‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaireChapitre 556 sur 562 · Vautre, du verbe se vautrer. — Votre, pr. poss · texte numérisé non relu

Vautre, du verbe se vautrer. — Votre, pr. poss

100. Zest, interj. : entre le zist et te xest. — Zeste, s. m., pellicule d'prange, séparation membraneuse qui divise les quartiers d'une noix.

Parmi ces homonymes, quelques-uns, comme saint et ceint^ compte et conte, ont toujours le mime son ; ce sont les plus difflciles à distinguer : cependant la suite de la phrase, l'adjonction des articles et des adjectifs en diminuent les inconvénients. D'autres, tels que vnn et vent, raie et rets, sont faciles à reconnaître devant une voyelle.

Dans la liste ci-dessus, nous n'avons pas fait entrer les mots tels que tâche et taihe, forêt et foret, que quelques auteurs rangent pirmi les homonymes, quoique ces mots ne puissent avoir le môme son que pour ceux qui prononcent mal. La plupart des grammairiens et avec eux l'Académie, dans la septième édition de son dictionnaire^ placent ces mots dans une classe à part, celle des paronymes, — Y. Pai^nymes,

fj. Dussouchet.]

HONGRIE. — Histoire générale, XXVII. -- Avant 884. — Le territoire compris entre la crête des Carpathes, les dernières pentes des Alpes Noriques, le cours de la Save et la mer, ne fut jamais soumis en entier par les Romains. Mguste et Tibère y conquirent la Pannonie (rive droite du Danube), et Trajan le plateau transylvain (pays des Daces). Des nombreuses invasions (^ui succédèrent à roccupation romaine, les plus importantes furent celles des Huns et des Avares. Quand Charlemagne eut détruit ces derniers, divers Etats se formèrent sur les débris de leur empire. La grande Moravie, fondée par les Slaves le long de la frontière occidentale de la Germanie, s'étendait à Test jusqu'à la Tisza (Theiss) ; d'autres peuplades barbares (Bulgares, Rhaxares, Roumains) habitaient le reste du pays sous quatre ou cinq chefs différents, quand parurent les Hongrois.

C'était un peuple de même race que les Huns et que les Avares, c'es^à-dire qu'il appartenait à la grande souche ouralo-altaiquo (branche ouralofinnoise, rameau ougrien). Son existence nomade avait d'abord eu pour théâtre les parties nord de rOural, puis les rives de la mer Noire, enfin les plaines qui séparent le Pruth et le Dnieper. 11 est consuté par 1 histoire qu'à l'époque de leur séjour dans cette dernière contrée, les Hongrois ou Magyars avaient déjà une sorte de constitution : le chef élu et les principaux de la nation se liaient

Sar un engagement réciproque ; une assemblée, es magistrats spéciaux surveillaient l'exercice du pouvoir. A la suite d'une nouvelle migration, déterminée, comme les autres, par des attaques du dehors, les Hongrois franchirent les Karpathes, et pénétrèrent en Hongrie sous la conduite d'Arpad. De 884 à la fin du xiii* siècle, — Quelques années de guerres et de "égociatioi^, habilement

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conduites, les rendirent maîtres de ce bean pays. Ils en occupèrent les plaines, abandonnant les montagnes aux races vaincues, qui bientôt se confondirent avec eux au point de yne politique et social. • .

Fondé par Arpad, le nouvel £tat reçut, sous Etienne I" (commencement du xi* siècle), une organisation plus complète. L'autorité souTeraine continua d être exercée concurremment par les guerriers (ou noblesse) assemblés en diète, et par le chef de la nation, investi, à partir de l'an 1000, du titre de roi. Ce dernier ne pouvait être élu que dans la descendance d'Arpad. Les Arpad régnèrent ainsi quatre siècles.

Les Hongrois ne renoncèrent pas tout d*abord à leurs habitudes nomades. A la nn du xii* siècle, beaucoup vivaient encore sous des tentes. Pendant près de cent ans ils lancèrent des armées de pillards en Grèce, en Iulie, en Allemagne, en France et jusque dans la péninsule ibérique. Hais après leur désastre à Augsbourg en 9S5 (V. Othon le Grand), \\p se lassèrent de ces terribles incursions, et peu à peu se renfermèrent dans les limites de leur territoire, sans trop môme chercher à l'agrandir. Jusqu'au xiv* siècle, ils ne firent qu'une conquête importante, celle de la Croatie et des villes maritimes dalmates (fin du XI* siècle), se bornant à des guerres obscures avec leurs voisins (Russes, Bohèmes, Autrichiens, Vénitiens et Grecs).

Les plus à craindre de leurs ennemis étaient d'ailleurs ces immenses peuples errants (Kumans, Tartares, etc.) qui, des steppes de la Russie méridionale, venaient de temps à autre inonder, par dessus la muraille des Karpathes, le fertile bassin du Danube hongrois. Les plus terribles furent les Tartares de 1*242. Vaincu, sans armée, le roi de Hongrie Bêla IV n'eut de refuge, devant leurs ravages, qu'une lie de l'Adriatique.

Ces invasions, en se retirant, laissaient derrière elles de nombreux prisonniers barbares. On les employait à peupler les régions désertes. Saint Ladislas, après sa victoire des bords du Temes (10»0;, éublit des Kumans dans ie Jàszsàg, au pied du Métra. Différents bourgs, dont le nom commence par Tatdr, furent fondés de même par Ladislas IV, au retour d'une campagne contre les Tartares ( 1282). Ces premiers rois ouvraient volontiers leurs Éuts aux colons étrangers. Saint Etienne avait appelé près de lui de nombreuses familles allemandes (cumm. du xi* siècle). Un siècle plus tard, des émigrés flamands, chassés de leur pays par l'Océan, reçurent l'offre de se fixer soit au pied du Tatra, soit sur le plateau transylvain. Leurs villes Industrieuse^ y subsistent encore. Bêla IV accueillit avec faveur des Allemands, des Slaves, et toute une tribu de Kumans (en 1239, 40,000 familles). Toutefois, cette politique fut souvent une cause de désordre.

Le désordre, d'ailleurs, était permanent. Tantôt la guerre civile éclatait entre le roi et quelque membre de sa famille; tantôt c'était la nation qui, mal gouvernée, se soulevait contre son prince. Une de ces prises d'armes vahit même à la noblesse une charte fameuse, la èulle cTor, qui, dès 1222, consacra ses libertés. Dos troubles si fré-

Quents fournirent à plus d'un monarque étranger 1 occasion d'intervenir, pour se poser, de cette façon, en suzerain de la Hongrie. C'est ainsi que l'empereur Henri III de Franconie reçut hommage de Pierre l", qu'il avait fait remonter sur le trône (1045). Mais les Hongrois indignés proclamèrent un autre roi, et l'empereur, repoussé à deux reprises, dut renoncer à ses prétentions. Un siècle plus tard. Manuel Comnène, empereur de Byzance, renouvela, sans plus do succès, les tenutives de Henri IH.

Une autre conséquence des discordes intérieures

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fût rabaissement de la royauté an profit de Taristocratie. Cest le trait caractéristique du xm* siècle. Les domaines de la couronne, source principale des reyenus publics, passent alors en foule aux mains des seigneurs, soit de force, soit par le besoin qu*avaient les rois de se faire des partisans. Enrichis de ces dépouilles, les grands s'asservissent la petite noblesse, oppriment la bourgeoisie naissante, écrasent le peuple des campagnes. Sous Ladislas IV. les pavsans, faute de bœufs, s'attelaient eux-mêmes à des chariots qu*on appela, par ironie, voitures de Ladislas,

Il y eut cependant, même en ces premiers siècles, des époques fécondes, qui préparèrent Tavenir. Saint Etienne, d'abord, convertit les Hongrois au christianisme, non sans violences : l'antique religion, l'adoration des éléments, ne fut extirpée au'au bout d'un siècle, après de sanglantes réactions. Un nouveau pas fut fait dans les années qui finirent le xi* siècle et commencèrent le XII*. Le système administratif et judiciaire du royaume fut développé dans de mémorables diètes sous le chevaleresque Saint Ladislas, et sous son fils Koloman (surnommé KÔnyves, amateur de livres). Celui-ci, de plus, adoucit les lois pénales portées par son père, et réforma les finances. Le règne de Bêla m (fin du xii* siècle) fut une autre éclaircie. Ce prince avait été élevé à la cour de Constantinople, et son épouse Marguerite était sœur de Philippe I*", roi de France. Sous eux. les mœurs perdirent de leur rudesse ; l'Université de Paris eut des étudiants hongrois.

Ce fut le dernier beau moment de- la Hongrie sous les Arpad.

