‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaireChapitre 428 sur 562 · Luther brûle la bulle du pape · texte numérisé non relu

Luther brûle la bulle du pape

11. — 1718. Charles XII de Suède est tué au siège de Frederickshall.

13. — 1545. Ouverture du concile de Trente. 17. — 1789. La Constituante décrète la création des assignau.

25. — 800. Charlemagne est couronné à Rome empereur d'Occident.

EriuÉMlES. — Hygiène, m et XVU . — On appelle épidémie une maladie qui atUQue en môme temps, dans le même lieu, un grand nombre de personnes à la fois, et qui dépend d'une cause commune survenue accident*' Uement^ comme l'altération de l'air, des eaux, des alimenu, etc. Le caractère accidentel distingue l'épidémie de Yendemie. Celle-ci consiste en une maladie locale oui atUque un grand nombre ou la généralité des habitante, et qui dépend de causes permanentes

ÉPIDÉMIES

ÉPIDÉMIES

telles que le climat, la nature des eaux, la nourriture, les mœurs.

Il existe une classe de maladies qui naissent 4ans un foyer limité, se propagent plus ou moins rapidement et de diverses manières, frappent les habitants de toute une contrée, puis s*éteigncnt complètement ou imparfaitement pour renaître lorsôue certaines circonstances, encore; mal déterminées, seront favorables à leur développement €t à leur dissémination : ce sont les maladies infectieuses et contagieuses. (Y. Contagion.)

L'infection diiTère de Vempoisonnement ordinaire en ce. qu'elle résulte de Timprégnation de l'organisme par une matière capable de se repro- •duire, de se multiplier presque indéfiniment, comme se multiplie une simple cellule de levure placée dans un milieu convenable,

De plus, la maladie infectieuse est spécifique, c'est-à-dire constitue une espèce bien distincte qui se reproduit toujours, chez tous les sujets, avec des caractères bien tranchés et sous l'influence d'une •cause unique : la pénétration dans l'organisme •d'un poison vivant, ou capable d^organisation, de y'ie et de reproduction.

On a donné le nom de contage ou de virus à ce poison vivant capable de reproduire les malades infectieuses. On réservait autrefois le nom -de virus aux contages qui ne peuvent s'introduire que par une petite solution de continuité, une piqûre, une érosion, une blessure si petite qu'elle soit, c'est-à-dire par inoeukUion : aujourd'hui la distinction entre les virus et les contages ne parait pas fondée.

Quant à la nature des contages, elle n'a pas été suffisamment reconnue pour que l'on puisse la déterminer scientifiquement : toutefois des analogies nombreuses tendent à faire supposer qu'ils appartiennent à des familles de végéuux et d'animaux microscopiques, si petits que les meilleurs instruments permettent à peine d'en commencer l'étude, quant à la classification végétale ou anlfuaie.

Au point de vue pratique il importe peu que l'on ait vu et nommé la plante ou l'insecte qui causent •et propagent les épidémies. On est fixé sur ce point important : l'usage de fruits verts, les boissons froides, ne peuvent engendrer le choléra; la présence de matières en putréfaction ne peut engendrer la peste ; les émanations des marais ne peuvent engendrer la fièvre jaune. Pour que ces •épidémies s'implantent dans une localité, il faut absolument quon en ait apporté le germe, la semence, le contage spécifique. Mais il est reccmnu également que cette semence d'épidémie pourra mourir faute d'aliment, faute de circonstances favorables à son existence et à sa reproduction, dans un milieu soumis à d'excellentes conditions hygiéniques, tandis qu'elle prospérera et se reproduira promptement dans un milieu favorable. Or, tout ce qui contribue à diminuer la vitalité des individus, leur force de résistance; tout ce qui modifie les propriétés normales de l'air, des eaux, des aliments, prépare le terrain pour l'acclimatement des épidémies et pour leur dissémination.

Il importe de bien fixer les idées sur ces principes fort simples, car toute l'hvgfène privée, publique et internationale des épidémies dépend des applications pratiques auxquelles ils donnent lieu. Si les épidémies n'étaient pas causées par un poitfon vivant, un virus de nature spécifique, il faudrait renoncer à toute précaution, à toute mesure de police sanitaire, et se résoudre à un fatalisme exMctant.

Pour ce motif, nous insisterons sur la définition différentielle de trois mots que l'on confond sou- Tent : miasme, virus, contage.

Autrefois on désignait sous le nom de mUume tout germe répandu dans l'air et capable de déte^

miner des maladies. Aujourd'hui on réserve ce mot pour désigner un agent spécifique aui naît en dehors de 4'homme et ne peut se reproduire dans l'économie. Tel est le miasme paludéen^ qui cause des fièvres spéciales non transmissibles et que le malade ne peut importer avec lui dans un nouveau milieu. Le miasme agit donc sur chaque individu comme un poison spécifique, mais borne son effet à l'individu atuqué ; Il ne se multiplie pas dans son organisme, ou s'il se multipliet 11 n'en sort pas pour frapper d'autres victimes.

On appelle indilTéremment virus et contage des principes morbides provenant d*un individu malade et capables de communiquer la même maladie à un Individu sain : c'est cette communication qui constitue la contagion Ainsi la rougeole, U morve, la variole, sont des maladies virulente qui se propagent par contagion.

On distingue deux grandes classes de viras. Les virus fixes se propagent directement par contact d'un individu malade ou d'un objet sur lequel il s'en trouve une Quantité si minime qu'elle soit. Quelques-uns pénètrent dans l'organisme par un point quelconque de la muqueuse des yeux, de la bouche, des poumons, de Tintestin, etc. D'autres no peuvent s'introduire que par une petite solntion de continuité, plaie, piqûre, éraillure. c eatrà-dire par inoculation. Les viras dits volatils se réduisent en particules tellement fines qu'elles se mêlent très facilement à l'air où elles accompagnent les poussières inertes. Ce ne sont ni des Saz ni des vapears, mais on leur a donné le nom e volatils pour indiquer leur mode ordinaire de dissémination. Do ce nombre sont les viras de U diphtérie, du typhus, de la rougeole, etc. Notons que certaines maladies donnent-lieu à deux modes de propagation. Ainsi la variole se communiqae par inoculation et par l'air. On comprend que le vent peut transporter à de grandes distances les viras volatils, mais c*est un fait exceptionnel. En suivant la direction des vents, en étudiant les changements de direction causés par quelqnei obstacles : édifices, rideau d'arbres, collines, oq se rend compte de l'immunité observée quelquefois sur un espace très restreint dans un pajs envahi par une épidémie.

Certains virus sont doués d'une vitalité extraordinaire et peuvent se conserver pendant de iosfues années sans perdre de leur énergie. Aiosi on vaccine avec du viras de cow-pox (vaccin) coaservé dans des tubes de verre. La morve, le chirbon, se communiquent après dix ans et plus pir le contact de dépouilles d'animaux atteints de ces maladies. Le virus de la variole est un des plot tenaces; c'est ce qui explique comment il est fort difficile d'éteindre, dans les grandes villes, les petites épidémies de variole qui sévissent tantôt dans un quartier, untdt dans l'autre. L'exlmmatioa des personnes mortes de la variole devrait être absolument interdite. Il conviendrait même d'adopter, pour les inhumations, des précautions spé> claies. Il est arrivé souvent que des fossoyeurs et des personnes assistant à des inhumations ont ahisi contracté la maladie et Tout propagée dass tout un district.

La reproduction et la dissémination des viros semble influencée par une foule de circonstances climatériques générales ou locales, constantes oo accidentelles, mais Jusqu'à présent on ne connaît pas les lois do ces rapports. On constate seulement, d'ordinaire, que la chaleur et l'humidité far»risent l'évolution des virus. Cependant celai de la peste perd son activité dans lee saisons très chaudes, et les froids rigoureux ne diminuent pu l'énergie du tiras du choléra.

Un individu sain sert souvent à U transmission de viras qui se sont attachés à ses vètemenu on même à sa peau sans lui causer aucun mal. Par

ÉPIDÉMIES

ÉPIDÉMIES

conséquent ce ne sont pas seulement les malades qu il importe d'isoler, mais tous ceux c[ui les approchent. Et, si risolement de ceui-ci n*est pas praticable, il est indispensable de les soumettre à des mesures spéciales de propreté qui diminuent de beaucoup les chances de transport de maladies

rir leur personne, leurs vètemenu ou les objets leur usage.

Les Tirus fixes qui s'introduisent seulement par ▼oie d'inoculation trouvent peu de sujets réfractaires. LMnununité, en ce qui les concerne, constitue une rare exception. Il n*en est pas de même pour ceux qui pénètrent par absorption, et surtout pour les virus volatils. H faut que Téconomie se trouve dans certaines conditions spéciales pour se laisser envahir par ces ennemis invisioles. En général le Jeune âge, le sexe féminin, la constitution faible, le tempérament lymphatique, favorisent l'absorption des virus : tout ce qui dérange les fonctions et diminue la vitalité peut devenir une cause de prédisposition spéciale.

Outre rimmunité naturelle, encore mal expliquée , il y en a une bien déterminée, que 1 on peut produire à volonté : elle dépend d'une modification de l'organisme causée par une première attaque de la maladie. Il est rare qu'un même sujet soit atteint plusieurs fois de variole, de scar^ latine, de rougeole, de fièvre typhoïde. Notons cependant que pour le choléra, la fièvre jaune, la dyssenterie, une première attaque, loin de produire l'immunité, semble prédisposer à un nouvel empoisonnement.

Au point de vue théorique comme au point de Tuç pratique, il est impossible de s'occuper avec fruit des épidémies si l'on ne commence par établir scientifiquement l'existence de causes matérielles, spécifiques, contre lesquelles on puisse diriger les efforts de l'hy^ène privée, publique et internationale. Or cette détermination scientifique, cetto distinction rationnelle des termes usuels, sont toutes récentes. Il y a peu d'années, on regardait encore les épidémies comme des maladies inexplicables, et, sans les attribuer comme autrefois à des manifestations de la colère divine, on «e complaisait à leur reconnaître un caractère mystérieux. C'était une excuse de l'ignorance ou de l'impuissance. Sous l'influence de ce fatalisme, les mesures sanitaires étaient nécessairement capricieuses, vexatoires et incomplètes. Leur insuffisance conduisait même à en nier l'utilité.

Aujourd'hui que l'on a fixé la valeur des termes de la discussion et que Ton appuie chaque assertion sur des données rigoureusement scientifiques, on peut espérer de voir adopter contre les épidé- ■mies des mesures capables de les étouffer dans ieur foyer, ou du moins de ne laisser Subsister qu'un seul mode de propagation, la diffusion par les vents, celle qui offre le moins de danger pour ies épidémies les plus redoutables.

On peut établir entre les maladies infectieuses «t contagieuses les distinctions suivantes :

Les maladies pesiUentieUes n'ont pas do siège anatomique nettement déterminé, bien qu'elles donnent lieu à certains accidents localisés ; ce sont le choléra, la peste d'Orient, le typhus des camps et la fièvre iaune. Ces quatre maladies ne sont pas inoculables, c'est-à-diro ne sont pas susceptibles d'être développées chez un individu sain en introduisant sous i'épiderme du pus, du sang on un liquide quelconque provenant d'un individu malade.

