois, et quelquefois l'ivoire. Le musée de Carisruhe possède de lui un petit groupe en
cette matière, qui est plein d'élégance et de charme. Mais la sculpture est fille des pays du sud; aussi netrouvons-nousdaus les pays septentrionaux d'autres sculpteurs, pour l'Allemagne, que Danneker h l'époque contemporaine, dont X'Ariane sur la p«n//iére est beaucoup trop admirée dans son pays; Christian Rauch (1777-18571, qui a élevé le beau monument de Frédéric le Grand .\ Berlin, surmonté de la statue équestre de cet empereur, et Auguste Kiss, son élève, auteur de \'A>iinzone à cheval qui est au musée de Berlin. Le Danois Thorwaldsen (1770-1844), qui a restauré les marbres d'Egine, fut l'émule de Canova, dont il a les qualités et les défauts.
En Flandre, il faut s'arrêter à Bruges, à l'église Notre-Dame, pour admirer les célèbres et beaux mausolées de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne, d'une exécution très délicate et d'un ensemble très riche ; mais c'est i Dijon surtout que sont les deux merveilles de la sculpture flamande, les admirables tombeaux de Jean sans Peur et de Pliilippe le Hardi, dont les nombreuses statuettes sont toutes de poses variées, naturelles, d'une expression vraie et profonde, d'une exécution incomparable. Le premier des deux tombeaux, celui de Philippe le Hardi, terminé en 1404, est l'œuvre de Claux Bluter, do Claux de Vousonne et de Jacques de Baerz. Le second a été élevé (14441 par un artiste espagnol, Juan de la Huerta, aidé de deux ymaigiers bourguignons.
En Angleterre, la sculpture n'a jamais été cultivée avec beaucoup de succès. On peut néanmoins remarquer, à Westminster, un grand nombre de tombeaux et de statues intéressantes.
[Georges Lafenestre et L. Cénédite.] SENS. Psychologie, VI. — Les cinq sens, le goût, l'odorat, l'ouie, la vue et le toucher, ne sont pas seulement des organes de sensation, c'est-à-dire de phénomènes de plaisir ou de peine : ils sont aussi des instruments de connaissance, de représentation intellectuelle, de perception en un mot. C'est par l'intermédiaire des sens que nous acquérons la connaissance du monde extérieur et de tous les phénomènes matériels. Il n'y a donc pas en psychologie d'étude plus importante que celle de cette intelligence sensible qui, de l'aveu de tous, nous fournit un si grand nombre de notions, et qui, au dire de certains philosophes, i serait l'origine de toutes nos idées.
Avant d'étudier le rùle particulier de chacun
de nos sens dans l'acquisition des connaissances,
il importe de connaître d'une façon générale le
mécanisme de la perception extérieure.
' Toute perception sensilde suppose un certain
nombre de faits d'ordre difl'érent :
\ 1° Un fait physique, qui existe ou qui se produit en dehors de nous : phénomènes delumière, de chaleur, de mouvement, etc. Il est évident — excepté pour ceux qui croient que nos perceptions ne correspondent à rien de réel et que la représentation du monde sensible est une pure illusion subjective — que, quand nos sens s'exercent, ils s'exercont sur quelque chose, sur un objet extérieur. Dans l'obscurité nous ne voyons rien ; dans le désert, nous n'entendons rien.
2» Une série de faits physiologiques. D abord il faut que l'objet extérieur produise une impression sur l'organe sensible, sur la rétine, sur le tympan, etc. Tantôt cette impression est immédiate, comme, par exemple, dans la perception d'un corps que nous touchons avec la main; tantôt elle s'opère à distance et par l'intermédiaire d'un milieu, lorsque, par exemple, nous percevons, grâce aux ondes sonores, un bruit qui vient de loin. Mais sous une forme ou sous une autre l'impression sensible est la condition indispensable de la perception extérieure. Toutes les fois que
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les organes extérieurs manquent ou sont incapables de recevoir l'impression, la perception est impossible. En second lieu, l'impression matérielle doit titre transmise au cerveau par les nerfs qui viennent aboutir à l'organe extérieur. Si pour une raison on pour une autre cette transmission n'a pas lieu ou s'opère d'une façon anormale, la perception fait défaut ou s'égare. C'est ainsi qu'il suffit de piquer le nerf optique pour que l'on perçoive une vive lumière. D'autre part, bien des surdités et des cécités ont pour cause la lésion ou la maladie des nerfs de l'ouïe et de la vue. Knfln l'impression, quia été reçue par l'organe extérieur et qui s'est communiquée le long des nerfs, doit aboutir aux centres nerveux. Si la moelle ou l'encéphale sont malades, même dans l'hypothèse d'un état parfaitement sain des organes extérieurs et des nerfs, la perception sera ou altérée ou nulle. Le mécanisme physiologique de la perception extérieure rappelle donc exactement les procédés de la transmission télégraphique, qui exige un appareil de départ où la dépêche est reçue, un hl qui la transmet, et un appareil d'arrivée où la dépêche aboutit.
3° C'est seulement quand ces préliminaires ont été régulièrement accomplis que la perception est possible, et que l'inteUigence prend conscience de l'impression qui lui a éié communiquée. La perception est donc un fait psychologique qui suppose un certain nombre de conditions matérielles et physiologiques. Gardons-nous d'ailleurs de confondre ces conditions avec la perception elle-même. Sans aller jusqu'à dire avec certains auteurs que toute perception exige l'attention, c'est-à-dire un effort, un acte volontaire de la pensée, il est manifeste que la perception n'a lieu que quand l'intelligence, libre de toute autre préoccupation, est en état de recevoir l'impression des nerfs. Qu'arrive-t-il en effet quand nous sommes dominés, absorbés par nos réflexions intérieures ? c'est que nous n'entendons pas les sons, nous ne voyons pas les objets qui frappent nos sens.
Les considérations qui précèdent s'appliquent indistinctement à tous nos sens et expriment la loi générale de leur action. Examinons maintenant quelles sont les perceptions propres à chaque sens.
On a prétendu quelquefois que les sens inférieurs, le goût et l'odorat, ne nous donnaient que des sensations, qu'ils n'étaient que des organes de plaisir ou de peine et non des instruments intellectuels. Sans doute, les saveurs et les odeurs sont plutôt des sensations agréables ou désagréables que des perceptions proprement dites. Cependant, et sans mcconnaiire que le goût et l'odorat sont plutôt des sens affectifs que les serviteurs de l'intelligence, on ne saurait douter que les saveurs et les odeurs ne puissent être à l'occasion de simples représentations intellectuelles, perçues en dehors de l'impression de plaisir ou de peine c|u'elles nous procurent. C'est ainsi que le chimiste reconnaît un corps à son odeur caractéristique, qu'il distingue les substances en sapides ou insipides; c'esi. ainsi que le dégustateur reconnaît le crû et l'âge des vins qu'il goûte rien qu'à l'impression qu'ils produisent sur son palais.
Les perceptions de l'ouïe ont une tout autre importance. L'ouïe nous fait connaître le son et les diverses qualités du son, l'acuité ou la gravité, l'intensité, le volume, le timbre. Par là, l'ouïe nous met en rapport avec une multitude d'objets. Mais ce qu'il faut noter surtout, c'est que l'ouïe est le sens sucial par excellence, puisque par elle nous entendons la voix de nos semblables et connaissons leurs pensées. L'ouïe est aussi un sens artistique, puisqu'elle rend possible la musique, le plus populaire, le plus insinuant de tous les arts.
Les perceptions de la vue sont encore plus riches que celles de l'ouïe. La vue est le sens scientifique par excellence : c'est elle qui nous révèle la couleur, la forme et l'étejidue des objets. Quoi de plusadmirable que ce « touchera distance » qui nous permet de saisir les contours des choses au milieu desquelles nous vivons et qui nous fait même pénétrer dans l'immensité du ciel étoile ! Quoiqu'on puisse discuter longuement sur les misères comparées de la cécité et de la surdité, il paraît incontestable que l'aveugle est encore plus malheureux que le sourd, car il est privé du spectacle des innombrables beautés de l'univers : seulement le sourd est plus triste, parce que, moins isolé que l'aveugle, il se rend plus compte de ses malheurs, lisent mieux ce qu'il a perdu. iV'oublions pas que la vue est, comme l'ouïe, un sens esthétique, sans lequel nous ne jouirions ni de la peinture, ni de la sculpture, ni de l'architecture. Il y a de belles couleurs, de belles formes, comme il y a de beaux sons : mais iinyapas de belles odeurs, ni de belles saveurs. La beauté semble, en un mot, ne relover que du sens de la vue et du sens de l'ouïe.
Les perceptions du toucher sont la résistance, et ses différents modes : dureté, ténacité, fluidité, etc. Elles complètent la connaissance du monde extérieur et nous mettent en état de juger de la profondeur des corps. Le toucher, comme la vue, est un sens scientihque, mais il n'a directement aucun rapport avec les arts. Kemarquons en outre que le toucher n'est pas localisé, comme les autres sens, dans un organe spécial : il est répandu sur toute la surface du corps, bien qu'il ait son siège principal dans la maiu et à l'extrémité des doigts.
Telles sont en résumé les pei'ceptions immédiates et nalurelies de nos sens. Mais l'habitude, la réflexion, l'associution des différents sens dans une sorte de collaboration commune, d'autres causes encore déterminent des perceptions nouvelles que, pour les distinguer des premières, on appelle des perceptions uc^uises. C'est ainsi que l'ouïe acquiert la faculté de reconnaître la direction et la distance des sons. Une oreille exercée distingue aisément, au risque de se tromper quelquefois, d'où vient le bruit qu'elle entend, et si la source du son est éloignée ou rapprochée. Ce discernement n'ost possible que parce que nous avons appris de l'expérience que les sons ojit plus ou moins d'intensité, sont faibles ou violents, selon la distance qui les sépare de nous; que telle nature de son correspond à la présence de tel objet, etc. ; de sorte que par une associaiion rapide de nos souvenirs, des perceptions de la vue, et des perceptions propres de l'ouïe, nous parvenons à reconnaître approximativement la direction et la distance du son. Mais cette perception, qui suppose à vrai dire un commencement de raisonnement et un certain nombre d'opérations préalables, n'est pas, tant s'en faut, infaillible, comme le sont, dans l'exercice normal d'un organe sain et complet, les perceptions naturelles de l'ouïe. Les illusions qu'un ventriloque peut produire sur nous sont la preuve de cette possibilité d'erreur qui est le caractère de toutes les perceptions acquises.
