V. — Un fermier qui a emprunté 15000' pour
ans veut se libérer de 3000' au bout de 18 ans; qu'aura-i-il à payer, et de combien son annuité sera-t-etle réduite ?
Réponse : Il aura à payer 2. 90^,96; et son annuité sera dimmuée de n4',63.
CRISTAL
CRISTAL
VI. — Un propriétaire qui a emprunté 200 OOV pour 5'> ans [diaprés le 2* mode) veut se libérer de 40 00u' au bout de 25 ans; qu'oura-t'il à payer, et de combien son annuité serat-elle réduite ?
Réponse: Il aura à paver 8280î',05; et rannaité sera réauiie de 2 OOO'.
[H. Sonnet.1
CRISTAL ET CHISTALLISATION. — V. Minônlogie, p. 1312. — La cristallisation est l'opératioQ pendant laquelle un corps prend de lui-même la forme qui lui est propre, et devient un cristal..
Tant que dure leur état gazeux ou liquide, les particules d'un corps sont maintenues à un deeré extrême do division ; elles se meuvent avec la plus mnde facilité les unes par rapport aux autres. Lorsqu'elles passent à l'état soliae, elles peuvent le faire de deux manières : ou bien instantanément: elles sont alors saisies brusquement, pour ainsi dire, dans la position qu'elles occupaient; ou bien lentement ; c'est la condition la plus favorable à la cristallisation ; car elles s'orientent les unes par rapport aux autres, et la masse qui résulte de leur agrégation revêt une forme extérieure géométrique.
Le sel marin, appelé aussi à cause de ses usages sel de cuisine, composé de chlore et de sodium, estsoluble dans leau; une partie d'eau peut dissoudre environ 27 fois son poids de sel marin à la température ordinaire; mais, lorsque l'eau s'évapore, le sel, qui est bientôt en proportion trop forte, reprend son état solide, et se présente alors enparallélipipëdes, c'est-à'dire en petits solides à 6 faces parallèles deux à deux et rectangulaires entre elles.
Leau elle-même, lorsqu'elle est suffisamment refroidie, devient solide, et porte le nom de glace. La glace est cristallisée. Les cristaux qui composent la neige se montrent souvent groupés en forme de polygones étoiles, qu'on peut toujours décomposer en 6 parties semblables.
Du soufre fondu dans un creuset, abandonné à nn refroidissement lent, cristallise aussi : si Ton perce la croûte solide dans le creuset, avant la solidiiication de toute la masse, et si l'on fait écouler par ce trou la partie restée liquide, on voit, en sciant le creuset, sa paroi intérieure tapissée d'aiguilles cristallines, de parallélipipèdes, dont deux faces très étroites sont obliques sur le prisme formé par les quatre autres faces. L'arsenic volatilisé peut être sublimé sur des surfaces froides, et se présente en Jolis cristaux qui appartiennent à ce qu'on nomme en cristallographie le système rhomboédrtque. Le verre n'est pas cristallisé ; les particules qui le composent sont associées pêlemêle, irrégulièrement; aussi le verre ne {irésentet-il iamais naturellement une forme extérieure régulière. On le taille à facettes, et sous cette forme, on l'appelle cristal ; mais les verres ainsi taillés ne sont que des imiutions de cristaux. Le caractère d'un cristal, c'est que non seulement sa forme extérieure, mais toute sa masse est soumise à un arrangement symétrique et régulier.
On a pu amener à 1 état cristallisé presque tous les composés chimiques connus. On sait que chacun d'eux peut se présenter sous des aspects très variés au premier abord ; mais ces formes, quelquefois très nombreuses, peuvent toujours être ramenées à un type commun dans les échantillons de même composition chimique, au moyen des lois suivantes :
l* Les cristaux sont des polyèdre» réguliers, dont les faces sont normalement planes.
2» Ce sont des polyèdres convexes, c'est-à dire des polyèdres tels que si on applique un plan sur Dne de leurs faces, tout le polyèdre est situé d'un •eul et même côté de ce plan.
S* Si l'on mesure les angles de deux faces dans
une forme déterminée d'une certaine substance, par exemple du soufre fondu, et refroidi lentement, on voit que cet anglo est toujours le même» ouel que soit l'échantillon sur leouel on le mesure. Cet angle varie an contraire d une espèce à une autre. Le crisul de roche on quartz a la forme de prismes hexagonaux terminés par des pyramides à six faces. Dans tous les cristaux de quartz, quelle que soit leur couleur, quelle que soit leur provenance, l'angle d'une face de la pyramide et d'une face ad i ace n te du prisme est constamment de 141", 47\ Dans le phosphate de chaux, appelé apatite, la forme générale est la même ; mais Tan^le d une face du prisme et d'une face de la pyramide est de U0% L'i', et il a cette valeur dans tous les cristaux d'apatite. Cette loi de la constance des angles dans la même espèce est fondamentale. C'est à Rome de Llsle qu'on en doit l'énoncé.
Les autres lois qui ont élucidé toute la cristallographie ont été formulées nettement pour la première fois par Haûy. Elles sont connues sous le nom de lois de symétrie. Elles suffisent pour faire comprendre comment toutes les formes observées dans les corps cristallisés peuvent êtro ramenées à six types principaux. L'ensemble d'un type et des formes qui s'y rattachent en obéissant à ces lois constitue un svstème cristallin. En vertu de ces lois, une des /ormes du système étant connue, on peut prévoir toutes les autres. Avant de les exposer, abordons l'étude des systèmes cristallins.
Premier système: stst&mb cubiqub. — Le tjrp© est le cube, parallélipipède à faces égales et rectangulaires entre elles. Exemples: le sel marin ou sel gemme, chloitire de sodium ; la galène ou sulfure de plomb; Ik fluorine ou fluorure de calcium; les aluns,
La galène est souvent cristallisée en cubes ; sou-
Fig. 1. — Cube tangent à Toctaèdre.
vent aussi les angles des cubes sont remplacés par des facettes planes triangulaires (V. figure du cubo-ocuèdre). Le cube a huit angles, et ces
Fig. 2. — Tétraèdre.
Fig. 3. — Cube.
huit angles sont tous modifiés ; on conçoit qu'il en doit être ainsi; car il n'y a pas de raison pour qu'un angle porte une facette plutôt qu'un autre^ puisque dans un cube tous les angles solides à
CRISTAL
CRISTAL
trois faces sont composés d*ang1es plans éganx à 90*. Les angles solides sont semblables. Ds se modifient tous à la fois, et tous de la même façon. Si Ton suppose maintenant que les facettes triangiulaires qu'on voit naître sur les angles ou sommets du cube se développent davantage, les petits côtés de Toctogone qui a remplacé chaque face du cube deviennent de plus en plus longs et les faces du
Fig. 4. — Cnbo-octaèdre. Flg. S. — Octaèdro-eobt.
cube de plus en plus courtes. La figure de Toctaèdro-cube nous montre les huit faces placées sur les angles plus développées; elles se coupent mutuellement et leurs lignes d'intersection dessinent déjà la forme suivante (fig. de l'octaèdre), tandis que les faces du cube primitif sont réduites à de petits carrés. Dans la figure de l'octaèdre, les facettes symétriques enveloppent et masquent les
Fig. 6 -Octaèdre. Fig. 7.— Dodécaèdre rhomboidal.
faces du cube. Les faces de cet octaèdre sont, comme on voit, également inclinées sur les trois faces adjacentes concourant à former l'angle solide du cube qu'elles remplacent. Si au lieu de poser vn plan sur l'angle du cube, on le pose sur une arête ; comme toutes les arêtes ont la même Ion gueur et correspondent à des angles dièdres de 90», égaux entre eux dans le cube, toutes les arêtes devront porter un plan dans la même position. Puisque les deux faces qui forment l'arête ne dif- /èrent en rien l'une de l'autre, le plan devra être également incliné à droite et à gauche de l'arête; si les douze plans dont chaque arête est ainsi chargée se rencontrent, ils se coupent quatre à quatre au-dessus des faces du cube, trois par trois Tis-à-vis de ses angles, et donnent lieu au solide qu^on appelle dodécaèdre rhomboidal, parce qu'il est forme de douze faces, et parce que ces faces ont la forme de losanges on ae rhombes, comme l'indique la svmétrie (fig. 7).
La méthodo que nous avons employée pour montrer le passaee du cube à l'ocuêdre régulier s'appelle méthode des troncatures: elle repose uniquement sur l'application des lois tfe symétrie. Ces lois sont des plus simples, elles portent : !• que toutes les parties semblables d'une forme se modifient ensemble; 2' qu'elles se modifient toutes de la même façon. Pour êtro semblables , les faces doivent avoir la même forme et la même étendue ; les arêtes doivent être de même longueur et correspondre à des angles dièdres égaux ; les angles solides doivent être formés du même nombre d'angles plans égaux semblablement disposés.
La seconde méthode, cello que nous avons appli- {
quée pour faire concevoir la formation du dodécaèdre rnomboîdal, est dite méthode des plans tangents. Les plans, au lieu d'enlever peu à peu les angles ou les arêtes, leur sont tangents. Les lois de symétrie sont également la base de cette méthode.
Enfin, il est un troisième moyen de concevoir les connexions du cube, de l'octaèdre régulier, du dodécaèdre rhomboidal. Si Ton mène une droite du milieu d'une face du cube au milieu d'une (ace opposée, comme toutes les faces sont semblables, et qu'elles sont au nombre de six, il y aura dans un cube trois de ces lignes qu'on appelle des fixes. Les axes sont, comme il est facile de le voir, des lignes menées par le centre parallèlement aux arêtes : ils sont égaux et rectangulaires entre eux. L'octaèdre régulier n'est pas autre cliose que l'ensemble de huit plans qui rencontrent les trois axes à des distances égales du centre. Le dodécaèdre rhomboidal, c^est un solide formé de douze plans parallèles à l'un des axes, et coupant les deux autres à des distances égales, en comptant toujours ces distances à partir du centre.
Le système cubique se compose non seulement du cube, de l'octaèdre réeuiier, du dodécaèdre rhomboidal. mais encore de formes à 24 ou à 48 faces. Il est toujours facile de reconnaître que ces formes appartiennent au système cubique, en étudiant la composition de leurs angles solides, de ceux surtout qui comprennent le plus d'angles plans, ou mieux encore, en menant, par le centre du cristal, des axes qui joignent les sommets de ces angles solides. On voit aisément qu'une de ces formes, le cube pyramide, peut être considérée comme un cube dont toutes les faces seraient surmontées de petites pyramides à quatre faces triangulaires. C'est par les sommets de ces pyramides que passent nos trois axes rectangulaires. Les quatre angles dièdres qu'on observe autour de soi, en se plaçant par la pensée dans l'un de ces axes, sont égaux pour chacune de ces pyramides.
Deux autres formes ont aussi 24 faces ; dans l'une, nommée trapézoèdre^ les faces sont des
3uadrilatères avant leurs cêtés adjacents égaux eux à deux ; elles se rHucontrent aux extrémités des axes, autour desquelles elles donnent Uen à Quatre angles plans et à quatre angles dièdres égaux. Dans l'autre, les faces sont des triang^ isocèles ; autour des axes, on observe huit de ees faces ; cette forme est appelée octolriédre.
Enfin, au système cubique appartiennent encore les AcalénoédreSf composes de 48 faces, qui se coupent huit par huit autour des axes précédents.
Toutes ^ ces formes peuvent se combiner par deux, trois, etc. ; l'on en observe par conséquent une grande variété, qu'on peut toujours reconnaître au moyen des trois axes, et de la disposition symétrique des groupes do quatre angles dièdres égaux qui les entourent.
