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GRAMMAIRE HISTORIQUE — 898 — GRAMMAIRE HISTORIQUE

comme le latin, expriment les, divers rapports dos mots par un simple changement de leur terminaison ; langues analytiques^ celles qui, comme le français, se servent pour rendre ces rapports de certains mots particuliers.

Dans le latin populaire, le système assez compliqué de la déclinaison était moins bien observé 3ue dans le latin littéraire ; il le Uxt plus mal encore ans le bas latin, et les prépositions vinrent suppléer aux terminaisons incorrectes. Ce sont toutes ces altérations si nombreuses du vocabulaire et de la grammaire de la langue latine qui Tont enfin entièrement transformée et ont donné naissance à Vancien français.

Cette langue, moins synthétiriue que le latin, moins analytique que le français moderne, est la transition de l'un k Tautre. Les noms s'y déclinaient, mais, par suite de simplifications successives, les cinq déclinalsqns latines k six cas s'étaient trouvées réduites, dans le français du douzième au quatorzième siècle, h une seule, modelée sur le type de la seconde déclinaison latine. Le mot mur, par exemple, s'écrivait ainsi:

Avec t au nomioatif singulier Mttri fmnrus).

Sans t k l'accusatif singulier Mur rmurum).

Sans t au nominatif pluriel Mur (mûri).

Atcc t à l'accusatif pluriel Murt (muros).

Cette nouvelle déclinaison, désisnéo par M. Raynouard sous le nom de Hèale de l's, fut assez inexactement suivie pondant le treizième siècle, et cessa tout k fait d'ôtre en usage au quatorzième ; et comme la forme du nominatif, n'indiquant que le sujet, revenait beaucoup moins souvent que celle do l'accusatif, qui représentait tous les compléments, ce fut elle qui disparut.

La lettre 5, après n'avoir été k Vorigine qu'un débris de la déclinaison latine, devint amsi par la suite la marque caractéristique du pluriel.

Il n'est pas plus diflicile d'expliquer comment cheval a fait au pluriel chevaus, puis chevaux. Une loi constante de notre ancienne langue veut que, soit dans le corps des mots, soit k la fin, 1*/ s'adoucisse en u devant une consonne, et oue, par conséquent, al devienne au. C'est ainsi qu autre a été tiré du latin a/ter, qui a conservé sa forme dans les mots de création plus récente, tels que alterner.

Ue muet qui termine la plupart des noms et tous les adicctifs féminins français est la transcription affaiblie de l'a qui en latin était affecté au même usage : u rosa, rose; bona, bonne. » Cependant, en latin, certains adjectifs n'avaient point d'à final au féminin. Ceux de la troisième déclinaison ne variaient pas en changeant de genre: « reaalis, royal et royale ; grandis, grand et grande ; /ortis, fort et forte. » Dans l'ancien français, ces mômes adjectifs n'ont eu, comme en latin, qu'une seule terminaison pour les deux genres; de là les locutions : « lettres royaux » (terme de chancellerie qu'un trouve dans les Plaideurs de Racine) ; grand* mère, grancTmesse, où l'on a tardivement Introduit une apostrophe pour remplacer un e qui en réalité n'a jamais existé ; « se faire fort », comme terme de droit, aussi bieft en parlant d'une femme que d'un homme.

Lorsau'au quatorzième siècle l'e muet s'est généralise comme signe du féminin, l'usage s'en est étendu k tous les adjectifs, sauf les exceptions très restreintes que nous venons de signaler.

L'e muet fut tellement regardé comme le signe propre du féminin, que l'instinct populaire attnbua souvent, contrairement k l'étymologie, ce genre à certains mots, demeurés néanmoins masculins dans quelques-unes du leurs acceptions. C'est ainsi qu'orbe (de hordeum) ne s'est maintenu du masculin qu'au sens médical et pharmaceutique: orge mondé, orae perlé.

De touies les parties du discours, le pronom est

celle qui a le plus conservé les traces de U constitution grammaticale latine. Quand on dit: • Paol doit parler en faveur de Pierre; il le lui a promis, • les trois premiers mots de la dernière propositioa ne sont que des cae différents du pronom de U troisième personne : n. est nominatif et sujet, le, accusatif et complément direct, lui, datif et corn- ' plément indirect. Il faut remarquer de plus que le, qui ne se rapporte ni k un nom masculio, ni à na nom féminin, mais k tonte une phrase, appartient k ce troisième çenre que la grammaire liant appelle neuter (m l'un, ni l'autre), neutre, et qae la grammaire française a refusé d*admettre, btea qu'il existe réellement dans notre langue.

Avec un tel point de départ, on résout sans peins la question si longtemps controversée: une femme, k qui l'on demande si elle est malade, doltrelle répondre: « le ^ suis », ou: « Je le sois »? D est évident qu'il faut dire: t Je 2? suis »; ce pronom /e, bien que sa forme se confonde avec celle du pronom masculin, est en réalité neutre et signifie cela, ce que vous avez dit, c'est-k-dire malade.

On arrive par ces études k expliquer d^une façon certaine et définitive une quantité de petits problèmes insolubles par les autres méthodes.

AiUrui ne s'emploie pas comme sujet, disent les grammairiens. Us ont raison, mais ils n'expliquent pas le motif de cette prétendue anomalie. D'ordinairo une seule des deux formes de la déclinaison de l'ancien français s'est conservée, la forme te. régime ; ici autre, forme du sujet, et autrui, forme du régime, se sont conservées toutes deux, et chacune a gardé quelque chose de son emploi primitif.

Pourquoi dit-on l'on, avec un véritable article, déguisé sous le nom do lettre euphonique? parce

?ue fon, l'om, ou thom n'est autre chose que homme employé dans un sens général et IndéfinL

Le caractère analytique de la langue française est très marqué dans le verbe. En latin, quelques formes de la conjugaison se composent de plusieurs mots. Ces espèces de locutions verbales sont beaucoup plus fréquentes dans les rerbes français. La voix passive^ qui en latin a une forme particulière, amor (je suis aimé), est traduite en français par des formes composées et par conséquent n'existe pas k titre de conjugaison.

L'habitude prise au seizième siècle de calquer la grammaire française sur la grammaire latine a surchargé outre mesure les paradigmes de nos Yerbes. 11 est évident que les conjugaisons devraient consister uniquement dans les temps sim- Sles, groupés par analogie de forme, et qu'il faurait donner un seul tableau des locutions verbales, identiques pour toutes les conjugaisons, au lieï de les répéter quatre fois.

Quant aux règles de la formation des temps, complètement fausses comme théorie, elles sont inutiles dans la pratique. Les temps de nos Terbes ne se forment pas les uns des autres, chacun d'eux est tiré d'un temps correspondant dû verbe latin. Il n'y a d'exceptions que pour le futur et le coaditionneL

Le futur a été formé directement de Vinfi^iti* français et àuprisent de Vindicatif du rerbe avoir : je chanterai, je chanter eu. Quand nous disons : fai à chanter, il y a également dans cette phrase une idée de futur. Elle est, dans un ordre inverse, la transcription exacte du futur français.

Le conditionnel est formé, de la même manière, de Yinfinitif chanter et de la terminûson de l'unparfait de Vindicatif du verbe avoir : je chanter {av)ais.

Ces deux temps sont les seuls qui soient réellement formés de l'infinitif par un procédé particulier aux langues romanes ; tous les autres sont calqués sur le latin.

Dans los verbes de l'ancien français (V. Con/v*

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Raison) t Ys éuit exclasiTement affeetée k la seconde personne, la première ne la recevait point. On disait je voy, tu vois, comme on dit encore faime^ tu aimes. Au seizième siècle, Ronsard rédama pour les poètes la faculté d'ajouter une « à la première personne lorsque le rers Texigerait. On prit peu à peu l'habitude de la placer k peu près constamment devant les mots commençant par une Toyelle. En 1666, dans un môme vers de V Alexandre de Racine, on trouve la première personne du présent de rindicatif du verbe croire, ortiiograpniée de deux manières^ conformément k cette règle :

Ooy, crojM... — Je erog toat Je toqi croit inTindble.

Aujourd'hui c*est la suppression de Vs qu*on regarde comme une licence poétique.

Le t qui caractérise la troisième personne a disparu de beaucoup de verbes où il figurait Jadis ; mais il s*y rencontre encore,* dans les phrases interrosatives, souh forme de lettre euphonique : va-t-tl.

On pourrait être surpris du grand nombre d'adverbes en ment que renferme notre langue, si Ton n*en connaissait l'origine. Le substantif latin féminin mens (esprit), qui avait pris le sens de façon, manière, employé k Pablatif avec un adjectif, bonn mente (de bonne manière), ne forma plus dans Vancien français qu'un seul et même mot: bonnement, A cause du genre du mot mens, les adjectifs qui entrent dans la composition de ces adverbes y figurent toujours au féminin. Il n'y a d'exception que pour les adjectifs tirés d'adjectifs latins appartenant k la troisième déclinaison, qui, ainsi que nous l'avons remurqué plus haut, n'a- Taieot qu'une terminaison pour les trois genres: prudemment; encore la plupart de ces adjectifs ayant fait, au quatorzième siècle, leur féminin en « muet suivant la règle générale, les adverbes se trouvèrent modifiés, et l'on dit royalement, ^andément, fortement.

D'ordinaire on attribue également le nom d'ad- Terbe de négation k non, ne, pas, point, gouttf, personne, mie, miette, rien, etc. Il ne faut accepter cette dénomination commune que sous bénéfice d'inventaire, car ces divers mots sont de nature essentiellement différente : ne et non ont seuls le caractère de véritables négations ; les autres, pas, point, mie, sont de purs noms, exprimant une petite quantité, et employés d'une manière indéfinie f^our servir de complément k la négation. Rien, ui-mème, n'avait pas k l'origine un sens négatif. Tiré de rem, accusatif du latin res, il signifie primitivement chose. « Je n'ai rien, » c'est-k-dire Je n'ai chose quelconque.

Dans une revue si rapide, nous ne pouvons n'indiquer les faits principaux; l'important est 0 signaler l'utilité, l'intérêt de ces études, et surtout d'en préciser le caractère. Comme l'a dit H. Bréal : « La grammaire traditionnelle formule ses prescriptions comme les décrets d'une volonté aussi Impénétrable que décousue; la grammaire historique (ait glisser dans ces ténèbres un rayon de bon sens, et au lieu d'une docilité machinale, elle demande à l'élève une obéissance raisonnable. » C'est dire combien elle convient k notre temps ; mais il importe qu'elle soit le principe et l'âme même de renseignement, qu'elle le renouvelle, et surtout qu'elle le simplifie. Se contenter de la superposer aux anciens traités, ajouter cet étage nouveau au vieil édifice grammatical, en en laissant subsister le plan, ce serait surcharger la mémoire des élèves sans profit pour leur intelligence et leur raison.

Ouvrages à consulter. — E. Egger, Notions élémmtairet de grammaire comparée, pour tervir à Vétude deê trois langue* eUtuigues. — Fréd. Oiez. Grammaire des /onguet romanes, 3 toL in-8* (tradoction rrançaise par MU. Gabion Paris, Bradict, etc.). — Bracbet, Grammaire historique I

de la langue flymçaise, — Mart^LaTeani, ùe renseigne^ ment de notre langue; Grmimaire historique, — A. Chataang, Nouvelle grammaire hûtorique, cours lapérieur. — Camille Chabaneau, Histoire et théorie de la conjugaison, — Obrr, Etudes historiques sur le parHcipe passé français et sur les verbes auxiliaires. — Schweiehauser, De la négation dans les langues romanes du midi et du nord de la y^ranee. fCh. Marty-Laveaux.1

GRAVITATION. — V. Pesanteur et Attraction, ^

GBECE (GiooRAFHiE) Géoffrapfaie générale,

XVin. — 1. Oënèralitès. — Situation, — Le. rovaume de Grèce, reconstitué il y a un demisiècle, k la suite de la guerre de Tindépendance, et augmenté en 1881, comprend l'extrémité méridionale do la péninsule des Balkans^ et un certain nombre d'Iles dans VArchipel et la mer Ionienne.

Limitetactuelfes,'-'LtiGrhCQ continentale touche su nord k la Turquie d'Europe, depuis le mont Olympe, sur rArchipel, Jusqu'au golfe d'ArU, sur la mer Ionienne. La frontière commune part de Tembouchure de la Salambria* aux environs du 40« de latitude, se tient, dans sa partie orientale, un peu au nord du cours de ce fleuve, en donnant k la Grèce la plus grande partie de la Thessalie. Depuis la chaîne du Pinde, la frontière descend, au sud-ouest, lo long de TArta, Jusqu*au golfe do ce nom, sur la mer Ionienne.

L'Archipel, k l'est, et la mer Ionienne, k l'ouest, baignent les côtes de la Grèce et y découpent des péninsules et des golfes nombreux et remarqua* blés.

Le golfe de Corinthe, qui s'ouvre sur la mer lo* nienne, et dont le fond n'est séparé du golfe d'Egine, sur l'Archipel, que par un isthme de quelques kilomètres, sépare la Grèce en deux parties Dieu distinctes : au nord, la Romilie, qui tient k la Turquie, et au sud la péninsule de Péloponèse ou Morée. Cette péninsule se termine au sud sur la Méditerranée par trois presqu'îles montagneuses étendues comme les trois doigts d'une main ouverte . Celle du milieu est formée par la chaîne du Maene ou du Taygète. dont les cimes sont parmi les plus élevées de la Grèce (près de 2500 mètres), et qui finit sur la mer par le cap Matapan, le point le plus méridional cle la Grèce (d6*,25' environ).

Dimensions et superficie, — Depuis ce point Jusqu'k celui de la chaîne du Pinde où la C&èce s'avance le plus au nord, il y a trots degrés et demi en latitude. Il y a un peu plus de trois degrés de longitude entre le point' «le la côte d'Acarnanie qui touche k Sainte -Maure, dans les lies Ioniennes, et l'extrémité orientale de la Béotie, vers l'Ile d'Eubée. Entre ces limites extrêmes, la superficie de la Grèce continentale est de Sâ.ôOO kilomètres carrés, peuplés d'un million et demi d'habitants.

Les lies renferment de leur côté 460 000 habitants sur 9000 kil. carrés.

n. Géographie phyaiqas. — Orographie, — La Grèce est une des contrées les plus montagneuses de l'Europe. La chaîne du Pinrie (2500 mètres d'altitude) se dirige du nord- ouest au sud-est, en projetant des ramifications qui forment k l'ouest, sous le nom de monts d'Etolie et d'Acarnanie, un véritable fouillis, couvert de bois et de pAturages fréquentés seulement par les bergers et leurs troupeaux. A l'est, un contrefort du Pinde, la chaîne de VOEta, borde la vallée du Sperchius, tribuuire du golfe de Zeitoun ; c'est entre la côte du golfe de Zeitoun et le pied septentrional de l'OBta que se trouve le défile des Thermopyles. La chaîne» s'inclinant ensuite au sud-est, se prolonge en massifs isolés le long du canal étroit qui sépare 11!e d'Eubée du continent. A l'extrémité méridionale de ces massifs s'étend la plaine de Marathon, Un second contrefort plus méridional est composé de groupes distincts qui portent tous des noms fameux : le Parnasse, au pied duquel on vcniii con-

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snlter, à Delphes, l'oracle d'Apollon ; YHéHcon, le séjour des Muses ; le Cithéron, où fut exposé Œdipe ; puis les montagnes des environs d'Athènes, le Pentélioue avec ses carrières de marbre d'où sont sortis les monuments de la ville, le mont llymette^ célèbre par son miel, le Laurium enfin, qui avait des mines d'argent, et où l'on exploite actuellement des amas de scories riches en plomb et en argent que les anciens avaient délaissées.

C'est avec raison Qu'on a comparé la Grèce à une série de diambres (font les montaenes forment les cloisons, et d'où il est aussi difficile do sortir qu'il a été pénible d'y entrer. Invincible quand tous sea peuples étaient unis, la Grèce formait naturellement une Juxtaposition de cellules où chaque nation trouvait tout ce qui était nécessaire à son hidépendance et à son développement, la plaine propre à produire les moissons, le rivage par où elle entretenait son commerce, ia montagne qui fournissait des bois à sa marine, des pAturages à ses troupeaux, des vins, des huiles à sa consommation, des marbres à ses artistes.

Entre les deux contreforts orientaux du Pinde s'ouvre la plaine de Béotie, contrastant par son climat humide et sa fertilité avec les rochers brûlés du soleil qui constituent le sol de l'Attique.

La Moiie n'est pas moins montagneuse que la Romélie. Une chaîne, ()ui ferme au sud Tisthme de Corinthe et contnbue à faire de la Morée la citadelle de la Grèce, s'étend tout le long du golfe de Corinthe depuis cette ville Jusqu'à Patras. A Test, une deuxième chaîne, formant l ossature de la péninsule de Laconie, borde do près le golfe de Nauplie. Au centre s'élève le plateau d^Arcadie, froid et sauvage dans sa partie supérieure, et s'inclinant à Touest vers la plaine d'EUde Sar de riantes vallées. Au sud se dresse la chaîne u Taygéte, dont nous avons déjà parlé, et le mont Ithôme, citadelle de la Messénie. La péninsule de l'Argolide, entre le golfe de Nauplie et celui d'Athènes ou d'Egine, est également montagneuse, à Texception de fa partie occupée par la plaine d'Argos.

Iles de t Archipel. — Les montagnes do la Grèce se continuent au-dessous des flots et se relèvent dans les lies voisines. La erande lie d'Eubée ou de Néorepont, qui s'allonge dfu nord-ouest au sud-est le long des rivages de Ta Locride, de la Béotie et de l'Attique, est parcourue par une arôte parallèle aux monts de l'Attique et qui semble se rattacher, au nord, aux monts Othrys, et au sud, aux Cydades septentrionales^ Androa^ Tinos^t Myconi. Au nord de rÉubée, les Sporades se rattachent au Pélion de lliessalie.