Plnaieurs maUfiies wrulentt» ont leur siège principal dans l'abdomen : ce sont la fièvre typhoïde, la dyssenterie épidémie ue. On n'a pas réussi à les inoculer; elles ne semblent pas contagieuses par conuct, mais elles le sont certainement par T entremise des déjections des malades. La chaleur «st favorable au développement du poison typhoïde» 2* Paatib

qui est absorbé surtout par les individus jeunes et non acclimatés dans les grandes villes. Le poison dyssentérique se propage rapidement partout où il y a encombrement a'individus sains ou malades.

Plusieurs maladies virulentes épidémiques se manifestent spécialement à la peau ; ce sont : la variole, qui est inoculable, la scarlatine, la rougeole et la suette miliaire, dont l'inoculabilité n'est pas démontrée. Le germe morbide de ces

3uatre maladies semble plus actif sous l'influence e la chaleur. La contagion se produit par le contact de rindividu malade, des vêtements et objets à son usage, et aussi par l'air de la chambre, de la maison, du quartier. Il suffit d'ouvrir une porte ou une fenêtre pour infecter tout le voisinage.

Dans certaines circonstances que l'on n'a pas encore pu déterminer, un assok grand nombre de maladies ordinairement isolées deviennent épidémiques : ce sont la grippe, la méningite cérébrospmale, i'érysipèle, la dyssenterie, l'angine couenneuse, le croup, la coqueluche, etc.

L'histoire de la médecine et même l'histoire générale des peuples nous montrent que les épidémies diminuent de fréquence et d'intensité à mesure que progresse la civilisation. Partout ce sont les classes ignorantes et misérables qui fournissent aux épidémies le plus g^nd nombre de victimes. Par conséquent le premier devoir des individus et des gouvernements» c'est de combattre les épidémies et de les faire disparaître par la diffusion de l'instruction et l'augmenutlon du bien-être. On

{»eut dire en toute confiance que l'hygiène tuera es épidémies. Leur propagation n'a rien de mystérieux et de fatal ; on est aujourd'hui suffisamment renseigné sur leur nature pour les combattre avec certitude de succès. Mais pour cela il faut que les particuliers et les gouvernements appliquent sans réserve l'adage « Qui veut la fin veut les moyens. »

Pour les particuliers, on peut résumer ainsi les règles à observer en temps d'épidémie.

Les poisons épidémiques ne prospèrent que dans un milieu favorable. Un indiviau sain, robuste, qui mène une vie régulière et se conforme aux principes de l'hygiène, est un mauvais terrain pour les germes morbides. Le plus souvent ils ne peuvent s'y implanter. An contraire, l'individu maladif, affaibli par des excès ou des privations, des imprudences passagères, une vive préoccupation, la peur, etc., offre peu de résistance ritale aux germes prêts à pénétrer dans toute place mal

§ardée. Il importe donc, en temps d'épidémie, 'observer scrupuleusement les conseils de l'hygiène, surtout en ce qui concerne le travail, les fatigues de toute sorte, le sommeil, la nourriture, les plaisirs, la propreté.

La propreté mérite une mention toute spéciale, car le grand air, le soleil, l'eau et le savon constituent les moyens de prévention et de défense les plus énergiques, en même temps que ce sont les plus simples. L'humidité et l'encombrement sont des causes actives de fixation et de propagation des contages.

Tout en se gardant des préoccupations timorées, de la peur qui affaiblit, on doit surveiller attentivement sa santé afin de reconnaître, dès le début, les symptêmes d'un malaise qui serait passé inar perçu dans d'autres circonstances, mais qui acquiert une importance toute particulière en temps a'épidémie.

Des soins intelligents, ceux du médecin seulement, pourront, dans bien des cas, enrayer le mal dès son apparition, faire avorter des accidents qui, livrés à eux-mêmes, auraient suiri leur marche naturelle et causé une grave maladie. Ainsi le moindre rhume doit éveiller l'attention en temps d'épidémie de grippe. Lorsque sévit le choléra, le

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plus petit dérangement intestinal appelle une médication immédiate; dans la grande majorité des cas, la maladie débute par une simple diarrhée que l'on appelle très ^ustemeni prémonitoire: si on Tarrôte au début par les préparations d'opium et autres moyens appropriés, on coupe court à la maladie. Si dans chaque maison on exerce cette vigilance, on peut faire avorter en quelques Jours une épidémie.

C'est surtout pendant les épidémies quHl faut se garder de suivre les conseils des commères, des guérisseurs, ou de perdre un temps précieux à essayer les remèdes banals de la médecine domestique sous prétexte qu'ils ne peuvent pas faire de mal. Une infusion ae fleurs do guimauve peut tuer le malade atteint de diarrhée, en retardant l'administration d'un remède capable d'empôcher le choléra de se déclarer sous sa forme mortelle.

L'isolement des malades est indispensable. Il est très important de détruire leurs évacuations par les procèdes aujourd'hui vulgarisés. Le moyen le plus simple consiste à les mélanger de chlorure de zinc ou de sulfate de fer. Toutes les personnes qui 110 sont pas appelées par le devoir strict ou Xutilité immédiate à donner leurs soins au malade atteint d'une maladie infectieuse et contagieuse, doivent s'abstenir de l'approcher, d'entrer dans sa chambre, de toucher aux objets à son usage. Les liens de famille et d'affection cèdent, en ces circonstances, à un devoir qui prime tout dévouement et toute charité. Puisqu'il est prouvé qu'une personne saine peut transporter sur sa personne, sur SCS vêtements, les germes de ces maladies, c'est commettre une imprudence coupable que de s'exposer à devenir une source d'infection : le délit est le même que celui de blessure ou d'homicide par imprudence.

En Angleterre, dès que se manifeste une maladie épidémique, les règlements sanitaires sont appliqués pour contrôler et limitier la liberté individuelle, SI respectée dans ce pays, et pour s'opposer à toute imprudence de la part de ceux qui entourent le malade. Les tribunaux condamnent sévèrement toute personne atteinte de variole, de scarlatine, etc., oui voyage dans une voiture publique ou en chemin de fer avant la période où la maladie cesse d'être transmisslble. Un maître est également poursuivi pour laisser sortir un serviteur qui n'est pas complètement guéri.

La France ,est très arriérée pour ce qui concerne l'hygiène publique des maladies infectieuses et contagieuses, isolées ou à l'état d'épidémie. Il existe cependant, au moins sur le papier, des règlements que nous devons indiquer.

D'après une circulaire ministérielle de 1813, il doit y avohr dans chaque arrondissement, sous le titre de métiecin des épidémies, un médecin chargé spécialement de suivre le traitement des maladies épidémiques et de se transporter dans les communes où elles éclatent, à la première inviution qu'il en reçoit du sous-préfet.

aussitôt que les malades d'une commune excèdent le nombre ordinaire et qu'il y a apparence d'épidémie, le maire doit on informer le souspréfet.

Est-il nécessaire de démontrer que cette marche hiérarchique rendait inapplicables les bonnes intentions do cette circulaire?

La création des conseils d'hygiène et de salu t>rité en 1848 faisait en partie Justice des erreurs de la réglementation précédente. Puis, en 1851, une circulaire relia tant bien que mal les attributions des conseils et celles des médecins d'épidémies. Ceux-ci eurent le droit de siéger au conseil. Mais la seule mesure efficace, c'est de donner rinitiative et les pouvoirs nécessaires aux médecini du service sanitaire.

En pratique, tout est à créer chez nous ponr obtenir un service sanitaire efficace, comparable à ceux qui fonctionnent aux États-Unis et sortoat ea Angleterre. Quel ministre répétera à notre JP^^^ment ces paroles de lord Beaconsfield à la Chambre haute d'Angleterre : « La santé du peuple doit être le premier soin des gouvernemenu. •

Les définitions que nous avons données, k* faits que nous avons établis indiquent suffisamment quelles sont les mesures d*hygiène publique et internationale qu'il importe d'adopter pour prévenir le développement et la propagation des épidémies. Une fois que tous les intéressés se seront mis d'accord sur ces bases de la discussion, îl sera facile de s'entendre pour la réglementation des cordons sanitaires, des quarantaines de terre et de mer, des lazarets, de la circulation des individas et des marchandises, des procédés de désinfection. Espérons que les nouvelles études auxquelles ont donné lieu les récentes épidémies de fièvre Janne aux États-Unis et de peste en Russie Gâteront d» décisions que l'on peut prendre aujourd'hui en toute connaissance de cause, et qu'on les mettra immédiatement en pratique. — V. Contagion^

[ly Saffrsy.1

ÉPISTOLAIRE (Genre). — Littérature et style, IV. — I. Introduction. — L'art d'écrire une lettre doit compter parmi les plus essentiels résultats de toute éducation. Car s'il n'est point indispensable d'être poète, orateur ou philosophe, les relations de la vie nous invitent tous & correspondre avec des parents, des amis, des étrangers, en un mot avec les personnes que les affections, les devoirs ou les intérêts mettent sans cesse en rapport avec nous. Il importe donc à tous les âges et à toutes les conditions de pouvoir satisfaire à ces obligations sociales, et l'on ne saurait s'y exercer ou s'y préparer trop têt.

La lettre est de tous les genres le plus soaple, le plus varié, celui qui se prête le moins à des règles précises : car il s'accommode à tous les tons, à tous les sujets, à toutes les formes, depuis le simple billet tracé par le crayon qui coart JusGu'au rapport officiel dont chaque mot est calcule par la prudence la plus circonspecte ; depuis ce babillage qui voltige sur des riens, jusqu aux considérations littéraires et politiques, mondes oq religieuses.

D'ailleurs les préceptes sont comme des semen» ces qui ne germent que dans un sol fertile. Écrire, c'est traduire des idées ou des sentiments. Or, on n'apprend pas plus à penser qu'à sentir. La nature y suffit, et l'art ne peut rien sans elle. Avant de prendre la plume, réfléchissez donc à ce que vous devez dire : car le plus souvent ce qu*on appelle indigence d'esprit n est que défaut d attention, et le bon sens est le meilleur des maîtres.

Aussi nous réduirons-nous à ces conseils généraux qui, sans suppléer aux aptitudes heureuses, les dirigent et préviennent ies écarts de l'inexpérience.

Une lettre est une conversation entre absents. Pour y réussir, figurez -vous donc que vous êtes en présence de celui qui vous lira, qu'il entend le son de votre voix, et a les yeux fixés sur les vôtres. C'est ici surtout qu'on peut dire : Le siyfe, eni l'homme métne, Cf.la est si vrai que des lettres d'amis ne devraient pas avoir besoin d'être signées, tellement la signature se révèle à chaque ligos par l'accent, l'humeur, le caractère, par tons les symptômes qui rendent une physionomie individuelle et distincte. L'écriture même est expressive, et son allure habituelle peut trahir les qualités on les défauts de l'être moral. Le naturel, la simplicité, l'aisance, un tour libre et vif, tel est le mérite principal d'une causerie épistolalre : la parole ne doit faire qu'un saut de vos lèvres sur le papier.

