ACCENT TONIQUE
Bè(08s gCnèndas de Taoeent tonique. — Défimtvm. — On ne prononce pas avec la môme force tontes les syllabes d'un mot ; ainsi, quand nous (Ë5ons : aimez, chantons, nous prononçons la dernière syllabe plus fortement que la première, usdîs que, dans aime, étante, nous appuyons far la prenûère. Cette élévation de la voix sur une syllabe particulière dans chaque mot s'appelle accent tonique, et la syllabe ainsi prononcée s'appelle syllabe accentuée ou tonique. Les autres s«3t dites inaccentuées ou atones; ainsi dans aimable, ma est la syllabe accentuée ; ai et ble sont atones.
PlofX de Vaccent tonique. — En latin, l'accent se trouTait, ou sur l'avant-demière syllabe, la pénultième l'ajviare, fintre), ou sur celle qui la précédait, VoHiépénultième (amabilis, senitbilis).
Comme Faccent latin, l'accent français n'a que deux places, mais ce ne sont pas les mêmes : il pr>ne «ur la dernière syllable toutes les fois que c'est une syllabe pleine, qui se prononce entièrement : ûmer, unir ; — sur V avant-dernière quand la dernière a un e muet : aimable, sensible.
lenistnnce caractéristique de Vaccent sur la même iyllaàe qu'en latin dans les mots cTorigine jKtjtuUxire. — L'accent reste en français sur la même syllabe qu'il occupût en latin : telle est la loi générale pour les mots formés par le peuple et doDt Texistence est antérieure au douzième siècle ; de porticus, on a fait porche ; de mobills, jNevble ; de grammatica, grammaire.
Plus tard les ërudits ont formé de ces mêmes mots latins des mots français qui en ont conservé plus exactement la forme extérieure, mais qui ont changé la place de Faccent : poHique, mo6ile, grammatica/. Les mots populaires (qui sont, on le voit, plus contractés que les mots savants) s'en distinguent : I* par cette persistance de l'accent sur la même syllable qu'en latin; 2* par la suppression de la voyelle brève qui précède la tonique ; 3** par la chute de la consonne médiane, c'estrà-dire de la consonne placée entre deux vovelles dont la seconde appartient à la syllabe tonique.
Exemples : Suppression de la voyelle brève :
boon^tateia, bonté. 8«p(a)rare, leTrer.
daKi taiem, clarté. pop{a)Ius, peaplier.
pofi(ijtara, poatare. pop(a)latat, peuplé.
Chute de la consonne médiane :
aa'ff}iistii8, août. do(t)are, douer.
eoafi(d}entîa, eoofianee. deii(c)tatiii| délié.
Inftuenœ de Vaccent tonique sur Vorthogrnphe. — Qaand l'accent tonique est sur la dernière syllabe, l'arant-demière peut être muette : élever ; mais lorsque la dernière est muette, l'avant-demière, qui est alors la syllabe tonique, doit être nécessairement sonore : él^e. On pressent toutes les conséquences do cette règle peur l'orthographe.
D'une façon générale et comme principe déterminant soit la formation des mots, soit leur orthographe, il faut reconnaître, comme le fait M. Ayer dans NL Phonologie de la langue française, que la
voyelle accentuée tend toujours à prendre un son plein, à se renforcer en quelque sorte par la pro* nonciation, avec ou sans modification orthographi* que apparente. Ainsi on écrit de même un pareiaf et ilsî)arent, un ctmvent et elles cotnrent, on pressent et ils jDreraent ; la prononciation suffit à marquer la place difl'érente de l'accent tonique. Mais le plus souvent, pour figurer ce renforcement de la syllabe accentuée, l'orthographe fait subir à cette syllabe une légère modification : la recherche de ces diff'érentes modifications est l'objet des règles particulières de l'accent tonique, elles dérivent toutes du principe général que nous venons d'indiquer. [B. Berger.]
Règles piuctieulières de l'aocent tonique. — Le grand principe qui a présidé à la formation de notre langue au moyen âge est que la syllabe accentuée est toujours renforcée : l'ouparunefHphthonaai-' son de la vouelU; %• ou par un redoublement de consonnes; 3* ou par un accent grammatical.
Bien des règles do notre ortho^aphe, qui semblent incohérentes ou bizarres, tirent de ce seul principe leur explication.
I* Diphthongaison, — Le latin famés devient faim ; vocem devient yoix ; mobilis, meuble ; mort, mourir; absolvere, absoudre, lepus, lièvre, etc. Mais la dérivation ramène ordinairement la voyelle simple et primitive en déplaçant l'accent tonique ; ainsi ai redevient a : ftnm, afTomé. — eu redevient 0 : meuble, mobilier; cceur, cordial ; — oi redevient o ; voix, vocal ; — ou redevient o ou u .• absoudre, absolution ; mourir, mortel ; sot<rd, surdité ; ■— ie redevient e ; lièvre, levrette, etc.
