II. LES HISTORIENS
LoahistorienadanB Tantiquitè. — 1* Historiens grecs. — L'histoire apparut en Grèce longtemps après la poésie, et les premières œuvres qu elle inspira ne furent guère que des fables et des légendes écrites en prose. Mais en 484 avant J.-G. naqut à Halicamasse Hérodote, qui apporta dans la manière d'écrire Thistoire des (Qualités inconnues de ses devanciers, qu'on appelait les logoaraphes. Hérodote consacra uoo moitié de sa vie a visiter TEgypte, la Libye, la Babylonîe, la Perse, la Grèce, et employa l'autre moitié à écrire et à lire en public ce qu'il avait vu. Son ouvrage est partagé en neuf livres, auxquels l'admiration des Grecs donna le nom des neuf muses. Toutefois, si Ton estime arec raison la précision et la sincérité avec laquelle il raconte les guerres médiques dont il a été témoin, on regrette de le voir rapporter sans critique les légendes les plus invraisemblables et leur sacrifier des détails qui auraient pour nous plas d'intérêt.
Quelques années après Hérodote, Thucydide naissait en Attique (411). Il prit part à la çuerre du Péloponèse comme chef militaire ; mais à la suite d'un échec, il fut condamné par les Athéniens à un exil qui dura vingt ans. il consacra oa temps à rassembler les matériaux qui devaient lui servir à composer V Histoire de la guerre du Péloponèse, ety employa les richesses que lui procurait une mine d or située en Thrace. Son ouvrage inachevé comprend huit livres, et raconte les événements avec exactitude et régularité, par étés et par hivers, dans Tordre chronoIo,?ique où ils se sont accomplis. On reproche à Thucydide, avec un peu de sécheresse et d'obscurité, l'usage de harangues de sa propre composition qu'il met dans la bouche de ses personnages. Mais son récit de Texpéditft>n des Athéniens en Sicile et la description de la fameuse peste d'Athènes sont d'une éloquence admirable.
L'ouvrage de Thucydide fut publié par Xénophon (né en Attique vers 445), qui en écrivit luimôme une continuation sous le titre à*Heiiéniques. Les Helléniques sont une œuvre médiocre et partiale. Mais on a de Xénophon un autre livre plus intéressant, YAnabase, où il raconte Texpédition de Cyrus le Jeune dans la Haute-Asie et la retraite des Dix-Mille qui suivit la bataille de Cunaxa. VAnabase tient à la fois des mémoires et du livre d'histoire ; le charme principal de ce livre est dans la simplicité modeste avec laquelle le narrateur rapporte les événements tarribles auxquels il a été mêlé.
A Xénophon succédèrent difiTérents historiens, Ephore,Théopompe,Timée, etc., dont les noms seuls nous sont connus : leurs ouvrages ont péri. Nous n'avons même que cinq livres et des fragments assez étendus des quarante livres que Polybe avait composés sous le nom d'Histoire générale, Polybo, né à Mégalopolis vers 206, fut envoyé comme otage à Rome, où il résida dix-sept ans et où il devint l'ami de Scipion Emilien. Il s'était proposé d'écrire Thistoire des conquêtes de Rome, et de faire comprendre à ses concitoyens de la Grèce comment et pourquoi un petit peuple obscur du Latium avait grandi peu à peu et était devenu le maître du monde. Polybe est l'historien politique par excellence, passionné pour la vérité, exact dans le récit des faits, judicieux dans leur appréciation. C'est de tous les historiens anciens celui qui,, par ses qualités, se rapproche le plus des historiens modernes.
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Bien infériean sont Denys d'Halicarnasse, qui composa à Tépoqae d*Aiigaste VHistoire ancienne de Homet dont nous n^avons qu*4ine partie, et Diodore de Sicile, qui, sous le titre de Bibliothèqtte historique, avait compilé une histoire aniverselle en quarante livres. Leur contemporain le géogra-
1>he Strabon nous a laissé en dix-sept livres, sous e nom de Géoaraphiey une véritable encyclopédie {>leine de détails intéressants sur la géographie, es mœurs et les institutions des anciens penplos. On peut citer encore Josèphe, Juif né à Jérusalem Fan 37 de notre ère, qui a éorit VHistoire de la
Î'uerre de la Judée sous Vespasien, et an autre ivre intitulé les Antiquités juduïques»
Arrien, né dans les premières années du deuxième siècle après J.-G. à Nicomédie en Bithynie, a raconté, BOUS le titre à'Ânabase emprunté à Xénophon, rhistoire de Texpédition d'Alexandre, qu'il résume d'après les relations originales qui exisulent à son époque. Cet ouvrage est intéressant, et peut être placé, pour l'impartialité et le sérieux des recherches, & côté do ceux de Thucydide et de Polybe.
Toutefois, le plus célèbre des historiens de l'époque gréco-romaine est le biographe Plutarque, né h Chéronée dans la Béotiè vers le milieu du premier siècle de l'ère chrétienne. Il s'était proposé de montrer que la Grèce n'était pas inférieure à Homo. A cet effet, il raconte alternativement la vie d'un Grec illustre et celle d'un Romain qui puisse lui être comparé, opposant par exemple Alexandre à César et Démosthène à Cicéron. Des nombreuses Vies Parallèles qu'il avait composées, quarante-huit seulement ont survécu. On peut leur reprocher de n'être pas complètes, de laisser dans l'ombre des faits souvent considérables et de rapporter bien des anecdotes d'une authenticité au moins douteuse. Mais comme dit J.-J. Rousseau, « il a une grâce inimitable à peindre les grands hommes dans les petites choses ; et il est si heureux dans le choix de ses traits que souvent un mot, un sourire, un geste lui suffît pour caractériser son héros. » Les biographies de Plutarque ont rendu son nom justement populaire môme auprès des modernes ; elles ont inspiré pl;i8 d'une fois Shakespeare, et elles ont exercé une grande influence sur des hommes de guerre comme Henri IV et Napoléon, ou des écrivains comme Montaigne, Montesquieu et Rousseau.