Deuxième système : Systems quadratiqob. — La
Fig. 8. — Piisme droit Fig. 9. — OcUèdre droit
carré.
carré.
forme qui sert de point de départ est celle d'un
Erisme dont la hauteur est quelconque, et dont la ase reste un carré perpendiculaire aux faces du
CRISTAL
CRISTAL
prisme ; les arêtes de ce prisme sont encore perpendiculaires i*une sar l'autre, mais celles qui en inesorent la hauteur ne sont plus comme dans le cube égales aux arêtes de la base. Les arêtes de la base sont semblables, et ne peuvent être remplacées pmr des plans les unes sans les autres ; comme elles sont au nombre de huit, on obtient ainsi huit plans parallèles aux arêtes; ces plans se rencontrent en formant deux pyramides à quatre faces, qui se touchent par leur liase commune, et celle-ci gmrde la forme d*un carré. Dans une môme espèce minérale on chimiquo de ce système cristallin, on trouTe souvent plusieurs ocuêdres de hauteurs différentes. Mais, si Ton calcule les rapports des hauteurs de ces pyramides à leur base, on voit qnlls sont des multiples fort simples les uns des autres, et que si l'on compare les rapports obtenus dans une espèce à ceux qu'on obtient pour une autre, ils sont incommensurables entre eux. Us caractérisent donc les espèces.
Les formes de ce système sont des octaèdres, et deux prismes à base carrée, ceux-ci inscrits Tun dans l'autre, ou bien des prismes à huit pans, et des doubles pyramides à huit faces. En joignant les sommets des angles solides à huit faces de ces pyramides, on obtient l'axe do la Hauteur, autour duquel on observe une symétrie par quatre ou par huit comme autour d'un des axes du cube. Mais c'est la seule direction qui jouisse de cette propriété dans le système quadratique. On l'appelle axe principal ou axe de figure. Si l'on mène un plan parallèle aux bases par le centre du cristal, ou par la base commune à quatre ou à huit faces, on voit que la partie supérieure et la partie inférieuro sont symétriques ; si par l'axe principal on fait passer deux plans perpendiculaires au précédent, et parallèles aux faces du prisme, ces plans divisent chacun de leur côté le nrisme en deux moitiés identiques.
Les trois axes menés par le centre parallèlement aux arêtes du prisme primitif sont rectangulaires entre eux ; deux de ces axes, parallèles aux côtés du carré, sont égaux ; le troisième est différent des deux autres.
Troigiéme système : systâmb du pbisme droit
A BASE RECTANGULAIRE OU BHOMBIQUE. — Qu'oU SC
Fig. 10. — Prume droit Fig. il. •— B««»ei des prismes recreclaDguUir«. UmguUires et rhomboïdauz.
représente un prisme dont les faces < sont rectangulaires entre elles, mais inégales ; chacune des arêtes est perpendiculaire au plan des deux autres, et les trois arêtes dilTêrent de longueur. On conçoit qu'à chacun des prismes rectangulaires, bien que les faces n'en soient plus semblables, correspondent des octaèdres, c'estrà-dire des doubles pyramides, dont les faces n'ont pas la même étendue, et dont la base commune est un rectangle Parallèle à celui qui sert de base au prisme. Si on Joint les milieux des côtés du recungle, on obtient un rhombe ou losange, qui peut servir de base à un prisme inscrit dans le primitif. Aussi l'on regarde comme appartenant au môme système les prismes droits à base rectangulaire, et ceux dont la base est un rhombe ; les côtés du rectangle sont les diagonales du rhombe, A chaque prisme
rliombique correspond un octaèdre de même section ; les faces sont ici parallèles aux côtés d'un losange qui sont semblables.
En résumé, dans ce système, les formes sont des prismes ou des octaèdres à base rectangulaire ou rhombique ; les trois axes sont rectangulaires entre eux et inégaux ; les trois plans menés par le centre du cristal parallèlement aux arêtes du prisme rectangulaire le divisent chacun de leur côté en deux moitiés égales et symétriques ; mais les moitiés ainsi produites par un plan ne sont plus égales à celles que produit un autre plan perpendiculaire au premier, comme dans les systèmes précédents.
Quatrième système : système hexagonal ou mhom- BoÉDRjQUE. — Le prisme hexagonal a les plus
Fig. 12.— Rhomboèdre. Fig. 13. — Prisme hexaèdre bu> r
grandes analogies avec le prisme à base carrée ; il en diffère en ce que sa base est un hexagone, et que ses faces sont au nombre de six ; il faut donc partout substituer sU à quatre. Aussi le système
Fig. U. — Prisme hexaèdre pyramide
Fig. 15. — Métaslaliquc.
se compose-t-U de deux prismes hexagonaux inscrits l'un dans l'autre, et de doubles pyramides à six ou à douze faces, dont les bases communes sont par conséquent des polygones de six ou do douze côtés, et qu'on appelle dihexaèdres ou didodecaè'ires.
Les dihexaèdres sont faciles à placer sur le prisme. Les uns ont leurs faces parallèles à six arêtes de la base ; /C'est aux trois diagonales de cette base que sont parallèles les faces des autres dihexaèdres, placées sur les angles solides du prisme hexagonal. Si l'on suppose que les arêtes de la base de ce prisme, au lieu de se modifier toutes les six sur chaque base, ne se modifient que de deux en deux, en sorte que les arêtes remplacées par des plans alternent avec celles qui ne le sont pas ; ou^ ce qui revient au même, si Ton suppose qu'une seule face sur deux subsiste dans un dihexaèdre, double pyramide à six faces, de telle façon que les faces disparues alternent avec celles qui sont conservées; ccmme à cause de cette alternance une face de b pyramide supérieure ne rencontre plus son opposée à la pyramide inférieure, mais une face adjacente à celle-ci, autrement tournée par rapport à l'axe, les faces qui
CRISTAL
CRISTAL
ont subsisté dans les deux pyramides se rencontrent en biais en formant des arêtes d'intersection disposées en ziezag. Les deux pyramides se trouyent réduites chacune à trois faces, et l'ensemble constitue un paralléliplpède qui a pour faces six rhombos égaux, et qn on appelle un rhomboèdre.
Souvent on prend le rhomboèdre comme forme primitive ; on voit que c'est un cube, dont les faces, restant égales, deviennent obliques les unes sur les autres. Deux de leurs angles solides sont formés de faces égales, et leurs dièdres sont égaux. La droite qui loint ces deux angles solides opposés est égale à 1 axe de la hauteur du dihexaèdre, d*où le rhomboèdre peut être dérivé. Autour de cete droite on observe la disposition symétrique des faces et des arêtes par trois. Le rhomboèdre off^ donc autour d'une droite particulière une symétrie ternaire; il se rattache par conséquent au même système général que les dihexaèdres et les prismes hexagonaux. Mais, comme nous l'avons dit précédemment, le rhomboèdre n'offre que la moitié des faces du dihexaèdre ; c'est une forme hémiédrique. Si, dans undidodécaèdre, on supprime aussi des faces alternativement, mais ici deux sur quatre, de façon qu'une paire de faces adjacentes symétriques par rapport à une des trois diagonales de la base étant conservée, la paire consécutive ne se développe pas, les faces qui persistent forment ensemble une sorte de double pyramide à six faces ; les deux pyramides supérieures se coupent suivant une surface gauche limitée par douxe arêtes en zigzag ; leurs faces sont des triangles scalènes ; on les appelle scalénoèdres.
Cinquième système : pbiske uniobliqub ou mo- ROCLiNiQUE. » Sur OU prismo formé de quatre
Fig. 16. — Prisme oblique Fiç. 17. — Prisme re«tanrurhomboîdal. laireetrhomboîdaldeproflL
faces rectangulaires, ou sur le prisme inscrit à section de losange, plaçons une base oui s'incline dans une direction, mais dans une seule, d'arrière on avant^ par exemple, de façon par conséquent à rester encore également inclinée à droite et à gauche : nous aurons un prisme monoclinique ou unioblique. SI la base est rectangulaire, un des côtés de cette base est incliné d'arrière en avant comme la base elle-même dont il montre la pente, l'autre côté est perpendiculaire au précédent comme côté d'un rectangle ; il reste horizontal, puisque le rectangle ne penche pas plus à gauche
3 n'a droite Mais le prisme étant rectangulaire, eux de ses faces étant dirigées latéralement, les deux autres se trouvent l'une en avant, et la quatrième en arrière ; le côté horizontal de la base est perpendiculaire aux faces latérales du prisme et à ses arêtes verticales. Si donc, par le centre du cristal, on mène trois axes, l'un vertical, le second parallèle au côté incliné du rectauKle qui sert de base, le troisième, parallèle au côté horizontal de ce rectangle, est perpendiculaire aux deux autres axes. On dit oue dans ce système il y a trois axes inégaux, dont l'un est perpendiculaire au plan des deux autres. Si, au lieu de prendre le prismo rectangulaire pour point de départ, on choisit le prisme rhorabique inscrit, les axes sont, le premier vertical, et les deux autres parallèles aux diagonales du rhombe inscrit dans le rectangle.
Les ocuèdres, lot prismes, toutes les formes
de 08 système présentent toujours ce caractère,
au'on peut mener par leur centre un plan qui les Ivise en deux moitiés symétriques. Un seul plan Jouit de cette propriété; on l'appelle pian de symétrie. C'est le plan auquol la base est perpendiculaire. Il n'y en a qu'un, puisque dans les autres directions la base est oblique.
Sixième système: système diobliqub. — Ici, U base s'incline, non seulement d'arrière en avant, mais de gauche à droite, ou de droite a gat clie. Aussi aucune des faces du paralléliplpède qui srrt de point de départ n'est perpendiculaire aux autres. On ne trouve plus de plan de symétrie.
De l'hâmiédbib. — Nous avons dit que dans ua cube ou dans un prisme à base carrée, tons les angles solides doivent être modifiés en même temps. Dans certains cristaux un anglo sur deux seulement est remplacé par une face, et les angles ainsi modifiés alternent avec ceux qui ne le sont pas. C'est ce qu'on observe fréquemment sur les cristaux de boracite (borate de magnésie). Quatre angles du cube portent seuls des facettes, et celles-ci, en se développant assez pour se rencontrer, donnent lieu au titraè'tre régulier (fig. 2) ou pyramide triangulaire, dont la base est égale aux faces. Le cuivre gris (sulfure d'antimoine, de cuivre et autres bases) crisiallise sous cette forme. En joignant les milieux des arêtes qui se croisent, on retrouve les axes du cube. Dans la pyrite (bisulfure de fer), la forme la plus ordinaire est celle d'un solide à douze faces, qui sont elles-mêmes des pentagones. On démontre facilement que ce solide est la forme hémièdro d'un cube pvrûnidé ; les cubes pyramides ont, comme nous l avons vu plus haut, vingt-quatre faces ; en ne prenant qu'une sur deux de leurs faces, suivant la loi d'alternance que nous avons déjà indiquée, on obtient le dodécaèdre penugonal. Les ocuèdres à base canée, les octaèdres à base rhombique peuvent aussi se dédoubler d'une manière analogue en solides à quatre faces ou tétraèdres. Hais dans ces solides on peut toujours retrouver les systèmes d'axes de symétrie qui caractérisent le système cristallin auquel ils appartiennent.
Quant à la cause qui produit cette hémiédrie, elle provient de ce que les parties d'un cristal, pour être semblables, doivent présenter la même structure intime, et non pas seulement la même forme extérieure. Delafosse a montré qu'on cube
S eut être composé d'éléments d'une autre forme, e tétraèdres par exemple, qui auraient tous leur hauteur dirigée vers le sommet d'un angle solide et leur base appliquée sur le sommet de l'angle opposé. Les angles opposés du cube qui en résultent ne sont donc plus réellement semblables ; ils le sont en apparence dans le cube, parce que les particules élémentaires en sont trop petites pour qu'on en puisse apercevoir la véritable forme.
