COLONIES FRANÇAISES
COLORANTES
qu'à une trenUine de mille habitants, groupés principalement Yen Fembouchure des rivières. Ils récoltent du rix, du mais, des ignames et du manioc, qui font la base de leur nourriture, du café, de la canne à sucre, du rocou, qui sert à teindre en rouge, et surtout des bois précieux dans les forêts. On a commencé aussi à y exploiter des mines d'or. Le copimerce ne s'élève encore qu*Ji une dizaine de millions. Cayenne, le siège du gouvernement et d'une cour d'appel, n'a que 8 000 habiunu.
Ootenie. — La Nouvelle-Calédonie. — La France a pris possession en 1863 de l'Ile de NouTelle-Calédome, située dans l'Océan Austral, entre 20* et 22« de latitude S., 162<» et Ub" de longitude E., à 250 lieues à l'est de TAustralie, à 1 000 au S.-E. de la Cochinchine. Cette lie, orientée du N.-O. au S.-E., a 800 kilomètres de longueur et est enveloppée par une ceinture de récifs madréporiques (ou ae coraux) qui en interdisent Taccès aux navires, sauf par un petit nombre de passes.
A 50 kilomètres au S.-E. de la pointe méridionale de rUe se trouve l'Ile des Pins ; le groupe des lies Loyalty est situé à une distance double à l'est de la Nouvelle-Galédonie. L'arcbipel tout entier a 19 700 kilomètrei de superficie et une population de soixante-dix milie âmes.
Les indigènes, dont une partie sont anthropophages, n'ont aucune espèce d'industrie. Le climat de l'Ile convient admirablement aux Européeni. La température ne s'élève pas au-dessus de 32* et ne descend pas au-dessous de 16". L'hivernage, qui est en môme temps la saison des pluies et celle des chaleurs, se passe de Janvier à avril. Mais le territoire n'est qu'en partie .fertile. Les cultures tropicales, canne à sucre, café, coton, ignames, paUtes, les céréales d'Europe, le tabac réussissent bien sur un certain nombre de poirits. Les troupeaux prospèrent. Les forêts fournissent du bois de sand&l et les produits du cocotier. Ou
Ce sur la côte des tortues recherchées pour écaille. La Nouvelle-Calédonie possède des mines d'or, de fer, de nickel et un peu de houille.
Chacun sait qu'on y transporte les criminels condamnés aux travaux forcés et les condamnés politiques.
Nouméa, au S.-O., est le chef* lieu de la colonie. Kcmalot sur la côte orientale, offre un bcn port. Le commerce.de la Nouvelle-Calédonie n'atteint encore que quelques millions.
Autres possessions océaniennes. -^ La France possède encore en Océanie les lies Marquises^ situées par lù^ de latitude S. et 140« à l'O. de Paris, et elle exerce son protectorat sur deux archipels voisins, celui des lies Basses ou Touamotou^ situé à quelques de^s au sud, et celui de Tahiti ou Jee Uee de la Société, à quelques degrés au S.-O. des Marquises.
Les lies Basses sont formées par les constructions des coraux, et peu élevées au-dessus du niveau de l'océan ; elles renferment généralement dans leur intérieur un lac communiquant avec la mer. Elles sont couvertes de cocotiers.
Les Tahiti et les Marquises sont au contraire d'origine volcanique, montagneuses et boisées. Le point culminant de l'Ile Tahiti dépasse 2,000 mètres d'altitude.
Ces lies Jouissent d'un climat délicieux. Pendant huit mois de l'année, d'avril en décembre, le ciel est toujours serein. Pendant l'hivernage, qui occupe le reste de l'année, la température ne dépasse pas 31*. Le sol est fertile et produit en abondance des fruits. L'arbre à pai , 1 igname, le manioc, forment la base de la nourriture des habitants, qui yendent en outre de la nacre, de l'é- i caille, des perles, de l'huile de coco, de l'arrow-root.
Los Marquises ont 1 ^40 k lomètres carrés de i
superficie et 10 000 habitants ; les lies de la Société avec les Touamotou, 8000 kilomètres carrés et 20 000 habitanU. Les lies de la Société ont seules un commerce de quelque importance, mais qui n'atteint pas encore 10 millions.