De toutes les Cyclades, Zéa, Thermia, Séripho, ^ipkantOfk l'ouest; Syra, au centre ; ParoSt NaxoSj iVio, AmourgOf à l'est ; Bfilo, Santorin, an sud, on n'en saurait citer aucune qui ne soit montagneuse et escarpée comme les rivages voisins de la Grèce. La dernière, Santorin, d'origine volcanique, est encore soumise aux éruptions, qui, depuis quelques années, ont singulièrement accru son étendue.

Jles ioniennes. — Les Ues Ioniennes, qui n'ont été rendues par l'Angleterre an royaume de Grèce que depuis une vingtaine d'années, sont parcourues, comme la Grèce continentale et les Cyclades, par des montagnes dirigées du nord au sud. La plus septentrionale, Cor/ou^ s'étend en face de la côte turque d*Epire, jusque près du iO* degré de latitude. Puis vient la petite lie de Paxo. Leucade ou Sainte'Maitre est un peu au sud du golfe d'Arta, assez près du rivage d Acarnanie pour y être rattachée par un pont. Théaki, l'ancienne lie d'Ithaque, célèbre par l'histoire d'Ulysse, toucho presque à Céphalonie^ la plus étendue des lies, qui fait face à l'entrée du solfe de Corinthe. Devant les rivages de Morée s'élève Zante, la fleur du Levant^ disaient les Vénitiens qui dominèrent longtemps dans ces parages.

Enfin au sud de la Laconie, Cérigo, randeno» Cvtbère, sert de trait d'union entre U Laconie ci nie de Crète. Cette dernière, malgré la nationalitégrecque de ses habitants, fait encore partie de^ 1 empire ottoman.

La multitude de ces lies a puissamment contribué à la vocation maritime des Grecs. Les Cyclades entre la Grèce et TAsie-Mineure, la Crète entre le Péloponèse et l'Egypte ou la Lybie, les lies Ioniennes entre la Grèce et l'Italie, partagent la route en courtes étapes, où les navires trouvent un refuge, tandis que des sommets qui les couronnent on aperçoit sans peine le rivage opposé. Dans Tantiquité comme de nos Jours, plusieurs de ces îles, offrant des entrepôts sûrs pour les marchandises, et des citadelles inexpugnables pour leurs défenseurs, ont renfermé des populations très nombreuses que leur sol étroit n'aurait pu nourrir, mais qui tiraient du commerce maritime toute leur fortune.

Côtes de la Grèce, ~ Outre ses lies aux ports nombreux, la Grèce, par le découpement de s» rivages, offre une étendue considérable do côtes. En suivant le littoral de l'Archipel depuis le golfe de VolOj on rencontre d'abord le golfe de Zeitoun^ (ancien golfe Maliaque), comblé peu à peu par les alluvions du Sperchius, qui ont déjà élargi 1 ancien défilé des Thermopyles. On suit ensuite le canal de l'EuripCf séparant l'Eubée du continent ; il est parcouru par des courants violents, et sa largeur se réduit à une soixanuine de mètres devant Chalcis, la capitale de l'Ile, qu'un pont réunissait depuis longtemps à la Grèce.

A Itsuest du cap Synium, aujourd'hui cap Co» lonncy où fument les cheminées des usines du Laurium, le golfe S Athènes se creuse au nordouest vers l'isthme de Corinthe. C'est dans ce golfe que se trouvent les lies d'JS^me et de Salamine^ si célèbres dans l'histoire. Vis-à-vis de la dernière s'ouïrent les ports du Pirée et de Phalère, que de longs murs réunissaient à leur métropole, Athènes. C'est là que se pressent les souvenirs les plus célèbres de la Grèce, Athènes avec ses monuments, Eleusis connue par ses mystères, Mégare^ puis l'ancienne ville de Corinthe^ maltresse dn passage de risthme, à travers lequel les anciens Grecs ont plus d'une fois traîné leurs navires et qu'onest en train d'ouvrir aux vaisseaux modernes.

La presqu'île' de YArgolide, qui appartient au Péloponèse, s'étend, comme celle de l'Attique, au sud-est, entre le golfe d'Athènes ou d'Egine, à Test, et celui du Nauplie, à l'ouest. Dans le premier de ces golfes, on remarque, sur les côtes de l'Argolide, rilot de Poros, siège des forces miliutres de la marine grecque; à la pointe de l'Argolide, les lies d'Hydra et de Spezzia rappellent les hauts faits de la guerre de rindcpendance.

Nauplie^ au fond dn golfe qui porte son nom, a été appelé le Gibraltar de la Grèce. Cette place forte servit de capitale au nouvel Etat à ses débuu.

Au sud du Péloponèse s'ouvrent les deux golfes de Laconie et de Messénie, ou de Marathonisi et de Coron^ dn nom des villes principales assises sur leurs rivages. Dans le premier de ces golfes débouche X'Eurotas, dont l'importance ne vient pas de l'abondance de ses eaux, mais des souvenirs historiques qui s'y rattachent. A l'ouest de la llessénie, vis-à-vis de 1 Ilot de Spbactérie, s'ouvre la rade de Nnvai'in^ où les flottes française et anglaise réunies assurèrent rindcpendance de la Grace moderne par la destruction de la flotte ottomane (1827). Les rivages de l'Ellde, sur la mer Ionienne, sont moins découpés que ceux qui bordent l'Archipel ; là débouche YAlphée ou Houphia, le fleuve le plus considérable du Péloponèse.

La première baie du golfe do Corinthe, au nordest de la Morée, emprunte son nom de golfe de

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Patras à la yille la plus commerçante de la *Gsèce, qui s'élève sur ses bords. Puis les deux •c(^s opposées de l'Âchaîe et de TAcamanie se rapprochent, les navires n'ont qu*nn étroit passage entre les deux châteaux de Ronéiie et de Morée qui semblent se toucher. Immédiatement après, on entre dans les eaux de Lépante ou Ntmpacte, où don Juan d'Autriche anéantit Jadis la flotte turque (1571). La ville qui donna son nom à cette grande victoire de la Croix sur le Croissant n^est qu*une pauvre bourgade de la côte de Romélie. Sur le même rivage, Gahxidi est un important chantier ^e constructions navales. Enfin, au fond du golfe, on a rebâti depuis peu d^années la Nouvelle CorinthCf le tremblement de terre de 1868 avant détruit Tancienne bourgade située dans Tintérieur de l'isthme.

A la sortie du golfe, on laisse au nord les lagunes aa milieu desquelles Miêsolonghi forme une nlace inexpugnable, illustrée par la vaillance des Grecs <luTant la guerre de Tindépendance. Près de là débouche YÂchéloûSt le fleuve le plus considérable de la Grèce, à qui ses eaux blanchâtres ont valu le nom d*A8prO'Potamo (fleuve blanc).

Hydrographie. — Les cours d'eau de ce pays, dont nous avons déjà nommé les principaux, n'ont du reste qu'une importance relative ou une célébrité historique. Aucun d*eux ne roule des eaux abondantes, et bien souvent pendant l'été leur lit ne se reconnaît qu'aux bosquets de lauriers-roses et aux autres arbustes, dont ils abreuvent les racines quand ils ne sont pas ainsi desséchés.

Malgré la beauté habituelle de son ciel, et sa latitude méridionale, la Grèce est couverte de trop hautes montagnes et environnée par trop de rivages pour que les nuées ne s'y condensent pas en pluies. Le Taygète et quelques cimes du Pinde restent le plus souvent couronnés de neige. Plus que la côte de l'Archipel, celle de la mer Ionienne est battue par les orages, et c'est à Juste titre qu'on avait placé dans cette rédon du Péloponèse, à Olympie, le sanctuaire de Jupiter, maître du tonnerre.

Mais les montagnes calcaires de la Grèce renferment, comme celle du Jura français, du Karst d'Illyrie, et des Alléghanys aux Etats-Unis, de nombreux goufEres où Tes eaux se perdent par des issues souterraines. Lorsque ces débouchés viennent à se fermer, les eaux montent dans les bassins de réception où elles se réunissent, et produisent des inondations, des déluges partiels. Puis, lorsque les issues viennent à se rouvrir, ces lacs temporaires se dessèchent et le sol est de nouveau propre à se couvrir de moissons. L'ancien lac Copats de la Béotie, aujourd'hui lac Topolias, fournit l'exemple le plus remarquable de cette sorte de lacs. Il possède des émissaires dont le cours est en partie souterrain, et telle source, dont l'origine est ainsi mystérieuse, forme dès son apparition au jour une rivière plus considérable que tel autre fleuve Yoisin, dont le bassin extérieur semble cependant plus étendu.

m. Géographie agricole, IndustrieUe etcommerciale. — Agriculture, — L'état de l'agriculture est fort arriéré en Grèce. Comme dans la plupart des «entrées qui bordent la Méditerranée, les montagnes y sont déboisées, et le sol, dénudé par l'écoulement des eaux, n'oflTre généralement qu'un roc stérile ou recouvert d'une mince couche de terre végétale. Le pays tire du dehors les céréales nécessaires à sa subsistance. En revanche, il produit des vins, des huiles. Minerve, la déesse des Athéniens, avait Tolivier comme symbole. Les raisins dits de Corinthe, mais oue produisent surtout les Ues Ioniennes, forment le principal objet du commerce d'exportation. Il faut v Joindre des peaux, des figues, du tobac, de la noix de galle, de la soie et un peu de coton.

Industrie* ^ L'industrie est encore à peu près nulle; la Grèce tire du dehors et principalement d'Angleterre les objets manufacturés, tissus ou autres, dont elle a besoin. L'usine du Laurium est le seul établissement métallurgique important. On ne trouve guère do fabriques qu'au Ph'ée et dans l'Ile de Syra. L'Attique et plusieurs lies des Cyclades. Pares entre autres, renferment de riches carrières de marbre^ Qu'on peut exploiter dans le voisinage de la mer. Mais partout ailleurs les moyens de transport manquent. Les routes n'existent pas en Grèce, et le royaume ne possède encore que 73 kilomètres de chemin de fer, entre Athènes et le Plrée, et de Volo à Larissa, en Tliessalie.

Commerce et marine, — Comme au temps où les Grecs allaient semant leurs colonies sur tous les rivages de la Méditerranée, le commerce maritime fait encore leur principale richesse. Ils possèdent près de 12 000 navires montés par plus de 28 000 marins, qui sont les caboteurs les plas économiques de tout le bassin de la Méditerranée. Le royaume de Grèce ne suffirait pas à alimenter leurs transports, mais ils se font d'autant plus facilement les facteurs des pays étrangers que des Grecs ont fondé de puissantes maisons de commerce et acquis des fortunes considérables dans tous les ports de la Méditerranée, à Marseille aussi bien qu'à Triesto, à Consiantinople, k Smvrne ou à Odessa. Tandis que le royaume ne renferme pas 3 nnllioiis d habitants, on compte prte de 3 millions de Grecs vivant à l'étranger, mais animés du plus grand patriotisme et apportant à la cause comninite l appui de leur fortune et de leur activité.

IV. Oèographle politique. — Populotion. — Malgré toutes les invasions que la Grèce a subies, les diverses nationalités slave, turquo et latine s'y sont fondues presque entièrement dans le vieux fond hellénique. La religion chrétienne, dite orthodoxe, est le culte presque exclusivement suivi. Le grec moderne diffère peu du grec ancien par le vocabulaire; où trouver ailleurs l'exemple d'une langue se perpétuant aussi longtemps? Les bergers albanais, qui passent alternativement d'un côté à l'autre de la frontière, dans les montagnes*du Pinde, forment toutefois un groupe distinct, de même que les Italiens qui sont restés dans les Iles Ioniennes depuis l'occupation vénitienne, et quelques familles françaises de l'Ile de Naxos, dont l'établissement remonte au temps des croisades. ,

Distribution de la population. — Les lies Ioniennes forment la partie la plus prospère de la Grèce ; c'est aussi celle où la population est la plus dense, 99 habitants par kil. carréàCéphalonie, 95 à Corfou, 102 & Zante.

Les Cyclades, moins peuplées, n*ontqu*une cinquantaine d'habitants de population spécifique. En résumé, près du quart de la population totale^ 460000 sur 1 980000, habite les lies, dont la superficie n'est que le septième de tout le royaume, 9'JOO kilomètres carrés sur 65000.

Dans le Péloponèse, la population spécifique est de 38 à 34 habitants ; elle n'est que de 22 à 23 dans la Romélie.

La Grèce forme une monarchie constitutionnelle et héréditaire, gouvernée actuellement par un roi choisi dans la famille rovale de Danemark. L€ royaume est divisé en seize nomarchies. La Romélie forme six nomarchies, dont trois dans le nouveau territoire acquis en 1881 : Acarnanie et Etoile, Phtliiotide et Phocide, Attique et Béotie, Larissa, Trikala et Arta. Le Péloponèse forme cinq nomarchies : TArcadie, au centre; TAchale. et Ellde, au nord-ouest, VArgoIide et-Corinthie, au au nord-est, la Messénie, au sud-ouest, et la Laconie, au sud-est. Les lies de l'Archipel se partagent entre deux nomarchies, celle de TEubee et celle des Cyclades. Les lies Ioniennes formait trois nomarchies : Corfou» Céphalonie et Zante.

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Principales villes. — Athènes, la capitale, ai célèbre par les hommes illustres qu^olle a tus naître les grands faits dont elle a été témoin, les monuments dont on s'est plu k FembelUr, possède de nos Jours une école où de Jeunes savants français étudient rhistoire de la Grèce ancienne, surtout par les fouilles qu*ils font faire, et les monuments qu'ils remettent au Jour. Avec son port du Pirée, Athènes renferme maintenant plus ae 80 000 habitants. PatraSj dont nous avons dit Timportance commerciale, n'en a que 25 ou 30000. CorfoUy capitale de nie de ce nom, dont les divers possesseurs, Vénitiens, Russes, Français, Anglais, ont successivement augmenté les fortifications pour en faire une citadelle inexpugnable, en renferme presque autant. Sw^a^ dans TUe du môme nom, au centre des Cyclades, tire une grande importance commerciale de ce que les lignes de navigation à vapeur en ont fait leur point de croisement sur les routes d'Athènes à Smyrne et de Marseille à Constant!oople; sa population dépasse 20000 habitants.

Souvenirs hvitorigues. Conclusion, — Ce sont là les villes qui, de nos Jours, ont la plus grande importance économique. Mais combien d'humbles bourgades portent des noms illustres ; combien de lieux aujourd'hui déserts furent Temp^ement de cités renommées I Le voyageur qui parcourt la Grèce n'est pas seulement frappé par la beauté incomparable du ciel, la limpidité de l'atmosphère à travers laquelle les montagnes se revêtent des teintes les plus riches, les lignes harmonieuses du paysage. Il ne peut pour ainsi dire faire un pas sans toucher à un souvenir de l'histoire ou de la mythologie, sans effleurer (quelque reste d'un monument antique. Dans l'Areolide, c'est Mycènes avec ses énormes murs cyclopeens; dans TArcadie, Mantinée, où mourut Epaminondas : dans la Béotie^ Leuctres, Uiéâtre du premier triomphe de ce héros, et Platée, où les Perses furent battus comme à Marathon et à Salamine. Dans la Laconie, voici Sparte qui se reconstruit à nouveau sur son ancien emplacement, au bord de l'Eurotas; et tout au- Srès, Biistra, la ville du moyen-Age, qui rappelle la omination des croisés francs on Morée.

L'artiste n'a pas moins à glaner que l'historien, Nul n'a encore su élever un temple plus beau que le Parthénon, et quelle œuvre de la statuaire est plus parfaite que la Vénus de Milo, qui orne notre musée du Ifouvre? Quel contraste entre tant de chefs d'œuvre et des souvenirs si illustres, et l'état actuel du pays, si arriéré encore au point de vue matériel et moral. Les habitants des campagnes sont plongés dans une profonde ignorance, et le brigandage, comme le prouvent des exemples encore trop récents, n'a pas entièrement disparu.

[G. Meissas.]

«GRECE (Histoire). — Histoire générale, VI -X, XVI-XX, XXXIV.

I. La arèce anoienne. — Populations primitives. Origines. — Les Péiasges, peuple à peine connu, furent peut-être les premiers habitants de la Grèce. C'est aux Pélasges que l'on attribuait les murs cyclopeens, ces monuments dont les ruines gigantesques excitaient l'admiration de leurs descendants. Après eux vinrent les Hellènes, qui donnèrent leur nom au pays: ils prétendaient descendre d'Hellen, père de trois fils, Dorus, yEolus et Xuthus ; de ce dernier naquirent Ion et Achœus. Issus d'une souche commune. Dorions, Eoliens, Ioniens et Achéens se répandirent de la Thessalie dans la Hellade, le Péloponèse, les. Iles et Jusqu'en Asie Mineure. Les luttes entre les descendants d'Hellen, la prépondérance des Dorions et des Achéens sur les deux autres races, celle des Achéens sur les Dorièns, appartiennent au domaine de la fable ; les annales de la Grèce avant le viii* siècle n'offrent

d*Agamemnon et d'Oreste ont fourni de brillant) développements à U mythologie : riùstoire ne peut que les enregistrer.

A partir de la première olympiade (776 av. J.-C), la chronologie esiste et par suite l'histoire, mais encore môlée a la légende Jusqu'à l'époque des guerres médiqnes (500).

Il suffira d'indiquer rapidement les événements antérieurs à cette date et de tracer le tableau du monde grec à l'âgo héroïque : les poètes suppléent ici aux historiens et permettent d'indiquer les principaux traits de cette civilisation primitive.

La constitution du gouvernement ressemble k celle de la famille : à la tôte de chaque Etat, presque de chaque cité, est un roi, à la fois chef de guerre, juge et prêtre. Son pouvoir n^est limité que par l'influence des principaux membres de la cité on de l'association, et par l'autorité da sénat ou conseil des princes. Dans la famille, la puissance paternelle est respectée, la femme est la compagne vénérée sinon l'égale de l'homme ; les enfants mâles se partagent également l'héritage du père. Dans la société les mœurs sont rudes et cruelles. On ne croit qu'à la force, la guerre est partout. Cest dire que l'industrie existe à peine ; l'agriculture est très primitive, le commerce est aux mains de& étrangers.

