XII. — V. Proverbes, Enigme
CONRAD. — Hist. générale, XVIH, XIX et XXVII. — Nom de quatre souverains d'Allemagne.
Conrad I«.-. Ce prince, qui descendait de Char- Icciagne par les femmes, éuit duc de Franconie ; il fut élu roi de Germanie en 91?, après l'extinction de la famille carlovingienne. Son règne fut rempli par des luttes contre les grands feudataires, ducs de Saxe, de Lorraine, de Bavière, et contre les Hongrois. C'est en combattant contre ces derniers qu'il mourut en 918.
Conrad H la SaUque. — Premier empereur de la maison de Franconie. D succéda en 1024 à Henri U, dernier représentant de la maison de Saxe. U réunit à l'empire germanique le royaume d'Arles ou de Bourgogne (Suisse occidenule, Franche-Comté et vallée du Rhône). En Iulie, pour diminuer le pouvoir des évêquea, il rendit le célèbre édit de 1037, qui déclarait tous les fiefs d'Italie inunédiats et héréditaires. Il mourut en 1030. Conrad ni. — Premier empereur de la malsoo de Bouabe ou de Hohenstaufen. Élu en 1138. il
CONSCIENCE
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dAt disputer U couronne à Henri le Superbe, duc do Bavière ; et ce fut cette lutte qui donna naissance aux deux partis rivaux des guelfes (Bavière) et des gibelin* (Souabe). 11 fit avec Louis VU, roi de France, la seconde croiaado (1147-1149), qui n*amona aucun résultat, et mourut en 1153.
Conrad IV. — Dernier empereur de la maison i!e Souabe, fils de Frédéric II. Il fut élu empereur en 1260 à la mort de son père, mais ne put so faire universellement reconnaître, le pape Innocent IV, le grand ennemi de sa famille, lui ayant opposé Guillaume de Hollande ; aussi T histoire, t»aris tenir compte du titre d*empereur porté par Conrad IV, fait-elle commencer Wgrand interrègne dès la mort de Frédéric II. Conrad occupa tout son règne à guerroyer dans le royaume de Naples, dont il portait aussi la couronne ; il y mourut en 12ô4.
Sou fils, le Jeune Conradin, dernier rejeton de la famille de Hohenstaufen. ayant voulu vingtquatre ans plus tard disputer Naples à Charles d* Anjou, fut fait prisonnier par ce prince, et décapité en 1268.
CONSCIENCE. —Psychologie et Morale, Vn et
xvm.
1. PvsrGbologle. — Conscience de soi ou conscience psychologique, — Nous disons communément que nous pensons à tnllo ou telle chose, que nous éprouvons telle ou telle sensation, tel ou tel sentiment, que nous voulons accomplir tel ou tel acte : comment le savons-nous ? Car autre chose est sentir et savoir que Ton sent, penser et savoir que Ton pense, agir et savoir que Ton agit : dans le sommeil, Tesprit fonctionne, les membres' se meuvent, mais à notre insu. Il y a donc en nous, indépendamment des facultés de vouloir, de penser, de sentir, une faculté spéciale, distincte de celleslà, et dont le rôle est pour ainsi dire de nous faire assister à tons les phénomènes qui résultent dans TAme de Texercice de ces facultés. Nous disons
2ue nous avons conscience de ceir phénomènes. ;*est en effet la conscionco {cum et sciVe, savoir avec soi-même) qui nous les révèle, et qui pour cette raison est définie la faculté qu'a Tàme de connaître ses différentes manières d'être et de se connaître elle-même. Pour la même raison, on lui donne quelquefois le nom de sens intime, par analogie avec la faculté que nous avons de connaître le monde extérieur au moyen des sens.
En thèse générale, connaître un objet, c'est s'en distinguer. Je vois le soleil, j'ai l'idée d'un corps qui donne la chaleur et la lumière, et qui n'est pas moi, qui n'est pas même mon corps ; j'ai conscience de la sensation de lumière et de chaleur qu'il me procure, mais en même temps je me reconnais moi-même et je sais que l'être qui sent, et que J'appelle moi, n'est pas le même que l'objet de ma sensation. Je fais effort en ce moment pour exprimer ma pensée avec clarté et avec suite : j'ai conscience de l'effort que je fais, et je sais que Fobjet en est en dehors de moi. C'est do moimême et de mol seul que j'ai conscience. Il suit de là que le moi est l'âme ayant conscience d'ellemême ; que la conscience nous fait connaître non seulement les faits qui se passent dans Tàme et c|u*on appelle faits psychologiques, non seulement les facultés dont ils sont les manifestations, mais le inoi lui-mêmo qui est le principe de ces facultés. 11 est impossible que le moi ait connaissance de SCS manières d'être sans se concevoir aussitôt comme en étant le sujet réel et le sujet unioue : l'être qui en moi sent n'est pas différent de 1 être qui pense, ni l'être qui pense de l'êlre qui veut; le moi ■« connaît non comme un être composé, mais comme un être un et simple, identique à luimôme ; et cet être un, simple, identique, il le connaît aussi comme une cause, comme une force libre et personnelle. Car si l'âme n'avait pas de personnalité, si elle n'était pas quelque chose par
elle-même, on ne comprendrait pas qu*eUe eût conscience de soi. Pour avoir conscience de soi, il faut être soi-même quelque chose, il faut avoir une personnalité. La conscience est donc l'apparition d'une force différente et distincte des forces physiques et extérieures, d'une force interne qui est l'âme et dont le mode d'activité est la libellé. Donc encore, la conscience atteint l'âme ou le moi dans sa nature intime.
La conscience dans son exercice a deux degrés : d'abord sponunée, elle devient réfléchie et volontaire par l'attention, et prend alors le nom de réflexion, la réflexion éunt l'acte par lequel l'es-
Prlt se replie sur lui-même pour s'étudier. Sous une et l'autre forme, son témoignage est infaillible. Les phénomènes de la conscience ont ce privilège de ne pouvoir être mis en question : puis-je douter que j'écris à l'heure présente ces lignes? en d'autres termes, puis-je douter que je pense, que j'agis, que j'existe, que je suis moi et non le lecteur qui feuilleté ce volume ?
Cest pourquoi on a encore défini la conscience : le sentiment que l'être intelligent a de lui-même,, définition qui serait jusqu'à un certain point applicable aux animaux, suivant les degrés qu'ils occupent sur l'échelle des êtres. En rapport, comme l'homme, avec le monde physique, ils en reçoivent comme lui des impressions qui occasionnent on oux de la peine ou du plaisir : le chien, caressé par son maître, témoigne son contentement par des mouvements et des cris joyeux; maltraité, la crainte qu'il montre, les plaintes qu'il fait entendre prouvent qu'il sait ce que c'est que la douleur : il a conscience de ses diverses manières d'être; que les enfants et aussi les hommes en soient persuadés^ et ne l'oublient pas. Cet exercice de la conscience chez les animaux est évidemment circons* crit, quoique réel.
2. Morale- — Conscience morale ou Conscience du bien et du mal, — Nous savons que nous sommes doués d'intelligence et de libre arbitre. Il en résulte que nous avons des devoirs à rem» plir, en d'autres termes que l'exercice de notre activité est soumis à une règle, à une loi, qui est la loi morale : intelligents, nous pouvons connaître cette loi ; libres, nous pouvons nous y conformer. C'est ici qu'intervient une faculté distincte de la conscience proprement dite ou sens intime» et qui est la conscience morale.
Nous faisons à chaque instant la distinction du bien et du mal, du juste et de l'injuste, nous qualifions nos actions et celles d'autrui de bonnes ou de mauvaises : pourquoi ? Parce que nous avons en nous une idôo du bien en soi, du bien moral, qui nous sert pour ainsi dire de terme de comparaison. Avons-nous conçu un acte comme moralement bon ou moralement mauvais, nous nous sentons obligés dans le premier cas de l'accomplir, dans le second de nous en absteÉlr, abstraction faite de l'avantage ou du détriment, du plaisir ou de la peine qu'il pourrait nous procurer: nous avons donc l'ioée du devoir, lequel est obligatoire sans que l'obligation contraigne la volonté, car nous nous sentons toujours libres. La preuve, c'est que nous savons, à n'en pouvoir douter, que la détermination, bonne ou mauvaise, que nous
Prendrons nous sera imputable : nous avons donc idée de la responsabilité. Étant responsables, et nous connaissant comme tels, nous savons que nous mériterons, si nous agissons bien, que nous démériterons si nous agissons mal. Ainsi s'enchaînent rigoureusement les idées du mérite et du démérite, de la responsabilité, du devoir, du bien, de la vertu : le devoir n'existe qu'à la condition d'une fin à atteindre : cette fin, pour un être libre, est le bien moral ; le mérite n existe, pour un être responsable, qu'à la condition du devoir ; quand l'homme obéit au devoir, en vue du bien
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moral, il obéit librement à un motif supérieur, impersonnel, désintéressé ; il se dévoue à cjuelque chose qui n*est pas lui, il poursuit un bien qui n'est pas le sien, qui n*est môme pas celui d*un être en particulier, mais qui est ie Bien, Ce dévouement, c'est la vertu.
Or^ ces idées, nous les devons à la conscience morale, on faculté de concevoir le bien, de le distinguer du mal, de concevoir en un mot la loi du devoir. La conscience morale atteste donc à iliomme la supériorité de sa nature sur tous les êtres qui l'environnent ; l'homme seul a des devoirs, parce que seul il est capable de moralité. Vkae qui « tond d'un pré la largeur de sa langue • n'est, quoi qu'en dise La FonUine, ni responsable ni coupable ; c'est son maître qui répondra du dommage. Le pavsan dont parle Jouffroy, qui la nuit va cueillir les pommes de son riche voisin, a beau se dire qu'il ne lui fait pas tort : il sait fort bien, tout illettré qu'il est, qu'il se rend coupable de vol. L'&ne ne se reproche rien ; le voleur, qu'il échappe ou non à l'œil de ses semblables, n'échappe pas aux reproches d'une voix intérieure qui constituent son premier ch&timent. L'accomplissement du bien et du mal, en effet, est toujours accompagné d'un sentiment particulier auquel nul ne peut se soustraire, et qui est, suivant les cas, une récompense ou une punition, une satisfaction intérieure ou un remords. La loi du devoir trouve ainsi sa première sanction dans notre nature elle-même ; cette sanction n'est pas la seule, mais elle est indépendante des autres.
Qu'est-ce donc au fobd que la conscience morale? C'est la raison elle-même, car les idées qu'elle nous donne et que nous avons énumérées ont tous les caractères des idées de la raison : elles sont nécessaires, immuables, universelles ; nous ne les formons pas comme nous formons, par exemple, l'idée du règne animal ; nous ne les imaginons pas, comme nous imaginons l'idée de la chimère : nous les concevons et nous ne pouvons pas ne pas les concevoir. Elles n'appartiennent pas à un individu en particulier, mais à toutes les intelligences ; elles sont de tous les temps et de tous les pavs ; partout et toujours on fait la distinction du bien et du mal, partout et toujours on porte le jugement du Juste et de l'injuste. « Il est au fond de nos &mes un principe inné de Justice et de vertu, sur lequel, malgré nos propres maximes, nous Jugeons nos propres actions et celles d'autrui, comme bonnes ou mauvaises. » (J.-J. Rousseau.) Une action n'est pas bonne ou mauvaise parce que la loi écrite la qualifie ainsi : la loi écrite la qualifie selon sa conformité avec l'idée du bien, et elle-même emprunte sa valeur à sa conformité avec la loi non écrite ou loi morale, loi étemelle et Infaillible, écrite au fond de nos cœurs par la conscience, et dont Aristote disait : « Ni l'étoile du toir ni l'étoile du matin ne sont aussi belles à contempler. » Cicéron l'a définie ainsi : « La loi morale est la raison suprême, inhérente à notre nature, ordonnant ce oui doit être fait, défendant ce qui doit être évité, loi étemelle antérieure à toute loi écrite, à toute constitution de société, i
On donne quelquefois k la conscience morale le nom de raison pratique parce qu'elle dirige notre conduite, et par opposition à la raison spéculative; mais on voit qu'elle n'est autre chose que la raison. Les notions qu'elle nous révèle ont donc leur origine en Dieu, comme les autres idées de la raison, puisque les vérités éternelles sont les formes et les pensées de l'intelligence divine. Cela ne signifie pas qu'elles émanent d'un décret arbitraire de la volonté de Dieu ; que le bien n'est le bien, que le mal n'est le mal que parce que Dieu Ta voulu ainsi. Cette erreur a oté combattue non-seulement par les philosophes, mais par les plus grands théolo-
giens : la loi morale n'est pas l'ezpressioa de la volonté divine, mais de la raison divme. C'est précisément ce qui lui imprime un caractère auguste d'autorité et d'universalité : le Verbe éternel, selon l'expression de Malebranche, parle à tontes les nations le même langage. Les divergences d'opinion qui se produisent portent non sur le principe, mais sur ses applications. Gela tient au degré de civilisation, de culture intellectuelle, à Tignoranee, auz usages, aux préjugés, à tous les mobiles de nos actions. Dans les premières années de son eiistence, l'homme n'a pas plus atteint son complet dévelop-
ftement moral que son développement physique; a conscience, comme toute autre faculté, est susceptible de culture et de perfectionnement. L'idée du bien, comme toutes les idées de la raison, n'est innée qu'en ce qu'elle forme l'essence de la raison, et so développe avec elle. La passion peut l'obscurcir, mais non l'éteindre entièrement ; les méchants mêmes admirent la vertu : « Thypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu. » (La Rochefoucauld.) L'homme cesserait plutôt d'être homme que de perdre son attribut moral, la conscience.