Quand leur race Ait près de s'éteindre, il sembla que la Hongrie dût se dissoudre. L'aristocratie, plus puissante que jamais, se partagea entre plusieurs prétendants. Une guerre civile de trente années désola le rovaume. Toutefois Charobert, arrière-petit-flls de Charles d'Anjou, roi de Naples, finit par triompher de ses compétiteurs, et régna sans partage depuis 1318.

De 1318 à 1382. — Les soixante années qui suivirent furent une époque de paix intérieure et de progrès. Personnifiée par deux hommes supérieurs (Charobert, puis, de 1342 à 1382, Louis d'Anjou son fils), la royauté s'accrut en force et s'entoura de prestige. Elle agrandit ses ressources militaires, et, par des moyens quelquefois blftmables, ses ressources en argent. Elle veilla aux intérêts de la bourgeoisie, de la petite noblesse et des grands (lois de 13S2), mais aggrava le sort des paysans par l'établissoment des dîmes seigneuriales et d'autres impôts. Elle réforma la justice, la monnaie, rendit la sécurité aux routes, fit des traités de commerce, conféra des privilèges aux villes, encouragea les études (Université de Pécs). L'agriculture et l'industrie prirent de l'essor; les corporations de métier se multiplièrent; des villes se bâtirent. Le commerce s'étendit au loin : une des voies principales du trafic européen passait alors par la Hongrie, dont plusieurs villes servaient d'entrepôt pour les denrées de l'Orient. Avec le bien-être, vint le goût du luxe, importé d'Italie. Les mœurs se polirent, et dans les âmes pénétra Tesprit religieux et chevaleresque de l'Occident.

Cette prospérité du royaume permit à ses maîtres de soutenir des guerres nombreuses. Trois furent dirigées contre Venise, qui finit par payer tribut (1348, I8ô6, 1377). Louis fit une autre expédition célèbre en Italie (1351) pour venger son frère, époux de Jeanne de Naples qui l'avait fait assassiner. La reine s'enfuit, mais ses complices moururent, et son royaume fut trois ans aux mains des vainqueurs.

De 1382 à 1458. -> Durant la période qui s*éeonle entre la fin de la dynastie d'Anjou (mort de Louis I«r, 1382) et l'avènement de Mathias Corvin (1458)

toutes les classes de la société devinrent la pfolt d'une oligarchie opulente, sans frein, et déchirée par la discorde. Le pouvoir roval fit de vains efforts pour secouer la domination des grands. D'ailleurs chacun des princes qui se succédèrent alors (Sigismond de Luxembourg, Albert d'Autriche, Vladislas de Pologne et Ladislas V d'Autriche) ayant encore d'autres Etats à gouverner, la personne du monarque fut le plus souvent absente du royaume, et l'on s'en soucia d'autant moins. La longue minorité de Ladislas V fut un autre malheur.

Malgré la désorganisation générale et les souffrances particulières, il y avait de la vie dans la nation, un invincible élan de progrès, et de grandes forces en réserve. Elles parurent dans les terribles «pierres de cette époque (Bohême, Venise), surtout dans les guerres turques, où tant de héros s'illustrèrent, et le plus célèbre de tous, Jean Hunyade.

Le premier grand choc des Hongrois et des Turcs fut la désastreuse bataille de Nicopolis (1396).> En vain Sigismond voulut-il prendre sa revanche sons les murs de Galambécz (1428); les incursions des Ottomans devinrent de plus en plus nombreuses dans les provinces vassales (Serbie, Valachie) et même sur le territoire hongrois. Sous Vladislas» son général Jean Hunyade (Hunyadi J&nos), comte de Tcmes, infligea une première défaite à leurs bandes en 1441. Ils revinrent à deux reprises, l'année suivante, et furent encore deux fois battus (Szcben, Vaskapu). En 1443, Hunyade et le roi conduisirent une armée jusqu'au sommet du Balkan, gagnèrent cinq victoires et revinreni triomphants; mais la campagne de 1444 fut marquée d'un grand revers: presque toute l'armée périt, à Varna, avec le roi. Elu gouverneur du royaume pendant la minorité du nouveau prince (Ladislas V d'Autriche), Hunyade recommença bien* tôt la guerre pour secourir Scanderbeg assiégé ; il combattit trois jours dans les champs de Kassovo,et fut encore vaincu (1448) par Amurat.La fortune lui revint en 1454 : il tailla en pièces une armée turque entrée en Serbie. Alors, le sultan Mahomet II prépare une expédition formidable : 150,000 hommes et 400 canons viennent mettre le siège devant Belgrade. Hunyade s'y enferme, fait une défense héroïque, sauve la ville, la Hongrie, et meurt (1 f 56).

De 1458 à 1490. — La reconnaissance publiqua

Êorta au trône son fils, Mathias Corvin (1458). La fongrie atteignit sous ce prince l'apogée de sa grandeur. Soigneux de ses finances (lois de 1467, etc.), entouré de troupes permanentes qu'il créa lui-même (armée noire, 1462), il concentra dans sa main plus de forces qu'aucun de ses prédécesseurs, veilla au maintien des lois, punit sans relâche les exactions des grands, protégea les petits et les faibles, et fut pleuré du peuple : « Mathias est mort, disait^on, aoieu la justice I » Sa fermeté, qui touchait presque au despotisme, provoqua, dans les premiers temps, de formidables résistao» ces. Il sut les déjouer a force d'adresse, de promptitude et de vigueur. Cependant la civilisation as répandait' Sans doute, l'approche des Turcs avait arrêté ce commerce de transit si florissant sa xiv« siècle; mais l'industrie était prospère, les beaux-arts commençaient à s'acclimater ; on éleviît des palais, des églises ; le souffle de la Renaissance arrivait Jusqu'à Bude. Une imprimerie (1470), une société de savants, une bibliothèque somptueuse s'v fondaient par les soins du roi. Plusieurs autres villes ouvraient des écoles.

Grand par les œuvres de la pdx, Mathias ftit ui des premiers capitaines de son siècle. Malheureusement, son ambition l'engagea dans des guerres impolitiques aveè les rois de Bohème et de Pologne (1468-14)8) et l'empereur Frédéric ni(1477, 148). 1487). Il conquit la Moravie, la SUésie, rAutricbc, entra en triomphe à Vienne; pendant ce temps, les Turcs dévastaient ses provinces méridionales,

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malgré la nouTelle organisation des frontières et la glorieuse campagne de Bosnie (1463-ri64). Kinizsi, enfin, les arrêta (bataille de KenyérmezO, 1479).

De 1400 à 1596. — L^aristocratiSi humiliée par Corvin, prit sa revanche sous les faibles successeurs de ce prince, Ladislas VII et Louis II. Mais toujours égoïste, oppressive, aveuglée par ses discordes, elle mit partout le chaos, et dissipa tellement les forces de TEtat, qu'en 152(i Belgrade tomba, presque sans obstacle, aux mains des infidèles. La Hongrie était ouverte. Soliman y conduisit '200 OOO hommes. A Mohacs» sur le chemin de Bude, il rencontra le jeune Louis II à peine escorté de 25 000 combattants ; 22 000 périrent avec le roi (1526).

Soliman, vainqueur, entra dans Bude, qui fut saccagé ; mais il ne garda pas ses conouêtcs, et se retira bientôt, comme un fleuve débordé qui laisse tout en ruines derrière lui.

Mohacs est, pour les Hongrois, Tévénement le plus douloureux de leur histoire. Il inaugura une ère nouvelle, trois cents ans de larmes, comme dit tin chant populaire. C'en est fait de Tindépendance ; peu à peu, par morceaux, la Hongrie va passer tout entière sous le sceptre de la maison -d'Autriche ; mais il y faudra deux siècles.

De 1527 à 1711. — Sombre époque que ces deux siècles. L'unité du royaume est brisée. Une atroce guerre civile (L'>28-l.'i30, 1536} le déchire d'abord en deux lambeaux dont Ferdinand d'Autriche a saisi l'un, et dont Szapolyal garde l'autre. Soliman, de son côté, après quatre invasions terribles, reparaît une cinquième fois en 1541. Szapolyai venait de mourir, et son rival se préparait à recueillir sa succession, en vertu d'un traité convenu d'avance entre eux (traité de Nagy-Vàrad, 1538). Le sultan fit chasser l'armée de Ferdinand, confirma le jeune fils do Szapolyai dans la possession des parties orientales de fa Hongrie» et garda pour lui Bude avec les plaines du centre. Le territoire se trouva donc coupé en trois: on eut l^la Transylvanie et ses annexes» sous des princes nationaux, élus par la diète, et tributaires du sultan ; 2** la Hongrie turque, gouvernée par des pachas; 3** la Hongrie des Uabsbourgs, monarchie élective Jusqu'en 16S7, absolument distincte (en droit) des autres possessions autrichiennes, ot dont, à chaque couronnement, le nouveau roi Jurait de respecter l'indépendance.