Au mot Minerait nous exposons les causes de l'harmonie qui existe entre ces caractères de symétrie cristalline et les caractères physiques, tels que la pyro-élearicité, la polarisation rotatoire, etc.
IsoMORpBisv^ et DUORPHisvB. — Geruinos substances ont des formes presque identiques. Le minerai d'argent appelé argent rouge (sulfure d'an* timoine et d'argent>, et le calcaire ou carbonate de chaux rhomboédrique, cristallisent en rbomboè* dres, dont les angles sont très voisins les uns des autres ; mais l'on ne peut pas encore s'expliquer ces analogies de formes dans des matières de composition SI différente. Il en est autrement lorsqu'U s'agit de matières analogues au point de Tue de leur constitution chimique en même temps qu'au point de vue de leurs formes. Les carbonates de chaux, de magnésie, de fer, de manganèse et de zinc, par exemple, appartiennent an même ^e chimique ; un équivalent du même acide carbonique et un équivalent de base, tels en sont les élé-
CRITIQUE
CRITIQUE
ments, de façon qne ces carbonates ne diffèrent les uns des autres que par leur métal ; et ces méuux, le fer, le manganèse, le xinc, en particulier, se remplacent en général asses facilement. Ces car^ bonates ont des formes qu'on peut dériver d'un rhomboèdre, dont les faces font entre elles des angles qui ont pour limites extrêmes : 105*5' loScaire) et 107*40' (carbonate de zinc). Les substances qui ont cette double analogie de forme et de composition chimique sont dites isomorphes.
Le dimorphisme^^X un phénomène inverse. Une même substance peut offrir quelquefois des formes Uès différentes, suivant les conditions où elle cristallise. Le carbonate de chaux, par exemple, se présente en rhomboèdres (calcaire) ou en prismes droits à base rhombique (aragonite) ; le soufre, quand on Ta dissous dans le sulfure de carbone, se dépose après révaporation du dissolvant sous la forme d*octaSdres droits à base rhombique, tandis que le soufre obtenu cristallisé après fusion se présente, comme nous Tavons dit, en prismes, dont la base est oblique sur les pans.
Mesube des angles. — On mesure les angles diè dres des formes cristallines au moyen ainstruments appelés goniomètres. Les uns, aoniomètres dC application, consistent en deux alidades, espèces de orancbes de compas, mobiles l'une sur l'autre, en même temps qu'autour d un bouton qui sert de centre à la rotation. Les deux alidades sont appliauées sur les faces de l'angle dièdre du cristal, dans un plan pei^endiculaire à Tarète du dièdre; on los porte ensuite sans en changer Técartement sur un cercle divisé ou rapporteur, au centre duquel se place le bouton des alidades. On lit sur ce cercle divisé l'angle des alidades ; c'est l'angle plan qui mesure le dièdre cherché.
Les goniomètres qu'on appelle à réflexion permettent d'évaluer les angles dièdres à une minute près. On regarde sur les deux faces de l'angle dièdre qu'on mesure, et qui sont en général asses brillantes pour fonctionner comme de petits miroirs, l'image d'une ligne ou d'un point lumineux éloignés, de Textrémité d'une flamme vive, par exemple. Pour amener successivement les deux faces dans la position où elles montrent l'image du point lumineux, il faut tourner le cristal d^in certain angle* qu'on mesure au moyen d'un cercle divisé muni d'un vemier. L'arête du dièdre doit être bien perpendiculaire au plan du cercle divisé ; elle doit passer par son centre. Les images qu'on regarde ^ur les «aces du cristal sont amenées l'une après l'autre à un même point do repère ; tout cela est réalisé dans l'appareil imaginé par Wollaston.
Groupekent. — Nous avons dit, au commencement ae cet article, que les cristaux sont des polyèdres convexes; Us ne peuvent donc présenter aucun angle rentrant; il en est cependant qui offrent des angles de cette sorte ; mais ce sont des cristaux groupés. En effet, deux cristaux, en se produisant au contact l'un de l'autre, se gênent mutuellement, et ne se développent que dans leur moitié libre. Souvent il arrive qu'ils se placent en fisce Tun de l'autre, dans la même position qu'un objet et son image vue dans un miroir. Un plan qui s'abaisse vers un miroir parait remonter de rautre c6té, en sorte qu'il y a entre l'objet et son image angle rentrant.
Enfin les cristaui sont souvent allongés dans une direction particulière, bien que les angles de leurs faces ne changent pas ; en même temps qu'ils s'allongent, ils peuvent se grouper en masses flbreusesy en boules, en bandes, en spirales, etc.
[Edouard Jannettaz.] GBITIQUB. — Littérature et style, VII. — La eriUque Çiu grec kritiki. art de juger) est cette apprédaàon réfléchie qui, dans les œuvres littérai-
res, discerne le vrai du faux, le spécieux du solide,* les beautés des défauts, motive ses arrêts, et juge les écrivains par le bUme ou la louange.
Elle exige des conditions ou des aptitudes qui Intéressent l'intelligence, la sensibilité, la cons> cience.
Avant tout, elle suppose la rectitude de l'esprit,' une raison nette, qui, cultivée par les modèles, et
f;uidée par un idéal, sache démêler le fort et le àible des talents, traite chacun selon ses mérites, récompense les uns par son estime, avertisse les autres par d'équitables censures, concilie la tradition et le progrès, modère ceux-ci. anime ceux-là,et contribue ainsi à former un public d'élite, à redresser les écarts de l'opinion, a devenir son guide prudent et libéral.
Pour y réussir, il ne suffit pas d'être instruit, éclairé. Judicieux. A l'excellence des doctrines, à l'étendue de l'érudition, à la valeur des principes ou à la sûreté des aperçus^ il convient d'allier encore la faculté de sentir vivement, et de commu-' niquer l'émotion. Car l'ennui que propage une
{larole sèche et froide rend toute leçon stérile. Il àut donc trouver en sol les sources de l'éloquence, pour être dijgne de l'admirer ; et comme disait Vauvenargues, il est nécessaire d'avoir de l'&me pour avoir du goût.
La passion du beau, l'intuition rapide qui comprend tout par instinct et par expérience, cette clairvoyance qui distingue toutes les nuances du sentiment ou de la pensée, la pénétration d'un regard qui cherche Thomme sous l'auteur, la finesse du pinceau qui fixe l'expression des physionomies, le sens psychologique du moraliste joint à l'habileté du peintre, une sympathie hospitahère pour toutes les formes de l'art, la tolérance d'un goût généreux qui n'a rien d'exclusif, et fait cordial accueil aux inépuisables variétés de l'esprit humain : tels sont ici les principaux signes de vocation.
Mais à ces dons de la nature et de l'étude s'ajouteront les devoirs d'une responsabilité sociale. Car cette magistrature qui s'exerce sur les livres, et porte sur le fond comme sur la forme, doit avoir souci de son influence ; elle ne sera donc pas seulement un jeu de la fantaisie individuelle.
Nous entendons par là que ce ministère périlleux oblige celui qui le pratique. Nous lui demandons des garanties de bonne foi, le culte de la justice, une impartialité souveraine, et une indc-
Sendance supéneure à tout soupçon de parti pris, e prévention^ de préjugés, à plus forte raison de complaisance, de dénigrement ou d'intérêt. Il ne mentira donc jamais S sa conviction. Il ne sera pas flatteur pour ses amis, malveillant pour ses ennemis. Etranger à la faveur ou à l'envie, heureux des succès d'autrul pourvu qu'ils soient légitimes, résolu à n'être ni adulateur ni détracteur, il aura l'autorité de l'honnête homme, dont le aractère commande le respect.
Enfin, quand on prétend décider sur les talents, il est bon de n'être pas un écrivain médiocre qui se réfugie dans la critique par impuissance. Autrement, nous aurions droit de récuser un juge qui se discréditerait par son style.
Revue liistoriqnie- — Antiquité. — C'est ce que démontre l'exemple des maîtres qui ont élevé la critique à la hauteur d'un art égal à tous les autres.
Ici, comme ailleurs, les anciens, et surtout le» Grecs^ont été des précurseurs, ou plutôt des ins tituteurs pour les âges suivants.
Sans insister sur des temps lointains, et des monuments inspirés par des besoins ou des mœurs qui ne sont plus les nôtres, nous ne pouvons cependant omettre un nom devenu classique, celui d'Aristote, qui régna si despotiqoement sur notre théÂtre. Pour ce génie encyclopédique» pour ce profond penseur calomnié par ses pré»
CRITIQUE
CRITIQUE
iT
tendus disciples, Téloquence et la poésie furent, comme la nature et Tâme humaine, un objet d'étude vraiment scientifique. Car il définit les règles de chaque genre, et il remonta par une logique merveilleusement déliée aux principes mêmes qui gouvernent tous les procédés de l'invention. Les yeux fixés sur les cnefs-d'œuvre incomparables
aue la patrie des Muses offrait à son observation, dégagea de ces exemplaires parfaits les lois que la raison impose à Timagination. Aussi ne faut-il pas s'étonner qu'il ait régné longtemps sur l'esprit humain dont il avait analysé tous les ressorts. Regrettons seulement que ce philosophe ait été compromis soit par la subtile barbarie du moyen âge, soit par le pédantismetyrannique des docteurs qui firent peser sur Corneille le Joug de sa poétique mal comprise.
Renaissance. xvi« siècle. — La critique n'existe pas au berceau d'un peuple ; car sa langue s'ignore, et en est encore aux bégaiements de la première enfance. Pour que le goût s'éveille, il faut attendre l'âge déraison. Aussi ne nous attarderons-nous pas à l'époque pourtant si intéressante qui précéda le XVI* siècle. Sans être de ceux qui voient des landes arides dans ce sol plantureux où plongent les racinetf de l'esprit français, nous pensons que les
{)urs lettrés y sont fort dépaysés, à moins d'avoir a curiosité du philologue ou de l'historien.
La Renaissance même compta peu de critiques. Elle adorait trop les anciens pour oser les juger, et dédaignait trop les modernes pour en faire une sérieuse étude. En dehors des Essais de Montaigne, ce fantaisiste qui touche à toutes les questions, et les résout en se jouant par un bon sens charmant comme le caprice d'une haute raison, nous ne mentionnerons que le manifeste lancé par le poète Du Bellay, sous ce titre : Défense de la langue française {\b\d).'Bien des idées Justes sont exprimées avet une YCrvo belliqueuse dans ce programme, où an disciple de Ronsard enseigne avec une sorte d'enthousiasme Tari de concilier l'imitation et l'invention, d'enrichir le vocabulaire, et d'égaler les anciens, sans renier le génie national. Il y eut là une impulsion donnée à une société littéraire qui s'assoupissait dans la routine ou l'ignorance. Ce fut le signal d'un avènement pour l'ode, l'épopée, la tragédie, en un mot pour les genres relevés qui n'avaient pas encore droit de cité parmi nous.
Quant à Malherbe, qui vint enfin, comme dit Boileau, ce « tyran des syllabes » fit aussi œuvre critique, et des meilleures, puisqu'il façonna l'instrument d'où Corneille tirera des accords sublimes, et Racine des accents mélodieux. Grammairien et pédagogue Jusqu'au dernier soupir, il institua la pureté de la langue française^ et réconcilia le vers avec l'harmonie, la rime avec la raison. Ce fut ainsi qu'il prépara le grand siècle, qui apprit de lui le choix du mot propre, la sobriété de la pensée, la convenance des images et la rigueur d une prosodie sévère.
XVII* siÈcLB. — Bienheureux sont les âges où la critique n'est point cultivée comme une spécialité
2ui finit par être envahissante 1 Car c'est un signe e puissance créatrice.