2' Historiens romains. — A Rome, l'histoire fut traitée par les patriciens : c'était le seul genre littéraire qu'ils pussent aborder sans déroger. Mais leurs annales, sèches, arides, furent bientôt effacées par les œuvres magistrales que vit éclore la fin de la république romaine. Le premier en date parmi les écrivains romains qui méritent le titre d'historien estSalluste, né en 86, mort l'an 36 avant notre ère. Salluste débuta par l'histoire de la' Conspiration de Catilina, où il manque d'impartialité. Son récit de la Guerre de JuguHha est bien supérieur; gouverneur de la province d'Afrioue, il avait pu se procurer tous les documents nécessaires, et prendre par lui-même une connaissance exacte des lieux où les événements s'étaient passés ; en outre, nulle passion politique n'altérait la Justesse de ses appréciations. De son Histoire romaine écrite en cinq livres, il ne nous reste que quatre ou cinq [discours et des fragments insigniflants.
César, né l'an 100, mort le 15 mars 44 avant J.-C, raconta en sept livres, sous le nom de Commentaires, ses campagnes en Gaule et la diflQcile conquête de cette contrée. Un huitième livre joint aux Commentaires est attribué à Hirtius, ainsi ^ue les trois livres de Mémoires sur la guerre civile. Les Commentaires Justifient bien leur nom : ce sont des souvenirs consignés par écrit au jour le tour, sans prétention, des matériaux amassés à l'usage de ceux qui voudraient faire plus tard
l'histoire de ces campagnes: mais rien n'égale leur précision, et on n'a pas surpassé la simplicité, l'élégance et la rapidité du style. Cet ouvrage est surtout précieux pour les Français, à cause des renseignements uniaues qu'il leur donne sur la géographie ancienne ae leur pays, et sur les mœurs et le caractère des Gaulois, nos ancêtres. Nous nous bornerons à mentionner les Vies des excellents capitaines de Cornélius Nepos, auteur contemporain de César, mais dont 1 ouvrage ne nous est parvenu qu'en abrégé.
Nous n avons plus qu'en partie VHistoire romaine de Tite-Live, né à Padoue l'an 59 avant J.-C. et mort l'an 18 de notre ère. Sur les cent quarantedeux livres que comprenait cet ouvrage Gigantesque, il nous en reste trente-cinq avec des fragments de quelques autres. Mais nous en avons assez pour pouvoir apprécier cette œuvre considérable, qui excita l'admiration des Romains par l'éloquence du style et l'ampleur magistrale des développements. Toutefois on reproche à Tite-Live d'être plus orateur qu'historien au sens moderne du mot, et de sacrifier parfois la vérité au souci qu'il a de la gloire du peuple romain. Entre deux récits différents du même fait, il choisit non le plus autorisé, mais celui qui est à l'avantage de sa patrie. Loin de s'en cacher, il déclare fièrement dans sa préface que les peuples vaincus par Rome doivent se soumettre à cette prétention avec autant de résignation qu'à son empire.
Après Tite-Live, nous rencontrons des historiens secondaires, auteurs d'abrégés d'histoire romaine, comme Florus et Velléius Paterculus. Quinte- Curce, qui appartient comme eux à l'époque classique, écrivit VHistoire des exploits d^Alexanr dre le Grand. Son ouvrage laisse beaucoup à dé-, sirer sous le rapport de l'exactitude; c'est une œuvre de rhétorique pompeuse plutôt qu'un livre d'histoire.
Justin (il* siècle) n'est que le sec abréviateur de VHistoire universelle de Troguo Pompée, écrivain du I*' sièclo. Suétone, auteur des Vies des douze Césars, vécut sous Trajan et Adrien. Ses biographies sont remplies d'anecdotes intéressantes. Mais ce sont des récits sans art, sams méthode et presque sans style. Ce n'est pas de l'histoire, on, comme on l'a dit avec esprit, a c'est de l'histoire d'antichambre. »
Tous ces noms pâlissent auprès de celui de l'historien Tacite, né vers l'an b'2 de notre ère et mort dans les premières années du règnR d'Adrien. Tacite a composé successivement une étude littéraire sur l'éloquence de son temps sous le nom de Diafogue des orateurs; la Vie d'Agricola, son beau-père, qui fit la conquête de la Grande-Bretagne ; les Mœws des Germains, ouvrage précieux pour la connaissance dos peuples qui habitent au delà du Rhin ; les Histoires, en quatorze livres, dont quatre et demi seulement nous sont parvenus : cet ouvrage comprenait le récit des événements accomplis de l'an 68 à l'an 96 de notre ère ; enfin les Annales, en seize livres, qui commencent à la mort de l'empereur Auguste et racontent le règne de ses successeurs Jusqu'en 68, date do la mort de Néron ; sur les seize livres des Annales, quatre sont mutilés et trois sont complètement perdus.
Malgré les mérites de premier ordre que présentent les autres ouvrages de Tacite, les An-' nales sont celui qui a rendu son nom le plus populaire. Un écrivain du xvjii* siècle a pu dire de lui et de cette œuvre : « Dix pages de Tacite apprennent plus à connaître les hommes que les trois Quarts des histoires modernes ensemble. C'est le livre des vieillards, des philosophes, des citoyens, des courtisans^ des princes. Il console des hommes celui qui en est loin : il éclahre celui qui est forcé de vivre avec ex. s» Ce-
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pendant, on a reproché avec raison à Tacite de trop écouter sa passion, ses préjugés d'aristocrate ou d'écrivain . Il croit le mal et le voit partout, a 11 a trop d'espiit, dit Fénelcn, il rafHne trop ; il attribue aux plus subtils ressorts de la politique ce -\m ne vient souvent que d*un mécompte, que J'une humeur bizarre, que d'un caprice. » Il manque parfois d'exactitude et vise trop à frapp^^r 1 espnt de ses lecteurs par roriginaltté de son style et le tour forcé do ses expressions.
Tacite n'est pas le dernier en date des historiens romains. Mais on ne trouve après lui que dea compilateurs, des auteurs d'abrégés. Le seul nom qui mérite d'être mentionné encore est celui d'Ammien Marcellin, qui vécut vers 350 et a raconté YHistoirf de Vempire romain depuis le temps des Fiaviens jusqu'au règne de Valons. Son histoire a de la valeur au point de vue de l'exactitude, mais son style se ressent trop de Tépoque de décadence à laquelle il appartient.