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Hais il n*en faut pas conclure qu*on peut se { ^«rinettre tout ce (}ui nasse par une tète étourditu. > utre que la rapidité de Timprovisation porte tououTft malheur à qui 8*y confie, certaines négligences ne sont pas de mise dans ces entretiens |ui, laissant une trace durable, exigent de la sot>r'iété, du choix, de la mcsorOt de la discrétion, de la tenue et du goût. Le sans-gène y est aussi déplaisant que la recherche, et tout homme bien élevé ne doit montrer en ses écrits les plus familiers que le meilleur de lui-même. On se peint dans SCS lettres : faites donc en sorte que votre Unage soit sympathique.

Surtout, observez scrupuleusement les bienséances. Ne perdez Jamais de vue l'Age, le rang, la condition des personnes : mesurez les distances ; appréciez les rapports ; ayez une idée Juste de ce qui sépare et de ce qui rapproche. On peut se permettre envers les uns ce qu'il convient de s'interdire envers les autres ; on ne traite pas un supérieur comme un ég^, ou un subalterne. Les diîgrés de parenté comportent aussi des nuances qui varient suivant les situations; et, dans Tamitié même, il faut approprier le ton de sa correspondance à la diversité des caractères ou des circonstances. C'est affaire d'instinct, de tact et d'usage. Un principe résume tous les autres; le voici : Sachons bien ce que nous sommes et ce que nous devons à chacun.

Sans énumérer toutes les espèces (^ue comprend le genre épistolaire, nous allons maintenant passer en revue celles dont on use le plus ordinairement.

II. Lettre» d'affaires. — Concision et précision : ces deux mots sont toute la rhétorique des lettres commerciales, litigieuses ou administratives. Elles doivent aborder immédiatement leur sujet, et aller droit au but par les voies rapides et simples. Point d'ambages, point de verbiage, point de plaisanteries, point do prétention à l'esprit : le meilleur style est alors le plus uni, celui qui se borne au nécessaire. Tout ce oui détourne ou amuse l'attention serait de trop. Cependant, que la brièveté ne soit point un laconisme obscur : car le moindre nuage qui voilerait notre pensée pourrait entraîner de fàcneuses méprises. Au besoin, il vaut mjeux se répéter, ou du moins insister sur ses intentions, que de courir le risoue de n'être pas entendu. La clarté est donc ici de première importance, et le fonds l'emporte sur la forme ; mais n oublions pour< Unt pas que la correction et le goût ne nuisent Jamais à 1 expédition des affaires, et (^ue la langue française peut suffire à tous les besoms sans être estropiée par un Jar^n barbare qui répugne éplement à la grammaire et à la bonne compagnie. Dans cette classe rentrent les comptes rendus et les rapports adressés soit à un chef de service, soit à une assemblée politique, ou à une compagnie Industrielle. Embrasser l'ensemble d'une question, en résumer les détails sans s'^ perdre, analyser des faits, poser des principes, déduire des conséquences, ordonner des raisons avec méthode, conclure avec sûreté, être toujours loyal et adroit, équitable et modéré, surtout lorsau'il s'agit des personnes : telles sont les conditions re(}uises pour ce rêle qui met en Jeu la responsabilité et ne s'apprend bien que par la pratique.

Notons, en terminant, que, pour répondre sûremont à un correspondant, ii ne faut jamais s'en remettre à sa mémoire , fût-elle excellente. La pièce reçue doit être sous nos yeux : elle nous donne le canevas de nos idées : elle nous préserve da péril de supposer ce qui n'est pas, ou d'omettre ce qui est; elle nous indique ce que nous devons taire, ce qae nous devons dire.

111. Lettres de recommandation. — Il sied de ne reccmmandor que des gens recommandables. Cela éuut, que ces lettres ne soient ni l'effet d'une com-

plaisance banale» ni une monnaie sahs valeur distribuée aux importuns dont on veut se débarrasser {joliment. Directes ou indirectes, froides ou chaeureuses, respectueuses, dignes et adaptées aux occasions, elles débuteront volontiers par des excuses préliminaires, et se termineront presque toujours par des remerclments anticipés. Croire au crédit ou à la bonne volonté de ceux ou'on invoque est aussi un moyen de les stimuler, de les piquer d'honneur, d'engager leur amour -propre ou leur bienveillance. La confiance d'un avocat a quelquefois contribué au succès de sa plaidoirie, et la réserve elle-même peut être pressante. Toutefois craignons d'être indiscrets, et de compromettre notre client par un excès de zèle.

Sans porter ombrage à la délicatesse des personnages auprès desquels on intercède, intéressons-nous à notre requête, si nous désirons que les autres s*y intéressent. Mêlons-y ces tours aimables qui ne sont point des civilités de commande, et disons-nous encore que les ennuyeux sont toujours et partout mal reçus. Une brièveté spirituelle sera donc de rigueur en bien dus cas.

IV. Lettres de sollicitation. — Ces lettres ressemblant à celles dont nous venons de parler, les mêmes conseils peuvent leur convenir. Elles en diffèrent seulement en ce que nous plaidons nousmêmes notre propre cause. Le ton de la prière se réglera sur la nature des intérêts qu*elle fait valoir, sur la qualité des personnes qui peuvent nous être utiles, et sur les relations qui existent entre elles et nous. Los meilleures requêtes senties plus courtes, surtout si elles s'adressent à de haute fonctionnaires : il faut supposer qu'ils sont très occupés, et épargner leur peine ou leur temps, en sorte Qu'ils nous lisent rapidement et d'un coup d'œil. « Dans mes demandes, disait Voltaire, Je tâche d'être extrêmement bref; car rien n'est plus insupportable que la prolixité de ces gens qui s'imaginent qu'un ministre doit oublier le monde entier pour leurs affaires. » Une pétition qal se fonde sur un droit incontestable n'en sera pas moins modeste et persuasive : car il est plus sûr de plaire que d'exiger ; il y a donc un milieu à tenir entre rassurance et la défiance, entre la fermeté qui blesserait en se montrant impérieuse, et la timidité qui balbutierait ses titres à voix basse d^nn air embarrassé. N'ayez ni la raideur qui indispose, ni le trouble qui déconcerte la parole. Adressez-vous au cœur, au bon sens, à l'équité, à la générosité de ceux qui vous écoutent. Soyez respectueux sans bassesse, poli sans flatterie ; et, en inspirant une opinion favorable sur vous-mêmes» laissez entendre qu'on n'obligera point un ingrat.

Nous ne dirons qu'un mot des convenances que supposent les réponses faites aux solliciteurs. Elles consistent dans l'art ou d'accorder, en ajoutent au prix de la faveur la bonne gr&ce d*un empressement heureux de l'annoncer en termes courtois, ou de laisser espérer sans pourtent contracter un engagement, ou de refuser, mais en y mettent les formes, en sachant appliquer le baume à la blessure, et sans épargner ces regrete bien sentis qui peuvent être des fiches de consolation. Que do variétés dms cette dernière classe I Mais passons à d'autres.

V. Lettres de remerdment. -^ Il semble que ce soient les plus faciles à bien traiter; car elle» comportent une éloquence naturelle aux âmes bien nées, celle de la reconnaissance. Et pourtent, il arrive trop souvent qu'on sait demander, et qu'après avoir obtenu, on ne sait pas remercier. Bien qu'f* paraisse superflu d'assujettir à des règles ce qui doit être inspiré par un premier mouvement, peutêtre no sera-t-il pas inutile d'indiquer au moln^ les bienséances qui s'imposent toujours à l'obligô 11 devra, selon les cas, apprécier les nuances qii' détermine Timportence du service rendu. Tantô*.

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on n'accomplit Qu'un devoir de civilitô qui ne va guère au delà des politesses qu'on échange dans le commerce du monde. Tantôt on obéit à un devoir de conscience : on paie une dette à laquelle on ne saurait faillir sans se mépriser soimôme. Alors il faut Teffusion de tous les sentiments généreux qui se tournent en respect, en affect on, en dévouement. Surtout, point d*apprèt. point do phrases ; ce serait rendre votre sincérité suspecte.

' Si la reconnaissance doit tressaillir sous char que ligne de votre lettre, sachez pourtant surveiller une plume rapide ; déflez-vous des traits qui pourraient paraître excessifs au sang-froid de la réflexion ; ayez souci de votre dignité ; gardez-vous d'embarrasser par des flagorneries la modestie du bienfaiteur ou du protecteur. Le talent est alors de se montrer plus sensible aux procédés dont on est Tobjet qu'à la faveur accordée ou au droit reconnu. Nous voulons dire par là qu'au lieu de témoigner le

f»laisir d'un homme heureux, il vaut mieux ne aisser voir que la gratitude d'une âme touchée par la bienveillance d*auirui, et désireuse d'y répondre par des démonstrations chaleureuses, ou mhmQ par des actes, si l'occasion le permet.

VI. Lettres de compliments ou de condoléances. — Il n'y a que Tégoiste qui soit indifférent au bonheur ou au malheur do ses semblables.

C'est donc se faire tort à soi-même que de garder It silence, quand il convient de féliciter ou de

Slaicdre les personnes qui nous touchent par les ens du sang ou de l'amitié. Si par impossible la sympathie ne nous y invitait pas, l'intérêt le conseillerait : car, pour nous comme pour autrui, les Joies et les souffrances veulent être partagées : en se communiquant à qui nous approche, les unes deviennent plus vives, et les autres moins amères.

S'il s'agit de faire un compliment, qu'il soit franc et cordial. Mettons-nous à la place de ceux auxquels il est destiné : entrons, au besoin, mais sans adulation, dans les faiblesses de leur amourpropre ; ou plutôt réjouissons-nous de leur bonne fortune comme si elle nous était personnelle. Puisque le ton de la lettre dépend de l'événement qui leur aérée, on ne peut guère recommander ici qu'une précaution dont l'oubli serait un manque de tact : c'est de ne Jamais faire un retour sur nousmêmes dans le cas où nous serions tentés d'envier le bien qui arrive à autrui. Ces arrière -pensées seront refoulées au dedans, ainsi que les es- Eérances intéressées que peut susciter en nous L situation élevée d'un ami.

Les lettres de condoléance ne doivent être étudiées que pour ne point trahir l'étude. Car il ne faut pas que les larmes paraissent réfléchies, ou

{>rémédltees. Prenez gardo aussi d'irriter la doueur en voulant l'adoucir : consolez par le regret, le souvenir, l'espérance. Surtout soyez naturels, et pleurez avec qui pleure.

Dans les billets de nouvel an, de fêtes, ou d'anniversaires, évitez le lieu commun, la fadeur, les formules banales qui traînent partout» et ressemblent à des circulaires pouvant aller à n'importe quelle adresse. Que de lettres signées et pourtant anonymes, parce qu'elles ne révèlent ni le caractère, ni le cœnr ni l'esprit de celui qui les envoie ! Or, ce défaut, qui serait excusable quand on écrit à des étrangers, un parent, on ami doit en rougir.