Entre ces mille sociétés divisées d'intérêts, ri^ vales d'influence, y a-t-ll une unité? Oui, celle du nom et de la langue; celle-ci est une sous la diversité des dialectes. Quant aux amphicty.nies^ elles constituent un lien assez lâche et moins politique que religieux. L'assemblée amphictyonique, réunissant les prmcipales races hellènes, se tenait aux Thermopyles ou à Delphes, près du sanctuaire vénéré d'Apollon, aux oracles souvent menteurs, mais toujours respectés. La célébration solennelle des Jeux à Olympie, àCorinthe, à Némée ou à Delphes, établissait encore un rapprochement entre tous les descendants du mythique Hellen.

Colonies. — Cependant l'amour, le sentiment même d'une patrie commutao était alors si faible que les migrations étaient fréquentes. A l'est, à 1 ouest, au sud, partout se poruit le mouvement de la colonisation, qui commença dès le zn* siècle. Des Eoliens s'établirent dans la Mysle, dans les lies de Lesbos, de Ténédos, et donnèrent leur nom au pays où se fondèrent Smyrne, Larisse,£gée, Piuné. Vers le milieu du xi* siècle, les Ioniens occupèrent la région comprise entre THermus et le Méandre, le littoral et les Ues^ où s'élevèrent Milct, Samos, Ephèse, Colophon, Chios, Phocée, etc. Les Dorions se répandaient à la même époque dans les lies de Mélos, Gythère, Crète,- Ces, Rhodes, et dans la Doride. Bientôt les Grecs atteignirent ia Glicie et Chypre, la Chalcidique, la côte de Thrace, Thasos, la Lhersonèse, la Propontide, le Bosphore et le Pont-Euxin : ils fondèrent Sestos, Chalcédoine, Byzance. Tomes et Panticapée. En Egypte ils avaient un comptoir à Naucratis; en Lybie un éublissement à Cyrène dans la Pentapole; et un vériuble empire dans la Sicile et dans l'Iulie, où le nom de Grande Grèce subsista longtemps et perpétua le souvenir d'une éciaunte mais éphémère clTlllsation.

Sparte au temps de Lycurgue. — Le vi» siècle est l'époque la plus brillante de la colonisation grecque: Athènes et Sparte, les deux cités maîtresses de la Grèce, furent célèbres bien avant cette époque.

A Sparte, Lycurgue, s'il faut admettre son existence, parait au x* ou au ix« siècle ; de retour dans son pays, après de longs voyages, il réussit à Tarracher à Tanarchio et à lui imposer une réforme radicale ; les attributions de l'assemblée populaire sont réduites, colles du sénat sont étendues ; cinq éphores ou inspecteurs deviennent plus puissants

aucune certitude historique; le siège de Troie, les que les deux rois soumis à leur surveillance, con travaux d Hercule, les malheurs de Laïus et d'GEdipe, i fines dans les exercices du culte et le commande-

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ment des armées. Les seuls Spartiates ont des droits politiqnes : malgré leur petit nombre, chaque Jour plus réduit, ils dominent les Périèaues, libres habitants de la Laconie, mais non citoyens, et exclas dugouTemement; ils font cultiver leurs terres par les Hilotes, réritables serfs de la ^lèbe, admis pourtant dans les armées, mais impitoyablement massacrés au premier svmptôme de revoUe. Lycurgue, s*il n'éublit pas régalité de fortune entre les Spartiates et les Périèaues, comme l*afftrme Plutarque, Inspira Tusage des repas en commun^ bannit peut-être les monnaies d*or et d^argent, intei-dit le travail aux citoyens astreints aux exercices militaires, au séjour dans les cavernes publiques Jasqu*à un âge avancé, mal nourris, à peine vôtus et endurcis Jusqu'à la férocité par une éducation contre nature. Les femmes, élevées presque aussi rudement, eurent une grande influence sur ce peuple de soldats. Lycurgue n'avait créé qu'une armée, petite par le nombre, mais redoutable par son organisation rl^urcuse et son patriotisme exalté Jusqu'au fanatisme. Lancés sur la Messénie, les Spartiates triomphent, malgré l'héroique résistance d'Aristodème et d'Aristomëne. Une première guerre de vingt années (743-723), une seconde presque aussi longue (685-U68) leur assurent, après les glorieux épisodes du mont Ith6me et du mont Ira, la possession d'uae riche province qui double leur territoire. Les Argiens sont battus après les Messénieus (547), et la moitié du Péloponèse subit la domination lacédômonienne.

Athènes au temps de Soion, de Pisistrate, et de Ciisthène (C04-I)00). — Athènes fut d'abord gouvernée par des rois. Au xii* siècle la royauté est abolie, après la mort de Codrus. Le roi est remplacé par un archonte; plus tard l'archontat devient annuel, et les archontes sont au nombre de neuf. La constitution était tout aristocratique : les lois furent écrites par l'archonte Dracon, qui en fit un code d'une eicessive sévérité (624).

Des troubles violents éclatent dans l'Attique ; comme à Rome, les pauvres étaient réduits en esclavage par les riches, leurs créanciers ; un noble athénien est nommé archonte unique en 594 et chargé de rétablir l'ordre. C'était Selon.

Selon, déjà célèbre comme poète, avait composé des vers sur la misère du peuple ; général, il avait repris l'Ile de Salamine dont les Mégariens s'étaient emparés. Son premier acte fut d'abolir toutes les dettes antérieures, de rendre à la liberté tous les débiteurs vendus comme esclaves, et d'abaisser de 37 p. 100 le titre de la drachme, de telle sorte que le débiteur de 100 drachmes pût s'acquitter avec 73. Puis il partagea tous les hommes libres en quatre classes suivant leur revenu. La première foui^ nissait les archontes et les magistrats, la 2* les cavaliers, la 3* l'infanterie pesamment armée, la 4* rinfanterie légère. Les archontes et les sénateurs étaient élus par l'assemblée populaire ; un sénat de 400 membres fut chargé de préparer les lois que votait le peuple. Un code civil et pénal compléta ces dispositions en encourageant et en protégeant le travail.

Après toutes ces réformes. Selon voyagea longtemps, visiu l'Egjrpte, Chypre, Sardes, mais à son retour trouva la ville déchirée par les discordes (660). Il devait mourir deux ans plus tard. '

Pisistrate s'était emparé par surprise de l'Acropole et gouverna la ville Jusqu'à sa mort, de 560 à 6'27. Deux fois II fut exilé et deux fois il rentra dans Athènes, où du moins sa tyrannie s'exerça sous des formes assez douces : Hérodote, Thucvdide, Aristote s'accordent pour lui décerner cet éloge.

Hippias et Hipparque, ses fils, lui succèdent. Le secona est assassiné par deux jeunes Athéniens, Harmodius et Aristogiton (514;. Hippias vongca son frère par de nombreuses exécutions, mais fut chassé d'A^ènea par les Spartiates unis aux habiUnts ré-

voltés, et la démocratie fut éublle (510).

Le chef du parti démocratique, Ciisthène, élargit les bases de la constitution de Solun, donna le droit de cité à tous les habitants libres de l'Attique, quelle que fût leur origine, et divisa le territoire en dèmes ou bourgs qui, réunis sans être continus, formèrent les tribus au nombre de dix. C'était un moyen d'empêcher la formation de toute faction locale et de prévenir les guerres civiles. Il porta le sénat à 500 membres (50 par tribu). Il imagina Vostraeisine. c*est- à-dire le bannissement, au moyen d'un vote inscrit sur une coquille, du citoyen dont les visées ambitieuses ou la popularité semblaient un danger pour la paix de l'Etat. L'exil devait durer dix ans ; mais cette peine, qui ne fut appliquée que dix fois en cent ans, n*eut Jamais cette durée. Ces réformes démocratiques excitèrent les défiances des Lacédémoniens. Ils tentèrent de rétablir Hippias qu'ils avaient détrôné, s'unirent aux Béotiens et aux habitants de Chalcis et d'Egine, pour renverser Ciisthène; leurs tentatives furent vaines ; partout ils furent repoussés. C'est alors qu Hippias sollicita l'appui des Perses et provoqua la première guerre modique.

di l'histoire d'Athènes et de Sparte est fort obs* cure dans cette première période, celle des autres Etats grecs l'est encore davantage. A l'exception de Sparte où la constitution énergique de Lycurguê maintint toujours le pouvoir de l'aristocratie, il y eut pour toutes les cités plusieurs phases successives dans le gouvernement : à l'époque homérique, ce sont des rois de droit divin qui gouvernent; le prestige religieux disparaissant, l'autorité revient à des oligarchies aristocratiques, dont Torgueilleuse dureté soulève les peuples ; des tyrans populaires renversent l'aristocratie, et bientôt un régime de démocratie pure triomphe pres- 2ue partout. La Grèce semble ainsi nous off'nr un es premiers exemples de ces évolutions gouvernementales que nous retrouvons presque identiques dans le monde moderne.

Première guerre médique (500-490). — Avec les guerres médiques (5C0I}, nous entrons dans une ère mieux connue.

Les colonies grecques de l'Asie Mineure, d'abord soumises par Crésus, roi de Lydie, étaient tombées sous la domination de Cyrus, roi de Perse (544). L'Ile de Samos, qui avait gardé plus longtemps son indépendance, fut soumise également par Darius, troisième successeur de Cyrus. Mais l'échec que le « grand roi » avait éprouvé dans son expédition contre les Scythes réveilla le sentiment de la liberté dans les colonies asservies, qui implorèrent le secours des Athéniens. Athènes, intéressée dans l'affranchissement des Grecs d'Asie, répondit à cet appel. Les débuts de la guerre furent malheureux pour les Grecs. La ville de Milet fut prise par les Perses et tous les habitants mâles furent tués (495). Darius envoya Mardonius contre Athènes : mais une tempête dispersa Texpcdition (492).

Sparte et Athènes, oubliant leurs anciennes rivalités, s'unissent alors à la vue du danger commun, et entraînent dans leur ligue un grand nombre de villes grecques : l'idée de la pairie commune se fait jour pour la première fois en Grèce. D'ailleurs la présence et les menées d'Hippias auprès de Darius étaient faites pour éveiller les craintes des Athéniens.

La seconde expédition des Perses, composée d'une flotte consiaérable, bien pourvue d'hompies et de provisions, avait pour cncfd Datis et Artapherne. auxquels s'éuit Joint l'ambitieux Hippias. Elle s'empara de plusieurs Iles qu'elle saccagea. Elle débarqua enfin à Marathon, à huit lieues au nord-est d'Athènes. Mais les dix-huit années de liberté qu'avait procurées à Athènes la constitution de Ciisthène avaient fait de cette cité le rempart de

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rindépendance hellénique. Miltiadc, chef militaire éminent; Thémistocle, général habile à suivre les inspirations d'nn véritable génie militaire, mais politique ambitieux et sans scrupules; Aristide ennn, à qui ses vertus méritèrent le surnom de Juste, commandaient alors l'armée athénienne. L'alarme était grande h Athènes; Sparte, obéissant à certaines superstitions^ ne voulut pas envoyer immédiatement les secours qu'on lui demandait: 10,000 Athéniens seulement, soutenus par 1000 Platéens, durent essuyer le choc de Tinnombrable armée perse. Ils furent complètement victorieux (490), et VeATet moral de la victoire de Marathon fut immense. Athènes en garda une confiance et un orgueil exagérés, mais qui devaient produire de grandes choses. Miltiade, à qui la yictoire était due, eut le malheur d'éprouver un échec devant l'Ile de Paros, et fut condamné par ses concitoyens ingrats à une amende de 50 talents ; il mourut, laissant à son fils Cimon le soin de la payer.

Deuxième guerre miilique (490-479). — Darius humilié meurt en 485 ; son fils Xerxès veut le venger : il prépare une nouvelle expédition contre la Grèce. Hérodote estime & plus de 5 millions d'hommes le nombre de ses soldats ; il en faut beaucoup rabattre, et songer surtout que cette cohue n'était qu'un ramas informe de nations différentes, diversement armées, et incapables de recevoir une direction unique. Cette armée passa l'Hellespont sur deux ponts de bateaux, une première fois détruits par la tempête, puis reconstruits entre Sestos et Abydos. Tout semblait promettre une victoire facile. Les peuples grecs, effrayés par l'approche de Xerxès, faisaient leur soumission ou se montraient peu disposés à seconder la résistance que préparaient Athènes et quelques villes du Péloponèse. Heureusement, un des rois de Sparte, Léonidas, gardait avec quelques milliers d'hommes, dont 300 Spartiates d'élite, le défilé des 'Uiermopyles, pendant que l'armée navale, commandée par le Spartiate Eurybiado et l'Athénien Thémistocle, occupait le cap Artémisium. Mais l'armée 4es Perses força le passage des Thermopyles, malgré l'héroïque défense des ^00 Spartiates, aidés de 700 Thespiens trop oubliés par l'histoire. La Grèce septentrionale tout entière était à la merci du vainqueur. Delphes se défendit bravement ; les Thébains se Joignirent aux Perses ; les Athéniens abandonnèrent leur ville et se réfugièrent à Salamine. La flotte grecaue quitta le cap Artémisium et vint se concentrer dans le détroit de Salamine. La position était excellente et ne permettait aux Perses de déployer contre les Grecs au'une partie de leurs immenses forces navales. Aussi la bataille, engagée sur le conseil de Thémistocle, se termina-t-elle par une victoire décisive des Grecs (480). Xerxès jugea prudent de repasser l'Hellespont; mais il laissa en Grèce 300 000 hommes sous la conduite de Mardonius. Celui-ci alla prendre ses quartiers d'hiver en Thessalie.

Ce fut un immense soulagement pour la Grèce, qui oublia trop vite ce qu'elle devait aux Athéniens '■ Mardonius put en effet rentrer en Attique l'année suivante sans que les Péloponésiens fissent riexi pour l'arrêter, et les Athéniens furent forcés d'abandonner une seconde fois leur ville. Enfin les Spartiates se mirent en marche ; les Athéniens et d autres peuples se joignirent & eux, et l'armée de la Grèce, forte de 110 000 hommes environ, lutta contre Mardonius qui s'était fortifié près de Platée, battit le général perse qui fut tué, s'empara de son camp et ne permit qu'à quelques fuyards de regaener l'Asie (479). Pendant que Pausanias, régent ae Sparte, triomphait à Platée, la flotte grecque, commandée par le roi de Sparte Léotychidas et l'Athénien Xanthippe, père de Périclès, remportait un grand succès à Mycale sur la côte asiatique. La Grèce , délivrée des envahisseurs, allait devenir i conquérante à son tour. \

Hégémonie (T Athènes. — Les Athéniens eunai pour premier souci de rebâtir leur ville, et ils j parvinrent en dépit des efforts jaloux des Péloponésiens, grâce à l'habile temporisation de Tliécnistocle. Ce grand citoyen augmentait en même temps la flotte athénienne, et appelait dans la cité n^}. velle les étrangers ou métèques^ qui y apportèrtai leur activité commerciale. Xa trahison du régent de Sparte Pausanias, qui rêvait de se faire roi ik toute la Grèce, en s'appuyant sur le roi de Perse, ayant été découverte, le vainqueur de Platée fiai mis à mort. Les Athéniens y gagnèrent d'obtenir le commandement général des forces navales de h Grèce. Athènes alors devient l'alliée et comme U tutrice de toutes les colonies asiatiques qu'elle i délivrées ; une fédération maritime s'organise, à rinstigation d'Aristide, et chaque ville fédérée pue à la communauté un tribut en argent ou en vaisseaux (4 76). Peu après (471), le vainqueur de Salamine, Thémistocle^ dont l'arrogance et la cupidité excitaient le mécontentement des Athéniens, est exilé ; impliqué dans la conspiration de Pausaoi», il se réfugia en Perse. Il fut accueilli avec faveur

Ear Artaxerxès, et il termina ses Jours en Asie- [ineure, tandis que l'intègre Aristide mourait à Athènes, si pauvre que l'Etat dut se charger des frais de ses ninéraiUes.

Troisième auerre médigue. *^- Privée C<i cei deux grands hommes, Athènes ne cesse cependant pas de grandir. Forte de l'appui des villes confé* dérées, qu'elle savait réduire à l'obéissance qnanif elles tentaient d'échapper à sa tutelle despotique, elle porta la guerre en Asie. Cimon, fils de Miltiade, vainquit les Asiatiques sur terre et sur mer, aux bouches de l'Kurymédon, en Pamphylie (466). Ce succès n'empêcha pas le vainqueur d'être frappe d'ostracisme (461) pour avoir soutenu le parti aristocratique dans la discussion soulevée par la reconstruction des longs murs. Rappelé en 463, Cimon battit encore une flotte phénicienne, et mourut, laissant à Caillas l'honneur de signer avec les Perses une convention glorieuse pour Athènes. Ce traité reconnaissait l'indépendance de toutes les cités grecques de l'Asie et laissait la flotte athénienne maltresse de la mer (449). Une trêve de trente ans fut conclue en 445 avec Sparte, que mettait en défiance la suprématie de sa rivale.

Tous ces §uccès extérieurs n'allaient pas sans des réformes intérieures. La constitution se développa outre mesure dans le sens démocratique. Le sort fut chargé de désigner les magistrats: le pouvoir Judiciaire passa aux tribunaux populaires, formés chacun de 500 Jurés désignés également par le sort. Six mille citoyens employaient chaque année à Juger le meilleur de leur temps. Une solde de trois oboles (47 centimes environ) était affectée à chacun des Juges pour chaque jour où il siégeait C'était toute une révolution opérée par Péridès, malgré les efforts de Cimon. Périclès y trouvait la satisfaction de son ambition ; les citoyens celle de leurs intérêts personnels ; mais les villes alliées, obligées de venir Jusqu'à Athènes pour y faire juger leurs procès et leurs différends, contraintes de contribuer de leurs deniers aux embellissemenu de la puissante cité, souffraient impatiemm<*nt le Joug. Des révoltes fréquentes se produisaient, écrasées, comme celle de Samoa (44o), avec la dernière rigueur. Tout l'éclat dont Athènes brillait à cette époque cachait donc une situation pleine de pénis, et qu'on oublie trop facilement, quand on se lai&se éblouir par le merveilleux développement artistique et littéraire qui se produisit alors.