Les historiens au moyen ftga et dans les temps modem<:s Jusqu'au dlz-hnitième slèole. — Moyen âge, i ht\>7nqueur8, — L'histoire au moyen Age resta longtemps enfermée dans les cloîtres et se réduisit à des chroniques succinctes et vides où les événements religieux occupent la première place. 11 faut en excepter cependant V Histoire des rrancs, par Grégoire, évoque de Tours (53»-595 , qui va de l'an 417 à l'an b91, et qui est un des ouvrages les plus précieux pour les premiers temps de notre histoire. Mais le premier monument d histoire écrite par des laïques et en français est VHistoife de la conquête de Constantinopte, composée par Geoffroy de Villehardouin, maréchal de Champagne, né au milieu du dousième siècle et mort en Thessalie vers 1*213. Villehardouin raconte avec naïveté et simplicité les événements auxquels il a pris part, cette quatrième croisade qui, dirigée à Torigine contre les musulmans, s'arrête en route, s'empare de Constantinople et y fonde un empire français de courte durée. Son style est grave et concis, ses phrases sont brèves et nettes. C'est un soldat qui parle, mais il ne manque pas d'éloquence à 1 occasion. Les descriptions que le rude guerrier d'Occident fait des richesses des Grecs sont intéressantes par le naïf étonnement qu'elles expriment. l£coutons-le parler du somptueux butin Î^agné par les Croisés : « Et fut si grand le gain àict, que nul ne vous en sauroit dire la fin, d'or et d'argent, et de vasselement, et de pierres précieuses, et do samis (velours), et de drap de soie, et de robes vaires et grises, et hermines, et tous les chers avoirs qui onqucs furent trouvés en terre. Et bien témoigne Joffroi de Villehardouin, li marescliaus de Champaigne, à son escient pour vérité, que puis que le siècle fut estoré, ne fut tant gaigné en une ville. »
C'est encore une croisade, la septième, qui forme le principal sujet de la chronique de Jean, sire de ioinville, né en 12*23, mort en IMT. JoinviUe suivit Louis IX à la croisade de 1248 ; il fut le confident de ses pensées, et partagea sa captivité. Il a raconté dans ses intéressants Mémoires^ non seulement l'histoire de la croisade, mais la vie et les vertus du saint roi. C'est un causeur naïf qui rapporte ses expressions et ses souvenirs, et les môle de la manière la plus agréable aux grands faits historiques dont il a été témoin. « Et ainsi que j'ailois, dit-il, de Bleicourt à Saint-Urbain, et qu'il me falloit passer auprès du chastel de Joinvillc, je n'osai oncqucs tourner la face devers Joinviile, de peur d'avoir trop grand regret, et que le cœur me aitendrist, de ce que je laissois m'^s deux enfants et mon bel chastel de JoinviUe que j'avois fort au cœur. » Le style des mémoires do Joinviile ne porte plus la trace de cette espèce do contrainte qui pèse encore sur l'histoire de Ville-
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hardouin. 11 est facile, simple, aisé, et assaisonné d'un grain de fine naïveté champenoise. Son eojouemeni ne l'abandonite pas au milieu des plu grands périls. « Et désormais que ces villtini Turcs, qui estoient à pié, faisoient presse à rei héraulx, nous leur courions sus et tantoust s'eafuy oient. Et ainsi que nous estions là gardans es poncel fpont), le bon comte de Soissons, quand nous estions retournez de courir après ces vîllains, se raillait avecques moy et me disoit : Sennochal, lessons crier et braire cette quenaille (canaille). Et par la creffe Dieu, ainsi qu'il Juroit, encore parlerons-nous vous et moy de cette journée en chambre devant les dames. » S'il arriTe à l'éloquence, comme dans le récit de la captivité de saint Louis et dans celui de sa mort, il le doit moins aux efforts de l'auteur pour rendre son récit dramatique qo*& l'héroïsme même de Louis IX et à cette grandeur d'&me qui Jamais ne se démentit.
Le sire de Joinviile nous montre le côté touchant et religieux du moyen âge ; avec le chanoine Froissart (né à Valenciennes vers iH33, mort en 14 lO), nous en voyons le cété chevaleresque, bauillcor et frivole. Clerc mondain, grand joueur, beau chasseur, ami des coups d'épée, Froissart court le monde. Il est tour à tour secréuire de la reine d'Angleterre Philippe de Hainaut, et trésorier de ré^ilise de Chimay. Mais il va partout où il y a des fêtes et des tournois, en Angleterre, en Italie, en Hollande, en Espagne, payant son hospitalité en récits où la vérité n'est .pas toujours rc»pecice. Au sortir d'une fète,d*un repas, d'une conversation, il prend des notes et raconte ce qu'il a vu on entendu, indifférent au bien, au mal, et surtont an sentiment de la patrie. Aussi la r/ ronir^ue de Froissart, qui s'étend depuis 1326 jusqu'en 1400, estelle confuse, mal ordonnée, vagabonde comme l'auteur, et mèle-t-elle souvent, dans les mêmes chapitres, aux faits de l'hisioiro de France, Ifs renseignements sur les pays les plus lointains Le style en est souvent traînant, mais il s'anime et devient leste et facile quand l'imagination de l'auteur est vivement frappée. Voici son récit de l'élévation de Duguesclin au rang de conni^table : « Adonc escripsit le roi devers lui et envoya ceruins messages qu'il vint parler à lui à Paris. Quand messire Bertran se vit spécialement mandé, si ne se voult mie (pas) excuser de venir vers le roi de France, pour savoir quelle chose il vouloit : si se partit au plus tost qu'il pust, et envoya la plus grand part de ses gens es garnisons qu'il avait conquises; puis chevaucha tant par ses journées qu'il vint en la cité de Paris où il trouva le roi et grand foison des seigneurs de son hostel et de son oonseil, qui le recueillirent liement (avec joie) et lui firent tous grand révérence. Là lui dit et remontra le roi, comment on l'avoit esla et advisé à estre connestable de France. Adonc s'excusa messire Bertran grandement et saigement, et dit qu'il n'en estoit mio digne, et qu'il estoit un povre chevalier et un petit bachelier, au regard des grands seigneurs et valllans hommes de France, combien que fortune l'eust un peu advancé. Là loi dit le roi qu'il s'excusoit pour néant et qu il convenoit qu'il le fust; car il estoit ainsi ordonné et déterminé de tout le conseil de France, lequel il ne'vouloit pas briser... .« Messire Bertran connut bien que excusances qu'il sçust faire ni pu»t montrer ne valoient rien; si s'acorda finalement à l'opinion du roi ; mais ce fut à dur et moult envis (malgré soi). Là fut pourvu à grand joie messire Bertran du Guesclin de l'office de connestable de France ; et, pour le plus advancer, le roi 1 assit delez lui à sa table ; et lui monstra tous les signes d'amour qu'il put; et lui donna avec l'office plusieurs beaux dons et grands terre et revi nus, en héritages pour lui et pour ses hoirs. Et en cests