On voit par là en quoi La conscience morale diffère de la conscience proprement dite : celle-ci est un témoin, celle-là est un législateur et un Juge. Elle dicto à l'homme sa loi, elle l'approuve ou le blâme, selon qu'il l'a observée ou violée ; elle le rend ainsi l'arbitre de sa destinée. Concluons que l'éducation est toute-puissante sur le développement de la conscience morale, et qu'il dépend d'elle de faire marcher du même pas le progrès de l'instruction et celui de la moralité. Entendre ainsi la mission d'éducateur, s'appliquer ainsi à soimême la notion de responsabilité, c'est faire son devoir et travailler au bien commun, car la conscience des individus fait celle de la société tout entière. [Paul Rousselot.]
CONSERVES ALIHENTAlBES.—Chimie,XXVlI.
~ On donne le Yiom de conserves alimentaires à toutes les substances destinées à l'alimentation et préparées de manière à pouvoir être conservées longtemps, des mois, et même des années. Ainsi on dit : conserve de gibier, de petits pois, de sardines, etc.
Généralités, -' Toutes les matières organisées, végétales ou animales, dès qu'elles sont mortes, subissent dans l'air, à la température ordinaire, des transformations diverses plus ou moins nombreuses. Jusqu'à ce que tout leur carbone soit transformé en acide carbonique, leur hydrogène en eau, leur azote en ammoniaque , en un mot, leurs éléments reviennent à l'état minéral, après avoir passé par une série de produits de décomposition. C'est cette altération plus ou moins spontanée qu'on appelle, selon le cas : putréfaction^ fermentation^ pourriture. Dans le langage scientifique, on n'emploie plus guère que le mot de fermentation, depuis que les remarquables travaux de M. Pasteur ont fait voir que tous ces phénomènes, en apparence si différents, avaient une même origine : l'action des ferments sur les substances organiques (V. Fermentation).
Les conditions essentielles pour que les matières organiques fermentent ou se putréfient sont nonseulement la présence de ces ferments, mais encore une certaine température, de l'humidité, et le contact de l'oxygène . Tous les moyens employés pour conserver plus ou moins lonç' '
tances org reviennent I sieurs de ces conditions.
Ici, comme dans beaucoup d'autres circonstances, la pratique a devancé la théorie ; néanmoins, comme toujours, celle-ci, depuis les travaux de M. Pasteur, auxquels on revient toujours dans ces sortes de questions, a permis de perfectionner et de multiplier les moyens de conservation. Nous
Cl oe 1 uxygvue . i oub les uioyens employés nserver plus ou moins longtemps les subsrganioues avec leurs principales propriétés ant à les mettre à l'abri d une ou ae plu-
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m]lon8 les classer comme on le fait généralement et conformément aux différentes indastries qui emploient en grand ces différents procédés.
Ùipers modes de conservation des substances alimentaires, — l» Par le froid. Depuis longtemps on sait que la rânde peut être indéfiniment conserrée lorsqu'elle est constamment maintenue à une température inférieure à zéro.
Le géographe Balbi, parlant de Saint-Pétersbourg, décrit ainsi le marché ahiver de cette ville : « L'Européen du midi est frappé d'étonnement en voyant s*élever, sur une vaste place, d'énormes pyramides formées de corps d*animaux entassés les uns sur les autres. Ce sont des bœufs, des moutons, des cochons, des poules : ensuite du beurre, des œufs, des poissons ; enfin toutes sortes de provisions : le froid a rendu ces objets durs comme des pierres. Les poissons conservent encore toute leur fraîcheur et leurs couleurs naturelles; on serait presque tenté de les croire vivants. Mais les autres animaux oifirent un spectacle pour ainsi dire effravant. On en voit des milliers tout écorchés, rangés les uns à côté des autres. Leur dureté est extrême ; on emploie la hache pour en couper les morceaux, et les éclats volent au loin comme si Ton coupait du bois. Les provisions amassées dans ce marché y Boiit apportées des parties les plus éloignées de l'empire, au moyen aes traîneaux. Tout s'y vend k meilleur marché à cause de la facilité des transports et du ^and nombre de vendeurs, et chacun 86 hâte de faire ses provisions. Elles se conservent d*ailleurs pendant longtemps lorsqu'on a la précaution de les mettre dans des caves garnies de glace qui se trouvent dans toutes les maisons. »
On raconte qu'il y a quelques années plusieurs savants voulurent goûter, dans un repas donné à Saint-Pétersbourg, de la chair parfaitement conservée des cadavres de mammouths, qu'Adams avait découverts dans les glaces de l'Océan Arcti-
3ue où ils se trouvaient enfoncés depuis quelque ix mille ans. Mais ce sont là des circonstances naturelles qui ne peuvent pas être appliquées industriellement. Depuis une dizaine a'années, et principalement depuis deux ans, par d'heureuses applications de la dépense de chaleur nécessitée pour révaporation des liçiuides très volatils, on est arrivé à produire le froid industriellement, c'està-dire à volonté et à bon marché (procédé Carré, par révaporation de l'ammoniaaue liquide ; procédé Tellier, par révaporation des ethers ; procédé Giffard, par la dilatation brusque de l'air comprimé ; procédé Pictet, par révaporation de l'acide sulfureux liquide). Aussi, aujourd'hui, la conservation des viandoB de boucherie, du gibier, des poissons, peutrelle se faire sur une grande échelle par le froid artificiel ; comme beaucoup d'autres personnes, nous avons pu voir, dans les galeries de l'Exposition universelle, des cadavres entiers d'animaux de boucherie, moutons, bœufs, parfaitement conservés et ayant le même aspect que s'ils arrivaient de l'abattoir, quoique ces animaux eussent été abattas onze mois auparavant dans les pâturages de l'Amérique du Sud, et que, par suite d'un accident arrivé au navire, ces viandes eussent sé- |oumé trois mois sous l'équateur.
Plusieurs compagnies, qui viennent de se former pour exploiter ces dfifférents procédés, vont importer en Europe, conservées par le froid, les viandes de bœuf et de mouton qui sont à si bon marché dans diverses régions de TAmériaue méridionale. Déjà, il y a deux ans, la compagme qui exploite le système Carré a pu lîTror à la consommation parisienne et à bas prix plus de six cent mille kilogrammes de viande parfaitement intacte.
2* Dessiccation. — La viande de boucherie, chauffée à l'air, perd la plus grande partie de son eau, et peut ainsi se conserver longtemps ; ce procédé de conserration est très ancien ; les Gaulois
en faisaient usage. Les indigènes de la Plata et du Paraguay se nourrissent de lanières de viande sèche appelées tasajo^ qu'on prépare en exposant au soleil sur des claies de bambou des bandes minces de viande de bœuf saupoudrées de farine de m^s. Les prunes, les poires, les champignons sont aussi conservés par la dessiccation.
Boucanage. — Le boucanage consiste à fumer la viande après qu'elle a été desséchée ; c'est ainsi que se conservent les jambons, les harengs, le bœuf, etc., et toutes les viandes dites fumées. Souvent elles ont été préalablement salées.
Les viandes exposées à la fumée s'imprègnent lentement des substances anti-septiques «anti-putrides), principalement de créosote^ que contient la fumée.
Les légumes peuvent aussi être conservés par la dessiccation. Pour cela on leur donne la forme de tablettes en les soumettant à une pression considérable au moyen de la presse hydraulique. On les expédie ensuite enfermés dans des boites do fer-blanc, qui peuvent contenir jusqu'à 20,000 rations de 20 à 2d grammes. Plongés daris l'eau pendant deux heures, ces légumes reprennent toute l'apparence et le volume de légumes frais.
8* Expulsion de l'air. — Procédé Appert. — Le plus simple et de beaucoup le plus employé de tous les procédés imaginés pour débarrasser de l'air les substances à conserver a été inventé on 1809 par Appert.
Les produits que Ton veut préserver sont placés dans des boites en fer-blanc, de dimensions variables, qu'on plonge dans un bain-marie de Ib^h 100* ; puis, au bout d'un temps plus ou moins long, selon la quantité de conserves qui se trouve dans chaque boite, on ferme celle-ci hermétiquement par une soudure. On se rend facilement compte des différents avantages de ce procédé. La température d'ébullition détruit les ferments, expulse l'air et produit un commencement de cuisson, tout en conservant aux viandes ou aux légumes l'ap carence de substances tout à fait fraîches.
Le procédé Appert a été perfectionné en 1840 par M. Fastier, fabricant de conserves. En mettant dans le bain-marie un mélange de sel et de sucre, il a pu élever la température Jusqu'à 110* avant qu'on procède à la soudure; de cette façon l'air est plus complètement expulsé et les ferments plus sûrement détruits. M. Chevalier-Appert soumet les boites à une pression qui peut aller jus-* Su'à 1 atmosphère 1/2 en les plongeant dans une baudière à couvercle boulonné et munie d'un manomètre.
La dilatation de l'air intérieur gonfle les boites, l'oxygène de l'air est absorbé par la conserve pendant le refroidissement, la boite alors devient concavct ce qui est pour l'acheteur une garantie que le produit est bien préparé. M. B|artin de Lignac a encore apporté au procédé Appert divers perfectionnements qui permettent de conserver parfaitement des masses de viandes de boucherie de 10 à 20 kilogrammes dans un état de fraîcheur presque complète. Ces divers perfectionnements ont ap-
Sorté un développement considérable à l'industrie e la conservation des viandes et des légumes, principalement en Angleterre et en France. Pour cette dernière, la fabrication des conserves représente une valeur do 40 à 50 millions, sans parler du commerce si important des sardines, des harengs, etc., qui représente aussi plusieurs millions.
Nous avons pu voir, dans quelques grandes maisons de Paris, des produits conservés par le procédé Appert perfectionné, préparés en 1867 ou ils ont figuré à l'Exposition universelle de Paris. Ces produits avaient la plus belle apparence. C'étaient des poulets, des cailles, des crêtes et rognons, des petits pois, asperges, choux-fleurs, etc. s
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nous en aTons même tu de 1861 qui araient Tair d'ôtre préparés depuis un mois.
Les conserves jouent un rôle important dans Falimentation des armées en campagne. Pendant la guerre de Crimée, une seule maison fournissait 120 000 rations par Jour à Tarmée française.
Pendant la guerre ae 1k70 et 1871, Tarmée allemande fit un grand usage d'un mélange cuit de Sois et de viande, conservé dans des boites en fer lanc de 1 à 2 litres de capacité.
4» Agents antiseptiques, — On donne ce nom à toutes les substances qui, en détruisant les ferments et germes de toute sorte, s'opposent à la {>utré faction des substances organiques. Tels sont c sel, la créosote, le vinaigre, Tacide pbénique» etc. Lo salage et le fumage des viandes reposent sur Taction des agents antiseptiques. Il en est de môme du àoucariage dont nous avons parlé, puis du sauvage des harengs.
Sauraoe. — On suspend les haren|;s, préalablement sales, dans une vaste chemmée appelée roussabley on y brûle du bois menu et vert en faisant en sorte- d'obtenir beaucoup de fumée ; on peut ainsi en 24 heures saurer 10 OOO harengs k la fois.
M. Milne-Edwards, professeur à la Sorbonne, propose de saler des animaux entiers en injectant do reau salée dans la veine jugulaire. Nous croyons que ce procédé n'est guère employé, quoiqu'il ait été essayé en grand par M. de Lignac dans son usine de Chaionne.
Conservation du lait, — Ici encore nous rencontrons différents procédés. Nous décrirons seulement celui de M. Mabru qui conserve le lait liquide sans lui ajouter aucune substance étrangère; il a été récompensé par l'Académie des sciences en 18à5.
M. Mabru place le lait dans des bouteilles de fer blanc construites de toile façon que quand elles ont été remplies de lait et plongées dans un bain à 100**, elles se trouvent complètement purgées d'air et absolument k-emplies de lait ; on les ferme alors hermétiquement pendant qu'elles sont plongées dans l'eau froide.
Conservation ds œufs. — On conserve les œufs en en^pèchant par un moyen quelconque l'air de pénétrer à l'intérieur. Pour cela on les recouvre, soit d'une couche de vernis à la gomme, ou d'une couche d'un mélange formé d'huile et de cire, soit d'une dissolution sirupeuse de gélatine. Un pro-r cédé plus économique consiste à les conserver à la cave dans un lait épais de chaux auquel on a ajouté quelques centièmes de sucre ; enfin on les conserve assez bien après les avoir plongés pendant quelques heures seulement dans de Teau salée.
Biscuit, — Le biscuit est une espèce de pain sec et dur fabriqué avec de la farine de froment pétrie avec le dixième de son poids d'eau.
La pâte ferm entée est découpée en disques ronds ou rectangulaires, percés de trous afin que les gaz puissent sortir et que les pains ne se gonflent point; elle est ensuite rapidement cuite et séchée. Le biscuit est fade, lourd, altérant; il ne se conserve pas indéfiniment, et se gâte souvent sous l'action de larves dont la cuisson n'a pas détruit les germes.
Meat'buisçuit, — Ce biscuit-viande est formé d'un mélange de farine de froment et de bouillon concentré de viande de bœuf. Il peut servir à faire de bons bouillons, mais il ne contient point les principes les plus nutritifs de la viande.
Extraits de bouillon» — Jusqu'à présent les bouillons concentrés et solidifiés n'ont point pénétré bien profondément dans la consommation, malgré les essais nombreux faiu dans ce sens. A la dernière Exposition nous avons pu en expérimenter plusieurs, principalement d'origine anpilaise, qui nous ont beaucoup plu. Le bouillon dit
Liebig, qui a jusqu'à présent fait le plus de brait, ne parait pas plus que les autres avoir une grande valeur.
Pour terminer nous dirons que si la plupart des procédés de conservation des substances alimenuires sont imparfaits, il y en a quelques-uns cependant qu'une longue pratique a consacrés et ^ui entrent pour une grande part dans l'alimentation journalière.