Ck>ncluflion. — En résumé, la France possède en dehors de l'Algérie, qui est une seconde France, un empire colonial de 200 000 kilomètres carrés, peuplé de près de 8 millions d'habitants, et elle exerce son protectorat sur des pays dont l'ensemble a une superficie de 40000 kilomètres carrés peuplée d'un million d'habitants.
Les colonies, qui durant tout l'empire n'ont pa» eu de représentants élus, envoient maintenant de» députés et des sénateurs au Parlement de la métropole. Il y a trois députés et trois sénateurs pour l'Algérie. L'Inde française, la Réunion, la Martinique et la Guadeloupe nomment chacune un député et un sénateur. Les autres colonien n'ont pas de représentants dans les Chambres.
Comparée aux autres puissances européennes qui ont des colonies, l'Angleterre, la Hollande, 1 Espagne et le Portugal, la France est certaine* ment dépassée par les trois premières. Le Portugal possède des territoires plus étendus que les siens, mais moins peuplés que l'ensemble des colonies françaises, en y comprenant l'Algérie, et où la domination de la métropole est moins effective que dans nos possessions d'outre-mer.
[G. Meissas.]
COLORANTES (Matières). — Chimie, XXVI. — CoNsiDÂHATioNS GÉNÉRALES. — On douno Spécialement dans l'industrie le nom de maiièt'es colorantes aux substances colorées ou non, employées & communiquer des couleurs variées aux différente tissus. La plupart des matières colorantes sont d'origine végétale. La cochenille et le kermès sont des insectes, la pourpre des anciens provenait de certains coquillages. Il ne faut pas confondre avec les matières colorantes les nombreux produits employés on peinture sous le nom de couleurs, et oui sont toujours des oxydes ou des sels. (V. Oxydes et Sels,) Quelques-uns cependant sont employés dans la teinture; tels sont : l'arsénite de cuivre ou vert de Scheele, le bleu de Prusse, le chromate de plomb, les sulfures d'arsenic.
Caractères des matières colorantes. ~ La plupart des matières colorantes sont des principes immédiats formés de carbone, d'hydrogène et a'ox^gène (V. Chimie oraanique) ; quelques-unes contiennent de l'axote, Vorceine par exemple, Vindigottne, Yaniline et ses dérivés. Les matières colorantes sont plus solubles dans l'alcool, l'éther, les alcalis étendus, que dans l'eau. Elles sont quelquefois formées de plusieurs principet colorants, ou associées à des substances incolores.
On les sépare en traitant l'infusion dans l'eau de la matière colorante par de l'oxyde de plomb qui s'y combine en formant ce qu'on appelle une laque ; on décompose ensuite ce produit par l'acide sulfhydrique, oui précipite le plomb à l'état de sulfure. Par 1 évaporation, le j[>rincipe colorant se dépose k l'état de cristaux incolores qui repren» nent leur coloration à l'air.
Action de l'oxygène, du chlore et des corps riches en oxygène; actions des corps réducteurs. — Quel-
3ues matières colorantes sont produites par l'action e l'oxygène de l'air sur des principes végétaux incolores. Ainsi Vindigotine ou indigo pur se produit par l'action de l'air sur un principe mcolore coutenu dans les feuilles de l'indigoferaj et qu'on a appelé Indtcan. Le produit des racines de garance ne se fonce également qu'au contact de l'air. Inversement un excès d'oxygène décolore toutes ces substances; le blanchiment des toiles par l'exposition k la rosée est une application de ce fait général.
Les acides oxygénés du chlore, de l'axote, du
COLORANTES
COLORANTES
chrome, détruisent également les couleurs végétales en les oxydant. Aucune, sans exception, ne résiste au chlore humide, qui, en se combinant à leur hydrogène, pr(>duit une véritable action oxydante (V. Chlore). L'acide sulfureux (V. Soufre) a aussi un grand pouvoir décolorant, par suite de son pouvoir désoxydant; quelquefois la décoloration est le résultat de sa combinaison avec le principe colorant : dans ce cas on peut faire reparaître la couleur en neutralisant l'acide par une Uqueur alcaline ou en Texposant à des vapeurs ammoniacales. On peut faire cette double expérience avec un bouquet de violettes exposé aux vapeurs d'une allumette soufrée. Tous les corps énergiquement réducteurs (capables d'enlever l'oxvgène aux autres) détruisent, comme l'acide sulfureux, les substances colorantes; tels sont : l'hydrogène naissant, le protoxyde de fer, les sulfures alcalins.