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promotion mit grand peino et grand conseil le dacd* Anjou. »
Les Mémoires, aux quinzième, seizième et dix» septième siècles» — Froiasart termine le moyen âge. Un monde nouveau commence avec Philippe de Commines, sieur d'Argenton, ué en 1445 en Poitou, mort en 1S<)9. Les Mémoires de Commines ont pour objet les règnes de Louis XI et de Charles Vni»de 1464 à li»8. L^auieurest un politique, fin, rusé, plein d'admiration pour l'intrigue, et qui fait de Louis XI fon héros. Le roi, qui trouvait en lui un élève capable de le comprendre, se plaisait à lui révéler les ressorts de sa politique tortueuse, et rînitiait à ses projets secrets. Commines, reconnaissant, a. consacré ses mémoires à Téloge de Louis XI. Digne contemporain de Machiavel, il n'a aucun scrupule moral, et il ne bUme que les actes qui ne réussissent pas. Aussi est-il «Incère, et se pro|iose-t'il d'écrire seulement ce qu'il a vu
£ar lui-môme ou sur des témoins dignes de foi. l'est à lui que La Fontaine doit la fable de COurs et les dmtx Compagnons, Les ambassadeurs de Louis M faisant de la part de leur maître les
flus belles promesses à l'empereur d'Allemagne rédéric III le Pacifique, celui-ci leur répondit par cet apologue Commines le reproduit. En voici la conclusion : « Celui qui avoit été dessus l'arbre demanda à son compagnon, par serment, ce que l'ours lui avoit dit en conseil, oui si longtemps lui avoit tenu le museau contre 1 oreille. A quoi son compagnon lui répondit : II me disoit que jamais le ne marchandasse de la peau de l'ours, jusques à ce que la bète fust morte. »
Le seizième siècle est riche en mémoires. Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche, n'a rien écrit. Mais ses mémoires ou plutôt sa biographie ont été composés par un écrivain anonyme qu'on appelle le Loiffil serviteur, et oui nous a transmis tous les faits de cette vie héroïque. On l'a comparé à Joinville, tant il a comme lui de naïveté, de naturel, et d'élégance dans sa simplicité.
Le gentilhomme breton François de la Noue, dit Bras de fer (il avait remplacé son bras gauche fracassé par un bras de fer), raconte aussi ses campagnes dans ses Discours politiques et militaires. Son style est ^rave, plein d'originalité et de saillies. Il était né en ib-W, et mourut en lo9i au «iège de Lamballe, frappé d'une balle au front, et pleuré d'Henri iV qui avait pour lui la plus grande estime.
D'un tout autre caractère est Pierre de Bourdeilles, plus connu sous le nom de Brantôme, né en Périgord en IStO, mort en 1614. Malgré la défaveur que les œuvres légères de Brantôme ont attachée à son nom, sa verve gasconne fait lire avec intérêt ses mémoires sur les Personnages illustrent tte la France et lie i'i't ranger, ses Vi^s des damex illuttrex, etc. Il a parfois des élans de sensibilité qui produisent une vive impression sur l'âme des lecteurs. On n'a pas su' passé le récit qu'il fait de la mort de Marie Stuart. Il en avait connu tous les deuils par deux dames attachées à la personne de la reine d'Ecosse, et il a atteint réloquence en les reproduisant.
C'est un Gascon aussi et un rude batailleur que Biaise de Montluc. né en i50l à Condom et mort en 1577. S'il écrit ses Commentaires, cette a Bible •du soldat », comme disait Henri IV, cVst qu'il a «oixante-quinze ans, qu'il est estropié de tous ses membres, défiguré, et obligé de porter un masque sur le visage. 11 a pris part pendant cinquante- «inq ans à tous l^a combats des guerres d'Italie et •de religion, n'épargnant ni lui ni les autres. Il raconte ses combats avec une verve qui leur donne la vie et le mouvement. Il amuse le lecteur, et le faltau!isiiôtapr/;s frissonner par le récit des cruautés qu'il a commises de sang-froid, et dont il ne semble pas avoir conscience.
Agrippa d*Anbigné, né en Salntonge en LS.*»), mort en i630, est un protestant, ami d'H^^nri IV qui le pressa vainement d'ablurer comme lui. Il a composé un grand nombre d ouvrages, des poésies remarquables, des pamphlets et dos satires pleins de verve et d'esprit. Il a écrit en outre une His» toire universelle, dont la préface est un chef d'œuvre, et des Mémoires ou Histoire de sa vie. Il y raconte d'une manière vive et animée les épUodcs romanesques de son existence si agitée et si bien remplie. Mais on est en droit de suspecter sa véracité et ses appréciations empreintes de partialité.
Un des contemporains de d'Aubigné s'est chargé de rétablirlesfaitsaltérésparlul. C'est Pierre de i'Estoiie, grand audlencier de la chancellerie de France, né à Paris en lMO,mort en I6il. Dès l'année (574 Jusqu'à sa mort, il a rédigé un Journal de tous les événements qui venaient & sa connaissance. Sa position à la cour lui. a permis de connaître la vérité dans bien des circonstances, et le recueil volumineux qu'il a composé sera toujours consulté avec fruit par les historiens du seizième siècle. Il ne se préoccupe que de l'exactitude et n'a nul souci de la beauté littéraire.
Bien que publiés en it>34, les Mémoires de Sully appartiennent au seizième siècle par le style et par les événements que l'auteur raconte. Ce fidèle ami et ministre d'Henri IV, né en 1560 à Rosn|r, mort en 1641, débute par un rapide exposé de ses premières années, puis s'étend longuement sur son administration et sa vie politique si intimement liées avec celles do son souverain Ces mémoires sincères nous rendent Henri IV plus vivant et plus noble que ne l'eiit fait le panégyrique le plus habile. Toutefois, la forme singulière sous laquelle il les présente (Sully suppos(^ que ses secrétaires le font rtiment^-voir de sa propre vie) leur ôte du charme et ajoute & leur longueur.