Ce triple partage fit de la Hongrie un perpétuel champ de bauille. Les Habsbourgs convoitaient tout le royaume, surtout la Transylvanie, plus facile à prendre que le reste : (ie là, des conflits avec les Turcs, qui de ieui :;ôté cherchaient à s'étendre, et des guerres entre l'empereur et les princes de ifransylvanio.

Pendant la première période de la guerre de Trente ans*, le prince transylvain Bethlen Gabor prit le parti des protestants d'Allemagne, et tint à plus d'une reprise les forces de l'empire en échec. Au milieu du xvii* siècle eut lieu une invasion des Turcs, rcpoussée par Montecuculli à la journée de Saint-Gothard (l()64j. Un peu plus tard, la Hongrie autrichienne, irritée par la tyrannie des Habsbourgs, se révolte sous la conduite du comte Tdkôli (1678), qui s'allie avec les Ottomans : Vienne est assiégée (1683), mais le roi de Pologne Sobieski la délivre. Les revers des Turcs entraînent la ruine de T5k01i, et en 1685 l'insurrection expirait. L'empereur Léopold se vengea par de san- Slantes exécutions, et saisit ce moment pour faire écréter par la diète l'hérédité du sceptre dans sa famille (1687). Mais an commencement du xviu' siècle éclate une autre révolte, celle de Rakoczy : elle aboutit, après une lutte de dix années, à une convention garantissant l'autonomie et la constitution du royaume (1711).

Durant ces deux siècles, la Hongrie oriental» ou Transylvanie, échappée seule à l'oppression étrangère, continuait la Hongrie du xv* siècle, dont elle restait comme un débris. Elle n'avait qu'une demi-indépendance, payantaux Turcs an tribut onéreux; mais son gouvernement était au moins national. Tandis qu'autour d'elle tout tombait en dissolution, elle se développa selon son génie propre, sous l'influence de la libre-pensée, dont elle fut l'asile pendant près de deux cents ans. L'industrie, les aru, les écoles prospérèrent; et cette petite contrée pesa, sous Bethlen Gabor, dans la balance de l'Europe. Mais à partir de 1699 elle fut soumise aux Habsbourgs.

La Hongrie turque eut beaucoup à souffrir. Elle fut enfin délivrée de la domination musulmane par le traité de Carlowitz (1699). qui la réunit tout entière, sauf le Banat, au royaume où régnait la maison d'Autriche ;et en 1718, à la suite des victoires du prince Eugène, le Banat lui-même Alt repris aux infidèles.

De 171 1 à 1780. — Durant le xvnf siècle, la Hongrie eut la paix : d'une part, le royaume était tout entier sous le même sceptre ; d'autre part, la modération relative du cabinet de Vienne supprima les révoltes, sauf quelques troubles partiels* Mais le pays était complètement ruiné. Le gouvernement Taidait bien un peu à se refaire, perçait une route, construisait une digue, corrigeait quelque chose à Tadministration. Les progrès n'en furent pas moins d'une lenteur extrême, tin autre mal qui frappe à cette époque, c'est l'apathie morale où la nation est plongée. Mille faits en témoignent. Point, ou presque point de vie politi-

aue; dix, treize, quinze années sans diète. Plus e vie intellectuelle ; la littérature avait eu, au siècle précédent, un premier essor plein de promesses: elle tombe et meurt. La langue même se corrompt : bien plus, elle est abandonnée, et l'allemand prend sa place, tout au moins dans les hautes sphères. De même, le caractère national se perd dans les mœurs, dans le costume, et jusque dans le type des fibres.

Marie-Thérèse " hâta de toute son influence cette éclipse du sentiment hongrois.! Elle rêvait, comme ses prédécesseurs, l'unité politique et religieuse de ses États^ sous le régime du pouvoir absolu. Mais elle sut voiler ses desseins sous des flatteries et des caresses qui tournèrent la tète aux Hongrois. Ils s'épuisèrent pour leur souveraine (fsuerre de la succession d'Autriche, guerre de Sept ans), sans voir qu'eux-mêmes périssaient comme nation.

Un phénomène arrêta cette décadence.

De 1780 à 1790. — Déjà Marie-Thérèae avait cédé, vers la fin de son règne, au courant philosophique du siècle, en adoucissant la condition des serfs (1766-67), en supprimant les Jésuites (1770), en réformant l'instruction (1769-1777). L'alliance du despotisme et de la philosophie s'acheva dans Joseph II *. Ce prince agit en philosophe, ouand il admit la liberté de penser, proclama la tolérance, et voulut affranchir les paysans. Mais il fut despote, à l'égard des Hongrois, quand 11 leur imposa l'usage exclusif de l'allemand Jusque dans les écoles; quand il abolit l'autorité des comitats ou districts où tout se faisait par voie d'élection et de suffrage, pour centraliser l'administration hors du pays, & Vienne, BOUS sa main. Il fui surtout despote par la manière dont il appliqua ses réformes, car il usurpait le pouvoir : il ne s'était pas fait couronner, il n'avait

£as garanti la constitution, il se passait de diètes. es Hongrois se réveillèrent enfin de leur torpeur. On revint avec passion à l'idiome, au e: itumc indigènes, à tous les signes extérieurs de la nationalité compromise. Des subsides de guerre illégalement perçus (1787-88-89), l'exemple des

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Paya-Bas et de la France, acnerèrent de monter les tôtps : Joseph II, sur son lit de mort, prévint one InBurreciion imminente en rétractant ses ordonnances (1790).

De 1780 à 1825. — L'esprit de progrès, banni

Bour Jamais du trône, passa aussitôt aans la nation, n magnifique élan oe réforme saisit la diète de 1790. Mais le cabinet paralysa tout : il tremblait devant la révolution. Des complots imaginaires, suivis d*exécutions sanglantes; le vertige des guerres napoléoniennes, et plus tard un système com- Slet d'abrutissement intellectuel, replongèrent la [ongrie dans la mort sociale. Vers 1820, tout espoir de résurrection semblait disparu. Quelques hommes, toutefois, des érudits, des poètes, bravant Tindifférence, acceptant la misère, travaillaient sans relâche k ranimer autour d*eux le patriotisme expirant. Ces héros sauveraient-ils * l'avenir? Euxmêmes doutaient de leur œuvre. Un jour vint, cependant, où la conscience publique se réveilla. Les longs crimes du gouvernement, et de récentes atteintes portées aux lois, déterminèrent alors un tel mouvement d'opinion, qu'il fallut convoquer la diète (1825). Une nouvelle ère commença.

De 1825 à 1848. — On vit d'un côté le parti des réformes, guidé par le comte Széchényi, de l'autre le pouvoir, que soutenait une fraction de la noblesse. Les diètes, les assemblées de comitats, la presse retentirent de discussions. En vain les élections, habilement travaillées, permirent-elles à la cour ae Vienne d'éluder pendant vingt ans tout progrès sérieux. En vain eut-elle recours à la terreur, d'abord, puis à la feinte ; les progressistes gagnaient chaque jour en nombre, en influence; Us élargirent leur programme, Széchényi fut dépassé, Koasuth prit la tète du mouvement. Assurer au royaume sa légitime indépendance, sauver la nationalité en péril, effacer les abus légués par le moyen âge, mettre en œuvre les ressources inexpluitées du pays, et fonder sa grandeur sur le travail, la Justice et la liberté, tels étaient les vœux de la nation presque entière. Aux élections de 1847, en dépit de toutes les manœuvres, la victoire demeura pour la première fois à l'opposition. La diète s'ouvrit an milieu d^une attente générale.

1848 et 1849. — Tout à coup, la révolution de février éclate à Paris. Vienne se soulève (18 mars), Pest et Presbourg frémissent (15 mars).

Electrisées par Kossuth, les deux cnambres ont demandé (4 mars) la suppression des privilèges, rabolition des corvées, la liberté de la presse, le système représentatif, le Jury, un ministère national. La cour hésite, promet, se rétracte : en vain ! les menaces de l'opinion publique, les insuocos du palatin (vice-roi) l'emportent (31 mars). Le 1 1 avril, les nouvelles lois, revêtues de la sanction royale, sont remises à la diète par le monarque en personne, entouré do sa famille, en séance solennelle. C'était un piège.

