Troisième partie de l'exercice : « D. Combien
articulations simples, comme ou, eu, ch, etc. de syllabes a le mot i-le? — R. Le mot i-le a
L'important, c'est d'amener l'enfant le plus vite possible à une connaissance pratique indispensable, par une voie qui lui plaise et ne le rebute point, et en laissant dans son esprit, à côté de l'acquisition matérielle et mécanique, des notions utiles et durables.
Pour en arriver là, — et l'expérience a prouvé qu'elle y arrive, — voici comment procède la méthode Schûler.
Chaque exercice de langage est signalé, dans le livre de l'élève ou dans le tableau mural destiné à l'enseignement collectif, par une image, cette iinage représentant un son ou une articulation, et l'exercice se compose de trois parties : explication de l'objet représenté, analyse des syllabes et des sons, tracé du signe représentatif du son ou de l'articulation.
Exemple : La méthode, avons-nous dit, débute par l'i. La première image est celle d'une ile, audessous de laquelle est tracé le signe graphique i. Première p.ahtie de L'ExtRcicE : « D. Que représente cette image? (L'instituteur montre l'image.) — R. Cette image représente une ile? (Si les élèves n'ont jamais vu d'île, le maître doit leur dire avant tout qu'on appelle île un espace de terre entouré d'eau do tous côtés ; qu'il y a des îles dans les rivières et dans les mers, que les îles sont grandes ou petites, habitées^ ou désertes, plantées ou incultes, etc.) — D. De quoi l'ile est-elle entourée ? — R. L'île est entourée d'eau. — Comment est l'eau qui entoure l'île ? — R. L'eau qui entoure l'île est claire (profonde, courante, stagnante). — D. Quelle forme a l'île? — R. L'Ile est ronde (longue, carrée, etc.). — D. Qu'est-ce qu'il y a sur l'ile ? — R. Il y a sur l'île des arbres, des plantis... »
Il va sans dire que ces questions et ces réponses ne sont que des indications, le maître sera souvent obligé de dire aux enfants certaines choses que le livre met dans leurs réponses. L'
deux syllabes. — D. Quel est le son de la première syllabe? — R. Le premier son du mot i-l'' est I. — Nous allons maintenant apprendre à écrire le son i, que nous venons d'émettre. — (Le maître écrit la lettre au tableau noir, très lentement, et en faisant remarquer tous les détails de la forme. Puis il insiste, à l'aide de questions présentées diversement, laissant la lettre figurée au tableau.) — D. Que signifie cette lettre ? — R. Cette lettre signifie qu'il faut dire i, ou cette lettre représente le son i. — D. Que faut-il faire d'abord pour écrire un i ? — R. Il faut tracer une ligne fine (un trait fin) obliquement, de bas en haut. — D. Que fait-on ensuite ? — R. On trace, de haut en bas, une ligne (un trait) plus grosse, un peu penchée et arrondie, contournée par le bas. — Comment finit la lettre ? — R. Par une ligne (un trait) fine, arrondie, allant obliquement, de bas en haut. — D. Que met-on sur la lettre ? — R. On met un point.
). Le maître efface ensuite la lettre et dit : Si je veux écrire 1'/, comment faui-il que je m'y prenne? Que dois-je faire en premier lieu. — R. Tracer une ligne fine de bas en haut. — D. Que faut-il faire ensuite? — R. Lne ligne plus grosse... (Le maître appréciera quand le moment sera venu d'apprendre à l'élève que les lignes fines ou traits fins s'appellent des déliés, et les lignes plus grosses des pleins.)