Un autre exemple du même genre nous est fourni par le sens de la vue. Les philosophes ont longuement discuté la question de savoir si les yeux par eux-mêmes étaient capables de percevoir la distance et la profondeur des corps. Un grand nombre de raisons autorisent à en douter. Le petit enfant semble ne pas se rendre compte de l'éloignenient des objets, puisqu'il porte les mains en avant pour saisir des choses très éloignées de lui et hors de sa portée. D'autre part, il résulte d'expériences faites sur des aveugles-nés, auxquels des opérations chirurgicales rendaient
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subitement la vue, que tous les objets extérieurs leur apparaissaient d'abord comme placés sur un même platiet, pour ainsi dire, collés sur leurs yeux. Enfin, si l'on étudie les conditions mêmes de la vision, on se convainc que l'œil, ne percevant que par un bout le rayon lumineux qui émane de l'objet visible, ne peut i lui seul apprécier la longueur de ce rayon et par suite la dislance de l'objet. Nous croyons donc que les perceptions naturelles de la vue ne comprennent ni la notion de la distance, ni celle de la profondeur. La vue ne perçoit naturellement que rétendue de surface, grâce à la couleur qui délimite les contours et la forme di's clioses matérielles. C'est seulement à l'aide du toucher et grâce aux observations de ce sens que nous parvenons b, nous rendre compte par les yeux de la différence qui existe entre un corps solide et une surface plane. Xous associons après expérience certaine distribution de l'ombre et de la lumière avec la diversité des réalités tangibles, de sorte que, sans recourir au tact, nous pouvons apprécier par la seule inspection de l'objet s'il est seulement ■en surface ou s'il a de la profondeur. De même l'expérience nous ayant appris que les objets dont nous connaissons la grandeur réelle paraissent plus petits ou plus grands, selon qu'ils sont plus ou moins éloignés de nous, nous concluons, rien qu'en les voyant, qu'ils sont rapprochés ou distants. €e qui suffirait à prouver que la distance et la profondeur ne sont pas immédiatement perçues et que des expériences antérieures, des réllexions et des associations d'idées sont nécessaires pour préparer cette perception, c'est que nous sommes victimes d'illusions optiques. Le peintre, en faisant jouer la lumière sur sa toile, et en rapetissant ou en agrandissant ses figures, nous lait croire à l'existence de plusieurs plans, à une profondeur réelle dans un tableau qui est tout en surface.
La distinction des perceptions naturelles et des perceptions acquises est une des vérités les mieux établies de la théorie des sens. Elle nous montre ce fait capital, que les connaissances en apparence les plus immédiates supposent parfois de longs préliminaires, que la réflexion et une sorte de raisonnement inconscient se mêlent à des perceptions (|ue l'on croirait intuitives, que la nature elle-même a besoin d'éducation.
Il ne faudrait pas s'imaginer d'ailleurs que les perceptions naturelles ne supposent pas elles aussi l'éducation. L'enfant n'est en possession de ses sens qu'au bout de quelc|ues mois. Apprendre à voir n'est pas pour lui une chose toute simple. Aux premiers jours de la vie l'enfanta peur de la lumière. 11 est atteint d'une sorte de photophobie naturelle qu'explique la délicatesse et l'imperfection de ses organes visuels, et analogue .'i ces pliotophobies morbides que déterminetit l'inllammalion de l'œil ou d'autres maladies. Approchez une bougie d'un enfant qui vient de naître : il fermera les yeux ou tout au moins il louchera fortement. L'œil se dérobe en quelque sorte, s'enferme dans l'angle obscur de l'orbite, afin d'échapper à la lumière. Mais au bout de peu de temps tout est changé: l'enfant manifeste au contcaire un goût marqué, une sorte d'appétit pour la lumière. 11 suffira parfois, pour calmer ses pleurs, de placer une bougie auprès de son berceau. Remarquez cependant que pour le nourrisson de quelques semaines la lumière ne doit pas être trop intense; il faut, pour qu'il la supporte, qu'elle soit douce et qu'elle ne l'éblouisse pas. L'enfant d'ailleurs, pendant quelques semaines, jouit de la lumière plus qu'il ne la perçoit. Il ne fixe pas les objets tout de suite. Quand il est enfin en état de les fixer, un premier progrès sera qu'il puisse les accompagner du regard par un mouvement du globe de l'œil. Un second progrès, c'est quand il est capable de tourner la tète et par suit e de prolonger son re-
gard. Mais quand il en est arrivé là l'enfant n'est pas encore en pleine possession de la faculté de voir. La vue adulte a une certaine étendue en largeur, c'est-i-dire qu'elle embrasse un certain champ de vision à droite et à gauche ; en outre elle a une certaine portée en profondeur, elle saisit les objets placés devant elle plus ou moins loin. Eh bien, il est facile de constater, si l'on observe les petits enfants, que leur vue n'a pas tout de suite son étendue et sa portée normales. Les petits enfants perdent vite de vue les objets qu'on place devant eux : et d'autre part, si l'un transporte brusqueiuent à droite ou à gauche l'objet qu'ils fixaient, cet objet échappe à leur regard. En d'autres termes, le champ de la vision est encore très limité pour eux, soit en profondeur, soit en étendue. La nature, ici comme en toutes choses, procède avec un art parfait par petits progrès, par développements insensibles ; elle n'accorde au petit être qui vient de naître que des perceptions restreintes en rapport avec son état ; elle ne lui ouvre pas en une lois le spectacle de l'univers visible ; elle le lui découvre lentement, avec ménagement et discrétion ; elle ne crée pas d'un seul coup, elle organise peu à peu ses sens et ses facultés.
L'éducation des sens est un sujet digne do fixer l'attention du psychologue, comme celle du pédagogue. Sans parler de l'évolution naturelle qui, comme nous venons de le voir pour la vue, achemine chaque sens jusqu'à son point de perfection normale, il est certain que l'exercice peut assurer aux facultés de perception sensible une précision, une finesse extraordinaire. Le peintre et le musicien, les artistes, les artisans apprennent à voir, à entendre, avec un degré do force et de justesse que le vulgaire n'atteint pas. On sait à quelle merveilleuse puissance parvient le toucher des aveugles. Laura Bridgman*, la jeune Américaine sourde, muette et aveugle, en est veime avec le toucher seul à distinguer la couleur des divers pelotons de laine ou de soie qu'elle emploie dans ses travaux de couture et de broderie. Comme toutes les facultés intellectuelles, les sens sont perfectibles.
Après avoir étudié les sens au point de vue subjectif, c'est-à-dire en eux-mêmes, il reste à se demander quelle est la valeur objective des connaissances qu'ils nous fournissent. Le monde extérieur est-il en réalité tel que les sens noua le montrent'? Et. pour aller jusqu'au bout des questions possibles, le monde e.xtérieur existe-t-il'?
On sait que certains philosophes qu'on appelle des idéalistes ont prétendu que les perceptions des sens ne correspondaient à rien de réel, qu'elles n'étaient que des illusions de l'esprit se dupant lui-même par des représentations toutes personnelles et créant à plaisir un monde qui ne serait que le fantôme de notre imagination. La seule réponse à faire à un scepticisme de ce genre, c'est que l'universalité et l'uniformité des perceptions sensibles, que tous les individus humains éprouvent de la même manière, nous obligent à admettre une cause constante et permanente des représentations de nos sens, et cette cause indépendante de nous, extérieure à nous, c'est le monde matériel, quel qu'il soit d'ailleurs en luimême. La science est d'autant plus disposée à affirmer la valeur objective de nos perceptions' normales qu'elle constate l'existence de percep-'i lions trompeuses et illusoires, causées par uneil lésion des sens, par un trouble de l'imagination, j'.l par un état anormal de l'esprit, et qu'on appelle; ' hallucinations. f
Après avoir reconnu l'existence du mondes matériel, le philosophe doit s'empresser d'ajouter, que les choses ne sont pas en elles-mêmes lelleJi que les sens nous les représentent. Les perceptions .
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sensibles sont des connaissances relatives et n'ont rien d'absolu. Kilos expriment le rapport de deux termes : le sujet qui perçoit et l'objet qui est perçu. Par suite, il suflit d'une modirication dans l'organisme pour faire varier la perception. Il y a des maladies qui affectent la vision au point de nous faire voir tout en jaune ou en gris. Il n'y a de lumière, il n'y a de sons que parce que nos yeux et nos oreilles sont construits comme ils le sont. En debors de nous et de nos perceptions, le son et la lumière no sont que des mouvements. Même les qualités de la matière que l'ancienne philosopbie considérait comme des qualités absolues, la résistance, l'étendue, ne sont que des qualités relatives. Ce qui résiste h un toucher délicat et faible cède sous une pression plus forte. L'étendue varie avec les modifications que l'on apporte à l'appareil de la vision : ce qui parait petit h l'œil nu, devient énorme au microscope. 11 faut savoir se défaire de ce préjugé que la matière .est en réalité ce que les sens la représentent. Les sens sont des interprètes qui traduisent à leur manière et pour notre usage un modèle inaccessible en luimême. Leur version est toujours la même, mais elle n'est pas plus exacte pour cela. Ils ressemblent à des magiciens qui parent la nature de couleurs éclatantes, quiy jettent des sons enchanteurs, qui enfin l'embellissent et la transforment en mille manières, mais qui ne nous disent pas ce qu'elle est en réalité.
