CHEVALERIE
paraît sonrent on ^oa grosse, mais rœil est si vif et la physionomie ai intelligeate qu'elle ne manaue pas pour cela d'élégance. L'encolure est généralement de moyenne longueur^ mais bien musclée et ornée de crins longs et fins. Le corps est cylindrique, avec une poitrine à côtes bien arquées. La croupe est arrondie, fortement musclée, souvent un peu avalée chez les Juments, et rattache de la queue un peu basse. Les membres sont forts, à larges articulations, bien musclés, avec un petit bouquet de crins seulement en arrière de Tarticulation du boulet. Les paturons sont généralement j un peu courts, et tous les angles des membres, par , corrélation naturelle, plus ou moins obtus (A. San- , son). » Ainsi, entre le cheval de gros trait et celui de trait léger, il nV a qu'une différence de vo- 1 lume et de uille. Cela se comprend d'ailleurs, puisque le but de leur production est tout à fait analogue, et qu'il ne présente que des différences de détail.
Toutes les races de chevaux n'appartiennent pas à une espèce unique. Les études scientifiques modernes ont permis de déterminer le nombre et les caractères de chaque espèce. C'est à M. A. Sanson, professeur de sootechnio à TEcole d'agriculture de Grignon, que revient, comme pour les races bovines, l'honneur d'avoir Jeté la lumière dans cette question, et d'avoir substitué une classification scientifique aux anciennes énumérations plus ou moins confuses.
Les huit grandes races de chevaux sont : 1<* La race asiatique, qui comprend les variétés arabe, anglaise de course, des landes de Bretagne, du Limousin, de l'Auvergne, des landes de Gasco-
gne, de l'Aude, de la Camargue, de la Corse, de la ardaigne, de la Lorraine, etc.
2* La race africaine, que Ton confond souvent avec le tvpe asiatiaue ou syrien, et qui comprend la variété barbe ou berbère.
3* La race irlandaise, originaire de l'Ile de ce nom, à laquelle appartiennent les variétés des ponevs, de Shetland et bretonne.
4* La race britannique, confinée des deux côtés du détroit du Pas-de-Calais, race de gros trait, qui se subdivise aujourd'hui en variétés de Suffolk et de Norfolk, boulonnaise, cauchoise.
5** La race germanique, dont l'origine est dans Tancienne Germanie, et qui comprend les variétés allemande, italienne^ comtoise et normande.
6» La race frisonne, originaire des plaines de ce nom, et qui comprend les variétés hollandaise, flamande ot picarde, poitevine et clydesdale.
lo La race belge, race de gros trait, qui s'est subdivisée en plusieurs variétés, dont les principales sont celles du Brabant et des Ardennes.
8** La race séquanaise ou du bassin de la Seine, qui comprend deux variétés désigi^es l'une et l'autre sous le nom de variétés percheronnes, et qui ne diffèrent que par la taille et le poids.
De l'union de quelques-unes de ces races sont nées des populations métisses, dont quelques-unes ont aujourd'hui une grande importance. Les principales, pour la France, sont les Anglo-Normands, les Anglo- Poitevins, les Anglo-Bretons. Dans chacun de ces cas, on a essayé de transformer des variétés déterminées par l'infusion du sang de la race asiatique, en se servant du cheval anglais dit de pur sang. Des résultats très remarauables ont été parfois obtenus, notamment en Normandie; mais la plupart du temps ces résultats ne sont quo temporaires, et il faut avoir souvent recours au reproducteur de pur sang pour maintenir les résultats cherchés.
Eo terminant, il faut insister sur ce fait que,
Sour tirer d'un cheval le meilleur parti possible, ne suffit pas que l'animal possède de bonnes Qualités, il faut encore qu'il soit conduit avec méthode et régularité. Un bon conducteur saura Urer
parti d'une bote même médiocre ; un condnctev inhabile empèdiera une bonne bote de produire son effet utile.
Institutions hippitntes. — Bn vue d'améliorer ia production du «beval en France, le gouremement a créé plusieurs établissemento destinés, les uns à la production directe, les autres à fournir aux propriétaires des étalons de choix auxquels ils
Î meuvent amener leurs Juments. Lee premiers sont es haras ; les autres sont dits dépôts d'étalons. En vertu de la loi du l*' août 1874, tous les cfaeveaux sont soumis à un recensement annuel. Ce recensement a pour but d'immatrieoler et de classer les cheveaux propres au service de l'armée et qui peuvent être requis par Pantorité militaire en cas de mobilisation.
Vices rédhibitoires. — La loi du 20 mai 1838 a fixé les maladies ou vices qui, dans l'achat des chevaux et des mulets, peuvent autoriser une action en nullité de la vente. Ces vices, dite rédhibitoires, sont : la fluxion périodique des yeux ; — l'épHepsie ou mal caduc; — la morve: — le farcin; —les vieilles courbatures ou maladies anciennes de poitrine ; — Pimmobilité ; — la pousse ; — le comsge chronique ; — le tic sans usure des dents ; — let hernies inguinales intermittentes; — la boiterie intermittente pour cause de vieux mal. Pour être valable, l'action en nullité de la rente doit être exercée dans les neuf jours, non compris celui de la livraison du cheval. Toutefois, pour la ilaxion périodique des yeux et le mal caauc, le délai est fixé h 80 Jours. [Henri Sagnier.]
Ouvrages à oonsulter. — Le livre de la ferme et des nuiisons de campagne, — À. Sansoo, lyaité de Mooteehnie eu économie du bétaiL — Richard (du Cantal), Eteâê du cheval de terviee et de guerre.
GUEVALERIB. — Orioines. — « Ghes les Germains, dit Tacite, c'est la dignité, c'est la puissance d'être toujours entouré d'une nombreuse troupe de Jeunes hommes d'élite ; c'est un ornement pendant la paix, un rempart pendant la guerre. » Cet guerriers contractaient ainsi entre eux une sorte de fraternité d'armes, et lorsque leur pays n'offrait plus d'occasions de s'illustrer, ils partaient chercher la gloire et le butin dans des expéditions lointaines, et le plus souvent ils s'engageaient à ne pas revenir avant d'avoir accompli un certain nombre d'exploits. Cette association guerrière fut l'origine et le principe de la chevalerie, a Le cbristiarnsme vint donner une direction plus utile à cette ardeur belliqueuse. » (Chémel.) il consacra la force à la défense des faibles, de l'église et de la foi. An onzième siècle, la chevalerie tendit à s'organiser, à devenir un corps régulier soumis à des réglas plus ou moins bien praUquées, mais généralement appliquées et reconnues. Bile fut un ordre constitué, et il fallut un noviciat pour mériter d'en (aire partie.
