GRAMMAIRE COMPARÉE — 890 — GRAMMAIRE COMPARÉE
rée, regardant chaque idiome eommo un membre qui doit forcément se rattacher aune famille dont il reproduit, an milieu de toutes les différencee de détail, les traits généraux et caractéristiques, cherche dans le rapprochement, dans la comparaiion de tous ces idiomes congénères, la cause et Texplication des faits particuliers que présente chacun d*eux. De là son nom de Grammaire comparée. Un exemple que nous allons tirer de la famille à laquelle appartient la langue française montrera combien les prétentions de cette science sont légitimes.
Environ trois mille ans avant notre ère, les ancêtres de notre race étaient encore concentrés sur les hauts plateaux de cette partie de TAsie que Ton a nommée TArie, et qui s^étend à I*ouest de la chaîne de THindou-Kousch. Devenus trop nombreux, les Aryas firent forcés de se disperser et d'aller chercher au loin des établissements plus vastes et plus commodes. Les uns, suivant les contre-forts occidenuux des montagnes qui leur fer^ maient l'accès du Tibet et de la Chine, allèrent s'établir dans rinde, où ils formèrent les castes su- Kérieures de ce pays. D'autres se Axèrent dans la [ëdie et dans la Perse. Les tribus les plus nom» breuses enfin, se dirigeant vers l'ouest, et continuellement pressées par de nouvelles migrations, vinrent peupler TEurope et donnèrent naissance, d'un côté, aux Celtes, aux Scandinaves, aux Germains, aux Slaves, qui se fixèrent définitivement dans la région du Nord ; et de l'autre, aux Pélasges, aux Hellènes et aux autres tribus qui peuplèrent l'Espagne, l'Italie et la Grèce.
La langue que parlaient toutes ces peuplades se modifia diversement avec les siècles, sous l'influence du climat et do la civilisation, et devint, dans l'Inde^ le sanscrit, cette langue sacrée qui, morte aujourd'hui comme le latin parmi nous, a été soumise depuis des siècles, par les Brahmanes, à l'analyse la plus délicate et la plus minutieuse ; elle donna naissance, dans l'Iran, à l'idiome que nous ont révélé Anquetil-Duperron et K. Burnouf, et dans lequel es'^exposée la doctrine du réformateur Zoroastre.
En Europe, à Texception du basque, du finnois, du hongrois et du turc, qui se rattachent à une autre famille, tous les idiomes qui se parlent aujourd'hui sont la forme nouvelle que le temps a donnée à la langue primitive des tribus aryennes. Quelques-unes de ces langues, comme le français, l'italien, le portugais. l'espagnol^ s'appellent néolatines ou romanes, parce que, dérivées principalement de la langue qui se parlait jadis à Rome, elles ne sont pour ainsi dire qu'un aspect nouveau sous lequel la langue latine continue de parcourir, dans rËuropa occidentale, la série de ses métamorphoses.
Il ne nous reste aucun monument de la langue que parlaient primitivement les tribus aryennes. Mais, bien que nous ne puissions rattacher les langues modernes à leur origine commune, il nous Bufiira de r^)procher quelques-unes des expressions qui, répondant à un des premiers besoins de l'homme, ont dû sortir les premières de la bouche des Aryas^ pour établir avec la plus complète évidence la parenté des langues indo-européennes.
Ainsi, pour ne citer que deux exemples caractéristiques, le mot mère, ce mot qui nous vient avant tous les autres sur les lèvres, se dit, en sanscrit, ma/rty en persan, mader ; en grec méter ou mater ; en latin, mater; en allemand, mutter; en slavon, mati; en celtique, mathair. Il faudrait être bien difficile pour exiger une ressemblance plus saisissante.