Tel fut le siècle do Louis XIV. Toutefois, avant l'apparition dos inventeurs, il y eut un travail d'épuration préliminaire qui tenait à substituer la discipline à l'anarchie. On y réussit même plus qu'il ne convenait, et le purisme faillit tout gâter; témoin l'Hôtel de Rambouillet où les « précieuses » se livrèrent à d'interminables discussions sur le vocabulaire. Si ce petit cercle d'élite donna comme un vernis d'élégance et une fleur de politesse à ce qu'on appelait le beau langage, il encouragea trop l'afl'cterie de ces ruelles et de ces alcôve»où l'on n'était admis qu'à condition de connaître le grand fin, le fin du fin. Mais le bon sens de Molière coupera court à ces ridicules.
En dehors des salons, l'Académie fut on Oibunal officiel qui contribua singulièrement à instaurer ou maintenir les principes du goût et les traditions de l'esprit français. Pourunt elle eut le tort, dans le procès du Cid, de prendre parti poar la médiocrité prudente et Jalouse contre le» fécondes hardiesses du génie.
Si nous voulons rencontrer alors des jugements définitifs, prononcés avec une autorité qui s'impose, allons droit aux grands classiques dont la parole a force de loi.
C'est ainsi que Corneille, dans VExamen de ses propres tragédies, les apprécie avec un dédntéressement et une candeur d'équité qui nous font aimer et admirer son cœur et son caractère.
C*e8t ainsi que La Bruyère, dans son discours de réception, trace le portrait de La Fontaine, de Boileau, de Racine, de Fénelon, deBossuet, et dicte àla postérité l'hommage qu'elle confirmera. Son chapitre sur les Ouvrages de l'esprit contient aussi des maximes qui ont la portée d'un axiome, des censures qui demeurent sans appel, et des éloges qui témoignent que le génie doit être Jugé par ses pairs.
Parmi les illustres, comment oublier Fénelon, qui de tous fut encore le plus délicat 7 Dans ses Dialogues sur Véloquence (1686), il réforma l'éloquence de la chaire, et la délivra des semtudes scolastiques. A la froideur, à la recherriie, au vain souci de plaire, il oppose l'idéal du vr<ii, du simple, du naturel et de l'aimable, se conciliant avec la sévérité du ministère évangélique. Dans sa Lettre à r Académie (1715), charmant opuscule qui est comme son testament littéraire, il traite sans apprêt du dictionnaire, de la grammaire, des moyens d'enrichir la langue, de la rhétorique, de la poétique^ de la tragédie, de la comédie, de l'histoire, de la querelle des anciens et des modernes, en un mot de toutes les questions qui intéressent le goût, et cela sous la forme d'une causerie libre et familière qui rappelle par l'esprit ou la grâce les Dialogues de Cicéron, ou les Épttres d'Horace. Il y aurait plaisir à le prouver par quelques détails d'analyse. Faute d'espace, bornons-nous à dire que, par son amour des nouveautés, par l'éveil d'une intelligence prompte aux pressentiments d'avenir et franche de toute entrave, Fénelon est tout voisin de nous, et le plus moderne de nos anciens.
Mais Boiieau reste encore celui qu'il faut signaler au premier rang. Car sa raison passionnée pour le vrai ne cessa pas d'exercer une sorte de police dans la république des lettres.
De 1660 à 1668, il combattit à outrance les méchants poètes, pour faire place aux bons. En proscrivant les fades imitateurs de l'Espagne ou de l'Italie, il rendit la France à elle-même, et fut comme un libérateur de son territoire littéraire. Bref, il chassa du Parnasse tous les intrus qui le déshonoraient.
De 1669 à 1677, maître du champ de bateillf^, il laissa reposer ses armes ; et, dans son Art poétique (1674), il promulgua un de ces codes dont quelques articles peuverit devenir lettre mort% périmés qu'ils sont par d'autres besoins» mais dont l'ensemble se soutient sur des assises durables. Bien que le temple soit trop étroit, il est d'une architecture toute française, et mieux vaut l'aimirer que le renverser.
Même en publiant le Lutrin, où il relevait le pins humble sujet jusqu'à la noblesse de l'épopée, Boiieau donnait encore une leçon de goût aux partisans du burlesque, à ces profanateurs qui ravalaient de grands noms Jusqu'aux misères de la parodie.
En résumé, cet honnête homme, malgré ses boutades d'intolérance, et quelques lacunes, fut aussi cordial et infaillible dans l'éloge que sincère
CRITIQUE
CRITIQUB
et ingénieux dent la satire. G^est le plus ynt des .attzée sdrienz, et ie plus agréable des censeoss :
Ccit EToir profité qiM de savoir s*j plaire.
xvm* srtcLi. — An xna^ siècle, la critique gagna tout le terrain qne perdait Tinvcntion.
A mesure ane s*épnisèrent les sources de Toriginalité, la réflexion prit de plus en plus possession de ces domaines vacants. En mime temps, le principe d'autorité 8*affaiblissant de Jour en Jour, les horisons s*élargirent, et la liberté d*examen eut ses coudées franches.
Déjà, sous la contrainte d*un règne trop despotique, le scepticisme érudit de Bayle^ le caprice épicurien de Saint-Evremond, et la fine ironie de Fontenelle avaient été comme les préludes d'une émancipation prochaine.
Elle fut victorieusement accomplie par Voltaire, qui, touchant à tout, abordant toutes les idées, s essayant à tous les genres, ne pouvait manquer d*ôtre un critique, parce ovCil était universel. Ce fut donc un des titres glorieux de ce grand homme qui domina son siècle, et remplit le monde de sa bruyante renommée. Mais ne demandons que des pages éparses à cette irritable sensibilité qui prenait feu sur toute question, à cette intelligence rapide et vive dont le bon sens effleurait les sujets les dIub divers, n serait précieux de recueillir la fleur de ces Jugements exouis, improvisés au jour le jour par une verve etincelante, surtout dans cette Cot-respondance incomparable, qu'on pourrait appeler une encyclopédie familière.
Toutefois, disons que son goût fut un peu timide, du moins lorsqu'il railla si durement les sauvageries de Shakespeare. Ajoutons que> s'il excelle quand il veut être impartial, il admin inégalement Corneille dont la simplicité sublime le oépassait.
Dans son roisinage, des disciples qui faisaient alors grande figure, et sont aujourd'hui de minces personnages, continuèrent la tradition classique, mais en renervant par la routine. Distinguons seulement Marmontel, le collaborateur de d'AlemberU Ses articles réunis sous ce titre : Eléments de iUUraiure^ devinrent un répertoire Judidouz, mais flroid et commun, où un rhéteur habile répéta, ssns originalité, les leçons des anciens.
A ses traités dogmatiques nous devons préférer les essais de Grimm et de Diderot. L'un, dans sa correspondance avec les cours d'Allemagne, inauffun le feuilleton littéraire. L'antre, peu capable ue suite et de tenue, sut tracer en eeurant de MUanies esouisses. Intelligence prodigue Jusqu'à l'eieès, il créa la critique d'art dans ses Saiom de peinture; et, dans les paoes ou'il dispersait à tous les vents, il sema bien &ê idées qui allèrent sermer aiUeurs, même au delà du Rhin, où elles furent recueillies par Goethe et Lessing.
Enfin, saluons le chef du chœur, la Harpe, qui, le premier, entreprit de dérouler l'imposant tableau delà littérature ancienne et moderne. C'était une haute ambition, mais à laquelle manquait trop le sens historique. Il s'arrêta aux surfaces, et ses commentaires académiques ne pénétrèrent Jamais jusqu'au cœur de Thomme ou de la société. Les préjugés d'école pesèrent aussi dans la balance de sa emique, du reste Judicieuse.
Toutefois il y aurait inoratltude à ne pu estimer en cet aristarque l'admirateur éclairé de notre théâtre. Corneille, Racine, Molière et Voltaûe n'avaient pas encore en d'interprète plus sur. Sans doute son érudition est légère, il ignore le moyen âge et le zn" siècle ; il eut aussi trop de morgue, il déplaît par le ton tranchant d'un docteur et les allures hautaines d'un dlcuteur; mais il apprécia sainement ses contemporains : et, quand il châtia des vanités turbulentes, on doit applaudir aux exé- .catiOAS dont il eut le courage.
2«Paktix.
Avec lui finit une école qui avait rendu bien des services, mais allait dégénérer, en attendant qu'elle s'accommodât aux besoins d'un esprit nouveau.
RivoLUTioN. — Quand des troubles profonds agitent une société, les plaisirs désintéressés de l'esprit ne sont plus de saison. Aussi la culture des élégances fut-elle brusquement interrompue par l'explosion de la crise salutaire qui ouvrit comme un abîme entre deux mondes. Parmi tant d'émeutes, de coups de force, de guerres civiles ou étrangères, quand l'avenir était aussi incertain que le présent orageux, on ne pouvait sonaer aux agréments qui sont le luxe du loisir et de la paix. La France avait alors mieux à faire qu'à disserter sur des questions de goût; et, si les voluptés littéraires furent perdues pour un jour, on retrouva ce qui était plus précieux, la virilité des caractères, les accents, d'une éloquence militante, le vrai souci des intérêts publics, le franc-parler, les émotions de la tribune et du forum. Alors on n'avait pas besoin de beaux esprits, mais de citoyens et de soldats.
Reconnaissons pourtant que le vocabulaire des clubs .fit trop oublier celui des salons et des académies. Déplorons aussi les excès qui affligèrent les amis de la liberté, et cette anarchie sanglante de la Terreur qui faillit corrompre la langue comme les notions du droit et du devoir.
Lorsou'après thermidor la France reprit conscience d'elle-même, on s'étonna de voir que l'inoffensive poétique de Tancien régime resUit seule debout, défiant le flot qui avait tout renversé. L'heure n'était pas encore venue où la Révolution devait produire sa littérature, et par suite sa critique. L'Empire et son ciel inclément allaient retarder la maturité de ces fruits.
Ehpibb. — Sous le règne de l'épée, le droit de juger les talents fut la seule liberté laissée au pays. Encore nous paratt-elle très précaire! Cependant, faute de mieux, il fallut s'en contenter. Les discussions littéraires eurent donc un attrait universel pour un public sevré brusquement des débats politiques. Dans ce vaste silence, tout faisait bruit, même les livres les plus médiocres, et qui aujourd'hui meurent tout seuls. Alors, les arlstarques taillaient leur plume pour les immoler. Il ne se produisait pas une traduction sans susciter des milliers de notices ou de comptes rendus. Toutes les cloches sonnaient même nour un almanach. Une simple préface obtenait les honneurs d'une analyse ou d^nn examen. Les lieux communs les plus rebattus avaient une saveur de nouveauté pour cette société convalescente dont la mémoire, alfaiblieparune sorte de fièvre cérébrale, semblait avoir oublié les notions élémentaires de l'enfance. De là une curiosité avide d'enseignement. Loin d'en sourire, nous serions tentés plutôt d'éprouvet une sorte de compassion sym^thi<^ue pour cer grands écoliers qui recommençaient si vaiilammens leurs études et voulaient trouver dans leur Journal même un instituteur.
La critique fat donc un asile pour les rares humanistes qui survivaient encore, et dont le ulent, en quête d'emploi, ne voulait pas se brouiller avec la censure.
Entre tous se distinguèrent quatre écrivains qui, doués d'spthudes diverses, travaillèrent à la même œuvre, à la restauration de ce qu'ils appelaient les bons principes et le goût. Nous voulons parler de Geoffroy, Hoffmann, Dussault et de Féfetx. ils firent campagne, sous un commun drapeau, contre les idées fausses et le mauvais style. A mosure que le terrain nolitique devint plus étroit, les sasettes élargirent leur cadre littéraire, et tâcheront de regagner ainsi l'attention des lecteurs. Lm Débats furent le quartier-général de ces innocentes controverses, qui se tournèrent parfois en luttes ardentes, soutenues au nom de la trcuiition ciasfi^iM.