La relativité de toute connaissance sensible n'en diminue du reste pas la valeur. On peut par hypothèse se demander si un ou plusieurs sens de plus ne modifieraient pas gravement aotro représentation du monde matériel. Mais dans l'état réel et l'organisation normale de l'homme, tel qu'il est, la nature ne cessera pas de nous apparaître sous les mêmes formes, avec les mômes proportions. Nous ne pouvons songer à sortir du relatif, et il faut nous contenter de représeiitations qui expriment sinon la réalité absolue, du moins un rapport réel eiitre.nolre organisme sensible et l'indéchiffrable nature.
Les notions fournies par les sens sont un des cléments essentiels de l'intelligence humaine. Ce serait une erreur de croire que les sens ne nous donnent pas d'idées. « Avant l'âge de raison, disait à tort Rousseau, l'enfant ne reçoit pas des idées, mais des imagos. » Pour être sensibles, les représentations de la vue, de- l'ouïe, etc., n'en sont pas moins des idées. Sans doute la conscience, appliquée aux modifications intérieures ilu moi, est une source féconde de connaissances. Mais combien plus riche, combien plus vaste est le domaine de la perception extérieure 1 La plupart de nos idées abstraites et de nos idées générales ne dérivent que d'un travail de l'esprit qui compare, qui sépare ou qui rapproche les données concrètes des sens. Il n'est plus question sans doute de faire des sens le principe unique de l'esprit, comme le voulaient Locke, Condillac et les sensualistes de l'ancienne philosophie. L'esprit a sa constitution propre, ses lois essentielles ; naturelle ou acquise, innée ou héréditaire, la raison préexiste aux sens et gouverne leur exercice, par exemple, quand elle nous lorce à admettre une réalité extérieure, cause et principe des représentations sensibles. Mais les sens n'en sont pas moins l'origine de la plupart de nos connaissances ; ils enrichissent l'esprit d'une multitude de notions ; il suffit, pour juger de leur importance, de voir à quel misérable état est réduite l'intelligence des malheureux qui sont privés de plusieurs ou môme d'un seul de leurs sens. L'àme n'est pas, comme l'ont cru certains philosophes, une force qui se suffise à ellejnônie ; elle a besoin de s'alimenter au dehors par une communication incessante avec la nature :
elle n'est enfin en grande p.irtie que l'écho conscient du monde extérieur.
l Gabriel Compayré.) SIKCI.IÎ DE PliniCLÈS. — Histoire générale, VIII. — On a donné ce nom au v» siècle avant J. -('.., quoique l'influence personnelle de Périclès ne s'étende que sor sa seconde moitié et seulement sur la fin de la première. En réalité, le v" siècle comprend deux périodes assez distinctes, celle des guerres médiques, et celle de Périclès lui-même, à la suite do laquelle on pourrait ajouter, comme formant une troisième période, l'époque de la guerre du Péloponnèse. On obtient de la sorte un ensemble de faits politiques, littéraires, artistiques, qui va de la bataille de Marathon en 490, ou môme de la révolte de rionie en 50i, h la prise d'Athènes par Lysandra en 404. C'est là, i proprement parler, le siècle de Périclès. Toutefois, il faut observer que beaucoup d'hommes célèbres dans les arts, les lettres ou la politique n'ont pas terminé leur carrière en 404 et continuent ii produire de grandes œuvres pendant les premières années du siècle suivant.
L'antagonisme entre le monde oriental et le monde hellénique avait atteint sa période aiguë à la fin du vi" siècle. La révolte de l'ionie fut le signal de la crise. Mais, faute de cohésion, les colonies grecques, dispersées sur les rivages de la Méditerranée et du Pont-Euxin, étaient hors d'état de lutter contre l'énorme puissance des Perses. La lutte se trouva portée plus h. l'occident, sur le sol et dans les mers de la Grèce. La mèrepatrie redevint ainsi le centre du monde hellénique. En Orient, la puissance perse venait à peine d'être fondée par Cyrus ; Cambyse l'avait agrandie ; quelques années plus tard, Darius, fils d'Hystaspe, en reculade nouveau les limites dans toutes les directions, en Asie jusqu'à l'Inde où le brahmanisme se trouva avec elle dans un antagonisme absolu, en Afrique jusque vers l'Abyssinie et les possessions carthaginoises, au nord chez les Scythes et les peuplades voisines de la Sibérie, en Europe jusque sur le Danube. Darius entreprit de couper l'isthmo de Suez et de faire le tour de l'Afrique. Son immense empire était animé d'une force d'expansion qui semblait devoir absorber les peuples européens, sans qu'un obstacle sérieux put l'arrêter.
La civilisatiou persane, fondée sur la religion de Zoroastre, la moins sensuelle religion de la terre à cette époque, l'emportait de beaucoup sur toutes celles de l'occident. Par la savante organisation qu'il avait créée, Darius avait donné à cette civilisation supérieure une assiette d'oii rien ne semblait pouvoir la faire sortir. Ce qui fit sa faiblesse, ce fut la diversité des races incorporées dans l'empire ; il en résultait un ensemble factice où se heurtaient les idées, les langues, les mœurs, les intérêts. En outre, la doctrine de l'absolutisme royal, fondé sur un système de castes, était aux Asiatiques le ressort moral que donnaient aux Hellènes leurs tendances vers la démocratie. Le petit peuple d'Athènes, constitué par Solon au siècle précédent, devint un point de résistance indestructible.
C'est ce que mit dans tout son jour la bataille de Salamine, en 480, où l'on vit ce peuple abandonner sa ville aux flammes, rompre toute attache h la terre, et, dans la solitude de ses détroits, s'offrir à la lutte sans autre ressource que son corps, ses armes et son amour de la liberté. Tel fut le sens du péan qui ii l'aube du jour retentit entre les rivages : « Allez, enfants des Hellènes. » L'esprit qui animait cette Marseillaise anticipée respira dans toutes les œuvres du \' siècle.
Le rôle joué par les Athéniens dans cette lutte fit d'eux les premiers des Grecs. Leur ville fut rebâtie h la hâte ; les vieilles doctrines disparu-
SIÈCLE DE PÉRIGLÈS — 2416
SIECLE DE PERIGLES
rent avec les vieux murs; la démocratie, avec le commerce maritime, fit rechercher Atiiènes par tous les peuples de race ionienne et signala en elle aux Doriena une rivale qui détruirait leur hégémonie. La rivalité de Sparte se montra presque au lendemain des batailles nationales : les principes politiques, les races, les constitutions et les doctriiies s'opposèrent et s'exaltèrent réciproment, au péril des deux Etats, mais au plus grand bénéfice de l'humanité.
Presque tous les genres littéraires nouveaux avaient été créés avant les guerres médiques ; ils étaient issus de la vie réelle et étaient parvenus à un point de croissance qui permettait"de les porter en peu de temps h la perfection. La poésie lyrique avait fleuri séparément dans les trois dia lectes principaux de la Grèce et dans les modes musicaux propres à chaque race hellénique. Il lui fallait encore un homme de génie qui en réunît toutes les formes variées. Cet homme fut Pindare. L'œuvre de Pindare avait été préparée par l'école lyrique de Céos, dont le principal représentant avait été le grand Simonide. Son grand-père, luimême, son neveu Bacchylide et son petit-fils Simonide le jeune formèrent une suite non interrompue de poètes-musiciens, qui rendirent possible l'œuvre de Pindare. Simonide écrivit en dialecte dorien les règnes de Cambyse et de Darius, la bataille navale de Xorxès, le combat de r.\rtémision, des thrènes, des hymnes, des péans, des prières, des épigrammes et des odes héroïques. Presque toutes ces compositions furent faites pour des circonstances déterminées, des cérémonies populaires, des actes publics de la vie des citoyens. Il composa dans ce but des danses avec chant, des chœurs pour cinquante hommes, des chœurs de jeunes filles, des chants de victoire et des marches funèbres. Tout cela reflétait la vie d'un peuple où les tendances démocratiques étaient déji toutes puissantes.
Nous ne faisons que nommer en passant Bacchylide, Lasos d'Hermione, Timocréon de Rhode, Tynnichos de Chalcis, pour arriver à Pindare. Avant ce grand poète, la Béotie avait déjà produit deux femmes célèbres, Corinne et Jlyrtis, qui furent ses rivales ; mais c'est vraiment de Stésicliore que Pindare fut le successeur. L'ode triomphale, qui porte chez nous le nom d'ode pindarique, était chantée en l'honneur du vainqueur dans les concours ou jfux solennels. C'était à la fois un morceau de poésie et de musique ; pour l'exécuter, l'auteur organisait et instruisait d'avance un chœur de chanteurs à gages ; il leur faisait faire avec lui un voyage parfois long et coûteux en Macédoine, en Sicile, on Afrique; l'exécution terminée, il les ramenait au point de départ ou les conduisait ailleurs. La forme lyrique de l'ode était composée de trois éléments, la strophe, l'antistrophe et l'épode, à la façon des chœurs de la tragédie et de la comédie. Chaque partie était le développement d'une pensée b. la fois poétique et musicale. Souvent à ces deux caractères s'ajoutait la danse, sorte de marche cadencée que l'on appelait busii. Les paroles n'étaient point soumises à la mesure ; quand on parle des lers de Pindare, on emploie une expression fausse ; il faut dire les rythmes de Pindare ; ses odes ne sont ni en vers ni en prose ; les paroles sont soumises uniquement au rythme musical et à la chorégraphie.
Quant au fond, l'ode est avant tout l'expression d'une légende mythologique ou héroïque, se rattachant i l'histoire du vainqueur, de son pays, de ses ancêtres, ou même simplement au concours dans lequel il avait eu le prix. Le vainqueur et la vicloire remportée ne sont pour le poète qu'une occasion, d'où il lui arrive môme parfois de tirer une leçon de morale, une règle de conduite à l'adresse de son héros.
