‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 107 sur 547 · BÉRULLE · texte numérisé non relu

BÉRULLE

ficaire, et celle des filles par une femme de piété et de probité.

« Que si le curé ou son vicaire ne peut faire les écoles des garçons, il pourra choisir, seul ou avec les habitants de la paroisse, une personne capable d'enseigner ces jeunes enfants et nous l'envoyer pour être approuvé en apportant attestation de sa vie et mœurs et après avoir subi l'examen. L'on observera la même chose pour l'instruction des petites filles.

« Et parce que notre diocèse est de très grande étendue et qu'il serait difficile que tous les maîtres et maîtresses vinssent par devers nous, ceux et celles des paroisses éloignées seront, après leur choix et élection, examinés par nos archidiacres ou archiprêtres demeurant sur les lieux ou par les curés mêmes et, après ledit examen, ils nous enverront ou à nos grands vicaires attestation des vie et mœurs et de la capacité de ces personnes et nous les approuverons : et jusqu'à ce qu'ils puissent nous les envoyer, lesdits maîtres et maîtresses d'école ne laisseront pas d'enseigner, pourvu qu'ils en aient été trouvés capables. » (Rituel du diocèse, édit. 1666, 1. 1, p. 194-197). Et afin que ces prescriptions ne restent pas lettre morte, il est recommandé aux vicaires généraux de s'assurer dans la visite annuelle des églises si les écoles ont des maîtres et des maîtresses capables « d'enseigner suffisamment dans les lettres et dans la piété » (Ibid., t. II, p. p. 108). Dans l'édition du rituel de 1746, il est dit encore que « le maître et la maîtresse d'école amèneront les enfants à la visite afin qu'on puisse les interroger ».

Les ordonnances synodales de Mgr de la Rochefoucauld (édition de 1739, p. 8-10, 68-70), après avoir rappelé à quel point « l'instruction chrétienne des enfants dépend ordinairement des eçons que leur donnent les maîtres et maîtresses d'école et quelle estime on doit faire d'un emploi si utile à la société et à la religion », formulent en règlement les prescriptions de 1666; en voici seulement le dernier article :

« Gomme les premières impressions ne s'effacent jamais, nous recommandons aux maîtres et maîtresses d'école, en donnant aux enfants les premières notions pour la science, d'être attentifs à leur donner aussi les premiers exemples de la vertu, les instruisant avec douceur dans la crainte de Dieu et remplissant avec eux tous les devoirs de la religion. »

Nous ne pouvons essayer de transcrire ni même de résumer ici les fragments des archives d'anciennes paroisses qui prouvent que ces prescriptions si nettes ont été généralement observées. Constatons seulement que, dans la seconde moitié du xvme siècle, on trouve, à propos de nominations ou de traitements, la preuve de l'existence de maîtres et maîtresses d'école, non-seulement dans les grandes villes (comme Châteauroux, où M. Patureau a pu rétablir la liste et l'histoire des maîtres depuis 1606), mais encore dans des paroisses comme Levroux, Chabris, Eguzon, Neuvy, St-Sépulcre, Cluis, Mers, Prissac, Azay-le-Ferron, Argenton, Le Blanc, Châtillon, Aiguerande, Reuilly, Sainte-Sévère, Lignières, Châteaumillant, Graçay.

Il y avait aussi des fondations en faveur des petites écoles et surtout des écoles des Frères : à Vierzon par Etienne Rousseau, avocat au Parlement (1763), à Issoudun par Perrotin de Barmont (1741) et Fèvre d'Aubonne (1743), à Bourges par le cardinal de Gesvres (1741). Un rapport de M. Alaux, inspecteur de l'académie de Bourges, à la date du i*r août 1811, en constate plusieurs autres, la plupart d'un chiffre peu élevé, à Azay, à Graçay, à Saint-Gaultier, au Ghâtelet, etc.