» La lettre étant de nouveau écrite sur le tableau, le maître prend un indicateur, une petite baguette, et repasse sur les traits de l'i en faisant compter un pour le délié initial, deux pour le plein et un pour le délié final. Les enfants répètent en chœur. Le maître fait mettre l'index sur le bord de la table et dit: « Vous allez écrire l'i en l'air; quand je dirai un, vous marquerez le trait qui va de bas en haut, et, quand je dirai deux, celui qui va de haut en bas. Je compterai encore un pour le second délié, et deux pour le point. « Après un
but est d'amener les enfants à trouver des idées court exercice, il fait prendre les ardoises, fait et à les exprimer, à répéter ensuite ou à résumer d'abord tracer, entre les lignes espacées, un ce qu'aura produit l'ensemble des réponses faites Ipuis toute une série à'i. »
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LEGENDES
Et ainsi pour toutes les Ictircs. Quand il s'agit «l'uiie^articulation, par exemple de la consonne ?i, ciui vient la première, la métliode insiste pour que le niailre, non seulement ne prononce pas nme, mais môme évite de faire entendre l'e muet en nommant la consonne. 11 ne dira pas 7ie, mais Il émettra l'articulalion pure de Vn\ à cet effet, il faut rénicllre sans desserrer les dents. « La môme règle s';ip|ili(|Me à toutes les consonnes; et plus le niaitri' ti^'iidra à la pureté de l'articulation et la dégagera de toute voyoUe, plus les progrès de l'enfant seront rapides. Cette prononciation n'offre aucune difliculto h l'enfant. Klle pourrait au premier moment en présenter au maître, i cause des habitudes prises; mais cela disparaîtra après un instant d'exercice. On a dit d'abord enne+a^na; puis )!«+ a = iia. On comprendra vite qu'il est plus simple et plus exact encore de dire n'... a^nu. » La méthode arrive vite aux mots prononcés et écrits. Ainsi la première page du livre de l'élève donne déjà ni, nu, uni, mi, mvni. Ces mots sont ceux que permettent de composer le peu d'éléments qu'on a encore étudiés. Si le mot par luimême n'est pas intéressant pour l'enfant, on le fait entrer dans une phrase : « Le petit Paul est parti cette après midi pour la promenade, nimn de son goûter, qu'il portait dans son panier. Muni de son goûter, cela veut dire qu'il portait son goûter avec lui... De quoi faut-il être mnni quand envient à l'école? — De son livre, de son cahier... — Bien; vous avez coiupris. Ainsi donc, le petit Paul, partant pour la campagne, s'est »«!«»' de son goûter. Sauriez-vous écrire ce mot muni? n
Après l'étude des caractères d'écriture courante, vient l'étude des caractères typographiques, qui permettra de lire dans les livres. Elle se fait par le rapprochement des caractères d'écriture courante et des caractères typographiques correspondants ; préparée par les exercices dont nous avons donné le spécimen, elle ne présente pas de difficulté.
Nous avons choisi la méthode Schûler comme type de la méthode pour l'enseignement simultané de la lecture et de l'écriture, parce que c'est celle que nous connaissions le mieux, et aussi parce qu'elle a été expérimentée avec succès dans ditférents établissements, notaminent à l'école normale primaire des instituteurs de la Seine, lîécemment introduite en France, où elle n'est guère représentée que par la méthode Scliuler (chez Hachette), la méthode Mougeol (chez Delàgrave) et la méthode Magnat, spécialement destinée aux sourds-muets (chez Fischbacher), la méthode de lecture et de lecture combinée est depuis longtemps populaire