Siècle de Pénciès. — Périclès (494-429), qui a mérité f^e donner son nom au cinquième siècle avant l'ère chrétienne, éuit né en 494. Fils de Xantliippe, le vainqueur de Mycale, et formé de bonne heure à l'art oratoire, il domina facilement dans Athènes, grâce aux ressources de sa seule élo-

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<<|Tiencc. L*époqae de sa toate-i)aiB8azice se place entre l'exil de Thucydide, qui avait succédé àCimon comme chef du parit aristocratique (444) et qu'il ne faut pas confondre avec rhistorien du même nom. et le commencement de la guerre du Péloponèse. Il s'appuy;i sur le peuple qu'il fascina par ses discours, par ses largesses, par la construction d'admirables monuments. Il fit d'Athènes comme le centre de la civilisation, la capiule de Vintelligence et de Tart (V. TarUcle sur les lettres et les arts en Grèce). 11 fat plus puissant qu*un roi, et il mourut pauvre, sans avoir augmenté d*une drachme le bien qu'il avait hérité de son père. Après la prise de Sa* moB, qui mit le comble à sa popularité, il secourut Corcyre révoltée contre Corinthe, dont Sparte embrassa la querelle. Il provoqua ainsi la guerre -du Péloponèse.

Guerre du Péhponèse fusgu^à la paix de Nicias (431-421). — Depuis longtemps les Lacédémoniens déBiraient humiher leurs brillants voisins. La révolte de Corcyre soutenue par Athènes leur en fournit Toccasion. Si la puissance militaire des Péloponésiens semblait plus redoutable, les Athéniens étaient sans rivaux sur la mer. Les hostilités commencèrent par les ravages respectifs •des Spartiates dans TAttique et des Athéniens sur les côtes du Péloponèse. Périciès conduisait la flotte de ces derniers, et à son retour il prononça l'éloge des guerriers morts pour la patrie. Malhoureusement, la peste qui sévit alors dans Athènes et fit tant de victimes l'emporta luimême, et ses compatriotes ne trouvèrent pas un général capable de le remplacer (429).

Après sa mort la guerre se généralise, et toutes les villes grecques semblent vouloir y prendre part avec une violence inouie.

L'historien Thucydide trace un magnifique tableau des deux factions qui divisent alors chaque ville grecque, les partisans de l'aristocratie invoquant les Lacédémoniens, les démocrates appelant i eux les Athéniens.

La peste finissait k peine que les Spartiates allèrent assiéger Platée, alliée d'Athènes ; ils s'en emparèrent après la plus vive résistance (429). Les Athéniens répondirent à cette agression en enlevant à leur tour Potidée. Ils po^tèc^nt même la guerre dans le Péloponèse, en Messénie, et enfermèrent une armée lacédémonienne dans 111e de Sphactérie (425). Le chef de la démocratie athénienne, Cléon, se laissa nommer général, parvint à tuer ou à prendre les Spartiates ainsi blo- 3ués, et victorieux, ne poussa qu'à la continuation e la guerre. Elle fut sienalée par le désastre de Délium, où Socrate sauva les jours de Xénophon, et par celui d'Amphlpolis, où les deux chefs de chaoue camp, Cléon et Brasidas, furent tués. Cette double mort rendit la paix possible. Elle fut conclue pour hO ans par les soins de Nicias (421). C'était la onzième année de la lutte, et tous les Etats grecs étaient épuisés et minés ; mais la querelle de Sparte et d'Athènes restait aussi indécise que le premier Jour. Moins d'un an après, les intrigues d'Alcibiade avaient fait reprendre les hostilités.

Expédition de Sicile (2* période de la guerre du Péloponèse, 421-418). — Né vers 450 d'une noble famille, Alcibiade était le plus beau et le plus intelligent des Athéniens. Après mille folies de Jeunesse, il se flattait de Jouer un grand rôle dans la guerre : la paix de Nicias sembla le lui interdire. Il devint alors le chef des belliqueux, comme Nicias était celui des pacifiques. Il décida Athènes à s'unir à Argos, Jalouse de Sparte; les Spartiates, vain<}ueurs à Mantinée (418), firent échec à cette politique, et Alcibiade se tourna d'un autre c6té.

Les colonies ^cques de Sicile étaient en pleine prospérité. Mais des Querelles entre Ioniens et Dorions provoquèrent 1 intervention d'Athènes. La

ville d'Egeste, pressée vivement par les habitants de S^cuse, implora le secours des Athéniens. Alcibiade fit décider l'expédition, malgré les efforts de Nicias. Toutes les forces, toutes les ressources d'Athènes furent prodiguées dans le hasard de cette seule entreprise. Catane et Naxos tombèrent aisément au pouvohr des Athéniens (415). Syracuse même allait être assiégée, lorsque Alcibiade reçut l'ordre de rentrer à Athènes pour répondre à une accusation capitale : la mutilation des Hermès ou statues de Mercure, accomplie dans la nuit qui avait précédé son départ. Il se sauva k Sparte, où il conseilla de fortifier la citadelle de Décélie, dans l'Attique, et de secourir les Syracusains. Gylippe, en effet, conduisit des secours à ces derniers, battit Nicias seul, puis Nicias et un autre général, Démosthène, accouru avec de nouvelles forces athéniennes. Après ce désastre, Démosthène proposa de s'enfuir avec les navires; mais Nicias fit prévaloir l'idée d'une retraite par terre. Malheureusement une crainte superstitieuse le retint trente Jours encore, Jusq[u'au retour de la

{ileme lune : ce retard entraîna la ruine de •armée athénienne (413^.

Fin 'de la guerre du Pélùponè.<e, Les Trente à Athènes (4l24o3). — Le désastre de Sicile surexcita l'ardeur de tous les peuples ennemis d'Athènes, qui eût été perdue, si elle se fût découragée. Une heureuse victoire, remportée près de Milet, rabattit pour un temps l'audace de ses ennemis (412). Une révolution aristocratique eut lieu dès 4l<) à Atl^ènes même, mais le parti démocratique reprit le dessus et rappela Alcibiade qui, mécontent des Lacédémoniens, s'était réfugie près des Perses. Son retour fut le signal de nouvelles victoires; il battit à Cyzique la flotte péloponésienne, et s'empara da B^zance et de Chalcédoine (408). hn 407, il rentra triomphalement dans sa patrie, à laquelle il avait fait tant de mal, et redevint Tidole du peuple. Mais l'alliance de Cyrus le Jeune, satrape d'Asie Mineure, avec Lysandre, amiral lacédémonien, devait porter ses fruits. Les Athéniens, battus devant Ephèse, destituent Alcibiade, et nomment à sa place aix généraux, qui remportèrent sur le Spartiate Callicratidas la victoire des lies Arginuses; l'année suivante, Lysandre ayant repris le commandement des forces de Sparte, surprit la flotte athénienne à l'embouchure de la petite rivière d'iEgos Potamos, daqs l'Hellespont, et la détruisit complètement. Cette victoire termina la guerre du Péloponèse. Athènes bloquée dut se rendre après six mois de siège (404) . Sparte abusa de sa victoire; dans les villes alliées d'Athènes, toutes les démocraties furent supprimées et remplacées par un gouvernement de dix personnes (dicarchies) assistées d'un harmoste ou commandant lacédémonien. Les longs murs d'Athènes furent démolis, les fortifications rasées ; Lysandre enfin abolit la démocratie athénienne et confia tous les pouvoirs à trente individus, connus sous le nom des Trente tyrans. •

Ils firent régner la terreur dans Athènes, à force d'assassinats et de proscriptions. Mais des exilés du parti démocratique, avec Thrasybule à leur tête, ayant réussira s'emparer du port de Munychie, forcèrent les Trente à abdiouer. Thrasybule proclama une amnistie générale (403), et la constitution démocratique fut rétablie.

Ce Alt quatre ans plus tard qu'à la suite d'un déplorable procès, Socrate fut condamné à boire la ciguë (399).

Alcibiade, qui avait tant contribué & l'abaissement de sa patrie, s'était réfugié près de Phamabaze, en Phrygie : ce satrape le fit tuer.

Retraite des Dix-Mille. — La mémorable expédi-. tion des Dix-Mille prend place immédiatement après la guerre du Péloponèse. Cyrus, second fils de Darius Nothos, roi de Perse, voulant détrôner son frère

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Artaxerxès, avait pris à sa solde 10000 mercenaires grecs; un jeune Athénien, Xénophon, qui 8*ctait Joint à rexpédition comme volontaire, nous en a laissé le récit. Vainqueurs à Cunaxa (401), mais privés, par la mort de Cyrus, de Tappui des troupes barbares, qui se débandèrent, les Grecs commencèrent, sons la conduite de gé^ néraux improvisés, cette magnifique retraite qui dura deux ans et les a immortalisés dans la postérité. La faiblesse de Tempire persan, la supériorité du génie grec, éuient démontrées arec éclat par la retraite des Dix-Mille : la leçon ne fût perdue ni pour Agésilas, ni pour Alexandre.

Hégémonie de Sparte. Agésilas. — La suprématie sur les affaires de la Grèce, ou héaémoniey avait passé à Sparte, qui la conserva pencfant une trentaine d^années. La domination Spartiate, plus violente et plus oppressive que ne Tavait été celle des Athéniens, ne tarda pas à soulever les mômes résistances.

Le nouveau roi de Sparte, Agésilas, envoyé en Asie Mineure au secours des villes grecques in-

Suiétées par les Perses, déploya les qualités 'un grand général. Il fit deux campagnes victorieuses, mais fut bientôt rappelé en Gr^e3 où Sparte avait à lutter contre tous les peuples grecs soulcYés contre elle. L'argent asiatique n'avait pas peu contribué à cotte révolte, qu'expliquait d'ailleurs le despotisme lacédémonien. Les alliés grecs avaient réuni à Gorinthe une armée considérable. Une première batoille fut indécise ; Agésilas, de retour d'Asie, défit les confédérés à Coronée (394) ; mais la flotte gréco-persane battit la flotte lacédémonienne devant Cnide et la détruisit. Athènes alors, enhardie, refit ses fortifications, grâce à l'or de Pharnabaze (393;; et du traité qui avait suivi le désastre d'iEgos Potamos, il ne resta plus que le souvenir. La s;uerre n^en continua pas moins, acharnée, mais indécise, autour de CorinUie, entre Agésilas et l'Athénien Iphicrate. Heureusement pour Sparte, le Lacédémonien Antalcidas réussit à détacher le a grand roi » de l'alliance avec les confédérés, et conclut avec Artaxerxès un traité qui porte 3on nom. Ce traité stipulait que toutes les villes grec-

3ues d'Asie seraient remises sous la dépendance u roi, et que toutes les villes grecçiues d'Europe seraient libres et autonomes, ce qui signifiait que toute ligue, toute alliance de nature a inquiéter Sparte leur était interdite. Les cités grecaues durent s'incliner devant les forces énormes aont disposaient les Spartiates et les Perses, et accepter ce traité (387). C'était un pas en arrière dans Thistoire de la Grèce ; l'hellénisme reculant en Asie, éparpillant ses forces en Europe, s'éloignait de plus en plus de cet idéal qu'il ne devait Jamais atteindre : l'unité nationale dans la liberté municipale. Voilà ce qu'avait amené la politique égoïste et étroite d'Agésilas et de Sparte.

Sparte eut beau, dans la suite, donner cours à ses rancunes contre Thèbes, relever Platée, châtier Mantinée de la froideur de ses services (385), elle n'en voyait pas moins Athènes reprendre des forces et ressaisir les principaux éléments de sa domination maritime. Sparte alla même Jusqu'à s'emparer d'Olynthe dont elle éuit Jalouse, et à Jeter dans les bras de la Macédoine la confédération fondée par cette ville, boulevard de la Grèce contre les puissances du Nord. Mais son hégémonie touchait à sa fin.

Thèbes, depuis trois ans soumise à Lacédémono, se soulève à la voix d'un Jeune exilé, Pélupldas, rentré furtivement dans sa patrie (379). Les Spartiates veulent ressaisir leur conquête et la guerre se rallume. Athènes, suivie par soixantedix villes, se déclare l'alliée des Thé bains, et pendant quatre ans (378-374) la guerre se jjoursuit sans résultats décisifs. A ce moment, Athènes se

rapproche de Sparte, par un traité particuli» : la lutte se circonscrit entre Sparte, aui Toulaît dicter à tous les États ses lois, et Thèoes, qui se refusait à abdiquer sa domination sur les cités béotiennes.

Hégémonie de Thèbes (371-361). — Deux héros thébains illustrèrent cette lutte acharnée : Pélopidas et Epaminondas. Les soldats de Sparte avaient envahi la Béotie, où ils éprouTèrent quelques revers. Thèbes fut ensuite mise hors la loi par les représentants des principales Tilles grecques réunis à Lacédémone. Elle répondit à cette exclusion par la g|rande victoire de Lenctres, fruit des habiles dispositions d'Epaminondas (871). Tous les alliés de Sparte, comme il arriTe, se détachèrent d'elle; Mantinée, détruite par Lacédémone, (iit rétablie ; Tégée et toutes les villes arcadiennes renversèrent leur gouvernement oligarchique et foi^ mèrentle projet d'une confédération. Epaminondas, qui suivait ce mouvement, envahit la I^conie,maii n'osa pas attaquer Sparte, qu'Agésilas avait mise en état de défense ; il se contenta de bâtir à l'entrée du défilé qui mène en Laconie nne place-forte destinée à empêcher les entreprises ae Lacédémone contre le Péloponèse : c'était Mégalo ^ /.Is. Il fonde en même temps Messène, sur le mont Ithôme, et en fait le refuge des Bilotes, minant ainsi Sparte dans son propre empire.

Athènes toutefois s'inquiétait des proerès des Thébains, tant la Jalousie fut toi:JourB T'Âme de la politique dans toutes ces petites cités grecques. Elle Joignit ses forces à celles des Spartiates, ses étemels ennemis. Ce fût un moment de répit dans la décadence rapide de Sparte. Thèbes n en gardait pas moins la suprématie, suprématie reconnue même par le « grand roi », que ces rivalités faisaient l'arbitre des villes grecques. 11 arriva pour Thèbes ce qui était arrivé pour ses deux rivales : elle aima mieux étendre ses conquêtes que les Tortifior. De plus elle eut le malheur de perdre Pélopidas, au combat de Cynoscéphales (364), dans une guerre contre le tyran de Phères en Thessalie. Epaminondas, de son côté, succomba sur le champ de bataille de Mantinée, théâtre de sa glorieuse victoire sur les Spartiates (.3g2). La mort de cet homme illustre, habile général autant qu'incorruptible citoyen, amena la paix, toutes choses restant en l'état où elles étaient avant la guerre (361). Thèbes alors retombe dans son obscurité première; Sparte est humiliée et affaiblie, et, malgré l'éclat dont brille encore Athènes, la Grèce serait une proie facile pour une puissance entreprenante. La Macédoine fut cette puissance.

Philippe de Macédoine. ~ La Macédoine était un vaste pays, situé au nord de la Grèce, entre la Thessalie, l'Epire, l'illyrie, la Péonie, la Tfarace et la mer Eeée. L'influence grecque y dominait, grâce aux nombreuses colonies qui s*y étaient établies. Des rois habiles surent profiter des querelles intestines de la Grèce pour y assurer leur influence; mais l'histoire de la Macédoine commence, en réalité, avec Philippe II, quarante-et- unième successeur du fabuleux Caranus, premier roi de ce pays.

Philippe, élevé en Grèce, avait approfonm de bonne neure les défauts et les qualités du caractère grec. Athènes venait de sortir affaiblie de la guerre sociale ou guerre des al Liés, ^t avait dû reconnaître l'indépendance des cités auxquelles elle avait imposé son protectorat (355). Philippe en profita pour s'emparer d'Amphipolis, de ^dna, de Potiaée. Par ses armes et par son or, il se préparait de longue main à soumettre la Grèce. 11 essaya même une intervention directe, à l'occasion de U Xxomhme guerre sacrée^ en détruisant les Phocldiens qui avaient pillé le temple de Delphes (355), et en se faisant proclamer vengeur d'Apollon (353) par le conseil amphictyonioue. Mais il se trouva en présence d'un redoutable adversaire. L'Athénien

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Démostbène (né en 385), après des débnts difficiles conune orateur, se posa en adversaire résolu des projets ambitieux qu*il soupçonnait dans Philippe (première Philippique^ 361). Le roi de Macédoine, un moment arrêté, envahit la Chalcidique et menace Olynthe, que Démosthène ne peut faire secourir (les O^fnthiermes) : Tor de Philippe endormait toutes les défiances; Olynthe succombe en 318; le boulevard de la Grèce au nord était ren- Tersô. Philippe est chargé, à la suite d*une ambassade dont faisaient partie Eschine et Démosthène, de terminer la guerre sacrée. Il y parvient et exclut les Phoddiens du conseil amphictyonique, pour y entrer lui-même avec voix prépondérante (346). Il était alors au faite de la puissance, et les Athéniens euxHnèmes le regardaient presque comme un libérateur. Huit ans après, Eschine, une de ses créatures, rappelle, au nom du conseil amphictyonique, contre les Locriens d*Amphissa, qui avaient labouré le champ cirrhéen, consacré à Apollon : c*est la quatrième guerre sacrée. Philippe en profite pour s*emparer d'Elatée, qui lui donnait la clef de la Grèce. A cette nouvelle, les Athéniens ouvrent les yeux. Ils se lèvent à la Tolx de Démosthène, s'unissent aux Thébaîns, et Tont se faire battre à Chéronée (338). Mais le roi de Macédoine ne veut pas brusquer la situation ; il recherche la popularité; aussi épargne-t-il Athènes ; à Ck>rinthe il propose contre les Perses une expédition commune, dont on le proclame généralissime (337). Pendant les préparatifs de cette entreprise, il répudie Olymplas, mère d'Alexandre, pour épouser Cléop&tre, fille d'Attale, un de ses généraux. C'est à ce moment qu'il périt assassiné au milieu d'une cérémonie publique (336). D laissait à son fils un pouvoir absolu et une armée redoutable, dont la fameuse phalange formait la force principale.