Nous pouvons citer en tète les conserves de sardines à rhuile, oui sont un aliment excellent de tout point, introduit dans l'alimentation des équi» pages de la flotte par décret du 7 sept. 1872 ; le thon mariné, les olives, les fruits à l'eau-de-vie, les viandes fumées, le beurre salé, depuis longtemps consommés sur une vaste échelle dans tous les pays. [Alfred Jacquemart.]
COA'STiaLATlON. — V. Etoiles,
CONSTITUANTE. — V. Révolution française.
COZi(STITUT10NS.->Histoire de France,XXXVin« XL.. — Avant 1789, la France n'avait pas, à proprement parler, de constitution. L'ensemble des institutions de l'ancienne monarchie, mélange confus de vieilles coutumes, de privilèges, de concessions et d'abus, ne formait pas une constitution dans le sens moderne du mot; l'arbitraire du souverain n'avait d'autres limites que celles que lui imposait parfois l'opinion publique.
Depuis 1789, une dizaine de constitutions successives ont été votées par des assemblées délibérantes, imposées par un dictateur ou octroyées par un souverain. Comme chacuno d'elles a laissé sa trace dans ^'organisation politique de notre pays, il est utile de les connaître. Nous allons donc en analyser sommairement les dispositious principales, qu'on trouve assez rarement exposées dans les ouvrages élémentaires.
Constitution de 1791. — Votée par l'Assemblée constituante le 3 septembre 1791, après des débats qui s'étaient prolongés plus de deux ans^ et jurée par Louis XVI le 14 septembre. Elle est précédée d'une Déclaration des droits de Viiomme et du eitoyen, en dix-sept articles, votée le 26 août 1789.
Tous les pouvoirs émanent de la nation, qui les exerce par délégation : ses représentants sont le Corps législatif et le roi.
La nation t toutefois, considérée connue corps politique, n'embrasse pas la totalité des citoyens. Ceux-ci sont divisés en deux catégories : les citoyens actifs, c'estrà-dire ceux qui ont vingt-cinq ans et qui paient une contribution directe au moins égale à la valeur de trois Journées de travail ; et les citoyens passifs, qui ne réunissent pas ces conditions. Les citoyens actifs jouissent seuls des droits politioues. Réunis en assemblées primaires, ils élisent directement les administrations communales Conseil municipal et maire) et les juges de paix. Quant aux autres fonctionnaires, la nomination en est réservée à une catégorie plus restreinte de citoyens, les électeurs.
Ces électeurs sont choisis par les citoyens actifs, à raison d'un électeur pour cent citoyens actifs. Pour pouvoir être nommé électeur, il faut être propnétaire d'un bien dont le revenu soit égal à la valeur locale de cent cinquante ou de deux cents journées de travail (suivant les régions), ou locataire d'une maison dont le revenu soit égal à la valeur de cent Journées de travail, ou fermier d'une terre dont le revenu soit égal à la valeur de quatre cents Journées de travail. Ce sont les électeurs, et non l'ensemble des citoyens actifs, oui nomment les députés à l'Assemblée nationale, les administrateurs et les Juges du département et du district.
Le pouvoir législatif est exercé par \ Assemblée nationale, composée de 745 députés, qui sont distribués entre les départements selon les trois pro
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CONSTITUTIONS
poitioni du territoire, de la population, et de la coDtribaUon directe : 347 députés sont attachés au territoire, aoit trois représentants à élire pour dûuine département, à l'exception du département de Paris oui n'en nonune qu'un ; 349 députés «ont attribués à la population, la masse totale de la population du royaume étant divisée en 240 parts, et chaque département nommant autant de députés qn'û a de parte de population ; enfin 349 députés sont attachés à la contribution directe, cha()ue département nommant autant de députés qu'il paie de parts de contribution.
Le pouvoir exécutif suprême réside dans la main do rot, qui Texerce par des ministres choisis par lui et responsables devant l'Assemblée. Les fois votées par TAssemblée nationale ont besoin, pour devenir exécutoires, de recevoir la sanction royale : le roi peut la refuser (droit de veto) ; mais lorsque les deux législatures qui suivent celle qui a présenté la loi auront successivement représenté la même loi dans les mômes termes, le roisera censé avoir donné sa sanction. Le roi n'a pas le droit de dissoudre le Corps législatif.
Le territoire du royaume est divisé en 83 départemenu ; chaque département en districts ; chaque district en cantons. Le département et le district sont administrés par des autorités élues : celles du département sont un conseil de département^ de trente-six membres, oui tient une session annuelle, ei an directoire de département , de hi^it membres, formant radministration permanente; celles du district, un conseil de district, de douze membres, et un directoire de district permanent. Les communes sont régies par un conseil communal, un vrocureur^syndic, et un maire, élus par l'ensemble des citoyens actifs habiunt chaque commune.
Quant à l'organisation judiciaire, il y a dans chaque département un tnbunal criminel et d'appel, dans chaque district un tribunal ciril : les juges, ainsi que l'accusateur public, sont nommés par les électeurs. Chaque canton a un Juge de paix, élu par les citoyens actifs. Bn matière criminelle, le point de fait est apprécié par un Jury.
Au pomt de vue ecclésiastioue, le royaume est divisé en un nombre d'évèches égal à celui des départemeots : évoques et curés sont choisis par rôlection populaire. Cette partie des dispositions constitutionnelles est connue sous le titre de Constitution cioile du clergé : ce fut elle oui amena le schisme entre les prêtres dits constitutionnels et les prêtres réfractaires ou insermentés.
Qooiqne la Constitution de 1791 ait créé Punité de la mnce, en renversant les anciennes barrières et en substituant au chaos des institutions de raneien régime une oreanisation uniforme dans tout le royaume, elle avait cependant laissé au département et à la commune une large mesure d'autonomie administrative, qui leur fut enlevée pu la constitution de Tan VIII.
Constitution de 1793 ou de Van L — Votée du 10 au 24 Juin 1793 par la Convention nationale, ratifiée par le vote populaire dans le courant du mois suivant. Elle est précédée, comme celle de 1191, d'une Déclaration des droits de l'homme et da citoyen.
Cest la Constitution de 1793 qui a consacré la preouère le principe du suffrage universel, en supprimant la distinction entre les citoyens actifs et les citoyens passifs, distinction qui a'ailleurs s'était trouvée abolie aussitôt après la chute de la royauté, par le décret de la Législative ordonom l'élection d'une Convention nationale (18 août 1792).
En outre, elle stipule que les lois proposées par le Corps législatif doivent être soumises à la sanc- ^on du vote populaire, toutes les fois qu'un nombre déterminé de citoyens le demande. Mais si, quaruite Jours après lenvoi de la loi proposée par le
3< Pamii. •
Corps lédslatif. dans la moitié des départements plus un, le dixième des assemblées primaires de chacun d'eux, régulièrement formées, n'a pas rédamé, le projet est accepté et devient loi.
L'ensemble des citoyens d'un canton forme une assemblée primaire. Les citoyens réunis en assemblées primaires nomment des électeurs, à raison d'un électeur pour deux cents citoyens. Tout citoyen peut devenir électeur. Les députés, magistrats, fonctionnaires, etc., sont nommés, les uns directement par les assemblées primaires, les autres par les assemblées électorales de district ou de département, c'est-èrdire par une élection à doux degrés. Tout citoyen est éligible.
La représentation nationale a pour base unique la population : elle est formée d'un Corps législatif dont les membres sont élus par les assemblées primaires, à raison d'un député pour quarante mille individus. Le Corps législatif est renouvelé chaque année. Il propose des lois, sous réserve de la sanction du peuple, et' rend des décrets.
Le pouvoir exécutif est confié à un Conseil exécutif de vingt-quatre membres, nommés par le Corps législatif sur une liste que lui présentent les assemblées électorales de département. Il oBt renouvelé par moitié chaque année.
Les administrateurs de département et de district, les Juges civils, criminels et de cassation sont nommés par les assemblées électorales. Les fonctionnaires municipaux et les Juges de paix sont élus pu* les assemblées primaires.
Le libre exercice des cultes est garanti : mais nulle disposition constitutionnelle n'organise un clergé national.
La Constitution de 1793 ne fut Jamais appliquée. La Convention en avait ajourné la mise en vigueur par un décret du 10 octobre 1793, déclarant le gouvernement c révolutionnaire Jusqu'à la paix », et plus tard, en 1795, olle la remplaça par une constitution nouvelle, celle de Tan III.
Constitution de IV^S ou de l'an //f.—- Votée par la ConvenUon le 5 fructidor an 111 ( 3 août 1795), et ratifiée par le vote populaire quelques Jours plus tard. Précédée d'une Déclaration des droits et d une Déclaration des devoirs.
Elle conserve le système de l'élection à deux degrés (assemblées primaires et assemblées électorales) établi par la constitution de 1193, mais en y ajoutant un cens électoral : pour pouvoir voter dans une assemblée primaire, il faut payer une contribution directe; pour pouvoir être nommé électeur, il faut être propriétaire on locataire d'uu bien évalué à un revenu de cent à deux cents Journées de travail, suivant les localités. Les assemblées électorales de département nomment les députés, les administrateurs de département, les juges civils, criminels et de cassation, les accusar teurs publics. Les autorités communales sont nommées par les assemblées primaires.
Le district, division créée par la constitution de 1791 et intermédiaire entre le département et le canton, est supprimé.
Le pouvoir lé^slatif se compose de deux diambres : le Conseil des Cinq Cents, qui propose et discute les lois; le Conseil des Anciens, de deux cent cinquante membres, qui adopte ou rejette les lois sans pouvoir les discuter. Ces deux conseils sont renouvelés par tiers tous les ans. L'éligibilité n'est soumise à aucune condition de cens.
Le pouvoir exécutif est remis à un Directoire de cinq membres, élu par les deux conseils. Le Directoire est partiellement renouvelé par la sortie et le remplacement annuels d'un de ses membres. Il choisit et révoque les ministres. 11 nomme, auprès de chaque admini»tration départementale et municipale, un commissaire chargé de surveiller l'exécution des lois.
A l'égard des cultes, la Constitution de Tan m
CONSTITUTIONS
CONSTITUTIONS
se borne à dire : c Nul ne peut 6tre forcé de contribuer aux dépenses d'un culte. La République n'en salarie aucun. »
Constitution de \199 ou de Van Vllf. — GEnvre de Sièges et de Bonaparte, promulguée après le coup d État du 18 brumaire, et ratifiée par le vote populaire en décembre 1799.
Tandis qu*un trait caractéristique des trois constitutions précédentes était la subordination du pouvoir exécutif au pouvoir législatif, la Constitution de l'an VIII, au contraire, concentra toute Tautorité aux mains de Texécutif, c'est-à-dire du premier consul Bonaparte.
Elle institue trois conttUi chargés du gouvernement : mais \e premier consul est le chef de l'Etat, les deux autres n'ont que voix consultative. Les fonctions de premier consul sont conférées par la constitution elle-même (art. 39) à Napoléon Bonaparte ; c'est lui qui nomme seul tous les fonctionnaires de l'ordre militaire, Judiciaire et administratif, y compris les maires ; seul il a le dreit de proposer les lois, qu'il fait préparer par un Conseil d'État. Le pouvoir législatif se compose de deux assemblées : un Tribunal de 100 membres, qui discute les lois proposées par le premier consul, et un Corps législatif de 300 membres, qui les accepte ou les rejette sans discussion. Enfin un Sénat conservateur forme le premier corps de l'Etat : sa fonction est de choisir les coosuls et les membres des deux assemblées législatives ; mais ce Sénat, de qui émanaient tous les autres pouvoirs, n'avait pas été nommé par voie élective : les auteurs du coup d'Etat de Brumaire s'étaient attribué, de leur propre autorité, le droit d'en désigner les membres.
Due modification importante est introduite dans l'administration départementale : chaque département est désormais administré par un préfet, et chaque arrondissement (ciixonscription remplaçant les districts de 1791) par un sous-préfet, à la nomination du premier consul.
Les juges sont déclarés inamovibles.
Un article célèbre, l'art. 75, qui est resté en vigueur sous tous les gouvernements qui suivirent et n'a été abrogé qu'en 1871, interdit toute poursuite juridique contre un fonctionnaire, à moins d'autorisation préalable du Conseil d'Etat.
La participation du peuple aux affaires publioues se réduit à la confection de listes de notables^ parmi lesquels sont choisis les fonctionnaires. Les assemblées primaires de chaque arrondisaoment forment une liste contenant dix fois moins de noms qu'il n'y a d'électeurs primaires ; c'est dans cette première liste que sont pris les fonctionnaires de l'arrondissement. Les citoyens portés sur les listes d'arrondissement désignent ensuite un dixième d'entre eux : il en résulte une seconde liste, dite départementale, dans laquelle doivent dure pris les fonctionnaires du département. Enfin les citoyens portés sur la liste départementale désignent à leur tour un dixième d'entre eux, et établissent ainsi une troisième liste comprenant les éligibles aux fonctions nationales : elle ne se compose que de cinq à six mille noms pour toute la France.
« C'était l'ombre du gouvernement représentatif qu'une telle constitution, où il n'y avait de République que le nom, où la souveraineté du peuple é lait dérisoire, où tous les principes démocratic^ues posés par TAssemblée constituante n'existaient plus. » (Lavallée.)
La Constitution de Tan VIII éUit muette à l'égard des cultes; mais le concordat* de 1801 déclara la religion catholique « religion de la majorité des Français ».
Un sénatus-consulte du 16 thermidor an X (4 août 1802) restreignit encore les conditions d'éligibilitéi en ordonnant que les membres des
conseils municipaux seraient pris sur la liste de» cent plus imposés du canton, et les membres des collèges électoraux de département (contenant le» citoyens aptes aux fonctions de sénateur, lé^lateur, tribun, conseiller général) sur U liste des six cents plus imposés du département.