en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Belgique, aux États-Unis. Les autres méthodes de lecture sont, chez nous comme partout, fort nombreuses. On pourrait presque dire que chaque instituteur a la sienne, car, s'il adopte pour son éco'le telle ou telle méthode spéciale plus ou moins en vogue ou plus ou moins recommandée, il lui arrive bien souvent de la modifier, de la transformer, d'après son expérience personnelle, suivant ses goûts ou suivant les besoins particuliers de son enseignement. Il semble cependant que l'on peut partager toutes ces méthodes en usage dans nos écoles, en deux grandes catégories, ordinairement désignées sous le nom plus ou moins bien choisi de méthodes synthétiques et de méthodes analytiques (V. \' Paktie), selon qu'elles décomposent la syllabe en tous ses éléments ou qu'elles ne la décomposent point ou la décomposent tout au plus en sons et articulations. Les méthodes analytiques, qui sont les plus anciennes, procèdent par épellation ; les méthodes synthétiques n'épèlent point (méthode Dupont, chez Ducrocq ; méthode Laffore, méthode Abria, chez Garnier frères ; méthode
Lamotto, Perrier, Meissas et Michelot, chez Haclietto, etc.). Toutes les luéthodos de cet ordre ne varient que par la disposition et les combinaisons des éléments et par les procédés d'application. Ici, ce sont deux roues concentriques sur l'une desquelles se trouvent les articulations, tandis que l'autre présente les sons ; li ce sont deux rubans so déroulant pour remplir le même rôle (méthode Maître, chez Hachette) ; ailleurs, ce sont des cartons, dits syllabateurs, glissant côte à côte, pour donner lieu aux combinaisons les plus variées (méthode Henry Gervais, chez Hachette) ; ailleurs encore, ce sont deux baguettes ou une seule indiquant, soit simultanément, soit successivement, divers éléments à rapprocher pour en tirer une syllabe (méthode Néel, chez Colin) ; ou de petits cartons portant un son ou une articulation, et placés à l'extrémité d'une baguette pour être r.ipprochés d'éléments disposés sur un grand tableau (méthode Chéron, chez Delagrave ; méthodi; Blanchon, chez Hachette). De ces exercices, dont un ou plusieurs grands tableaux muraux sont le principal instrument, les élèves passent ordinairement à des livres d'application, qui les accoutument peu à peu à l'usage du livre.
Synthétiques ou analytiques, les méthodes de lecture peuvent présenter des différences essentielles. Les unes donnent tout de suite tous les cléments de la lecture (méthode Lafforienne) ; les autres procèdent progressivement et par voie de récapitulation, ne donnant d'abord que quelques éléments et les combinant immédiatement pour composer de petits mots ou de petites phrases, et ajoutant ensuite peu à peu à, ces premières connaissances, jusqu'à ce qu'elles aient épuisé et mis en œuvre tous les éléments (méthode Michel, chez Delagrave ; méthode Villemeureux, chez P. Dupont ; méthode des frères des écoles chrétiennes, etc.).
Telles de ces méthodes adoptent, pour les consonnes, l'ancienne appellation : bé ce dé, etc. (méthode Henrion, chez Belin, etc.); telles autres, ce qu'on appelle la nouvelle appellation (généralement attribuée à Port-Royal) : be, que, de, feu, que (méthode Bchagnon, chez Belin ; méthode Peigné, chez Colas, etc.) ; il y en a, enfin, d'après lesquelles on doit éviter même de prononcer, dans les exercices, l'e muet que la nouvelle appellation fait entendre après l'articulation (méthode Mignon, chez Hachette ; nous avons vu que la méthode SchUler est de ce nombre.