Son œuvre est difficile à Juger. Il est certain qu'il commença VheUénisation du monde ancien, achevée par son fils Alexandre ; mais celte diffusion de l'hellénisme ne se fit qu'aux dépens des anciennes capitales de la Grèce. C'est ce qui Justifie les efforts patriotiques de Démosthène.

Alexandre le Grand, — Dès l'avènement d'Alexandre, les Thraces, les TribaUes, les lUyriens se soulevèrent; mais ils furent aussitôt battus. Les Grecs eux-mêmes, excités par Démosthène, coururent aux armes, et Thèbes massacra la garnison macédonienne. Thèbes. bientôt reprise, fut rasée, à l'exception de la maison qui avut appartenu au poète Pmdare, et la Grèce soumise. Le vainqueur réunit l'assemblée des Grecs à Gorinthe, et y reçut le commandement d'une grande expédition contre la Perse (335).

On trouvera à l'article Alexandre le récit de cette expédition mémorable, dont le résultat fut la destruction de la puissance barbare qui avait si longtemps menacé la Grèce, et la fondadon d'un empire macédonien sur les ruines de celui de Darius Codoman.

L'œuvre d'Alexandre n'était pas de celles qui doivent demeurer entières; ses conquêtes furent brisées après sa mort en plusieurs morceaux; mais, comme le disait Bayle, c les morceaux en furent bons. »

La Grèce dqiuis la mort d'Alexandre jusqu^à la mort de Pyrrhus. — La nouvelle de la mort d'Alexandre fit tressaillir la Grèce, qui s'était tenue tranquille pendant les onze années de ses campa-

gies asiatiques. Athènes fut l'&me d'un vaste souvement auquel s'associèrent toutes les villes grec* ques, à l'exception de Sparte ; Antipater, battu aux Thermopyles, dut reculer Jusqu'en Macédoine.

Mais il reprit bientôt la campagne, disloqua la confédération après sa victoire de (Sannon, et força Athènes à la paix. Le grand Démosthène, réfugié dans le temple de Neptune à (^laurie, s'empoi' sonna (822).

Polysperchon, devenu régent de Macédoine à la mort d' Antipater (819), cherche à se populariser en Grèce. Il rétablit partout le gouvernement démocratique, et met à mort Phocion, coupable d'être l'ami de son compétiteur Cassandre, et coupable surtout, aux jreux des exilés qui rentraient à Athènes, d'avoir peut-être jugé la Grèce indigne de la liberté. Mais ce mouvement dura peu. L'oligarchie fut rétablie par Cassandre. fils d' Antipater, 3ui mit à la tête des affaires athéniennes un ami e Phocion, Démétrius de Phalères (317-807). Le fils d' Antigène, qui régnait en Asie Mineure, le jeune Démétrius Poliorcète (le preneur de villes), s'empara d'Athènes, proclama la liberté et l'autonomie de cette ville, qui ne (ùt Jamais déclarée libre aussi souvent que depuis le Jour où ello cessa de l'être. •

Ce hardi général dut bientôt retourner en Asie pour y défendre Antigone son père, menacé par la coalition des autres héritiers d'Alexandre. U fut banu àlpsus en Phiygie et Antigone y futtué (301). Revenu en Grèce, il s'empara ae la Macédoine à la mort de Cassandre, dont un des fils avait imprudemment invoqué son secours. Il iiesta maître de ce pays, malgré les attaques incessantes de Pyrrhus, roi d'Epire, Jusqu'en 286. Mais il eut le tort de vouloir reprendre les Etats asiatiques de son père, et échoua contre Séleucus, qui le retint captirjusqu'k sa mort. Lysimaque, roi de Thrace, devenu maître de la Macédoine, alla à son tour attaquer Séleucus ; il fut vaincu et tué k- Cjrropédion. Peu après, la domination de la Macédoine échut au fils de Démétrius Poliorcète, Antigone de Goni. Le vaste empire macédonien se trouva alors définitivement partagé en trois royaumes : la Macédoine, la Syrie et l'Egypte.

L'influence macédonienne en Grèce, protégée directement par des garnisons placées aans les cités, ou indirectement par la suprématie d'une faction dévouée aux intérêts des rois de Macédoine, devait durer jusqu'aux jours de l'invasion romaine. Et cependant la Grèce était encore capable d'efforts personnels. Les Gaulois, établis depuis trois siècles au nord de la Macédoine, envahirent son territoire en 279, tournèrent les Thermopyles, échouèrentdevant la vigoureuse résistance des Grecs à Delphes, et durent revenir épuisés et amoindris vers les bords du Danube (278).

D'autres événements troublèrent encore le repos de la Grèce. Pyrrhus, roi d'Epûe (318-272), détrôné par Cassandre, avait reconquis son royaume en 295. Entreprenant et ambitieux, il avait tenté une folle expédition contre la Sicile et l'Italie, et n'était revenu en Epire que pour ▼ former de nouveaux projets. U attaqua le roi ae Macédoine Antigone de Goni, le noursuivit dans le Péloponèse, et échoua devant Sparte; il venait de se rendre maître d'Argos, quand il mourut frappé à la tête d'une tuile qu'avait lancée contre lui la main d'une vieille femme (272). Antigone redevint maître de son royaume, où sa dynastie se maintint Jusqu'à la conquête romaine.

Toute cette période de l'histoire grecque est singulièrement confuse et troublée. La Macédoine est maintenant rentrée dans les limites modeAes où elle avait été enfermée avant Alexandre ; toutefois elle cherche encore à assurer sa prépondérance sur la Grèce ; la Grèce, à son tour, cherche & échapper à la Macédoine ; mais elle appelle Rome à son secours. Ce fut sa ruine.

La Ligue achéenne. Aratus (272-818). — Sous les premiers rois de Macédoine, et au milieu des discordes civiles, les villes de l'Achale, district de la Grèce situé sur la côte du Péloponèse qui borde le golfe de Corinthe, avaient fondé une ûgue qui n'éuit que le renouvellement d'une alliance plus ancienne, et qui allait prendre de l'importance.

Aratus de Sicyone fit entrer sa ville naUle dont

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la ligue achéenne, à laquelle il chercha à donner un caractère national ; il y agrégea ensuite Corintlie (248). Athènes suit cet exemple, et chasse sa garnison macédonienne. Malheureusement la Ligue ne combattait pas seulement pour Tindépendance, elle cherchait à faire triompher Taristocratie dans toutes les cités. Elle se trouva en présence de la Ligue étolienne, fondée sur le principe démocratique et bientôt puissante. Dès 238, les Etoliens s'avancèrent en armes jusqu'à l'isthme de Corinthe ; ils furent repoussés par Aratus. Mais les Achéens eurent ensuite à lutter contre Sparte. Le roi Agis (244) avait essayé do ramener les Spartiates à la législation de Lycurgue. Cette entreprise, d'abord bien accueillie, coûta finalement la vie à son auteur (241). Son collègue Léonidas régna seul alors, et transmit bientôt la couronne à son fils Cléomène. Celui-ci, loin d'écouter les propositions d'Aratus, qui avait espéré l'entraîner dans la Ligue, fit la guerre aux Achéens et les vainquit ; puis il reprit l'œuvre d'Agis. 11 l'acheva, rétablit les lois de Lycurgue (225), reprit l'ancien système des conquôtes, et allait écraser complètement les Achéens quand Aratus, tremblant pour son œuvre de l'unité grecque, se jeu dans les bras d'Antigone Doson, roi de Macédoine. Ce dernier accourt en Grèce, et arrête les Spartiates au brillant combat de Sellasie (222). L'Arcadien Philopœmen avait décidé, par une manœuvre hardie, de la défaite des Spartiates. La Macédoine rentrait triomphante en Grèce. Aratus fut une de ses premières victimes. Le successeur d'Antigone, Philippe III, qu' Aratus avait appelé à son aide contre les Etoliens, le fit empoisonner. Dès lors Philopœmen dirige la Liçue achéenne. 11 eut à la protéger à la fois contre Tes attaques des tyrans de Sparte, Machanidas et Nabis, et contre les menées des Romains. Ceux-ci, fidèles à Tantique politique du Sénat, encourageaient partout les discordes.

Les Romains en Sicile (412-200). Les Romains en Grèce (21S-183). — La défaite des Athéniens en Sicile avait exalté l'orgueil des Syracusains ; les Culhaginois avec Annibal envahirent alors l'Ile si longtemps convoitée. Sélinonte, Himéra, Agrigente même (409-406), tombèrent successivement en leur pouvoir. Ces événements rendirent maître de Syracuse le tvran Denys, qui régna d'abord par la terreur, en s appuyant sur les vainqueurs , et se retourna ensuite contre eux. Il parvint à les chasser complètement de la Sicile (396). De tels succès lui permirent d'écraser toutes les autres colonies grecques, avec l'aide des Lacédémoniens ; mais cet habile iynn meurt en 367, laissant le pouvoir à son fils Denys le Jeune. Celui-ci fut renversé par son encle Dion, qui professait des idées libérales, et ne sut pas les appliquer. Dion assassiné laissa la place libre à Denvs, qui vengea par des flots de sang répandu sa défaite antérieure. Les Syracusains, écrasés par Denys, pressés par les Carthaginois, réclament les secours de Corinthe, leur métropole. Le Corinthien Timoléon arrive, débarrasse les Syracusains de Denys, chasse les Carthaginois, rétablit la constitution démocratique non seulement à Syracuse, mais encore dans toutes les colonies grecques de Siéile, et meurt en pleine gloire en 836. Après lui son œuvre est continuée par Agathocle, mais avec des movens plus violents. A la suite d'une inutile expédition contre Carthage, Agathocle fait la paix avec sa puissante rivale, et meurt en 289. Dix ans après sa mort, Syracuse est obligée d'appeler Pyrrhus à son secours contre les Cailhaginois (278) ; plus tard elle renonce à la démocratie et met sur le trône Hiéron, qui régna sagement jusqu'en 216. La première guerre punique chasse enfin les Carthaginois de Sicile, et les Romains occupent toute la partie occidentale de l'Ile.

En 212, Rome continue sa conquête, s'empare de Syracuse, malgré les effbru d'Archimède, et à

la fin de la deuxième guerre punique ta Sjr:« « tière n'était plus qu'une province roiiiaia«> iir.-^* trée par un oréteur. C*éUit le prélude de la :.^. quête de la Grèce par les Romains.

Le jeune Philippe UI de Macédoine avaû çi ' -. prudence de s'allier à Annibal ; Rome b%.* ^ flotte aux bords de l'Aoûs (214), et sa victuf; ^ attira l'alliance de tous les Etats démocru; . .--. jaloux de la Ligue achéenne. Puis, fidèle ï aulitique de désorganisation ches les peuple» c veut conquérir, le Sénat romain annonce le p- ^ d'afl'ranchir les Grecs. Le consul Flaminiaos .-. par les aristocrates qui ne roulaient plus de y\lippe, et par les démocrates qui n'ea sm r mais voulu, écrase le roi de Macédoine kC\z . phales (197), lui prend la Thessalie et lui tmp<K . tribut. Aux jeux Isthmiques de Corinthe, il pnr.^ solennellement l'indépendance de tous l€s >..

S les qui avaient été soumis à Philippe. C'étai: ^: ction, une apparence, dès lors qu'il laissait ^ -^i au cœur du Péloponèse le tyran Nabis, qoi d mi lentement dissoudre ou briser le laisceau c^ u confédération (I9.S).

Les Etoliens, mécontents, appellent à lev ^ Antiochus, roi de Syrie, homme présomptocci .. faible, qui ne put empêcher les Romains de rmchir les Thermopyles, et dut so sauver ts A' : (191). La Lieue étolienne ayait cessé d'ei.--? La Ligue achéenne aurait encore pu, gr»'^ i Philopœmen, sauver l'indépendance de la G'< : si Rome l'avait permis ; mais Rome laissa la L.i: s'épuiser contre Sparte qui avait fait déf^:::. puis contre Messène; Philopœmen, ie dem^r f Grecs, mourut dans une expédition contre n^ :?• Usan des Romains, Dinocrate, qui le fit \r,<> nier et le condamna à boire la cigufi (Is . C* grand citoyen avait rôvé de faire de la Grèce i:'. nation ; il eut le triste honneur de périr à l'œuvre: la Grèce était perdue.

Conquête de la Grèce par les Romains (183-14^ .- Le Sénat put alors appliquer sa politique et :v * partout des créatures. Il y eut bien encore quei< rri eff'orts tentés contre les progrès de la domina!. . étrangère. Le roi de Macédoine, Persée, essay: ^ lutter ; il fut écrasé par Paul-Emile k la batain- .. Pydna (168). Les cités grecques euToient des izbassadeurs pour féliciter Rome de sa Yictoireccn d'entre eux, Gallicrate, en profite pour indiq:]? au Sénat ceux de ses concitoyens qui résistect i l'influence romaine : la proscription ne se fie ; » attendre ; désormais la Grèce libre n^existe p!;u que de nom. Un dernier mouvement, déroagogiqK celui-là, fut comme le dernier spasme de Vh'ifpendance grecoue à l'agonie. Critolafls, élnstrair^ de la ligue achéenne, proclame la guerre contre l'fi Romains; l'assemblée générale de Corinthe nùâe sa décision. Hais Mètellus taille en pièces, à Scar-

allée, la faible armée des Grecs ; son successeiir [ummius remporte à Leucopétra un second succ^ sur Diéus, successeur de Critolaûs, et entre dans Cormthe qui est complètement détruite (146). Les dépouilles de Corinthe sont envoyées à Rome ; les villes insurgées sont démantelées; qnelques-imei deviennent tributaires, et le territoire de Corintha est réuni au domaine romain {ager ronumut). La Grèce allait former désormais une province romaine: c'était le Juste châtiment de ses divisions intestines. La Grèce sous la domination romaine, — Devenue province romaine, la Grèce prend le nom d*Achaie. Elle demeure longtemps tranquille, épuisée par ses anciennes divisions ; elle tente un nouvel effort pour recouvrer son indépendance avec ArchélAûs, général de Hithridate ; mais ArchélaOs est vùnco par Sylla à Orchomène et à Chéronée (87). La Grèce alors est administrée par un préteur. En l'an l^> «^d la retrouve réunie à la Macédoine sous l'amorité de Calpumius Pison. Auguste Ten sépare définitirement et en fait une des onse provinces sénatoritJes;

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m histoire se confond dès lors avec celle de Tem- Ire. Sous Consuntin, elle devient chrétienne et le forme, avec la Macédoine, le diocèse de Macéoino^ qui fait partie de la préfecture dlllyrie. Après Théodose, Tempire est définitivement parigé, et la Grèce fait partie de l'empire d*Orient, ont Constantinople devient la capitale.

11. X«si Qr^oe au moyen Age. — Théodose monut à Milan le 17 Janvier 'àdh. Son fils Ârcadius ai succéda en Orient ; la Grèce faisait partie de .on empire. Le Wisigoth Âlaric, attiré par Rufln, ninistre d* Arcadius, se Jette sur les provinces eu- 'opéennes de l'empire, que SUlicon, ministre ÏUonoriasy défend contre la barbarie. Maître d'Athènes, Alaric pénètre dans le Péloponèse, se fait battre au mont Pholoé, et n*en obtient pas moins du faible Arcadius un éublissement en lilyrie. La race de Théodose le Grand finit en 463 avec Pulchérie, sœur de Théodose II ; Marcien, un brave soldat, continue à régner Jusqu'en 457. En 4 7. S, sous Zenon Tlsaurien, un incendie détruit le Jupiter Olympien de Phidias et la Vénus de Praxitèle, dont Consuntinople s*était emparée.

Les événemenu qui intéressent directement la Grèce deviennent de plus en plus rares : en 726 Léon m risanrien ayant interdit le culte des images, une révolte éclate dans les Cyclades et dans la Grèce où pullulaient les moines : la mer Egée était appelée la Mer Sainte; Tinsurrection Tut comprimée et les images disparurent. Vingt ans plus tard, les Slaves du Danube envahirent la Uacédoine, la Uellade et le Péloponèse. où leur raco se conserva pendant des siècles (746).

Au IX* sitele, l'Asie liineure tombe au pouvoir des Arabes : Nicéphore ne sait pas tenir tôte à Haroun-al-Raschid, qui s*avance Jusqu*à Héraclès en fiithynie (803), et en 806, Tempereur devient tributaire du calife. Sa mort en 8i 1 laisse pendant deux ans les provinces européennes à la merci des Bulgares et de leur chef Crumne. La mort de Crumne délivra la Thrace (814). Bn 824, des pirates d'Espagne enlèvent à l'empire grec la Crète, où ils fondent Candie qui donnera son nom à Tlle entière. Pendant deux années (840-841), TAsie Mineure Bst ravagée tour à tour par Tempereur Théophile et par les Musulmans qui y exercent d'horribles cruautés. Sous Basile l*' le Macédonien (867-886), fondateur d'une dynastie qui conserva le trône un siècle et demi, les généraux du calife de Bagdad, battus en Orient et sur les c6tes d'Italie, dévastent le Péloponèse, et enlèvent enfin Syracuse aux Grecs (88<;) : il y avait cinquante- quatre ans que les musulmans avaient pénétré dans la Sicile. Un empereur corrompu, Léon le Philosophe, fils et successeur de Basile 1*% compose un trsité de tactique et des sermons, pendant que les Slaves, Servions et Croates, fondent de nouveaux établissements au nord-ouest des provinces européennes, et que le roi bulgare Siméon ravage les terres de l'empire autour deThessalonique. En 904, ce sont les Russes d'Oleg qui pénètrent par la mer Noire dans le Bosphore, forcent le port de Constantinople et mettent à feu et à sang les environs de la ville ; la même année, Thessalonique est prise et pillée par une bande de pirates sarrasins sous le commandement d'un renégat grec de Tripoli. Le règne de Constantin Porphyrogénète, peintre, architecte, auteur (912-9&9).n arrête pas l'invasion ; Andrinople est prise par Siméon en 914, Constantinople est menacée en 923 ; la Paphiagonle, le Pont, la Bithvnie sont ravagées par le Russe Igor, successeur d'Oleg (9 il) et époux de la célèbre Olga» qui prit le nom d'Hélène après son baptême à Constantinople (955).