Quoique do race dorienne, Pindare fut un des représentants de l'esprit démocratique; il avait, en voyageant, vécu sous toutes les constitutions ; il y avait gagné un esprit large, tolérant, ami du progrès, et il avait chanté les vainqueurs de ces grands concours, créations essentiellement démocratiques de la Grèce.
Le vo siècle vit aussi se développer trois autres créations du génie grec, qui dès lors n'ont plus cessé de compter parmi les caractères de la civilisation occidentale : ce sont la tragédie, la comédie et Vliistoire.
Qu'est-ce qu'un théâtre grec? Son centre est l'autel de Bacchus, dressé au milieu d'un hémicycle appelé orchestre. Sur le pourtour du demicercle étaient des sièges, disposés en gradins, sur lesquels venaient s'asseoir les prêtres, les magistrats et le peuple. Vis-à-vis, le long du diamètre, s'élevait une estrade garnie de constructions percées de portes et ornées de décors appropriés. L 'S gradins portaient le nom de théâtre, et l'estrade celui de scène. Ici, se tenaient les acteurs du drame : en bas, dans l'hémicycle, se tenait le chœur. Le théâtre était découvert et pouvait contenir jusqu'à 150000 spectateurs. Sur la scène les acteurs portaient un masque et étaient agrandis par le cothurne.
Ce fut en l'année 500 que les Athéniens construisirent en pierre leur théâtre de Bacchus, type de tous les théâtres de la Grèce, admis par les Romains et approprié par les modernes à notre climat et à nos mœurs. A partir de cette époque, surtout à la suite des guerres médiques, le drame prit dans Athènes un développement rapide. ,Le chœur occupa une moindre place et le dialogue acquit plus d'importance ; le nombre des personnages en scène s'accrut ; l'art de la composition et la mise en scène se perfectionnèrent. Les trois grands esprits qui ont en réalité créé la ti-ar/êdie et l'ont amenée à son point de perfection, appartiennent au v= siècle et sont restés des modèles éternellement imités, mais non égalés : Eschyle, Sophocle et Euripide ont fait du drame une des créations les plus hardies et les plus puissantes du génie humain. A cùté d'eux, il faut placer Aristophane, qui les a égalés dans la comédie.
Nous devons dire en quoi consiste une tragédie grecque. Le chœur en est toujours la base ; ses chants rythmés partagent l'action en divers moments ; ce sont eus qui ont donné naissance à la division en actes. Les intervalles des chœurs sont remplis par le dialogue en vers des personnages agissant sur la scène. Ces personnages ne sont point pris au hasard; chacun d'eux a son rùle spécifique dans l'action. Ils sont conçus par le poète et distribués de manière à former contraste, à se compléter et à donner naissance à une œuvre dont les parties sont symétriques. Enfin, le plus souvent, à l'action principale sont subordojmées des actions secondaires, qui se déroulent avec elle et trouvent dans le courant ou à la fin du drame leur dénoùnient.
L'Athénien Eschyle, né en 525, a été, non l'inventeur, mais le véritable créateur du drame. Il mourut en 45G, après avoir composé soixantedouze pièces, dont cinquante-deux furent couronnées dans treize concours, chaque concours portant à la fois sur quatre pièces, à savoir sur une trilogie tragique et sur un drame satirique. Quoique eupalride, c'est-à-dire noble de naissance, il était animé de ce sentiment de sa valeur personnelle que la démocratie inspire au citoyen ; on en a la preuve dans son Prométhée. Tout en défendant l'aréopage, c'est-à-dire la vieille magistrature aristocratique, contre les idées de ïhémistocle et de l'ériclès, il chantait, dans les Perses, les victoires nationales de ce peuple agissant en i masse et spontanément contre l'ennemi commun.
SlliCLK UK PÉKIGLÈS — "^Ul
La loixdtiie s'organisa en même temps que la tra- I Sparte en 45G et on ■555 dans sa lutte contre i;cdio, dans la première moitié du siècle. Issue de i Athènes. Quand Cimon, flls de Miliiade, eut été la partie joyeuse des fAtes do Bacclius, elle eut les , exilé, son parti no fut plus qu'une faction antimômes éicincnts, les mômes procédés, les mômes , nationale qu'il fallait maintenir dans l'impuissance, lois, la môme scène que la tragédie, née de la | Les lois proclamaient l'égalité ; elles devaient êtr.
partie sérieuse du môme culte. iMais le masque fut difl'érent, et elle n'employa pas le cothurne. lÎEi compensation, elle admit sur la scône des représentations d'animaux, oiseaux, guôpes, grenouilles, et d'êtres fantastiques môles il des personnages réels. Gratines et Cratès à Athènes et les comiques siciliens préparèrent les voies à Aristophane.
Le mouvement des esprits qui suivit les guerres modiques fit naître aussi Vlastoire. Elle n'était avant cette époque qu'une sorte de chronique ;
respectées et exécutées. C'est à leur donner l'empire auquel elles avaient droit que Périclès consacra sa vie, et c'est pour cela que le siècle a pris son nom.
Las vingt-cinq années qui suivirent la courte guerre de Sparte en 45G furent employées à préparer la grande lutte dont l'objet était de savoir quelle forme de gouvernement prévaudrait dans le monde hellénique. Le but de Périclès fut de concentrer dans Athènes une telle puissance matérielle et morale qu'aucune autre on Grèce ne pût
Hérodote en lit un genre littéraire et une œuvre ■ lui être comparée. Elève ou ami de tous les homd'art. Quoique dorien, il sentit que l'histoire élait i mes distingués de son temps, il réunissait dans une création du génie de la race ionienne et il i sa personne toutes les aptitudes et put diriger écrivit en dialecte ionien. C'est, en effet, les Ioniens dans toutes ses voies la civilisation athénienne, qui avaient soulevé la révolte contre le Gi-and-Roi, j Calme, prudent, réservé, plein de courage à l'aret ce sont eux qui avaient remporté finalement la ; mée, d'éloquence à la tribune, il exerçait sur les victoire. La grande fortune d'Hérodote lui permit j esprits un empire que rehaussaient encore sa de visiter l'Egypte, la Libye, la Phénicie, la Baby- \ simplicité et l'économie de sa vie privée. Mais cet lonie et la Perse, sans compter les rivages de la j empire, il ne chercha janiais à se l'attribuer à lui mer Noire et de la mer Egée. Le peuple athénien | seul ; l'opinion et l'habileté de ses collègues balanencouragea l'oeuvre d'Hérodote en lui décernant un : çaieut ou confirmaient la sienne ; comme il n'asprix aux Grandes-Panathénées. 1 pira jamais à la tyrannie, ses ennemis l'accusaient L'histoire d'Hérodote est conçue i la façon d'un , vainement, le peuple le soutenait et voyait en lui drame, qui commence à une faute et aboutit h. un son représentant. Chaque année il déposait ses désastre. C'est comme une immense trilogie con- ' pouvoirs, qui étaient annuels, et le suffrage les tenant plusieurs actions secondaires, où l'on voit ; lui conférait de nouveau. Du reste, il ne fut jales peuples et les dynasties tomber sous la loi du i mais archonte ; il fut seulement directeur des tradestin. Les actions individuelles qui s'y mô lent vaux publics, organisateur des jeux, trésorier ou donnent à l'ensemble un aspect légendaire, rappe- stratège. Cette dernière fonction donnait une lant quelque pou l'épopée. Mais cet ensemble est grande autorité, mais cette autorité était partagée en réalité le développement d'une loi inévitable où ■ entre dix personnes, dont aucune ne pouvait agir l'on voit l'enchaînement des fautes se terminer par , sans les autres. C'est donc bien l'esprit de conune catastrophe finale. C'est l'Orient qui commet duite de la démocratie athénienne qui se voyait la faute et, pendant que les conséquences se dé- personnifié en Périclès
roulent, on voit grandir et s'organiser la nation hellène jusqu'au jour où elle-même fait éclater la lutte et brise le géant aux pieds d'argile.
En reproduisant dans une vaste composition littéraire la guerre nationale des Grecs, Hérodote
L'idée était de constituer le corps hellénique en une confédération ayant Athènes pour centre et où chaque Etat restait libre chez lui. Le terrain d'action de ces Etats-Unis était la mer. Samos, où la diète créée par Aristide se réunissait, demanda
leur apportait des renseignements de toute nature j que le siège en fût transporté dans Athènes avec
sur les pays qu'il avait visités et les invitait à y pénétrer par leur commerce et leur civilisation. En mêmetemps, il donnait à chacun d'eux un sentiment exalté de leur valeur personnelle et de leur rôle futur dans le monde. La guerre médique fut en effet le premier acte de ce qu'on a nommé depuis la question d'Orient. C'est en considérant les
le trésor commun. La contribution des alliés, d'abord de 400 talents, fut portée à 600, puis i 1,"200, soit 6 millions de francs, qui en représenteraient quarante d'aujourd'hui. Au moment de la guerre du Péloponnèse, le trésor renfermait 9,700 talents, qui, en monnaie de nos jours, valaient au moins 306 millions de francs. Tel avait
choses dans leur généralité qu'on peut saisir Ji la été le résultat du travail par lequel les Etats pofois l'importance des événements du v* siècle et pulaires et commerçants, gravitant autour d'Acelle du livre d'Hérodote dans l'histoire universelle, thènes, avaient reconstitué la richesse publique. Le commencement de ce siècle avait vu grandir i Quant aux revenus propres de la ville, ils monde même les tliéoi'ies scientifiques, surtout dans les [ talent alors à 1000 talents, qui vaudraient plus écoles d'Ionie et d'Elée. Celle de Pythagore avait de -il millions.
été dispersée en 504. Ses théories mathématiques furent remplacées par les doctrines sur la nature d'Anaxagore, de Diogène d'Apollonie, d'Archélaos de iMilet, d'Empédocle d'Agrigente ; ils furent les maîtres des hommes qui ont illustré l'époque de Périclès.