Passons maintenant à un ordre d'idées tout diiïérent. Le nombre neuf, dont la conception même indique un degré de civilisation déjà avancé, et remonte par conséquent à une époque très éloi-
gnée de l'ori^ne commune, est tiré, dans toutes les langues indo-européennes, de l'adjectif qui aignifie nouveau : c'est, en quelque sorte, le nombre ou le chiffre récemment trouvé et encore Umtneuf, ce qui tendrait à établir que la numération s'était longtemps arrêtée à huit. Or, nouveau se dit, en sanscrit, nava; en persan, nev; en grec« neos ; en latin, novus; en allemand, neu; en slavon, not ; en celtique, nua. Et, par une conséqnence toute naturelle, dans tons nos idiomes modernes, le nombre neuf et l'adjectif nouveau présentent la plus frappante analogie, quand ils ne sont pas, comme en français, absolument identiques.
Ces ressemblances, qu'il est impossible d'attribuer au hasard puisque les dernières se rattachent à l'expression d'une idée abstraite, montrent bien que toutes les langues indo-européenneM ne sont que des variétés, des états plus récents d'un idiome antique, auouel elles se rattachent comme à une commune origine. Il est, dès lors, légitime de prétendre qu'en rapprochant deux ou plusieurs langues congénères, on pourra tirer, de cette comparaison, l'explication ae mille faits grammaticaux qui échapperaient à 1 analyse ou qui resteraient inintelligibles si on les envisageait isolément.
Par exemple, nous lisons dans nos grammaires classiques, que la troisième personne du singulier des verbes se termine par un t. Ainsi : il aimair ; il finissait', il recevair; il rendait. Mais, ai nous examinons la troisième personne du singulier du présent de Tindicatif, nous voyons surgir deu irrégularités :
« // aime; il finit; il reçoit; t7 rend, >
Supposez que les langues anciennes nous soient inconnues, et que la pratique de la comparaison nous soit impossible, les fbrmes il aime, il rend, deviennent inexplicables, et nous sommes forcés de les ranger au nombre des anomalies. Bien plus, nous ne pouvons pas même expliquer Tongine de cette règle qui dit que le i est la finale caractéristique de la troisième personne. Les grammairiens de Rome n'en savaient pas plus long sur ce sujet ; et s'ils ont réparti les «erbes latins en
ffuaire conjugaisons, c'est que, ne connaissant pas es idiomes qui auraient pu leur révéler la constitution intime de leur langue, et, par conséquent, se trouvant incapables de résoudre les formes verbales en leurs éléments, ils ont pris pour base de leur classification les anomalies apparentes et nous ont ainsi légué ces divisions arbitraires qu'il sera bien difficile d'extirper de l'enseignement.
Grâce à la comparaison, le fait grammatical dont nous parlons se révèle dans toute sa simplicité.
Nous avons appris, en effet, en comparant le latin et le grec avec les idiomes congénères de l'Asie, que la troisième personne du singulier se forme en ajoutant au radical, qui contient la signification du verbe, un EufBxe pronominal fi, qui représente la troisième personne, et signifie par conséquent tl ou elle. Je prends, par exemple, le radical ama, qui exprime l'idée d'atmer; j'y ajoute le suffixe pronominal ^t, et je forme ainsi une troisième personne du singulier que représente avec la plus grande exactitude notre forme française aime-t-tl. Seulement, dans aime-i-il, qm est pour aimet'il, le pronom sujet se trouve exprimé deux fois : il est représenté d'abord par la lettre T, qui n'est point, comme on le dit souvent, une lettre euphonique, puisqu'il y a eu un temps où l'on écrivait t7 aimet; il est, de plus, exprimé par le pronom t7, oue l'on ajouta devant le verbe sous l'influence de aeux causes : 1* parce que l'on avait perdu le sens des désinences personnelles, qui ne sont autre chose que les pronoms sujets ; 2* parce que ces syllabes finales se trouvant après la voyelle accentuée, et dès lors forcément destinées à 8*as*
«ourdir oa à se perdre en passant du latin en firançaisy il fallut bien, pour ôtre compris» exprimer le pronom avant le yerbe, surtout quand on se trouvait obligé d'employer des formes aussi identiques pour l^oreille que y aime ^ tu aimeSf il aimCy ils aimentl