Nicéphore Phocas ne put enlever la Sidie aux Musulmans, mais il les chassa de la Cilicie et leur reprit Chypre et la Svrie (966;, porta ses armes jusqu'à Nisibe, ravagea la Mésopoumie et fit trembler

le calife dans Bagdad (968). Sous le règne des deu& petits-fils de Constantm Porphyrogénete, Basile U et Constantin VIII, Sarrasins et Bulgares dévastent pendant dix années (976-986) la Thrace, la Macédoine, la Thessalie et la Grèce. Au xi* siècle, l'em- Rire grec perd l'Italie médionale, conquise par ^es ormands.En 1146, Roger II de Sicile réponora aux réclamations de Constantinople par la prise de Corfou, l'atUQue de Céphalonie, de Nègrepont, de Corinthe et d Athènes. Les ComnènCj qui occupent le trône depuis 1057, voient le Turc Soliman, arrière-petit-fils de SeldJouk, fixer sa résidence àNicée dans la Bithynie grecque en 1074, puis à Iconium dans la Lvcaonie en 1082. Tonte 1 Asie Mineure, moins Trébisonde, était tombée sous le Joug musulman, et en 1093« Alexis Comnène dut appeler à son aide les Occidentaux et le pape. L'Europe et le Saint- Siège entendirent cet appel : la première croisade eut lieu eu 1096. Ces expéditions n'arrêtèrent ni la décadence ni le démembrement de l'empire d'Orient ; elles faillirent précipiter sa chute. La quatrième aboutit à l'établissement d'un empire franco-bysantin sur les rives du Bosphore (1204) : un comte de Flandre devint empereur, un marquis de Montferrat roi de Thessalonique, un maréchal de Champagne duc d'Athènes ; les Vénitiens sont seigneurs « d'un quart et demi de l'emphre grec. » Les Grecs se maintiennent en Asie, à Nicée, à Trébizonde, dans quelques provinces européennes, et en 1261 Baudouin II, le dernier empereur latin, est chassé de Constantinople par Michel Paléologue. Sous Jean I*' (1859), les Turcs passent l'Hellespont, enlèvent aux Grecs Gallipoli» la clef de l'Europe, et pénètrent en Thrace. Les derniers princes de la maison des Paléologue, Manuel U, Jean II et Constantin XII, sont impuissant» contre l'invasion musulmane. Constantinople succombe le 27 mai 1453 : son dernier empereur meurt sur la brèche. En 14.S8, les deux frères de Constantin XII sont dépouillés de la Morée, Corinthe et Athènes sont prises; en 1461 l'empire de Trébisonde succombe à son tour ; l'année suivante, c'est l'Ile de Lesbos qu'une trahison livre à Mahomet 11; Venise ne peut sauver Nègrepont (1470) malgré son alliance avec Rome, Naples et la Perse ; Tes Génois ne sont pas plus heureux : CafTa, la clef de la mer Noire, leur est enlevée en 1476. Mahomet II mourut sans avoir vu réussir ses projeta contre Rhodes, mais la Grèce était au pouvoir des Turcs, et ello supporta leur Joug Jusqu'à la fin du XVIII* siècle.

m. Z«a Orèoe moderne et contempondiM. — En 1766, une insurrection des Monténégrins, soutenus par les Russes, fut comprimée. Les Mainetes de Morée (1769-1777) ne furent pas plus heureux, et les Souliotes d'Albanie, qui firent reconnalire leur indépendance en 1792, malgré les effbrta d'Ali de Tebelen, pacha de Janina, Auront extarminés en 1804.

Les Serbes, révoltés depuis 1806, sontréduitaen 1813, et leur chef Csemi Georges se reUre en Russie.

Ces tentatives isolées ne pouvaient aboutir : un soulèvement général éclata en 1821. L'hétérle on association formée à la fin de 1814 à Odessa avait préparé l'affranchissement de la Grèce avec la complicité des Russes, des Anglais, maîtres des lies Ioniennes, et les ardentes sympathies de la France; elle prend pour chef en 18*20 Alexandre Ypsilanti, qui pousse les Grecs dans les bras du pacha de Janina révolté contre la Porte. A l'appel d'Alexandre, les Grecs do Morée massacrent les Turcs et prennent pour chef Démétrius Ypsilanti (1821).

La Porte veut réduire Tinsurrection par la terreur ; le patriarche de Constantinople et quatre évèques sont mis à mort, les chrétiens sont massacrés en Thrace, en Macédoine et en Asie Mi-

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nenre. Les insulaircB de Psara, de SpeUla, d*Bydra alarment pour la cause de l'indépendance ; la Mer Sainte se couvre de légers navires qui harcèlent la flotte ottomane ; mais le mouvement manque d*unitô et de direction. Le sénat convoqué pa^ Mavromlealis n*a ni prestige, ni autorité ; Alexandre Ypsilanti, battu dans les provinces danubiennes, se réfugie en Autriche; Démétrius, proclamé stratège, est bientôt privé du commandement. Malgré ces divisions, les Grecs remportent quelques succès à Nauplie de Malvoisie, a Navarin, a Gassandra, à THpolitza qui devient le siège de leur gouvernement Provisoire. Le congrès d'Epidaure, ouvert le 15 décembre 1831 par Démétrius Ypsilanti et Mavrocordato, prépara la rédaction do l'acte d'indépendance, qui fut promulgué le 27 Janvier 18V2.

Les Turcs n'avaient songé d*abord qu'à réduire Ali de Tebelen, qui fut lâchement assassiné dans une conférence que lui avait proposée Kourschidpacha (6 février 1822); maîtres de Janina, ils marchèrent sur Missolonéhl, où Mavrocordato s'était réfugié et fortifié après sa défaite à Arta ; ce premier siège fut illustré par le dévouement de Marcos Botzaris, qui mourut comme Léonidas aux Thermopylcs (Juillet 182^)). Cet héroïque sacrifice, les exploits de Miaulis et ceux de Canaris, qui avait fait sauter le vaisseau amiral du capitan pacha en 1822, la prise de Nauplie en janvier 1823, excitaient dans une partie de TEurope un vif enthousiasme. Le plus çrand poète de l'Angleterre, lord Byron, prodiguait aux Grecs sa fortune, ses conseils, malheureusement peu écoutés, et sa vie ; il mourut à Missolonghi le 19 avril 1825. L'ambition des chefs grecs, la rivalité de Colocotroni, Condouriotis et Mavrocordato, paralysaient tous les efforts. L'intervention du vice-roi d'Egypte fut encore plus Aineate à la cause hellénique. En i82& Ibrahim, fils de Méhémet-Ali, prend Candie, touche à Modon et à Navarin, pendant que Roschid-pacha parcourt l'Acarnanie et l'Etolie, pénètre au cœur de la Morée et s'empare de Tripolitxa ; Missolonghi succombe à son tour le 22 avril 18?(). La cause de l'indépendance semblait fort compromise : elle fut sauvée par l'intervention des puissances occidentales (convention de Londres, 6 Juillet 1827).

Le 20 octobre 1827 les flottes combinées de la Russie, de l'Angleterre et de la France détruisirent à Navarin la flotte turco-égjrptienne. L'année suivante, une expédition française, sous les ordres du général Maison, débarrassa la Morée des troupes indisciplinées au pacha d'Egypte Ibrahim. Après qu'une armée russe, franchissant les Balkans, eut pénétré Jusqu'à Andrinople, l'indépendance de la Grèce fut enfin reconnue par la Porte (1829).

La Grèce émancipée s'était constituée en république, le 24 Janvier 1828, sous la présidence de Capo distria. Celui-ci ayant été assassiné (ISai), les puissances transformèrent la Grèce en royaume, et placèrent sur le trône Othon, second fils du roi de Bavière (1832). Après trente années de règne, ce prince fut renversé par une révolution (1862), et la couronne fut donnée à un fils du roi de Danemark, qui règne actuellement à Athènes sous le Dom de Georges I**. { Edgar Zevort.]

GRÈCE (Lettres kt arts). — Littératures étrangères, IV-VI; Histoire générale, VI-X. — Poésie. — Le poème épique. — La poésie étant la première forme sous laquelle se produisent les œuvres littéraires, l'étude des œuvres poétiques de la Grèce doit précéder celle des monuments de la prose.

Les Grecs plaçaient, avant Homère, des poètes d'origine divine, Orphée, Musée, Linus; ces premiers éducateurs des peuples, chantres harmonieux qui adoucissent les tigres et les lions, appartiennent à la légende ; mais l'auteur de V Iliade et de Y Odyssée appartient déjà à l'histoire. Dans l'Iliade il chante « la colère d^Achille, fils de Pelée, colère funeste

qui causa bien des maux aux Aefaéeos. > Mettzx en scène tous les héros chers à la Grèce, nains^ tous les peuples, toutes les cités, aux prises 21% les Troyens, Homère composa an poème vrûaea patriotique et national, une œuvre qui allais ini au cœur de la foule à oui elle s^adressait : €^ là le grand intérêt de l'iliade. Cest en ootr- u tableau à la fois exact et brillant des temps héroïques, c'est la peinture d'une société rera?quable par la rudesse de ses mœurs, la xloLt^st et la sincérité de ses passions.

De la Grèce béroique, et nâiwante, et samrage,

Daas Homère à nos jeax TÎt U parfaite ima^

(André Cnimn, Vlmoemtkm.)

L'Odyssée appartient au çyclo (cercle, série de poèmes relatifs à un môme événement) des /:^ tours; on comprenait sous ce titre le réd: des aventures des héros du siège de T>oie, après j prise de la ville. L'Odyssée est l'histoire dTIjrsae depuis la chute de Troie Jusqu'à son retour et ses triomphe définitif à Ithaque sa patrie. Les Gr«s croyaient qu'Homère étaii parvenu à la vieiile^M quand il composa cette seconde épopée, d'une inspiration plus douce, qui renferme plus de pei:^ tures de la vie intérieure, dont le récit esi pin mesuré et plus calme.

L'Odyssée offre un autre intérêt; son héroi, Olysse, est le véritable type du Grec, par l intelligence, les ressources de l'esprit, rélo^nence titiinuante qui rend presque jalouse Minerve ellemême, surtout par la patience et le sang-froid.

Toujours imité, Jamais surpassé, Homère a seni de modèle aux chantres inspirés de tons les inçs et de tous les pays : on a eu beau contester l'eiii' tence du vieil aède, il vit toujours :

Trois mille ans ont pasié sar U cendre «Tnoiiiîr ^ Et depuis trois mille ans Homère respecté Est jeune encor de gloire et d*immortalité.

(André Cainm)

La poésie didactique. — Hésiode, d^Ascra en B>otie, qui fut peut-être contemporain d'Homère, essaya, dans sa Théogonie^ de systématiser les crojanc^ religieuses dé son temps. Dans les Travaux et la Jours f il célébra le travail, l'agriculture, le commerce, l'accomplissement du devoir.

La poésie It/rtque, — La poésie lyrique, qui a ds si intimes rapports avec l'élévation morale et religieuse des peuples (Villemain, Essai sur le gtru: de Pindare)y ne pouvait être étrangère aux Grecs. L'accord de la poésie, de la musique et de la danse n'exista que chez eux et chez quelques peuples orientaux. C'est de 700 à 460 avant notre ère que la poésie lyrique fleurit en Grèce, pendant la lotte entre la tyrannie et la démocratie» qui aboutit an triomphe de la liberté. Les rois disparas, l'épopée est muette ; les peuples eccupent la scène, et les poètes lyriques sont leurs interprètes : ces poètes sont des combattants comme Alcée, des sages comme Selon, Théognis et Pythagore, des âmes vindicatives comme Archiloque, l'Inventeur de l'iambe, des âmes douces et sensuelles conmie Anacréon, passionnées comme Sappho, mélancoliques comme Mimnerme, ou éprises de la gloire comme Pindare de Thèbes, le dernier et le plus grand de tous. Le concours empressé de la Grècis entière, des lies, des colonies, à Ol^mpie, à Corinthe, à Delphes, àNémée, partout où 1 on dispute une couronne, telle est la matière offerte à Pindare et ses émules. L'œuvre de ceux-ci n'est pas venue Jusqu'à nous, mais les chants de victoire (Epinicia) de Pindare nous font partager l'émotion des foules qui se pressaient aux Jeux isthmiqucs ou néméens ; ils nous font entendre ces acclamations confuses, ces applaudissements qui emplissaient le stade, ils nous montrent ces couronnes, ces statues, tous ces honneurs publies prodigués aux vainqueurs, aux vainqueurs c qui n'ai-

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maient rien UDt que la gloire. » et qui préféraient à. tout une ode de Pindare. Cette ode ne célébrait pas seulement le héros obscur de la course on dn puç^lat, mais surtout la cité qui lui arait donné naissance* les dieux ou les demi-dieux qui Tavaient fondée, les traditions, les légendes qui entouraient son origine. Là était Tintérét de ces chants que toute la Grèce répétait, et qui firent décerner au poète tbébain le utre glorieux ^kôte public d'Athènes.

CaiUnus et Tyrtée, qui brillèrent au septième siècle avant Jésus-Christ, se servirent du vers de cinq pieds nommé élégos, qui donna son nom à Xéiegte, Simonide (cinquième siècle) fut le rival de Pindare.

Poésie tiramatique. ~ Cest à Athènes que naquit la tragédie, au commencement de ce cinquième siècle qui fut une des plus glorieuses époques de rbistoire de Fesorit humain. Le triomphe de la démocratie, Texaitation de la yictoire sur les Perses ont surexcité toutes les énergies, échauffé toutes les imaginations : c*est à ce moment si favorable, dans un milieu si propice, que la tragédie sort d'un cbœur en l'honneur de Dionysos. En Thrace, la fête du dieu de la vigne était célébrée par des femmes : animées d*une sorte de délire, elles 8*éga- TÛent dans les montagnes, portant des torches dans leurs mains, le cou enlacé de serpents, frappant des cymbales, poussant des cris sauvages.

Ijta Ménades couraient en longs cheveux épan Et chantaient EToé« Bacchus et Thyonée

El la Toix des rochers répétait leurs chansons.

(André CBamsa, Egl. IX.)

Introduit dans TAttique, ce culte prit un caractère moins violent : Dionysos fut souvent confondu avec Apollon ; c'est à Tune de ses fêtes, les Dionysies, que se ctianuit le chant du boue (le boue, portant un panier de figues, éuit consacré à Dionysos), d*où sortit la tragédie. Thespls déucha du chœur un personnage, Eschyle en ajouta un second; chaque personnage put se dédoubler, grâce au masque : la tragédie existait. Chaque jour elle se dégagea davanuge de la légende de Dionysos ; mais elle continua d'emprunter ses sujets aux annales de la race hellénique.

Les mythes de Prométhée et d*Hercule, le fabuleux "irova^e des Argonautes, les sièges do Thèbes et de Troie, les légendes qui s'y rattachent, fournissent à Eschyle, a Sophocle, à Euripide des motifs inépuisables : ils n'y ajoutent que l'élément dramatique, la magie du style, la peinture éternellement rajeunie du cœur humain, et leur conception du destin, delafaUlité, oui fait de Phèdre, de Médée, d'Orests et d'GEdipe, des personnages d'un intérêt si poignant. La poésie dramatique, nous l'avons dit, est née à Athènes. Les trois grands tragiques de la Grèce sont des Athéniens; Eschyle (5&-455) est né à Eleusis, Sophocle (49S-405) à Colone, Euripide (480*406) à Salamine. Après eux la décadence de l'art dramatique est si profonde nue le poète comioue Aristopnane, dans sa comédie des GrenouiiUs, traite leurs successeurs de « rejetons sans énergie, babillards comme des hirondelles, corrupteurs du goût et qui tombent brisés de fatigue après avoir composé un chœur. »

, Poésie satirique. — En ce genre, la Grèce fut très inférieure à Rome; elle n'a pas produit de poètes satiriques proprement dits. Archiloque, moins célèbre par son Hymne à Hercule que par ses mordantes invectives, assouvit une haine personnelle contre Lycambe, mais ne créa pas un genre nouveau. La satire se réfugia au théâtre : Aristophane en est l'unique représentant.

Ménandre, fort inférieur à Aristophane, fut le créateur de la Comédie nouvelle, qui sortit du décret des Trente tyrans supprimant la parabase, c'est-à-

dire le discours direct du poète aux spectateurs, en interdisant de mettre en scène un nersonnage vivant (404). Si Ménandre n'a ni la force comique, ni l'éclatante poésie de l'auteur des Guêpes, des Nuées et des OtseauXt il a plus d'art, de goût et de mesure.

Poésie pastorale. — Ce genre, qui ne convient guère qu'a un peuple Jeune et naïf, a eu, dit-on, pour premier représentant Diomos, qui vécut en SicUe. Son nom seul a survécu avec celui de Daphnis, le héros de ses poèmes, dont le souvenir se retrouve dans Théocrite, dans Virgile, dans André Chénier. Théocrite, qui vécut 300 ans avant Jésus-Christ, est déjà maniéré et factice. Il brilla dans cette cour des Ptolémées qui vit naître la critique littéraire avec Aristanque ; ses a petits tableaux, > ses idi/lles sont le chef-d'œuvre de l'art alexandrin.