Action du soleil, action de la chaleur, — Le soleil tend à détruire avec le temps toutes les matières colorantes ; quelques-unes, comme le rose de carthame, disparaissent presque instantanément sous l'action des rayons solaires. Comme tous les principes organiques, les matières colorantes se aécofflposcnt à une température plus ou moins élevée; cependant il en est qui peuvent être obtenues par distillation sèche : telle est l'indigotine, qu'on obtient cristallisée par la distillation de l'indigo du commerce.
Couleurs solides, couleurs faux teint, — On a donné le nom de couleurs solides, bon teinta ou couleur de grand teint, à celles qui résistent longtemps au soleil, à l'air, à l'eau, à Teau de Javelle et au savon ; rappelons ici que toutes peuvent ôtre rapidement détruites par une action trop énergique de l'eau de Javelle (V. Chlore) ; c'est ce qu'on ne constate que trop souvent. Les couleurs fugaces, qui ne suppportent que quelques soleils, et que deux ou trois blanchissages font disparaître, sont appelées couleurs de faux teint ou de petit teint. Dans les premières, nous ranserons la garance, Yindigo, la gaude, le tannate de fer, etc , dans les secondes, le cwrcuma, le rocou, le carthame.
Notions sua quelques matières colorantes. — Cochenille, kermès. — Ces deux produits tinctoriaux sont des insectes desséchés, appartenant à Tordre des Hémiptères. La cochenille vit sur les feuilles de cactus; on la cultive aujourd'hui au Mexique, aux Antilles, aux Indes, en Espagne et en Algérie. D'après Humboldt, le Mexique, aa commencement de ce siècle, en récoltait environ 400 000 lui. Le kermès est la cochenille du chêne vert, qui se trouve dans l'Europe méridionale ; on s'en servait pour teindre en cramoisi, mais on ne remploie plus guère aujourd'hui.
La cochenille desséchée peut se conserver pendant très longtemps. On a donné le nom de carminé à son principe colorant. Le carmin n'est autre chose qu'une laque obtenue en traitant une décoction de cochenille par de Talon et de la crème do tartre. On sait Que le carmin est très employé par les fabricants de fleurs artificielles; on s'en sert aussi pour colorer les bonbons ; enfin les peintres en miniature en font un très grand usage.
Garance. — Parmi les couleurs rouges, citons encore la garance, extraite de la racine de garance, plante de la famille des Rubiacées. Elle croit dans le midi de TEorope, dans l'Afrique septentrionale; elle était en Rrand usage chez les anciens. En France elle était cultivée en grand dans le département de Vancluse, dont elle formait une des ri« chesses. La garance donne plusieurs produits différents : la garancine, Valigat^ine et la fleur de garance, tous les trois employés dans la teinture.
On fabrique aujourd'hui de Talixarine artificielle, ce qui a fait perdre à la culture de la garance son importance au point de vue industriel.
Bois de Cnmjiéche ou 6ois d*Inde, bais du Brésil. — Ces produits nous arrivent en bûches ; on les piUvérise, et pour en extraire la matière colorante oa les traite par Teau bouillante ; on évapore, et le résidu, traité par l'alcool, donne on produit cristallin qu'on appelle Vhématine.
Carthame. — Une infusion de fleurs de carthame dans Teau froide, traitée par du carbonate de sonde, donne une ligueur rouge.
En neutralisant la liqueur alcaline par Tacide acétique, on obtient la carthamine, aôi peut se précipiter sur du coton plongé dans la liqueur. La carthamine, traitée par Tacide citrique, donne une couleur cramoisie qu'on applique sur la soie et le coton, et qui leur donne les plus belles nuances, rose, cerise, ponceau, couleur chair.
Orseille, — L'orseille est une pâte d'an violet foncé qui provient de la putréfaction de certains lichens en présence de Tammoniaque on de Torine en putréfaction.
Le principe colorant de TorseiUe s'appelle orcme ou orcéine.
Ce principe colorant fut isolé en 1828 par Robiquet. On Tobtient en prismes incolores solubles dans Teau et Talcool ; traitée par Tammoniaque, Torcine se colore en violet, puis en brun sous I action oxydante de Tair. Nous pouvons ici faire remarquer une propriété très générale qu'ont la plupart des principes colorants végétaux de changer de nuances sous l'influence des alcalis ou des acides étendus. Ainsi le bois de Brésil, dont nous avons parlé, vire au Jaune par Taction des acides et au pourpre par colle des alcalis, tandis que le campèche devient bleu par les alcalis et rouge' par les acides.