OrganiscUion. — L'état de chevalier était le but et l'ambition de tout Jeune noble. Dès l'&ge de sept ans, l'enfant était enlevé aux mains des femmes et placé à la cour de quelque grand seigneur, le plos souvent auprès du suzerain de son père, pour se former à la chevalerie. « C'est un bel usage de notre nation, dit Montaigne, qu'aux bonnes maisons nos enfants soient reçus pour y être nourris et élevés pages comme en une école de noblesse.» Dans le ch&teau l'enfant éuit dressé à la guerre par des exercices continuels, qui développaient st vigueur et l'accoutumaient à se Jouer aisément sous rénorme poids des armures du temps. < Le matin vous voyez la cour se remplir de piqueurs, de pages qui font faire à leurs chevaux mille différentes voltes. Quelquefois des damoiseaux, dont plusieurs sont des prodi^s de force, assaillent oa défendent pendant plusieurs heures avec leurs longues piques ferrées un petit carré de famier on une petite butte de terre, aux applaudissements
GHEYALERIE
CHBYALERIB
des spectateurs. » (Monteil.) D*aatres|(nin, cTétsit la chasse où le Jeune page portait avec grftce le faucon ^e la noble châtelaine dont il était le serviteur courtois et empressé. Enfin, le soir, on se réunissait dans les grandes salles voûtées, aux croisées en ogive, aux vitres peintes, aux grandes armoires, sculptées en fenêtre d'église avec des bas-reliefs représentant l'enfer et le purgatoire ; sur les murs des personnages peints tenant à la main des rouleaux où étaient écrites de belles sentences, ou bien les armures des anciens chevaliers qui rappelaient leurs exploits. C'était alors Tauménier oui racontait ses pèlerinages, et les dangers dont 1 arait sauvé l'intervention d'un chevalier valeureux. G^était le seigneur qui rappelait Quelqu'un des hauts faits de sa Jeunesse, quand il courait aventures au service de Dieu et de sa dame. Cétaient « parfois aussi les chants d'un troubadour qui payait rhospitalité du châtelain par quelque cansone en Thonneur des paladins de Charlemagne ou d* Arthur. » (Chéruel.) Ces modèles de chevalerie étaient proposés en exemple au Jeune homme. Â çiuinze ans il passait écuyer, homme d'armes à la fois et serviteur du seigfieur. U n'avait encore ni la lance, ni le casque, ni l'éperon d'or ; il portait seulement l'épée, le bonnet de fer et l'éperon d'ar^nt ; attaché à la personne du seigneur, il le suivait à la guerre et portait sa bannière ou ses armes; il servait à table le châtelain et « accompaenait la châtelaine dans ses courses à travers la forêt. » En outre, il se formait véritablement au métier du soldat. Dans cette paix toujours précave et si souvent troublée au château féodal, à l'improTiste « le guet sonne la cloche; aussitôt tout est en mouvement : les ponts sont levés, les herses tombent, les portes se ferment, tout le monde court aux créneaux, aux meurtrières. » (Monteil.) Entre ces alertes fréquentes^ T écuyer se perfectionnait dans tous les exercices nécessaires à la tactique du temps et devenait un guerrier accompli-
Alors commençait le noviciat du chevalier. « A ^-sept ans i'écuyer partait souvent pour des expéditions lointaines. Un anneau suspendu au bras ou à la jambe annonçait qu'il avait fait vœu d'accomplir quelque prouesse éclatante avant de recevoir Tordre de la chevalerie. On nommait emprises ces signes distinctifs. » (Chéruel.)
A son retour et retitreprise achevée, avait lieu TadmissioD du Jeune noble au rang de chevalier. Elle était entourée de certaines formalités guerrières et religieuses et accompagnée de certains engagements moraux. La veille du Jour de réception, le Jeune écuyer, après s'être purifié le corps par un bain, revêtait « une tunique blanche, une robe vermeille et une cotte noire, couleurs symboliques qui indiquaient l'engagement de mener une vie chaste, de verser son sang pour la foi, et d'avoir toujours présente la pensée de la morL s (H. Martin.) Le soir, après un Jeune rigoureux, il 80 rendait à la chapelle du château, accompagné le plas souvent d'un prêtre et de deux guerriers éprouvés qui lui servaient de parrains. Enfin le Jour arrivé, après la communion et la messe où le prêtre avait béni Tépée, le récipiendaire paraissait devant celui qui devait lui conférer la chevalerie, devant les dames et les guerriers qui formaient la cour du seigneur. Il s'agenouillait pour entendre lecture des principaux devoirs du guerrier. Alors, t les chevahers qui avaient promis d'aider à vêUr le nouveau chevalier lui donnèrent l'un après l'autre le boqueton (camisole fortement rembourréo) qu'il endossa, la manche droite, puis la gauche ; le haubert (cotte de mailles}: les chausses de for coavrant les Jambes et les pieds : l'épée qui lui fut ceinte après avoir été tirée du fourreau, puis bai- >ce par le nouveau chevalier ot ensuite remise dans le fourreau. Après son serment fait et la promesse
de suivre les enseignements des chevaliers, le roi haussant la paume lui donna l'accolade et le fit chevalier. Les chevaliers lui donnèrent encore un écu (bouclier) qui fut suspendu à son cou, puis le heaume (casque fermé, signe du guerrier noble) ; enfin son destrier qu'il monta de plein saut, sans vouloir qu'on lui tint les étriers et sans même s'en servir. » (Lacurne Sainte-Halaye.) Après la formule prononcée par le seigneur : «Au nom de Dieu, de saint Blichel et de Notre-Dame, Je te fais chevalier », au milieu des volées des cloches, des fanfares dont résonnait l'église et des acclamations populaires, le nouveau chevalier partait Joyeusement pour faire au galop de son cheval le tour du château; Dieu, saint Michel et Notre-Dame lui traçaient désormais son devohr.
Principes de la chevalerie, première époque. — La religion en eff'et, qui était intervenue, dès le onzième siècle, pour consacrer le néophyte, intervenait encore pour lui dicter la règle de sa conduite. Le chevalier doit « garder » les pauvres gens, et soutenir les faibles ; il doit tourner ses armes contre les méchants, les félons et surtout les infidèles, à l'exemple de saint Michel, « chef de la chevalerie céleste », et du modèle de tout guerrier, le valeureux Roland. Comme eux, il doit pratiquer honneur, parage (de oat'r, égal) et courtoisie, qui sont les lois propres de la chevalerie. L'honneur impose de se conduire loyalement vis-à-vis de l'ennemi, d'épargner le vaincu réduit à merci, de traiter comme un frère le seigneur prisonnier et d'accepter une rançon modérée. Pour mériter le renom de paragOii le chevalier doit être secourable et généreux aux pauvres, aux opprimés, enfin courtois à tous. C'est par honneur et parage que Roland envoie chercher une autre épée pour Renaud, dont un coup de Durandal a brisé le glaive. Cest par parage et courtoisie que Renaud met sur les blessures de son adversaire le baume que lui a donné sa mère, avant de recommencer le combat.
Deuxième époque. ^}li9X^\knehX pas toute la chevalerie. Au guerrier franc, aux douze pairs, à l'idéal germanique succède le héros celtique Arthur, roi de Caerleon. Après la chanson de Roland vient le cycle de la Table ronde.
Fit roi Arthur la ronde table, Dont les Bretons disent maint fable.