VII. Lettres de ecmseiU. -— Les conseils sont toujours délicats à donner, même lorsqu'on les demande : car, trop souvoat, ceux qui nous consultent ont déjà pris une lésolution d'avance; leur siège est fait, et ils désirent être approuvés plutôt que contredits. A moins que l'autorité de l'âge, de la position, de l'expérience, des lumières, et surtout de l'affection ne nous donne le droit de parler haut pour être entendus, ne risquons les avis

qu'avec circonspection, prudence et réserve, surtout s'ils intéressent les défauts de caractère et ce fonds d'amour-propre qui existe plus ou moins en chacun de nous. Fénelon, faisant un jour de la morale à son neveu, officier aux gardée du rot, terminait ainsi son petit sermon : c II faut prier Dieu, lire de bons livres, voir les gens qui mentent d'être cultivés, et se cultiver soi-même pour devenir capable de tous ses devoirs : je ne prédu qu'à cause que vous le voulez, • C'est assez dire ou'il faut, dans ces rencontres, de la souplesse, de la dextérité, de la politesse, des ménagements, et surtout une rare bienveillance, capable toutefois de s'allier à la décision réfléchie qui exerce nae influence sans paraître s'imposer.

Dans le Misanthrope de Molière, Alceste en plein de bonnes intentions ; mais il en compromet tous les effets par ses brusques incartades, et pv un ton grondeur qui irrite ou blesse ceux qaH voudrait rendre meilleurs. Or, on ne fait pas dn bien aux gens malgré eux, et les offenser ne sen Jamais le moyen de les éclairer. Mais, en revsocb«^ n'imitons point les molles complaisances de Phi' linte, qui, dans l'intérêt de son repos, et par n^ principe d'égoîsme, flatte les défauts qu'il loic à" peur de s'en faire des ennemis, s'efface lorsqu'il faut se montrer, et, sous prétexte d*ètre l'ami da^ genre humain, n*aime en réalité que lui-même.

Vin. Lettres de reproches. — Il serait désirable de n'avoir Jamais soit à en recevoir, soit à en écrire. Mais qui oserait l'espérer? Il ▼ a bien des d^^ dans la plainte comme dans la faute, depuU li rude semonce qui se met en colère jusqu'à la ré> primande qui suppose elle aussi chez son auteo: un droit naturel ou acquis de direction, d'infloeoce morale ou de commandement. Si le blâme eft la devoir, qu'il soit exercé sans faiblesse, mais sits dureté, de manière à montrer la voie du repecâr au lieu de la fermer. Les leçons les plus sé^ère! gagnent à être charitables, et agissent plus eflS<:2cément par la bonté que par la crainte. Elles endurcissent leurs victimes, lorsqu'elles ne sont qc^ l'arrêt d'un Juge condamnant un accusé.

Quant au simple reproche, il est sage de le îes' pérer aussi par la mesure et même la douceur, surtout si l'on relève, entre amis, un tort dont«on stfflige. Êtes-vous fondés dans vos griefs, soyez asiei

généreux pour ne pas triompher avec supériorné e vos avantage.

Les mots piquants aggravent ce qu'il fandr^; réparer, et enveniment les blessures nui appellent des calmants. La plus noble manière de confcnih un coupable est de lui faire sentir par Tindulgeo» qu'il a besoin d'être pardonné. Laissez donc n* votre tristesse plus que votre humeur ou toc*? rancune. Atténuez l'âpreté des récrimination» p^ nibles à prononcer ou à entendre. Que la raison impose silence à la passion qui gronde ; agissex ^^ préférence sur les bons sentiments, au lieu â« mettre en émoi les mauvais. Témoignes par l'accest de votre langage conciliant que vous désir ex on rapprochement plutôt que des excuses, et offr^i prétexte à ces retours qui font oublier le passi Le plus ordinairement, les explications deviennent des complications nouvelles, et attisent le feu qu'il est urgent d'éteindre. C'est de l'huile et non pas de l'eau qu'on Jette sur Tincendie.

Cicéron nous donne un bel exemple quand il écrit : ff Je ne puis me fâcher contre ceux quQ J'aime. Tout ce qui m'est possible alors, c'est da m'affliger, et J'entends cela à merveille. »

Voilà quelle est l'attitude d'un galant homme en face d'un ami qui s'est permis un faux pas oa une chute. Il lui tend la main pour le relever. Ces réflexions ne sauraient être commentées plus élo-

auemment que par la lettre flère et magnanime ans laquelle M>°« de Sévigné, outragée sani la moindre provocation par la fatuité de son cousin

ÉPISTOLAIRE

ÉPISTOLAIRE

iussy-Rabatin, relève avec une dignité supérieure ingratitude d*un procédé cruel, et. sans rompre ivcc un parent, force sa conscience à crier merci.

Il nen fut pas ainsi de Voltaire et du roi de >msse Frédéric, qui, après une séparation oraceuse, firent mine de se cajoler encore, comme iuparayant, mais cachaient la griffe sous les caesscs , et déguisaient mal par des coquetteries complimenteuses le levain d'un ressentiment réci- )roque. Combien madame de Sévigné avait plus de ïbilosopliie que ces philosophes 1

IX. Lettres d*excuses et de pardon. — Du reproche à l'excuse la transition est le repentir. Avezrouâ des torts, avouez-les aux autres aussi sincèrement , aussi naïvement qu*à vous-même ; c*est Tunique moyen de les effacer. On ne se tire d'une position fausse que par la droiture et la bonne foi. Biais cela est plus facile à dire qu'à faire. Car, comme dit un poète,

J'ai tortf e« mot, j'ai tort, nous Uéebire U bouche.

Puisque tous, plus ou moins, nous répugnons à Vartlculer nettement et sans périphrases, permettons à Tamour-propre Tart des circonlocutions ou des détours honnêtes qui plaident les circonstances atténuantes.

Mais n* abusez pas de ces subtilités qui finissent par altérer le sens moral, et no trompent que vous, il est bien plus simple et bien plus sûr de reconnaître vaillamment sa faute, au lieu de la pallier par d'ingénieuses raisons qui ne démontrent que notre vanité. On peut être humble sans s'abaisser, et s'accuser en se faisant aimer ou estimer par cela même qu'on s'accuse. Mais que la franchise avec laquelle vous vous frappez la poitrine ne soit pas le sans-façon cavalier de l'étourderie impudente et prête aux rechutes. Le badinage ou la légèreté de ion n*est tolérable que s'il est question d'une peccadille, d'un mince délit. Alors le proverbe a raison : Qui a ri est désarmé.

Parmi les lettres d'excuses. Je mentionnerai comme un chef-d'œuvre cello que Mirabeau, détenu au donjon de Vincennes par Tordre de son père, traité par lui plus durement qu'un criminel d Etat, écrivit à son oncle pour le conjurer d'intercéder en son nom, d'avoir pitié de ses maux, de croire à ses promesses, de lui jeter comme à un naufragé une planche de salut. Bien de plus touchant que cette prière. U y a là l'éloquence du ferme propos qui a droit à la rémission, ne iût-ce que par ses larmes suppliantes. Pour ne pas entendre ces cris partis du cœur, il fallait être impitoyable comme ce père féodal qui s'intitulait VAmi des hommes^ et n'exceptait apparemment que son fils de sa philanthropie universelle.

Nous n'ajouterons qu'une remarque sur les lettres de réconciliation et de pardon. Quand on se propose de faire des avances à qui semble les désirer, il ne messied pas d'avoir recours & Tenjouement. Voici un échantillon du genre : c'est un billet d'une illustre tragédienne. M»»' Rachel ; il mérite d'être cité : « Cher Monsieur, on me dit que j'ai chance do me réconcilier avec vous : je vais bien voir ; voici une petite loge que je vous offre pour ce soir. Si je vous y aperçois. Je jouerai très bien Corneille. Si TOUS n'y venez pas. Je me vengerai de vous en Jouant encore mieux, afin que vous regrettiez de n'y être pas venu. »

Enfin, pour terminer, est-il besoin de dire qu'en accordant un pardon, on devra le plus souvent jalre comprendre la chose sans exprimer le mot ? Ici. comme dans tout ce qui précède, les conseils littéraires deviennent donc des règles de bienséance morale. Cest que le goût et la conscionce ne font qu'un, si l'on y regarde de près.

X. Lettres familières. — Aimons la familiarité : «vie rend l'intelligence agile et déliée : elle est ▼oiaino du vrai^elle guérit du maniéré, de l'exagéré,

du solennel, de tout ce qui sonne faux ; elle met l'esprit à l'aise, elle repose, elle soulage, elle est une école de franchise.

Mais défiez-vous de ses écueils. Que ta liberté ne dégénère pas en licence, son abandon en sansgêne. Qu'elle se concilie toujours avec l'urbanité, la politesse, le savoir-vivre, en un mot le respect de nous-mêmes et d'autrui. Qu'elle ne soit donc ni incorrecte, ni triviale, ni évaporée, ni téméraire ni indiscrète ; qu'elle glisse légèrement tur les sujets dont elle cueille la fleur. Qu'elle ait on sourire avenant pour les plus délicats. Qu'elle ressemble au mouvement gracieux d'un esprit flexible, d'une humeur aimable, d'une imagina^ tion heureuse qui s'anime au jeu de la parole, s'amuse de ses rencontres, et cause pour le plaisir de causer. En un mot, qu'elle ait de l'agremont, sans le vouloir, par l'instinct d'un art qui s'ignore.

C'est aux parents, c'est aux amis surtout qu'elle fera fête. Avec les uns elle sera respectueuse et attendrie. Avec les autres, elle pourra laisser trotter la plume, « la bride sur le cou^ » mais sans cesser d'avoir l'oeil sur elle, de peur qu'elle ne bronche. Car la fantaisie n'est jamais le droit de parler à tort et à travers, et il n y a que sottise dans les caprices qui offensent la grammaire, la langve, le bon sens ou le goût.

Le tête-à-tête qui s'établit entre absents par U correspondance, déconcerte, par Tinfinie variété de ses ressources, toutes les prévisions du guide qui prétendrait lui servir de mentor littéraire. Avouons donc ici l'impuissance de la critique. On ne gouverne pas l'imprévu. Constatons seulement que les mille deuils de la vie quotidienne sont la matière des lettres indmes. Il faut qu'elles coulent de source. Aussi plaignons ceux pour qui elles seraient un travail. Dès que la veine des confidences est tarie, sachez vous taire, au lieu de lutter contre votre silence intérieur. Mais ce péril est peu redoutable. Car le moi est volontiers intarissaole. Pour cens qui s'aiment, il n'a rien d'importun, et n'en dit jamais assez. Pourtant n'usons de son éloquence qu'à huis clos, entre nous, en famille : car, ce cercle une fois franchi, notre moi court le risque de n'être plus aussi complaisamment accueilli. Il est si rare de trouver un autre novs-mémey qui aime mieux nous entendre parler de nous que de lui !