Ainsi, grâce à la comparaison, nous avons appris à décomposer le verbe en deux éléments fondamentaux : le radical et la désinence personnelle. De plus, en remontant de quelques siècles dans notre histoire, nous avons trouvé cette forme ancienne « il aitnet », qui fait rentrer le verbe aimer dans le concert des autres conjugaisons. Si nous considérons d*autre part que le d final de « il rend « est une dentale moyenne, dont la présence amène naturellement, et en vertu d'une loi phonique, la suppression du t qui n*est lui-même qu une dentale ténue, nous aurons du même coup ramené les quatre formes citées plus haut à un type unique. Et comme il serait facile de ramener oie même toutes les autres personnes à un seul modèle, nous avons démontre, non plus à priori, mais par des faits patents, incontestables, « qu'il n*y a en réalité qu'une seule conjugaison *, et €^ue tontes les variétés, comme toutes les anomalies apparentes, s'expliquent naturellement, soit par rinfluence de certaines lois que la grammaire comparée expose dans la phonétique, soit par l'histoire des péripéties qu'a traversées la langue.
Corament expliquer, par exemple, la diversité de foraies que présente le verbe aller, où nous voyons, dans un même temps : Je vais, nom allons, ils vont, et où le futur, firai^ diffère si profondément du présent, je vais, ou de l'infinitif ? Rien n'est plus •impie cependant. La grammaire comparée nous apprend que cette irrégularité apparente se retrouve dans toutes les langues et se rattache à une cause commune. Partout, en effet, la conjugaison des verbes les plus fréquemment usités s'est formée du mélange de radicaux différents qui, traduisant tous une même idée générale, pouvaient indifféremment s'employer les uns pour les autres, et ont ainsi concouru à la formation d'un même verbe. Ainsi, le verbe aller, au présent de l'indicatif, est formé de deux radicaux différents, empruntés au verbe vadere, qui nous a donné je vai?, tu vas, il va, ils vont {vado,vadis, vadit, vadunt), et au verbe adnare, d'où nous avons tiré nom allons, vous allez, par des modifications qu'explique très clairement la phonétique. Le futur, de son côté, est tiré d'un autre verbe latiti tre, qui veut dire aussi aller. Si nous avons tout d'abord essayé de mettre en lumière les découvertes que la comparaison a permis de faire dans la constitution intime des verbes, c'est qu'il nous a paru intéressant de rappeler que ce sont des linguistes formés à l'école de Paris qui, dix-huit cents ans après la mort de Cicéron, ont révélé la structure mjrstérieuse d'une langue qui était restée pleine d'énigmes pour Cicéron luimême, comme le grec l'avait été pour Démosthène. Guidée par la comparaison, l'analyse a fait des découvertes tellement délicates et tellement imprévues, que cet aperçu serait par trop incomplet ai nous ne citions au moins un exemple de synthèse, où nous verrons se réunir les idées de personne, de voir, de tempx et de mode.
Si nous analysons cette phrase : « Puissionsnous être aimés t *, nous y trouverons d'abord une idée principale, représentée par le radical du participe aimés. D'un autre côté, la réunion de ces mots être aimés, nous présente l'actton d'aimer comme soufferte, ou passive. De plus ce terme passif, être aimés, est modifié par l'idée d'un souhait, d'an désir, qu'exprime, en grec, le modo que l'on appelle optatif (au latin optare, qui signifie soumter) : le français traduit ici cette idée par la forme puissions-nous. Mais ce souhait, ce désir, est
relatif au moins à deux personnes, une personne qui parle et une personne dont il est parlé, lesquelles, réunies, sont représentées par la première personne du pluriel. Enfin, un souhait entraîne forcément avec lui l'idée d'un temps à venir, d'un futur. Eh bien, si nous analysons la forme grecque qui traduit « puissions-nous être aimés », nous y trouverons l'expression de toutes ces idées, réunies dans une synthèse des plus curieuses. Cette forme, transcrite en caractères romains, serait « philâ-thÂso-i-MÉ-THA », que nous divisons par de petits tirets pour la commodité des explications qui vont suivre.