Orcanette, — C'est une espèce de résine qui sert à teindre en violet; son principe colorant, insoluble dans Teau, se dissout dans i aico(U.
Gaude. — Matière colorante Jaune assez employée dans la teinture : on Textrait des feuilles d'une espèce de réséda. C'est une couleur assez solide.
Indigo, — L'indigo ost une couleur bleue extrêmement employée; on Textrait de l'indigotier ou Indigo fera et du pastel. L'indigofera est une plante de la famille des Légumineuses, genre des PapiUonacées. On le rencontre dans les pays intertropicaux. Le principe colorant, qui se trouve exclusivement dans les feuilles, est d'abord complètement incolore; c'est pendant la fermentaàon des feuilles coupées que se produit la matière colorante bleue.
Dans le commerce on rencontre Tindigo sous forme de morceaux cubiques ou ronds resseiiiblant à des boulettes de farine bleuie, et dont la couleur varie du violet au bleu foncé.
En chauffant Tindigo, on en extrdt un principe immédiat, cristallisable, azoté, d'un violet pourpi^, et qu'on appelle Vindigotine, Ce principe est complètement insoluble.
En écrasant Tindigo bleu dans de Teau contenant de la couperose verte (sulfate de protoxyde de fer, corps désoxydant), Tindigo perd une partie de son oxygène, rederient de l'indigo Incolore soluble dans Teau; on conserve la masse dans un flacon bouché : c'est ce (^u'on appelle une cuve d'indigo. Si on y plonçe un tissu préparé, Tindigotine blanche 'exposition du tissu à Tair laisse par
s'y nxe, et lexposiuon au tissu a Tatr laisse par oxydation apparaître la couleur bleue.
Préparation pratique d'une cuve d'indigo : on place dans un tonneau de loO litres 600 grammes d'indigo, I kilogramme de sulfate ferreux, l^& de chaux éteinte, on achève de remplir avec de l'esa chaude et on ferme hermétiquement (Dumas).
L'indigo se dissout dans l'adde suUbrique de Saxe(S0^2H0),et forme le sulfate dindigo. qui sert a donner à U laine la couleur bleu de Saie.
Teinture en noir et en brun, acide tarmique, acide gallique, — Ces couleurs résultent toutes de
COLORANTES
COMBINAISON
raction des acides tannique et gallique sur les sels de fer et quelques autres sels métalliques. La noix de galle arec les sels de fer donne du noir, et avec les sels de cuivre du gris. Le bichromate de pousse donne des rouges plus ou moins bruns avec récorce de saule.
L*acide Unnique existe dans récorce de chône, de saule, de bouleau, etc. ; on Textrait principalement de la noix de galle. Pour cela on place la noix concassée dans une allonge plantée dans le roi d*une carafe, on y verse de l'éther ordinaire, on abandonne Tappareil après TaToir bouché, et le lendemain une couche aqueuse formée au fond de la carafe contient la plus grande partie du tannin.
L*acide tannique est une substance Jaunfttro. -imorphe, très légère, soluble dans Teau, insolublr dans rétber pur, très fortement astringente ; c'esi le principe du tannage des peaux (V. Cuir), Sa dissolution dans Teau produit dans les sels de sesquioxyde de fer un précipité noir bleuâtre : c'est Tencre ordinaire ; dans les sels de protoxyde, la couleur noiro ne se forme que par Texposition à l'air. C'est grâce au tannin que la sciure de chône humide noircit les outils des bûcherons et des sciem de long, que les artichauts noircissent les couteaux de table.
La solution aqueuse d*acide tannique fermente à Tair en donnant de Taeide gallique.