« Le héros gallois est devenu l'idéal de la chevalerie. Il parcourt le monde en le délivrant des géants et dos monstres. U tient cour plénière, à Caerléon, en Galles, aux grandes fêtes de l'année, et réunit autour de sa personne la fleur des rois, des barons et des chevaliers de l'Europe... La table ronde est le domaine de l'égalité. Tous les convives y sont reçus et servis sans distinction, quels que soient leurs rangs et leurs qualités. » (Demo-
fsot.) «U n'y avait pas un bon chevalier, de l'orient l'occident» qui ne se crût tenu d'aller à la cour d'Arthur ; tous ceux qui cherchaient la gloire y venaient de tous les pays... Les pauvres l'aimaient, les riches lui rendaient de grands honneurs ; les rois étrangers lui portaient envie et le craignaient ; car ils avaient peur quilne conquit tout le monde, et ne leur enlevât leur couronne. » (Roman de Wace.) Il y a dès lors un nouvel élément dans la chevalerie. La vie du château imposée au sei^eur, la situation élevée de la châtelaine au milieu des pages et des écuyers empressés à ses ordres, « a donné souvent aux femmes de l'époque féodale une dignité, un courage, des vertus, un éclat
au'elle n'avait pas développés ailleurs. » Aussi le évouement aux dames qui le charmaient par leur grâce et leur faiblesse devint-il bientôt le principal devoir du chevalier. « Lorsque dames ou damoisollcs ont mcstior (besoin) de lui, il doit les aider de son pouvoir, s'il veut gagner los et pris (louange et mérite). Car il faut honorer les
CHIEN
CHIEN
femmes et porter grand faix pour défendre leur droiu » (La Colombiëre.) C'est d'elles maintenant qu'il reçoit ses armes, pour Taccomplissement de son Yœu, d'elles qu*il attend Tordre du départ, d'elles enfin qu'il espère à son retour sa récom-
{lense d'amour et de gloire. C'est à sa dame que 6 chevalier prête désormais hommage-lige. C'est elle qui le couronne au sortir du tournois. Son amour est pour lui le principe de tout mérite moral, de toute gloire et de toute vertu. Servir Dieu en servant sa dame et redresser les torts, voilà désormais sa devise et tout son devoir. C'est le premier arrêt des cours d'amour qui fixent les obligations du chevalier ; cet amour tout idéal devient le but et le principe de sa vie. — Le troubadour Geoffroy Rudel en est l'exemple, qui s'éprit de la comtesse de Tripoli, sur son renom de beauté et de vertu. Parti pour la Terre sainte, il tomba malade sur le navire, et mourut d'émotion en apercevant la dame de ses pensées, qui entra le lendemain dans un cloître. Tel était l'idéal, dont la réalité s'est souvent de beaucoup éloignée, grâce à la violence et à la grossièreté des mœurs au moyen âge.
Troisième époque. — Enfin la dernière forme de la chevalerie réunit les deux éléments de l'amour et de la religion dans la légende du Saint-Graal. C'était le vase avec lequel Jésus-Christ et les apôtres avalent célébré la pâque, la veille de la passion. Les anees l'avaient d'abord emporté aux deux. Mais il lut ensuite confié à un saint homme qui l'apporta en France. La vue de cette divine relique donnait une perpétuelle Jeunesse, et la possession de toutes les vertus avec un pressentiment du bonheur éternel. Ce fut alors àla recherche et à la défense du Graal que partaient les chevaliers errants dont Perceval était lu modèle — et dont les ordres militaires furent les continuateurs (particulièrement les templiers).
Conséquences, — Telle fut la chevalerie dont l'influence a survécu jusqu'aux temps modernes. Au moyen âge, elle eut pour but et pour résultat l'adoucissement des excès de la guerre, soumise par elle aux règles de la loyauté; l'amélioration des mœurs, dont la brutalité violente fut peu à peu atténuée par la suprématie toute morale de la femme sur son entourage. — Historiquement, l'établissement de la chevalerie fut contemporain des croisades, déterminées en 'grande partie par son influence; et les exploits des héros chevaleresques ont servi de thème à ces nombreux poèmes, chansons de geste et romans, qui sont notre littérature primitive. — De nos jours enfin on trouve encore profondément imprimés dans notre caractère les principes chevaleresques ; ils ont survécu dans les sentiments de l'honneur, de la courtoisie et de la galanterie envers les dames. [Paul Schftfer.J
CBIËNET BACESGANINES.— Agriculture^XV.
-^ La domestication du chien remonte aux époques les plus reculées de l'histoire de l'humanité. Partout on le retrouve, dans les vestiges des anciennes civilisations aussi bien que chez les peuplades sauvages des Iles les plus lointaines. La question de savoir si toutes les races connues aujourd'hui descendent d'un seul type a longtemps divisé les naturalistes ; le chien domestique varie, en effet, presque à rinflni au point de vue de la taille, des formes, des qualités et de la couleur du poil. On peut retrouver la trace de la formation d'un certain nombre de variétés ; mais pour le plus grand nombre, il est difficile de jeter la lumière sur leur origine. Il se forme d'ailleurs presque constamment des variétés bâtardes, et l'homme perfectionne quelques races par des croisements avec d'autres races. Le fait
aue toutes les races de chiens peuvent se reprouire entre elles tend à prouver qu'elles appartiennent à une espèce unique qui, par la domestication, a subi mille transformations.
Frédéric Cuvler a basé la classification des races canines sur la forme du crâne et la longueur des mâchoires. Il les a divisées en trois sections : les mâtins, caractérisés par une tète plus ov moins allongée et par les os pariétaux tendant à se rapprocher ; les épagneuls, dont la tète est moins longue, et dont les os pariétaux s'écartent et se renflent de manière à beaucoup agrandir la boite cérébrale et les sinus frontaux ; les dogues, ayant le museau raccourci, dont le crâne est rapetissé et remarquable par l'étendue considérable des sinus frontaux.
A cette classification scientifique, on substitue souvent une classification pratique qui divise les cliiens domestiques en cinq catégories : chiens de chasse courants, chiens de chasse à l'arrôt, lévrien^ chiens de garde, chiens d'appartement ou de luxe. Pour chaque catégorie, nous indiquerons les prin- , cipales races françaises.
, Chiens courants. — On désigne sous ce nom les chiens chassant à l'odorat, trouvant et tuant le gibier. La chasse à courre a été pendant longtemps un des principaux plaisirs des grands seigneurs français ; entre leurs mains, la vénerie était devenue un art véritable. Cet art a beaucoup diminué, mais on compte encore quelques amateurs qui entretiennent des meutes considérables de chiens courants.