Mentionnons spécialement les méthodes à images: méthode Larousse, chez Boyer; méthode Régimbeau, chez Hachette; mentionnons aussi la méthode phonomimique (V. Phonomimie dans la I" Partie;), dont l'inventeur est M. Grosselin, et qui a pour objet de rappeler à l'esprit par des gestes appropriés les éléments des sons et des articulations (Manuel de la phonomimie, de Bourgain ; Instruction pour l'en^eiunement de la lecture par la phonomimie ; Enseignement de la lecture par ta phonnmimic, livret du maître, livret de l'élève, chez Picard; M"' Pape-Carpantier : Enseignement de la levture à l'aide du procédé phonominitgue de M. Grosselin, chez Hachette). On se sert aussi, dans les salles d'asile et dans les familles, pour l'enseignement de la lecture, des boites et casiers typographiques. [Ch. Defodon.] LÉGENDES. — Connaissances usuelles, X. — On appelait ainsi en principe (legendss, devant être lues) des histoires de saints, de martyrs, qui avaient été spécialement composées pour que la lecture en fût faite à haute voix dans les monastères pendant les repas pris en commun, ou à d'autres heures de réunion. On faisait plus particulièrement coïncider cette lecture avec le jour où se célébrait la fête commémorative du bicnheu-
LEGENDES
LEGENDES
l'eux personnage. Les premiers récits de ce genre sont attribués à saint Jérôme, grand docteur chrétien du quatrième siècle. Mais il faut croire qu'il ne fit déjà lui-même que donner une forme plus correcte, plus littéraire aux notices que les évoques avaient coutume de faire rédiger pour conserver le souvenir des fidèles méritants, et qui, se répandant dans les divers centres de la chrétienté, formaient dès lors un vrai recueil de beaux exemples. Au dixième siècle, Siméon le Métaphraste, au onzième, Rugger, réunirent tant mal que bien les principales de ces pieuses biographies ; enfin, au treizième, Jacques de Voragine publia sa fameuse Ligendi^ dorée, qui effaça tout ce qui avait été écrit jusqu'alors sur le même sujet, et qui este le modèle par excellence de l'histoire poétiquement faite avec la naïve acceptation de toutes les assertions les plus hasardeuses. Quoi qu'il en soit du mérite propre de ces compositions, et du puissant rôle qu'elles ont joué dans le monde chrétien aux siècles de foi vive et absolue, comme elles affectaient d'avoir plus particulièrement trait à des événements tenant du prodige, à des existences d'un caractère surhumain, l'usage ne tarda pas à s'établir de leur assimiler toute tradition qui s'écartaitplus ou moins du domaine de la vraisemblance. Pour les chrétiens donc, dès le moyen âge, devinrent légendes tous les articles de foi des anciennes religions qu'avaient détrônées le culte de la croix. A vrai dire, ce même usage, restant fidèle à la douceur de son point de départ, voulut bien qu'en dépit de l'acception fort dubitative du terme employé, aucune idée de mépris ni de réprobation ne s'y attachât. Il sembla convenu qu'en faisant participer les croyances profanes de la désignation attribuée aux saintes traditions, quelque chose leur serait laissé de la mystique vénération qu'inspiraient celles-ci Et ce fut en quoi s'éta- ' blit la différence entre la légende qui, gracieuse ou terrible, imposa toujours par son poétique caractère, et les sottises superstitieuses proprement dites qui se trouvèrent frappées de ridicule. D'autant plus facilement d'ailleurs se fit cette assimilation que (comme chacun peut le savoir, car tous les historiens de l'église des premiers siècles le constatent), il arriva souvent que, pour annihiler parmi les populations certains cultes, certaines pratiques d'idolâtrie, les pasteurs chrétiens durent s'ingénier à déplacer habilement, si nous pouvons ainsi dire, les manifestations des anciennes croyances au bénéfice des nouvelles. C'est ainsi que sur notre vieille terre des Gaules, où s'étaient lentement unifiées les mythologies druidique et romaine, nombre d'objets ou de lieux étaient consacrés à telles ou telles divinités, qui, selon la tradition populaire, les hantaient et y révélaient leurs