La cour voulait à tout prix le retour à l'ancien ordre de choses. Un moyen excellent était la guerre civile. Or, l'extension de la vie nationale chez les Hongrois de race portait ombrage, depuis quelques an nées, à leurs compatriotes serbes, roumains et croates. On profita de ces malentendus, que M. de Metteniich avait sagement envenimés. Un homme sûr, Jeilachich, fut nommé ùan (gouverneur) de Croatie. 11 fit des armements, refusa obéissance au gouvernement national de Pest. Dans leBanat, on Insurgea les Serbes (8 Juin), et l'armée autrichienne, conformément à des ordres secrets, favorisa l'insurrection toul en paraisvint la combattre. La diète hongroise prend alors en mains la défense du pays : bientôt Jeilachich et ses Croates fuient devant les volontaires accourus à la voix de Kossutli, qui parut, dans ces Jours de crise, la voix même de la patrie.

L'entraînement fut général. &i réponse au mani-

feste impérial du 16 octobre, Varmée hongroise marcha au secours de Vienne insurgée, mais elle fut battue à Schwechat (80 oct.), Vienne tomba (31 oct.), et les impériaux préparèrent l'invasion do la Hongrie. « Tels furent les commencements d'une gnerre où les Hongrois se couvrirent de gloire. Battus d'abord, puis vainqueurs, ils forcèrent l'Autriche k demander secours au tsar. Alors, accablés par des forces doubles, livrés par leur propre général GOrgey, ils posèrent les armes (capitulation do Vilégos, août 1849). Kossuth, qui avait été, sous divers titres, l*âme de la résistance, prit avec quelques compagnons le chemin do Texil.

On sait la réaction qui suivit. Le royaume ftit dépecé en provinces autrichiennes. Mais la Hongrie devait se relever. A la suite de la guerre de 1866 entre la Prusse etTAutriche, une réorganisation des Etats formant l'empire des Habsbourg devint né« cessaire : la Hongrie obtint alors de former un royaume autonome, avec un gouvernement distinct de celui de l'Autriche. Depuis ce moment, la nation hongroise, redevenue maîtresse de ses destinées, n'a cessé de marcher en avant dans la voie du progrès et des réformes libérales.

fA. de Gérando.l Pour la géographie de la Hongrie, V. Autriche, nOUllXE.— Chimie. IV; Géologie, VL — Mistnriqtte. — La houille est un combustible minéral provenant de l'altération de végétaux fossiles. Elle a été connue de toute antiquité par les Chinois, parfois utilisée par les Grecs, les Romains, les Gaulois, mais toujours exceptionnellement. Un préjugé semi-religieux s*opposait encore k son emploi au commencement du siècle dernier en Angleterre et en France. Souvent même on mettait à l'amende, on emprisonnait les industriels qui voulaient en faire usage. Sous Charles II d'Angleterre, elle était sévèrement prohibée. Les choses diangent dans la deuxième partie du xviu* siècle ; on en vend publiquement sur les quais de Londres et do Paris. C'est surtout au développement de la machine k vapeur qu'est due l'immense, et peut-t>tre excessive extension de son usage. Pour donner une idée de cette extension, voici l'étendue de la surface des terrains houilllers reconnus, en 1804, et le nombre des millions de tonnes de houille extraite :

Xyriamètrta

Angleterre 157

Antres Etats de l'Europe 73

Amèriqae da Nord 3 000

Propriétés^ origines, — La houille se présente en fragments d'un noir brillant, parfois rendus irisés par un mince vernis de sulfure de fer, à cassure nette, à peu près plane. Sa densité varie de 1,16 à 1,60. Elle se rencontre surtout dans le terrain qui a reçu d'elle le nom de terrain bouillier on carbonifère, et qui se compose do couches de houille, de schistes, de calcaire et de grès ; et c'est avec ce dernier minéral qu'elle se montre le plus habituellement. On trouve déjà une houille maigre, voisine de Tanthracite, dans le terrain dévonien, inférieur au carbonifère, et un charbon minéral de mauvaise qualité dans les marnes irisées, étage supérieur au gisement ordinaire. La houille se présente en couches d'une épaisseur qui varie do Quelques centimètres à 1 ou '2 mètres, et atteint dans des points exceptionnels Jusqu'à G mètres.

Ces couches ont souvent la forme de bateau, la partie centrale d'une région éunt plus |/h>fonde que le pourtour. Elles ont de plus été plus on moina disloquées, repliées, relevées, coupées par des failles ou brisures. La houille était considérée Jusqu'ici comme provenant directement de la décomposition des plantes et des arbres sous l'influence de la chaleur et de la pression/ On fait

. Mîllioai de toonM.

HOUILLE

souvent une expérienee ayant pour but de démontrer cette origine. Entre deux galettea humides d'argile, on comprime fortement une portion de

filante, feuille, fougère, mousse; on laisse sécher entement, puis on cuit à une température d'environ 200 à SCO"*. Après le refh)idissement, l*argile s'est transformé en une sorte de schiste, que l'on peut fendre, et dans lequel le fragment végétal est devenu une substance semblable à U houille. Il éuit généralement admis qne les dépôu de houille étaient formés par d'immenses forêts, par des amas de plantes qui s'étaient imparfaitement carbonisés sur place. M. Mèno tend à montrer que ces couches ont été plutôt formées par des ndeaux flottants de plantes terrestres ou marines transportées par l'action de la mer dans des golfes où elles se sont déposées. La transformation de ces végétaux en houille est plus complexe qu'on ne le

Ï pensait. M. Frémy conclut de longues études sur es tissus végétaux, que la houille n'est pas une substance organisée; les empreintes végétales qoTelle présente se sont produites sur ce corps comme sur toute autre matière plastique. D'après le travail présenté, en 1879, par ce savant à l'Académie des sciences, les végétaux producteurs de la houille ont subi d'abord la fermentation tourbeuse qui a détruit toute organisation végétale; puis l'action combinée de la chaleur et de la pression ont transformé cette tourbe en matière bitumineuse plastique, sur laquelle so sont parfois et après coup imprimées des empreintes d'êtres organisés.

Los houilles se divisent en houilles grasses, bitumineuses, à longue flamme, et en houilles maigres anthraciteuses à courte flamme. Les premières se ramollissent en brûlant, se soudent, empâtent les grilles. On les préfère pour la forge, la fabrication du gaz. Les secondes se ramollissent peu, donnent un coke dense, brûlent bien sur la grille et sont propres aux opérations industrielles et métallurgiques qui exigent une chaleur continue, progressive.

Composition. — La composition élémentaire de la houille varie beaucoup suivant les échantillons. Elle contient de 72 à 90 de carbone, de 3 à 6 d'hydrogène, de 2 à 14 d'oxygène, de 0 à 2 d'azote, parfois Jusqu'à 1,25 de soufre, et une quantité de cendres qui peut se monter Jusqu'à 7. Il est prati-

Suement plus intéressant de connaître les résultats e la distillation sèche de la houille. Tandis que certaines houilles anthraciteuses donnent à peine 8 p. 100 de produits volatils, on en retire Jusqu'à 52 de riches houilles grasses. La quantité de coke varie de 30 à 90 p. 100. L'analyse de la houille à ce point de vue peut se faire en chauflant dans un creuset couvert un poids donné de houille, en pesant le résidu, et enfin les cendres laissées par le coke brûlé dans le creuset ouvert. Si l'on recherche la plus grande précision possible, il faut employer un creuset de platine placé dans un creuset de terre beaucoup plus grand. Les produits de la distillation varient notablement suivant la qualité de la houille et la conduite do l'opération; ce sont des gaz, de l'eau ammoniacale, du goudron complexe.

Citons spécialement, parmi les variétés de charbon fossile, le boghead^ formant dans certains districts anglais une couche de 40 à tO centimètres d'épaisseur. Il est remarquable par la grande quantité et le pouvoir éclairant du gaz fourni, et la pauvreté en carbone de son coke, lequel contient jusqu'à 3/') de cendres. La composition immédiate de la hotlille n'est pas connue ; on obtient en effet par des distillations ménagées un grand nombre de composés, mais on ignore comment ila sont unis dans le minéral naturel. Les uns le considèrent comme un mélange de charbon fossile et d'une matière bitumineuse; d'antres comme un composé unique à proportions très variables.