Les mépioires au xvii* siècle ne sont pas moins nombreux qu'au seizième. Parmi les principaux se placent ceux de Paul de Gondi, cardmal de Hetz, né à Montmirail en 1614, mort en 1679. On y voit revivre les intrigues de ce politioue aventureux, et les agitations stériles de la Fronae où il eut une si grande part. Les portraits abondent dans son récit et y sont tracés de main de maître. Il ne manque même pas d'éloquence quand il raconte la iournée des banicaf' m (I64«) et qu'il représente le premier président Mathieu Mole se rendant au Palais-^oyal « au petit pas dans le feu des injures, des menaces et des blasphèmes » proférés par les émeutiers.
C'est encore à la Fronde et à l'histoire d'Anne d'Autriche que se rapportent les mémoires du duc de la Rochefoucauld, auteur des Maximes (1605- U:8(i)t et ceux de madame de Motte ville («62 1-1 68»). Malgpré le mérite littéraire du premier, on goûte mieux la grâce, la sincérité de madame de Motteville. Son affection pour Anne d'Autriche, à la personne de laquelle elle fut atuchée, la rend parfois prolixe, mais fait aimer Bon caractère.
Les mémoires du duc de Saint-Simon, né en 1675, mort en 1755, et publiés seulement de nos jours, nous présentent le tableau animé de la fin du règne de Louis XIV et du commencement du règne de Louis XV. Saint-Simon obtint sous Louis XIV le grade de maréchal de camp, mais il ne joua de rôle politique que pendant la régence du duc d'Orléans, son ami. Il raconte les événements qui se passent de 1691 à 172 1. Mais la partie la plus intéressante de ses longs mémoires est la peinture qu'il fait de la cour et des mille intrigues qui s'y nouent et s'y dénouent. Sps portraits, surtout, sont JusU'ment célèbres, et ont été plus d'une fois com-
farés à ceux de Tacite. Il ne faut pas lui demander impartialité : il n'a que des sarcasmes pour ses ennemis et les marque de traits de feu « qui em-
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portent le iDorcoau, » pour nous lenrir d'une de se A expressions.
Tout autre est le marquis de Danseau, favori de Louis XIV, membre de rAcadémie française et de TAcadémie des sciences, sans ayoir Jamais rien publié. Né en 1638, mort en 1720, il a laissé en manuscrit un Journal de la cour de Louis XIV (1680-1720) où il consigne chaque jour ce que le roi a fait ou dit, n'omettant rien, même les médecines qu'il prend. Ces notes sèches et sans mérite ont pourtant fourni d'utiles indications aux historiens de Louis XIV.
Nous nous bornerons à mentionner seulement les mémoires de mademoiselle de Montponsier (la grande Mademoiselle), nièce de Louis XIII, née en 1627, morte en 1698, où elle raconte sa vie et son triste mariage avec le fameux Lauznn ; ceux de madame de Caylus, nièce de madame de Maintenon ; ceux du comte de Grammont, écrits par Hamilton son beau-frère; ceux d& madame de Lafayette (1634-1C93), relatifs à la princesse Henriette d'An-
floterre, duchesse d'Orléans, et qui rapportent 'une manière si touchante les circonstances de sa mort prématurée en 167U; etc.
Nous arrêtons ici cette revue rapide des mémoires. Le XYiii* siècle en a produit un grand nombre, et déjà le xix* siècle nous en a donné de très remarquables, comme ceux de Chateaubriand et de Guizot. Mais nous n'avons signalé ceux qui précèdent que parce quUls suppléaient & l'absence ou à TinsufQsance des Histoires proprement dites. Nous nous hâtons donc de revenir aux historiens.
Historiens en Italie au xvi* siècle, — Nous trouvons d'abord sur notre route en Italie deux historiens célèbres du xvi* siècle. Machiavel, né à Florence en H69, mort en 1527, entre autres ouvrages a composé une Histoire de Florence de V!Ob à 1424, dont les Italiens font le plus grand cas et qu'ils ont comparée aux Annales de Tacite. Dans ses Discours sur Tite-Live^ Machiavel se montre profond p::nseur, et ouvre la voie à Montesquieu.
Lo compatriote et le contemporain de Machiavel, Guichardin, né en 1482, mort en 15i0, est l'auteur d'une Histoire d'Italie qui commence en 14&0 et finit en 1534. Cet ouvrage est, de l'aven des meilleurs juges, d'un mérite supérieur, et fait autorité aujourd'hui pour tous les événements qu'il raconte. Il a été traduit en français.
Historiens français du xvi* siècle. — En France, vers la fin du xvi* siècle, un grave magistrat, de TIiou (Paris, 1553-1617), qui eut l'honneur de prendre part à la rédaction de l'éditde Nantes, conçut le projet -non plus d'écrire ses mémoires personnels, mais de composer une histoire détaillée des faits qu'il avait pu connaître. Il fouilla les archives, visita les champs de bataille, réunit une masse énorme de documents officiels et authentiques, et composa en 138 livres rH(5/ozre de mon temps.àUAntde 15t3 à 1607. De Thou a beaucoup des qualités de l'historien ; il est exact, judicieux, éloquent, mais son ouvrage manque de proportions, et les faits secondaires sont présentes avec un luxe de deuils qui nuit aux faits principaux. En outre, il s'est servi de la langue savante de l'époque, du latin, et cette circonstance, qui rehaussa la çloire de son œuvre au XVI* siècle, explique l'oubh injuste où elle est tombée aujourd'hui.
XVII* siècle. — Cependant l'histoire était fondée en France. Eudes do Mézerai, né près d'Argentan en 1610, mort en 1683, pensionné par Richelieu, nommé historiographe au roi, entreprit d'écrire VHifstoire de France, Cet ouvrage en 3 vol. in-folio, qu'il fit précéder d'un abrégé en 3 vol. in- 12, est remarquable par la justesse et l'indépendance des idées; mais 1 auteur fait trop pou de recherches et adopte trop facilement des traditions fabuleuses.
On est en droit d'adresser les mômes reproches
à VHt'stoire de France du Père Daniel, né à Rouen
en I64U, mort en 1728.
L*abbé de Vertot (16^1735), auteur des Bévolulions du Portugal^ aes Hévolutions de Suède, des Révolutions de ta républioue romaine et de V Histoire de l'ordre de Malle^ a de rares qualités de style, mais ne brille pas par l'exactitnde. « Mon siège est fait, n disait-il à quelqu'un qui lui apportait des renseignements précis sur le siège de Rhodes, et le mot est devenu proverbe.