Acide pierique. — L*acide picrique est une matière colorante aiotéo, découTerte à la fin du siècle dernier, et étudiée depuis par Dumas : c'est le résulut de Taction de Tacide azotique sur Talcool phénique, Taloès, Tindigo, la résine de benjoin, la soie. etc. On l'obtient principalement en traitant l'alcool phénique par l'acide azotique fumant. On l'obtient aussi par l'action de l'acide azotique sur les huiles lourdes de goudron. C'est une substance peu soluble, cristallisant en larmes brillantes Jaune citron. Sa saveur est amère, aussi l'appelle-t-on Jaune amer de Welter. L'acide picnque se sublime sans s'altérer (WûrU). On l'emploie principalement pour teindre la soie en jaune. Dn kilogramme de cette substance peut teindre en jaune lOOO kilogrammes de soie. Il forme avec les bases des sels jaunes susceptibles de violentes explosions lorsqu'on les chauffe, principalement le picrate de potasse.
Aniline et ses dérivés principaux, — L'aniline est un principe colorant artificiel, azoté, qui a été découvert en 1826 par Unverdorben dans les produiu de la distillation sèche de l'indigo. Son importance dans l'industrie des couleurs dépasse aaionrd'hui de beaucoup celle de toutes les substanees colorantes connues. L'emploi de l'aniline et de ses dérivés se substitue successivement à celui d'un grand nombre d'autres couleurs dont elle minera les industries dans un temps plus ou moias rapproché. II est donc indispensable que nous donnions ici quelques détails sur cette substance si riche en couleurs. C'est à Lyon, dans le laboratoire des frères Renard, qu'on l'a préparée iodostriellement, avec les produits de la disUllatioa dn ftoudron, il y a une vingtaine d'années.
Depuis cette époque.' un nombre considérable de chimistes en ont fait robjet de leurs études. Elle coûtait autrefois 50 francs lekilogramme,eIle se vend aujourd'hui moins de 8 francs. On en fabrique peut-être aujourd'hulplus de I5,00<) kilogrammes par jour en Europe. Cest là une preuve des plus frappantes de la puissance vraiment supérieure et créatrice de la chimie, des sources de richesses que l'humanité a trouvées et trouvera dans les applications de cette partie des sciences.
L'aniline est le résultat de l'action de l'adde acë tique et dn fer sur la nitrobenzine ; ce dernier prôduit est lui-même obtenu par l'action de l'acide azotique sur la benzine. On chauffe des parties
égales de nitrobenzine et d'acide acétique, et on y mélange successivement de la limaille de fer très fine : quand la masse a pris une consistance épaisse, on la mélange à de la chaux et on distillo au rouge sombre ; Taniline se dégage et se condense dans un récipient refroidi : elle est alors impure ; on la purifie par une ou deux distillations successives.
L'aniline est un liquide incolore très réfringent, d'une odeur désagréable et d'une saveur acre ; sa densité est un peu plus grande que celle de l'eau.
A — 20» elle s'épaissit ; elle bout à 184",8 ; exposée h l'air elle brunit et finit par se résinifier; elle est insoluble dans Teau, mais se mélange en toutes proportions à l'alcool, à l'éther, aux huiles grasses, aux huiles volatiles ; elle ne bleuit pas le tournesol rouée; elle précipite les sels d'alumine, de zinc et de fer en se substituant à leurs oxydes; elle se combine à la- plupart des acides en formant de vér^ tables sels.
En présence d'un azotate et de l'acide sulfurique elle donne une coloration rouge; chauffée avec de l'acide sulfurique et du bichromate de potasse en poudre, elle donne une coloration bleue, qui devient violette en présence de l'eau. En présence du chlorure de chaux, elle donne également une colorati9n violette.
L'aniline, au point de vue chimique, est considérée comme un alcaloïde *. C'est un poison qui se rapproche de la nicotine iWurU).
Traitée par le chlore, l'aniline donne une série de produits chlorés, par substitution du chlore à riivdrogène : l'aniline monochlorée, l'aniline bichlorée, l'aniline trichlorée, dans lesquels le caractère basique s'affaiblit au fur et à mesure que la quantité de chlore augmente.
Dérivés de Vardline, — Les couleurs diverses qui ont pour base l'aniline sont excessivement nombreuses; elles sont toutes d'une richesse et d'une splendeur incomparables ; nous indiquerons seulement quelques-uns de ces produits.
Rosaniline. — La rosaniline s obtient en oxydant l'aniline par l'adde arséni^ue ; les résidus de la préparation, toujours artémcaax, sont une source d'embarras et de dangers. La fUchsine^ malheureusement trop employée aujourd'hui dans la coloration des vins, est un sel à base de rosaniline ; le solferino, le magenta sont également des composés de rosaniline.