HOUILLE

Expioiiation. — Les couchée de charbon de terro, déposées horisontalement, ont subi des défor^ mations, des déplacements par suite des glissements, des Assures du sol, et se présentent généralemeot obliques, parfois prôqne verticales. Quand trois sondages ont permis de déterminer la disposition d'un gtte houiller, oo creuse deux puits verticaux, on les relie par une galerie horizontale de façon à établir la ventilation. On taille ensuite la houille, suivant les dreonstanoes, en suivant la ligne de plus grande pente de la couche, ou au contraire des lignes horizontales. On ménage des piliers pour soutenir la voûte des galeries ; on comble les galeries épuisées avec les minerais, schistes ou grès, que Ton doit tailler en mémo temps pour se faire un passage. Les bouilleurs, armés d'un pic et d'une lampe de sûreté, travaillent dans les 'positions les plus diverses et les plus gênées sur le dos, le côté, et sont exposés à une multitude d'accidents, chute de plafonds (culs de lampe), inondations produites par l'ouverture subite d'une couche de sab!e ou autre substance pénétrée d'eau, et les pires de tous, les explosions de feu grisou. La houille est pénétrée de gas hydrogène carboné dissous ou plutôt occlus, qu'elle dégage par diffusion à l'air ; ce dégagement augmente quand la pression barométrique diminue. Le gaz carboné produit alors avec l'air un mélange détonant qui fait explosion dans diverses circonstances que l'on ne parvient pas toujours à connaître, et que l'on a trop souvent attribuées sans preuTO aux imprudences des ouvriers. Il se passe peu de mois sans que l'on soit terrifié par le récit d'un de ces accidents qui font des dizaines, des centaines de victimes. Il n'y a pas en Angleterre moins de 1200 victimes par année, en morenne; et l'on a calculé qu'aujourd'hui encore, après tant de progrès, il faut ajouter au prix de 1 exploitation de cent mille tonnes de houille un mineur mort et au moins un autre invalide.

Usages. — La houille sert à fabriquer le gaz de l'éclairage, et elle est le combustible par excellence de l'industrie. Le chiffre de sa consommation {»eut être considéré comme la mesure de l'activité ndustrielle d'une région. Tandis qu'elle est employée à l'état naturel pour la forge, le chauffage des chaudières, etc., elle doit le plus souvent pour les travaux métallurgiques être d abord carbonisée, privée de ses produits volatilisables et sulfurés. Le coke léger est un produit accessoire de la fabrication du gaz ; on en absorbe du reste, pour chanf* fer les cornues, un tiers de celui qui on sort. Pour la métallurgie on préfère un coke dense tiré des houilles maigres ; on l'obtenait autrefois par une combustion incomplète, analogue à la carbonisation du bois; le plus souvent, aujourd'hui, la houille est distillée, les gaz dégagâ servent de combustible, et tout le coke, produit principal, est recueilli.

Grâce à l'introduction des excellents fourneaux en fonte, la houille s'emploie de plus en plus dans l'économie domestique, pour le chauffage des appartements, pour la cuisine. Pour utiliser scientifiquement ce combustible à l'état naturel, il fa«drait se servir exclusivement d'appareils fùmivores, c'est-à-dire tels qu'il ne sorte de la cheminée que des produits de combustion complète, eau, aade carbonique. Ces appareils, de forme rariable, sont des grilles à combustion, ayant un mouvement mécanique et recevant une distribution continue de houille en arrière ou an-dessous du comlmstible déjà chauffé au rouge, de telle sorte que les gaz les premiers dégagôs v soient complètement brûlés. Ces appareils, très Insuffisamment employés dans la grande industrie, ne le sont, bien entendu, aucunement dans les ménages. H en résulte dans les pandes agglomérations une fumée continuelle, qui exerce une influence funeste sv

HOUILLE

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le climat, snr le Jeu des organes respiratoires, et joutons-le, sur 1 humeur des habitants I Les parcelles microscopiques ^e noir de fumée constituent on noyau sur lequel se condensent et s*appuient les gouttelettes ^ui forment les nuages, les brouillards. Tout le monde a entendu parler du brouillard brun-rouge de Londres, lequel n'a pas d*autre origine que les tonnes de noir de fumée jetées chaque Jour dans Tatmosphère hmnide de cette ▼ille par les habitants et par les manufacturiers. Le travail s'interrompt du samedi après midi jos- ' qu'au lundi, et quand il a plu dn peu le dimanche matin, on est tout étonné de trouver ensuite à Londres l'atmosphère aussi pure qu*ailleurs. La cessation de ce fléau dépend, en ce qui concerne l'industrie, de l'observation des lois et règlements sanitaires jusqu'ici plus nombreux qu'obéis; quant h l'économie domestique, elle ne devrait jamais employer la houille naturelle, mais ses deux éléments, le coke et le gaz de l'éclairage, et toujours avec des conduits pour rejeter au dehors les produitô de la combustion. On pense à tort que soit ces combustibles^ soit les appareils qui les utilisent, donnent des maux de tète. L'explication de ce fait est que par ces nouvelles méthodes on obtient beaucoup plus de chaleur que par les anciennes avec des quantités de combustible en apparence égales, d'où une plus grande sécheresse relative de l'air. Le remède à cet inconvénient est de n'user que le combustible nécessaire et d'entretenir la quantité voulue de vapeur d'eau dans les chambres, en plaçant sur le fourneau un vase plein d'eau.

Anthracite, Hgnite. — Vanthracite (du grec an- /Arax,' charbon) se distingue de la houille en ce qu'il br&le sans fumée ni odeur : il est composé de carbone, de silice, de fer, avec traces d'hydrogène et de matières terreuses. Il est d'une formation plus ancienne que la houille.

On appelle lignite (du latin lianum, bois] un charbon fossile analogue à la houille, mais donnant moins de fumée \ ou le rencontre dans les terrains des formations secondaire et tertiaire.

Avenir de la houille, ~ En voyant l'exploitation excessive de la houille pendant ce siècle, les économistes ont été portés à rechercher pendant conibicn de temps elle pourrait durer. Des calculs pessimistes annoncèrent la disparition complète de ce précieux combustible avant deux siècles. D'autres, comptant sur ce qui reste encore à découvrir de gltcs houtllers, sur des perfectionnements probables des procédés d'extraction, et sur l'imprévu, éloignent cette ruine de plusieurs milliers d'années, et cessent de s'intéresser au sort de descendants si éloignés. Il est certain, somme toute, que plus ^ande est la profondeur où l'on va chercher la houille, plus grands sont la peine, le danger, la dépense ; que dans notre époque de production sans mesure, sans prévision, on a abusé d'une source de force toujours prête, mais coûteuse, épuisable tôt ou tard, et que l'on a notablement négligé des forces naturelles gratuites et inépuisables, mais irrégulièrement intermittentes, le vent, les cours d'eau, le flux, la chaleur solaire. L'humanité agirait autrement si elle savait et voulait administrer prudemment les richesses naturelles pour la plus grande utilité du présent et de l'avenir. [P. Robin.]

Lectures etdiotëea. — La terbb a l'époqoe car- BONiFÈBB. — Pompéi et Herculanum, enfouis sous la lave volcani<jue, se dressent aux yeux de l'historien qui décrit les maisons de ces cités gracieuses, et qui voit la foule des morts se réveiller fiour animer les rues aujourd'hui désertes et siencieuscs ; les fossiles de la houille semblent de même sortir d'un long repos pour apparaître aux yeux du géologue, cet autre historien de la nature. A l'évocation de la science, les fougères relèvent

leurs rameaux épais, les lépidodendron s aux tige élancées et flexibles reprennent vie ; les lycopodiacées verdoyantes baignent leurs racines dans les marécages autour d'un tapis de verdure étemel et sans limites. La terre, d'un pdle à l'autre, est couverte d'un épais manteau de verdure, et les végétaux de la houille remontent à la vie de la géologie.

Etrange décor qui embellissait la scène de notre planète : nos végétaux les plus humbles étaient les plus orgueilleux ; les fougères dé notre époque ne sont plus que les représentants rachitiques des fougères paléozolques, et les humbles herbages de nos marus sont une image en miniature des roseaux gigantesques qui couvraient le sol. Les végétaux primitifs avaient une volformité saisissante, quelque chose de grand dans la pauvreté d'espèces. La nature, prodigue de force et de fécondité, semblait avare de variété. Pas do fruits, pas de fleurs comme contraste dans la monotonie do nuance»; pas d'animaux terrestres pour animer de leurs mouvements ces forêts silencieuses. La vie végétale immobile, éternelle : sur les continents, çà et là des marécages; plus loin, des mers étendues. Pas un oiseau ne voltigeait sur les rameaux épais; pa5 un mammifère ne cherchait l'ombre sous les feuilles; l'Océan seul avait de nombreux habitants. Quelques rares insectes promenaient leurs ailes diaprées, irisées et brillantes, sur ce monde organique ; mais la m»jest(^ des forêts n'était troublée par aucun être bupérieur; pas un pied vivant ne froissait la feuille qui se détachait de sa tige ; pas une souillure sur cette virginité d'ombrage et de verdure ; pas une pensée pour contempler l'uniformité de ce monde étrange.