Conttitution de ^Empire, — Cette eonstitatioD n*est antre que celle de Fan YIII, modifiée par le sénatus-consulte du 38 floréal an XU (18 mai 1804). On y lit à l'art. l«r :
« Le gouvernement de la République est eonfié à un empereur^ qui prend le titre d'empereur de» Fhmçais. »
Sauf cette transformation do premier magistrat en souverain revêtu d*une dignité héréditaire, rorganisation politique resta la même, les grands corps de TÉUt conservèrent les attributions que leur avait données la constitution consulaire. Toutefois le Tribunat, qui seul avait le droit de discuter les lois, fut supprimé en 1807.
Charte des 4-10 juin 1814. — Octroyée par Louis XVIII à son retour en France : « Nous avons volontairement, et par le libre exercice de notre autorité royale, accordé et accordons, fait concession et octroi à nos sujets, tant pour nous que pour nos successeurs, et à toujours, de la Charte constitutionnelle qui suit. » (Préambule.)
Le rot est le chef suprême de l'Eut A lui seul appartient la puissance executive, qu'il exerce par des ministres responsables. La puissance législative s'exerce collectivement par le roi, la Chambre des pairs et la Chambre des députés des dépcu'tem^nts. Le roi propose et sanctionne les lois.
Les pairs sont nommés par le roi, en nombre illimité ; leur dignité est héreditairtfn>u à vie, selon la volonté royale.
Pour être éligible comme député, il faut payer une contribution directe de mille francs ; pour être électeur^ une contribution directe de trois cents francs. La Chambre des députés est renouvelable chaque année par cinquième (en 1834, le renouvellement devint intégral et septennal). Le roi peut la dissoudre.
Les juges sont nommés par le roi et inamovibles.
La religion catholique est déclarée religion de l'État.
L'art. 14 donne au roi le droit de c faire les règlements et ordonnances nécessaires pour l'eiécution des lois et la sûreté de l'État. » C'est en s'appuyant sur cet article que Charles X rendit les fameuses ordunnances qui amenèrent la révolution do 1830.
Acte aditilionnel aux constitutions de CEmpire, — Cet Acte fut promulgué par Napoléon le 23- 23 avril 1815, pendant les Cent-Jours, et ratifié par l'assemblée du Champ-de-Mai ; mais le second retour des Bourbons en empêcha la mise à exécution.
L'Acte additionnel emprunte à la Charte la Chambre des pairs et celle des députés ; pour l'élection de celle-ci, les collèges électoraux du Consulat et de l'Empire sont maintenus sous la forme ordonnée par le sénatus-consulte du 16 thermidor an X. L'empereur propose les lois, nomme les pairs et peut dissoudre la Chambre des députés. L industrie et la propriété manufacturière et commerciale obtiennent à la Chambre une représentation spéciale, nommée par les collèges électoraux de département sur une liste d'eligibles dressée par les chambres de commerce et les chambres consultatives réunies.
Charte de 1830* — Reproduction de la Charte de 1814, amendée par les deux Chambres le 7 août 1830.
• Les principales modifications sont les suivantes :
Le roi peut faire dos ordonnances, mais « sans jamais pouvoir suspendre les lois elles-mêmes ••
CONSTITUTIONS
CONSTRUCTION
Le cens exigé pour rëligibiUtâ et Télectorat n^est plus déterminé par la Charte; la fixation en est laissée à la loi (la loi du 19 avril 1831 abaissa à 200 francs le cens électoral).
La religion catholique cesse d'être c religion de r£tat », pour redevenir « religion de la majorité des Français ••
La loi du 29 décembre 1831 abolit l'hérédité de la pairie.
tomfittUion de 1848. — Votée par 1* Assemblée nationale constituante le 4 novembre 1848.
La souveraineté réside dans l'universalité des citoyens. Le peuple délègue le pouvoir législatif à une assemblée unique, nommée pour trois ans. Les représentants sont élus par départements, au scrutin de liste. Tout citoyen âgé de vingt et un ans est électeur, tout citoyen âgé de vingt-cinq ans éligible.
Le pouvoir exécutif ]est remis à un président de la Képubliaue, élu pour quatre ans par le suffrage universel (le célèbre amendement Grévy, repoussé par 643 voix contre 158 le 7 oct. 184A, proposait que le chef du pouvoir exécutif fût élu par l'Assemblée et révocable par elle). Il nomme' les ministres et tous les fonctionnaires.
Rien n'est changé à l'ensemble du système administratif et judiciaire, sauf quelques détails peu importants. Le Conseil d'Etat est maintenu, mais c'est l'Assemblée nationale qui le nomme.
La loi du 31 mai 1850, sans abolir expressément le suffrage universel, y apporta une restriction considérable en exigeant trois ans de domicile pour l'inscription sur les listes électorales: elle priva ainsi du droit de suffrage environ trois millions d'éleeteurs.
Constitution de 1852. — Rédigée par Louis-Napoléon Bonaparte après le coup d'ÉUt du 2 décembre 1851, et promulguée le 23 Janvier 185?.
Elle repose sur les bases suivantes, au sujet desquelles le président de la Républiaue avait, par sa proclamation du 2 décembre, invite le peuple à se prononcer :
1* Un chef responsable nommé pour dix ans ;
2* Des ministres dépendants du pouvoir exécutif seul ;
3* Un Conseil d'État formé des hommes les plus distingués, préparant les lois et en soutenant la discussion devant le Corps législatif;
4* Un Corps législatif discutant et votant les lois, nommé par le suffrage universel sans scrutin de liste;
5^ Une seconde Assemblée (le Sénat) formée de toutes les illustrations du pays, pouvoir pondérateur, gardien du pacte fondamental et des libertés publiques.
Le Sénat et le Conseil d'État sont nommés par le chef de l'État.
Cette constitution reproduit dans ses traits principaux celle de l'an VIu, avec le suffrage universel en plus, a PaisQue la France, disait le rédacteur dans son préambule, ne marche depuis cinquante ans qu'en vertu de l'org^isation administrative, militaire, judiciaire, religieuse, financière du consulat et de l'empire, pourquoi n'adopterions-nous pas aussi les institutions politiques de cette époque?»
Un sénatus-consulte du 7 novembre 1852, ratifié par le plébiscite des 21-22 novembre, rétablit la dignité impériale. La Constitution de 1852 devint, sans autre changement essentiel que celui du titre du chef de l'État, la constitution du second empire.
En 1869 et en 1870, deux sénatus-consultes rendirent au Corps législatif le droit d'initiative et Celui d'amendement, que ne lui avait pas accordés la Constitution, et rétabliront la responsabilité ministérielle.
Constitution républicaine de 1875. — Pour l'ana-
lyse des dispositions constitutionnelles actuellement en vigueur, V. l'article Droit public et les divers mots auxquels renvoie le programme de Législation usuelle *.
CONSTITUTIONS. — V. Tempérament,
CONSTRUCTION. — Grammaire, XX. — On entend par là l'arrangement des mots dans le discours, c'est-à-dire la place qxi'il faut donner aux divers termes dans la proposition, ou aux diverses propositions dans la phrase, pour que la pensée soit exprimée clairement.
On distingue la construction naturelle o\x directe, appelée quelquefois, mais à tort, construction logioue, de la construction transpositive ou figurée,
La première consiste à énoncer, dans une phrase simple, d'abord le sujet avec les mots qui le déterminent ou l'expliquent, puis le verbe, enfin l'attribut avec ses divers compléments ; ou, dans une phrase composée, à commencer par la proposition principale pour la faire suivre des subordonnées dans l'ordre de leur importance, en reliant les incidentes directement aux termes qu'elles complètent.
Cet ordre que nous appellerons analytique est commandé en français et dans les langues romanes par l'absence de cas pour marquer Te rôle et les rapports des mots dans la phrase, n faut que le mot déterminant accompagne le mot déterminé,
3ue le complément vienne après le terme dont il épend. Aussi Fénelon a-t-il dit c qu'en français le substantif sujet mène toujours son adjectif comme par la main, que le verbe ne manque de marcher derrière, suivi d'un adverbe qui ne souffre rien entre eux deux et d'un régime direct qui ne peut se déplacer. » On peut formuler cette loi d une manière bien plus explicite en disant avec un grammairien contemporain, M. Ayer : a Le principe fondamental de la construction de la proposition en français est de placer : r le prédicat ou attribut , comme mot principal, après le sujet : Charles /ot/e; 2* le mot déterminant après le mot déterminé, s'il a l'accent tonique, et avant, s'il ne l'a pas : l'empire d'Allemagne compte vingt-six Etats. J'ai un jardi/it je le cultive. Avez-vous donné du pain aux pauvres? Oui, je leitr en ai donné. » (Grammaire usuelle de la langue flrançaise, 1878^ p. 233.)
Mais il s'en faut bien que cet ordre soitinflexible, et nos bons prosateurs ont su varier leurs constructions sans rendre leur pensée obscure. Comme le fait très bien remarquer M. Egger, c l'écrivain français, ne pouvant varier l'ordre des mots une fois trouvés et placés, change l'ordre de ses idées avant de les rendre par les mots. Prenons pour exemple le fait suivant : à la bataille de Marathon deux adversaires étaient en présence, les Perses et les Grecs. Si je dis en latin : vicerunt Grœci Persas, selon que je voudrai attirer l'attention sur ridée de victoire, ou sur le nom du vainqueur, ou sur celui du vaincu, le pourrai, sans rien changer à la syntaxe de cette phrase, placer en tète vicerunt, — ou 6'r4?Cî,— ou Perlas. N'ayant pas en français la même liberté, je prendrai un autre tour pour la phrase entière, c'est-à-dire que je présenterai les Grecs et les Perses comme sujet ou comme régime du verbe, selon que je voudrai mettre en relief l'une ou l'autre de ces idées ; le verbe lui-môme deviendra actif ou passif, selon que j'aurai conçu et présenté d'une manière ou de l'autre l'idée de la bataille de Marathon. On aura donc : A Marathon, les Grecs ont vaincu les Perses, ou A Marathon, les Perses ont été vaincus par les Grecs, Si c'est l'idée de victoire que je veux surtout signaler, je dirai : La victoire, à Marathon,fiit rem» portée par les Grecs; et ainsi de suite. Dans cet exemple , pour changer la construction, f'ai dû changer aussi la syntaxe ; pour changer la syntaxe, j'ai dû changer un peu le tour de ma pensée. Mais tous ces changements nous sont si familiers
CONSTRUCTION
CONSTRUCTIONS
ci si faciles par Teffet de Thabitude que, même dans rimprovisation, ils ne retardent pas la rapidité du langage. »
Il est faciie de se rendre compte, en lisant nosbons auteurs, de la variété de leurs constructions. Ils sont loin de 8*astreindre à cet ordre invariable : sujet, verbe, attribut, compléments. Ainsi nous trouvons en tôte de la proposition :
Le complément circonstanciel :
A force de vouloir être grande vous avez pensé ruiner votre véritable grandeur (Fénelon) ;
Le complément direct :
Tout ce que peut faire un grand homme tfÊtat et un grand capitaine, Anniùal le fit pour sauver la patrie (Montesquieu) ;
Le verbe môme :
Restait à la monarchie espagnole, au-delà du continent^ Vile de Sardaigne et celle de Sici!e (Voltaire).
Il se passa 480 ans avant que Dieu donnât à son peuple la terre qu'il lui avait promise (Bossuet).
Une des formes les plus fréquentes consiste môme à commencer la phrase par les circonstances de lieu et de temps :
Au pied du trône de Pluton était la Mort pâle et dévorante (Fénelon).
Souvent^ dans une grande plaine^ j'ai cru voir de riches moissons (Ch'&teaubriand).
La langue française offre deux tournures propres à faire ressortir le terme essentiel de la phrase.
La première consiste à le faire précéder de c'est (ce sont) avec gui ou que:
C'est du sein inépuisable de la terre que sort tout ce qu'il y a de plut précieux (Fénelon).
Ce n'est pas Cintérét public gui nous pique ^ c'est la jcUousie et le chagrin de n avoir pas été nousmêmes choisis (Massillon).
La seconde emploie le verbe sous la forme impersonnelle, surtout quand le sujet est un infinitif ou une proposition :
// vatit bien mieux prévenir le mal que d'être réduit à le punir (Fénelon).
// se peut et il arrive trop souvent que la persuasion de la justice divine ne soit pas un frein à l'emportement d^une passion (Voltaire).
// s est trouvé dans tous les temps des hommes qui ont su commander aux autres par la puissance de la parole (Buffon).
Les principales figures de construction sont Vinverstony Vellipse et le pléonasme^ dont traitent toutes les grammaires. On peut y Joindre Vanaco' luthe^qui brise tout à coup une construction commencée pour passer à une autre :
// faut toujours tendre à la perfection, et alors cette justice qui nous est quelquefois refusée par nos contemporains, la postérité sait noiu la rendre (La Bruyère).
On attendait un verbe ayant pour sujet justice^ et Tauteur, chantant de tournure, fait de ce mot le complément direct de rendre.
« Notre langue n*est donc pas dépourvue de procédés et de ressources pour varier Vexpression de la pensée ; elle diffère, a cet égard, du grec et du latin plutôt qu'elle ne leur est inférieure, et nous ne voyons pas au^elle ait Jamais fait défaut aux hommes de génie qui ont su s'en servir. » (Egobr, Notions de grammaire comparée, ch. XVI.)
Deux écueils sont à signaler à ceux qui s'exercent à écrire: remploi équivoque des pronoms personnels de la troisième personne, et la multiplicité des subordonnées reliées par la conjonction que. On évite le premier en se gardant de mettre dans la môme phrase des propositions ayant des sujets différents, ou en répétant les noms plutôt
aue de rester obscur. Contre le second danger, faut s*habituer à marquer par les modes impersonnels (infinitif et participe) certaines circonstan-
ces accessoires, et surtout il faut savoir couper h propos la phrase.