En revanche, on loue Y Histoire eeclêHastique^ en 20 volumes, de l'abbé de Fleury, né en 1640 à Paris, mort en 1723. La sévérité du sujet a nui à la popularité du livre. Mais on Ut encore avec Irait les Mœurs des Israélites et les Moeurs des chrétiens du même auteur.
Si y Histoire universelle de Bossuet, né à Dijon en 1627, mort en 1704, n*est au début qn*un abrégé chronologique, Tillustre évèque montre dans La troisième partie de son ouvrage, tes Empires, les plus éminentes qualités de l'historien. Ses considérations sur l'Egypte, les Grecs et les Romains, serviront plus tard de modèle à Montesquieu et à tous ceux qui s'occuperont de histoire ancienne.
Historieni du xviii* itécl". — Rollin, né à Paris en 1661, mort en 1741, publia en 1738 son Histoire ancienne et son Histoire romaine. Ces deux ouvrages ont eu une vogue extraordinaire ; cependant ils no contiennent que des extraits et des traductions des historiens grecs et latins. Le style de Rollin est simple, naturel, mais ses compilations n'offrent ni vues nouvelles ni recherches érudites.
Crévier (1693-1765;, disciple et ami de Rollin, a continué Y Histoire romaine de celui-ci. Il y a joint une Histoire des empereurs jusqu^à Constantin, conçue dans le même esprit. On estime en Crévier la précision des faits, mais le style lourd et sec rend la lecture de l'ouvrage fatigante.
La renommée de ces historiens, comme celle de Dubos (1670-1742), auteur d'ouvrages oubliés, et celle du président Hénault (1685-1770), auteur de Y Abrégé chronologique de V histoire de France jusqu'à la mort de Louis XIV, p&lit devant la gloire de Montesquieu * et de Voltaire ^
L'auteur des Lettres persanes et de YE^prit des Lois publia en 1734 un volume Issez court intitulé : Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains. Cet ouvrage, ins-
giré par la lecture de Polybe, de Machiavel, de aint-Evremond (auteur du xvii* siècle qui a écrit entre autres des Observations sur Salluste et Tacite, et sur le génie du peuple romain), et de Bossuet, est justement célèbre. C*est une vue philosophique de l'histoire romaine qui répond au titre du livre et qui est conçue dans le véritable esprit de l'histoire.
En même temps que Montesquieu, Voltaire, tout en cultivant la poésie, la philosophie, les sciences, abordait l'histoire et la renouvelait. En 1730 il concevait le projet d'écrire l'Histoire du roi de Suède Charles XII, et composait un an après, sous ce titre, un chef-d'œuvre d^exactitude et un modèle de narration intéressante et animée. Vers 175011 publia un ouvrage plus important, Y Histoire du Siècle de Louis XI Y ^ auquel il travailla pendant vingt années. Malgré certains défauts de composition, ce livre est devenu classique. On y trouve les renseignements les plus précis, réunis avec un soin scrapuleux et appuyés sur des pièces justificatives. h' Essai sur les mœurs et Ctspnt des nations^ qu*il écrivit en 1757, est son ouvrage historique le plus considérable, et le plus original par les vues philosophiques quMl V a introduites. En revanche, le Siècle de Louis XV, les Annales de l'Empire, YHtstoire de la Russie sous Pierre le Grand, ÏHisto>re du Parlement de Paris, sont des œuvres inférieures, écrites avec précipiuiion et partialité.
Raynal, né en 1713, mort en 1196, a publié une
HISTOIRE
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Histoire philosophique et politique des établissements et au commerce des Européens dans les Ueux Indes, pleine d'erreurs, de lieux communs et de déclamations ampoulées. Elle eut, lors de son apparition, un instant de Yogue, à cause de l'esj^rit d'hostilité au catholicisme dans lequel elle est écrite.
L*abbé Barthélémy, né en 1716, mort en 1795, a écrit sous le nom de Voyage du jeune Anacharsis une histoire de la Grèce au siècle de Périclès. Son érudition est sûro, exacte. Quoique le livre ait la forme d*un roman, c*est on ouvrage qui a une réelle valeur historique.
Citons enfin, à cause de la popularité dont ello a longtemps joui, V Histoire de France d*Anquetil (172-M8U6). Mais ce volumineux ouvra9;e na ni précision, ni style, et on s'explique difficilement aon succès.
HistorienB modernes et oontemporaina. — Nous placerons en tète des historiens modernes, bien qu'il appartienne au xviii* siècle, Tlulien Vico, né à Naples en 1668, mort en 1740. L'ouvrage qu'il a publié en 1725, intitulé Principes d'une science nouvelle relative à la nature commune des nations, a posé les fondements de la philosophie de l'histoire et a exercé une grande influence sur les historiens modernes par la profondeur de ses aperçus.
Nous rapprocherons de lui l'Allemand Uerder, né dans la Prusse Orientale en 174i, mort en 1813. L'ouvrage le plus célèbre de cet historien, Idées sur l'histoire de Chumanité, reproduit quelquesunes des théories de Vico, moins ses erreurs. Il montre avec éclat la marclie progressive do i'humanité depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. Il ne s'égare que lorsque par de brillantes hypothèses il cherche à pressentir les desseins de la Providence et l'avenir réservé à l'homme.
France. ~ Chateaubriand, né à Salnt-Malo en 1768, mort en 18i8. n'est pas un historien proprement dit, bien qu'il ait publié en 1831 des Études ou Discours historiques qu'il devait mettre en tète d'une histoire de France qu'il méditait. Toutefois certaines de ses œuvres littéraires, comme le Génie du christianisme et les Martyrs, ont attiré l'attention sur diverses questions historiques et ouvert des routes nouvelles. Augustin Thiorry se plaisait à attribuer sa vocation à un passage des Martyrs qui lui avait révélé la véritable histoire de France à l'époque mérovingienne. Nous avons cité plus haut les Mémoires cTouti-e-tombe de Chateaubriand, tableau de son âme et de son siècle.
Sismondi est né à Genève, en 1173, d'une famille
{protestante originaire de Pise. Mais il appartient à a France par le séjour qu'il y a fait, par la langue qu'il a emptoyée et par ses ouvrages. Il publia d'abord une Histoire des républiques italiennes en 16 volumes (1807-1818), qu'il compléU en 1832 par une Histoire de la renaissance de la liberté en Italie, Mais son œuvre principale est YHistoire des Français (1824-184*2) en 3t vol., monument immense, plein d'érudition, où pour la première fuis furent rédigées les annales des peuples et non les biographies des rois. Il en fit paraître un résumé en deux volumes. Il mourut en 1842 avant d'avoir mis la dernière main à son ouvrage.