CRITIQUE
CRITIQUE
Sans esquisser la physionomie des champions enrôlés dans cotte croisade, avouons qu'il n'était pas mauvais d'inaugurer comme un cours de rhôtorique à l'usage des générations que la tourmente avait dispersées, loin de tout centre d'études, dans Texil ou dans les camps.
De ce besoin procède cette critique toute terbaie qui épluche les phrases, pèse les mots, discute le choix des épithètes, chicane sur la propriété des termes, ergote sur des constructions grammaticales, relève des néologismes, s'appesantit sur les minuties de la diction, enfin monte en chaire pour régenter, férule en main.
Mais h&tons-nous d'ajouter que ces docteurs de collège sentent à la fois le professeur et l'élève. Ils ont de l'un la morgue, de l'autre la docilité paresseuse. Ils ne vont guère au delà des ingrates questions de forme. Ils ne se doutent pas des sources vives. Ils énervent les imaginations par leur timidité. Ils ne livrent pas de batailles qui fassent avancer les idées. Infatués d'un vain savoir et esclaves de la routine, ils vivent sur un fond de doctrines convenues, de formules stériles, de règles contestables ou mortes. Ils ont perdu le sens des grands modèles qu'ils adorent des lèvres, et non du cœur. Leur orthodoxie n*est qu'une superstition. Leur goût n*est que du dégoût. On sait d'avance leurs phrases toutes faites. On sent venir leurs tirades, s'ils aperçoivent la paille qui est dans la plume de leurs justiciables, ils ne voient
Ëas la poutre qui est dans celle dont ils se servent, lème Quand leur Jugement est sain, la médiocrité native de leur prose Tes déconsidère.
Bref, cette critique, sauf exception, a les travers de la vieillesse. Idolâtre du passé, elle est ennemie de l'avenir. Elle s'enferme dans ses dogmes comme dans une forteresse, sans vouloir faire un
Îas au dehors, sans regarder le grand jour et Tair ibre autrement que par des meurtrières. Au lieu d'encourager les indépendants, elle a horreur de roriginalité. Elle ne fut qu'un pédantisme impuissant.
Dix-NEUViiuB SIÈCLE. — Les novateurs. — C'est qu'à la France nouvelle, datant de 89, il fallait un art nouveau.
Ce bienfait, nous en sommes, en grande partie, redevables à deux nobles intelligences alors rivales, mais depuis réconciliées par leur illustration, à Chateaubriand et à M"* de Suôl, 9ui eurent la gloire de ranimer une flamme étemte, et de propager un souffle inspirateur.
Oui, tous deux, partis d'origines opposées, se rencontrèrent en une môme pensée d'affrandilseement. Tous deux, par leurs exemples comme par leurs doctrines, rendirent la vie à une littérature qui se mourait d'inanition, et dont le souvenir ne rappelle plus aujourd'hui que des procédés mécaniques, des corps sans âmes.
Avocat chevaleresque de toutes les causes généreuses, au moins par l'imagination et le cœur, toujours dévoué à la liberté parmi les vicissitudes de sa fortune politique, Chateaubriand soupçonna cette critique féconde qui ne s'enchaîne à aucun système, contemple le beau sous toutes ses formes, y cherche les variétés mômes de l'esprit humain, et vivifie l'histoire des livres par celle des mœurs et des institutions. C'est ainsi par exemple qu'il découvrit les beautés poétiques du moyen âge, et fit jaillir d'un sol desséché tant d'autres sources où le romantisme s'abreuva Jusqu'à l'ivresse.
Nous devons une égale reconnaissance à ^^^ de Staôl, dont le génie sympathique eut toutes les inquiétudes de la pensée moderne, et donna le signal d'une renaissance aux explorateurs qu'elle conviait à la découverte de l'éloquence, de la poésie, de l'histoire et de l'art. Elle fut leur interprète et leur guide par l'enthousiasme d'une
foi commun icative, et toujours passionnée pour la liberté.
Publiées en 1800, ses Considéraliont sur la littérature furent un événement, môme dans le voisinage de Marengo. Elle y trace, avec roptimisme d'un zèle patriotique, tout un programme de con-
3 notes littéraires qui allaient étendre les frontières e l'esprit français. Pour la première fois elle démontre que les œuvres de la plume sont l'expression d'un milieu social; et, tout en éclairant le passé d'une subite lumière, elle ouvre par oa instinct prophétique les perspectives du lendemain. Il jr a là des idées mères qui ont la vertu d*un principe^ et ressemblent à ces hauteurs au pied desquelles jaillissent les grands fleuves. Si elle ne résout pas toutes les questions, elle les soulève. D'autres aborderont aux rivages qu'elle entrevoit à travers la brume. Croire au progrès, c'est le préparer. En le désirant, elle le rendit possible.
Bien que l'Empire donn&t de cruels aémentis à ces espérances, elle ne les abdiqua pas en face des mécomptes publics ni de la persécution. Son salon de Coppet, où la relégua le plus injuste eiil, devint une sorte d'Académie cosmopolite, d'où rayonna son influence, en dépit de la police qui mit au pilon son livre sur VAÙemagne, Si aujourd'hui le portrait qu'elle traçait de la poésie d'outre-Rhin nous semble à bon droit trop flatteur, sachons pourtant admirer jusque dans ses illusions cette initiative uni ofi'rait à notre émulation les monuments trop ignorés de la littérature étrangère. C'était faire brèche dans cette muraille de Chine qui nous séparait de nos voisins. A lui seul, ce service recommande la mémoire de Tauteur de Corinne^ et oblige notre gratitude.
Les maîtres conteinporains, — Tant de germes semés à tous les vents ne tardèrent pas à éclore au premier rayon de soleil, sous la tutelle des institutions parlementaires qui donnaient enfin une voix à la tribune. La critique tendit de plus en plus à devenir un art et une science, qm ee r4}nrondit avec la morale, la politique, la philosophie, et surtout l'histoire.
Nous ne citerons point tous les maîtres qui s'approchèrent de cet iuéal. Rappelons seulement les noms qui sont encore populaires.
Le plus académique est celui de BI. Villemain, dont l'érudition fut aussi étendue que sa mémoire était puissante, et sa parole ingénieuse dans les petites choses, ou éloquente dans les grandes. Soit qu'il fasse revivre le moyen âge, soit qu*il compose le Tableau du dix-huitième siècle, il cueille la fleur de tout sujet. Il excelle à rendre le aavoh* séduisant, à raconter finement l'anecdote, à aiguiser en ironie la fin d'un compliment, à revôur de gr&ce un bon sens spirituel, à varier les formes de l'admiration, à faire passer dans son style le souffle de la parole et le mouvement d'un discours. En le lisant, on croit l'écouter. Le causeur môme est encore un orateur plein de ruses discrètes. S'il fut habile à insinuer le bl&me, il eut le don de tout comprendre plus que le courage de conclure. C'est à l'état d^épigrammes qu'il faut saisir ses arrôts.
Un autre académicien, M. Saint-Marc Girardin, nous charme par un esprit souriant et malicieui, par la verve d'une raison pratique et boui^geoise, que relèvent la franchise, l'aerément et le sansfaçon d'un badinage sérieux. Ileut le secret d'instruire en amusant, et de nijeunir les questions par des aperçus imprévus qui donnent à la vérité la saveur d'un paradoxe. Sa chaire fut un fauteuil, et la familiarité judicieuse de ses entretiens avait une singulière prise sur la Jeunesse dont il semblait le directeur. Il mérita cette autorité, car il était moraliste autant que lettré. Son Cours de lUtératurt dramatique est une histoire de nos travers, de no» idées, de nos mœurs ; on y retrouve ua coio de
CRITIQUE
CROISADES
U flociéié française et du cœur humain. Pour lui, lo goftt et la conscience ne font qn*nn, les caractères expliquent les talents ; et, sans dogmatiser, il convertit au bon sens, par ses sermons où Ton ne dormait pas, beaucoup d'auditeurs exposés à la contagion des idées fausses ou chimériques. Il se fit toujours applaudir sans flatter son auditoire. Sa popularité se composa de nos meilleurs sentiments.
Nous en dirons autant de M. de Sacy, dont nous regrettons si Tivement la perte récente. Sa dévotion classique fut un instinct de nature. Le dix-septième siècle était vraiment sa patrie. Il nous semble un contemporain de Fénelon dont il eut Tonction, de Nicole dont il possédait la bonhomie, la finesse et la gravité. Il y avait là sympathie secrète de croyances, de sentiments, et de talent : car, dans ses deux volumes de Variétés, il célèbre ces maîtres favoris avec leur tour d'esprit et leur langaee. Ses iugements nous font comprendre les relations nécessaires qui unissent le oien dke au bien penser. Ses prodilections trop exclusives pour les classiques de vieille roche n*ont pourtant rien d'hostile à ceux qui ne partagent pas ses convictions. Au lieu d'imposer ses préférences comme les articles d'un Credo, il les propose comme un plaisir qui tente les délicats. C'est la relip[ion tolérante d'un idéal oui ne gône pas les dissidents. Sans courir les nasards du caprice, il en a le piquant et l'imprévu ; car ses études ne sont que des confidences d'impressions personnelles, naïves et involontaires comme un
}>remier mouvement. Il n'écrivit ^ue pour se satisaire lui-même, quand le cœur lui en disait.
Puisque nous parlons de la critique conservatrice, comment ne pas rendre hommage à l'un de ses doyens, M. Cuvillier-FIeury, à sa plume de combat et à l'entrain oratoire de sa dialectique éloquente? Ne cherches pas en lui un de ces voluptueux 9ui n'ouvrent un livre que pour leur plaisir. Il lui faut une cause à défendre, une réplique à lancer, un duel logique à soutenir. Alors se déploient les ressources de son escrime.' La plupart de ces plaidoyers sont de vrais discours, parfois de tribune, où le style a de l'action ; on croit voir le geste, on croit entendre l'accent, et le mouvement de l'ensemble nous entraîne. A beaucoup de savoir faire, de mise en œuvre, de pratique et d'expérience, il unit le mordant, le trait, une franchise gauloise, un Je ne sais quoi de ferme et de résolu (surtout dans les sujets hlstorioues où il est de premier ordre), en un mot, les mentes d'un publiciste qui a vécu près de la politique militante, et en earde l'habitude.