Les arts aussi grandissaient ; mais leur essor
Les premiers travaux exécutés furent des ouvrages de défense ; ils étaient terminés vers le milieu du siècle. On refit dès lors les édifices détruits par les Perses : on construisit le h'écile, vaste portique, en 463 ; YOdéon de l'i'riclès, salle de musique, vers 444 ; le nouveau Purlhénon ou temple de la Vierge Athéna, de 447 à 437 ; les
était empêché par l'appauvrissement de la nation, Propylées avant iS'i. Le temple de Thèse- datait de qui demandait un certain nombre d'années pour I 46'J. Le mouvement de rénovation s'étendit sur se refaire. La richesse publique et privée se ré- j toute la Grèce. Le même temps vit s'élever le tablit sous l'action de la liberté et de la démo- { grand temple de Cérès i Eleusis, celui d'Apollon à cratie. C'est elles qui avaient vaincu l'absolutisme j Plu/i/iilie, ceux de Rliamnonte et de Sunium, le persan. Les petits Etats grecs sentirent qu'ils de- portique de Thoricos, les temples d'Héra près valent se grouper pour résister à cet empire vain- i d'Aryos, de Jupiter b, Oli/ihpie, d'Athéna ?i Tégée, eu, mais non détruit. Aristide, en 4 77, avait ob- des jfumeaux à Milet, et une foule d'autres. Les tenu la confédération des cités ioniennes avec une villes commencèrent aussi à se rebâiir et les rues dicte fédérale à Délos ; mais partout le parti aris- à s'aligner ; mais le temps des grandes constructocratique Oiitretenait des relations avec les Etats tiens privées n'était pas encore venu, dorions et le roi de Perse. Celui-ci soudoyait' Tous les arts qui tiennent à l'architecture prirent
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un rapide essor. 11 suflit de citer Poly(;iiole, Agéladas, l'olycléle, Myron, Calliniaque, Zeuxis, Parrhasios , Iclinos. Ces noms sont domines par celui de Pliidias, qui, ami de Pcriclès, fut comme le directeur des beaux-arts sous son administration. Phidias composa, soit dans Atliènes, soit dans d'autres villes, les plus grandes œuvres de sculpture de cette féconde période. Il avait sous j-t'S ordres des architectes, dos mouleurs, des repousseurs sur bronze, des maçons, des teinturiers, des orfèvres, des tailleurs d'ivoire, des peintres, des brodeurs, des ciseleurs et une foule d'ouvriers de toute sorte, dont les ruines encore existantes nous montrent le savoir-faire. L'art de bâtir fut poussé i une perfection dont on se fait k peine une idée. Les matériaux les plus précieux étaient payés avec libéralité et employés avec la sobriété d'un art plein de réserve ; les seules draperies d'or de la Pallas du Partbénon coûtèrent 44 talents, valant plus d'un million et deiui de notre monnaie.
L'esprit qui dominait dans tous ces ouvrages était la liberté, soumise aux règles du vrai et de l'idéal. La force avec la grâce, la souplesse, le naturel, la vie dans sa plénitude, l'élévation morale, le calme, la dignité et le bon sens, tels sont les caractères des œuvres du siècle de Périclès. t^'élaien t aussi les meilleures qualités du peuple atliénien. Ce peuple n'avait encore exagéré aucune d'elles, au point de s'en faire un défaut.
Le progrès du génie politique d'Atliènes ne fut pas le moindre des effets dus à la liberté. C'est à cette époque que les esprits atteignirent cet état, humain par excellence, qui distingue le citoyen du sujet. L'habitude de faire soi-même les affaires de l'F.tat donnait â la personne du citoyen d'Atliènes une énergie virile que n'ont point les sujets dans une monarchie. L'exercice de l'intelligence et la nécessite de prendre des décisions sur les choses de la vie sociale, donnaient à toutes ses facultés une activité réglée et féconde. Soumis à une constitution dont ils étaient les maîtres, les Athéniens devenaient des politiques à la fois réfléchis, modérés et énergiques, dont l'action était d'autant plus calme qu'elle était plus souveraine et mieux calculée. Telle était la vie publique dans les Etats ioniens.
C'est le temps de l'histoire, de l'éloquence, de la haute tragédie, de la comédie politique, et le commencement de la science méthodique et démonstrative. A cette époque on voit se produire toutes ces grandes idées de genre humain, de civilisation, de transmission des idées entre les peuples, d'antagonisme entre les systèmes politiques et sociaux, expliquant les luttes sans l'intervention des dieux. Il y a quelque cliose de si viril dans les écrits de ce temps que nous reconnaissons très vite dans leurs auteurs des hommes complets, à l'intelligence desquels rien n'a manqué. D'un autre côté, instruits nous-mêmes par nos révolutions et parles luttes que nos pères et nous avons Soutenues, nous entrons facilement en communion d'idées avec ces grands écrivains et nous les comprenons mieux que ne le faisaient nos ancêtres.
C'est la floraison du génie athénien. Les arts, les lettres, la politique, le commerce occupent tous les esprits. L'originalité hellénique n'a plus d'yeux que pour elle-même ; elle célèbre ses inventions et ses conquêtes et recueille ses traditions ; elle se met en scène dans la comédie ; elle sculpte ses victoires sur les temples ou les peint dans les portiques ; elle raconte dans l'histoire ses liitles, ses progrès et ses revers; elle se donne des règles de conduite dans l'éloquence et dans l'enseignement des sophistes.
Eschyle mourut en 4.SC. Sophocle avait alors trente-neuf ans; Euripide en avait vingt-quatre- L'organisalion matérielle du théâtre était à peu
près complète au milieu du siècle. Le seul changement qui suivit fut l'introduction sur la scène d'un troisième acteur exigée par Sophocle et adoptée par le vieil Eschyle. La même époque vit établir une institution nouvelle essentiellement démocratique, la caisse des t/iédti'es, aux frais de laquelle les places des assistants étaient payées. Les représentations faisaient partie des fêtes de liacchus, et le rôle du poète, selon Aristophane, était d'instruire le peuple et d'élever sa pensée. Cette caisse défrayait aussi les autres fêtes.
On cessa de faire des trilogies. Chaque pièce fut un tout complet soumis aux lois de composition qui régissaient les trilogies. L'attention du spectateur se concentra sur une action plus resserrée, sur un temps plus court; ce fut un avantage. Mais, en multipliant les détails, onfui amené à remplacer l'action par l'intrigue, comme on le voit dans plusieurs pièces d'Euripide.
Par la même raison, on diminua l'étendue des chœurs, pour que le temps accordé fût rempli surtout par l'action. A mesure que le drame se modifia, le chœur occupa une place de plus en plus petile et finit par disparaître entièrement. Il n'y a plus de chœurs dans les pièces latines, ni chez les modernes, sauf une ou deux exceptions.
Le nombre des poètes tragiques du temps de Périclès fut plus grand qu'on ne le suppose ; il en faut compter au moins dix-huit, outre Sopliocle et Euripide. Plusieurs d'entre eux remportèrent le prix sur ces grands dramaturges. Sophocle le remporta vingt fois; dans les autres concours il obtint le second rang. Il fut stratège avec Périclès et conduisit l'expédition contre l'aristocratie de Saraos, alliée des Perses. Nous citons ce fait pour montrer que les Athéniens savaient alors concilier leurs devoirs de citoyens avec leurs occupations favorites; c'est un trait du siècle. Il composa néanmoins cent vingt pièces, dont le quart étaient des drames satiriques.
Durant ce temps, la langue tragique se perfectionna, de sorte <|u'il y eut entre Eschyle et Sophocle h peu près la même différence qu'entre Corneille et Racine. L'esprit aussi se modifia. Les dieux et les tableaux effrayants plaisaient à Eschyle ; dans Sophocle, le drame est le développement d'un conflit engendré par les sentiments nés des situations. Le destin n'est plus le grand moteur du drame; c'est la personne humaine qui tient presque toute la place et qui est la source de l'action; elle lutte contre la destinée, et le drame se termine par la victoire de l'homme juste et l'affirmation de son immortalité. Tel est V Œdipe ù Colone, dernière œuvre de Sophocle. Toute cette légende d'OEdipe, qui a fourni à cet auteur plusieurs sujets de tragédie, lui a donné aussi les occasions d'exprimer une des grandes doctrines de son temps, l'impuissance de l'homme devant la loi du destin et, d'autre part, la glorification de l'intelligence, de l'industrie et de la moralité humaine.
L'intrigue, qui se montre h peine dans les pièces de Sophocle, occupe une grande place dans celles d'Euripide, plus jeune que lui de quinze ou seize ans. Elle est uu produit naturel de la passion, ressort ordinaire du drame dans ce troisième grand poète. L'unité de passion remplace chez lui l'unité d'idée et le rapproche de l'art moderne; aussi a-t-il été chez nous le plus imité des trois, comme étant le plus tragique. Les personnages d'Euripide, étant plus passionnés, se rapprochent davantage de l'homme vulgaire. Chez lui les personnages héroïques s'abaissent d'un degré ; devenus plus accessibles, ils sont aussi plus populaires. Le chœur lui-même se passionne et se compromet dans l'action. Mais, en revanche, Euripide a pénétré plus avant f|ue ses prédécesseurs dans l'analyse du cœur humain;
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sa tragédie est moins idéale, elle est plus psychologique ; l'art y perd quelque chose, la vérité scieiitiRque y gagne.
Visiblement, il se fait alors dans le peuple un cliaiigcnient d'idées : la foi religieuse est en décadence, l'observation philosophique en progrès, et ces deux faits concordent avec le progrès de la démocratie et de la liberté individuelle, lîuripide a nié les dieux et les a transformés. Disciple d'Aiiaxagore et ami de Socrate, sa religion est plus élevée que celle des prêtres et des devins, et il a pu dire en plein théâtre, devant trente mille spectateurs, qu'il fallait corriger la notion vulgaire des dieux en attribuant toutes choses à un Dieu suprême et unique.