En soumettant l'arséniate de rosaniline à l'action du chlorure de sodium, on obtient le chlorhydrate de rosaniline, qui est une couleur rouge magnifique très à la mode. En traitant ce dernier sel par l'acide hypophosphoreux, on obtient le jaune de rosaniline; le violet et le àleu résultent de l'action de la rosaniline sur l'aniline.
Pour les détails relatifs à la manière d'employer les matières colorantes à la teinture des tissus, voyez Teinture, [A. Jacquemart.]
COMBIN AlSOIf. — Chimie, u. — En chimie, le mot combinaison a deux sens que nous allons successivement définir. Dans un cas c'est le phénomène de l'union intime, chimique, de deux corps différents qui en constituent ensemble un troisième. Par ex. si on chauffe de la tournure de cuivre avec de la fleur de soufre, la niasse devient subitement incandescente : c'est la combinaison de ces deux corps simples qui s'effectue,et il en résulte un corps nouveau, du sulfure de cuivre. La flamme d'un bec de gaz est le résultat d'une combinaison qui s'opère entre l'oxygène de l'air et les éléments combustibles du çaz, hydrogène et carbone. La rouille du fer à l'air humide est le résultat d'une combinaison entre le fer et l'oxvgène de l'air et quelque fois aussi l'oxygène de 1 eau. Tous les phépomènes chimiques sont des combinaisons ou des décompositions.
Dans le second sens, on entend par com^moMOit
COMBINAISON
COMBINAISON
la substance môme qui est produite par la combinaison de deux corps.
Ainsi on dira : les combinaisons du chlore et de l'oxygène sont peu stables ; les combinaisons de l'hyd&ogène et ou carbone sont très nombreuses. On voit que, dans ce sens, combinaison est à peu près synonyme de corps composé.
Caractères (fun phénomène de combinaison. — Affinité. — Quand deux corps se combinent facilement, directement, c'est-àrdire par le seul fait de leur contact, on dit qu'ils ont de \ affinité Tun pour l'autre. Ainsi le soufre a de Taffinité pour presque fous les métaux ; 11 en est de même du chlore et de l'oxygène. On peut dire, d'une façon très générale, que deux corps ne peuvent se combiner que quand ils sont liquides ou gazeux; c'est ce fiu'exprime l'adage ancien : Corpora non agunt nisi soluta. La chaleur, Véloctricité favorisent un grand nombre de combinaisons et eD> détruisent d autres. Un mélange d'hydrogène et d'oxygène ou d'air fait explosion à l'approche d'une allumette ou sous l'action d'une seule étincelle électrique ; les deux gaz se combinent ainsi et forment de l'eau. M. Deville a constaté qu'à une température très élevée Teau pouvait être décomposée en l'absence de tout agent chimique étranger.
Le môme chimiste, par de nombreuses expériences, a mis en évidence ce fait qui semble assez général, <^u'à des températures très élevées toutes les combinaisons peuvent être défaites ; c'est ce qu'on a appelé avec M. Deville la dissociation des corps composés. Il v a dçs combinaisons, qu'on appelle instableSf qui se défont avec une extrême facilité ; le moindre choc, le plus léger contact suffit pour provoquer la séparation de leurs éléments : tels sont riodure et le chlorure d'azote, qui se décomposent brusquement avec explosion quand on les touche, fût-ce avec une barbe de plume.
Les explosions parfois si terribles et dont quelques-unes sont restées célèbres par les épouvantables désastres qu'elles causèrent, sont des phénomènes de décompositions brusques dont la cause reste quelquefois inexplicable. Nous rappellerons ici les explosions de fuiminate de mercure de la fiifî B(^ranger, en 1878. et de picrate de potasse, place de la Sorbunne, eu 1869. Les phénomènes de dissociation dont nous avons parlé plus haut Jouent un rôle important dans l'explication d'un grand nombre 'd observations géologiques et astronomiques qui avaient été jusqu'alors un problème obscur pour les savants.
Action décomposante de C électricité sur les cornhinaisons. — Le gaz ammoniac se décompose en Jivdrogène et azote sous l'influence d'une série d étincelles électriques. Depuis l'invention de la pile voltaique, on a soumis la plupart des substances connues à l'action d'un courant électrique, et les combinaisons les plus stables ont été détruites. C'est ainsi aue le grand chimiste anglais Davy a pu découvrir le potassium et le sodium en décomposant les combinaisons de ces métaux avec l'oxygène ; c'est aussi par la pile que Girlisle et Nicholson décomposèrent l'eau en hydrogène et oxygène en 1800.