Les principales races de chiens courants sont : le chien de Saintonge, au poil ordinairement blanc avec des taches noires et des maraues de feu pâle, de pande taille, chassant de préférence le cerf et le hèvre; le chien du Poitou, très semblable au précédent et confondu souvent avec lui ; le chien de Gascogne, au poil gris ou blanc, avec beaucoup de taches noires et de marques couleur lie de vin ; le chien normand, de grande taille, au pelage blanc, gris ou fauve ; le chien vendéen, remarquable par la solidité de son jarret et son entrain à la cnasse, au pelage blanc et gris, parfois taché de fauve ou de noir ; le chien de Saint-Hubert, au poil noir tirant un peu sur le roux, marqué de feu aux sourcils et aux pattes ; le chien pour sanglier, dit souvent grand danois, le plus habituellement d'un fauve rougeâtre tigré de noir, très courageux et de grande taille ; les chiens bassets, remarquables à leur corps très long et à leura pattes très courtes ; les bassets présentent plusieurs variétés ; la plus répandue est celle à poil ras, au pelage habituellement blanc taché de noir ou de fauve, parfois tout à fait noir et marqué de féu. Les bassets les plus estimés proviennent de l'Artois et de la Flandre.
Les croisements entre les races françaises et les races anglaises ont été nombreux ; ils peuplent aujourd'hui beaucoup de meutes de notre pays. Une des races anglaises très répandue en France est celle des terriers. Le terrier est généralement de petite taille, mais il est doué d'une vivacité remarquable et d'un très grand courage.
Chiens d'arrêt. — Les chiens d'arrêt trouvent le gibier par l'odorat, mais ils ne le tuent pas ; ils sont généralement adoptés pour la chasse au fusil. Ces chiens sont aussi désignés sous le nom de chiens couchants, parce que souvent ils se couchent devant le gibier pour avertir le chasseur de sa présence.
Les principaux chiens français d'arrêt sont le braque, le gnffbn et l'épagneul.
Le braque est une des plus anciennes races, et elle présente de nombreuses variétés. Le braqeo ordinaire a des formes légères ; la tête est de grosseur moyenne; le museau, court, est un peu carré ; la taille varie de 55 à 65 centimètres. La
Eoitrine est profonde, les pattes sont fortes, et ien musclées. Le poil est ras, fin et luisant, à fond blanc taché de marron ou de brun plus ou moins foncé. 11 convient surtout pour la chasse dans les pays de plaine et sur les terrains sec^
CHIEN
CHIMIE
Les principales yariétés sont celles du Poitou ot de Picardie.
Le griffon se rapproche du braoue par Tensemble de ses formes, mais il s*en distiDgiie par un poil long et mde, parfois hérissé* Quand il est bien dressét il est excellent pour toutes sortes de chasses, notamment pour celles dans les broussailles et dans les marais. .
L'épagnettl se reconnaît à première vue par le développement du crâne et par un poil long et soyeux, surtout sur la queue, dont les poils forment un véritable panache. Ses formes sont élégantes, ses yeux sont Tifs et pétillants, l'oreille loneue et mince. C'est un excellent chien d'arrôt. Il s en est formé de nombreuses variétés qui se différencient par la couleur du pelage, la taille et d*iutres caractères d'un ordre secondaire.
Lé&rierê, — Le lévrier est une des races de cbiens les plus anciennement connues ; il y en a de nombreuses variétés. Quoique ces chiens n*aient qu'on odorat très faible, ils sont très bons pour la cbasse, parce que leur vue est si perçante et ieur course si rapide qu'il n'est pas de quadrupède qui puisse, en plaine, échapper à leur poursuite. Il n*y a pas de race française de lévriers ; mais le mâtin est considéré comme le produit des croisements du lévrier avec des races de chiens de berger, tt a la tète allongée du lévrier, mais plas la^ ; le front est plat ; le pelage varie du bran rougeâtre au fauve. Le mâtin est un chien possédant une grande vigueur : il est courageux et propre à la cbasse du sanglier et du loup.
Ckientde garde. — On distingue deux sortes de chiens de gante: les chiens de berger, et les chiens de garde pour les habitations.
11 y a de très nombreuses variétés de chiens de bereer, on en connaît de toutes tailles et de toutes eomeors. Leur type le plus ordinaire se distingue par le poil hérissé. L'une des races de chiens de berger les plus estimées en France est celle des chiens de Brie, ayant une hauteur de 65 à 75 centimètres. Leur poil est long et assez doux, de cooleor fauve, parfois taché de noir.
in chien de berger peut être rattaché le chien de Terre-Neuve, remarquable non seulement par sa taille et son habileté de nageur, mais aussi par sa douceur et sa docilité. U est de grande taille, avec des formes robustes et massives.
Les chiens de garde sont employés comme com* pagooQs de l'homme pour protéger les habitations, et prévenir de Tarrivee des étrangers. Les principales variétés sont celles du buU dog ou boule-dogue, du dogue de grande taille, du barbet ou caniche. A ces variétés se rattache la race métis des bnll-terriers. Cette race, produite par le croisement iia terrier et du bulldog, réunit les qualités de finesse de l'odorat du terrier à la force et au courage du bulldog. Elle a été créée surtout en vue de la chasse des rats qui pullulent dans les grande s villes. C'est un des exemples les plus remarquables des résultats heureux que l'on peut obtenir par le croisement de races ayant des qualités qu'on veut réunir. Le buU-terrier possède au pius haut degré les qualités des races qui l'ont formé.
Chiefu d appartement. — Le nombre des variétés de chiens de luxe ou d'appi^rtement est à peu près illimité. U est difficile d'en préciser les caractères. Les variétés les plus connues sont le chion ^e la Havane ou bichon, le chien loulou, le King Charles, la levrette, le carlin, le roquet. C'est une question de mode quo la faveur donnée tantôt à lune, tantôt k l'autre de ces races. Le plus ^and nombre ne possèdent pas de qualités spéciales, <nai8 les chiens de luxe peuvent parfois être employés comme chiens de garde.
Le chien est facile à élever et à nourrir. L'alimentation varie suivant les races et suivant les
2« PAnTlK.
service» qu on leur demande. D'une manière générale, un mélange de nourriture végétale et animale est ce qui convient le mieux : mais il faut éviter de donner au chien un excès de viande, surtout s'il doit vivre renfermé.
Pour dégager les facultés intellectuelles du Jeune chien, il faut le soumettre au dressage.' L'éducation permet, ches quelques individus, de développer leurs qualités à un de^^ vraiment extraordinaire. On en cite des exemples surprenants, qu'il s'agisse soit de l'affection du chien pour son maître, soit de ses aptitudes, de sa sagacité, de sa mémoire, etc. La douceur et la patience assurent d'une manière presque absolue la réussite de l'éducation.
Le chien est sufet à d'asses nombreuses mala^ dles. La plus terrible est connue sous le nom de rage. Elle est rebelle à toute médication, et elle peut, par une simple morsure, être communiquée a l'homme pour lequel elle peut être mortelle.