XI. Lettres descriptives. — Une des variétés de cette classe est la lettre où l'on raconte une -fête, une cérémonie, des impressions de voyage. H y faut de l'esprit, de la couleur, de l'animation, et surtout l'habitude non pas de voir, mais de regarder, non pas d'entendre mais d'écouter, c'est-Vdire de distinfi;uer dans un tableau, dans un pavsage les traits qui mtéressent le plus la curiosité. C'est l'imagination qui fait vivre une peinture. Plusieurs formes de langage peuvent désigner un soûl objet : mais une seule le rend visible aux yeux. A vous de la choisir, au lieu de vous contenter de ces termes vagues et abstraits qui effacent les contours et énervent la pensée par l'a peu i)rès. Cherchez -donc ou plutôt rencontrez le mot unique, indispensable et pittoresque, qui éveille en nous comme la sensation immédiate de la réalité présente. Le véritable artiste est celui qui par la magie du style produit cet effet On ne robtient point par des recettes de rhétorique : rien de plus impuissant qu'un procédé d'école. Le sentiment seul peut peindre. Vous serez donc naturel et original si chacune de vos phrases est comme un mouvement de votre &me, et garde le souvenir fidèle d'une émotion sincère; cstvtous direz bien ce que vous avez éprouvé vous-même. La Justesse et la vérité sont sœurs. N'oubliez pas non plus qu'une description ne doit point ressembler à un procès-verbal ; une analyse exacte et complète peut être aussi froide qu'ennuyeuse. Le signalement d un passeport n'est pas un portrait, et une photographie même est souvent menteuse ou insi«

ÉPISTOLAIRB

ÉPOPÉE

gnifianto. C'est que Tart consiste dans l'expression, le veux dire dans le choix des deuils qui résument le mieux la ressemblance, qui dégagent des choses sensibles la chaleur du sentiment ou la lumière de rintelligencef en un mot qui rendent une physionomie morale. Là est le principal, et tout le reste ne vaut qu'à titre accessoire : ou il faut le négliger, ou Ton s'en servira seulement comme un écrivain se sert du vocabulaire pour rendre ses idée^.

XII. Lettres narratives, — Ici le champ est vaste : car tous les événements humains peuvent entrer dans le cadre d'un récit épistolaire.

Mais le plus souvent on cause de ces bagatelles

aui voliigent dans l'air que nous respirons. S'agitdonc de satisfaire la curiosité mondaine et frivole, d'être récho des mille bruits qui cbculent parmi les salons, de rédiger, en se Jouant, la gazette du milieu que nous habitons, sachons tirer parti de tout et broder apéablement ces riens qui s'associent, chemin faisant, k la finesse de la pensée, à la légèreté de l'ironie, au sérieux môme de l'observateur habile à démêler toutes les nuances des caractères, à dessiner des scènes de mœurs, ou à tracer des croquis comiques. Il faudra donc donner du corps à l'impalpable, piquer l'attention par des saillies, l'amuser par des surprises, être alerte, enjoué, plaisant^ saisir les anecdotes au passage, esquisser des figures, mettre en Jeu des personnages, mêler l'historiette à l'épigramme, sous-entendre des allusions malicieuses, être compris à demi-mot, enfin faire sourire Timagination et surtout le bon sens.

Dans le cas où la narration serait historique, on se rappellera qu'elle doit avoir son exposition et son denoûment, c'est-à-dire, cette unité d'ensemble qui tient le lecteur en éveil depuis la première ligne Jusqu'à la dernière. Pas de monotonie : les détails seront choisis et variés. Pas de digression : courez au but tout d'une haleine, et faites en sorte que l'intérêt soit de plus en plus vif à mesure que vous approcherez du terme. Tracez vous donc un pian qui indique, sans contraindre l'aisance de vos mouvements, toutes les stations de la route à parcourir. Mais vous auriez beau appliquer à la lettre les formules qui encombrent depuis des siècles les traités de rhétorique où traînent tant de lieux communs, vous ne réussirez qu'à être terne et froid, si TOUS manquez de franchise, de délicatesse et de cette sensibilité qui vous fait trouver un plaisir dans ce que vous écrivez.

XIII. Lettres morales. — Sans avoir la prétention d'enseigner et sans dégénérer en dissertation ou en sermon, une lettre peut s'élever aundessus des régions moyennes du style simple, sinon par la forme qui sera toujours celle de la conversation, du moins par le fond des développements qui parfois aboroent les sujets les plus graves. Il en est comme de ces entretiens dont le ton monte ou descend, suivant la nature des questions que suscite l'association des idées.

Songez alors que le fauteuil d'un causeur n'est point une tribune ou une chaire. Les aperçus les plus profonds ne perdent rien à s'exprimer par ce langage uni qui ne vise pas à l'eiTet et s'interdit toute prétention.

Madame de Maintenon excelle dans l'art d'instruire, de diriger et d'édifier, sans avoir l'air de prêcher, de faire la leçon ou de soutenir des thèses. La philosophie de l'expérienco est la seule qui convienne ici. Encore faut-il, s'il est possible, y semer le sel de la sagesse, et ne Jamais confondre le genre ennuyeux ou pédant avec le genre sérieux et austère. Seuloment, que l'esprit ne paraisse qu'à la dérobée, pour mieux faire valoir des pensées solides.

XIV. Les modèles, — Nous venons de nommer M"* de Maintenon. Mais comment oublier M** de Sévigné, dont les lettres sont le chef-d'œuvre du

genre épistolaire? Elles en demeurent rinliRiiable modèle. Tendre; enjouée, rêveuse, malicieuse, compatissante, pathétique et parfois sublime sans y penser, aussi prompte au sourire qu'aux larmes, elle raille sans amertume, badine sans licence comme sans pruderie, prend le ton des sujets les plus dirers avec une souplesse qui ravit, et an abandon oui défie l'art le plus accompli. Parmi les Françaises illustres dont la postérité se souvient, nulle ne lui est supérieure par rimaglnatioa, la sensibilité, la verve aune gaieté qui coule de source, enfin par les qualités brillantes qui sont l'ornement d'une raison solide.

Voltaire est aussi le maître des maîtres, dans cette infatigable Correspondance dont les pages fugitives, écloses en une heure de caprice ou d'àpropos, sont pétillantes de verve, et dureront autant que notre langue. Il faut y chercher son portrait en même temps que le tableau de la société qu'il éblouit sans la rendre meilleure.

Au-dessous de tels génies, il faudrait citer encore Balzac et Voiture, Tun trop solennel, Pautre trop coquet, tous deux beaux esprits qui passèrent leur vie à distribuer des compliments comme des dragées dans une bonbonnière, et à charmer par des bagatelles prétentieuses les coteries et les ruelles où on se diputait leurs moindres billets. Nous devons leur préférer les écrivains diez lesquels les pensées naissent de Tàme, et les sentiments du cœur. Ils ne manqueront Jamais parmi nous ; car le naturel et la sincérité sont le fonds même de l'esprit français. [G. Meriet.]

ÉPITRE. — Littérature et style, III. — Ce mot, dans son acception propre, veut dire lettre missive, et s'applique aux lettres des anciens: ainsi l'on dit les épltres de Cicéron, les épitres de saint Paul.

Mais il désigne aussi, et dans ce cas il s'applique aux écrivains modernes comme aux écrivains anciens, des lettres en vers adressées à quelqu'un, et Ton dit les épltres de Boiloau^ les épltres d'Horace.

Il y a des épltres satiriques, des épltres héroïques, des épltres morales, didactiques; il en est même d'élégiaques et de passionnées ; telles sont les Héroîdes d'Ovide et de quelques poètes français.

On comprend dès lors que le ton des épltres n'ait point de règles fixes. Cependant les sujets didactiques sont ceux auxquels on donne le plnv ordinairement la forme de l'épltre. Le poète, dam ce cas, n'a pas eu l'intention a'écrire un traité régulier sur telle ou telle matière, mais seulement de présenter les pensées qui lui sont rennes à l'esprit en écrivant.

Parmi les poètes anciens, Horace est celai dont les épltres sont le plus connues. La plus célèbre est celle qui est adressée aux Pisons, et dans liquelle Horace donne les règles de Varf poétique,

Boileau, à l'imitation d Horace, a cultivé l'épltre avec succès : c'est dans ses épltres qu'il a peut-être le mieux déployé ses qualités de versificateur noble, élégant et correct : citons entre autres celle sur le Passage du Rhin, et celle adressée à Racine, qui est de beaucoup la plus parfaite.

Voltaire a écrit aussi des épltres, dont quelquesunes sont des chefs-d'œuvre de grâce aimable et spirituelle.

La littérature anglaise compte beaucoup de poètes célèbres par leurs épltres ; mais entre enx il faat distinguer Dryden, et surtout Pope, qui. lui .aussi, a été un des imitateurs d'Horace, et dont les Épltres morales sont généralement considérées comme des modèles parfaits de ce genre de poésie.

, [C.-F. Durand.]

EPOPEE et POEME EPIQUE. — Littérature et style, III. — Le mot Epopée vient du grec épta, primitivement récit, discours, plus tard vers, et de poleô, faire. Il signifie donc, d'après son sens

ÉPOPÉE

ÉPOPÉB

Itymologlque, récit on disconrs en Ten. On employait Antrerois le mot épopée on poème épigue pour désigner les mêmes œa?res. Âajoard'bm on loDoe plnt6t le nom &épopéei h ces compositions [primitives que la critique moderne a en la gloire d'exhumer de la poussière des bibliothèques où elles sisaient ignorées, et qui, sans réunir tous les cancâres consacrés par la tradition, rentrent évidemment dans le genre épique. Le mot de poème épique s'applique pintAt à ces ouvrages d'une forme plus littéraire et plus savante, qui ont pour but de chanter {les Tertus d*un héros, ou de célébrer an événement important, religieux ou profane, ou même une aventure badine. Toutes les œuvres si diverses qui relèrent de Tépopée ou du poème épiqae peuvent se diviser en plusieurs classes, suivant la nature des sujets Qu'elles traitent : 1* épopées primitives et nationales ; 2* poèmes épiques proprement dits ; 3* poèmes hi8tori(][ues ; 4* poèmes religieux ; &* poèmes divers, satinquet, héroleomiques et badins, et poèmes en prose. Nous nous bornerons à signaler les œuvres principales dans chaque classe.