Les langues vivantes entrant aujourd'hui dans les matières facultatives de renseignement primaire, il ne sera pas Inutile de placer ici quelques considérations sur les lois de la construction en allemand et en anglais. Nous les empruntoDS k un remarquable mémoire do M. H. Weil, maître de conférences à Técole normale supérieure, sur Vordre des mots dans les langues anciennes cookparées aux langues modernes (Paris, librairie Franck, 1869) :
a L'allemand, ainsi que les langues de la même souche, s'accorde avec le français dans un point important. Il veut que dans toutes les phrases principales le verbe se mette au milieu de la phrase, avant Tattribut, et après le sujet ou Iapa^ tie de la proposition qui en tient la place. On dît donc : Gott schuf die Welt, dans le môme ordre qu'on dit en français : Dieu créa le monde. Hais quant aux compléments soit du sujet, soit de l'attribut, ils sont généralement placés avant les te^ mes. qu'ils complètent. L'adjectif est suivi de son substantif et est précédé de ses compléments. Si le verbe est à un temps composé, ce n est que l'auiiliaire qui se met au milieu de la phrase, la partie attributive du mot se met à la fin, après les compléments. Parmi ces compléments, celui qui se rattache le plus intimement à la partie attribotÎTe du verbe, ordinairement le complément direct, se place le dernier, après le complément indirect, qui, à son tour, est précédé des circonstanciels. On dit donc : Eine plôtzliche F*eudr hat diesem Unglûcklichen das Ijeben gekostet. « Une subite Joie a à ce malheureux la vie coûtée. » Von der Mitwelt verkannte Dichtt^ erwarten von der Nachwelt ein qertchteres Urtheil. « Par les contemporains méconnus les poètes attendent de la postérité un plus équitable Jugement. » Dans les phrases subordonnées, le verbe, tant l'attributif que l'auxiliaire, se met toujours à la fin : Mm weisSj dass Rom den unterworfenen VÔlkem seine Sprache anfzwang. « On sait que Rome aux peuples soumis sa langue imposa. i>
L'anglais a adopté pour les compléments da verbe Tordre français, mais il a gardé l'usage allemand de placer le substantif qui régit après les adjectifs qui s'y rapportent et après les substantifs régis par lui sans le secours d'une préposition : The kvîo's eldest son has given a feast to the citizens. « Le fils aîné du roi a donné une fôte anx citoyens. » Des Kœnigs attester Sohn hat den Bûrgem ein Fest gegeben. En représentant par des chiffres l'ordre des mots en français de la ma-
nière suivante : « Le fils aîné du roi a donné une
fôte aux citoyens, » on a en anglais cet ordre : 3,2i 1, 4, 5, 6, 7 ; en allemand celui-ci : 3, 2, 1, 4, 7, 6» 5. » (H. Weil, Mém. cité, p. 45, 46, 47.)
[B. Berger.]
CONSTRUCTIONS RURALES. — Affricultore, XVIII. — Le cultivateur n'a pas à sa disposition, quand il veut réparer ou refaire les bâtiments de sa ferme, les ressources que peut trouver l'habitant des villes qui n'a qu'à choisir parmi les architectes, les entrepreneurs, les ingénieurs, etc. n doit donc posséder quelques connaissances relatives à l'art des constructions ; 11 doit surtout connaître les conditions que doivent remplir les bàtimenU, suivant les usaiges auxquels ils sont destinés. En effet, « l'art de loger les hommes, les animaux et les récoltes avec simplicité, solidité et économie, a dit François de Neurchâteau, est le premier problème à résoudre dans la idence des campagnes. »
Les b&timents d'une exploitation rurale se composent toujoura de trois pirtlei : le logement du
CONSTRUCTIONS
CONSTRUCTIONS
cnlUratear, celui des animanx, les constnictions destinées à abriter les récoltes. Chacune de ces parties doit répondre à des conditions spéciales qai seront indionées sommairement. Mais auparavant, il faut étudier les caractères généraux de l'aménagement bien compris des bâtiments d'une exploiution raxale. Ces caractères ont été déterminés par las architectes qui se sont occupés spécialement des constructions rurales. Voici comment Tun d*eux, M. Ernest Bosc, les a définis.
On doit placer le bâtiment d'habitation au (bnd et au centre de la cour, de manière à permettre an chef d'exploitation d*exercer une surveillance permanente et facile; le Jardin et le potager seront placés en arrière de la maison a'habitation. Autant que possible, les divers bâtiments doivent être séparés les uns des autres par des hangars ou des vides. Suivant l'importance de la ferme, les bâtiments seront groupés différemment : sur une seule ligne dans une petite exploitation; on retoar d'équerre, pour les fermes moyennes ; en parallélognmme avec cour centrale, pour les grandes fermes. On rapproche de rhabitation les écuries des animaux de choix ou reproducteurs, de même que les parties consacrées aux bètes malades, afin de dépenser moins de temps pour leur surveillance ; il faut, au contraire, isoler ou au moins placer en dehors de la direction du vent dominant les porcheries. Il y a lieu de ménager de larges passases à l'entrée et à la sortie des bâtiments, afin do faciliter la circulation des animaux et celle des Toitures chargées. Enfin, les bâtiments doivent être groupés ae telle manière qu*on paisse, au besoin, agrandir l'un ou Vautre, sans avoir besoin de rien démolir.
L'aire ou fosse à fumier est une des parties essentielles des constructions rurales. Elle doit être à proximité des étid>les, afin que les transports de fumier se fassent le plus rapidement possible. Mais on a trop souvent tendance à la rapprocher de la maison d'habitation ; elle doit, au contraire, en être éloignée, afin que les émanations qu'elle dégage toujours ne soient pas nuisibles à la santé. A l'aide de rigoles couvertes, on doit y diriger, avec une pente plus ou moins forte solvant la distance à parcourir, les urines des étables et des écuries. Il faut Tentourer d*un petit parapet en pierres sèches ou en maçonnerie, pour empêcher l'écoulement dans la cour du purîji qui se produit toujours dans le fumier. Ce purin est précieux, et sa déperdition entraîne une sensible diminution dans U valeur du fumier.
Habitation du fermier, ^ La première qualité qu'elle doit posséder est U salubrité ; celle-ci est indispensable au maintien, de la santé. Dans ce but, il faut avant tout, soit par le choix des matériaux, soit par l'exhaussement du sol du rex-decbanssée, se prémunir contre Thumidité. Les meilleures orientations sont celles du midi et de Test ; en tous cas, les bâtiments doivent être autant que possible disposés de manière que le soloil frappe toutes les parties de la couverture. Le pourtour des habitations sera pavé avec dos pierres ou recouvert de carreaux en terre cuite, en grès, etc. ; c'est encore un excellent préservatif contre lliumidité.
Quant à la disposition intérieure des bâtiments, U plus simple sera la meilleure. Chaque pays a, a cet égard, ses usages auxquels on peut obéir ttDs inconvénient, à Ta condiuon toutefois que les ouvertures, portes et fenêtres, soient établies de manière à assurer une large circulation d'air et de lumière dans toutes les pièces. On a encore trop Muvent la mauvaise habitude, à la campagne, de diminuer autant que possible le nombre des ouvertures, pour échapper à Timpêt. C'est une mauvaise économie, dont les effets se traduisent par 1 insalubrité des maisons. Des dispositions <k)i-
vent aussi être prises pour assurer l'écoulement normal des eaux ménagères ; il est bon que des conduits souterrains les dirigent vers la fosse à fumier.
La plus grande partie des maisons de cultivateurs n'ont pas de cabinets d'aisance. C'est une grave erreur, pour beaucouii de raisons ; citons les deux principales. La nreroièro est une question d'hy* giène sur laquelle il est inutile d'insister. La deuxième est la déperdition d'un engrais abondant et puissant, qui, recueilli avec soin, et mélangé an fumier, en augmente puissamment la valeur. Dana une exploitation bien tenue. Tengrais humain ne doit pas être dédaigné; malheureusement U est trop souvent presque complètement perdu.
Ecuries, — Les écuries sont les bâtiments destinés aux chevaux de la ferme. Ces bâtiments» aussi bien nue ceux destinés au fermier, doivent être construits conformément aux lois de Thygiène. Celle-ci exige que l'on ne ménage pas aux chevaux l'air, la lumière et l'espace. L%xpérience a démontré que, pour qu'un cheval se trouve dans des conditions normales, il lui faut 90 â 3& mètres cubes d'air. Les dimensions de l'écurie, pour ua nombre déterminé de chevaux, doivent dons être établies d'après cette règle. En outre, il faut prendre garde qu'un cheval demande une largeur de 1*,50 à 1»,75 pour être à l'aise, et t mètres à 2^.50 pour sa longueur, sans compter le passage
3ui doit régner derrière les animaux ; ce passage oit être suffisant non-seulement pour le net« toyage, le transport des litières et des fumiers, mais aussi pour faire sortir et entrer les animaux sans qu'ils se gênent mutuellement.
La meilleure orientation pour une écurie est le midi. C'est de ce côté que doivent être placées les portes et les fenêtres.. Le sol doit êtro pavé ou cimenté, ou formé de terre fortement battue, et incliné dans le sens de la tête aux pieds, pour faire écouler les urines dans une rigolo creusée derrière les animaux et destinée à entraîner les liquides au dehors. Le râtelier et la mangeoire doivent être disposés de manière à pouvoir être facilement nettovés, et de telle sorte que le cheval puisse prendre sa nourriture avec facilité et sans mouvements fatigants. Quant à la ventilation, elle doit être l'objet de soins spéciaux. Rien n'est plus malsain qu'une écurie mal ventilée, mais aussi rien n'est plus pernicieux pour un cheval rentrant fatigué et couvert de sueur qu'un brusque courant d'air froid. Les ouvertures doivent donc être ménagées de manière que les courants d*aUr passent au-dessus do la tète des chevaux^ et que la température ne descende pas subitemont dans Tintérieur du bâtiment.
Souvent les chevaux sont attachés les uns à côté des autres sans séparation ; cette disposition n*a d'inconvénient que quand on a des bêics méchantes. On peut les séparer par dos planches dites basrflancs ou des barres de bois suspendues au plafond par des cordes. Parfois on les isole complètement par des cloisons en bois ; mais cette dernière disposition convient plus aux écuries de luxe qu'à celles des exploitations agricoles.
Il est toutefois important d'avoir une ou plusieurs boxes isolées dans lesquelles on place les animaux malades, ou les mères accompagnées de leurs jeunes poulains.
Les écuries sont longitudûiales ou transversales, à un ou plusieurs rangs. La préférence à donner à l'un de ces systèmes dépend du nombre des chevaux à loger, de remplacement dont^ on dispose, etc. ; il n'y a pas lieu de s'y arrêter icL
BtablfS, " Le mot d'éubles est employé quelquefois d'une manière générale pour fndiouer le logement des animaux domestiques ; mais le plus souvent, et c'est ce sens qui est adopté Id, il dé-
CONSTRUCTIONS
CONSTRUCTIONS
signe les constructions servant à loger les animaux de respèce bovine.
Les rëeles d'hygiène indiquées pour les écuries doivent également être adoptées dans la construction des étables. Toutefois, il est juste de faire observer que les bœufs et les vaches sont d'une nature plus rustique ^ue les chevaux et ne craignent pas autant les influences atmosphériques. D'une manière générale, ce qu*il faut redouter avant tout, c'est Thumidité ; pour l'espèce bovine, comme pour tous les animaux domestiques, c'est le pire des ennemis. Pour éviter le séjour des urines sous les animaux, le sol doit être incliné, et une rigole doit conduire les liquides au dehors. L'air doit circuler facilement pour enlever les miasmes qui peuvent se produire, mais cette circulation ne doit pas être trop active. Une température de 18 k 20 degrés doit être maintenue, autant que possible, d'une manière permanente. Une certame demi-obscurité, dans l'étable, n'est pas nuisible au développement des animaux, qui sont ainsi prédisposés à ruminer plus tranquillement.
La plupart du temps,, il n'y a pas de râteliers dans les étables. La ration des animaux leur est servie dans des auges ou mangeoires en maçonnerie ou en bois. Ces auges doivent être aisément accessibles, afin d'en faciliter le nettoyage. Gomme les vaches et les bœufs sont enclins à gaspiller leur nourriture, on met souvent entre la mangeoire et l'animal une cloison verticale, percée d'une ouverture h chaque place, de manière que l'animal n'atteint sa nourriture qu'en passant la tête dans l'ouverture ; ce qui s'échappe de ses dents retombe dans l'auge.
Dans les grandes fermes, il y a souvent plasieurs étables : celles d'élevage, d'entretien, de vaches à lait, d'engraissement. Mais, dans les petites exploitations, il n'y a qu'une ou deux étables suivant le nombre des animaux de la ferme. Le plus souvent les vaches et les bœufs sont placés côte à côte sans séparation ; cela n'a généralement pas d'im-
}>ortance, pourvu qu'il y ait des séparations dans es auges, afin que chaque bête manee bien toute la ration qui lui est destinée. Mais il faut avoir des compartiments réservés pour les taureaux, et autant que possible pour les animaux qui peuvent être atteints de maladies.
Il y a un très grand nombre de modèles d'étables. On en construit de longitudinales à un ou deux rangs ; de transversales simples ou doubles. Dans les petites fermes, la forme la plus adoptée est l'étable longitudinale à un seul rang, avec couloir par derrière pour le transport des litières et des fumiers, et pour le service de la nourriture. Lorsque l'étable a une certaine importance, qu'elle comporte vingt à vingt-cinq têtes adultes, une très Donne forme k adopter consiste à placer les animaux sur deux rangées parallèles, avec un couloir central sur lequel donnent les auges. La nourriture est ainsi très facilement distribuée, et on surveille sans peine les animaux pendant leurs repas, en même temps que les auges se nettoient très facilement. Dans l'espace qui reste entre les animaux et le mur, on peut circuler pour changer les litières, enlever les fumiers, etc.