Si nous étudions cette forme, en commençant par la fin, nous y trouverons :
1* Deux pronoms : mé-tha, qui cor^spondcnt aux pronoms français mot et il, et sont tout simplement des modifications de mi et de ti, que nous avons déjà vus plus haut ;
2* L'expression modale de Voptatif, représenté par la voyelle i, que l'on a empruntée au radical du verbe grec i-emai, qui signifie désirer;
3* L'expression du futur, dans le suffixe so, qui est tiré du futur e-so^mai du verbe grec qui signifie être;
40 L'indication de la voix passive, dans le suffixe thé, emprunté à un verbe primitif qui a donné aux Allemands leur verbe thun, et aux Anglais leur verbe do, qui tous deux signifient faire;
5** Enfin, le radical philê, que nous trouvons dans les mots philanthrope, Théophile, et qui exprime l'idée d'atm^r.
De sorte que si nous traduisons philêthêsoimétha en panant de Ut désinence et en remontant vers le radical, nous aurons littéralement : lui et
MOI PUISSIONS-NOUS DEVOIB ÉTBB PAITS AIMÉS, éléments qu'a combmés et fondus ensemble le travail d'une synthèse cent fois séculaire.
Quand la grammaire comparée ne servirait qu'à nous révéler, avec une pareille lucidité, la constitution intime des langues classiques, il faudrait déjà la préférer à toutes les autres méthodes qui, n'expliquant rien, laissent constamment en suspens 1 intelligence au lieu d'en faire l'auxiliaire de la mémoire. Msds la comparaison n'est pas moins utile à la connaissance de notre idiome, puisque l'état où nous le voyons aujourd'hui est la conséauence d'un état antérieur qu'il est absolument indispensable d'étudier si l'on veut résoudre les problèmes que présente sa forme actuelle.
Les limites dans lesquelles nous sommes obligés de nous renfermer ne nous permettent pas d'insister plus longuement sur ces détails. Nous pensons en avoir asses dit, pour démontrer combien les principes sur lesquels repose la grammaire comparée sont supérieurs à toutes les doctrines que nous a léguées le passé. La pratique de cette méthode, qui fait do fa grammaire une histoire natU' relie du langage, en prouvera mieux encore l'excellence ; et, en dépit de toutes les oppositions, le Jour n'est pas éloigné où les vieilles erammaires, religieusement déposées dans nos bibliothèques comme des documents précieux, ne seront plus consultées que par ceux qui voudront étudier, (f après les monuments ^ Inistoire de la grammaire. [C. Rouxé.1
GRAMMAIBE FRANÇAISE. -- On fait remonter l'origine de ce mot au grec gramma, qui veut dhre lettre, et qui a donné grammaire par l'intermédiaire du suffixe latin aria. La grammaire serait donc, d'après l'étymologie, la simple connaissance des lettres de ralphabet ou l'art de lire et d'écrire. Mais cette science des lettres est bien .vite devenue la science des mots et des lois qui les régissent, soit dans la langue parlée, soit dans la langue écrite. Envisagée à ce point de vue général, la grammaire tottâie à tout : à la métaphysique, à la mo-
raie, à U philosophie, à la rhétorique, à la poésie, etc. Chez les • Grecs, les philosophes Pliiton et Aristote, les rhéteurs de Técole d'Alexandrie ; chez les Latins, Varron, Cicéron, Quintilien, pour ne citer que les plus illustres, mêlent à leura hautes spéculations philosophiques ou à leurs préceptes de rhétorique de curieuses recherches grammaticales. A Tépoque do la Renaissance, les Dubois, les Ramas, les Estlenne, et plus tard Lancelot, Régnier-Desmarais, Dnmarsais. etc., distinguent à peine la grammaire de la philosophie et de la rhétorique. C'est qu'en effet il y a une liaison si intime, des rapports si étroits entre l'idée proprement dite et les signes qui la représentent, que le grammairien, qui ne doit s'occuper aue des signes, est souvent forcé (^'étudier aussi l'idée.