Une révolution non moins grande dans les idées politiques et sociales sépare Euripide de ses prédécesseurs. Il était franchement athénien, démocrate, ennemi des idées doriennos. Durant la guerre du Péloponnèse, son amour de la liberté devenait encore plus ardent ; ,sous sa main les héros se p.artageaient en deux classes : ceux de la race ennemie devenaieiit odieux, Agamemnon, Ménélas, Ulysse, Hélène ; les héros ioniens étaient parfaits. Ainsi la légende se modelait sur la réalité du moment.
La moralité dans Euripide est irréprochable ; c'est celle du citoyen libre. Elle marque un adoucissement dans les mœurs, une marche rapide vers la tolérance, signe do haute civilisation. L'idée morale prend une forme abstraite, comme chez les philosophes, et devient une loi exprimée; elle tourne même à la dissertation.
Tels sont les caractères généraux du mouvement tragique durant ce siècle de progrès. Il concorde toujours avec celui des idées. Il est d'une fécondité singulière : ainsi Euripide, qui mourut en 4U6 à l'âge de soixante-quinze ans, n'avait pas composé moins de quatre-vingt-douze pièces de théâire. Il avait été le poète bien-aimé du peuple, aux yeux duquel il représentait l'avenir.
La comédie, au V siècle, eut un caractère surtout politique. C'est ce qu'on nomme l'ancienne comédie. Elle est représentée pour nous par Aristophane, quoique Athènes ait eu d'autres comiques célèbres, Eupolis, Cratinos, Hermippos, Cratès, etc., dont les œuvres sont perdues. La comédie est en lutte constante avec l'esprit nouveau, et cela se conçoit, puisque son rôle naturel est de montrer à ceux qui ont le pouvoir les vices do leur système. Elle est donc aristocratique, elle fait la guerre à la démocratie victorieuse. Pourtant elle en suit le mouvement, sans pouvoir s'y soustraire. Sous sa main, les dieux, la religion, la morale, l'art lui-même et la langue se transforment, comme dans la société grecque tout entière. Aristophane luttait à faux contre la loi inévitable du développement de l'humanité, loi en vertu de laquelle l'individu s'émancipe et parvient à l'égalité. Aussi échoua-t-il dans son entreprise. Les conspirations aristocratiques ne firent que préparer l'asservissement et la chute de la patrie commune. Sur la fin de sa carrière, Aristophane composa dans le genre psychologique, ii la façon d'Euripide. Sa poésie possède un charme iniraitable.: langage pur, exempt de tout néologisme, approprié aux circonstances et aux personnages, quelquefois lyrique comme dans la tragédie. Quant aux chœurs, rien d'aussi varié, d'aussi pittoresque : les choses do la nature, ses tableaux.
songea à recueillir les discours, comme pièces historiques et œuvres littéraires. C'est alors que l'on commença à ouvrir des écoles de rhétorii|ue et à faire des traités de l'art oratoire, comme on fit dos poétiques et des livres sur l'architecture et les autres arts.
L'art de la parole était déjà en possession de lui-même. Le type le plus élevé de l'éloquence était alors Périciès, qui pendant quarante ans gou verna l'assemblée par la seule puissance de la parole. De grandes idées, peu de passion, le calma et la vigueur du raisonnement, la justesse et la hauteur de l'expression, tels ont été les caractères de cette éloquence, qualifiée d'olympienne. Convaincu de la capacité politique du peuple et de son aptitude à conduire les affaires de la Grèce, il cherchait k l'éclairer, non à. l'émouvoir. Il était à la tribune ce qu'étaient Sophocle au théâtre et Phidias dans les arts du dessin. Il ne faisait aucun usage de ce qu'on a depuis appelé l'action. Dans cette assemblée, qui se réunissait en plein air sur la colline du Pnyx, il se tenait debout sur le roc servant de tribune, presque immobile, les mains cachées sous son vêtement. Ses paroles semblaient venir d'une intelligence impassible, communiquant directement avec la vérité ; sa voix toujours égale n'était pour lui que le moyen obligé de communiquer sa pensée à ses auditeurs. Et le peuple avait lui-même assez d'intelligence pour l'écouler des heures durant et se laisser persuader.
Nous n'avons de cette époque que deuxdiscours de Périciès, sans doute abrégés, conservés par Thucydide. L'un d'eux est un tableau et une sorte de programme politique de la république athénienne. Il est fuit de main de maître.
La guerre du Péloponnèse fit naître toute une génération d'orateurs, élèves des écoles d'éloquence et qui, sans égaler Périciès, jetèrent un vif éclat et furent les prédécesseurs de Démosthène: tels furent Alcibiade, Antiphon, Andocide, Critias, Cléon.
Les écoles d'où la plupart sortaient étaient celles des sophistes, mot qu'il ne faut pas entendre dans le sons défavorable qu'il a chez nous. Les sophistes ont joué un grand rôlo au v' siècle et pendant les siècles qui suivirent. C'étaient des hommes instruits et habiles, qui s'attachaient il ôter aux connaissances humaines la couleur mystique ou arbitraire qu'elles tenaient des spéculations antérieures. Ramenant tout à la raison, ils remettaient tout en discussion et par conséquent ils préparaient l'avènement de la véritable science ; ce qui eut lieu. La sophistique n'était au fond que le libre examen ; elle était un produit naturel de l'esprit nouveau et se produisait dans le monde grec tout eniier. Elle avait donc pour adversaire Tout le parti aristocratique, et ses efforts se concentrèrent, comme tout le reste, dans Athènes, devenue la vraie capitale de l'hellénisme. Ce ne furent point des hommes médiocres que Protagoras d'Abdère, Gorgias do Léontium, Hippias d'Elis, Prodicos de Céos, vrais penseurs pleins de raison et d'éloquence, qui faisaient de l'homme la mesure de toutes choses et posaient ainsi la base solide de la science et de la discussion. Socrate fut-il lui-môme autre chose qu'un sophiste, le plus sage et le plus désintéressé de tous? N'est-ce pas pour cela même que le parti r,-tro,4radu le fit condamner? Il cherchait pourtant à prendre une position moyenne entre les sophistes proprement dits et
ses bruits, ses parfums, ses harmonies, tout y est ceux qu'on pourrait appeler les conservateurs; rendu avec une vérité à la fois sensible et idéale, mais par li il eut presque tout le monde contre qu'aucun poète n'a surpassée. C'est la période lui. i
du grand art. Du reste sa mort mit un terme aux perséou-
Véloquence n'est devenue un art que dans le tions qui plusieurs fois avaient essayé de suspencours du V' siècle, avec les institutions démocra- dre la liberté de penser. Avant lui Protagoras tiques des peuples ioniens, surtout d'Athènes, et avait été condamne h mort, Diagoras avait eto ce fut seulement h la fin de cotte période qu'on 1 exilé comme impie, Anaxagoras avait été frappe
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SIECLE D'AUGUSTE
par les ennemis de Pcriclès et les siens. Socrate ne fut condamné que par deux voix de majorité. Ainsi les idées nouvelles avaient fait assez de progrès îi la fin du siècle ; l'ère de la tolérance allait définitivement s'ouvrir.
L'esprit public atteignait son point de maturité pour tout ce qui concerne 1 art et la vie pratique. Les événements lui donnaient ce complément d'éducation qui permet h un homme de saisir la marelle des faits, leurs lois et leurs causes. Un des hommes qui représentent le mieux la génération d'après Périclès, fut Thucydide. Exilé pendant vingt ans, il vit les choses du dehors et de haut, c'est-à-dire sans être exposé h l'aveuglement que produit la lutte. Quoique de famille noble, il était de l'école de Périclès. Le calme de la pensée est le même chez ces deux hommes. Bien qu'il ait écrit au commencement du iv= siècle, il appartient par son sujet et par son esprit au v". Son histoire ne ressemble plus à celle d'Hérodote; on n'y trouve ni la forme épique, ni religion, ni mythologie. Il n'attribue point les événements à des causes surnaturelles ou imaginaires, mais aux tendances naturelles de l'homme, aux situations et aux systèmes politiques des peuples et des individus. 11 y a entre Hérodote et 'rhucydide à peu près la même distance qu'entre Eschyle et Euripide, entre un croyant du commencement du siècle et un philosophe de la fin.
Les deux sujets sont aussi bien différents : la guerre médique était une guerre nationale ; celle du Péloponnèse est une guerre politique : c'est la lutte des systèmes doriens contre le principe de l'égalité. De là, la grande portée du livre de Thucydide ; il oft're l'exposé et l'enchaînement naturel des faits qui, pendant vingt ans, ont rempli la vie du peuple le plus politique de la terre. C'est encore aujourd'hui le livre des hommes d'Etat et l'école do la politique, pour qui veut l'approfondir.
Thucydide n'a voulu imiter ni perfectionner aucune histoire antérieure : il a créé un genre nouveau, qui est la véritable histoire, l'histoire telle, que la demande un peuple émancipé, qui veut connaître son passépourpréparer lui-même son avenir.
Nous avons suivi la marche do l'esprit grec dans ses difl'érents produits au v" siècle. En les résumant, on voit qu'un progrès immense s'est accompli entre la révolte de l'ionie en 504 et la prise d'Athènes par Lysandre cent ans après. Ce progrès se peut exprimer en un seul mot, l'émancipation. L'esprit des Hellènes a conquis pas à pas son indépendance, dans les lettres, les arts, la politique, la conduite de la vie. Par l'indépendance il est parvenu à la tolérance et à la liberté politique, civile et religieuse. C'est dans Athènes que ce mouvement fécond s'est concentré. Cette malheureuse ville lut prise et saccagée par Lysandre et les Doriens, comme elle l'avait été par les Perses. Mais après la guerre médique elle se refit avec une rapidité dont la France de nos jours a seule doinié un second exemple. Après la guerre dorienne, le mouvement de la civilisation ne fut ni arrêté ni ralenti et, comme le dit Périclès dans Thucydide, l'Athènes du V siècle est restée « l'école du genre humain.» [Emile lîurnouf.]