Les premiers symptômes de la rage consistent en une humeur sombre et une agitation inquiète. Le chien parait, à certains moments, être soumis à de véritables hallucinations. L'agitation va en au^entant. Le dégoût pour la nourriture se produit assez rapidement ; mais le chien a la tendance à mordre et à déchfarer un 'grand nombre d'objets tout à fait impropres à l'alimentation. La voix change : l'aboiement se transforme en un hurlement caractéristique bien connu et facile à reconnaître, quand on l'a entendu une fois. Quand le chien malaao aperçoit un autre chien bien i)ortant, il fait tout ce qu'il peut pour se leter sur lui et pour le mordre. Souvent le chien, dès les premières atr teintes du mal, s'échappe de Ut maison de son maître et disparaît. Quand la maladie est arrivée à son complet développement, la face du chien devient terrible ; il demeure presque constamment dans un état complet d'apathie, alternant avec des accès de fureur pendant lesquels il se Jette sur tous les objets qui sont à sa portée. La rage se termine généralement par la paralysie, puis la mort, quand l'animal n'a pas été abattu aans le cours de la maladie.
C'est une erreur trop souvent répandue que le chien enragé a peur de l'eau. Dans les premiers temps de la maladie, le chien boit, au contraire, avidement ; mais bientôt la gorge se resserre et il ne peut plus absorber de liquide. C'est peut-être là la cause de cette croyance.
On a essayé beaucoup de remèdes pour guérir la rage ; aucun n'a encore réussi. Quand un chien présente les symptômes de la rage, il doit être abattu sans retard ; il faut aussi abattre tous les autres animaux qui ont été mordus par lui. Pour l'homme mordu, le meilleur moyen de prévenir les effets de l'inoculation de la rage est la cautérisation des morsures, et surtout la cautérisation au fer rouge, faite avec énergie et aussitôt que possible après l'accident. Les autres agents de cautérisation peuvent aussi être employés avec succès. Quelle que soit la légitime terreur qu'in*
Sire la rage, il est utile de faire observer, avec . Bouley, qu'une blessure rabique n'est pas fatalement mortelle ; qu'au contraire, dans plus de la moitié des cas, quand elle est traitée sans retard, elle ne donne lieu à aucune conséquence funeste.
[Henri Sagnier.] CHIMIE. — (Étym. : d'un mot grec signifiant suc^ et d'où est également formé le mot chyme ; autrefois on écrivait chymie.)
Définition. — La chimie est la partie des sciences qui étudie les transformations que peut subir la substance des corps. La formation de la rouille à la surface du fer dans l'air humide, la pourriture du bois, la putréfaction de la viande, la fermentation du jus de raisin dans les cuves, l'action corrosive des acides sur les métaux, la combustion du soufre,
CHIMIE
CHIMIE
da bou, da phosphore, sont autant de phénomènes dont rétnde appartient à la chimie.
Origine. — L'oridne de cotte science se perd dans les vieilles dyiUsations de Tlnde et de l'Egypte. Les prêtres seuls s'en occupaient et se gardaient bien de divulguer le secret de Quelques préparations, qui constituaient pour eux la science sacrée. La chimie faisait ainsi partie des mystères religieux et contribuait pour une bonne part à la considération et au respect de la caste sacerdotale.
Après la prise d'Alexandrie, la chimie tombe dans l'oubli, pour renaître en Europe, en plein moyen àse, sous le nom d'alchimie. Tout ce que Ton sait alors, en France, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, vient des Arabes. Sous leur impulsion l'alchimie tint longtemps le premier rang dans les travaux scientifiques de TEurope.
L alchimie et les akhimittes : partie chimérique et partie eérietue. — Les alcliimistes travaillent beaucoup; il semble à tous cjue la fortune, la
goire, la science suprême doivent sortir toutes ites de leurs cornues surchauffées ; ils espèrent trouver la connaissance absolue des lois de la nature dans une seule expérience, ou plutôt dans la préparation d'une substan'^ mystérieuse qu'ils ont rêvée.
Comme leurs ancêtres de l'Inde et de TËgypte, ils gardent secrètes leurs recherches ; c'est dans les caves et la nuit qu'ils travaillent. La science n'est plus divine, sacrée, mais elle est remplie de mystères et de sortilèges : le vulgaire attribue à Talchimiste une puissance quelquefois diabolique. Ce cêté bizarre de l'ancienne chimie, de la fausse science ne disparaîtra, chose remarquable, qu'après de longs siècles de travaux et de discussions, à la lumière brillante de la science véritable <^ui naîtra des ruines de l'autre à la fin du dix-huitième siècle.
La plupart des alchhnistes sont eux-mêmes les naives victimes de leurs formules, aussi creuses qu'emphatiques ; quelques-uns, cependant, sont de véritables génies scientifiques, foulant aux pieds les superstitions de leur temps, et entrevoyant la science moderne ; ils deviennent devant l'histoire les précurseurs de Lavoisier et de ses successeurs : tels sont Roger Bacon, Paracelse et d'autres,
Los fausses tendances et les illusions de l'alchimie sont personnifiées dans la pierre philosophate et la panacée universelle^ comme plus tard sa théorie le sera dans le p h logistique.
Qu'est-ce que la pierre phiiosophale? Un alchimiste lui-même n'aurait peut-être pas pu le dire ; mais ce qui parait certain, c'est que, substance ou opération merveilleuse, elle devait transformer les métaux vulgaires en or; c'était la soif de la fortune personnifiée. Quant à la panacée universelle, drogue toute-puissante, elle rendrait la santé et même la Jeunesse. On comprend que, surexcités par de tels désirs, les alchimistes aient beaucoup travaillé, et, il faut leur rendre cette Justice, beaucoup trouvé; tout, du reste, était à découvrir. C'est à leurs travaux que nous devons la préparation de l'acide nitrique (eau-forte), celle de l'alcool, du phosphore, et enfin cefle de l'acide sulfurique, aujourd'hui source de tant de richesses industrielles.
Nos pharmacies font encore un grand usage de quelques-uns des produits qui nous viennent des temps de l'alchimie, par exemple de l'émétique, des chlorures de mercure, du sel de Glauber (sulfate do soude), de l'arsenic sous diverses formes, du sel ammoniac, de la pierre infernale (nitrate d'argent), etc.
Les alchimistes savaient que la fermentation du sucre donne de l'alcool^ puis ensuite du vinaigre (V. Fermentation).
L'acide carbonique (V. Charbon) ne leur était point inconnu, ils le rencontraient et le reconnais-
saient danr diverses cùrconstances, telles que la préparation de la chaux (acide crayeux), la combustion d'une bougie.
Il faudrait un volume pour exposer les décoavertes que nous devons aux alchimistes; elles ont été les matériaux épars, mais nécessaires, qui ont servi à constituer la véritable chimie à la fin da dix-huitième siècle. Il ne faut pas oublier qae l'alchimie entraînait tous les esprits sérieux : Kepler et Newton furent alchimistes. Lavoisier lui-même, Scheele et Priestley, ses plus illustres contemporains, ont panage, au moins pendant quelque temps, les erreurs aue les alchimistes allemands Beckcr etStalil,son aisciple, avaient imposées à la plupart des savants de leur temps.
La théorie du phlogistique, — Ce que nous allons exposer brièvement montrera aux lecteurs l'un des plus grands efforts tentés en vain par la raison humaine pour s'expliquer un des côtés de la nature sans faire appel à l'expérimentation méthodique.