Au centre de l'Afrique, sous les tropiques, il existe encore quelques forêts dont les arbres offrent une analogie frappante avec ceux de la période houillière. Livingstone a décrit ces végétaux singuliers qu'il a découverts au milieu des régions inexplorées du vaste plateau africain. Mais l'atmosphère de ces contrées modernes n'est plus eo même air chargé d'adde carbonique, si propre & donner aux végétaux d'autrefois une force et un développement exceptionnels.

Sous l'influence des ravons solaires, les plantes de ces temps reculés réduisaient l'acide carbonique; elles s'assimilaient le carbone qyi s'y trouve contenu, et purifiaient ainsi l'atmosphère en la préparant à donner la vie à d'autres êtres plus perfectionnés. Cette réduction de l'acide carbonique s'opérait avec une absorption de chaleur de la part du végétal; chaleur emmagasinée, devenue latente, qui ne devait apparaître que le jour où l'homme brûlerait le noir combustible. Quand on chauffe le charbon de terre, il brûle, il se combine avec l'oxygène de l'air et dégage de la chaleur ; on peut dire, sans être paradoxal, que cette chaleur n'est autre que celle des rayons solaires concentrés pendant des siècles dans la houille ; ils se dégagent aujourd'hui pour féconder l'industrie des sociétés modernes. (G. Tissandler, La Houille ^ dans la Bibliothèque des Merveilles.)

La descente dans les puits des houillères. — * La visite d'une nouillère est toujours fort intéressante, émouvante même pour les novices. On gagne les chantiers souterrains par le puits. A cheval on debout sur une tonne suspendue au câble, on éprouve au départ comme un sentiment pénible, cette sensation du vido que produit la descente dans un puits. La tonne frotte contre les parois ; l'espace est limité et le parait encore devantage,

f)ar suite de l'obscurité. A peine est-on éclairé par es lampes. L'eau filtre de la roche goutte à goutte, en pluie fine, et parfois l'on se prend h. réfléchir qu'une pierre pourrait tomber des parois et vous écraser la tête, que le câble, tendu par le poids et dont on sent les oscillations, pourrait aussi se rompre ou le fond de la tonne s'ouvrir. Au milieu

HUGUES CAPET

HUGUES CAPET

du puits on (songe aune rencontre, à an accrochage possible. L'obstacle franchi, on respire plus SLÂnément, et bientôt on arrive tu terme du voyage, heureux d'en être quitte à si peu de frais. J^i vu des visiteurs refuser de prendre ce chemin pour descendre dans une mine ; j'en ai vu d'autres se blottir au fond de la benne, et là rester immobiles de peur. A Tarrivée. il fallait littéralement basculer la cuve pour les -en faire sortir, et ils ne reprenaient leurs sens qu*avec peme. Les mineurs font au contraire cette route deux fois par Jour, sans souci du péril; ils causent et rient dans le trajet : tels les vieux grognards de Tempire allaient au feu sans sourciller et galment affrontaient la mitraille.

Deux ou trois fois par vingt-quatre heures, mais d*habitude dcu\ fois, le matin et le soir, les postes entrent dans la mine. Le spectacle est curieux ; les ouvriers se pressent en foule, puis, au son de la cloclic, diRparaissent en groupr^s serrés par les bennes, les cat^os ou les échelles. On les entend causer au départ; mais bientôt la voix se perd dans le puits, ce n'est plus qu'un sourd murmure; on ne dislingue que la pâle lueur des lumières.

Dans quelques mines, on fait la prière avant la descente. Dans la plupart, on néglige ce soin; mais plus d'un travailleur se signe dévotement en partant, et récite à voix basse une invocation à la Vierge ou à sainte Barbe, la grande patronne des mineurs. Arrivées au fond, les bandes se séparent .et vont chacune s.ur leur lieu de travail.

Visitons ces différents quartiers de la mine, entrons dans le dédale souterrain. Dans les chantiers d'abattage, où l'on entend le bruit, où l'on sent l'odeur de la poudre, se tiennent les piqueurs. Dans les galeries, les roulcurs. les chevaux se

§ ressent, les trains vont et viennent. A la place 'accrochage, c'est le mouvement des tonnes qu'on suspend ou détache, et le cri des accrocheurs du fond qui correspondent avec les receveurs du jour. Les lampes n'éclairent que quelques points, illuminant le visage des hommes, le contour des wagons, la houille qui brille çà et là; le reste est plongé dans l'ombre, et néanmoins cet ensemble est animé, saisissant.

Les galeries en tous sens se croisent comme les rues d'une ville aux mille détours. Il y a des carrefours, des*places. Chaque voie a son nom et sa destination; mais comme il n'y a pas de poteaux indicateurs, on s'y perd les premiers jours, on s'y retrouve ensuite par l'habitude. Quelques-unes des galeries, longues, larges, bien ventilées, forment les artères principales, les grandes rues : c*est le beau quartier de la mine. Les autres sont parfois basses, étroites, tortueuses, à peine aérées, mal entretenues, et sujettes d'ailleurs à moins de durée : ce sont comme de vieux quartiers qui doivent disparaître. Cette ville souterraine est habitée nuit et Jour; elle est éclairée, mais par des lampes fumeuses. Elle a des chemins do fer que parcourent des chevaux» des locomotives. Elle a des ruisseaux, des canaux et des fontaines, sources d'eau vive dont, il est vrai, on se passerait bien. Elle a même certaines plantes, certains êtres qui lui sont propres, et la vie, on Ta dit, semble y re- ▼ètir des formes spéciales. C'est la cité noire et profondû, la cité du charbon, centre animé du tra- Tail.( L. Simonin* La Vie souterraine.)

IIUiiUES CAI'KT ET LES l>nEMlEIiS CAPÉ- TIENS. — Histoire de France, VII, VIII. — Hugues Capet fonda, en 1^87, la troisième dynastie des rois de France. C'est à l'assemblée féodale de Sentis que, par l'assentiment des barons, la nouvelle famille Capétienne fut substituée à la famille des Carloviiigiens. Cette assemblée avait été convoquée

Par le dernier Carlovingien, Louis V. pour juger archevêque de Reims, Adalbéron, qu'il accusait de félonie. Louis V étant mort sans enfant, Adalbéron, qui fut déclaré innocent, proposa aussitôt aux ducs,

aux comtes et aux cvèques de choisir on rtà Charles de Lorraine, oncle de Louis V, revendiquait la couronne. L'archevêque se prononça dans tes termes les plus passionnés contre Charles et pour Hnj^ues Capet. Aux paroles d*Adalbéron, « mille souvenirs s'éreillèrent à la fois et acIieTërent de plaider victorieusement en faveur de Hugues. Où trouver une ra(fe plus populaire ? Son premier ancêtre connu était ce Robert le Fort qui, en un temps de défaillance générale, lorsque les rois et leurs capiuinet abandonnaient la. France aux barbares, s'était présenté tout à coup aux populations effarées comme un libérateur. Son fils Eudes avait monté plus haut encore : sa défende de Paris en avait fait un héros national, et il avait mis le comble à sa gloire par SCS victoires de Montfaucon et de Montpensier. Après lui, Robert, fidèle aux traditions patrioUquesde la famille, avait à son tour teint la bannière des Capétiens dans le sang des barbares da Nord. Hucrues le Grand, le sagace politique, moins soldat, moins désintéressé, n'en était pas moins resté poi ulaire pour avoir combattu, k défaut des Nortbmans, les Allemands d'Othon. ces autres ennemis de la France nouvelle. Hugues Capet continuait ses glorieux ancêtres par sa bravoure, soo habileté et son patriotisme. Il avait singulièrement flatté Torgueil de la nation en arrêtant sous les murs de Pari» l'emoereur Othon i*' et en infligeant une désastreuse défaite aux bandes allemandes. Peuple et seigneurs éuient d'accord pour le reconnaître comme le chef naturel du mouvement féodal. Tous les intérêts nouveaux pouTaient se réclamer de lui. Sa race,sortie des entrailles mêmes du sol, représentait le mélange des Gaulois et des Franks, de la population primitive et de celle qui l'avait rajeunie; elle était connue dn tous, sous le chaume du serf attaché à la glèbe, comme sous les cloîtres du couvent, dans tes palais des évêques comme dans les donjons pendus aux flancs des montagnes escarpées ; elle s'offrait à rimagination comme une éclatante personnification de la patrie nouvelle^, de la Gaule féodale, affranchie de la longue servitude romaine et entrant dans la vie libre sous le nom de France. Hugues Capet, de sa personne, plaisait à tous. Il était doux et bon à tons, miséricordieux pour les humbles, ferme pour les pervers, sachant tenir une épée, mais aussi» une main de Justice. Son fils Robert, élevé par le savant écolâtre de Reims, passait pour un prince accompli, également habile au maniement des armes et aux exercices des lettres. Chacun des membres de rassemblée nationale, grand vassal, Tassai, arrière-vassal,évêaue. clerc ou moine, trouvait un argument en faveur de cette candidature indiquée par tous les intérêts comme par toutes les sympathies. » A ces titres éclatants que pourait opposer le duc Charles? Ah I il avait le droit d'invoquer le souvenir do ses aieui, plus illustres encore que ceux du comte de Paris, si glorieux même que depui'i deux cenu ans on D*osait comparer personne aux Pépins et aux Karis. Mais cette gloire immense ne faisait que mieux ressortir l'irrémédiable décadence commencée avec Louis le Débonnaire, qui laissa briser l'unité de l'empire; continuée ensuite si tristement par Charles le Chauve, qui ne défendit pas mieux sa royauté contre les seigneurs que son pays contre l'ét anger; par Louis le Bègue, qui paya de sa ruine quelques Jours de règne ; par Charles le Gros, dont la lâcheté révolta sept royaumes; par Charles Ili qui fut un simple d'esprit; par Louis d'Outre-mer, vaillant soldat qui ne se maintint sur une ombre denrône que par le secours de l'étranger; et enfin par Lothaire, qui livra aux Allemands la France de l'est, la vieille Austrarîe, borceau de tous les siens. Cette race dégénérée n'avait pas seulement contre ello le sentiment national, cruellement blessé, mais elle avait surtout les idées