Il était pourvu à l'instruction des filles principalement par des congrégations religieuses de Notre-Dame, les Ursulines, les Dames de la Visi-

tation, les Àugustines de Loches, les Filles de la Croix, etc.

Terminons ce rapide exposé par les chiffres que veut bien nous communiquer M. Maggiolo et qui se rapportent à 75 communes du Cher et 236 de l'Indre.

Nombre de conjoints ayant signé leur acte de mariage :

1° Relevé des registres de 1686 à 1690. Cher : sur 1275 mar. 357 h. 132 f. (28 h. 10 f. o/0) Indre: 3113 — 377 203 (12 7

2° De 1786 à 1790.

Cher : 2637 mar. 640 261 (24 10 Indre: 5657 — 864 484 (i5 9

3° De 1816 à 1820.

Cher : 2607 mar. 805 409 (30 15 Indre: 6402 - 1756 1145 (27 18

[Fayet.] BERTAULD (l'abbé). — Chef d'une institution de jeunes gens qui pendant près de quarante années fut une des plus florissantes de Paris, l'abbé Bertauld mérite surtout une mention ici comme inventeur d'un procédé de lecture que les Allemands ont perfectionné et généralisé. Il publia en 174>î, sous le titre de Quadrille des Enfants, une méthode de lecture sans épellation qui eut très rapidement plusieurs éditions.

La partie de l'élève se compose essentiellement de 88 fiches carrées, d'où lui est venu le nom de quadrille. Ces fiches portent chacune une image représentant un objet connu de l'enfant et destiné à lui faire retenir mnémoniquement une des 88 syllabes dans lesquelles l'abbé Bertauld résume tout l'enseignement de la lecture française ; par exemple, pour apprendre le son u, l'image représente un bossu. On montre la gravure à l'élève, et en même temps le mot bossu, puis uniquement la lettre u. L'élève reconnaît cette lettre, d'abord à l'aide de l'image, et insensiblement par la forme même de la lettre, qui se grave ainsi dans sa mémoire (on reconnaît là en germe le système des mots normaux de Vogel *). Lorsque l'élève sait une série de 20 fiches, il applique ses connaissances acquises, dans une suite de syllabes, de mots et de phrases que l'on trouve dans le livre du maître. Par ce moyen, l'enfant apprend rapidement les 88 fiches ; il sait lire au bout de quelques semaines d'exercice.

Cette méthode eut une grande vogue au siècle dernier. Le roi de Prusse, qui avait été frappé des résultats, fit apprendre à lire par ce procédé au prince royal Frédéric-Guillaume. Comme toutes les méthodes de lecture sans épellation , elle ne réussit qu'avec les élèves qui ont, comme on dit, la mémoire des yeux. [A. Demkès.]

BÉRULLE (Pierre de). — La vie du cardinal de Bérulle (1575-1629) n'appartient qu'indirectement à l'histoire de l'éducation en France. Mais on s'étonnerait à bon droit de ne pas trouver dans ce dictionnaire le nom du prélat qui a fondé en France, malgré l'hostilité sécrète ou déclarée de Richelieu et des jésuites, l'un des ordres enseignants les plus universellement respectés, l'Oratoire (1612, bulle d'approbation du pape 1613). Pour le rôle qu'a joué cette congrégation, V. Oratoire. Quant a son fondateur, l'éloge qu'en a fait Bossuet (Oraison funèbre du père Bourgoing) s'applique aussi bien à ses vues sur l'éducation qu'à l'ensemble de son œuvre religieuse :

« En ce temps-là, dit-il, Pierre de Bérulle. homme vraiment illustre et recommandable, à la dignité duquel j'ose dire que même la pourpre romaine n'a rien ajouté, tant il était déjà relevé par le mérite de sa vertu et de sa science, commençait à faire luire à toute l'Église gallicane les lumières les plus pures du sacerdoce chrétien et de la vie ecclésiastique. Son amour immense pour