Mais restons dans le domaine littéraire, où le maître qui a* le plus d'autorité est encore H. Désiré Nisard, le premier et le seul qui ait consacré à rhistoire de notre littérature un monument qu'on pourrait appeler national, puisque nul sujet n'intéresse plus notre gloire. CÊuvre de longue patience et de talent très- exigeant pour lui-même, ce livre, qui manquait Jusqu'alors à la France, fut vraiment un exemple <niis un temps qui répugne à la discipline comme à une servitude. Au lieu d'encourager la fantaisie et ses improvisations, M. Nisard n'a pas cessé de réagir contre ce qu'il appelait la littérature facile et inutile. Peut-être incline-t-il trop volontiers du côté de la tradition. Peut-être nVt-il pas rendu pleine Justice soit aux premiers représentants de l'esprit gaulois, soit aux écrivains du xviu* siècle dont quelques-uns l'inquiètent par la turbulence de leur g^nio réformateur. Il se défie de ceux qui sont ennemis des abus plus que des vices, et ne croit pas qu'on paisse affranchir les esprits par la licence oui les corrompt.Mais, s'il est sévère pour des imprudences on des paradoxes qui n'empêchèrent pas les vérités utiles cfe remédier aux maux d*une société malade,
nul n'a mieux Jugé Descartes, Pascal, Corneille, Racine, la Fontaine, Molière, Bossuet, Boileau, la Bruyère, en un mot, tous les immortels qu'il nous propose comme l'exemplaire des qualités maltresses qui doivent caractériser notre littérature, à savoir la raison, la mesure et la règle. Plus d'un chapitre participe à la perfection des œuvres qu'il comprend si intimement, et ajoute de nouveaux modèles à ceux qui sont adoptés par la postérité, r- F F
Toutefois, il est un esprit plus hospitalier, plus prompt à tous les éveils, et qui par conséquent répond mieux aux instincts de notre Age. Chacun le nomme d'avance : c'est M. Sainte-Beuve. Peintre de Portraits, il a cette intuition qui pénètre au fond des Ames, et en révèle tous les secrets. On dirait qu'il a été le familier, le confident, le confesseur de tous les morts, grands ou petits, qu'il ressuscite par la vertu de son pinceau. Chaaue original de son immense galerie se trahit par des aveux involontaires dont l'analyse découvre les traits décisifs d'un talent ou d'un caractère. H puise, comme il le dit, dans l'écritoire de chacun 1 encre dont il se sert pour parler de lui. Nous entendons par là qu'il se prête à tous les tons, et qu'il est vrai comme un miroir où se reflètent les physionomies les plus diverses. Ses Causeries sont un répertoire oui embrasse tous les types moraux ou littéraires, depuis le cèdre Jusqu a l'hysope. Il voulut tout connaître, et traverser toutes les doctrines, sans
E rendre pied nulle part, avec l'indépendance omrageuse d'une curiosité infatigable qui eut toujours peur d'être dupe. Si le scepticisme fut son dernier asile, il faut honorer la bonne foi d'une intelligence qui contribua plus que toute autre à élargir nos horizons, à former le vrai connaisseur, à renverser les barrières du préjugé, de la routine, de la convention, et à conclure la trêve de la tolérance entre toutes les écoles. Grâce à lui, le Temple du goût est devenu comme une église universelle où se rencontrent tous les croyants de cœur sincère, qui ont adoré le beau dans tous les temps.
Terminons cependant par quelques réserves* Craignons qu'à force de voyager en tous pays, la critique ne devienne indifférente aux principes. Ce péril est le nôtre. On a vu, de nos Jours, plus d'un Juge s'assoupir sur son fauteuil, ou paraître même complice des méfaits littéraires, au lieu de les châtier courageusement. Quelques-uns ont pu rappeler ce personnage de Rabelais qui « sentenciait les procès au sort des dés. »
Nous conclurons en disant que la raison et la vérité ne doivent Jamais abdiquer leurs droits. C'est une question de patriotisme, car les destinées de notre littérature y sont engagées. Concilier la discipline et la liberté, dans l'intérêt du progrès, voilà donc le devoir de la critioue.
[Gustave Merlet.1
CaOISADES. * Histoire eénérale, XVIU. — On a donné ce nom à des expéditions guerrières, entreprises par les nations chrétiennes de l'Occident pour délivrer la Terre-Sainte du Joug des musulmans ; on Ta appliqué aussi à des guerres ins pirées par le fanatisme et l'intolérance religieuse, et qui, comme celle des Albigeois, avaient pour but l'externolnation des hérétiques. Nous ne nous occuperons, Ici, que des croisades d'Orient.
Les causes de ce grand mouvement qui, pendant deux siècles ( de 109& à 1291), a précipité l'Europe sur l'Asie, sont multiples et complexes. Au sortir des terreurs de Tan mil, où le monde avait cru sombrer, un Immense besoin d'activité, un réveil universel s'étaient emparés de toutes les âmes. La papauté rêvait de faire de la chrétienté une grande république théocratique, unie dans on même sentiment religieux; elle engageait en Occident une lutte gigantesque contre les louve-
CROISADES
CROISADES
rainetés temporelles, et songeait à rattacher TÉglise grecque à FÉglise romaine : tout au moins réttssu-elle à réunir sous sa bannière TEurope entière contre les infidèles. Ceux-ci, en effet, avaient repris leur marche en avant ; les Turcs, maîtres de TAsie Mineure, menaçaient le Bosphore, et l'empereur de Gonslantinople, Alexis Gomnène, envoyait à ses coreligionnaires dXurope des appels désespérés. Les croisades n*ont point été seulement des guerres d'agression et de représailles, elles ont été des guerres défensives. D*autre part les républiques maritimes et marchandes de Pise, de Gènes, de Venise y voyaient l'occasion de fonder en Orient de nouveaux comptoirs, d'utiliser leurs armements, de multiplier les pèlerinages lucratifs. La France, principal théâtre de la renaissance intellectuelle et guerrière du xi* siècle, obéissait à des motifs plus désintéressés. La chevalerie française, emportée alors par l'amour des aventures et des exploits héroïques, quittait ses manoirs, ses donjons, pour s'élancer à la conquête de TAngleierre sur les Saxons, de l'Italie méridionale sur les Grecs, de la Sicile sur les Arabes, pour guerroyer en Espagne contre les Maures,
f>réludant ainsi à la croisade de Jérusalem. Mais e sentiment qui dominait ches tous les hommes de ce temps, chevaliers et vilains, en France et jusqu'aux extrémités les plus reculées de l'Occident, c'éuit l'enthousiasme religieux, i'irrésisUble désir de venger le Christ et de délivrer son tombeau de la souillure des infidèles; Tespoir certain de gagner le ciel en livrant leur fortune et leur vie aux périls, aux fatigues, aux combats.
Depuis longtemps l'Europe chrétienne avait préludé à la guerre sainte par des pèlerinages. Des {^rinces puissants, un duc de Normandie, Robert e Magnifique, un comte d'Anjou, Fouloues Nerra, s*étaient, pour l'expiation de leurs pécoés, acheminés vers Jérusalem, le bourdon à la main. En 1054, trois mille pèlerins picards et flamands étaient partis pour la Terre-Sainte sous la conduite de l'évèque de Cambrai. Dix ans plus tard, des évèques des bords du Rhin y conduisaient sept mille Allemands : le pèlerinage se faisait armée.
Tant que les Arabes et les Syriens avaient été les maîtres de Jérusalem, ils avaient accordé aux chrétiens une tolérance relative, qu'ils se faisaient payer. Mais lorsque cette ville Ait passée au pouvoir des Turcs, le sort des chrétiens y devint Intolérable. Dans les dernières années du xi* siècle, an pèlerin français. Pierre l'Ermite, le cœur tout saignant des souffrances dont 11 avait été témoin, apporta en Europe l'écho des cris de détresse de la Terre-Sainte. Déjà plusieurs pontifes. Sylvestre II et Sergius IV, deux Français, et plus tard Grégoire VII, avalent, dans des lettres éloquentes, invité les princes et les peuples de l'Occident à faire trêve à leurs querelles, pour délivrer le Saint-Sépulcre. Ce fut un autre pape français, Urbain II, qui eut l'honneur de déterminer le grand mouvement des croisades. A Plaisance d'abord, puis au concile de Clermont (1096), devant une foule immonse, il prêcha la guerre sainte contre les infidèles. Le peuple répondit à son appel par le cri de Dieu le veut! Tous se précipitèrent pour recevoir les croix que leur distribuaient le pape et les cardinaux, signe de ralliement de cette guerre ; de là les noms de croisés et de croisades.
Première Croisade (1095-1099.) — De Clermont le mouvement se projpagea dans toute U France, dans toute l'Europe, ues hommes de toutes races, de toutes conditions se rassemblèrent. Ils parlaient des langues différentes ; mais ils avaient un signe commun, la croix, et ils se comprenaient. Français et Flamands, Normands et Saxons, Allemands et Italiens, partisans du pape et soldats de l'empereur, suzerains rivaux, vassaux réfoltés»
2ui naguères se combattaient et s'entro-déchiraient, talent maintenant unis dans une pensée com* mune. C'est là certainement un des plus beaux moments de l'humanité.
Des pauvres, des serfs, hommes, femmes, enfants, vieillards, partirent les premiers sans rien attendre, sous la conduite de Pierre TErmite, d'un
f»rètre allemand, Gotteschalk, d'un pauvre chevaier, Gautier-sans-Avoir (1095). Ces multitudes mdisciplinées, sans provisions, presque sans armes, s'achemhièrent par l'Allemagne et la railée du Danube, ravageant tout sur leur passage. Les Hongrois, les Bulgares et les Grecs en firent d'effroyables boucheries. A leur arrivée à Constantinople, l'empereur Alexis les transporta en A^ie, où leurs débris tombèrent sous le fer des Turcs.
Cependant l'armée des princes et des chevaliers se mit en mouvement l'année suivante (1096L Ob n'y comptait point de rois, mais les seigneurs les plus iliustrea de la chrétienté. C'étaient le tAn du roi de France, Hugues de Vermandois, le comte de Toulouse, Raymond, le comte de Flandre, Robert, à la tète des Français ; Robert II, duc de Normandie, à la tète des Normands de France et des Anglais ; le Normand Bohémond et le Normand Tancrède, avec les Italiens et les Siciliens, etc. Le plus célèbre, le plus respecté de tous, le futur chef de l'expédition, Godefroy de Bouillon, duc de Basse-Lorraine, conduisait les Brabançons et les Allemands.
Le rendez-vous était à Constantinople . Les divers corps s'v rendirent par trois routes différentes : par TAlIemagne et la Hongrie ; par l'Illyrie et TEsclavonie ; par le détroit de Brindes, TEpire et la Macédoine. L'empereur grec, eflk^yé de leur nombre et de leur humeur conquérante, exigea des chefs l'hommage féodal, et se hâta de leur faire passer le Bosphore. Arrivés en Asie, ils se comptèrent; ils étalent 600000 (1097).
Le premier exploit des croisés taX la prise de Nicée. Ils s'enfoncèrent ensuite dans TAsie Mineure, où ils eurent cruellement à souffrir de la chaleur, de la faim et des attaques incessantes des Turcs. Us lurent obligés, pour vivre, de se diviser en deux corps. MaisTun d'eux, enveloppé par l'ennemi, allait être écrasé à Dorylée, lorsqu'il fut dégagé par Godefroy de Bouillon, et la tournée se termina par une grande vietoire sur les Turcs. Les croisés reprirent leur marche, s'emparèrent de Tarse en Cilicie, et pendant que lun d'eux, Baudouin, frère de Godefroy, allait conquérir Edesse sur l'Euphrate, pour y opposer une barrière aux armées de l'Orient, le gros de l'expédlUon venait mettre le siège devant Antioche (1098). Les croisés étaient déjà réduits à cent mille hommes. Le siège de cette grande cité, défendue par 450 tours, les arrêta huit mois. Déià le découragement, les discordes intestines et 1 esprit de désertion les gagnaient, lorsqu'un renégat arménien, acheté par Bohémond, livra une des tours de la ville. Mais, à
{>eine maîtres d'Antioche, les croisés s*y rirect à eur tour assiégés par l'armée du Persan Kerboga et réduits à la plus alRreuse famine. Une vigourouse sortie leur ouvrit le chemin de Jérusalem. Enfin, au printemps de Tannée 1099, ils arrivèrent en vue de la ville sainte : celle-ci, dans ^hlte^ valle, était passée de la domination des Turcs aux mains du kalife d'Egypte, qui y avait Jeté une ga^ nlson de 400uO hommes. L'armée cnrétienne ne compuit plus que 50000 combattants, dont 30 000 chevaliers. Baudouin et Bohémond étaient restés l'un à Edesse, l'autro à Antioche, où ils s'éuient taillé des principautés en pays musulman. Mais les autres, chez qui le zèle de la croix faisait taire toute ambition mondaine, sentiront décupler leurs foroes, à la vue de ces lieux qui leur rappelaient la vie et la passion du Christ. Là les attendaient de nouveaux combats, de nonveUes souffrances.
CROISADES
CROISADES
Enfln, le vendredi 15 Juillet 1099, à Theare même où le Christ ayait expiré but la croii, Jémsalem fot emportée d'assant.