De nos tours, le domaine de la grammaire a des bornes plus précises et son rôle dans' l'enseignement est mieux défini. Le grammairien (du moins dans la plupart des livres destinés aux élèves) a renoncé depuis longtemps k enseigner la philosophie et la rhétorique du langage ; 11 relève les formes naturelles de notre langue, les tours usités par nos meilleurs écrivains, et il en tire des principes généraux qui indiquent le bon usage sans avoir la prétention de le régler. On peut même dire que la grammaire, il y a une vingtaine d'années, bien déchue de ses anciennes aspirations, n'était plus qu'une sorte de procès* verbal de l'usage, une espèce do code pénal applicable aux écoliers, où l'on ne lisait plus que cet arrêt répétas à l'infini sous une forme peu variée : Diïev, ne dites pas ^.,. il ne faut pas dire.,, mois il faut dire, etc. Réduito à cette sècne nomenclature, la grammaire française surchargeait la mémoire sans développer l'intelligence. A force de poser des questions sans les résoudre, ello habituait les élèves à répéter machinalement des choses qu'ils ne comprenaient pas et que, ayons le courage de l'avouer, les maîtres eux-mêmes ne comprenaient guère.
La ^rammatreAtstort^ue* est venue jeter un peu d'air et de lumière à travers la poussière de nos vieux rudiments. M. Ayer en Suisse, M. Brachet on France ont les premiers tenté de faire bénéficier notre enseignement classique des découvertes récentes de la philologie. De nombreux imitateurs ont suivi leurs traces, et la méthode historique, que l'on avait longtemps accusée d'être obscure pour des enfants , a enfin pénétré dans l'école. En donnant la raison de chaque règle, l'explication de tontes les bizarreries de notre syntaxe, elle a réveillé en Fcance le goilit des études grammaticales et donné à l'enseignement de notre langue, avec un côté nouveau et attrayant, un point de départ sérieux, une base solide et inébranlable. Pourquoi dit-on gratufmère et non pu grande m^^re? pourquoi orgue a^-t-il deux genres? d'où vient le t qu^on trouve dans airM^T'il, chante-T-il? pourquoi former le pluriel avec un «, pourouoi pas avec un 7i ou un p ? etc. Autant de ôuostions qui se trouvent résolues par la grammaire historique. «L'usage présent, dit M. Brachot, dépend de l'usage ancien et ne s'explique que par lui ; dès lors ouoi de plus naturel que de faire servir l'histoire de la langue à l'explication des règles grammaticales, en remontant depuis l'usage actuel Jusqu'au moment où elles ont pris naissance?» C'est une satisfaction pour l'esprit; bien plus, c'est un secours pour la mémoire; ce que l'on comprend bien se retient plus facilement, et l'élève se rappelle d'autant mieux les règles de la grammaire qu'elles ont déjà un point d'appui dans éon intelligence. C'est cette méthode que les Allemands emploient depuis longtemps dans leurs écoles pour renseignement de Ma langue nationale. C'est la méthodfe inverse qui avait été suivie en France jusqu'à ce Jour.
Nous n'aTons pas besoin d'ajouter que c'est la méthode suivie pour les questions dp grammaire
que nous avons traitées dans ce Dictionnaire. Pa^ tout nous avons scigneusement donné TexpUcstion de chaque terme grammatical. L'enfant comprendra mieux ces mots trop abstraits, si l*on a soin de lui donner leur sena populaire ; conjonctitm et élision^ par exemple, ne sont pour lui que des termes à peu près inintelligibles : il les retiendra mieux quand on lui aura dit que conjonction sisnifiait chez les Romains union, et qvL^élisinn Youlait dire écrasement, parce que dans Véiùion la voyelle élidée est en elTot écrasée et remplacée par Tapostrophe.