mystérieuses influences. « Un respect pieux, dit M. Alfred Maury, continuait à entourer les objets si longtemps vénérés, et ce n'était qu'en les dédiant au nouveau culte, qu'en sanctifiant en quelque sorte ces vestiges païens, que les apôtres de l'évangile, fidèles en cela au conseil que le pape Grégoire le Grand donnait à l'abbé Mélitus allant travailler à la conversion des Gaulois, parvenaient à extirper les souches de la superstition qui avaient projeté dans le sol de si profondes racines. Ces forêts sacrées, par exemple, dans lesquelles le peuple ne pénétrait que comme dans un sanctuaire, l'àme saisie d'une crainte religieuse, continuèrent à inspirer le même respect, la même vénération. Des images pieuses furent placées sur les arbres jusqu'alors adorés, et les habitants, en venant, selon leur antique coutume, se prosterner sous leur ombre, honorèrent presque à leur insu un nouveau dieu. » Mais les idées nouvelles, les pensées chrétiennes qui allaient désormais s'attacher à ces simulacres naturels, n'effaçaient pas entièrementjdans l'imagination populaire les anciennes
croyances ; il y avait, de fait, beaucoup plus mé" lange ou coexistence que substitution. De là, l'étrange caractère des légendes qui, chez nous, remontent à ces temps de fusion des idées de deux âges. Nous citerons principalement ces druidesses qui, en tant que prêtresses du grand Tentâtes, étaient investies par la crédulité populaire de tous les prestiges, de toutes les puissances occultes. Commandant aux éléments, ayant vertu d'ubiquité, sondant les immensités célestes, ou pénétrant les profondeurs souterraines, elles n'avaient qu'à le vouloir pour devenir la flamme qui court, la nuit, sur les landes humides, le nuage qui vogue dans le vent, l'élan qui bondit dans les halliers, l'aurochs lourd qui renverse tout sur son passage, le raïuicr qui s'envole, en faisant chatoyer son aile rapide. Quand les fictions religieuses de Rome vinrent disputer les sanctuaires aux terribles divinités des Gaules, ces mêmes druidesses, sous les noms de Parques, de Junones, de Nymphes des bois, s'emparèrent du culte, de la ferveur des populations qui, contraintes bien plus que persuadées, ne firent qu'accepter une transformation plutôt qu'une innovation. A l'avènement de la croix, la mystique déité gallo-romaine, précipitée de ses autels, sut encore, pour régner puissante sur son antique domaine, se trouver la plus poétique, la plus prestigieuse des incarnations : elle devint la Fée. Et ce règne merveilleux, inauguré il y a quinze ou seize siècles, nous savons qu il n est point achevé! La fée, reconnaissons-la, car c'est bien elle, la druidesse dont le dieu des grands chênes prenait la figure et la voix pour se révéler à nos fiers et libres ancêtres.
La fée, c'est la druidesse avec sa connaissance du destin et son empire sur la nature entière, avec son accent qui console ou terrifie, avec ses capricieuses transformations ; séduisante jeune fille, pauvre vieille décrépite, rayon de lumière, souffle d'air, insecte d'or, oiseau d'azur. Si vous doutez que ce soit elle, demandez au paysan d'Armoriquo, qui vous affirmera avoir vu en réalité cet être incorporel qui n'a jamais passé que dans vos rêves; demandez-lui l'origitie des Korrigans (c'est le nom qu'il donne aux fées dans son âpre langage): il vous apprendra que ce sont de grandes princesses gauloises qui, à l'arrivée des apôtres, refusèrent d'embrasser la foi nouvelle et qui,pour'cela, frappées de la malédiction de Dieu, furent condamnées à errer éternellement, l'àme rongée par le remords ou par le dépit de leur désobéissance. Ainsi naquit la fée qui, par elle-même ou par ses congénères, peupla les longs siècles de notre histoire d'une multitude de légendes effroyables ou charmantes, ne le cédant en rien, pour l'imagination, pour le pittoresque, aux fictions mythologiques de l'antiquité, si nombreuses, si originales qu'elles puissent être : partout encore dans nos provinces, d'ailleurs, le souvenir est bien vivant de ces traditions populaires qui longtemps formèrent un fond réel de