1 . Epopées primitives et nationales. — On trouve àcs épopées chez presque tous les peuples à l'origine de leur civilisation et de leur littérature. Elles ont pour fondement des légendes nationales. Le récit des hauts faits des anciens héros passe d*abord de bouche en bouche, en s'augmentant sans cesse de détails nouveaux et d'exploits extraordinaires, qui frappent d*admiration les auditeurs et sont accueillis avec respect par leur naive crédulité. Au bout d'un certain nombre d'années paraît un poète ou plutôt un arrangeur, qui recueiAe ces légendes confuses , souvent contradictoires, les réunit, les coordonne, écarte celles qui sont trop en désaccord avec le reste, et en compose un ensemble à peu près régulier. Puis [le poète disparaît à son tour, sans laisser souvent son nom à son ouvrage, et celui-ci se transmet de générations en générations, en se modifiant quelquefois, mais en charmant toujoun les hommes auxquels il parle de leurs dieux, de leura héros favoris, ou qu'il console de leur misère et de leur abaissement par le souvenir de leur première gloire et de leura anciens triomphes. Ces épopées primitives sont en vers. Rien de plus naturel. L'écriture n'est pas asses connue, et les matières nécessaires & la transcription de la pensée sont rares et coûteuses. Aussi ces poèmes, souvent considérables, se conservent par la mémoire, qui retient mieux les vera que la prose. Ils sont chantés, et se répandent peu à peu grâce aux chanteun qui vont les répéter de village en village. Jusqu'au Jour où ils sont fixés par l'écriture d'une manière définitive. ^ Les épopées les plus anciennes de ce genre que l'on connaisse appartiennent à l'Inde. Il y en a deux principales. Le Mahabharata, composé en langue sanscrite, raconte en 18 livres et en plus de 200 000 stances les guerres de Kourous (ou Korovas) et des Pandous (ou Pandavas) et les eiploiu de Krichna et d'Ardjouna. On lui donne pour auteur le jpoèteVyâsa, fils du savant Parasara et de la belle Satyavatl, et on place l'époque où il fut composé tantôt anxv*, tantôt auxn* siècle avant notre ère. Mais comme le nom de Vyâsa signifie compilateur, plusieura savanta sont d avis de voir dans le MahaDharata une œuvre collective et la réunion d'une foule de poèmes particulien. La seconde épopée indienne est le Râmdifanat qui raconta les exploita de Ràma et sa victoire sur le géant Ravana, roi de Lanka ou Ceylan. Il se comlH)se de 35000 vera distribués en 7 livres. On l'attribue à un poète nommé Valmiki, qui aurait vécu au XV» avant J.-C. ; d'autres en font l'œuvre de piQsieun poètes appartenant à la même école.

Beaucoup plus moderne est le Shah-Nameh, poème persan composé par le poète Ferdouçy et

oui est écrit en pâraf ou nouveau penan. Feiw doucy, qui naquit Tan 940 et mourut l'an 1070 après J.-C, consacra trente années de sa vie k écrire cette vaste composition de IM 000 vera. C'est une épopée nationale, une sorte d'histoire des rois de Perae, qui a servi de modèle à beaucoup de poèmes du même genre, tels que le Barsu- Nameh et le 8am-Nameb. H a été traduit en français par M. Jules Mohl (Parti», 1838-1850).

Au nord de l'Europe, les Islandais et les Norwégiens ont eu de bonne heure dans leura Sagns (récita ou légendes) les éléments d'épopées nationales. Ces chanta antiques qui célébraient les héros indigènes n'ont commencé à être consignés par écrit que dans la seconde moitié du xi* siècle, et ont été au xii* et surtout au xiii* siècle l'objet de nombreuses additions et imitations. On peut encore placer au nombre de ces épopées primitives les chansons guerrières du Cid en Espagne, ou Romanceros, les chants des Slaves, les ballades écossaises, les chanta des vieux Bretons dans l'Ârmorique, etc. Mais les plus célèbres et les plus intéressantes de ces œuvres sont les Nibelungen allemands et nos chansons de gestes françaises. Les chanta des Nibelungen datent dans leur forme actuelle de l'an 1^10 environ^ où ils furent remaniés par un poète oue l'on appelle, sans raisons bien convaincantes, du nom d'Heinrich von Ofterdingen. C'est l'histoire de la rivalité de Kriemhilt, sœur du roi des Bourguignons, et de Bninhilt. souveraine de l'Islande et femme do Guntlier, roi des Bourguignons. Pour venger le meurtre de Siegfried, son époux, assassiné par ordre de Brunhilt, Kriemhilt attire dans un piège les guerriers de Bourgogne, et les fait massacrer dans une longue lutte à la suite de laquelle elle périt elle-même. Le poème tire son nom du trésor enlevé par Siegfried aux Nibelunçen, princes du Nord, et qui glt enfoui sous un rocher dans le Rhin.

Les chansons de gestes françaises. sont des poè* mes qui ont souvent de vingt & trente mille vera se suivant par tirades de vingt à deux cents vera sur une seule rime ou assonance. Us sont formés la plupart du temps de deux ou plusieura poèmes sur le même sujet, que le rédacteur a recueillis et a Juxtaposés plus souvent qu'il ne les a fondus dans son ouvrage. Ces poèmes se partagent en trois groupes principaux, suivant la nature des sujets

Su'ils traitent. On a ainsi le cycle français ou de harlemagne, le cycle armoricain ou d'Arthur, et le cycle d'Alexandre. Le poème le plus célèbre du cycle de Charlemagne et de toutes les ch'msons de gestes est la Chanson de Roland, Ce poèmo de 4 000 vera raconte la mort du paladin Roland, neveu de Charlemagne, surpris dans les défilés de Roncevaux, au milieu des Pyrénées, par une armée innombrable de Sarrasins. Une bataille terrible s'engage : Roland, l'archevêque Turpin, les douze pain de France accomplissent des prodiges de valeur. Trois fois Olivier supplie Roland de faire entendre ce cor ou olifant dont les sons connus arriveront Jusqu'à Charlemagne,qui est en avant avec le reste de l'armée française. Roland s'y refuse ; il s'y décide trop tard en voyant arriver une nouvelle réserve de 60 000 ennemis. Mais dans i'efl^ort de cet appel suprême, il se rompt les veines de la poitrine. Alora, désespéré de la mort de tous les siens. Il essaie de bnser sur un rocher son épée, sa fameuse Durandal, pour qu'elle ne devienne pas la proie de l'ennemi. R n'v peut parvenir ; il la couvre alora de son corps, puis adresse au ciel une dernière prière que les anges portent à Dieu avec son âme. Charlemagne, qui a entendu le son du cor, venge son neveu en détruisant l'armée sarrasine et en mettant à mort le traître Ganelon, qui a fourni aux Sarrasins l'occasion de surprendre la

Setite armée^e Roland. Telle est l'analyse rapide e ce poème grandiose qu'anime déjà un sentiment

ÉPOPÉB

ÉPOPJÊB:

patriotique très m&rqaé, et qui chante la gloire et le charme de la « douce terre de France » .

)i. Poèmes épiques proprement dits, ^ L*épopée ou poème épique, dans le sens plus restreint qu'on attache k ce mot, est le récit en yers d'un événement considérable, ou d'une action héroïque, où le poète introduit le merveilleux pour donner aux faits plus de grandeur^ et frapper plus vivement r esprit des lecteurs. Là, comme dit BoUeau {Art poétique, chant 111} dans les règles qu*il trace du poème épique :

Là, pour nous enchanter, tout est mis en nsage; Toat prend un corps, une âme, un esprit, on nsage. Chaque Terta devient une divinité :

Minerve est la pradenoe, et Yéaus la Iieaaté.

Mais comme )e récit d'une seule aventure ne pourrait suffire à de lon^s développements» le

Poète a recours à des épisodes qui soutiennent action, la varient et préparent le dénoûment. Il ne saurait être question ici de reproduire les préceptes relatifs à la composition du poème épique que Boileau, le père le Bossu et tant d'autres ont indi(|ués après eux. Ces règles, du reste, sont très vagues et très générales : elles ne font que constater les procédés mis en œuvre par les poètes qui ont lo mieux réussi dans ce genre. Elles ne peuvent s'appliquer à l'avenir, ni régler d'avance les formes nouvelles que le génie créateur d'un grand poète donnera peut-être à l'épopée. Ainsi, au moment mémo où Boileau, s'appuyant sur les poèmes qu'il connaissait, proscrivait le merveilleux chrétien « avec Astaroth, Belzcbuth, Lucifer », et s'écriait :

Et quel objet enRn à présenter anx yeux Que le diable toujours hurlant contre les deux, Qui de votre héros veut rabaisser la gloire, Et souvent avec Dieu balance la victoire,

au même moment, disons-nous, Milton publiait son Paradis perdu (V. plus loin), et démentait en Angleterre lesarrôts rendus en France par Boileau.

Il suffira de signaler à l'attention du lecteur les parties principales d'un poème : le début, qui est roxposition du sujet et est suivi le plus souvent d'une invocation ; la narration^ qui forme le nœud de l'action et est mêlée d'épisodes particuliers qui ajoutent à l'intérêt ; enfin le dénoûment^ qui est le triomphe ou la chute du héros du poème.

Nous allons passer en revue, en les analysant brièvement, les œuvres épiques les plus célèbres.

hll'ade et YOdyssée, que l'on trouve à l'origine de la littérature grecque, faisaient partie sans doute de ces épopées primitives dont nous avons parlé plus haut. On croit que la forme sous laquelle elles sont connues aujourd'hui date du vi* siècle avant notre ère. Depuis cette époaue, elles ont été l'objet de l'admiration universelle, et ont servi de modèles à tous les poèmes épiques qui ont survécu. L'Iliade est le récit de la querelle qui s'élève pendant la neuvième année de la guerre de Troie entre Agamemnon, le cHef de l'armée, et Achille, roi des Myrmidons, le plus vaillant des Grecs. Achille, irrité de s'être vu enlever par Agamemnon la captive qu'il aime, refuse do combattre désormais contre les Troyens. Ceux-ci profitent de son absence, et Hector, leur chef, vient mettre & son tour le siège devant le camp des Grecs. En vain on supplie Achille do revenir au combat. Il ne se laisse toucher ni par les prières^ ni par les promesses, et il ne prend de nouveau part à la lutte âue lorsque son ami Patrocle est tombé sous les coups 'Hector. Il le venge alors en tuant celui-ci et en traînant son cadavre autour de la ville. Malgré son ressentiment, il s'apaise cependant en voyant les larmes du vieux Priam, roi de Troie, qui est venu le trouver dans sa tente, et il consent & lui rendre lo corps de son fils. De nombreux épisodes, tous

intéressanta, remplissent les vingt-quatre chanta de ce poème qui embrasse seulement un espace de quarante-sept Jours.

Le poème de VOdyssie est attribué également à Homère, et contient aussi vingt-quatre chants. Ulysse, roi d'Ithaque, un des principaux parmi les chefs qui ont pris part k la guerre de lYoie» erre depuis dix ans sur les mers, écarté sans cesse de sa Satrie par la colère de Neptune, le dieu de la mer, ont il a aveuglé le ^s, le rârclope Polyphème. Apre» mille aventurea ches les Lotophages, dana la contrée habitée par les Cyclopes, chez Eole« le roi des vents, chea les Lestrygons, dans l'Ile de l'enchanteresse Circé dont les breuvagea changent les hommos en bêtes, dans l'Ile de la nymphe Galv^pso, il est jeté sur les eûtes de llle aea Phci^iens. Ceux-ci, charmés de ses récita, lui donnent an navire qui le ramène k Ithaque. Mais les aveatores d'Ulysse ne sont pas terminées. Pendant sa longue absence, son p^ais a été envahi par de nombreux prétendants qui, persuadés de sa mort, veulent que sa femme Pénélope choisisse parmi eux ne nouvel époux. Aidé de son fils Téiémaque et de quelques serviteurs fidèles, Ulvsse, qui est rentré dans son palais sous l'habit d un mendiant, sar> prend les prétendants» les enferme dans la salle des festins, les tue avec les flèches de son arc terrible et se fait reconnaître de Pénélope.