SIECLi; D'AUGUSTE.— Histoire générale, XIV. — Personne aujourd'hui ne s'abuse sur le sens de ces mots: le siècle de Lo'uis XIV, de Léon Xou d'Auguste. Ces protecteurs des lettres et des arts leur doivent plus (|u'ils ne leur ont donne, et ils ne sont pour rien dans le grand travail qui s'est accompli autotir d'eux. Les révolutions littéraires, comme toutes les autres, se préparent lentement et elles n'éclatent qu'à l'apparition d'un homme supérieur; or les hommes de cette sorte, c'est la nature et non pas io prince qui les forme. Cependant il faut bien donner un nom .'i ces époques où l'humanité, concen- Iraut toutes ses forces productives, fait rapide-
ment éclore une foule de chefs-d'œuvre ; et ce nom est bi''n choisi, quand il est celui d'un prince qui a eu du goût pour les œuvres de l'esprit et des égards pour ceux qui les exécutaient. L'histoire, à bon droit, accepte cet usage, et, quoi qu'on dise, la postérité ne séparera jamais ces princes des hommes grands par le génie, les actions ou la vertu qui ont illustré leur règne. ■
Ce noble cortège qu'il ne conduit pas, mais qui 1 entoure, est-il pour Auguste le moins éclatant'? Plaute y manque, et Térence, Lucrèce, Cicéron, César, Salluste, qui l'ont précédé ; Tacite, qui l'a suivi. Mais, à ses côtés, aidant sa marche, je vois Mécène et Agrippa, la politique et la force ; plus loin, Drusus et Germanicus, jeunes princes aimés du peuple et de l'histoire. Derrière lui, trois écrivains immortels : Virgile, menant « le chœurdes poètes » ; Tite-Live, qui célèbre les mœurs laborieuses, le patriotisme et les hauts faits des temps passés; Horace, le poète mélodieux du bon sens et du goût. Puis, assez loin derrière eux. Varius, qui tenta du rivaliser avec Sophocle, comme s'il pouvait y avoir place à Rome pour la muse tragique à côté des jeux de l'amphithéâtre; Tibulle, Gallus, Properce, l'élégie, rarement naturelle parce qu'elle est déjà trop savante; Ovide, l'abondance souvent stérile; Phèdre, froid mais limpide écrivain ; Manilius, le chantre des astres a confidents du destin » ; Varron, Hygiu, Flaccus, l'érudition sous les seules formes qu'elle connût à Rome : grammaire et liturgie; Celse, qu'il ne faut appeler l'Hippocrate romain qu'à la condition d'entendre qu'il copia l'Hippocrate grec; Strabon, le grand géographe ; Viiruve, le conseiller trop vanté de ces artistes inconnus qui changèrent la face de Rome. El le Gaulois Trogue-Pompée ; et les Grecs de Rome : Denys d'Halicarnasse, Diodore do Sicile, Nicolas de Damas, qui écrivent des histoires générales pour cet empire universel. Enfin, le grave et libre Labéon, avec son rival Ateius Capiton, qui règlent la jurisprudence, l'un au nom des vieux principes de la cité, l'autre au nom de cette puissance nouvelle alors, Tnais que Cicéron faisait plus ancienne que le monde et contemporaine de Dieu même, l'équité, la loi naturelle.
Supposez qu'un peintre de génie jette sur la toile le tableau dont je viens de tracer l'esquisse ; placez à côié l'École d'AthéiiPS de Raphaël, et, tout en reconnaissant l'éclatante supériorité de la Grèce, vous direz que Rome montre encore une page glorieuse.
A prendre cette littérature du siècle d'Auguste dans son ensemble, on voit qu'elle imagine peu et qu'elle copie beaucoup ; sa voix, écho harmonieu.x, n'a guère de notes originales, et les meilleurs, parmi ceux qui la représentent, se souviennent plus qu'ils n'inventent : sur deux cents fragments qui nous restent des lyriques grecs, on en a compté plus de cent iiriités par Horace. Cette constante préoccupation des œuvres du génie grec qu'eurent alors les écrivains de Rome nuisit à leur originalité; la mémoire tua l'inspiration. A force d'art, on chassa le naturel, et, avec lui, la passion vraie, énergique ou tendre. Cependant cette littérature mérite la place qui lui est donnée dans le tableau d'honneur de l'esprit humain ; si elle n'a pas l'énergie grandiose d'œuvres nées au souffle puissant de l'iuiaginaiiou et des croyances populaires, elle réalise un des plus parfaits modèles de la littérature d'une société polie.
Il faut remarquer aussi que, tout compense, les lettres eurent, à cette époque, le respect d'elles-mêmes. Le poète est souvent chose légère, et l'art n'est pas la morale. Ci pondant notons que les plus mauvaises pièces d'Horace sont dans les Éijodfn, qu'il no publia pas, et que le théâtre,
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dont la licence alla plus tard si loin, se tenait encore dans de telles limites, que l'on a pu extraire des pièces de l'ublilius Syrus un long recueil de belles sentences.
Enlin, cette littt^raturc, qui avait de la dignité, ne manquait pas d'indépendance. La liberté, qui s'était volontairement retirée des assemblées publiques, avait pris refuge au sein des lettres, car coUcs-ci ont le privilège de garder, même sous les ruines du temple, une étincelle du feu sacré où la noble exilée peut venir, quelque jour, rallumer son flarab(.'au. Des sociétés abdiquent aux mains d'un homme; l'esprit humain, jamais. En face d'Auguste, Horace chante « la fatale journée (celle de Philippes) où la vertu succomba, où l'on vit couchés sur la poussière les fronts des braves menaçant encore ». Virgile met Caton b, la tête des Justes dans les Champs Élysées, et Tite-Live peut célébrer impunément les hauts faits de la grande aristocratie que le prince remplace ; il en sera quitte pour le surnom de Pompéien. Timagèno lance contre l'empereur et les siens des traits acérés ; Auguste l'avertit d'avoir plus de réserve, et, comme il redouble, lui interdit sa maison ; mais PoUion le recueille, et toute la ville se l'arrache.
Cependant que Labienus ne se fie pas à cette tolérance ; s'il va trop loin, un décret du sénat fera brûler son livre, et en vertu de la loi de majesté, Cassius Severus sera exilé en Crète pour avoir attaqué les meilleurs amis du prince ; mais il faut qu'il se soit permis de bien étranges licences, car Tacite le condamne. Une loi fut rendue pour punir les libelles diffamatoires ; voilà donc les délits d'opinion qui entrent dans la législation impériale. Ils étaient déjà dans celle de la république, depuis les Douze Tables, et nous-mêmes, après vingt-trois siècles, nous ne savons pas bien encore si, lorsqu'il s'agit du gouvernement, il vaut mieux ne pas les voir, ou les poursuivre.
Dans les sciences, les Romains ji'ont rien produit. c( Tout ce qu'ils savent, dit Strabon, ils le doivent aux Grecs, sans y avoir ajouté la moindre «hose, et l.'i où se trouve une lacune, n'espérez pas qu'ils la remplissent. » Martianus Capella dit mieux encore : « Si vous exceptez Varron et quelques autres personnages illustres, il n'est pas un fils de Romulus dont la science ait franchi le seuil.» Et elle ne le fit qu'en visiteur rapide et distrait, car elle ne leur apporta pas une parcelle de l'esprit d'invention. Vitruve n'a pas plus ajouté à la géométrie d'Archimède que Celse h la médecine d'Hippocrate; et Nigidius, qui du temps de César fit quelques études de mathématiques et d'histoire naturelle, est surtout connu par un traité d' Astrologie qui était une théorie de la divination.
Les naturalistes sont représentés par des écrivains, Caton. Varron, Columelle, qui ne s'occupent que d'économie rurale. Ils no cherchent pas à surprendre à la nature un de ses secrets, ils ne songent qu'à lui faire rapporter davantage. La physique, la chimie, n'existent pas.
Quant aux médeclTis, ils étaient fort nombreux, car il y en avait, au dire de Martial et de Celse, pour toutes les parties du corps, pour tous les genres de maladies ; les femmes niôuies pratiquaient, et cet usage s'est perpétué longtemps en Italie. Mais, hommes ou femmes, tous faisaient de la médecine, comme les mathématiciens faisaient de l'astronomie, en traitant les malades au hasard ou d'après des idées préconçues.
Dans les arts, les Romains eurent, en parvenus enrichis, le goût de Mummius pour les statues et les tableaux : ils en voulurent partout; mais je les soupçonne d'avoir été aussi incapables do sculpter la Vénus de Milo que d'en comprendre la chaste beauté ; car, à voir Scaurus réunir pour
un théâtre d'un jour trois mille statues, la cité en renfermer peut-être soixante-dix mille, on ne peut s'empêcher de croire qu'ils tenaient surtout à la quantité. Et quand Valère-Maxime montrejFabius Pictor livré à un métier qu'il appelle sordide, j'ai grand'peur qu'il n'exprime l'opinion commune d'un peuple qui n'avait pas pour les arts cette estime singulière sans laquelle il ne se produit ni grands artistes ni belles amvres. Au lieu de fonder de véritables écoles do peintres ot de sculpteurs, ils laissèrent s'organiser une immense industrie d'art qui remplit les cités, les palais et les villas de marbres taillés au plus juste prix dans les ateliers de Grèce et d'Asie, où l'on travailla pour l'exportation, et de pointures exécutées encore par des Grecs affranchis ou esclaves, qui, à défaut de grand style, donnèrent du moins à leurs figures et à leur décoration une rare élégance. L'influence romaine ne se montre dans la sculpture que par un mérite dont les Grecs ne paraissent pas avoir eu un souci sérieux : leurs bustes sont des portraits ; et à ces fronts anguleux et bas, à ces physionomies obstinées et dures, on reconnaît bien la race qui d'une main si vigoureuse pressura la terre et les peuples. Dans la statuaire comme en tout, les Romains ont sacrifié le général au particulier, l'art à la nature, l'idéal au réel ; et c'est pourtant dans la seule région de l'idéal que doit être cherché ce type primitif de la beauté humaine que Dieu, dit-on, fit à son image et que Pliidias retrouva dans Homère.