Nous avons commenté et expliqué les définitions» rendu compte des règles et des exceptions. Sans doute, pour bien comprendre ces règles souvent bizarres qui nous viennent directement des Latins, il faudrait] connaître les éléments de la langae latine; mais ce secours nous manque pour les écoles primaires. Cette lacune sera bientdt comblée, du moins pour les maîtres, puisqu'on parle d'instituer un cours de latin dans les écoles normales. En attendant que cette réforme ait porté ses fruits, on peut toujours donner les explications ^vS sont à la portée des enfants, celles qu'on peut tirer de l'histoire même du français et qui ne demandent, pour être comprises, aucune connaissance des lûigues anciennes. C'est ainsi que nous avons étudié la formation des substantifs, des adjectifs, des verbes, etc., tirés de mots déjà existant en français, sans remonter jusqu'à leur origine latine.
L'enseignement de la langue matemelle se divise naturellement en» deux parties : 1» La théorie ou grammaire proprement dite; ^' VappOeation ou exercices dorthograpke et d'analyse.
De plus, une grammaire complète comprend généralement trois cours que les élèves doivent parcourir on six ans, soit deux années par cours. La grammaire (théorie et application) peut donc être divisée en trois parties de la manière suivante:
1* Cours iLiMBNTAUB. — 1 • Théorie, Étude abrégée des parties du discours; règles de la formation du féminin et du pluriel; conjugaison des verbes réguliers ; premières règles d aocord du oom , de l'ad*iectif, du pronom et du verbe, a?ee les prindpeS'de l'analyse grammaticale. — ^*^ Applicmtion, Lecture et copie de textes choisis dans lesquels on fera dis^-
fiier successivement les parties du discours. — xercices sur la formation du féminin et du pluriel. Phrases à conjuguer. Premières règles d'accord de la syntaxe. » Analyse grammaticale élémentaire.
2« CovHS iNTEiixiDiAniB.^ V Théorie. Etude détaillée des parties du discours, des mots primitifs et de leurs dérivés — racines, préfixes et suffixes; conjugaison des verbes irréguliers ; différentes sortes de verbes ; emploi des auxiliaires, du participe ; emploi des signes de ponctuation ; distinction sommaire des propositions en propositions principales et propositions subordonnées ou dépendantes; principales règles d'accord et de régime ; analyse grammaticale détaillée \ éléments de l'analyse logique et de l'analyse étymologique; étude des homonymes et des idiotismes les plus usités.— 2* Application. Dictées sur l'orthographe d*usage. Dictées de règles, rarement en phrases déuchées. Exercices oraux et écrits sur les règles vues. Application des signes de ponctuation. Déflnition«des mots. Chas-
Sements de sens amenés par les préfixes et les sufxes. Analyse étymologique. Analyse grammaticale. Analyse logique. Exercices sur les homonymes. Petites compositions de style.
3° Cours supéribur. — V Théorie. Retour sur les parties du discours étudiées à un point de vue plus élevé, plus philosophique, comprenant tous les développements de la syntaxe d'accord et de la syotaxe de régime ; syntaxe des propositions isolées ou réunies en phrases: application de toutes les
règles de l'inalysè logicpe et de l'analyse étymologique • Etude approfoadie des homonymes, des idiotismes et des synonvmcs.— t* ÀppHcûtUm, Dictées suc roTthographe d'asage et sur les principales difficultés delà syntaie. Sxercioes oraux et écrits sur le sens des mots, sar lem? origine et leur déri?ation. Exercices sur les homonymes et les synonymes. Commentaire pkhiloloffiqne et grammatical sur les auteurs. Compositions de style.