Le poème le plus célèbre de la lilleratore latine est VÈnéide, composé par Virgile sous le règne de l'empereur Auguste. Des légendes ({ui remontaient à une époque reculée rapportaient qu'une colonie deTroyens, conduite par Énée. était ven?*'^ s'éublir en ItaUe après ia ruine de Troie. Elles prétendaient faire descendre d'£née la famille da dictateur César, et par conséquent d'Auguste, son neveu et fils adoptif. Virgile a réuni toutes ces légendes et en a tiré un heureux parti dana son poème. Enée s'est embarqué avec tous les Troyens qui ont échappé à la destruction de leur ville. Mais la colère de Junon, l'ennemie acharnée des Troyens, le poursuit sur mer et l'écarté sans cesse de 1 Italie ou les destins rappellent. Un des épisodes les plus intéressants du poème est le lY* chant, qui raconte les amours d Enée et de Didoo, reine de Carthage. La volonté de Jupiter arrache enfin Enée au séjour de l'Afrique et le conduit en Italie. Après avoir visité aux enfers l'ombre de son père Anchise, Enée demande au roi Latinos la main de sa fille Lavinie. Tumus, le roi des Rutulesj la lui dispute, et commence contre lui une guerre sanglante qui, après bien des péripéties, se termine par le triomphe d'Enée et la mort de son rival. Par ce poème qui secondait sa politique, l'empereur Auguste espérait donner au régime nouveau qu'il fondait 1 appui des traditions les plus anciennes et les plus respectées des Romains.

Si de l'antiquité classique nous passons aux temps modernes, nous trouvons en France, outre les chansons de gestes et les épopées du moyen âge, un. grand nombre de poèmes épiques au XVI* ,et surtout au xvii« siècle. Il suffît de citer ia Franciade de Ronsard, VÀlaric de Scudéry, le Saint- Louis du père Lemoyne, et la Pucelle de Chapelain, Mais la Franciude^ malgré quelques beaux vers, n'a pas survécu à sou auteur. Quant aux autres poèmes, on ne les connaît plus guère que par les critiques de Boileau.

Au xvin* siècle. Voltaire a essayé de faire revivre ce genre qui appartient plutôt aux époques de foi et d'imagination naïve, et il a composé la Henriade. C'est l'histoire du siège de Paris commencé par Henri III et Henri IV et terminé par le triomphe de ce dernier qui est reconnu roi de France- Voltaire a fait entrer habilement, dans le cadre qu'il avait choisi, l'histoire des guerres de reii- ^on, les fureurs de la Ligue, le massacre de U

ÉPOPÉE

ÉPOPÉE

Safnt-Bartliéleiny, la bauille d*Ivry, le récit des deu:x sièges de Paris et de l'horrible famine qmi €l<5sola la Tille. Mais, malgré de beaux épisodes, <les portraits intéressants et bien dessines, l*ou- ^rra^e a un caractère monotone et peu intéressant. Le menreilleui y a sa place, mais il embarrasse le poème plutôt qu*il n*en fait l'ornement : la Hclifjion^ la Discorde^ le Fanatisme^ la Vérité, qui ioterriement, sont de froides allégories qui ne présentent àFesprit aucune image faâle à saisir, et remplacent mal les divinités païennes qu*Homère et Virgile avaient introduites dans leurs ouvrages. Plus vivante et plus intéressante est la Jérusalem délivrée, composée par le Tasse, poète italien da XTi* siècle. C'est Thistoire poétique de la fin de la première croisade. Les chrétiens sont arrivés BOYis les murs de Jérusalem et se préparent à lui donner le dernier assaut. Mais TEsprit du mal protège les Musulmans et s'efforce par des enchantements et des sortilèges d'empêcher les chrétiens de s'emparer de la ville. Dieu lui-môme, pour punir les fautes des croisés, lui permet do les éprouver. Aussi, à chaque instant, ce sont de nouvelles péripéties qui retardent leur succès. Ce qui donne surtout de l'intérêt au poème du Tasse, c'est que ses personnages sont vivants et tracés avec une rare habileté. Du cété des Musulmans, c'est Aladin, le roi perfide, le farouche Argant, la belliqueuse Clorinde, Tenchanteresse Armide aux dangereuses séductions. Du côté des chrétiens, c'est le sage Godefroi de Bouillon, l'impétueux Renaud, le tendre et Taillant Tancrède, sans compter beaucoup d'autres personnages secondaires dont chacun a sa physionomie propre et son caractère. Enfin, Glorinde est tuée et reçoit en mourant le baptême de la main de Tancrède, Argant tombe à son tour, et Godefroi entre en triomphe dans le temple de Jérusalem.

Quelques aniiées avant le poème du Tasse paraissaient, en Portugal, les Lusiades de Camoéns. Cette œuvre tût proToquée par l'enthousiasme qu'excitèrent les découvertes des Portugais sur les côtes de l'Afrique, surtout quand elles attei-

Sirent et dépassèrent le cap de Bonne-Espérance, moens, qui lui-même avait vécu aux Indes, chanta la plus célèbre de ces expéditions, celle de Vasco de Gama, qui le premier franchit le cap le plus méridional de l'Afrique et changea son nom de Promontoirt des Tempêtes en celui do cap de Boane-Ëspérance qu'il a gardé. Camoéns décrit les différents peuples qui habitent les côtes de TAIrique, et mêle avec art à son récit l'histoire du Portugal. On admire surtout dans le troisième chant les aventures tragiques de la célèbre Inès de Castro, que don Pedro, fils d'Alphonse IV^ roi de Portugal, avût épousée en secret, et qu'Alphonse IV, irrité de cette mésalliance, fit assassiner. Rien de plus touchant que le récit de ses vertus et de ses malheurs; c'est au Jugement des connaisseurs la partie la plus intéressante et la mieux écrite du poème. On cite encore l'apparition du géant Adamastor, qui essaie vainement par les menaces qui! profère et les tempêtes quil soulève d'empêcher les Portugais de franchir le cap de Bonne-Espérance. Mais on est choqué de voir les Néréides et Thétis, déesse de la mer, in-* tervenir pour récompenser Gama et ses compagnons de leurs fatigues, et Vénus seconder les efforts des Portugais pour propager la fol chrétienne dans les Indes. Ce mélange du christianisme et du paganisme g&te les dernières parties du poème.

d. Poèmes historiques. — On donne ce nom à des ouvrages composés sur le modèle des poèmes épiques, mais qui n'admettent pas le merveilleux. Ils chantent les événements tels qu'ils se sont passés et les reproduisent avec la fidélité de l'histoire, ils empruntent leurs seuls ornements à la grandeur des faits, à l'éclat des tableaux qu'ils déroulent et

à la beauté du style. Aussi les conditions de ce genre, si difficiles à remplir, rendent ces poèmes nvids et monotones. La Pharscde de Lucain, qui vivait au temps de Néron, est le poème historique le plus remarquable. C'est le récit de la guerre civile qui éclata entre César et Pompée, et qui se termina par la mort de celui-ci et par la dictature de César. Les épisodes sont empruntés aux divers événements de la guerre. Le poème, interrompu par la mort de Lucain Impliqué dans une conjuration contre Néron, s'arrête au milieu du dixième livre. Les descriptions et les discours sont les plus brillantes parties du poème, qu'animent, malgré de nombreuses fautes de goilt, un souffle puissant et un généreux amour de la liberté. On remarque les mêmes mérites dans VAroucana, poème historique de don Alonso de Ercilla, auteur espagnol du xvi« siècle. C'est l'histoire de la conquête du pays des Araucaniens (près du Chili) par les Espagnols. Mais la répétition des mêmes faits, des mêmes luttes sanglantes où ne change que le nom des chefs, produit la monotonie. Aussi l'œuvre d'Erciila ne mérite guère les éloges enthousiastes que Cervantes lui adresse par amour -propre national.

4. Poèmes religieux. — On classe sous ce nom un grand nombre de poèmes qui traitent de sujets religieux ou touchant à la religion. L'ouvrage du caractère le plus étrange et le plus admirable en ce genre est la Divine Comédie de Dante Alighieri,.

S ni parut en Italie au commencement du xiv* sièe. Ému des malheurs de son pays, poursuivi par la haine implacable de ses ennemis politiques, le Florentin Dante conçoit l'idée d'une épopée extraordinaire où l'enfer, le purgatoire et le paradis s'ouvriront devant lui tour à tour. L'un lui offrira ses supplices éternels, l'autre ses peines expiatoires, l'autre une félicité sans fin, pour punir et récompenser les ennemis et les amis de l'Italie, les oppresseurs ou les défenseurs de sa liberté. Le poème se compose donc de trois parties, l'Enfer, le Pureatoire, le Paradis. La plus belle est l'Enfer. Guidé par le poète Virgile, Dante visite l'enfer» formé de neufs cercles concentriques où les cou-

fiables sont soumis à des supplices aussi variés ^ue eiirs crimes. L'imagination ae Dante est inépuisable il dépeindre leurs souffrances. H place parmi les damnés ses ennemis, même ceux qui rivaient encore, et dont quelques-uns, dit-on, se tuèrent de désespoir pour échapper à la honte que le poète avali répandue sur eux. Les plhs beaux épisodes sont ceux de Françoise de Rimini, assassinée avec soa amant par un mari jaloux, et le supplice d'Ugollr» et de ses enfants mourant de faim dans la tour ois on les a enfermés. Le Purgatoire et le Paradis, malgré de nombreuses beautés, offrent moins d'intérêt. Les supplices du purgatoire ne différant de ceux de l'enfer que par l'intensité et la durée, les descriptions deviennent monotones, et la théologie mêlée à l'astronomie rend fatigante la lecture da Paradis.