Il chante

. . . , . les moissons joyeuses, les troupeaux Bêlants ou mugissants, les rustiques pipeaux.

(André CHncisa, Egl. I.)

L'apologue. — C'est en Orient que prit sans doute naissance l'apologue. Le Phrygien Esope (500 av. J.-C.) n'en fut probablement pas le créateur ; il en fut certainement la victime. Les habitants de Delphes, auxquels il avait fait entendre des critiques blessantes, le condamnèrent à mort comme impie et sacrilège. On prétend que Socrate, accusé d'impiété comme Esope, employa les derniers temps de sa vie à mettre en vers les apologues du Phrygien. Le genre ne fut Jamais populaire on Grèce. La liberté de tout dire y était asses grande pour au'il ne fût pas nécessaire de dissimuler la vérité sous le voile de l'allégorie.

Prose. — Histoire. — Notre étude de la poésie devait précéder celle de la prose, comme le poète (celui qui crée) a précédé Thistorien (celui qui sait). Pour les Grecs, le Père ou THomère de l'histoire, c'est Hérodote. Il raconte le grand duel de la Grèce et de l'Asie, Marathon, Salamine et Platée, mêlant la fable au récit d'événements que tous connaissaient. Les Grecs donnèrent le nom d'une muse à chacun des livres de son histoire : pour eux, Héro« dote était encore un poète.

Thucydide, plus grave, plus digne du titre d'historien an sens moderne de ce mot, ne recherche que la vérité nue, dédaigne les agréments du récit, les fictions, l'intervention divine. Contemporain de la guerre du Péloponèse, il en a saisi et il en expose les caractères essentiels ; il Juge les hommes avec équité, il conserve aux événements leur véritable physionomie : c'est Thistorien politique après l'historien poète.

Xénophon, continuateur de Thucydide, fit de l'histoire une simple narration destinée à soutenir un système de philosophie politique.

C'est encore à l'école de Thucydide qu'appartient Polybe, le fils de Lvcortas, qui fut stratège de la ligue achéenne après Pnilopœmen. Exilé sur les bords du Tibre pendant quinxe années, il put étudier à loisir la poUiiquo du Sénat, discerner les causes de la grandeur de Rome, de la faiblesse de ses rivaux : si les Romains ont triomphé, c'est qu'ils possédaient le génie politique et la suite dans les projets, c'est que chacun subordonnait son intérêt à lintérêt général. Polybe est un historien philosophique ; assistant aux plus grands événements, la chute de la Grèce, de Carthage, de Numance, il en expose les raisons avec une remarquable sagacité : son livre, tout mutilé qu'il est, reste un monument de la puissance d'Induction appliquée aux faits de l'histoire.

Bien après Polybe, Lucien donna une théorio de la manière d'écrire l'histoire : la critique et la science y tiennent peu de place, mais la forme y a une importance considérable.

En dehors de l'histoire poétique, de l'histoire politique et de l'histoire philosophique, il faut

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signaler Thistoire biographique, dont PluUrane nous offre un modèle intéressant. Dans ses Vies parallèles, il fait œuvre de curieux, recherchant les détails les plus minimes sur l'homme privé ; il fait œuvre de patriote, opposant volontiers un Grec à un Romain : 11 fait surtout œuvre de moraliste, allant u chercher au fond les signes de Tàmc, » comme dit Àmyot. G*est par ce côté qu'il a été si goûté, surtout en France, où on a pu dire qu'il était « le pain des forts. » Piutaniue est le dernier des écrivains grecs qui ait une réelle valeur. Ses nobles enseignements ne furent pas perdus : un de ses neveux, le philosophe Sextus, fut le maître de Marc-Aurèle.

Eloquence. — Ici encore il faut citer Homère : on retrouve dans Tlliade des modèles achevés de tous les gemree d'éloquence ; mais l'éloquence ne Joua un rôle actif dans les destinées du peuple grec, ne devint un moyen do gouvernement, qu'après les guerres médiques. u Tout dépendait du peuple, a dit Fénelon, et le peuple dépendait de la parole. »

Périclès ne fut un si remarauable huu^iae d*£tat que parce qu'il était un grana orateur :

Ici de Périclès La To{x« l'ardente Toix« de tous les GŒors mûtreise. Frappe, foudroie, agite, épouTaote la Grèce.

(André Cmmkimm, VInvention,)

Cette éloquence lui permit de conserver vingt ans un pouvoir presque absolu dans la plus soupçonneuse des démocraties. Nous ne pouvons malheureusement Juger de cette puissance oratoire qu'à travers Thucydide, qui a revêtu de son style le discours de Périclès prononçant l'éloge des citoyens morts pour la patrie.

Le représentant le plus complet de l'éloquence en Grèce, c'est Demosthène. Homme d'Etat, ambassadeur, guerrier, patriote, il eut toutes les connaissances, tous les dons que Gicéron exigeait de l'orateur. Il eut à lutter à la fois contre des traîtres comme Eschine et Démade, contre des citoyens honorables mais aveuglés comme Phoclon, contre des ennemis politiques acharnés dans des procès où il ▼ allait de la vie ; et il n'évita ni une accusation de vénalité, ni la condamnation, ni l'exil. Les Athéniens ne lui rendirent justice qu'après sa mort : ils gravèrent ces mots sur sa tombe : « Demosthène, si tu avais eu une n force éçale à ton éloquence, Jamais le Mars de « Macédoine n*aurait soumis la Grèce. «

A côté de Demosthène il faut placer, dans cette brillante floraison de l'éloquence, Isocrate, rhéteur élégant, harmonieux, mais un peu froid ; Isée, à la diction véhémente et serrée; Lyslas, Uypéride, Eschine lui-même, qui fût quelquefois digne de son glorieux rival. Demosthène ne fut pas seulement le plus illustre, il fut le dernier représenunt de l'éloquence athénienne : la ruine de l'indépendance nationale renversa la tribune; l'agora, qui avait entendu l'admirable invocation aux m&nes des guerriers morts à Marathon, redevint muette : la parole était aux rhéteurs.

L'éloquence ne renaquit en Grèce que sous une forme nouvelle : l'apologétique. Dans son Tableau de l'éloquence chrétienne au quatrième siècle, Villemain a signalé ie^i trésors enfouis dans les in-folio des Pères de l'Église. Saint Jean Chrysostome fut 1 i Demosthène de ces orateurs chrétiens.

Roman, — Si les Grecs, si artistes pourtant, n'ont rien produit en ce genre qui vaille la peine d'être mentionné, c*est que leur religion, leur histoire légendaire étaient un tissu d'aventures mer- Teilleuses. L'expédition des Argonautes, le siège de Troie, les Retours, TOdyssée elle-même, ne •ont-ils pas de véritables romans, plus dramatiques, plus touchants que les amours de Daphnis et de Ghloé, d'Anthia et d'Abrocôme? *

I Philosophie. — La philosophie, le dernier vec»

I des genres littéraires de la urèce, paria en ven,

jusqu'au Jour où renseignement socratique lui

donna sa langue naturelle, la prose, « ce mile ooi:!

et bon aux fortes mains» » qui fut manié aveetast

I de charme par Platon, avec lant de force par

, Aristote.

L'art grec vit tout entier dan* Platon, dans les dialogues qui se déroulent avec tout rintérêi €m petit drame. Aristote, plus didactique, est lâes moins littéraire ; mais ceux de ses écrits qui som venus Jusqu'à nous n'étaient peut-être que les luNes ; du professeur ou de ses élèves.

Dans cette rapide revue des poètes et des pr»- I sateurs grecs, nous avons laissé de côté bieo des I noms d'écrivains connus, quelques-uns même d'écrivains illustres : c'est que leurs eauvres sont per- , dues, c'est qu'elles ont eu moins d'influence sur le , monde hellénique, c'est en dernier lieu qu'elles ' sont un miroir moins fidèle de cette société, si Tire, si brillante, si complexe, qui s'est si souvent transformée, et qui pourtant nous offre encore lei types divers que la littérature et l'art ont iiniDo> Ulisés.

La littérature grecque moderne. — Après Vkt chrétienne, la littérature grecque se confond avec la littérature byzantine; au zvi« siècle on ne peu euère citer que des grammairiens. Chrysoions, Lascaris, etc. ; au xvn*, Vincent Comaro, l'autear d'un médiocre roman de chevalerie ; au xvm* les copistes des littératures étran^res.

Une véritable renaissance littéraire se déclin au XIX* siècle : Goray, un philologue, Philippidls un historien, et des poètes comme Rigas, Salomos Christopoulos, les deux Soutzos, Rangavîs furent à la tête du mouvement. Ces efforts sont honorables, mais les Grecs modernes sont loin encore de Toriglnalité, de la perfection de leurs ancêtres ; ceux-ci ont été les éducateurs et les modèles des Romains d'abord, plus tard des peuples modernes: aacuQ genre nouveau n'a été créé depuis eux, et en ptasieurs, comme l'ode pindarique, U tragédie, l'épopée, ils sont restés inimitables.

L'art grec. — La mythologie, — La mythologie est hitimement mêlée à la littérature et à 1 art grec, et la première condition pour oomprendre tei œuvres du génie grec, c'est de se pénétrer des croyances religieuses de cette époque; il faut le rendre compte des conceptions symboliques dei Grecs, car c est avec leur valeur représentative que les dieux et les déesses paraissent dans la poàie et dans l'art. L'union entre la tradition religieuse et les œuvres littéraires ou artistiques est si étroite, que la décadence date du jour où les symboles sont oubliés ou méprisés par les poètes et les sculpteurs. Quand on eut tiré du symbole tout ce qu'il contenait, il n'y eut plus ou à copier on à dénaturer les types : cette rovolution date de la fis du V* et du commencement du iv* siècle avant rèrs chrétienne.

La mythologie comprend non seulement riiîstoire fabuleuse des dieux et des héros, mais encore la science des traditions rclieieuses et poétiques. Un mot résume toute la religion hellénique: rosthropomorphismCj c'est-à-dire la croyance religieuse à l'existence de dieux ayant la forme et les passions humaines. L'homme se crée des dieux à son image sous l'influence de l'imagination et de la sensibilité ; les notions, d'abord confuses, se présent, les traits se fixent, grâce au génie des poètes, au ciseau des artistes, et Jupiter, Minerve, Mercure deviennent des êtres réels, vivant et agissant, comme Priam, Pénélope ou Achille. An début b religion des Grecs est un pur naturalisme: h culte des furêto, l'adoration des montagnes, des vents, dos fleuves se retrouvent encore dios Homère, mêlés aux légendes des héros et des dieux. Zens éuit alors le Dieu suprême, le pèn

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des choses Tivantes {Zeus Paier, ches les Romains Jupiter). On plaçait son trône sur la cimtf neigeuse des montagnes : sur le mont Dicté en Crète, sur le Lycée en Arcadie, à Dodone en Epire où le chêne et le hêtre lui étaient consacrés. A son coite était associé celui de la Terre mère, Déméter, nom que Von donnait à Cérès. Un feu perpétuel brûle sur Fautol de la déesse à Blantinee, comme sur celui de V esta à Rome: c*est elle qui fait naître les moissons; sa fille Perséphone (Proserpine), personnification de la puissance végétative, fut donnén pour épouse au dieu du monde souterrain. Héra, la Junon des Romains, épouse de Zeus, n'était à l'origine que la vierge céleste qui régnait à Argos.

Kronos (Saturne), symbolisant le sol, et Hadès (Pluton), dieu des espaces souterrains etdes morts, étaient en opposition avec Zeus. le dieu du ciel. Hcphsestos (Vulcain) personnifiait le fea des volcans; c'était le grand artisan de Tunivers; on l'adorait à Lemnos. où Ton forgeait des armes.

Pan et Hermès personnifiaient le principe de la génération.

A ces dieux primitifs s'ajoutèrent successivement une foule de divinités apportées par les différents peuples qui s'établirent en Grèce. Astarté ou Aphrodite (Vénus), « fille de Tonde amère, » dont rimago ornait la proue des navires, est d'importation phénicienne, comme Melkart qui se transforma en Hercule. Poséidon (Nepturie) le dieu de la mer, dont la légende fit l'époux de Déméter, et Athéné (Minerve), qui avait l'olivier pour emblème, venaient de l'Asie ; Athéné n'était que la vierge inféconde, avant de devenir, sous la forme de Pallas, le symbole de la sagesse. De l'étranger vinrent encore Dionysos (Baccnus), le dieu de la vigne, Artémls (Diane) au culte homicide, et Ares (Mars), le dieu du carnage. La dernière et la plus remarquable de ces importations religieuses Ait celle d'Apollon, le fils de Latone, honoré d*abord sur l'Olympe et à.Délos, avant de Tôtre dans la vallée de Tempe et à Delphes. C^est Apollon qui personnifia l'inspiration des vers, «de la musique et des arts, avec la révélation de la pensée divine, c*est-à-dire tout le génie grec.

Le polythéisme grec n*était pas renfermé dans un dogmatisme étroit ; il échappa au naturalisme primitif pour se splritualiser ; chacun put substituer à la personnification des forces de la matière celle des qualités morales que Ton s'empressait d'accorder aux dieux à mesure que les progrès de la civilisation les faisaient naître ches les hommes. Cependant la trace du naturalisme resta toujours sensible : Jupiter était en même temps le maître de l'Olympe et Tair qui enveloppe la création, Apollon le soleil même, Neptune Tocéan; la Naïade n'éuit pas seulement la déesse des grottes humides, c'éuit la source elle-même. Cette confusion n'enlevait rien à la flexibilité de l'anthropomorphisme : les ressources qu'il offrait à l'art et à la poésie éuient innombrables. Nous avons cité les principaux dieux; une liste complète serait interminable : après les grands dieux venaient les dieux secondaires des forêts et des eaux; les Océanides, les Néréides, les Tritons, les Muses, les Parques, les FurifK, ces ministres inexorables des vengeances célestes, sans parler du Destin, divinité aveugle, supérieure à tovLn les autres dieux et qui finira par conduire la philosophie à la conception d'un dieu unique. La pliilosopnie, fille rebelle du polythéismo, lua ce culte sans influence morale, sans action sur les &mes, qui n»^ parlait qu'aux yeux, qui ne s'adressait qu'au poète et à l'artiste, mais qui eut au moins ta vertu de les faire crands entre tous. •

L'architecture grecque. -^ L'architecture grecque sut toujours se subordonner la peinture et la scuipturi!, commo l'art grec tout entier, oui ne sacrifia Jamais l'ensemble aux détails. LeB plus an-

2* PABTIK.

ciens monuments qu'elle nous ait laissés sont les murs cyclopéenSf blocs de pierre entassés sans ordre apparent (murs de Tirynthe, de Corinthe), auxquels succédèrent les constructions polygonales, comme celles de Mycènes, en pierres taillées, et les constructions en pierres carrées, comme le trésor des Atrides (tombeau d'Agamemnon à Mycènes).

On ignore la date de l'apparition des ordres en Grèce ; Tordre dorique est le plus ancien. Les temples doriques primitifs sont lourds et massifs (temple de Némésis à Rhamnonte) ; mais bientôt, sans rien perdre de sa force et de sa majesté, Tédifice prend des proportions plus harmonieuses et pins belles : le Parthénon et le temple de Thésée à Athènes, le temple de la Concorde à Agrigente en Sicile, sont les plus parfaits modèles de l'ordre dorique.

L'ordre ionique, qui fit son apparition au vi* siècle avant J.>G., a plus d'élégance et de légèreté que Tordre dorique (temple de Diane à Ephèse).

Après Tinvasion des Perses, il fallut de toutes parts relever les monuments publics et privés; comme TEurope après Tan luOO, la Grèce, après les guerres médiques, se revêtit d'une blanche robe de temples, aux formes harmonieuses, qui se détachaient au soleil sur Tasur du ciel. Dans ces demeures, vraiment dignes des dieux, comme dans les théâtres, les odéons, les propylées, les portiques, le marbre remplace la pierre et Ton accumule toutes les ressources de Tart arrivé à son plus haut développement. C'est lesiècle de Périclès, que Ton devrait appeler aussi le siècle do Phidias. Le temple de Thésée, à Athènes, datait de Cimon ; sous la direction de Phidias, Ictinus élève le Parthénon, etMnésiclès, les Propylées. Le temple d'Eleusis, commencé par Corœbus, est continué par Métagènes. Lies ouvrages d'utilité publique couvrent toute la Grèce et les lies : ce sont des salles de musique, des hippodromes à gradins, des galeries, des théâtres contenant Jusqu'à lâO,000 spectateurs.

A partir de 404 (prise d* Athènes par Lysandre^ l'architecture n'est plus qu'au service des particuliers : les maisons reconstruites deviennent plus luxueuses, les rues sont élargies, le Pirée est rebâti.

Alexandre transporta Tart grec en Asie, et le génie d'Athènes asservie rayonna encore sur le monde : à Antioche, à Alexandrie, Tinflueuce de l'art grec est sensible ; cette période est celle de Tordre corinthien, dont Tinvention est attribuée à Callimaque, plus riche mais moins élégant que Tordre ionique. Sous la domination romaine, les arts de la Grèce continuèrent à régner exclusivement, en conservant toute leur originalité ; l'architecture byzantine n'apparut qu'à la fin de Tempire.

La peinture grecque. — Nous pouvons Juger Tarchltecture grecque par les monuments qu'elle nous a laissés : nous n'avons pour apprécier la peinture que les Jugements des anciens.