HUGUES CAPET — 989

HUGUES CAPET

qu'elle personnifiait, ces théories de gouvernement qu'elle avait empruntées à la Rome impériale et

âui étaient la négation formelle du droit nouveau. Ile était la centralisation lorsque déjà avait triomphô le frartionnement do la souveraineté; Tunité lorsque la division était faite ; le passé lorsque le

E résent et l'avenir étaient devenus les plus forts. >epuis cent ans, elle était combattue, repousséa comme une contradiction et une menace. Elle n'avait réussi à prolonger son existence factice que Far l'intervention étrangère et le patconago de Eglise : ce double appui venant à lui manquer, elle ne pouvait plus vivre. La fortune semblait d'ailleurs s'appliquer à prévenir tout regret populaire, en lui donnant, comme dernier représenunt, ce misérable Charles, souillé depuis dix ans dans les orgies, sans esprit, sans cœur, sans initiative ni énergie, incapable de faire violence aux destinées implacables oui avaient condamné sans re^>ur la monarchie de forme romaine. » (Ernest Morin, les Comtes de PariSt histoire de Vavènement de la troisirme race, — Nous avons reproduit cette remaj^ quable page, parce qu'elle nous paraît résumer les causes et le vrai caradère de la révolution de 987.)

Toute Tassisiance applaudit aux paroles d'Adalbéron, et u du consentement commun, Hugues fut élevé à la royauté. » Ainsi le chef de la troisième race dut sa couronne à la volonté des grands feudataires de la France septentrionale. L'avènement de Hugues Capet marque donc, le triomphe de la féoda(;lé, c'est à-dire dji morcellement et de la drvidion du pouvoir, sur l'unité monarchique que les Carlovingiens avaient vainement essayé d'établir.

L'histoire des premiers Capétiens est aussi obscure que celle des derniers Carlovingiens. Hugues Capet ou Chapet fqui porte la chappo) dut distribuer des fiefs et des privilèges pour se concilier le clergé et la féodalité de son duché. Charles de Lorraine, son compétiteur, l'attaqua, et fut soutenu par Tarchevèque de Reims, Arnoul. Mais les troupes de Charles commirent tant de dévasta^ tiens que son allié Arnoul fut obligé de le frapper d'excommunication. Hugues reprit Reims, surprit Charles à Laon et re.mprisonna dans la tour d'Orléans avec toute sa famille. Mais il n'en fut guère plus puissant. Au nord de la Loire, son titre était reconnu, mais par des barons qui s'appelaient ses pairs. Au sud de ce fleuve, les nobles vivaient « sous le règne de Dieu, en attendant un roi. w Ils agissaient en maîtres sur leurs domaines, et se faisaient la guerre sans sMnquiéter du seigneur de Paris. Adalbcrt de Périgord aérant conquis sur Guillaume Fier- à-Bras, duc d'Aquitaine, les comtés de Tours et de Poitiers, Hugues lui envoya ce message : « Qui t'a fait comte? » ~ « Qui ta fait roi? » répondit le baron, et il garda sa conouète. Cependant le premier des Capétiens se aonna deux avantages : son alliance intime avec le clergé lui donna l'appui de la seule puissance capable de terrasser la force brutale de la féodalité ; et la monarchie, jusqu'alors élective, devint héréditaire, parce que le sacre usurpa sur le droit d'éleclion.

Robert* (99G-1031). successeur de Hugues Capet, était pieux et bon. Comme Louis le Débonnaire, il faisait de fréquentes prières ; il allait souvent à l'église de Saint-Denis, en habits royaux, pour chanter avec les moines. L'i:.glise répète encore les hymnes qu'il avait composées : 0 constantii martyrufft! Veni Sancte Spiritus. Il nourrissait tous les Jours trois cents pauvres, et donnait aux mendiants un libre accès dans sa demeure. Un jour, l'un d'eux, assis pendant le repos du roi, coupaii les glands d'or de son manteau; Robert ^e pencha en disant: « Ami, il faut en laisser pour les autres.» n avait épousé Bertho de Bourgogne, sa cousine ; l'Eglise l'excommunia, malgré sa piété, et, après une résistance de deux années, il se sépara de Berthe et épousa Constance, fille du comte de Tou-

louse. La reine amena avec elle une suite d'Aquitains, dont le costume, les manières et l'esprit déplurent fort aux Français du nord : « Leurs armes et les harnais de leurs chevaux étaient également négligés, dit un contemporain, leurs cheveux ne descendaient qu'à la moitié de la tète ; ils se rasaient la barbe, comme des baladins; portaient des bottes et des chaussures indécentes; enfin, il ne fallait attendre d'eux, dans les alliances, ni foi, ni sûreté. » La reine elle-même tourmenta Robert par son caractère impérieux et acariâtre. Elle le faisait trembler par ses violences et n'épargnait ni son fils aîné, qu'elle baissait, ni ses serviteurs. Un jour, à Orléans, elle reconnut parmi des malheureux condamnés pour hérésie' un prêtre qui avait été son confesseur ; elle courut à lui et lui creva un œil avec une broche de fer. Robert avait fait sacrer Henri, son aîné. Constance souleva ses deux autres fils contre leur père ; le roi les battit et leur pardonna.

Lorsque le duc de Bourgogne, Henri, fils de Hugues Capet, mourut sans postérité, le roi revendiqua le duché en vertu de la loi des fiefs. Mais Otto-Guillaume, fils d un premier mari de la duchesse de Bourgogne, réclama 1 héritage, et soutint contre le roi une guerre qui dura quatorze ans. HUe se termina par un compromis : Robert eut la la Bourgogne, Otto-Guillaume la Franche- (^omté et le comté do Dijon. Les grands feudauires avaient peu de respect pour ce prince pacifique et sans puissance. Il n'est pas étonnanif que co roi si peu maître dans son royaume n'ait voulu accepter ni l'Italie pour son fils, ni la Lorraine pour lui-môme. Il mourut àMelun, âgé de soixante-dix ans.

Henri l*'* (1031-1060) eut d'abord à lutter contre sa mère ConsUiice, qui voulait assurer la Bourgogne à son fils préféré, Robort. Henri, aidé par Robert le Diable, duc de Normandie, battit son frère à Viileneuve-SaintGeorges, mais lui céda la Bourgogne pour apaiser la colère de Consunce : Robert fut . la tige de la première maison capétienne de Bourgogne, qui porta la couronne ducale jusqu'en 1361, sans beaucoup d'éclat. Henri vainquit ensuite son second frère, Eudes, le fit prisonnier et l'enferma dansie ch&tcau d'Orléans. Enfin, après avoir protégé le jeune Guillaume de Normandie, le futur conquérant de l'Angleterre, il l'attaqua et fut vaincu.

Philippe l**"^ (1000-1108) fut plus incapable encore que ses prédécesseurs et se montra plus impuissant. Vaincu à Mantes par son puissant vassal, Guillaume le Conquérant, roi d'Angleterre, il fit peser sur ses sujets une brutale tvrannie. Il vendait les évèchés et les abbayes et détroussait les voyageurs ; il répudia sa femme, Benhe, pour épouser Bertrade de Montfort, femme divorcée de Foulaues-le-Réchin, comte d'Anjou. Le pape Urbain II l'excommunia au concile de Clermont (lÛOo), et Philippe fut obligé de renvover Bertrade. A partir de 1099, vieilli par les excès, il abandonna le gouvernement à son fils, Louis VI.