Une inspiraiion presque aussi élevée a dicté ei> 1665 à l'Anglais Milton son poème du Paradis per^ du. Milton a pris pour point de départ de son œuvre l'histoire de la Genèse. Il raconte en vers admirables et animés d'un souffle vraiment poétique la création du monde et celle du premier nomme et de la première femme. Rien n'est plus gracieux que les épisodes où il dépeint le bonheur du premier couple dans le séjour de félicité, dans ce Paradis terrestre qui lui a été donné. Mais ce bonheur ne saurait ourer. Satan en est Jaloux. L'ange déchu, tout meurtri encore de la lutte audacieuse qu'il a soutenue contre les anges restés fidèles, veut entraîner Adam et Eve dans sa chute, n pense trouver un moyen de se venger de Dieu en perdant les créatures que celui-ci a formées avec amour. Il tente Eve, la séduit d'abord, et avec elle

ÉPOPËB

ÉQUATIONS

et par eïie, il entraîne Adam ta péché. Le paradis est aiors perdu, et nos premiers parents n*aaraient

lus qu'à se livrer au désespoir, si Dieu ne faisait jriiler à leurs yeux Tespérance du pardon et de la rédemption. On ne saurait trop admirer l'habileté avec laquelle Milton a rempli un cadre e! simple et si connu. Un critique anglais disait de lui que U nature avait formé son génie de Tàme d*Homère et de celle de Virgile. Son style, surtout, qui sait opposer les images les plus grandioses, la peinture terrible de la Mort, du Péché, aux tableaux délicieux de la terre à ses premiers Jours, n*a pas été surpassé. Quelques fautes de goût déparent seules cet ouvrage. En vain les Allemands ont voulu lui opposer au xviu* siècle la Messiade de Klopstock. Ce poème, qui raconte les miracles du christianisme, la vie et les souffrances du Rédempteur, offre un caractère plus religieux, mais est moins intéressant et moins poétique que le Paradis perdu.

5. Poèmes divers, satiriques, héroUeomiques, badins; poème i en prose. — On rattache encore au genre du poème épique une foule considérable de compositions différentes de style et de caractère. En premier lieu se placent les poèmes satiriques du moyen âge, le Roman de la Rose et le Roman du Renart. Le Roman de la Rose (xiii* siècle) n'est dans sa première partie qu'une histoire amoureuse, une longue alléçorie remplie de personnifications bizarres. Il s*aKit de la conquête d'une rose qui représente la femme aimée. Le poète est aidé ou entravé dans sa tentative par Bel-Accueil, Courtoisie, Peur, Jalousie, et par cent autres personnages aussi impalpables qui dissertent et raisonnent, et à qui il ne manque que la vie. La seconde partie du poème a un caractère de satire plus marqué. L'auteur, Jean de Meung, ne ménage aucune classe de la société ; il poursuit d'amères critiques la noblesse, le clergé et môme la royauté. On sent Tesprit moderne qui s'éveille et qui se venge de ses longs siècles d oppression avec la seule arme qu'il a à son service, 1 esprit et la raillerie.

Mais l'œuvre satirique par excellence du moyen âge est lo Roman du Benart, création ou plutôt compilation gigantesque, œuvre de nombreux poètes dont la plupart sont inconnus, et qui appartiennent les uns à la fin du xii* siècle et les derniers au XIV*. Mais tous ces poètes sont réunis par une inspiration commune, la haine de l'op-

{>resslon et ne la tyrannie féodale. Ce poème est a revanche du faible, la lutte de l'intelligence contre la force, le triomphe de la ruse sur l'esprit chevaleresque. En vain Isongrin le loup a pour lui la puissance et la richesse^ Renart, le héros du poème, l'emporte toujours sur lui grâce à son esprit, et finit même par ceindre la couronne.

Le Roland Furieux de l'Italien Arioste, au XVI* siècle, est le plus célèbre des poèmes hérolcomiques. D a pour cadre la croisade fabuleuse de Charlemagne contre les Sarrasins, et la lutte des chevaliers chrétiens contre les chevaliers musulmans sous les murs de Paris. Le plan du poème finit par disparaître sous la multitude des épisodes intéressants qui y sont accumulés. Les parties principales sont la peinture de la folie |]ui s'empare ae Roland en apprenant qu'Angélique qu*il aime est éprise du beau Médor, le voyage d'Astolphe dans la lune à la recherche de la raison de son malheureux ami, et enfin le mariage de Roger et de Bradamante, retardé sans cesse par toutes sortes de péripéties, d'infortunes et d enchantements. Aucun poète n'a eu l'imagination plus fraîche et plus éclatante que l'Arioste, et n'a su mieux que lui mêler le sérieux et le plaisant, le sublime et le familier.

Les poèmes épiques badins sont la parodie de Tépopco sérieuse. Le plus ancien ouvrage dans ce genre est la Batrachomyomachie ou combat des

rats et des grenouilles, attribué à Homère, mais qui a pour auteur un poète de l'école d'Alexandrie. On cite encore en Italie le Seau de bois ravi de Tassoni; en Angleterre la Boucle de ef^eveux enlevée de Pope ; en France le Lutrin de Boileau, le Vert'Vert et le Lutrin vivant de Gresset.

On range quelquefois dans l'épopée certaines grandes compositions en prose, comme le Tél^waque de Fénelon, et les Martyrs do Chateaubriand. Ces ouvrages sont trop connus et trop répandus pour qu'il soit nécessaire d'insister. L un raconte les voyages et les aventures de Télémaquc à U recherche de son père Ulysse. L'antre est la pein« ture de la lutte du paganisme expirant contre le christianisme, et se termine par le martyre d'Eodore et de Gymodocée.

Nous avons passé en revue un grand nombre de poèmes de toutes sortes et dans tous les genres : il eût été facile d*en citer davantage, et de prolonger ces analyses. Nous nous sommes borné à indiquer, avec leurs détails principaux, les ouvrages les plus célèbres dont tout homme qui a reçu une éducation libérale doit connaître les noms, et dont il doit avoir lu au moins quelcjues-uns. Toutefois, pour bien appréder leur mérite et tirer an réel profit de ceue lecture, il faut y apporter une certaine préparation, il faut être initié à une multitude de faits, d'idées et de connaissances auxquels l'instruction primahre seule n'a pas habitué les meilleurs esprits. Sans parler des épopées orientales et de quelques autres, les chansons de gestes elles-mêmes, quoi<^ne écrites en français, sont d'une lecture difficile pour quiconque n'a pas fait une étudo spéciale du latin et de notre vieille langue. Enfin, comme la plupart des poèmes épiques qui appartiennent aux époques de culture littéraire se sont inspirés des souvenirs de l'antiquité classique, il faut s'être familiarisé avec les idées, U mythologie et la littérature des anciens. Mais aussi, quand on réunit ces conditions, avec quoi plaisir, avec quel intérêt on lit ces œuvres remarquables, le plus bel efl^ort du génie humain 1 Comme on goûte tantôt l'élévation des pensées, Téclat do style, tantêt la finesse, le piquant des deuils et des allusions! C'est pour l'esprit la plus intéressante et la plus saine des récréations et des lectures. [Victor CuchevaL]

ÉQUATIONS. — Algèbre, VU-IX. — I. — Deux expressions algébriques séparées par le signe =s constituent ce qu'on appelle une égalité; chacnne des expressions ainsi séparées forme un des menh bres de l'égalité. On peut, sans troubler une égalité, ajouter une même quantité aux deux membres, en soustraire une même quantité, multiplier on diviser à la fois les deux membres par nne même quantité. On peut faire passer un terme quelconoue de l'un des membres dans l'autre, à U condition de changer son signe. Soit, par exemple, l'égalité

a + 6 = c — rf .

Si Ton efface dans le premier membre le terme b qui était additif, on diminue ce membre de b; il faut donc diminuer aussi de b le second membre, ce qui donne

a a» c — rf — 6,

et l'on voit que le terme -h 6 a changé de signe en changeant de membre.

Si l'on eflàce dans le second membre le terme

— d qui était soustractlf, on augmente ce membre de d: il faut donc augmenter aussi de d le premier membre, ce qui donno

a -|- (i es c ~ 6y

et l'on voit qu'en changeant de membre, le terne

— cf a aussi cliangé de signe.

ÉQUATIONS

ÉQUATIONS

S. — Los égalités peuvent fttre d'espèces très différentes. Soit, par exemple, Tégalité

(jp4-Î)C« — 2) -»«• — *•

Quelque valeur qu*on attribue à x, Tégnlité est toujours satisfaite. Une égalité ainsi indcpcMidante de la valeur dps lettres qui y entrent est co qu'on nomme une identité.

SoU au contraire Tégallté fort simple

On voit aisément qu'elle est satisfaite quand on y remplace x par 5 ; mais qu'elle ne saurait l'être par tout autre nombre. Une pareille égalité, dans laquelle x représente une quantité inconnue, est ce qn*on appelle une équation; et le nombre S, qui satisfait à Tégalité, est la valeur de Tinconnue x. Trouver la valeur que doit prendre Tinconaue pour que Inéquation soit satisfaite est ce que Ton appelle résoudre Téquation.

3. — Equations du premier degré à une seule inconnue. — Une équation ne renfermant qu'une inconnue est dite du premier degrés lorsque lïnconnue, n'entrant pas en dénominateur, n'y figure qu'à la première puissance. Ainsi l'équation

est uno équation du premier degré. Pour la résoudre, il sufAt de lui faire subir des transformations très simples. On peut d'abord réduire tous les termes au mémo dénominateur^ et écrire

H-îLî

On peut ensuite multiplier tous les termes par 6, ce qui revient à supprimer le dénominateur commun, et donne

ou» en effectuant les calculs indiqués,

Zx — 9 + 2x + \^e0.

On peut ensuite faire passer dans le second membre les termes — 9 et 4- 4, ce qui donne

on, en réduisant, bx » 65.

On peut enfin diviser les deux membres par 5, ce qui donne

Sous cette forme Téquation est résolue ; il est clair, en efifet, qu'elle est satisfaite par la valeur 13, mise pour x; et que le nombre 13 est le seul qui y satisfasse.

Toutes les équations du premier degré à une seule inconnue peuvent être traitées de la môme manière, ce qui conduit à la règle suivante :

Pour résoudre une équation au premier degré à une inconnue t il faut: l^ réduire tous les termes . au même dénominateur; 2* supprimer !e dénominateur commun^ 3* effectuer, s'il y a lieu^ les calculs indiqués; 4* fatre jMSser dans un membre tous les termes affectés de tinconnue, et dans Vautre membre iouf les termes connus: 5* réduire les termes semblât 'es ; 6* enfin aioiser les deux membres par le coefficient de tinconnue.

On pourra proposer aux élèves les exemples suivants :

— -—f-— = 2, d'oà x^a + b;

Sx — 1 2X-+-1

+-5> d'où xs=n;

4aî+l g 4-4

f.49 d'où ap«ll.

4. — Voici quelques exemples de problèmes conduisant à uno équation du premier degré à uno inconnue. Déduire de l'énoncé l'équation qui donnera l'inconnue est ce que l'on appelle mettre le problème en équation ; il n'y a pour cela d'autre règle que la suivante : Indiquer, à l'aide des signes algébriques, les calculs que Von aurait à effectuer si ton voulait vérifier ta valeur de tinconnue.

I. — Partager 42 en deux parties telles que le tiers de Vune soit égale au quart de Vautre. Soit x la première partie ; la seconde sera 42 — x; on devra donc avoir, d'après l'énoncé :

d'où Ton tire ar s 18 pour la première partie, et par conséquent 24 pour la seconde ; ce qu'il est facile de vérifier.

II. Un père a 34 ans et son fils en a 6; on de* mande dans combien cVannées tàge du père sera le triple de Vâge du fils. Soit x le nombre d'années cherché. Dans x années l'âge du père sera devenu 34 + X, et celui du fils 6 + 2r; on devra donc avoir

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