Ija peinture grecque naquit peut-être à Corinthe etàSicyone, où lespotiers ornaient déteintes plates leurs vases grossiers. Ce ne fut qu'après les guerres médiqttf*s qu'elle se dégagea de la céramicfue et de la sculpture, et elle n'atteignit la perfection qu'à Tépoque d'Alexandre. Polysnote, contemporain de Cimon et de Périclès, ressaya dans les temples de Tliésée, dans ceux de Delphes et de Platée, dans la Pinacothèque d'Athènes, avant de représenter la prise de Troie, le départ des Grecs et l'évocation des moru par Ulysse sur les murs de la Lescbé à Gnide, la lutte des Mèdes et des Perses dans le Pœcile, à Atliènes. Micon et Panœnos, frère de Phidias, furent les collaborateurs de l'olygnoto. A(>ollodore, son successeur, par une savante distribution des ombres et de la lumière, fit faire à la peinture un pas décisif* ^

GRÈCE

GRIMPEURS

Maîtres de presque tons les procédés de leur art, les peintres du cinquième siècle, Zeuxis, Parrhasius, Timanthe, purent rechercher et atteindre Texpression, la gradation des sentiments. An quatrième siècle. Pamphyle eut pour élèves Protogènes et Apelle. Ce dernier est considéré comme le plus

frarid peintre de Tantiquité ; nature tendre, peuttre sensuelle, il consacra son pinceau à la reproduction des figures de femmes ou de dieux aux formes presque féminines : la Vénus Anadyomène fut son chef-d'œuvre.

Après Alexandre, la pointure grec<^ue comme 'architecture se répand en Orient, puis en Italie où elle rencontre une rivale, la inosaique, et où elle se réduisit à la décoration des villas et des maisons. Abandonnée aux esclaves qui peignaient

{>our leurs maîtres, elle tomba, sous rempire,dans e plus entier discrédit.

La sculpture grecque. — Les statues des dieux, telles furent les premiers et longtemps les seuls monuments de la sculpture grecque : les symboles de la religion hellénique, multipliés à Tinfini, se prêtaient à tous les besoins de Timaginatlon comme a toutes les diversités d*exécution ; il suffisait de laisser à chaque divinité ses attributs essentiels, l'arc et la flèche à Apollon, le trident à Neptune, etc. L'artiste restait libre d'idéaliser son modèle, et les plus grands étaient ceux qui parvenaient k représenter, sous la forme corporelle, les conceptions immatérielles, les qualités morales de Tesprit.

L art plastique ne commença à décliner one lorsque les sculpteurs voulurent représenter les passions humaines dans toute leur intensité ; ils excellèrent pourtant dans les sutues, dans les bustes, comme ils avaient excellé dans la sculpture symbolique : mais Thomme ne peut avoir la calme beauté, la sérénité sublime des personnages divins ; de là riufériorité de la statuaire grecque à partir du quatrième siècle.

Les lions de Mycènes sont, avec les statues en bois des divinités, les plus anciens ouvrages de la sculpture grecque : ces ébauches grossières se fabriquaient dans TAttique et à Egine. C'est un Cretois, établi dans l'Attique, Dédale, qui fit faire à l'art ses premiers progrès en « animant ses statues », c'est-à-dire en leur ouvrant les yeux, en détachant les Jambes et les bras jusqu'alors adhérents au corps. Ces perfectionnements furent adoptés à Sicyone et dans 1 lie de Rhodes. Pendant les guerres médiques, le génie grec s'affine au contact de l'Asie , et se débarrasse définitivement des entraves hiératiques; des familles, des cités entières se passionnent pour l'art de Dédale, qui atteint enfin le naturel et l'expression de la vie : Tusage des Jeux, des luttes athlétiques offre aux yeux la forme humaine dans toute sa souplesse et sa mobilité. Les ouvrages de cette époque sont nombreux : ce sont surtout des bas-reliefs et dos terres cuites ; les statues en or et en matières précieuses étaient plus exposées à la spoliation ; elles y ont rarement écliappé. Les œuvres venues jusqu'à nous sont les bas-reliefs de Sélinonteet d'Assos, la Vesta Giustiniani, l'autel des douze dieux (au Louvre) et lo'^ sculptures d'Egine (à -la glyptothèque de Muoich.)

i.a période qui précéda la guerre du Péloponèse, c'esi-à-dire l'administration de Cimon et de Périclès, futl'Aged'ordela sculpture grecque : les frises du Parthéiion, œuvre de Phidias, la statue de la déesse, toute d'ivoire et d'or, et le Jupiter d'Olympîe en Ëlide, furent le dernier mot do l'art; après la guerre du Péloponèse, il abandonne la représentation des dieux impassibles et sévères, de Jupiter, de Minerve, de Junon ; Bacchus, Apollon, l'Amour, Vénus, sont les modèles les plus fréquents d'une époque plus sensuelle et qui recherche moins l'expression surnaturelle de la divinité que celle de ses

formes juvéniles. Phidias (Pallas du Parthénoa), Polyolète (Doryphore et Junon d*ArgosL P<i!^ gnote, Callimaque, Alcamène (Aphrodite oes Jardins), Socrate le philosophe, appartiennent à la première époque ; Scopas de Paros, Lysippe, Praziièlâ et leurs élèves, à la seconde. L' Apollon citharèds de Scopas, les Niobides de Scopas ou de Praxitèle, le Satyre ou Faune de Praxitèle* le Sauroctone da Louvre, l'Hercule Faroèse de Lysippe, sont les

{principales œuvres de cette école, moins forte qu'frégante, moins idéaliste que volnptaeaae.

Après Alexandre, l'art se vulgarise et transfomis tontes les maisons en musées ; les scolpteors, comm* les architectes et les peintres, deviennent des décorateurs pleins de godt et de raffinement : c'est à peine si un ou deux noms de sculpteors ont sornagé ; l'art semblait être à la portée de tout Is monde. Le Laocoon,le Gladiateur d'Agasias auLoavre, le Taureau Farnèse sont les seules œuvres a citer, avec le colosse de Rhodes dû à nn élève de Lysippe, Charès.

Après la conquête, presçiue tons les artistes grecs émigrent à Rome, enrichie des dépouilles de TAchale; dans cette nouvelle patrie, qui n'eut pas !a sentiment de l'art au même degré que les Grecs, qui ne connut ni leur finesse, ni leur délicatesse exquise, la décadence est complète : les procédés matériels se perfectionnent à tel point que Zéoodore peut fondre le colosse d'airain de Kéron [H mètres), mais l'inspiration s*éteint, 1* idéal disparaît : sauf dans la colonne Trajane et les statues de Nerva (au Vatican) et de Marc-Aurèle (au Ca{»itole), la sculpture ne connaît plus ni Télégance^Qi le fini, ni la justesse des proportions ; du reste, elle se réduit volontairement à la représentaxioa des empereurs et des impératrices : les bustes de cette époque, surtout ceux de femmes, sont innosbrables. L'invasion barbare porta le dernier coup à l'art grec ; mais l'art chrétien ne le remplaça pendant quelques siècles que pour s'effacer de noeveau devant lui.

La musique grecque. — Le mtème musical des Grecs a été se perfectionnant depuis Torigine jusqu'au chiquième siècle ; les instr|^ments primiiirs, la flûte de Pan et l'écaillé de tortue, ont fait place à la magadis à vingt cordes. Ce développement musical s'accomplit parallèlement à celui ae la poés)« lyrique et de la danse. L'instrumentation était sî perfectionnée qu'Aristote énumère jusqu'à trentetrois instruments à vent. On sait quelles foules empressées réunissaient les concerts privés, les odéons, ces conservatoires de l'antiquité, et les grands concours de musique. Bien que nous os connaissions que très imparfaitement le système musical des Grecs, on peut affirmer que le goût de la musique était inné chez cette race si admirablement douée, comme celui de la peinture, de li sculpture, de tous les arts qui ont trouvé en Grèct d'immortels interprètes. [Edgar ZovorcJ

GRIMPEURS. — Zoologie, XV. — Les oiseaux que Cuvier a rangés dans un ordre à part, sous le nom de Grimpeurs^ se distinguent de la foule des passereaux par un certain nombre de caractères et entre autres par la conformation de leurs pattes. Leurs doigts, en effet, sont dirigés deux en avant et deux en arrière, ce qui leur permet de saisir le» branches avec beaucoup de force, de s'accrocher aux aspérités de l'écorce, et parfois même de grimper verticalement, avec une grande agilité, le long du tronc des arbres. '

En tète de cet ordre des Grimpeurs se placent naturellement les Perboquets, auxquels certains naturalistes, comme de filaio ville c; le prince Ch. Bonaparte, ont assigné un rang encore plus élever les metunt en tète de toute la série omithologique.

Les perroouets ont le bec très dur et très robosls avec la mandibule supérieure fortement recourbée

GRIMPEURS

GRIMPEURS

et prolongée en on crochet aa-dessus de la mandibule inférieure, qui est coupée carrément à l'extrémité; leur langue charnue, ou plutôt coriace, est faite plutôt pour écraser des graines que pour apprécier la saveur des aliments, et leur larynx, très compliqué, leur donne la faculté d'imiter avec une assez grande perfection la voix humaine et les èris des autres animaui. Ils grimpent avec facilité sur les arbres, se suspendent souvent aux branches avec leur bise en prenant les poses les plus bizarres, et se servent de leurs pattes pour |>orter à leur bouche les fruits et les graines dont ils font leur nourriture. Leur plumage offre généralement des teintes éclatantes, du vert, du rouge, du bleu ou du jaune vif, et leur tôte est parfois surmontée d'une petite huppe. Ils vivent en troupes plus ou moins nombreuses dans les contrées tropicales, en Afrique, en Asie, en Amérique et surtout en OcOanie où chac^ue lie, pour amsi dire, possède une espèce paruculite de perroquets.

On les divise naturellement, pour la commodité de l'étude, en un certain nombre de groupes, dont les principaux sont :

1° LesAraSt au bec énorme, aux Joues souvent dénudées, à la queue longue et étagée, au plumage ordinairement multicolore ;

^'Les Perruches^ de taille plus faible que les Aras, à livrée moins brillante, généralement d'un vert relevé par quelques taches rouges ou Jaunes ;

3" Les Cacatoè», à la queue courte, carrée, à la tôte ornée d'une huppe élégante ou d*un cimier 'que l'oiseau peut redresser à volonté ; ces perroquets sont * quelquefois de couleur sombre, plus souvent d'un blanc rosé, ou d'un blanc pur avec quelques plumes Jaunes ou orangées ;

\^ Les Perroquets proprement dits, qui ressemblent aux Cacatoès par leur queue courte, mais qui sont dépourvus de huppe ; le Jacquot ou Perroquet gris à queue rouge d'Afrique, que l'on voit souvent en cage« peut être considéré comme le type de ce groupe.

Quelques perroquets, et entre autres les Aras^ les CacatoéSy les Idieroglosses, les Nestors et les Strigops ou Perroquets- chouettes de la Nouvelle- Zélanae, rivalisent de grandeur avec les oiseaux de proie ; d*autres au contraire, comme les Loriquets des Moluqnes et les N'isiternes de la Nouvelle- Guinée, peuvent être comparés pour la taille à nos plus petits passereaux.

Les Pics, eux, sont des Grimpeurs par excellence Ils peuvent monter verticalement ou en spirale sur le tronc des arbres les moins rugueux, et sont aidés dans ces mouvements de progression parleur queue, composée de plumes à tiges rigides, sur laquelle ils peuvent s'arc-bouter. Ils ont un bec puissant, de forme conique, avec lequel ils fendent l'écorce, en élargissent les fissures, afin de découvrir les insectes et les larves dont ils font leur nourriture et qu'ils saisissent adroitement avec leur langue. Celleci est généralement épineuse à l'extrémité, enduite d une salive gluante, et peut, grâce à une disposition ingénieuse, être projetée subitement à une assez grande distance. En détruisant les larves de coléoptères <^ui rongent le bois, les pies rendent des services incontestables ; on les accuse cependant de nuire aux forêts en creusant de larges cavités dans des arbres qui ne sont que légèrement attaqués, et pour ce motif on leur déclare, dans la plupart de nos départements, une guerre assez injuste.

En France on trouve plusieurs espèces de pics. La plus grande est le fie notr, qui a presque la taille d'une corneille, et dont le plumage est tout noir, sauf sur la tète, qui est couverte par une calotte rouge beaucoup plus étendue chez le mAle que chez la femelle. Il se tient de préférence dans les forêts de conifères, et se nourrit d'abeilles, de guêpes, de fourmis et de larves d'insectes xylophages. Le Pic vert ou Pivert, qui est beaucoup |

plus commun dans nos forêts que le précédent, est sensiblement plus petit et porte une livrée verte en dessus, blanchâtre en dessous, avec une bande Jaune sur le croupion et une calotte rouge sur le sommet de la tète (chez le mâle). Il creuse dausie tissu d'un chêne un trou où il dépose au printemps cinq à six œufs d'un blanc pur. Son en ordinahre est dur et précipité, et son chant d'appel ressemble un peu à un éclat de rire ; en outre, dans certains cas, et surtout, disent les gens delà campagne, lorsque le temps se met à la piuie, le pivert fait entendre un son plaintif et traîne. Enfin le Pie épeichette ou Petti épetche, de taille encore plus faible que le Pic vert, est moins répandu chez nous que les deux précédents et habite plutôt lo nord de l'Europe et la Sibérie. Le dos et les ailes sont variés de noir et de blanc, la tête est ornée, au moins chez le mâle, d'une calotte rouge, le front est blanc, de même que le dessous du corps, et les Joues sont ornées de moustaches noires.

En Amérique, en Asie et en Alrique vivent beaucoup d'autres espèces de pics, de formes variées; mais en Australie on iio connaît pohit de représentants de cette famille.

Tout à côté des pics se placent les Torcols, qi)i doivent leur nom à l'habitude singulière qu'ils ont de tourner la tête en tous sens, et de prendre des poses bizarres. L'espèce qui vit en France est d'assez petite taille et porte, comme tous ses con* génères, un plumage d un brun terreux, rayé transversalement de noir.

Les Coucous ont des formes plus élancées que les pics, un bec beaucoup moins robuste, largemeni fendu, un peu arqué en dessus, des ailes longues, une queue très développée et des pattes courtes. Leur plumage est parfois tout noir, d'autres fois roux ou gris cendré, quelquefois d'un vert doré étincelant. Le Coucou vulaaire de France ne présente pas à tous les âges Ta même livrée ; Jeune, il offre du brun foncé, du roux et du blanc sur son plumage; adulte, il a le dessus du corps d'un gris foncé, la gorge et la poitrine plus claires, le ventre marqué de raies transversales noires. Il arrive au printemps dans nos contrées et fait aussitôt retentir les bois de son chant monotone. Il se nourrit f principalement de chenilles. Chacun sait que la èmelle de cetto espèce, mère dénaturée, ne couve pas elle-même ses œufs, mais va les déposer un à un dans les nids de certains petits oiseaux, du merle, du rouge-gorge, de la fauvette. Ceux-ci ne s^aperçoivent pas de la fraude ou du moins la tolèrent; ils couvent l'œuf étranger avec les leurs, et élèvent avec leur progéniture le Jeune coucou; mais trop souvent celui-ci récompense bien mal le dévouement de ses parents d'adoption, il abuse de sa force pour reJÂer hors du nid ses petits compagnons, et ouand il est assez fort il abandonne le nid pour aller rejoindre ses véritables parents, qui n'ont pas quitté le canton et qui achèvent son éducation.

Les Babbus, qui vivent en Afrique, en Asie et en Amérique, doivent leur nom aux soies roides qui environnent la base de leur bec robuste, ils portent presque tous une livrée éclatante.

Les CouROucous ou Trouons sont encore plus remarquables par la beauté de leur plumage, où des teintes métalliques, vertes et dorées s'associent à du rouge vif, à du Jaune orangé, à du noir, à du blanc argenté. Malheureusement ce plumage n'est pas bon teittt, et si les teintes métalliques se conservent sans s'altérer, les autres, le rouge et le jaune surtout, passent rapidement à la lumière, chez les individus qui figurent dans les collections. Il parait que, môme chez les oiseaux vivants, lorsque le plumage a été détrempé par la pluie, ces teintes délicates disparaissent momentanément, sauf à se régénérer par la suite. Les anciens Mexicains recherchaient déjà les magnifiques plumet

GUERRES

vertes du Cota^oucou resplendissant^ qui de nos jours encore sont fort estimées comme objet de parure. [E. Oustolet.]

GUERRES. — Nous donnons, dans le présent article de révision, la liste, non de toutes les guerres qu'offlre Thistoire universelle, mais de celles qui sont connues sous un nom spécial et qu*on peut être tenté de chercher au mot Guerres dans un dictionnaire. Pour celles oui ne figurent pas dans cette éimméfadon, — et de ce nombre sont beaucoup de guerres très importantes, telles que les campagnes d*AIexandre, les guerres de conquête des Arabes, les Croisades, les giierres de la République et du premier Empire, etc., — le lecteur devra consulter, au mot Histoire, le programme du cours d*histoiro générale et d'histoire de France : U y trouvera Tindication des articles généraux et spéciaux consacrés à chaque pays et à chaque péijode.

Nous faisons suivre, dans la liste qu*on va lire, le nom de chaque guerre d*un renvoi annonçant un article donné ci-dessous à la page indiquée. Ces articles sont de deux sortes : les uns, traitant d'une guerre qui forme par elle-même un tout, un chapitre à part dans l'histoire, sont des narrations aussi complètes que notre cadre nous a permis de le faire (par exemple, Guerres servUes, Guerre des Deux Roses, Guerre de Trente Ans, Gueire cT Amérique) ; les autres, relatifs à des guerres racontées ailleurs, sont un simple n,emento destiné à coordonner sous une forme aussi brève que possible un ensemble de faits, quelquefois épars dans plusieurs articles, ou môme à rappeler seulement le nom, la cause, la durée et l'issue d'une guerre et à indiquer Tarticle où on en trouvera le récit (par exemple. Guerres médiques. Guerres puniques^ Guerre de Bourgogne, Guerre de (/évolution^ Guerre de la succession d'Espagne),

Nous avons rangé les guerres par ordre chronologique, et nous avons conservé ce mémo ordre pour le classement des articles oui suivront cidessous. Au moyen des renvois indiquant le chiffre de la page, le lecteur trouvera chacun de ces articles plus facilement que si nous avions observé l'ordre alphabétique.

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