Nul doute, cependant, que la sculpture n'ait encore produit de fort belles œuvres à l'époque romaine, depuis la statue d'Agrippine l'aînée, qu'on voit au Capitule, d'une pose si noble ot si fière, jusqu'à celles d'Antinoiis, qu'Hadrien multiplia par tout l'empire. Mais ce furent des mains grecques qui les firent.
La peinture fut moins romaine encore. Vitruve, dn temps d'Auguste, se plaignait du mauvais goût des peintres, et un demi-siècle plus tard, Pline disait: « La peinture se meurt... Les peintres sont aujourd'hui chassés par les marbriers et les doreurs. » Et, ce que lui-même nous raconte explique cette rapide décadence. « Sous Auguste, dit-il, il se trouvait à Rome un certain Ludius qui, le premier, imagina de décorer les murailles de peintures charmantes. Il y représentait des maisons de campagne, des portiques, des arbrisseaux taillés, des bois, des bosquets, des collines, des euripes, des rivières, des rivages, au souhait de chacun. On y voit des personnages qui se promènent ou qui vont en bateau ; qui arrivent à la maison rustique sur des ânes ou en. voiture ; qui pochent ou prennent des oiseaux au filet; qui chassent ou vendangent. De belles maisons de campagne s'élèvent auprès d'un marécage ; des gens y portent des femmes sur leurs épaules, et, en marchant, chancellent ou glissent. Il a peint mille autres sujets de ce genre, ingénieux ou plaisants, et aussi des villes maritimes qui font un efl'et très agréable, et à très peu de frais. » Hélas ! ces peintures si charmantes aux yeux de Pline, même à ceux d'Auguste, puisque dans sa maison réceitiment découverte au Palatin on voit un tableau de ce genre : une rue de Rome, des femmes qui sortent, d'autres qui du haut d'un balcon les regardent passer; ces peintures charmantes étaient du bon marché, je le veux bien, ndnimo impenclio, mais elles n'étaient point de l'art, et je comprends qu'avec un pareil goût les Romains aient eu en peinture des manœuvres au lieu d'artistes. Cependant on sait que Raphaël s'inspira pour les Loge.s du Vatican des arabesques trouvées dans les bains de Titus.
Un art qui est encore très recherché des Romains d'aujourd'hui, la mosaïque, couvrit, en Italie et dans les provinces, le pavé des villas.
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On en a trouvé partout et de fort belles. La Bataille d'Issus, découverte à Ponipéi en 1831, dans la maison du Faune, est justement renommée.
Il est une science où les Romains n'ont pas de rivaux, le droit, et un art auquel ils ont donné, avec des éléments anciens, une forme nouvelle, l'archileclure. Mais de ces deux gloires de Rome l'une est anonyme, car, si nous avons de grands monuments, nous ne connaissons pas do grand constructeur, un seul excepté, Apollodore, l'architecte de Trajan et d'Hadrien; l'autre s'attache à beaucoup de noms et ne se rapporte à aucun livre. Le Digeste, où se conserve à jamais la sagesse juridique de Rome, a causé la perte des innombrables ouvrages dont cette sagesse s'était formée; ils disparurent après qu'on en eut retiré la substance pour la concentrer dans une œuvre impersonnelle.
A Rome, les censeurs, les consuls, le préteur des étrangers et les édiles cuiules; dans les provinces, les magistrats envoyés pour les gouverner et les questeurs avaient également le jus edicendi. A ces sources multipliées du droit, il faut ajouter les lois rendues par les centuries ; les plébiscites votés par les tribus, bien que, contrairement .^ ce qui se passe dans les Etats modernes, la loi n'intervint que rarement pour modifier le droit civil; enfin les sénutus-consultes qui réglaient souvent des queslions de droit privé touchant au droit administratif ou religieux, aux finances ou au gouvernement.
11 ré.^ulta de cette variété des sources du droit une confusion à laquelle on n'échappait que par une science profonde. L'étude des lois devint l'étude romaine par excellence, dont les maîtres furent les pfudents ou les jurisconsultes.
Un jurisconsulte était d'ordinaire un homme de bonne naissance qui, n'ayant pu ou n'ayant pas •voulu se faire orateur, fuyait les agitations du forum, et mettait sa science à la disposition de ceux qui voulaient être éclaires sur des questions douteuses, renseignés sur les meilleures formes de contrats et d'actions, qui tenaient enfin à être en garde contre les nullités dont la procédure élait hérissée. Horace montre la porte du prudent assiégée dès l'aurore, suù yalti canlum, par une foule empressée de clients. Il donne ses conseils avec autorité, et on les reçoit avec respect : ce sont des oracles qu'il rend du haut de son trône, ainsi qu'on nomme le siège sur lequel est assis ce pontife du droit, sccerdos juris. En justice, son opinion termine presque toujours un procès, u Quoi de plus beau pour un vieillard, s'écrie Cicéron, après avoir parcouru la carrière des honneurs, que de pouvoir se glorifier, au terme de la vie, do diriger par ses conseils, sinon les peuples et les rois, comme Apollon dans Ennius, du moins tous ses concitoyens, et de dire avec le dieu : « Les hommes sont-ils dans l'incertitude, je dis- ■' sipe le nuage, j'éclaire, je fortifie leurs âmes, " et ils ne vont plus à l'aventure dans les som- « bres sentiers de la vie ! » Ailleurs le grand orateur, qui n'a pas toujours été aussi juste pour les jurisconsultes, donne à cette profession le nom de milice civile; et il a raison : les légistes de Rome ont conquis un empire plus vaste et plus durable que celui do ses légions.
Les jurisconsultes romains ont de bien grands mérites : une si nette intelligence des besoins sociaux, qu'ils en prévoient toutes les formes; une dialectique si serrée, qu'ils tirent d'un texte toutes ses conséquences nécessaires; une méthode si rigoureuse, qu'elle égale celle des géomètres et a valu aux lois de Rome le surnom de .. la raison écrite»; enfin un style net, précis, simple, presque lapidaire, qui semble ne vouloir rien laisrer à l'arbitraire, à la chicane. Mais, il faut le dire aussi, ces prudents ont trop de retenue, et
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les jurisconsultes de Rome n'échappent pas au caractère général de l'tsprit romain : peu d'élévation, point d'abstractions philosophiques, de théories, do systèmes. Gains était-il stoïcien? Ulpien appartenait-il plutôt à la secte épicurienne? Quelques-uns le pensent, personne ne saurait le dire; mais on peut affirmer que l'esprit légiste, qui analyse, discute et classe, était le contraire de l'esprit stoïcien, qui n'établit pas de différence entre un crime et le plus mince délit. Les jurisconsultes de Rome cherchent les textes et non pas ces choses, vérités sublimes ou utopies dangereuses, or pur ou plomb vil, qui ne se trouvent qu'en dehors des sentiers battus. Leur génie est tout pratique et leur utilité fait leur gloire. Après tout, cette définition du droit : Ars boni et ,T(jui, et ces trois préceptes de leur jurisprudence : Vivre honnêtement, ne léser personne, rendre à chacun ce qui lui appartient, valent bien, pour le train ordinaire de la vie, les plus brillantes créations de l'esprit philosopliique. L'idéal des Grecs est le beau, lo knlon; celui des Romains est l'honnête, honestum, c'est-à-dire tout ce qui relève la dignité de l'individu. Si dans l'œuvre de la civilisation ancienne les Grecs ont la plus belle part : la pensée, l'art, la science; les Romains ont la plus utile, la loi, avec une importante réserve cependant : c'est que cette loi si équitable pour les intérêts des particulters fut placée par les jurisconsultes au-dessous du principe de l'autorité absolue de l'empereur, quod piincipiplacuit legis vigorem /label, et devint par conséquent l'instrument du despotisme dans l'empire romain, plus tard dans les monarchies modernes.
Mats à côté du mal se trouvait le remède. Toute cette législation est animée d'un esprit rationaliste qui devait, un jour ou l'autre, détruire le principe du droit absolu de l'empereur; et c'est principalement aux lois romaines que l'Europe latine est redevable de cet esprit philosophique ou plutôt social qui a eu en France sa plus haute expression.
De ce qui fut la plus grande science de Rome, passons à ce qui a été son art de prédilection, 1 architecture.
L'art des Grecs est d'une merveilleuse simplicité et d'une logique inexorable. Pour eux, la t'orme extérieure du monument est donnée par kmonument lui-même, comme, dans l'homme, l'enveloppe dépend de l'ossature générale, qu'elle reproduit en l'adoucissant par d'harmonieux contours. Le temple grec est un : structure et ornementation dérivent d'une même pensée. Ainsi une idée de Platon projette comme d'elle-même la forme qui l'exprime.
Les Romains ne sont pas des artistes d'une aussi délicate nature : ils aiment le beau et l'emploient il des œuvres d'art pur, un temple, un arc de triomphe ; mais ils le fout surtout servir à l'utile, et celte préoccupation détruit parfois l'unité du plan : plusieurs de leurs édifices semblent avoir eu deux architectes, l'un qui a construit, l'autre qui a décoré; le premier qui a fait le corps de l'édifice, le second qui a appliqué l'envelopped'art.
Riches, puissants et nombreux, les Romains veulent, dans leur immense capitale, des monuments à la mesure de leur empire, vastes comme lui. au risque de n'être pas grands ; comme lui, imposants par la masse, bien plus que par le.s idées qu'ils éveillent, et surchargés d'ornements de placage, coimne leur littérature est un reflet de la Grèce, comme leur élégance est un luxe d'emprunt qu'ils ont ravi à Tarente et à Syracuse, aux rois de Macédoine, de Syrie et d'Egypte.
Qu'était-ce que le mausolée d'Auguste? Un