Quand on chauffe un métal à l'air, du plomb, ds rétain, du cuivre^ du fer, du mercure par exemple, il se rouille, c'est-à-dire se transforme en ane substance d'aspect terreux que les anciens appelaient chaux ou terre et que nous appelons auJou^ d'hui un oxyde, parce que cette substance est le résultat de la combinaison chimique du métal avec l'oxygène de l'air. Los alchimistes supposaient que cette chaux ou terre était un des éléments constitutifs du métal. Quand on évapore de l'eau naturelle (non distillée), elle laisse un résidu terreux provenant des substances qu'elle tenait en dissolution : les alchimistes en concluaient qu'elle se réduit en air (vapeur) et en terre. Tout le monde sait que le bois, en brûlant, se transforme en une fumée contenant de la vapeur d'eau et en cendres ou terre. De ces nombreux phénomènes mal observés était née depuis bien longtemps cette idée que le monde matériel est constitué par quatre éléments : l'air^ la terre, l'eau et le feu, auxquels on ajoutait quelquefois le soufre qui, pour beaucoup d'alchimistes, était un élément des métaux. Tous n'admettaient pas ces vieilles idées et plusieurs s'en moquaient, mais n'avaient rien de général à leur substituer.
Au dix-septième siècle, le besoin d'une explication générale de tous les faits connus se faisait vivement sentir. L'homme est ainsi fait, qu'il ne peut pas longtemps voir des choses nouvelles sans essayer de se les expliquer par ce qu'U sait déjà. En même temps, tous les esprits sérieux sentaient le vide de ce qui subsistait encore des anciennes idées; la pierre phiiosophale n'était plus en vogue que chez les charlatans ; quant aux savants, ils ne recherchaient plus seulement la fortune, mais encore ce qui donne à l'esprit la plus grande satisfaction, la possession de la vérité.
C'est alors qu'apparut la célèbre théorie du phlogistique, imaginée par Becker, médecin alchimiste, né à Spire; elle fut défendue et développée par Stabl, son disciple, avec une ténacité germanique, un*» conviction philosophique entière, et une habileté d'interprétation véritablement supérieure et diçne d'une meilleure cause ; Jamais système ne disparut plus subitement et plus complètement.
La théorie du phlogistique n'en a pas moins rendu de grands services à la science en lui donnant l'esprit synthétique, et en provoquant d'ardentes discussions qui ont peut-être inspiré rt guidé le génie français à qui était réservé la gloire de faire luire la vérité.
Stahl supposait qu'il existe dans tous les corps une substance extrêmement subtile, cause et effet du feu, si ce n'est le feu lui-même : c'était le phlogistique {dephiox^ qui en grecveut dire flamme).
Qnand un métal brûle, c'est qu'il perd son phlogistique sous forme de feu libre; il reste l?
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CHIMIE
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ehaxix. La combustion est une perte de phlogistiqne, les corps très combustibles sont les plus riches en phlogistique. Si on chauffe de U chaux méudliqae, chaux de zinc ou chaux de plomb par exemple (oivde de zinc, oxyde de plomb) avec du charbon, ceiui-d étant riche en phlogistique en restituera à la chaux métallique, et le métal sera régénéré.
Ainsi pour les Stahliens la combustion tIto ou lente d*un métal est une décomposition, une séparation du phlogistique et du corps qui brûle, en un mot une analyse, tandis qu*eile est réellement une combinaison, une association chimiaue, une synthèse du métal arec l'oxygène de Talr.
La théorie du phlogistique se trouvait, dès sa naissance, en présence d'objections très sérieuses, dont elle ne triompha passagèrement qu'à cause du besoin absolu qu'on avait d'une théorie générale, et grftce aussi à Thabileté de ses défenseurs qui la modifiaient et la modelaient sur les faits au fur et à mesure qu*ils se manifestaient.
Dès 1630, un modeste pharmacien de Périgucux, Jean Rey, dont l'histoire n'oubliera pas le nom, véritable précurseur de Lavoisier, annonçait en ces u>nnes le rôle de l'air dans la calcination des mé- Uux : u Pourquoi Testain et le plomb auamententde poids qttana on les calcine? A cette demande doncoues, appuyée sur le% fondements déjà poséSy je réponds et soustiens glorieusement que ce surcroit de poids vient de fair qui, dans le vase, a efté espessij appesanti et rendu aucunement adhésif par la véhémente et longuement continue chaleur du fourneau, lequel air se mesle avec la chaux et s'attache à ses plus menues- parties. Voir est val corps pesant, et comme tel, il peut céder à Cestaim et au plomb des molécules pesantes qui, p€tr leur addition, augmentent nécessairement le poids primitif de ces métaux, b
Ainsi, Jean Rey affirmait que la chaux obtenue par la calcination du plomb à l'air avait un poids total supérieur à celui du métal calciné. C'était le renversement do la théorie du phlogistique, mais les phlogisticiens s'en tiraient par des subtilités.
A cette époque-là, on connaissait encore mal les gaz, on ne savait ni les enfermer ni les mesurer, ce fut là certainement une des causes qui retardèrent le plus la marche de la science. Jean Mavow, né en 1645, semble avoir entrevu l'oxygène dans le rôle qu'il attribue à l'air dans le phénomène de la resi>iration. « L'usage de la respiration consiste, dit-il, en ce que, par le ministère des poumons, certaines particules, absolument nécessaires i la vie animale, sont séparées de l'air, et mêlées à la masse du sang, et que l'air expiré a perdu quelque chose do son élasticité... Les particules aériennes absorbées pondant la respiration sont destinées à changer le sang noir ouvcineux en sang rouge ou artériel » (V. Respiration]. Néanmoins tous ces efforts furent impuissantSf mais, on se succédant nombreux, ils prcpareni la voie. Nous devons rappeler ici- les noms de Brandt, Léméry, Rouelle, Baron, Marggraf, Scheele qui- découvre le chlore, extrait le phosphore des os, et enfin Priestley qai découvre l'oxygène en calcinant la terre rouge de mercure (bioxyde de mercure].
j Découverte de Lavoisier, — Ayant chauffé du
' mercure au contact de l'air enfermé dans une I cornue, sans aucune communication avec l'air extérieur, Lavoisier obtint une chaux rouge tout à fait semblable à celle dont Priestley s'éuit servi pour obtenir l'air vital, l'oxygène. Lavoisier, en même temps, constatait qu'une partie de l'air de la cornue avait disparu, et, ayant mesuré le volume restant, il vit que le cinquième à peu p ^.s avait été absorbé par le mercure. Ayant ensmte fortement chauffé la chaux rouge, dans un petit tube com-
muniquant avec une éprouvette pleine de mercure, il vit qu'en môme temps que le métal se régénérait, il 8*en dégageait dans Téprouvetto un gas ayant à peu près le même volume que la panie de l'air qui avait disparu. Cette expérience^ était l'analyse de l'air faite pour la première fois ;; en môme temps, elle donnait l'explication de la transformation que subissent les métaux caldné»à Tair. Le phlogistique devenait une erreur évidente. Le mercure, le plomb, l'étain chauffés à« l'air absorbent une partie de celui-ci, l'oxygène,, et le poids de la rouille est exactement égal à la* somme des poids du métal et de Talr qui s y combinent. Les combinaisons du plomb, de l'étun, du* fer, etc., avec l'oxygène ne sont pas détruites par la calcination comme l'est celle du mercure, maiselles le sont quand on les chauffe avec du charbon ^ il se forme alors entre celui-ci et l'oxygène de 1» terre métallique une combinaison gazeuse, l'adde carbonique, qui s'en va en laissant le métal libre. Le charbon a, en effet, de grandes tendances à se combiner à l'oxygène ; à une température élevée il désoxyde tous les métaux (V. Charbon), il ramène^ la rouille et les minerais à l'état métallique ; c'est pour cela qu'on dit qu'il est réducteur, mais il ne leur fournit rien, comme le supposaient les phlogisticiens.