Le Saint-Sépulcre était délivré et rœaTre de la croisade semblait accomplie. La plupart des sur- Tivanu de Texpédition retournèrent en Occident. Lee autres restèrent à la garde des lieux saints ; ils formèrent une colonie européenne et surtout
française, qui, sans avoir pu Jamais occuper le pays tout entier, établit un long cordon de postes fortifiés qui s'étendit le long de la mer et sur les
crêtes du Liban, puis de TÉgjrpte Jusqu'aux mon urnes de l'Arménie et Jusqu'aux rires de l'Eupbrate.
Avant de se séparer, les croisés instituèrent un royaume sur le modèle des monardiies d'Occident. Godefroy de Bouillon fht élu roi de Jérusalem, et eut pour feudataires Bohémond, prince d'Antiocbe; Tancrède, prince de Galilée; Baudouin, prince d'Edesse ; il y eut un comté de Tripoli, un marquisat de Tyr, etc. Les institutions du nouveau royaume furent formulées dans un code appelé les Aniseê de JértucUem, La féodalité européenne était transportée tout d'une pièce sur le sol de rOrient. Pour défendre le nouvel Etat, pour aider et protéger les pèlerins accourus maintenant en foule, se fondèrent des associations à la fois charitables et militaires, mais eu ce dernier caractère ne tarda point à prévaloir. Tels ftirent l'ordre des Hospituliers ou chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem, fondé en 1100; celui des Templierg, en 1118; celui des chevaliers TeutoniqueSt en 1180. Ce dernier se recrutait exclusivement chez les Allemands; les deux autres chex les Italiens, les Anglais, mais surtout ches les Français : car la première croisade fut surtout française ; ce fut la France qui porta sur cette terre lointaine ses institutions, ses usages, sa langue et Jusqu'à son nom. Pour les Orientaux, tous les Européens furent et sont encore des Francs,
Jérusalem était une conquête difficile à garder. On peut dire que pendant plus d'un siècle et demi un flot continu d'émigration guerrière s'écoula de TEurope vers la ville sainte pour la défendre ou
Sour la ressaisir. De ces nombreuses expéditions, ait, y compris celle que nous venons de raconter, ont mérité plus particulièrement le nom de croisades.
A la nouvelle de la prise de Jérusalem, 300,000 Français, Allemands, Italiens s'étalent mis en marche par la route qu'avaient suirie les premiers croisés : ils furent détruita par les Turcs dans l'Asie Mineure. Pendant ce temps, Godefrov de Bouillon, qui se contentait par humilité du titre de baron du Saint-Sépulcre, luttait péniblement avec quelques centaines de chevaliers pour afiTermir son royaume naissant. Il remporta sur le kalifed*Egypte une grande victoire à Ascalon (1099). Ses premiers successeurs ajoutèrent à la colonie chrétienne Sidon, Tyr, Ptolémals ou SaintJean d'Acre. Hais les rivalités des princes chrétiens et des ordres militaires, l'indiscipline, l'absence de tactique vinrent bientôt compromettre le nouvel Etat. Les émirs Atabeks de Syrie reprirent rictorieusement l'offensive. L'un d'eux, Noureddbi, s'empara d'Edesse et y fit un effh>yable massacre des chrétiens (il4f )• L^urope frémit de douleur et de vengeance ; un nouvel appel fut fait aax guerriers d'Occident.
Seconde croisade (i 147-1149).— Ce fût saint Bernard, le célèbre abbé de C.lairvaux, Tarbltre de r Église, qui se fit l'apôtre de la nouvelle croisade. Il prêcha les Français à Vézelay^ les Allemands à Spire. Comme la première fois, d'immenses multitudes répondirent à cet appel ; les châteaux et les chaumières se dépeuplèrent. Deux monarques, cette fois, prirent la croix, le roi de France, Louis VII, et l'empereur d'Allemagne, Conrad III. On suivit encore la route de terre, par Constan-
tinople. Les Allemands, transportés les premiers en Asie Mineure, y furent très maltraités par les Turcs ; les Français n'arrivèrent que pour recueillir les débris de leur armée. L'indiscu>line, le désordre des moQurSy les trahisons des Grecs amenèrent désastres sur désastres. Cette seconde croisade . n'offre ni les grands caractères, ni les grandes passions de. la première : elle n'a rien d'héroïque ni de chevaleresque. Les deux rois, abandonnant au fér des barbares la foule des soldats et des pèlerins, s'embarquèrent avec Télite de leurs chevaliers à Satalieh et gagnèrent Jérusalem. De là ils allèrent assiéger Damas, où, le défaut de concert fit échouer l'entreprise : ils revinrent en Europe sans armées et sans honneur. Louis VU fut même arrêté au retour par une eseadre musubnane» et ne toi sauvé que par des pirates grecs.
Cependant les chrétiens de Palestine continuaient à lutter avec des fortunes diverses. Ils s'emparèrent de la forte place d'Ascalon, qui, en 1178, donna son nom à une seconde victoire gagnée presque miraculeusement par le roi de Jérusalem, Baudoin IV. Mais les Francs dissipèrent leurs forces dans de folles et désastreuses expéditions en Egypte et contre les villes saintes d'Arabie. Toutes les forces musulmanes se réunissaient au contraire sous la main du héros de l'Orient, SalahEddin, dont chrétiens et infidèles se sont accordés à vanter la vaillance, la sagesse et la
générosité. Chef de la dynastie des sultans Ayouites, maître de TEorpte, de la Svrie. de l'Arabie» de la Mésopotamie, Salah-Eddin fondit avec toutes ses forces sur le petit royaume de Jérusalem. Les chrétiens furent écrasés dans une grande bataille, à Tibériade, le roi Guy de Lusignan fut fait prisonnier, et, moins d'un siècle après sa délivrance, la ville sainte était perdue pour la chrétienté (1187).
Troisième eroisaffe [1 ! 89-1 1 92). — A c^te nouvelle la consternation fut extrême en Occident. Guillaume, archevêque do Tyr, vint y faire un nouvel appel aux armes chrétiennes. Les trois souverains les plus illustres de ce temps prirent la croix : Frédéric Barberousse, empereur d'Allemagne, Philippe-Auguste, roi de France, Richard Uœur-de- Lion, roi d'Angleterre. Une contribution appelée dime safadine fut levée dans toute la chrétienté
Four subvenir aux frais de l'expédition. Cependant enthousiasme religieux allait déjà s'affaiblissant. Cette croisade ne fut pas tumultueuse comme les premières : elle Ait faite, non plus par des foules de pèlerins, mais par des chevaliers et des soldata marchant sous la bannière de leurs suzerains, par des armées à peu près régulières pour lesquelles des règlements et une discipline sévère avaient été édictés.
Frédéric partit le premier par la route de terre; mais après avoir traversé victorieusement l'Asie Mineure, il trouva une mort restée mystérieuse dans les eaux du Selef, en Cilicie. Philippe de Sonabe, son fils, et Léopold, duc d'Autriche, parvinrent avec les restes de son armée sous les murs de SaintJean-d'Acre. Le siège de cette ville devint le rendes* vous où pendant près de trois ans affluèrent les vaisseaux et les soldats de l'Occident. Cependant les rois de France et d Angleterre avaient pris la voie de mer, plus rapide et plus sûre. Ils s'embarouèrent, le premier i Gènes, le second à Marseille. A peine arrivés en Sicile, ils se brouillèrent et se séparèrent. Philippe gagna directement Saint-Jean-d Acre, attendani Ricliard, qui s'attardait à la conquête de Chypre sur un pent prince srec. Cette lie devint un petit royaume latin rattache aux destinées de celui de Jérusalem. Enfin le roi d'Angleterre, après Ime victoire navale remportée sur les Turcs, aviva et le siège (Vit vigoureusement poussé. Vainement Salah-Eddint
CROISADES
CROISADES
3xAf lui tus8Î, avait fait prêcher la gaerre sainte ans tout rOrient musulman, harcelait avec une armée de secours le camp des chrétiens ; en vain ceux-ci laissèrent-ils plus d'une fois échapper la Tictoire par l'amour du pillage et par leurs discor^ des, — Philippe soutenant les prétentions du marpuis de Tyr, Richard, celles de Guy de Lusignan à la royauté nominale de Jérusalem, — la cause de la croix l'emporta ; Saint-Jean d'Acre se rendit (1191). Ce fut là le seul fruit d'une expédition qui avait dévoré plus de 200000 soldats. Richard, loin de suivre les exemples de générosité donnés par Salah-Eddin, déshonora les armes chrétiennes en massacrant de sang-froid tous les prisonniers.
Philippe se hâta de revenir en France pour mettre à profit l'absence du roi d'Angleterre. Le Cœur-de-Lion continua à guerroyer en Palestine et à mériter son surnom par de merveilleux mais stériles exploits. Il remporta bien sur Salah-Eddin une grande victoire à Arsur. Mais sans plan, sans génie, ce géant batailleur ne sut que pleurer à la vue de Jérusalem, qu'il entrevit de loin sans pouvoir la prendre, et quitta la Palestine, laissant ches les Orientaux un long souvenir d'admiration et d'épouvante (1192). Au retour, Jeté par la tempôte sur les cétes de Dalmatie, il fut fait prisonnier par le duc Léopold d'Autriche, dont il avait insulté la bannière à SaintJean d'Acre. Le duc le livra à l'empereur Henri VI, qui lui fit acheter sa liberté au prix énorme de 160 000 marcs d'argent (plus do soixante millions d'aujourd'hui).
Quatrième croisade (120Î-I204). — Jérusalem était toujours captive. Mais Salah-Eddin était mort, et son empire, divisé entre ses fils, était déchiré par les guerres civiles; une armée de pèlerins allemands avait repris Sidon ; l'occasion semblait favorable. Le pape Innocent III fit prêcher une quatrième croisade par Foulques, curé de Neuilly. Aucun roi, cette fois, ne s'arma : mais un grand nombre de seigneurs français, flamands et italiens prirent la croix : Baudouin IX, comte de Flandre ; Boniface IL marquis de Montferrat; Simon de Montfort; Geoffroy de Vlllehardouin, maréchal de Champagne, l'historien de cotte croisade. Le rendez-vous était à Venise. On emprunta des vaisseaux aux Vénitiens moyennant 80000 marcs, dont 30000 seulement purent être payés. Afin de s'ac^
Quitter du reste, les chevaliers, ajournant le voyage e Terre-Sainte, allèrent faire pour la république la conquête de Zara sur le roi de Hongrie. Pendant le siège, un prince grec, Alexis, vint implorer leur secours en faveur de son père, l'empereur Isaac l'Ange, détrôné par un usurpateur : il promettait de riches récompenses et la réunion de l'Eglise grecque. Malgré les instances et les menaces du pape, la croisade fut encore une fois détournée de son but. Conduits car le vieux doge de Venise, Dandolo, les croisés cinglèrent vers Gonstantinople. A la vue de la magnifique et imposante cité, t il n'y eut si hardi à qui le coeur ne frémit », dit Vlllehardouin. Toutefois les Grecs n'opposèrent qu'une faible résistance ; la ville fut prise d'assaut à la fois par terre et par mer, et Isaac réubli sur le trône. Mais, pour payer ce service, il fallut lever d'énormes impôts, et provoquer ainsi des révoltes. Un second usurpateur, Ducas Murzuphle, renversa Isaac et ne put davantage satisfaire les Latins. Ceux-ci donnèrent un nouvel assaut à Constantinople, la pillèrent et la gardèrent. Ils partagèrent ensuite entre eux et avec les Vénitiens les provinces de lempire. Un empereur français, Baudouin de Flandre, fut établi à Constantinople avec un étroit territoire : le marquis de Montferrat fut fait roi de Thessalonique ; Othon de la Roche duc d'Athènes ; Guillaume de Champlitte duc d'Achale, etc. La féodalité française fut transplantée dans la patrie des Hellènes comme elle <
l'avait été sur les bords du Jourdain. Quant aux Vénitiens, ils ne s'oublièrent pas; ils se firent donner, outre le faubours de Péra, les lies Ioniennes, Candie, l'Eubée et la plupart des lies de l'Archipel, les vi!le8 de Modon et de Coron en Morée, etc. ; et s'intitulèrent bizarrement « seigneurs d'un quart et demi de l'empire d'Orient. »
Annoncée et entreprise au nom de la croix, cette expédition ne fut point une vraie croisade, mais une conquête politique. Elle eût pu cependant avoir au point aie vue chrétien deux grands résultau : faire des Églises Utine et grecque une seule Église; constituer un poste avancé d'où l'Europe eût donné la main à ses colonies d'Orient. La conduite arrogante et brutale des Latins à l'égard des Grecs, l'émiettement de l'empire conquis entre les conquérants, l'incapacité et l'indigence des empereurs français, firent échouer la question religieuse et empêchèrent qu*aueune aide pût être apportée de ce côté aux chrétiens d'Asie. L'empire latin ne devait durer que cinquante-sept ans (1204-1261).