croyances dont l'empire empiète souvent sur celui des dogmes religieux eux-mêmes. Est-il un château ruiné, un site sauvage, un rocher de forme bizarre, une lande déserte, une source sylvestre, un arbre séculaire qui n'aient gardé leur légende '? Ici et là ne parle-t-on pas des Dames blanches, des Dames vertes, grises, noires (autant de transformations de la fée-, qui piotègent tel manoir, qui apparaissent pour annoncer tels événements ? N'est-il pas question de lavandières nocturnes, de sorcières se réunissant en tel lieu, à telle heure, pour des incantations, des préparations de philtres'? Les cercles que, par une curieusa disposition de leur thallus souterrain, de petits agarics forment sur les prés humides, ne sont-ils pas regardés comme les vestiges des rondes fantastiques que les fées ou les sorciers sont venus faire là durant les nuits brumeuses? Le feu follet,
LEGENDES
LEGISLATION USUELLE
ccttB curieuse pliospliorescenco dos marais, des |uiU'6faclions, n'ost-il pas un osprit malin qui se coinplaîl à égarer le voyageur? Ust-il une province i|ui n'ait un pont construit par le diable, arclii- Ircte pieusement frustré du salaire promis ? Ne raconte-t-on pas, au nord comme au midi, soitles méfaits, soit la mystérieuse assistance des lutins, di^s farfadets, od la malice des nains 7 L'homme rouge n'a-t-il pas fait ici sasinistre apparition ? Lh, ne nous indiquerait-on pas la c«c7ie de l'immense trésor infernal qui, à telle époque funèbre, s'ouvra au premier coup de minuit pour se refermer au der nier, et où se sont trouves retenus tant de cupides imprudents? Et l'àmoen peinequi, demandant des prières, gémit depuis dos siècles dans ce vallon témoin de son crime ; et le chasseur noir, le meneur de loups, dont on entend retentir le cor, aboyer la meute sur les grands bois; et le jeteur de sorts, et le semeur de maladies, qui passe sous les traits du mendiant, et qui exercera sa funeste influence s'il est repoussé du seuil où il a frappé; enfin, tout un monde fantaisiste qui se meut tantôt dans les radieuses lueurs de l'Olympe, tantôt dans les ténèbres sinistres de l'enfer? De nombreux recueils ont été faits, et se font encore cha,que jour de ces légendes qui, si naïves, si futiles qu'elles puissent tout d'abord paraître, ne laissent pas cependant de constituer un riche fonds de documents pour l'histoire do l'esprit humain. Presque toujours, en effet, de l'étude qu'on en fait, et du rapprochement qu'on en peut établir avec les traditions des peuples antérieurs, ressortent les plus intéressantes démonstrations d'une sorte d'unité dans la marche, dans le mouvement des idées tant morales que purement intellectuelles, des différents âges, des différentes régions; h tel point même, qu'en y regardant de près, on arrive presque toujours à hésiter dès qu'il s'agit de se prononcer sur l'origine de telle ou telle fiction, car il est rare de n'en pas trouver l'idée première ou l'analogue en d'-s temps ou en des lieux très éloignés les uns des autres. C'est que partout l'àme humaine a, sous des dehors dissemblables, les mômes instincts, les mêmes faiblesses, et que d'une identité de causes doit forcément résulter une identité d'effets. Quoi qu'il en soit, l'on ne saurait vraiment que louer et encourager tous les efforts, si niodesles fussent-ils. dont le but est de soustraire à l'oubli les moindres fragments de notre vieille mythologie populaire, qui, quelques racines qu'elle puisse avoir dans le passé, n'a pu manquer de s'imprégner chez nous d'un certain parfum du terroir, qui on fait le charme en même temps que l'originalité. Chez nous, au surplus, l'imagination 1 gendaire ne s'est pas seulement exercée aux transformations des vieilles données superstitieuses du peuple primitif et du peuple envahisseur, car il était dans l'instinct primesautier de notre esprit national même de faire naître ^a légende au jour le jour, pour ainsi dire, des étonnements que lui causait l'histoire locale : et c'est le propre glorieux de cette histoire d'avoir pu, dès le principe, et presque sans discontinuité, donner