La meilleure orientation h adopter pour une étabie est celle de l'est ou du midi; il faut éviter de les ouvrir au nord.
Bergeries, — Les bergeries servent à abriter les moutons. Le plus souvent, ces animaux sont placés ensemble; de simples séparations forment plusieurs catégories pour mettre à part les animaux d'élevage ou d'entretien et ceux d'engraissement. D*une manière générale, on peut dire qu'une bergerie peut renfermer autant de bêtes adultes Qu'elle compte de mètres carrés de surface; une orebis et son agneau demandent ensemble 1 m. 50. Il est donc très facile de calculer les dimensions à
donner à une bergerie, d'après le troupeau qu'on y doit loger. Sous le prétexte que les moutons sont des animaux très rustiques, on néglige souvent dans les bergeries de suivre les lois les plus élémentaires de l'hygiène ; c'est une profcmde erreur contre laquelle on ne saurait trop réagir. Il f&ut donc, dans les bergeries, des fenêtres pour la ventilation ; mais il faut éviter de les ouvrir au-dessous de 1 mètre du sol, pour que l'air ne tombe pas directement sur les moutons.
On donne le nom de crèches aux appareils qui reçoivent la nourriture du troupeau. Le plus souvent la crèche est formée de deux parties : un râtelier et une auge placée au-dessous. Tantôt les crèches sont fixées le long des murs, tantôt elles sont mobiles dans l'intérieur de la bergerie, et elles peuvent même être utilisées pour faire les sépara tiens. Il faut environ 50 centimètres de crèche par tête. On emploie parfois des crèches circulaires en fonte qui peuvent servir pour une dizaine de moutons.
L'école d'agriculture de Grignon renferme une bergerie qui peut être citée comme un modèle. Elle se compose de doux pignons en maçonnerie entre lesquels on a élevé des piliers de même nature qui mesurent près de 4 mètres de hauteur. Entre chaque pilier, il existe k l'intérieur des poteaux posés sur des dés en pierre, qui servent, concurremment avec les piliers, k supporter les fermes de charpente qui sont en bois de grume refendus. A l'extérieur^ on a construit des murs en briques de 1>,50 de hauteur, dans lesquels sont pratiquées des portes d'une largeur de l*,2ô. L'espace restant est rempli par des cloisons légères en torchis recouvertes de chaume. Les poutres qui supportent le plancher supérieur présentent k l'extérieur une saillie de 2", 75, qm est soutenue par des contre- fiches buttant contre les piliers. Cette forte saillie forme un auvent, qui peut être clôturé de manière k former une annexe de la bergerie. A l'intérieur de celle-ci, on peut former des séparations au moyen de claies ou de doubles râteliers.
Une bergerie bien construite a une hauteur de 8 k 4 mètres. Elle peut avantageusement être surmontée par un grenier k fourrages. Mais il faut séparer celui-ci de la bergerie par un plafond en briques qui arrête l'humidité et les émanations du troupeau, qui seraient des causes de détérioration rapide pour les fourrages. Toutefois les briques ne doivent pas être recouvertes de plâtre qui absorberait l'humidité et les miasmes.
Porcheries, — C'est une opinion très répandue que le porc se plaît dans l'ordure et la saleté ; c est Ik une erreur complète. Pas plus qu'aucun autre animal domestique, le porc ne se trouve bien de mauvaises conditions hygiéniques. Il faut donc autant de soin pour rétablissement d'une porcherie que pour une étable ou une bergerie.
En vue de réunir les conditions nécessaires k un bon entretien de ses habitants, la porcherie doit être spacieuse, aérée, autant que possible exposée an midi. Elle sera divisée en loges pour chacun des animaux qu'elle renferme; ces loges sont plus ou moins grandes suivant la race qu on élève. Généralement, des dimensions de 2 mètres de largeur sur 3 mètres de longueur peuvent être considérées comme tout k fait suffisantes; il est même bon pour les animaux d'engraissement d'adopter des dimensions un peu plus faibles. A chaque loge correspond une portion de cour dans laquelle l'animal peut sortir.
La ventilation est une condition essentielle de la salubrité d'une porcherie. Elle peut facilement être obtenue par des châssis fixés k des ouvertures pratiquées aux deux extrémités.
Le sol doit être bien dallé ; le carreau convient très bien pour le dallage. Il faut y ménager une
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pente pour récoulement des déjections, et pour facUUer les lavages qui doivent ôire faits souvent à grande eau.
Les auges seront solides; elles doivent être disposées de telle sorte qu*on puisse y verser la nourriture sans entrer dans la loge. A cet effet, elles sont encastrées dans les murs ou dans les cloisons des loees, ou bien encore elles sont munies de folets de séparation.
La disposition des porcheries peut varier comme celles des autres bâtiments de ferme. Elles peuvent être simples ou doubles, suivant la forme du terrain dont on dispose, ou suivant le nombre des animaux à loger.
Hangars, granges, — Il y a peu de choses à dire sur les granges destinées à recevoir les récoltes, aussi bien que sur les hangars qui servent à abriter les instruments de culture et les machines. Ces bâtiments doivent 6tre construits avec une grande simplicité, en employant les matériaux qu'on peut facilement se procurer et qui coûtent le moins cher, tout en écartant ceux qui ne sont pas d'une durée suffisante ou qui sont trop sujets aux risques d'incendie. Quant aux dispositions à adopter, elles peuvent varier à Tinfini. La simplicité, la commodité et la solidité, voilà ce que le cultivateur doit chercher avant tout. Les constructions luxueuses coûtent très cher; c*est un capital qui dort, et qui trouverait un emploi beaucoup plus utile dans les opérations de la culture. Ce qui ne répond pas à des besoins réels est de trop.
[Henri Sagnier.]
(Ouvrage à consulter : Traité des constructions fvralest par Ernest Bosc.)
Leotorea «t dictées. ^ CoNSTRUcnoNS rurales CD HTOiÉNB : « Aéroz votro maison, disais-Je aux paysans. — Mais elle est si petite, les chambres en sont si petites. •— Raison de plus, bonnes gens : de Tair, de la lumière, pour chasser de vos habitations et de celles de vos bestiaux la langueur, les maladies, la mort. • A ceux qui bâtissaient, ou plutôt à ceux qui étaient sur le point de bâtir. Je disais : « Que vous en coûterait-il de plus pour bien tourner votre maison, pour en placer la cour, la laiterie au nord ; pour ne pas mettre votre habitation sous le vent de celle des animaux, pour exhausser la cuisine, les chambres, pour bien les percer, pour isoler le fournil, le toit à porcs ; et quant à votre escalier, je vous le demande, vous en coûterait-il plus de le faire en dedans que d^établbr en dehors une massive et dispendieuse montée de pierre? » Ces genslâ m'écoutaient, me regardaient, ni plus ni moins que si Je leur eusse parlé erec ou hébreu. » (A. Monteil, Histoire agricole ae la France,)
CONSULAT. — Histoire de France, XXXIU {Etym, : du latin consul), -^ Différknts sbms du MOT CONSULAT. ^- Avsnt d'étudlor la période de notro histoire qui porte ce nom^ il est bon de rappeler qu*U s*e8t appliqué dans le cours des temps à des mamstratures d*origine, de nature et d*époque très différentes :
I* 1^ consulat de Rome, établi lors de Tabolition de la royauté (SIO avant J.-C), était la charge des deux oiagistrats électifs et annuels qui, sauf la couronne, avaient toutes les prérogatives des rois. Mous en définissons les attributions à Tarticle Borne,
2* Ce titre survécut à la république romaine et même k TEmpire. Plusieurs chefs oarbares, dont Tun des derniers fut Clovis, reçurent les insignes du consulat, qui, bien entendu, n'était plus alors qu'un vain titre.
, 3* Au moyen âge. dans les pays où les traditions romaines restèrent vivaces, par exemple dans le midi de la France, beaucoup de cités municipales donnèrent à leurs magistrats, beaucoup de commaoaatés de marchands donnèrent à leurs syn-
dics le titre de consuls. Toulouse, Lyon, Paris eurent, de temps immémorial, des consuls revêtus d'uno juridiction anslogue à celle de nos tribunaux de commerce. Le tribunal consulaire de Paris se composait d'un Juge et de quatre consuls élus par les notables . marchands. On comptait encore au xvui* siècle, en France, 67 villes dotées de ces justices consulaires, dont le nom même s'est conservé dans notre organisation actuelle.
4* C'est do là aussi qu'est née l'acception du mot consul dans la langue diplomatique. Dans les ports et les places de commerce de la Méditerranée^ on donna ce titre à des représentants chargés de défendre les droits et les marchandises des négociants établis en pays étrangers. C'est ainsi que, vers 1 190, Guy, roi de Jérusalem, accorda aux Marseillais la faculté de se choisir, à Saint-Jean-d'Acre, des consuls de leur nation devant lesouels devaient être portées les contestations qui s'élèveraient soit entre eux, soit avec les étrangers. Ces consuls étaient les gardiens naturels des lois et coutumes qui régissaient, comme d'un commun accord, toutes les nations commerçantes. De là le nom de consulat de la mei^ donné à uno collection célèbre de lois maritimes, qui, pendant plusieurs siècles à partir du XIII*, ont été en vigueur et unanimement respectées sur tout le littoral du midi de l'Europe et dans les Echelles du Levant.
Dans les temps modernes, les officiers consulaires ont revêtu un caractère diplomatique. Ce sont des agents à la fois commerciaux et politi- (^ues. Les consuls d'aujourd'hui ont pour attributions, non-seulement de protéger à 1 étranger les opérations commerciales de leurs nationaux, mais de remplacer les officiers de l'eut civil, d'intervenir comme arbitres dans leurs contestations, de les juger en matière civile et même, dans certaines contrées, en matière criminelle. Ce corps, en ce
2ui concerne notre pays, se compose aujourd'hui e consuls généraux, de consuls et d'élèves-consuls, qui relèvent directement du ministère des affaires étrangères, et qui représentent la France et son drapeau sur tous les points du globe.
Consulat de Napoléon Bonapirtb (I8u0-18û4). ^ Ce nom désigne, dans l'histoire de France, la ma-
f;istrature dont la constitution de Tan VIII investit e général Napoléon Bonaparte, à la suite du coup d'État du 18 brumaire ; et par extension, on l'applique à la période historique comprise entre le régime du Directoire et celui de 1 Empire, de la fin de 1799 au 18 mai 1804.
Par sa première campagne d'Italie (1796-97) Bonaparte s'était, d'un seul bond, élevé à l'apogée de la gloire des armes ; l'expédition d'Egypte venait d'en faire un héros légondahre. Il ne manquait plus à son ambition que le pouvoir suprême. Revenu d'Egypte à la hâte pour offrir son épée au Directoire contre la nouvelle coalition qui menaçait la France, il avait trouvé, il est vrai, le péril conjuré par les brillantes victoires de Brune et de Masséna ; mais le gouvernement était méprisé, le crédit public anéanti, les administrations désorganisées. Un rôle s'offrait à Bonaparte : se substituer au Directoire, pour rendre à la France l'ordre, la sécurité, le respect de l'Europe. Ce rôle, il le prit, et s'en acquitta avec un rare succès, avec une profonde habileté, bien moins malheureusement au profit du pays et de la liberté, que dans l'intérêt de sa propre ambition.
Invoqué par tous les partis, mais ne voulant se livrer à aucun, il renversa cette constitution de l'an III que personne ne reconnaissait plus. Le Directoire contraint de donner sa démission ; des deux corps qui formaient la représentation nationale, l'un, le Conseil des Anciens, gagné, l'autre, le Conseil des Cinq-Cents, dispersé par les baïonnettes, tel fut le coup d'Ëtat du 18 brumaire (9 novembre 1799). Cent cinquante membres des
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Anciens, trente des Cinq-Cepts nommèrent Bonaparte, Sieyès et Roger-Ducos consuls provisoires, et deux commissions de vingt-cinq membres pris dans les anciens Conseils furent chargées de faire une nouvelle Constitution.
Cette révolution, où pas une goutte de sang ne fut versée, mais d'où la notion du droit fut absente, fut accueillie avec une Joie non équivoque et par une confiance générale. Les populations y voyaient la fin des discordes civiles ; la France, lasse des secousses de la Révolution, avide d'ordre et d'unité, abdiqua entre les mains d*un maître qu'elle savait glorieux et fort; elle fit au génie offrande de se» libertés.
Bonaparte n'attendit pas la constitution des pouvoirs nouveaux pour gouverner. Il emprunta aux divers partis leurs hommes les plus éminents pour leur distribuer les ministères et les commandements d'armées. Adoptant une politique d'impartialité et de réparation, il abolit l'odieuse loi des otages et celle de l'emprunt forcé, rappela les proscrits, et se hâta de remettre un peu d'ordre dans les finances. En même temps il pacifiait la Vendée, à la fois par des mesures de conciliation et par une répression énergique.
Le 18 décembre 1799, la Constitution dite de Tan VIII, et dont Bonaparte avait dicté les termes, fut proposée à l'acceptation du peuple. Le gouvernement était remis à trois consuls. Au premier consul, qui fut Bonaparte, appartenait la décision ; les deux autres, Cambacérès et Lebrun, n'avaient que voix consulutive. Nommé pour dix ans, le premier consul avait la plénitude du pouvoir exécutif ; il promulguait les lois, nommait les membres des aaministrations et des tribunaux, avait la direction des armées de terre et de mer, traitait avec les puissances étrangères. Sous une forme républicaine, le consulat éuit un véritable retour à la monarchie.