La dérivation aide en ce cas à découvrir quelle doit être l'orthographe de la voyelle accentuée ; ainsi les trois sons ain, ein, in dans pain, serein, fin se ressemblent pour l'oreille et peuvent em- . barrasser un écolier ; le doute cessera pour lui s'il peut se rappeler les dérivés de chacun de ces mots ; pain s'écrira par ai, puisoull a pour dérivé ponetier ; serein par ei, puisqu il a pour dérivé sérénité et fin par i, puisqu'il a pour dérivé finesse.
2» RedouUement de consonne, — Souvent la syllabe accentuée est renforcée par un redoublement de sa consonne : le cas est surtout fréquent pour les lettres /, n, t. Chien, chienne ; fol, fo/le ; sujet, suje/te. Cette loi avait delà été entrevne, il f a près de 200 ans, par Régnier Desmarais, qui disait : a Ce redoublement a lieu d'ordinaire immédiatement après la voyelle sur laquelle est le siège de Vaccenf ; mais il n'a plus lieu si l'accent passe de la pénultième à la dernière. On écrit chape//e et chape/ain.»
Le redoublement disparaît ordinairement dans les dérivés : chande/Ze,* chande/ier ; ^che//e, éche- /on. Mais il reparaît quand la dernière syllabe devient ihuette, c'est-à-dire inaccentuée : appe/er, )'appe//e: ie/er, je je//e. On volt qu'i/ n'y a jamais deux syllabes muettes de suite dans un mot français. Cette loi trouve d'innombrables applications dans la dérivation des mots, dans la formauon du féminin des noms et des adjectifs, et dans les apparentes irrégularités d'orthographe des verbes de la première conjugaison. Les noms terminés par ien, en, redoublent le n final pour conserver à la voyelle sa sonorité : chien ne, Européen ne. Il en est de même de la plupart des adjecUfs terminés par e/, ien, et, comme : paterne/, ancien, nef, qui par la même raison font au féminin : pateme//e, ancienne, nette. Ce redoublement persiste dans le corps du mot, quand la voyelle qui suit la syllabe primitivement accentuée est muette : net, nette, neff ement, etc.
Contrairement à cette loi, suivie d'une manière inconsciente mais uniforme par le peuple, on trouve quelques mots, comme prunelle^ cannelle, nouvelle, etc., qui font prune//ier, canne/fier, nouve/- /iste avec deux / : mais ce sont des mots relativement récents dans la langue, où ils ont été importés par les savants. Enfin, il ne faut pas ramener à cette
ACCENTUATION
ACCENTUATION
règle des mots comme rébellion, flagellation^ etc., dérivés de primitifs latins où se trouvaient déjà les deux / : rebe/Aonem» flage/Zationom.
Les verbes de la première conjugaison terminés an eler, eter, ont l*accent sur i*avant-dernière syllabe à rindicatif présent^ puisque la dernière devient muette; ils redoublent alors le / ou le t; appeler^ J'appe//e ; Jeter, je iette. Mais le redoublement disparaît quand Taccent passe sur la dernière ; de là cette irrégularité apparente dans la conjugaison des diverses personnes : je lette, tu j«/^es, nous je/ons, vousje/ez, ils je/fent; j*appe//e, tu appe//es, nous appe/ons, vous appe/ez, ils appe//ent ; ce redoublement persiste même dans le corps du verbe quand la voyelle qui suit est muette : je jett&ni, j'appe/- /erai, bien que l*accent tonique soit alors sur la finale at, toujours d*après la loi qui interdit deux syllabes muettes de suite.
3* Accent grave ou aigu. — La troisième manière de renforcer la tonique est de placer un accent grave sur ravantrdernière syllabe quand elle est accentuée ; on le supprime quand elle est atone. Le français a fréquemment recours à ce signe orthographique pour renforcer la syllabe accentuée où entre la voveile e ; c^est pourquoi Ton écrit : tièdey remède, nègre, avec un accent grave, et tiédir, remédier, négresse, avec un accent aigu. On en trouve de nombreux exemples dans la formation du féminin des substantifs et des adjectifs ; ainsi ouvrier, écolier, jardinier, etc., prennent un accent grave au féminin pour conserver sa sonorité à la voyelle accentuée : ouvrit, écoliére, jardinière. Il en est de même des adjectifs léger, étranger, passager, etc., qui font légère, étrangère, passagère, avec un accent grave. Il faut ajouter à ces adjectifs ener, les six adjectifs : complet, concret, discret, secret, inquiet et replet, qui au féminin prennent un accent grave sur la syllabe tonique au lieu de redoubler la consonne. Ces mots, Introduits en français par les savants, ne se sont point plies aux règles du redoublement qu'observe notre langue pour les mots d*Qrigine populaire.