Ce programme est, du reste, a peu près celui qui est suivi dans les écoles de la Yille de Paris, et nous n'aurions pas mieux demandé que de nous y €X>nformer, si les exigences typographiques de cet ouTrage ne nous eussent obhgé d*y renoncer. En effets sans parler de la place, qui nous a été forcément mesurée, . 11 nous était difficile de faire sur chaque mot trois études séparées, applicables aux trois cours de grammaire, sans entrer dans un système de redites, de parenthèses et de renvois a%8si encombrants qu'inutiles. Nous avons préféré dire tout d'une haleine ce qui concernait chaque article, en ayant soin seulement d'indiquer les développements à l'usage des maîtres. A eux de distinguer ce qui dans ces développements pourra intéresser leurs élèves. ,
Chaque instituteur connaît mieux que personne les enfants auxquels il s'adresse, leur degré de force, leur aptitude, surtout leur bonne volonté ; il saura mesurer les explications à l'intelligence de son jeune auditoire. Nous n'avons pas voulu non plus donner, comme certaines grammaires, la pâture de chaque année, «de chaque mois, même de chaque classe, soit comme théorie, soit comme application.
Nous avons «ompté sur Tinitiative du maître, qui * doit, sans doute, suivre pas à pas le programme officiel» mais qui doit surtout s'inspirer des nécessités du moment, tantôt insister sur un point qui n'a pas été compris oi^ revenir sur un autre qui a été oublié, tantôt courhr h une recèle importante ou passer rapidement sur des axiomes rebattus, sur des ventés banales. C'est là le programme d'un maître éclairé, le prog^mme naturel et logique qui doit au besoin corriger les arrêts trop absolus de tout programme officiel. Enfin, si l'on nous desiande quelle est la meilleure grammaire, nous répondrons sans hésiter : celle du maître. Certes les ouvrages qui ont paru sur ce sujet dans ces derniers temps témoignent tous, à différents points de vue, d'un progrès réel dans l'enseignement. Les méthodes, raieunies, sont plus rationnelies et plus pratiques, la gnrammaire française est étudiée de plus haut, ses règles sont plus sûrement exprimées et mieux comprises. Mais le moindre défaut de tous ces livres excellents, c'est d'être des professeurs muets. Il faut que le professeur soit un livre qui
qu'elle se suDsutue a rameur aosent pour lopper sa pensée et la traduire sous la forme la plus accessible aux élèves. Que le maître ne soit jamais esclave du livre ; celui-ci n'est qu'un instrument qui vaut plus ou moins selon la main dans laquelle il est tombé. . Le programme donne les arandes lignes à suivre ; la grammaire fournit la formule brève, concise, qui doit pénétrer dans la mémoire des élèves et sy fixer.
Surtout, que le maître arrive préparé, avec un plan bien arrêté d'avance, afin <^ue chaque classe soit remplie par une leçon intéressante, oui soit en même temps un retour sur ce qu'on a déjà vu et un pas en avant dans ce qui reste à voir. Dans cette tâche laborieuse, pour obéir aux exigences d'un enseignement quotidien, l'instituteur a besoin d'un ouvrage plus complet que celui qu il a entre les mains. Il doit savoir beaucoup, même pour enseigner peu. Q lui faut des développements, des
commentaires étendus et Taries sur chaque partie de la grammaire ; il faut qu'il ait sous la main la solution de toutes les difficultés, la réponse à toutes les questions, enfin une sorte de vade-mecum grammatical où il puisse trouver en toute occasion tous les éléments d'une explication attrayante et utile. Tel est le but de notre travail ; but idéal, que nous n'avons pas la prétention d'avoir atteint.
Voici l'exposé du plan que nous avons suivi pour le cours de grammaire française ttiéorique et pratique donné dans ce Dictionnaire. On retrouvera chaque article à son ordre alphabétique.