Cinquième croisade (1217-1221). — Les chrétiens d'Orient, réduits à quelques places fortes, étaient divisés les uns contre les autres ; les chevaliers de Saintniean et ceux du Temple se faisaient U guerre. Les sultans d'Egypte les resserraient de plus en plus. Une croisade fut prêchée par Innocent III, puis par Honorius m. Au défaut de l'empereur Frédéric II, qui devait la commander, mais qui s'était soustrait à cet honneur, le pape désigna André II, roi de Hongrie. Le rendez-vous fut a Saint- Jean d'Acre ; trois rois s'y rencontrèrent : celui de Hongrie, qui mourut bientôt; le roi nominal de Jérusalem, Jean de Brienne ; le roi de Chypre, Hugues de Lusignan. Jean seul persista, et, de concert avec le légat Pelage, porta la guerre en E^pte. Par une diversion qui ne manquait pas d'habileté, c'était au Caire qu on allait chercher les clef8 de Jérusalem. Les croisés s'emparèrent do Damiette, et ils auraient pu, en échange de cette ville, obtenir Jérusalem, si le légat ne se fût obstinément opposé à toute transaction avec les infidèles. Les croisés éprouvèrent à leur tour des revers, et se trouvèrent heureux d'acheter an prix de Damiette la liberté du retour. Cette cinquième croisade fut complètement stérile.
Sixième croisade (1 228-1229). — L*empereur Frédéric II avait pris la croix depuis quinie ans^ mais ne se hâtait pas d'acquitter son vœu. Le pape Gré-
foire IX, poussé à bout, l'excommunia. Frédéric, ravant l'anathème, partit alors pour la Palestine. Au lieu de combattre, il négocia, et se fit céder la ville sainte par le sultan Méledin (Malek-al-Kamel;. Comme gendre de Jean de Brienne, il prit le titre de roi de Jérusalem, et aucun évêque ne voulant donner l'onction royale à un prince excommunié, il se couronna de sa propre main. Puis il se hâta de revenir en Europe.
On vit alors TOrient chrétien et musulman tomber en proie à une anarchie universelle. Les chevaliers de Saint-Jean et ceux du Temple, les sultans d'Êgypto et les Turcs se livraient entre eux des combats furieux. La secte fameuse des Assassitu avait couvert de ses châteaux foru, véritables nids do vautours, la crête des montagnes depuis la Syrie Jusqu'en Perse ; son chef, le cheik ou Vieux de la Montagne^ exerçait autour de lui une terreur mystérieuse qui avait gagné Jusqu'à l'Europe ellemême. Quant à Jérusalem, bientôt reperdue pour les chrétiens, disputée par les princes musulmans, elle fut envahie, en 1244, par les Tartares Khansmiens qui y firent un'efiroyable massacre deshibitanu.
Septième croisadn (1248-1254). — Les nouveaux malheurs de la ville sainte déchirèrent cruellement le cœur du pieux roi qui régnait alors sur la France. Le vœu que Louis IX avait fait de prendre la croix,
CROISADES
CROISADES
pendant nne grave maladie, il le renonycla après sa g^érison, et il le youlat tenir, malgré sa mère, Blanche de Gastille, malgré ses plus sages conseillers. Le doute à Tendroit de ces expéditions gagnait les âmes les plus ferventes. Saint Louis s*embarqaa, avec une partie de son armée, à Aigues- Mortes ; le reste à Marseille. Après une trop longue relâche en Chypre, où 8*altéra le moral de Tarmée, le roi de France, reprenant le plan de la cinquième croisade, alla débarquer en É^pte où il s*empara de Damiette. De là, après avoir encore pcrdn un temps précieux au milieu des canaux <hi Nil, on se mit en marche sur le Caire. Hais l'avant-garde chrétienne fut détruite à Mansourab < 1^50). Enveloppés bientôt par des nuées d'ennemis, décimés par la famine et par la peste, les croisés, maigre la bravoure personnelle déployée par saint Louis, durent opérer une retraite désascrcnse à travers les inondations du fleuve. Malade iai-mème, il resta prisonnier avec ses frères et :20000 des siens. Pendant sa captivité où, par sa verm et sa grandeur d'âme, il étonna les musulmans eux-mêmes, une insurrection éclata parmi ceux-ci. Les Mamelouks vainqueurs traitèrent avec le saint roi, oui racheta sa liberté en rendant Damiette^ et celle de ses compagnons au prix de 400000 besans d*or.
A peine libre, Louis IX passa en Palestine où il resta quatre ans (1250-1254), prodiguant aux chrétiens les secours, Ips consolations et les appels à la concorde, fortifiant les places ç^ui leur restaient encore, négociant avec les princes musulmans , recevant des présents du ^cheik de la Montaigne, envoyant des ambassadeurs et des mis^ «onnures au khan des Mongols et Jusque dans les profondeurs de TAsie orientale. 'La mort de sa mère (1254) le rappela en France; mais il n'avait pas renoncé à délivrer Jérusalem.
Huitième et dernière croisade (1270). — Un ancien esclave, Bibars, qu'une nouvelle révolution avait fait sultan d'Egypte, après avoir chassé les Mongols de la Syrie, se Jeta sur les chrétiens et leur enleva Tyr, Césarée, Jaffa et la grande cité d'Antioche. Ces nouvelles réveillèrent les douleurs de Louis IX ; une seconde fois il prit la croix. Cette expédition, plus encore que la première, fut son œuvre personnelle : plus d'enthousiasme, plus de foi; l'obéissance féodale lui donna seule des soldats. Son frère, Charles d'Anjou, roi de Naples et de Sicile, qui avait des vues de commerce et de conquête sur la cdte d'Afrique, lui persuada de commencer la croisade par Tunis : le roi de cette ville, disait-on, était prêt à recevoir le baptême. Débarqués à Tunis, les chrétiens en trouvèrent les portes fermées, et la peste so mit dans leur camp. Le roi lui-même, atteint du fléau, mourut étendu sur la cendre, en prononçant le nom de Jérusalem, la grande préoccupation de sa vie. Au lieu même où il expira, sur les ruines de l'antique (^thage, la France du xix^ siècle a élevé un monument à la mémoire do saint roi, en qui se sont résumées les aspirations du moyen âge chrétien vers l'Orient. Le nouveau roi de France, Philippe III, et celui de Naples, ramenèrent en Europe les débris de la dernière armée levée sous la bannière de la croix.
Cen éuit fait de la Terre-Sainte. Les ordres militaires et religieux, héroïque arrière-garde de la croisade, refoulés de plus en plus au rivage, disputèrent pierre par pierre les murs de Saint-Jean •d'Acre, et furent chassés de ce dernier asile en 1291. De Chypre, où ils s'étaient retirés, les Templiers firent en ISOOun retour offensif sur Tortose qu'il leur fallut quitter en 1302 ; puis tout fut fini; l'ère des croisades d'Orient était close. Les Hospitaliers s'établirent (1810) à Rhodes, qui leur donna son nom; les Templiers ne revinrent en Europe que pour voir leur ordre aboli (1312) ; les chevaliers Teutoniques allèrent engager une nouvelle
croisade contre les infidèles du nord de TEurope, et fonder sur les rivages de la Baltique une domination d'où devait sortir la Prusse moderne.
On parla de croisades longtemps encore après saint Louis. Mais l'esprit des croisades était mort, et tout se passa en vaines parades oik en folles expéditions. C*est ainsi que Philippe VI prit la croix en 1334; oue, sous son petit-fils Charles VI, en 1396, la brillante chevalerie française alla se faire exterminer sur le Danube, à Nicopolis, par les Turcs Ottomans ; que les chevaliers do France, de Bourgogne et de Flandre s'engagèrent par le vœu du faisan h délivrer Jérusalem dans cette fête de Lille qui ne fut qu'une pompeuse mascarade (1453). Quelques années après, le pape Pie II mourait en vue de la flotte qui devait l'emporter en Orient et qui ne partit point. La victoire navale de Lépante, gagnée en 1572 sous la bannière pontificale, n'arrêta point les progrès des Ottomans. Enfin, au xvii* siècle, la voix du grand Leibnitz, invitant Louis XIV à recommencer contre l'Egypte la croisade de son pieux ancêtre, se perdit dans l'indifférence universelle.
Résultats des croisades, — Les croisades ont manqué leur but. Malgré une dépense énorme d'hommes, de forces et d'argent, elles n'ont point rendu la Terre -Sainte au monde chrétien ; elles ont retardé tout au plus, elles n'ont point arrêté l'invasion musulmane qui devait au xv« siècle, avec les Turcs, engloutir toute la péninsule hellénique. Mais, sorties d'une idée noble et désintéressée, elles ont suscité les grands courages, développé les instincts héroïques, et noué entre les peuples de l'Europe des liens de confraternité que la politique malheureusement devait briser. Elles ont eu aussi des conséquences plus positives, politiques, économiques, scientifiques même ; les unes immédiates, les autres qui ne devaient porter leurs fruits oue plus tard, et qu'à coup sur n*avaient pas prévues ceux qui ont provoqué ces grands mouvements, ou s'y sont engagés :
V Dans l'ordre religieux, en réunissant tentes les nationalités sous la bannière de l'Eglise, les croisades fortifièrent la papauté et en firent pendant plus de deux siècles l'arbitre de l'Europe. Dans l'ordre temporel, en arrachant la noblesse féodale au sol qui faisait sa force, en dissipant ses richesses et son sang dans des combats lointains, elles fortifièrent la royauté en France, et v favorisèrent la formation de l'unité nationale. Elles provoquèrent l'affranchissement des classes inférieures, en les associant à la sainte et glorieuse entreprise, en les relevant à leurs propres yeux, en leur fournissant l'occasion d'acheter leur liberté des seigneurs : l'éublissement des communes, la mobilisation de la propriété, la formation du tiers eut datent des croisades.
2*' Ces expéditions développèrent, surtout chei les populations maritimes, l'activité commerciale et industrielle ; les grandes flottes armées pour le transport des pèlerins prenaient en retour les riches productions de l'Asie et de l'Afrique. Les colonies chrétiennes et surtout françaises de la Palestine et de la Syrie n'offraient pas seulement ces modèles de forteresses féodales (Margat, le Château des Chevaliers, le Château- Pèlerin) dont on admire encore aujourd'hui les ruines gigantesques, mais aussi de grandef places de commerce, des ports fréquentés. Chypre, cette terre dénudée par la barbarie musulmane et dont l'Angleterre rêve la résurrection, éuit devenue entre les mains des Lusignan de Franco un des plus riches pays du monde. C'était une sorte de Jardin d'acclimaUtion où les France avaient naturalisé et d'où l'Europe devait transporter ailleurs les mûriers et le ver à soie, la canne à sucre, le coton, la garance et les ceps de vigne qui ont fait la fortune de Madère. Cest de VOrienl