Les quatre premiers Capétiens furent les chefs nominaux de la France. Dans cette période d'un siècle qui vit l'impuissance complète de la monarchie, deux faits dominent l'histoire : la misère croissante du peuple et les aventures héroïques de la féodalité française.

Le dixième siècle fut pour la population des villes et des campag les un siècle de fer. La fréquence dps guerres privées, les ravages des armées féodales sur le plat pays avalent provoqué de^ famines terribles : on mangeait l'écorce des arbres, l'herbe des champs. les cadavres des cimetières, a Le voyageur, dit le moine Raoul Glaber, assailli sur la route, succombait sous les coups de ses agresseurs ; ses membres étaient déchirés, grilles au feu et dévorés ; d'autres, fuyant leur pays pour fuir aussi la famine, recevaient l'hospitalité sur

HUILES

HUILES

les chemins et leurs hôtes les égorgeaient pendant la nuit pour les manger. » L'eicès de la misère amena lexcès du désespoir. Pendant les trois anaétts qui précédèrent l*an 1000, des pluies torrentieRe» inondèrent la terre et noyèrent toutes les semonces; la famine redoubla, la lèpre et les maladies contagieuses décimèrent la population, et on vit le présent si triste qu'on détourna les yeux de Tavenir. Les prêtres lurent la prophétie de TApocalypse, qui annonçait la fin du monde au bout de mille ans. L*an lodO passa, et Thomme renaquit à Tespérance et & la vie. Mais rÉglise,

âui avait seule consolé le misérable aux Jours de ouieur, ^arda tout son empire. Institutrice et directrice des petits qui écoutaient et croyaient sans discuter, elle entreprit de leur donner fa paix et la sécurité.

Les guerres privées étaient la cause de bien des malheurs. L'Égli^e^ ne pouvant imposer une paix durable à une société qui considérait la guerre comme un droit, résolut de mettre des bornes à ce mal qu'elle ne pouvait guérir radicalement. Elle se contenta de placer sous la sauvegarde de la paix perpétuelle les édifices religieux, les clercs, les enfants, les pèlerins, les femmes, les laboureurs, les instruments de travail. Quant aux barons, elle leur permit de se battre, en leur fixant rigoureusement les Jours où ils devaient s'abstenir ; la trêve de Dieu durait depuis le mercredi au coucher du soleil Jusqu'au Ip^di au soleil lovant; elle comprenait en outre tous les Jours depuis le commencement de TAvent Jusqu'à l'octave de TÉpiphanie, et depuis le commencement des Rogations jusqu'à l'octave do la Pentecôte. Cette trêve, établie dans les diverses provinces françaises de 1031 à 1042, devint bientôt générale dans l'Europe chrétienne.

Pour faire exécuter ses décrets, le clergé se servait de l'arme terrible de l'excommunication. Alors les évèques et les prêtres renversaient les cierges qu'ils tenaient à la main et les Jetaient à terre, et du sein de l'obscurité on cnte^idait retentir les cris de joie du pauvre peuple qui avait trouvé un protecteur. De telles cérémonies frappaient vivement les imaginations, et donnaient aux serfs le courage de refuser l'obéissance aux barons excommuniés.

Mais l'Église eut peur d'user l'arme de l'excommunication en l'employant trop souvent. Aussi, avec une admirable haoileté, elle prit possession de la féodalité elle-même : elle en fit la chevalerie. Elle entoura de cérémonies reliffieuses l'investiture du jeune chevalier. Le Jeûne, la veille des armes, les longues prières, les confessions et la communion étaient la préparation habituelle à la prise d'armes. Outre le serment de fidélité à son suzerain, le jeune chevalier prêtait celui de garder sa foi inucte, de protéger les faibles et de combattre les pervers.

Cette époque, qui fut si dure pour le pauvre euple, fut au contraire l'âge héroïque de la féolalité. Son histoire est partout : elle est dans les ch&teaux féodaux où régnent en souverains les barons ; elle est à Naples, en Angleterre, en Portugal, où des seigneurs français vont conquérir des royaumes ; elle est sur le chemin de Jérusalem, où la France marche à la tête de l'Europe chrétienne ^pour repousser une nouvelle invasion musulmane. — V. Féodalité^ Chevalerie^ Guillaume le Conquérant, Normands, Portugal, Croisades. [Désiré Blanchet.]

HUILKS. — Chimie, XXIV. — Ce nom s'applique à des substances bien différentes, autant par leurs propriétés physiques et chimiques, que par leur composition.

On dit huiles fixes ou hui/es grasses pour désigner les corps gras liquides extraits des végétaux ou des animaux; et les noms d'huiles essentielles ou essences, ou encore d'huiles volatiles^ s'appli- 1

quent à des produits végétaux toujours volatils, à odeurs fortes, pénétrantes, presque toujours agréables, et d'une saveur Acre et caustique ; cet huiles sont peu solubles dans l'eau, mais très solubles dans l'alcool et principalement dans féther. On donne le nom d'huiles minérales à des faydro* carbures (hydrogènes carbonés) liquides, extraits du sol, et qui sont aujourd'hui très employés comme combustibles, pour chauffer et éclairer.

Les huiles midicinules ne sont pçlut des produits particuliers proprement dits, mais des disso» lutions de substances médicinales dans une huile fixe; c'est le résultat d'une décoction ou d'une macération, dans Itinile d'ollTe le plus souvent.

Autrefois on donnait même le nom d'huHe à tout ce qui avait l'aspect oléagineux ; c'est ainsi qu'on disait huile de vitriol pour désigner l'adde sul» furique, à cause do sa consistance.

Enfin les huiles empyreumatiques sont le résultat de la distillation à feu nu de certaines substances animales ou végétales ; elles ont généralement une odeur désagréable et caractéristique; on se sert encore en médecine de l'huile empyreumaii-

3ue de corne de cerf, qui résulte de la distillation e la corne de ceri. Les huiles minérales, le pétrole, le naphte ne sont, sans doute, que des huiles empyreumatiques naturelles.

Huiles fixes ou huiles grasses. — Caractères, composition, usages. ~ Ce sont des corps gras neutres liquides; M. Chevreul, comme nous l'avons dit ailleurs (V. Corps gras), en a «tudiéptouies les propriétés, et M. Berthelot en a fait la S3nthèse, et a démontré qu'on pouvait les considérer, ainsi que tous les corps grâs^ comme des éibers composés.

Toutes les huiles grasses ont un principe immédiat commun, qu'on appelle glycérine on principe doux des huiles, et qui a été étudié pour la première fois par Scheele. Ce corps est un liquide doux, sucre, incolore, oléagineux, qu'on prépare aujourd'hui en grand pour diverses industries (parfumerie, fabrication de la nitro-glycérine, etc.). Dans les huiles grasses, la glycérine est unie k diverses substances analogues entre elles, maâ différant un peu selon l'origine de Thuile. Ainsi, dans l'huile d'olive, cette substance est l'acide oléique, et son union avec la glycérine constitue l'oléine ; dans l'huile de palme, rhuile de coco, on trouve, outre l'oléine, de la palmitine, de la butyrine, composées de glycérine et d'acide palmitique ou d'acide butyrique.

Comme nous l'avons déjà dit à rarticle Corps gras, saponifier une huile, c'est séparer la glycérine de l'acide gras, en la traitant par un alcali qui forme avec l'acide un savon. Ce dédoublement exige la fixation d'une certaine quantité d'eau. En Angleterre, on saponifie l'huile de palme, qui arrive en grande quantité d'Amérique, en la traitant par la vapeur d'eau surchauffée à 300*.

Caractères généraux des huiles grasses. ^ Elles sont d'une couleur qui varie du Jaune brun foncé au jaune clair, quelques-unes sont incolores ; elles tachent le papier d'une façon indélébile. Celles qui sont d'origine végétale se rencontrent principalement dans les graines; on les en extrait par Eression, à chaud on à froid ; on les épure en les attant avec 2 à 3 pour 100 de leur poids d'acide suirurique,'et en y dirigeant un courant de vapeur d'eau. La saveur rance qu'elles prennent quelquefois est due à la présence de l'acide butyrique ou valérique. Toutes les huiles grasses sont pins légères que l'eau. Quand on les chauffe, elles distillent en se décomposant en partie ; traitées par l'acide axotique, elles se décomposant en s'oxydant aux dépens de l'acide : Taaion est quelquefois très vive et il se dégage de grandes quantités de vapeurs rutilantes.

Action de l'air sur les huiles, — Exposées àrair,

HUILES

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