Los verbes de la première conjugaison qui ont un accent aigu sur l'avant-dernièro syllabe, quand la dernière est accentuée, comme céder, posséder, exagérer, régner, changent Taiçu en grave quand la oemlère est atone, c'est-à-dire quand Taccent tonique passe de la dernière à Tavant^emière syllabe ; ex. : céder, je cède ; posséder, je possède, etc.; Taccent grave persiste même dans le corps du mot quand la syllabe suivante est muette : je céderai, tu posséderas, etc. Il n'y a d'exception à cette règle que pour les verbes en é<?r, qui prennent toujours un accent aigu.'créor, crée; agréer,agrée.Cette exception g'eiplique par la raison que ée ne forme qu'une syllabe, Ve muet ne comptant pas à la fin du mot. Dans les verbes en éaer, comme siéger, alléger, on écrivait autrefois il siège, f allège avec l'accent aigu ; mais, comme le dit M. Littré, cette irrégularité orthographique n'était pas d'accord avec la prononciation, qui donne à cette désinence le son de i'è ouvert et non celui de l'é fermé. Aussi aujourd'hui l'Académie a-t-elle fait rentrer ces verbes dans la règle générale : on écrit donc il siège, j'allège avec l'accent grave, de môme qu'il faut écrire collège, cortège, et non plus collège, cor» tége. On peut rapprocher de l'ancienne orthographe de l'indicatif présent des verbes en éger, la première personne des verbes en er, quand ils sont conjugués Interrogativement : chante-je? aimé-je? Le pronom fait alors réellement partie du mot, et, en vertu du principe que nous avons énoncé plus haut, la syllabe finale, qui était muette et atone dans : je chante, j'aime, devient sonore et accentuée dans : chanté-Je, aimé-je. Ici le renforcement de la syllabe tonique se marque, comme autrefois dans l'mdicatif présent des verbes en éger, par un accent aigu et non par un accent grave.
Les verbes de la première conjugaison qui ont un e muet à l'avant-demière syllabe de l'infinitif, comme lever, mener, changent cet e muet en è ouvert quand la dernière syllabe devient muette, parce que l'accent tonique passe alors sur l'avantdemière : je lève, je mène. Il en est de même de quelques verbes en eler, eter, qui, au lieu de redoubler l ou t, prennent un accent grave sur la syllabe tonique : peler, je pèle ; acheter, j'achète. Nous regrettons, avec M. Littré et la plupart des grammairiens, que ces verbes fassent exception à la règle du redoublement exposée dans le paragraphe précédent ; à part modeler^ celer^ geler, haleter, dont r irrégularité peut s'expU^uer par l'étymologic (modè/e, ceZare, ge/are, halt^are) , les autres verbes n'ont rien qui iustifie cette anomalie.
L'emploi de l'accent grave et le redoublement de la consonne sont deux procédés graphiques tendant au même but : le renforcement de la voyelle accentuée. On se bornait au moyen ige à le marquer par la prononciation ; aujourd'hui qu il est nécessaire de l'indiquer par un signe extérieur, il conviendrait de s'arrêter a l'un de ces deux moyens orthographiques, au Ueu d'hésiter entre l'un et l'autre, et il serait à souhaiter que l'Académie française, choisissant ou le redoublement de la consonne, ou l'accent grave, l'appliquât uniformément à tous les verbes en eler, eter.
Ezaroioee.
Sur les règles générales. — 1. Prendre une phrase quelconque du livre de lecture et demander pour chaque mot quelle est la syllabe accentuée.
2. Faire remarquer la différence de prononciation correspondant à la différence d'accent tonique entre les suivants et d'autres analogues :
ua afflum/, iU af/Tuent* aigué, atgue-marine.
un paren/, elles se parent, un eipédien/, ils ezpécb'eot. le présidex/, qui président, piqûre, je piquerai.
3. Montrer que l'accent tonique change de syllabe en passant du primitif aux dérivés :
nche, Tichetse, richement fofle, fo^te, follement.
6n, fini, défint, déûnWf. régit, réglé, régulière, rè-
ancien, aDcienne, ancienneté, glemen/, régularité, régu-
anciennemen/. iitremenC.
solde, solder, solda/, solda- peuple, lynplé, population,
tesque. popotoire, popularité.