lieu k ce poétique enfantement. En ce cas, nos légendes sont bien les nôtres, bien nationales, bien autochthones. Que si nous ouvrons, par exemple, les premières annales dues à Grégoire, le vénérable èvêquo de Tours, aussitôt, et môme alors que le pieux liistoriennefait que retracer des événements contemporains, aussitôt la légende terrible ou touchante apparaît entée sur les sauvages réalités de l'âge mérovingien. C'est bien autre chose quand surgit Charlemagne qui, de son vivant même, entre, illuminé de surnaturel, dans un monde légendaire tout peuplé de héros gigantesques. Et pendant plusieurs siècles la légende ne fera qu'enchérir sur les données qn ontadmises les temps mêmes du puissant empereur. C'est alors que les cJiaitsons de gestes con-
sacrent comme réel maint personnage, maint événement fictif ou douteux : Roland et Uoncevaux, .\yrana, ses (juatre fils et le siège do Montauban, llonaud et loi douze pairs, Ogor, Lancolot, et tout cet ensembli! de preux aux exploits surhumains qui doivent être comme les divins porto-flambeaux de la chevalerie Dans les poèmes, dans les romans dont ils sont les héros, à plus d'une reprise, notons-le, ils viennent on contact avec les créations do l'autre légende, do la légende fantastique, par exemple avec dos fées comme Orlande.ou Mélusine, notre Médée, avec des enchanteurs comme Maugis, ou Merlin, notre Apollonius de Tyane. Et ainsi en va-t-i!jusqu aux Croisades, ces étranges, ces tumultueuses enireprisos aux lointains échos desquelles mainte étoile nouvelle s'allume au ciel légendaire. Puis voici qu'une pauvre pàloure de Lorraine, allant s'asseoir au pied de \ arbre des fies, entend des voix lui commander de chasser l'étranger qui délient maleoicnt la terre française. Elle part, et dès lors commence, s'édifie et grandit la plus pure, la plus douce à la fois, et la plus héroïque et la plus merveilleuse do nos légendes nationales. Et quand sont achevés les temps d'unité religieuse, la légende encore s'attachera c\ et lîi, plus souvent sombre ou sanglante à vrai dire, à tel qui impose ou subit le martyre, à tel qui persécute ou délie la persécution. Le siècle qui précède le nôtre s'achève sur la double et contraire légende de deux idées se heurtant aux limites de deux ères. Enfin, le siècle où nous sommes s'ouvre tout empli de la légende d'un guerrier, qui, après tous les triomphes, va léjendairement finir sur un îlot des antipodes. C'est ainsi que, chez nous, l'histoire et la légende s'enchaînèrent presque toujours étroitement. Eu sera-t-il de même pour les siècles à venir ? Les siècles à venir seuls pourront le dire à nos neveux. [Eugène Muller.] LÉGISLATION USUELLE. — Nous donnons ci-dessous le programme d'un cours de législation usuelle, en indiquant les divers articles de ce Dictionnaire où se trouvent traitées les matières contenues dans ce programme.
I. — Notions de droit public. — (V. Droit public.) Principes fondamentaux. — Droits garantis et
obligations imposéesà tous les citoyens. — Distinction des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
Pouvoir léijisladf. — Sénat. — Chambre des députés.
Composition du Sénat. — Sénateurs inamovibles. Sénateurs élus. — Mode d'élection.— iVomination par les conseils municipaux des délégués sénatoriaux. — Durée des fonctions des sénateurs élus.
— Chambre des députés. — Sa composition. -^ Mode d'élection des députés. — Confection et révision des listes électorales.— Formes de l'élection.
— Conditions d'éligibilité.
Proposition, discussion et vote de la loi à la Chambre des députés et au Sénat. — Promulgation.— A quel moment la loi devient exécutoire.
Pouvoir exécutif . — Président de la République.
— iVomination du Président de la Républi(|Ue. — Ses prérogatives. — Rapports avec les Chambres.
Ministres. — Nombre des ministères. — Attributions et fonctions des ministres. — Conseil d Etat.
— Attributions administratives. — Attributions contentieuses.
Dénomination des actes de l'autorité publique.
— Décrets. — Règlements d'administration publique. — Arrêtés. — Circulaires. — Instructions.