Augustin Thierry, né en 1795 1 Blois, mort en 1856, publia en 1820 son premier ouvrage, les Lettres sur t histoire de France, où il développait des idées neuves et profondes qui devaient régénérer notre histoire. En 1821 parut son Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands, en 2 vol., faite sur les documents originaux et à laquelle on ne peut reprocher que ceruines vues systématiques. Quoique atteint de cécité, il fit paraître en 1839 Dix ans d* études historiques f et en 1840 ses fameux Récits Mérovingiens, si attrayants et bientôt si populaires. Son Histoire de la formation et des vrogrés du Tiers-État (1853) est plus sévère, mais est aussi remarquable.
Fr. Guizot, né à Nîmes en 1787, mort on 1874, débuta par do nombreux livres en tout genre avant de se faire une place spéciale en histoire par son Cours cThùtoire moderne, et surtout par YHistoire général\de la civilisation en Europe, eiV Histoire générale de la civilisation en France, Ces deux derniers ouvrages sont devenus classiques. On y admire la largeur des idées et la sûreté de l'érudition. Grâce à la méthode originale de l'auteur, aux conséouences qu*il sait tirer de quelques faits bien choisis, on assiste à la genèse des sociétés modernes, et l'on comprend par quelles transforv mations elles sont sorties du moyen âge. Guizot a publié en outre des Mémoires pour servir à l'hiS' toire de mon temps, qui ont pour but de raconter sa vie politique et de Justifier les actes de son ministère; et V Histoire de France racontée à mes petits-enfants, qui a été achevée par M"* de Witt.
Nous n'avons pas à parler ici du grand rôle politique joué par Adolphe Thiers, né à Marseille en 1797, mort en 1877. I^ous ne parlerons que de l'historien. De 1823 à 1827 il publia en 10 volumes V Histoire de la Révolution fi'onçaise, depuis 1789 jusqu'au 18 brumaire, qui obtint le succès le plus extraordinaire. Elle compta plus de quinze éditions en quelques années. On a reproché à l'auteur plusieurs de ses jugements, une certaine tendance à absoudre le succès, mais on s'accorde à louer la clarté admirable du style et la connaissance approfondie des faits et de toutes les questions. Ces qualités se font remarquer k un plus haut degré encore dans V Histoire du Consulat et de l'Empire, on vingt volumes, qui fut l'œuvre de sa maturité. L'ouvrage est trop connu et trop universellement apprécié pour qu'il soit nécessaire d'insister.
M. Mignet, né à Aixen 1796, s'est révélé comme historien en 1821 par son Histoire de la Révolution française cfe 1789 à 1814, en 2 vol., souvent réimprimée et traduite dans toutes les langues. Ce résumé simple^ clair, élégant est un chef-d'œuvre. On retrouve les mêmes mérites dans les autres œuvres de M. Miguet : Négociations relatives à la succession d'Espagne, 1836-1842 ; Histoire de Marie- Stuarf, 2 vol., 1851 ; Charles-Quint, son abdication^ son séjour et sa mort au monastère de Saint-Just, 185i, etc.
Jules Michelet, né à Paris en 1798, mort en 1874, traduisit d'abord l'ouvrage de Vico, et commença dès 1837 une Histoire de France en 16 vol. (1837- 1867), dont les diverses parties forment en volumes déuchés autant d'histoires distinctes. L'Histoire de la Révolution française en 7 vol. (1847-1853) est la continuation de YHistoire de France, Ce sont les deux ouvrages principaux de cet historien plein d'imagination, dont le style brillant et coloré fait revivre les scènes qu'il raconte. Certaines parties de ces livres sont des chefs-d'œuvre : telle est l'histoire de Jeanne d'Arc, celle de Louis XI, la géographie physique de la France, etc. On reproche à son Histoii*e de la Révolution française d'être peu exacte dans le détail et trop passionnée.
Edgar Quinet, né à Bourg en 1803, mort en 1875, commença par traduire le livre de Hcrder sur la philosophie de l'histoire (V. plus haut), en le faisant précéder d^une introduction. Il publia ensuite un ouvrage sur la Grèce moderne et ses rapports avec l'antiquité, puis de nombreuses études sur les épopées de différents peuples, enfin des ouvrages de toute sorte qui touchent à la fois à la politique, à la religion et à l'histoire. Parmi ses ouvrages historiques proprement dits, nous citerons son Histoire de la campagne de 1815, et son livre sur la Révolution française.
Vaulabelle, né dans 1 Yonne en 1797, mort en 1878. se fit connaître en 1835 par une Histoire de VEgypte moderne, de 1801 à 1H33, en 2 vol. Mais son œuvro principale est l'Histoire des deux Restaurations, pleine de recherches, et remarquable par la
HISTOIRE
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bonne foi et la sûreté des renseignements. Le récit de la bataille de Waierloo est un modèle de narration précise et éloquente à la fols.
M. Henri Martin, nA en 1810 à Saint-Quentin, est devenu populaire par son Histoire fie Frnnce en 16 ou l'J volumes, que Tauteur a pluAeurs fois refondue et remaniée. Cest l'ensemble le plus complet et le plus précis que nous ayons sur l'histoire de notre pays. Patriote sincère, esprit libéral, chercheur consciencieux, Tauteur ne livre rien à la conieciure, et soumet les faits aux lectpurs sans touloir leur imposer ses opinions personnelles.
Nous aunons à dter encore bien des historiens fonçais contempoi alns ; mais nous n'en parlerons pas, parce qu'ils Ront vivants et que leurs œuvres n'ont pas encore reçu de Toplnion publique cette sorte de consécration qui nous a permis d*apprécior celles de MM. Mignet et Henri Martin.
Ualie. — L'historien Italien Cantù est né dans le Milanais en 180.'). Entre autres ouvrages, il a publié xtixe Histoire Ufnverslle en i9 vol., qui a été traduite dans toutes les langues. Elle présente do nombreuses aualités, mais Pauteur se montre trop souvent hostile à la Franco ot aux idées modernos. n a publié depuis une Histoire des cent demièrfs années (IS/»!), einne His'ore *fes Italiens (I8;>9).