Lavoisier venait donc de donner la composition de l'air et en môme temps il expliquait le rôle de l'oxygène dans la combustion et la respiration (V. Air et Respiration),
L'importance de cette découverte était immense. ■ Lavoisier voyait dans la combustion un phénomène universel, c'est-àrdire le tvpe de toute combûiaison chimique. Ayant brûlé du phosphore dans l'air, puis du charbon, du soufre, il put déterminer les quantités d'oxygène absorbé par ces corps dans la formation des acides phosphorique , carbonique et sulfureux ; c'était la synthèse après l'analyse, et le grand chimiste pouvait affirmer quele phénomène chimique est une union intime, profonde des corps qui se combinent, mais sans qu'il y ait jnmaii ni perte ni augmentation de poids ; et quoique les propriétés des corps qui se combinent soient profondément modifiées, ceux-cipeuvent de nouveau sortir île leurs combinaisons tels qu'ils y étaient entrés. C'est du reste ce que tous les travaux des successeurs de Lavoisier ont confirmé.
Découvertes qui suivirent, — Désormais les découvertes les plus importantes vont se succéder rapidement, comme il arrive toujours dans les sciences lorsqu'un génie de premier ordre a éclairé un nouvel horizon.
On connaissait déjà l'air inflammable, l'hydrogène ; on allait démontrer qu'il existe dans Teau et que celle-ci, ce qui dut bien étonner alors, était exclusivement formée de deux gaz, le gaz inflammable (hydrogène) et le gaz comburant (oxygène).
f( A cette époque, raconte Lavoisier, Macquer « ayant présenté une soucoupe de porcelaine « ))ianche à Tair inflammable qui brûlait tranquila loment à Torifice d'une bouteille, il observa quo « cette flamme n'était accompagnée d'aucune tt famée fuligineuse, il trouva seulement la sou- « coupe mouillée de gouttelettes assez sensibles «[ d'une liqueur blanche comme de l'eau, et qu'il « a reconnue ainsi que Sigaud, qui assistait à cette tt. expérience, pour de l'oau pure. »
Le 24 juin 1783, Lavoisier put former de l'eau en combinant directement de l'oxygène pur avec le gaz inflammable. « Veau obtenue, soumise à toutes tes épreuves qu'on peut imaginer, parut aussi pure que de Veau distillée. A cette expéinence assistaient Laplace, Le Roi, de Blagden, sicrétaire de la Société royale de Londres. »
Les analyses se succédant, on connut bientôt la composition des acides, des bases et celle d'un
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grand nombre de sels. Nous ne pouvons nous arrêter ici que sur les lois fondamentales qui en ressortirent et qui constituent les bases inébranlables de toutes les théories de la chimie moderne (V. Egttivalents),
Loi de Wentzel. — En versant goutte à goutte de Tacide sulfurique dans une dissolution de potasse caustique, base puissante, on arrive à obtenir un composé qui n a plus ni les propriétés de Tadde, ni celles de la potasse. Ce sel n*a aucune action sur le sirop de violettes, tandis que Tacide le rougit et que U potasse le verdit. Ces deux corps se sont neutralisés. L'expérience prouve que les poids diacide sulfurique et de potasse qui se neutralisent ainsi en formant du sulfate neutre de potasse ne sont pas égaux, mais qu'ils sont toujours dans un même rapport, quelles que soient les quantités de sulfate de potasse produites. Si on sature la môme quantité de potasse par un autre acide, on trouvera que le poids de Tacide, qui est toujours dans un même rapport avec celui de la potasse^ n est pas égal à celui de l'acide sulfurique : par conséquent on peut dire que des poids différents d'acide s'équivaient chimiquement en se combinant à un certain poids de potasse ; si nous faisons les mômes expériences avec de la soude, ou avec de la chaux, ou avec de la magnésie, ou avec une base quelconque, nous trouverons toujours eue les poids d'acide qui s'équivalent en présence d un môme poids de base sont toujours dans le môme rapport quelle que soit cette base . Inversement, si nous neutralisons un certain poids d'acide, successivement par de la potasse, par de la soude, ou par de la magnésie, etc., nous verrons que les poids de ces bases qui neutralisent un môme poids d'acides ne sont pas égaux, mais quMls sont toujours dans les mômes rapports, quelle que soit la nature de l'acide.
Loi de Hichter. — .Plongeons une lame de fer bien propre dans une dissolution du beau sel bleu qu'on appelle le vitriol bleu (sulfate de cuivre), nous verrons t^ue la lame de fer se recouvre de cuivre, et au bout d'un certain temps la liqueur n*en contiendra plus, mais elle contiendra du fer : ce sera du sulfate de fer. Les poids de fer et de cuivre oui se seront ainsi substitués l'un à l'autre sans qu aucun autre corps de la substance ait été déplacé ne sont pas égaux, mais ils sont dans un certain rapport qu'on retrouvera toujours entre les poids de fer et de cuivre qui pourront se combiner à un môme poids d*un corps quelconque ; on peut donc dire que ces poids de fer et de cuivre s'équivalent dans les différentes combinaisons chimiques.
Des expériences semblables faites avec d^autres sels et d autres métaux ont fait naître dans la science l'idée si féconde de l'équivalence chimique (V. Equivalents).