Action de la lumière sur les combinaisons chimiques. — La lumière est aussi un agent chimique. Elle défait et forme des combinaisons. C'est le grand chimiste suédois Scheele qui le premier a constaté son action décomposante sur le chlorure d'argent, qu'elle noircit en mettant le métal en liberté (Y. Photographie). C'est là le fait important qui a été le point de départ des merveilleux travaux de Daguerro et de Niepce de Saint* Victor, les inventeurs du daguerréotype.
Un mélange de chlore et d'hydrogène détone Immédiatement sous l'action directe des rayons 8olairC4 : il se forme de l'acide chlorhydrique (V. Chlore). Cette combinaison ne se produit Jamais
dans l'obscurité complète, mais se produit lentement et sans détonation dans la lumière difluse. La puissance chimique réside principalement dans les rayons violets du spectre.
Electro-chimie. — A partir du commencement de ce siècle, dos expériences faites par un grand nombre de physiciens et de chimistes uémontrèrent
aue toutes les combinaisons minérales, au moins, égagent de rélectridté au moment où elles B*ae^ comptissent.
Expériences. — Deux lames de platine séparées communiquent avec un galvanomètre par on fil de cuivre ; on interpose entre les deux lames un liquide n'attaquant pas le platine, acide azotique on chlorhydrique purs, par exemple : le çalvanomètre n'indique rien ; si au contraire, le liquide interposé est de l'eau régale (V. Chlore), ou si on y met un mélange capable de former une combinaison, de la potasse et de l'acide sulfurique, par exemple, Taiguille du galvanomètre indiquera touiours la présence d'un courant. Par contre, quand on détruit une combinaison par un courant électrique, les éléments séparés se trouvent dans des éuts électriques contraires; ce sont là auelqnes-ons des nombreux faiu qui ont constitue' la théorie électro-chimique.
Action de certains corps sur les combinaisons chimiques. — Certaines substances favorisent diverses combinaisons sans y entrer pour rien. Ainsi un peu de mousse de platine projeté dans un mélange d'air et d'hydrogène prodmt instantanément l'explosion qui caractérise la combinaison de ces deux gaz.
Si on fait tomber goutte à goutte de l'alcool sur de la mousse de platine exposée à l'air, on sent immédiatement une odeur d aldéhyde (Y. Alcool) ani indique que l'alcool s'est oxydé aux dépens ae roxvgenede l'aûr; on sent en môme temps une odeur d'acide asétique, corps dérivant également de l'alcool par oxydation (V. Acétique). Autrefois, ne pouvant expliquer cette action de la mousse de platine, les chimistes l'appelaient action catalytique. On s'en rend assez bien compte au- Jourd hui que l'on sait que ce corps léger et poreux peut condenser dans ses pores des quantités considérables de gaz, Jusqu'à en arriver à l'incandescence.
Lois des combinaisons chimiques. — Les combinaisons diffèrent essentiellement de ce qu'on appelle un mélange, si intime qu'il soit, ou une dissolution.
Les combinaisons de deux corps simples on composés sont toujours formées ae proportions précises, constantes pour une môme combinaison. Les analyses qui ont établi cette loi fondamentale de la chimie ont été assez nombreuses pour qu'on puisse dire qu'elle est aussi ceruine qu'importante.
Dans les combinaisons chimiques le poids du composé est toujours égal à la somme du poids des corps qui se combinent, et les rapports de ceux-ci, constants pour les mômes corps, changent avec leur nature, tandis que dans les mélangrà et dans les dissolutions les proportions des diverses substances peuvent varier indéfiniment. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet si vaste, mais nous renvoyons le lecteur aux articles suivants : Chimie, Chimie organique, Equivalents^ Nomenclature.
Classification des combinaisons chimiques. ~ La classification des combinaisons minérales se fait conformément à la nomenclature (V. Chimie et Nomenclatw'é), c'est-à-dire qu'elle repose entièrement sur le nombre des éléments qui les constituent. Nous ne ferons ici qu'en rappeler les noms ; pour plus de détails le lecteur se reportera aux articles Acides, Bases, Sels, etc. Les combinaisons les plus simples sont celles qui sont