Le pouvoir législatif était partagé entre quatre grands corps : 1* Le Conseil d'Etat préparait les projets de loi, rédigeait les règlements d'administration publia ue, et Jugeait en dernier ressort les conflits administratifs; 2* Le Tribunal examinait les projets de loi, signalait les abus, émettait des vœux; 3* Le Corps législatif yotaii silencieusement les projets de loi, oui étaient discutés contradictoirement devant lui par trois commissaires du Conseil d'Eut et trois orateurs du Tribunat; ^"Lq Sénat conservateur, placé au-dessus des autres corps, nommait les grands dignitaires de l'Etat, veillait au maintien de la Constitution et déclarait si les lois votées y étalent conformes. C'est après avoir passé par toutes ces épreuves que les lois étaient promulguées par le premier consul.
Ce paruge compliaué d'attributions avait pour but de prévenir le aespotisme d'une assemblée unique, comme la Convention, mais aussi pour résultat d'amoindrir l'autorité des corps existants, de paralyser la vie publique dans la représentation du pays. Cctto atonie était d'autant plus inévitable que non seulement les fonctionnaires de tout ordre, mais les membres des grands corps euxmômes éuient choisis sur des listes de notabilité procédant hiérarchiquement et par sélection l'une de l'autre, listes nationale, départementale, communale.
Si la Constitution de l*an VIII a fait rétrograder les conquêtes politiques de la Révolution, elle en consacra du moins les conquêtes civiles : égalité dans l'Etat et dans la famille ; égalité devant la loi et devant la Justice; liberté individuelle ; inviolabilité de la propriété et du domicile ; admissibilité de tous les citoyens aux fonctions publiques, c La Révolution est fixée aux principes qui Tont commencéo ; elle est finie, » — du moins le Cr>yait'Un.
Cette constitution, acceptée par 8 millions ds
suffrages contre 15,000, fut promulguée le 24 décembre 1799,
Ce n'était pas tout de rendre à la France la Tie intérieure, il fallait par de nouveaux triomphes forcer l'Europe à lui accorder une paix glorieuse. L'Autriche nous menaçait avec deux armées, Kray sur le Rhin, Mêlas sur le Var. Bonaj^arte opposa M oreau au premier. Lui-même, reparttssant lent k coup sur le premier théâtre de sa fortune, Il franchitjes Alpes au col du grand Saint-Bernard (16-20 mai 1800). Par une admirable manœuvre, servie d'ailleurs par l'héroïque défense que Masiaéna fit dans Gênes, il avait tourné Tennemi et forcé Mêlas d'abandonner le Var et Gênes pour venir livr» bataille à Marengo (14 Juin). La "rictotre longtemps disputée fut complète et décida du sort de l'Iulie. M oreau, de son côté, pénétrait au cœur de l'Allemagne, gagnait la bataille de Hohenlinden (3 décembre) et menaçait Vienne. L'Autriche épuisée signa la paix de Lunéville f9 février 1801). La France se trouvait couverte d une ceinture de républiques alliées, batave, helvétique, cisalpine, ligurienne, et gagnait enfin sur le Rhin, de U Suisse à la Hollande, cette frontière naturelle qu'une insatiable ambition devait, treize ans après, lui faire perdre*
Le tsar Paul I*', grand admirateur du premier consul, se réconciliait avec la République française, et se mettait même à la tête d'une ligue de neutralité formée par les nations maritimes contre l'Angleterre. Celle-ci restait seule, obstinée k la lutte. Maltresse de la Méditerranée, elle chassa les Français de Malte et de l'Egypte. Mais exclue par les armes ou la politique de la France de la moitié du continent, elle consentit à signer avec le premier consul (2S mars 180S) la paU d^Amiens, qui fut accueillie avec enthousiasme des deux côtés du détroit.
En paix avec TEarope, Bonaparte put mener à terme l'œuvre de la réorganisation de la France. Le sujet vaut la |>eine (}u'on s'y arrête; car le système administratif, judicidre, ecclésiastique même, dont est faite notre vie d'aujourd'hui, est là presque tout entier.
Administration, — A la tête de chaque département on mit, au lieu d*un directoire électif qui manquait d'unité et d'action, un préfet, mandataire du pouvoir exécutif; dans chaque arrondissement un sous-préfet: à la tête de chaque commune un maire; auprès de chacun de ces magistrats, une sorte de corps législatif. Conseil générai^ cTar» rondissement, municipal; de plus, dans chaaue département, un Conseil de préfèttwe, espèce de Conseil d'Etat institué pour Juger le contentienx adp:iinistratif. Ainsi, à tous les degrérf dans TEtat, la délibération appartenait à plusieurs, raetion était réservée à un seul.
Réorganisation financière. — Renonçant au vieux
tributions directes, avec des contrôleurs pour dresser les rôles de l'impôt, avec des percepteurs, un receveur particulier d'arrondissement» un receveur général du département, par les mains desquels successivement le produit lirrivait dans la caisse du Trésor. La Constitution avait fait retomber presque tout le poids de l'impôt sur la propriété immobilière; le premier consul la dégreva en réublissant, sous le nom de Droits réunis, les anciennes taxes sur les boissons, sels, tabacs, voitures, etc.; ce fat plus tard ïodmintstration des contributions indi' recteu Pour éteindre graduellement la dette publique, on créa la caisse <f amortissement. Enfin, pour rétablir le crédit coihmercial, Bonaparte provoqua (janvier 1SO0) la fusion de plusieurs caisses d'escompte oui devinrent la Banuue de France. Cette compagnloi constituée au capital de 45 millions et
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k laquelle il donna le caraetto d*ttne grande institution pabUque, avec la faculté d'émettre des billets eircoUnt comme monnaie et toujours rembouTBables, est devenue le plus solide établissement financier qu'il y ait dans le monde.
Béorffanisation Juaieiaire. — Rapprocher la Justice des lusticiables, assurer k ceux-ci les garanties d'une T&itable Justice d'appel, tel est le double but que se proposa le premier consul en complétant le syst&ne Judiciaire créé par la Constituante, n j eut désormais un tribunal civil par arrondissement, et 2» court, comprenant chacune plusieurs départements, furent créées pour recevoir les €^ peu des tribunaux de première instance. Des maelstraU détachés de ces cours allèrent tenir dans les départements des assises Jugeant au criminel avec l'assistance du Jury.
Le triinmalde cassation^ agrandi en attributions et en dignité, tout en continuant à recevoir les appels en dernier ressort, au civil et au criminel, Ait chargé d'interpréter les lois et de fonder l'unité de Jurisprudence.
Cùde civil (1804). Le droit dvîl, avant la Révolution, était régi par une foule de coutumes et d'ordonnances souvent contradictoires. La Constituante avait proclamé la nécessité d'un code unique; la Convention l'avait ébauché, ce Ait Bonaparte qui eut l'honneur de réaliser l'oeuvre. Une commission de Jurisconsultes, les cours et tribunaux, le conseil d'Etat furent successivement appelés à préparer, à examiner, à discuter les projets de loi qui devaient composer ce code. Lui-même prît part aux discussions, et ce soldat étonna souvent les vieux Jurisconsultes par les éclairs qu'il Jetait sur les points les plus obscurs. Les projets de loi Airent soumis ensuite an Tribunat et au Corps législatif, où Ils trouvèrent une résistance inattendue, puis au Sénat. C'est après tant d'épreuves que cette osuvre, l'un des moimments législatifs les plus complets et les plus harmonieux qu'on 9St TUS Jusqu'alors, Ait promulguée, le 7 mai 1804, sous le nom de Code civil des Français.
Ctmcùrdat (1802). Les églises étaient rouvertes et la liberté rendue au culte. Mais il y avait toujours un trouble profond dans]les esprits; la France était séparée de fait du centre de l'Eglise catholique, et renfermait deux clergés ennemis, les prêtres qui avaient prêté et ceux oui avaient refusé le serment à la Constitution civile du clergé votée par la Constituante. Fondre ces deux cierges en un seul, réconcilier l'Église et l'État et donner satisftictlon au sentiment religieux en rattachant la France au Saint-Siège, tel est le but que se proposa le premier consul. A la suite d'une délicate et laborieuse négociation commencée à Rome et que le cardinal ConsaM vint poursuivre à Paris, un Cioncordat Ait signé avec le pape Pie VII« La religion catholique reconnue comme la religion de la majorité des Français ; réconciliation des prêtres constitutionnels avec le Saint-Siège ; acceptation tacite de l'aliénation des biens du clergé qui reçut ose dotation annuelle ; la France divisée en 60 évêdiés dont les titulaires, nommés par le pouvoir civil, étaient institués par le pape ; la Juridiction ecclésiastique remise au conseU d*£tat et la police ext^ieure du culte à l'autorité temporelle ; tel Ait l'acte important qui, piomtilgué le 18 avril 1802, BOUS régit encore. Il rat complété par les articles organiques qui réglaient en détail les rapports du pouvoir dvil avec l'autorité religieuse, et qui étendaient aux cultes réformé et Israélite les dispositions du Concordat.
Béerganisation de l'instruction publique. Les anciennes universités, les écoles ecclésiastiques avaient sombré dans la tempête révolutionnaire. La Constituante s'était bornée à poser le principe d^ grand système d'Instruction publique. La Convention avait créé une école normale qui ne 1
fit que passer et des écoles centrales^ une par département, où l'on n'enseignait guère que lessciences et d'où l'enseisnement classique avait à peu près disparu. Peu fréquentées, il n'en restait que 32 en 1802. Le premier consul en fit des lycées où la Jeunesse dut recevoir une forte instruction littéraire et scientifique, et qui devaient être en même temps pour elle des écoles d'égalité civilo et de discipline militaire ; 6,^00 boursea
Sayées par l'Blat assurèrent le personnel scolaire es lycées. Quant à l'instruction spéciale, le premier consul y pourvut par dix écoles de droit, six écoles de médecine. A l'école polytechnique, créée par la Convention, il ajouta une école militaire, fixée d'abord à Font^nebleau, une école des^ Srts mécaniques, àCompiègne. Mais l'enseignement primaire fut complètement oublié. Une purtie des biens nationaux non vendus fut affectée à 1 entretien de l'instruction pnbllque.
Plus tard, il appliqua à l'enseignement ce ca-^ ractère d'unité qui a été à la fois la gloire et. Texcès de son règne. Par la loi du 10 mai 1806, il fonda, sous le nom A^ Université^ un corps exclusivement chargé de donner l'enseignement dans tout l'empire et à tous les degrés.
Mais cet enseignement fut soigneusement renfermé dans le cercle des applications scientifiques et de la littérature classique. L'histoire et la philosophie en furent à peu près bannies. Le premier consul n'aimait ni les idéologues, ni les manifestations de la pensée indépenoante.
Cette défiance 8'.accu8e dans le décret du 27 septembre 1803 sur la presse. La liberté de la presse ne pouvait en effet trouver grâce auprèa d'un dictateur militaire : tons les livres furent soumis à une commission de censure^ et on ne laissa subsister des Journaux que le petit nombre de* ceux qui consentirent à se faire les porte-voix du gouvernement.
Et cependant il y avait, à ce moment même, une remarquable résurrection de l'esprit humain. C'est. ainai que dans des courants d'idées très divers. Chateaubriand, avec Àtala et le Génie du christianimu. M»* de Staël, avec De^'^tne (1802) qui annonçait Corinne et lAllemagneth^mwcieT avec soa dvame de Pm/o, Destutt de Tracy avec son Idéologie, préludaient à cette double et généreuse réaction littéraire, religieuse d'un côté, philosophique ;et libérale de l'auto, qui devait caractériser le premier tiers du siècle.
En même temps Laplace, Carnot, Fourcroy, Berthollet, Haûy, Bichat, Cabanis, par leurs travaux, leurs découvertes et leurs publications, élargissaient prodigieusement l'horizon de la sdence.
Enfin, pour dore la longue liste des créationa improvisées dans un temps si court, en i802 fut faistitué l'ordre de ta Légion d'honneur^ récompense qui s'adressait aux plus modestes serviteurs de l'État comme aux plus élevés; consécration de la véritable égalité, « non celle qui ésalise lea hommes en les abaissant, mais qui les égalise en les élevant > (Thiers).
En même temps, partout s'ouvraient ou se réparaient des routes, des canaux, des ponts; lesmanufactures renaissaient, des industries nouvelles étaient créées ; la France déployait k l'intérieur cette puissance de résurrection si fréquemment mise a répreuve par nos secousses ou nos revers. Une seule tache faisait ombre ; notre colonie de Saint-Domingue, où le premier consul avait englouti une année, était à Jamais perdue pour la France (1803)«
Au dehors notre prépondérance grandissait chaque Jour. Malheureusement, exercée sans mesure, elle menaçait déjà de devenir un danser et allait réveiller les défiances et les haines de l'Europe. C'est ainsi que Bonaparte réunissait le Piémont k la France et en faisait six départements; qu*U
CONTAGION
CONTAGION
imposait à la république batave une constitution nouvelle; qu*il contraignait la république helvétique à Taccepter comme médiateur ; qu*il se faisait donner la présidence de la république cisalpine : titres qui déguisaient mal une domination directe et personnelle.
€e8 envahissements exaspérèrent TAngleterre, qui se refusa à l'abandon de Malte stipulé par la paix d'Amiens. Elle rouvrit la première les hostilités (mai 1803). Le premier consul fit occuper le Hanovre, et commença à Boulogne les préparatifs d'une formidable expédition maritime qui devait Jeter 150,000 soldats sur le rivage de la Grande- Bretagne.