Angleterre, — Dès le dlx-huiiième siècle, l'Angleterre a compté des historiens éminents qui ont apporté dans l'histoire un esprit véritablemHnt moderne. Tel est Hume, né & Edimbourg m 1711, mort en 1776, philosophe et historien, dont l'ouvrage le plus célèbre est une Histoire dCAngletetTe qui parut en 1754.
Tel est aussi Robertson, né en Ecosse en 17?!, mort en 1793. On estime son Histoire ft*Ecosse sous Marie et Jacgve> VI (1759), et son Histoire f/e CharlfS'Quiut (I7G9J. Mais son ouvrage le plus célèbre est Y Histoire de V Amérique* (1777, remarçiuable par son exactitude, la beauté du style et l'indépendance des idées.
Gibbon, né àPutney en 17:n, moi^en 1794, publia d'abord en français un Es ai sur l'étude de la littérature. Son œuvre principale est V histoire de la df cadence et de la chute de V empire romnin (1770-1787), oui a été traduite en français et commentée par Guizot. Elle obtint un grand succès, Sàce à l'exactitude des faits et à l'art avec lequel sont présentés.
Lingard, né près de Lancastro en 1769. mort en 1851, a composé une grande Histuire d'Angleterre depuis rinvasion des Romains jusqu'à la révolution de 1688, qui avait pour but de répondre aux atuqu es dirigées par Hume contre les catholiques. Elle fait aujourd'hui autorité en Angleterre.
Grote, né à Clavhill en 1794, est Tauteur d'une Hls oite de la Grèce en 12 vol., pleine de recherdies intéressantes et qui a renouvelé Tiiistoire grecque. 11 est mort en 1h71.
Le plus célèbre des historiens anglais contemporains est Macaulay, né à Rothey-Temple en 1810, mort en 18.')9. Il publia en U43 trois volumes intitulés Essais de criiiq»e et tChistoire, formés de biographies qui avaient para dans différents recueils. Son œuvre principale est V Histoire d'Angleterre depuis le règn^ de Jwques 11^ en 4 vol., qui a commencé à paraître en 1^4H, et a été interrompue par la mort de Tauteur. Elle va jusqu'à la paix de Ry^wick. On a publié depuis son Histove de Guil'aumf III^ en 4 vol. Le style surtout a fait de Macaulay, et même de son vivant, un auteur classique.
EiatS'Vnis d'Amérique, — Washington Irving, né à New-York en 1783, mort en 185 ', est célèbre •urtout par les ouvrages ou'il a consacrés à Qiristophe Colomb : Histoire d'- la vie et des voyagts de ChtistOfihe Colon* by 1828; Voyages et déO'Wertes de Christophe Colomb^ Ik:U On cite encore la Conquête de Gi-enade, 1829; VAlhatnbra, 1832;
Mahomet et ses successeurs, 1849. Les Américains
estiment beaucoup la Vie de Washingtoft^ en 4 vol., qui a para en 1855. Il est plein d'esprit, dliamoar, et il donne à Ténidiiion une forme agréable.
Prescott, né à Salem dans le Massachusetts en 1796, mort en 1859, a écrit plusieurs biographlei estimées. Ses ouvrages principaux sont relatifs ai l'Espagne: Histoire de Ferduand et d'Isabelle la Catholique, 3 vol. (18 8); Histoire de la conquête' du MexKme (1843); Histoire de la conquête du Pérou (1847). Sa dernière œuvre, Histoire de Philippe II, en 2 vol. ' 18.'i5). est Inachevée. C'est un historien consciencieux. On admire l'ordre, la disposition de ses ouvrag«'B, ses descriptions pittoresques, son style énergique et coloré.
Allemagne. — Niebobr, danois d'origine, né à Copenhague en 1776, mort professeur à Bonn en 1831. est Tauteur d'une célèbre Histoire r m'tine dont les différentes parties ont été coraposé<^«» à de longs intervalles. Il a exercé surtout une grande influence par la critique à laquelle il a soumis l'ouvrage de Tlte-Livp. On peut ne pas admettre toutes ses conclusions, mais il est impossible aujourdliul de croire à i'bistolre des rois de Rome telle que Tito-Live la raconte.
Ranke, né en Thuringe en 1795, est célèbre par un livre impartial et judicieux sur les Pnpes romaitis, leur Eglise et leur état au seizième et au dixseptième siècle. Comme contre-partie il a écrit Y Histoire de lAVemagne au t-mps de la réforme, en 6 vol., 183i>-18i7. On a encore de lui quelques autres ouvrages historiques moins imponanis.
Raumer, né à Wœrlitz en 1781, est l'auteur d*oavrages divers relatifs à l'histoire et à l'économie politique. Son œuvre la plus importante est VHiS' toire des Hohenstaufrn et de leur temf*s, fi vol., 1820 à 1825, qui eut un grand succès. Il a composé depuis une grande Histoire de l'Europe dep- is la fin du quinzième siècle (1832-1858). 11 est mort en 187*î.
M. Gervinus, né àDarmstadt en 1805, a composé beaucoup de livres d'histoire. L'un des plus célèbres f st intitulé : Insurrection et régénération de la Grèce, et parut en 18nd. Il a écrit en outre une grande Histoire du dit-neuv ème siècle depuis les Imités de Vienne, oui a été traduite en français (1864- I8HH). et qui tait autorité dans la diplomatie.
M. Mommsen, Danois comme Niebuhr, né en 181*, est aujourd'hui professeur à Berlin. Son principal ouvrage est une Histoire romaine, en 8 vol. (1853-185(i;, oui a été traduite en français. Mommson est un historien éminent, plein de sagacité et de finesse, mais qui s'abandonne trop à des hypothèses ingénieuses et sans solidité.
[Victor Cucheval.]
HISTOIRE GÉNÉRALE, HISTOIRE DE FRANCE. ~ Après avoir donné ci-dessus, à l'article Histoire, la déflnitirfh de l'histoire et quelques détails sur les principaux historiens, nous plaçons ici sous les yeux du lecteur les programmes du double cours d'hi>toire que contient ce dictionnairo : Histov e générale et Histove de Frunee» Nous les faisons suivre du programme ofHciel français et de quelques programmes étrangers ; nous eussions pu donner un plus grand nombre de ces derniers : nous avons préféré nous borner à deux ou trois soécimens choisis parmi ceux qui nous ont paru intéressants.