Loi de Ualton. «^ Le physicien analais Dalton a condensé tous ces faits remarquables dans une loi très simple et qui n'a rien d'hypothétique, car elle n'est que Texpression synthétique des résultats donnés par l'application de la balance à l'analyse des corps composés. Cette loi porte le nom de loi des proportions définies^ ou (oi des proportions multiples. L*oxygène etPazote forment, en se combinant en différentes proportions, cinq corps qui diffèrent complètement par leurs propriétés. L*analyse a démontré que les différents poids d'oxygène qui,, dans ces cinq corps, sont combinés à un môme poids d'azote, sont entre eux comme les nombres 1, 2, •l> 4, 5 ; ce que nous disons des combinaisons de l'azote et de l'oxygène est vrai aussi de celles du chlore et de l'oxygène, du fer et de Toxygène, du soufre et de l'oxygène, etc.; de là la loi de Dalton: Quand deux corps se combinent en plusieurs proportions^ les différents poids de l'un qui se combinent avec un même poids de Vautre^ sont
des multiples exacts du plus faible d'entre eus. Loi de Gay-Lussac, — Quand deux gaz le combinent, les volumes de ces deux gax et celui du composé qui en résulte, mesurés dans les mômes conditions de température et de pression, sont entre eux dans des rapports très simplei* Ainsi, un litre de chlore et un litre d'hydrogèos s'unissent pour former deux litres d'acide chlorîiydrique ; deux litres d'hydrogène et un litre d'oxy-
fène forment deux litres de vapeur d'eau. C'est ensemble do ces lois qui a donné naissance à la théorie dite des équivalents et ensuite à la théorie dite atomique. La première n*est point pour ainâ dire une théorie, en ce sens qu*elle est l'expression des résuluts incontestables de l'analyse ; la seconde, pour expliquer les faits si nombreux et si variés que les chimistes€ontempondns ont obserrés, principalement dans les réactions des corps organique:<, a fait renaître l'idée ancienne de l'existence des atomes, c'est-ènlire de particules matérielles excessivement petites, et ne se subdivisant jamais dans les combinaisons chimiques. Celles-d d'après cette hypothèse ne seraient que des groupements d'atomes.
Nomenclature. — Les années qui suivirent la découverte de Lavoisier, comme nous TaTons déjà dit, virent se multiplier les analyses chimiques, et bientôt on vit les difficultés inextricables qui résultaient de l'emploi de noms pour le moins bizarres et souvent en opposition complète avec la constitution des corps qu'ils représentaient. Lavoisier et Guyton de Morveau eurent les premiers l'idée de substituer aux noms anciens un système de noms représentant la composition des corps. Exemples : l'huile de vitriol n'a de l'huile que Tapparence la plus superficielle, tandis que le nom d'acido sulfurique que ce corps porte aujourd'hui rappelle non seulement qu'il est formé de sonfre et d'oxygène, mais aussi dans quelles proportions ces deux corps sont combines.
La nomenclature fut dressée par les savants français Guyton de Morveau, Fourcroy, Berthollet, Monge, qui s'aidèrent des travaux de Lavoisier. Us ne se contentèrent pas de créer la nomenclature parlée, mais ils donnèrent les règles qui servent encore aujourd'hui à représenter d'une façon abrégée et précise la nature et les proportions des corps simples qui entrent dans un corps composé. Exemples : les symboles AzO, AzO*, AzO*, AzO*, AzO*, indiquent que les corps qu'ils représentent sont formés d'azote et d'oxygène, et qu'en outre les poids d'oxygène sont à celui de l'azote dans les proportions d'une fois l'équivalent de l'oxygèno pour une fois l'éçiuivalent de l'azote dans le premier ; de deux fois l'équivalent de l'oxygène pour une fois celui de l'azote dans le seconci, etc.
La nomenclature chimique était devenue indispensable, car à toute science constituée il faut un langage précis et spécial ; elle a rendu d'immenses services, et, quelles que soient les modifications complémentaires qu'elle ait subies ou Qu'elle subisse dans l'avenir, les principes fonoamentaox en subsisteront longtemps {S, Nomenclature).
Electro-chimie. — Les anciens chimistes n'employaient guère que la chaleur pour opérer les combinaisons ou les décompositions cbuniques ; cependant Scbeele, contemporain de Lavoisier, connaissait on peu l'action décomposante de la lumière sur les sels d'argent (V. Photographie) ; Lavoisier et Laplace avaient fabriqué de l'eau en combinant l'hydrogène et l'oxygène par l'étincelle électrique. Mais tout à la fin du dernier siècle l'invention de la pile voltaique venait de mettre entre les mains des chimistes une puissasoe nouvelle et sans égale : le courant électrique.
Dès 1800, Carliste et Nicholson en Angleterre décomposaient l'eau en faisant passer au travers un courant électrioue et obtenaient les deux gaz hy-
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inieantptQstôi
irogtae et oxygène arec II,
LaToisier aTait fabriqué de Veau,
En 1807, le grand chimiste anglais Davy parvenait à décomposer la potasse, la sonde, la magnésie au moyen dAin puissant eourant Toltalqne, et, en découvrant ainsi plosiears métaux nouveaux, il Tériflait \idée émise par Lavoisier que toutes les terres et les chaux contenaient un métal. Bavy, en effet, extrayait le potassium de la potasse, le sodium de la soude, etc.
Ancnn sel ne pourait résister à l'action décomposante du courant électrique ; le sulfate de soude, le sulfate de cuirre, l'azotate d'argent étaient décomposés (V. Galvanoplastie).
Après llnrention du galvanomètre (V. Electric cité^ p. 660), on Ait conduit à rechercher si Télectricité ne se manifestait point en même temps que la chaleur dans les combinaisons chimiques, et des fidts aussi nombreux qu'incontestables démontrent que, chaque fois que deux corps se combinent, il se produit un courant électrique ; on peut même dire que les courants électriques qui prennent naissance dans les piles sont dus aux actions chimiques mii s'y passent De là est née la théorie duaHstique dereloppée et défendue par Benélius, célèbre diîmiste suédois; cette théorieconsisteàneTOirdans toute combinaison chimique que l'union de deux corps simples ou oomposifts; au mopient de leur combinaison ils sont dans des états électriques contraires. Deux corps simples, Toxygëne et un métal, s'unissent pour former une base ; un métalloïde et l'oxygène s'unissent et forment un acide; Facide et la base s'unissent pour former un sel. Qoelquefois un sel s'unit à un autre pour former un sel double. Telle est en deux mots l'idée de la théorie dualisUque. Sans être complètement rejetée, on peut dire qu'elle n'est pas exclusivement admise, surtout dans la chimie organique (V. Chimie organique). C'est surtout l'étude des composés organiques, à peine commencée il y a quarante ans, qui a nécessité l'adoption de Tues nouTelles sur les combinaisons chimiques,
Divisiont de la e/dmie, — On a cru Insqu'au ml- • Heu de ce siècle que les transformations que su» I hissent les corps dans les êtres Tivants sons 1-action de l'organisme n'étaient pas de même nature et n'étaient pas régies par les mêmes lois que les substances minérales. Cette manière de Toir est complètement abandonnée depuis que les chimistes a la suite de M. Berthelot ont pu dans leurs laboratoires fabriquer des corps organiques, l'alcool par exemple (V. Synthèse et Chimie organi- 'çue). Il n'y a qu'une chimie, et, si on désigne encore par le nom de chimie inorganique ou chimie minérale la science qui étudie tout ce qui constitue le règne minéral (corps simples, composés binaires, bases, acides minéraux, sels de toute sorte, etc.), et par chimie organique celle qui s'occupe des transformations de tout ce qui a 6té produit sous rinfluence de la rie animale ou végétale, c'est parce que l'objet de la science est si Taste qu'on est obligé de le subdiriser : on dit chimie organique ^ comme on dit chimie industrielle^ chimie agricole, pour indiquer les dîTerses applications de la chimie. [Alfred Jacquemart.]