Les émigrés royalistes profitèrent de cette rupture pour ourdir de nouvelles menées contre le premier consul. Déjà, en 1800, ils avaient fait éclater sur son passage une machine infernale, et Bonaparte avait saisi le prétexte de cet attentat pour proscrire et déporter 133 Jacobins, gens peu dignes d() pitié à la vérité, mais qu'il savait innocents. En 1803, Georges Gadoudal, ancien chef de chouans, organisa avec le traître Pichegru une conspiration qui avait pour but de tuer ou d'enlever le premier consul. Pichegru fut trouvé étranglé dans sa prison, Gadoudal fusillé ; le républicam Moreau, qui, par Jalousie contre Bonaparte, s'était prêté à des pourparlers, fut exilé. Gette affaire devait avoir un dénouement plus tragique encore. Persuadé que le duc d'Enghien, un Bourbon, était du complot, Bonaparte le fit, par représailles, enlever sur le territoire allemand, amener à Vincennes et fusiller (20 mars 1804). Ge sang innocent pèsera à jamais sur sa mémoire.
Après ce défi Jeté aux vieilles familles monarchiques, Bonaparte franchit le dernier pas qui le séparât du rang suprême. La machine infernale avait amené le consulat à vie, la conspiration de Pichegru devait motiver l'empire. Huit jours après le drame de Vincennes, il se faisait o£Erïr l^érédité par le Sénat, et le 18 mai suivant, sur la proposition du tribun Gurée, le Sénat le proclama Empereur des Français, Le fils de la Révolution avait détrôné sa mère, et l'Europe comptait une dynastie de plus (1804).
La période que nous venons de parcourir est, sinon la plus pure, on Ta vu tout à l'heure, du moins la plus féconde, la plus prospère et la plus solidement grande, dans la vie de ce génie extraordinaire qui a étonné le monde. Mais issu d'un coup d'Etat militaire, le consulat portait en germo le despotisme, les intempérances et les gloires désastreuses de Tempire.
[Léon Puiseux.]
A consulter : Thien, le CotuuUU et r Empire, t. I à IT; rffistoire de France racontée à mei petiU-enfaaU (1789- 1848), par M. Guixot, publiée par M»« de Witt, t. I, ch. m ; DuTergier de Haurmnne, Hietoire du gouvernement parlementetre, 1. 1 ; Lanfref , Biitoire de Napoléon I**,
CONTAGION. — Hygiène, IH, XVII, XVIII. — On appelle contagion la transmission d'une maladie d'un individu malade à un individu sain, par le contact immédiat ou par le contact de vêtements, d'objets à son usage. La transmission peut s'opérer aussi, dans un grand nombre de cas, par l'air qui se charge de miasmes, de poussières, de germes contagieux.
Quelques maladies, appelées virulentes parce qu'elles résultent de l'absorption d'un poison spécial, d'un virus, ne sont contagieuses que par inoculation, c'est-à-dire par leur introduction à travers la peau ou les muqueuses, au moyen d'une piqûre, d'une plaie, d'une écorchure si petite qu'elle soit ; telles sont la vaccine, la morve, la rage, le charbon, etc. D'autres maladies virulentes, comme la variole, sont inoculables et en même temps conta^euses par le simple toucher à travers la peau intacte
Le plus grand nombre des maladies épidémlqaes se transmettent par contagion indirecte; on les appelle infectieuses. Les miasmes, les poussières, les émanations, les germes de plantes on d'animaux microscopiques qui servent à les reprodaire, sent emportés par l'air, par les eaux, et se répandent au loin. G est ce qui arrive pour la peste, le choléra,- la suette, le typhus, la fièvre typhoïde» la dyssenterie, la scarlatine, la rougeole, la diphtérie, la coqueluche, la erippe, les oreillons, les teignes, etc. Dans ce cas, le poison spécial de la mauidie pénètre dans l'organisme des personnes saines par la peau, par les poumons, et par les membranes muqueuses <|ni tapissent la bouche, la gorge, l'estomac et les intestins.
Quant aux maladies parasitaires qui consistent, comme la gale, dans la présence d'un Insecte dont les œufs ne sont pas transportés par l'air, il est évident qu'elles ne sont contagieuses que par contact.
chez l'homme et ches un assez grand nombre d'animaux. Le cheval qui a le tic de Cours (balancement de la tète à droite et à gauche) le communioue à ses voisins qui, peu à peu, s'habituent à imiter son mouvement. Gertaines maladies nerveur ses comme la chorée, les convulsions ; d'autres d'un genre différent comme le strabisme, produisent parfois chez ceux qui sont témoins de leurs effets un ébranlement du système nerveux accompagné d'imitation involontaire des signes extôrieun de la maladie.
Précautions générales contre la eontaoion, — Les gouvernements ont adopté des règles d hydène internationale pour éviter autant que possible la propagation des maladies infectieuses par les voyageurs, les troupeaux, les marchandises. On a établi à cet effet des quarantaines et des lazarets où sont retenus les navires arrivant de pays où régnent certaines maladies contagieuses, peste, fièvre jaune, choléra, et ceux qui ont à bord des personnes atteintes de ces maladies. Après examen médical et désinfection, s'il y a lieu, des personnes, des vêtements, des marchandises, on lève la quarantaine ou on la maintient jusqu'à ce que tout danger soit passé. On empêche aussi l'exportation des troupeaux atteints de maladies communlcables à l'homme ou aux animaux. De plus, on prend des précautions pour empêcher les épidémies les plus communes de naître dans leurs foyers ordinaires par suite d'encombrement et de mauvaises conditions hygiéniques.
L'hygiène publique a des devoirs plus nombreux et doit entrer dans les plus petits détails pour prévenir le développement spontané des maladies infectieuses, pour détruire le plus têt possible les germes, les miasmes dangereux, pour isoler les malades et aussi pour répandre dans les masses les notions d'hygiène indispensables.
Plusieurs Etats européens ont rendu la vaccination obligatoire, et il est à désirer nue la France suive cet exemple : c'est le moyen ae neutraliser les effeU de la variole qui faisait jadis tant de victimes. Mais si cet ennemi est aujourd'hui à peu près vaincu, il en reste d'autres contre lesquels devraient se tourner les efforts des législateurs, des administrateurs, des médecins, de tous ceux qui ont pour mission de veiller aux intérêts matériels et moraux des populations.
L'isolement des malades atteints de maladies contagieuses est la première mesure à prendre, la plus indispensable, quelles que puissent être les dinicultés matérielles et les dépenses qu'elle entraîne. Ne pas isoler, c'est consentir à répandre la maladie, c'est commettre on attentat contre la santé et la vie dos autres.
CONTAGION
CONTRACTION
En mémo temps que l*on isole lei malades, il est indispensable de détruire les germes de conti^ gion dans les lieux où ils ont séjourné. Cela est beaucoup plus difficile qu*on ne le croit généralement; les désinfectants vraiment efficaces sont peu nombreux et surtout ils n^agissent que si on les emploie sous une forme concentrée. L^acide phénique pur est un des meilleurs. Le plus simple, le plus efficace dans les circonstances ordinaires est le gaz acide sulfureux. S'il s*agit de désinfecter une chambre, contenant des vôtements, de la literie, des ustensiles suspects, il suffit d*y placer un fourneau allumé sur lequel on projette une poignée de fleur de soufre. Le gaz acide sulfureux qui se dégage est très avide d'oxygène, il décompose les miasmes, tue les germes, en s'emparant de l'oxygène qui entre dans leur composition. Il pénètre dans les crevasses des murs et des planchers, derrière les papiers de tenture, mieux que ne le ferait aucun liquide. Après son emploi, on lave, on brosse, on savonne tout ce qui a été soumis aux vapeurs sulfureuses. Le seul inconvénient de ce procédé, c'est d'oxyder les objets en métal. On fera donc bien de ne laisser dans la pièce que ceux qui ne peuvent s'enlever.
Tout ce qui sert aux personnes atteintes de maladies infectieuses doit être soumis à une désinfection journalière ; il faut mêler à leurs déjections et aux matières vomies un peu de sulfate de fer (couperose verte), et prendre un soin tout spécial pour que ces matières ne puissent devenir une source de contagion. Le mieux serait de les enterrer profondément loin des puits et des cours d'eau.
Les personnes que le devoir ou raffection retient auprès de ces malades devront prendre les précautions suivantes : pe pas dormir dans leur chambre, n'y séjourner que le temps nécessaire, observer une propreté minutieuse, veiller à l'aération j)arfaite. Pour chaque cas spécial le médecin donnera des indications pratiques, comme l'emploi de la glycérine pour empêcher les poussières dangereuses de se détacher de l'épiderme du malade, dans certaines maladies de la peau.
Devoirs det instituteurs. — Le règlement des écples (article 2) dispose que l'instituteur, avant d'admettre un enfant, « s'assure qu'il a été vacciné ou qu'il a eu la petite vérole, et qu'il n est point atteint de maladies ou dïnfirmités de nature à noire à la santé des autres élèves, n
filais comment le maître pourra-t-il reconnaître les maladies et les infirmités de nature à nuire à la santé des autres élèves, c'est-à-dire conugieuses, s'il n'a pas appris, dans un cours d'hygiène, les caractères les plus saillants de ces maladies? C'est donc à bon droit que l'hygiène a été introduite comme branche obligatoii'O dans le progranune des écoles normales primaires par l'aiirêté du 3 août 1881.
Aujourd'hui le service médical, obligatoire pour les salles d'asile (Décr. 31 mars 18d5, art. iAU n'existe pas pour les écoles. Cependant ce service fonctionne à Paris> et le directeur de l'instruction primaire (Cire. 15 juillet 1872, Bulletin de l'instruction primaire t n* 89) annonce l'envoi d'un registre pour recevoir les prescriptions du médecin de l'école. « Il importe, dit la circulaire, que toutes les causes de maladies épidémiques soient écartées de nos établissements par l'intelligente surveillance des maîtres et des maltresses, a
En l'absence de règlements suffisants, l'instituteur ne doit pas moins s'inspiror de l'esprit que Ton retrouve dans les différents essais ou projets sur cette matière. Son devoir est fort simple. Reconnaissant son Incompétence pour établir le diagnostic des maladies contagieuses, il refuseras l'entrée de la classe & tout entant malade Jusqu'à ce qu'il reçoive d'un médecin l'attestation que la
maladie ne peut se communiquer. Si la maladie est contagieuse, il n'admettra de nouveau l'enfant que ^ur le vu d'un certificat autorisant sa rentrée.
Pour bien remplir cette partie de sa tàcbe, il devra chaque jour passer la revue sanitaire, ce qui lui permettra de donner des conseils de propreté et de bonne tenue et de s'assurer qu'ils sont mis en oratioue. ÏD' Saffrav.l
CONTRACTION. ~ Grammaire, IV, XX. — On appelle contraction en grammaire la réduction ou la réunion de deux éléments grammaticaux, syllabes, mots ou propositions, en un seul, et Ton distingue ainsi la contraction des syllabes^ celle des mots, et celle des phrases ou propositions.
1. Contraction de deux svllabes en une seule. — Beaucoup de mots ont i|erdu, dans le passage du latin au français, certaines consonnes médiales, isolées entre deux voyelles, et qui dès lors ont laissé ces voyelles en présence ; il en est résulté un hiatus que l'ancien français admett^dt sans difficulté; ainsi CQ{th)edra, pa{v)or, tna{e)uruSt gra{d)ire donnent à l'origme de notre langue cha-ère, f)e-ûr, me^ûr^ gra-ir. Mais dès le xiv* siècle, l'hiatus tend à disparaître, soit par Tintcrcalation d'une nouvelle consonne, comme oror Y'ir de gra-ir^ soit par l'élision de la première voyelle, mûr de me-ûr^ soit enfin par la contraction. Cette contraction porte le nom de synirèse^ lorsque les deux voyelles se rapprochent simplement de manière à se souder l'une à l'autre et à former une diphthongue propre ou impropre, comme chaire de c fut-ère; et de contraction proprement dite, lorsqu'il y a fusion dos deux voyelles en un seul son : peur de pe-ûr.
il y a des cas de contraction où l'une des voyelles est élidée phonétiquement, c'est-à-dire pour l'oreille, quoiqu'elle soit conservée graphi-
auement dans l'usage actuel, par ex. pao7ir=pan, e pavonem; /aons=tan, de taàanus; août=ott^ d'auguslus; j^oiVansoir, de sedere; eu=u, de habutus pour hafjitus; SaônessSoae , de Sauconna; /ean^Jan, de Johannes ; t;eau=vau de viteliuSy etc.
2. Contraction de deux mots en un seul. — La lansue française en offre deux exemples remarquables : l" L'article dit contracté : au^ des^ au, auxt forme ancienne : del, dels, al^ als, contraction de de /«, de les^ à /e, à tes, ainsi que cela a déjà été expliqué au mot Article; ^ 2* Les expressions votct et voilà, formées par contraction de vois ici et vois là; dans l'ancienne langue on séparait les deux mots, et on plaçait immédiatement après rimpératif le pronom représentant la personne ou la chose que l'on voulait indiquer ; au xYi« siècle, Rabelais dit encore : « Voy me là prest à boire, » pour « me voilà prêt. » C'est donc bien à tort que l'Académie et la plupart des grammairiens considèrent ces expressions comme des prépositions ; la préposition marque un rapport entre deux mots, comme dans : « Je viens de Paris, » ce qui ne peut s'appliquer à voici dans : « Foict mon livre, » qu'il faut analyser ainsi: vois, impératif de voir, 2* personne du singulier; et pour tct, adverbe du lien.
L'analyse de l'article dit contracté doit également se faire en séparant les deux mots ; ainsi du dans a le livre du maître » s'analysera de la même manière que de le dans « le livre de /'écolier », c'est-à-dire : de, préposition , et le, article défini (Y. notre Grammaire usuelle, § 140).
3. Contraction de deux propositions en une seule. Deux ou plusieurs propositions réunies en une phrase et ayant un membre commun peuvent se contracter en une seule, le terme conunun n'étant exprimé qu'une fois.
En pareil cas, si les propositions conservent chacune leur verbe, la phrase est réellement composée, et il y a autant de propositions qu'il y a de