BERVANGER

BIBLE

l'Église lui inspira le dessein de former une compagnie à laquelle il n'a point voulu donner d'autre esprit que l'esprit môme de l'Église, ni d'autres règles que ses canons, ni d'autres supérieurs que des évoques, ni d'autres liens que sa charité, ni d'autres vœux solennels que ceux du baptême et du sacerdoce. Là une sainte liberté fait un saint engagement; on obéit sans dépendre, on gouverne sans commander; toute l'autorité est dans la douceur, et le repentir s'entretient sans le secours de la crainte. »

BERVANGER (Martin de). — Ecclésiastique français, né à Sarrelouis en 1795, mort à Paris en 1805. Tout jeune encore, en 1822, M. de Bervanger, qui venait d'être reçu docteur en théologie, fonda sous le titre d'Association royale de Saint-Joseph un établissement destiné à servir d'asile aux ouvriers ei à leur offrir des cours gratuits avec un complément d'apprentissage professionnel. Il fut ainsi un des premiers promoteurs des cours d'adultes et d'apprentis. Une seconde association analogue prit le nom d'OEuvre de Saint-Henri. Mais la difficulté de surveiller les jeunes ouvriers et de donner une efficacité suffisante à l'enseignement décida M. de Bervanger à entreprendre la constitution d'un internat servant à la fois d'asile, d'école et d'atelier. L'œuvre commença au mois de septembre 1827 dans le faubourg Saint-Marceau avec 7 enfants pauvres : elle fut placée sous l'invocation de Saint-Nicolas. Grâce au concours généreux du comte Victor de Noailles, l'asile-atelier put être transporté à Vaugirard et prendre quelque développement. La révolution de 1830 fit disparaître les deux associations, l'œuvre de Saint - Nicolas subsista, bien que M. de Bervanger eût été obligé de s'exiler quelque temps en Belgique. Pendant les années qui suivirent, l'établissement de Saint-Nicolas eut à triompher des plus graves difficultés : embarras pécuniaires, soupçons d'intrigues politiques dans les ateliers d'imprimerie de l'institution, visites domiciliaires, enquête et condamnation pour mauvais traitements exercés par quelques instituteurs- sur les enfants. Le personnel que M. de Bervanger avait à sa disposition n'était pas à la hauteur de sa tâche. Il fallut toute la persévérance du fondateur et le concours d'un grand nombre de bienfaiteurs pour que l'institution sortît triomphante de toutes ces épreuves. Elle put quelques années plus tard se dédoubler en deux établissements, l'un resta iwe de Vaugirard, l'autre fut installé àlssy. Enfin en 1859 M. de Bervanger se démit de la direction de Saint-Nicolas et remit l'établissement aux mains du cardinal Morlot, archevêque de Paris, qui y installa aussitôt les Frères des écoles chrétiennes. Le 27 août 1860, l'œuvre de Saint-Nicolas fut reconnue comme établissement d'utilité publique. Depuis lors l'œuvre fondée par M. de Bervanger n'a fait que s'affermir et s'étendre. Dans sa Règle de l'œuvre de Saint-Nicolas publiée en 1853, M. de Bervanger expose des vues très justes sur les difficultés de l'apprentissage : il eût préféré à tous les autres systèmes, même à celui de Saint-Nicolas, celui de l'apprentissage dans la famille sous la protection efficace de sociétés de patronage. — Cf. Pompée, Rapports du jury de l'Exposition de 1867, t. XIII, p. 597-605.

BIBLE. — Le rôle de la Bible dans l'éducation en général, dans l'école primaire en particulier, est un de ces faits universels qui dominent nonseulement l'histoire de l'instruction publique et privée, mais celle de la société moderne tout entière. Le nier ce serait nier l'évidence ; le déplorer, ce serait déplorer tout ce qui a fait la supériorité de la civilisation chrétienne sur les autres ; vouloir le supprimer, ce serait vouloir ôter aux individus le meilleur de leur vie morale, aux nations le plus puissant ressort qui les ait jusqu'ici portées au progrès.

Mais si la Bible est ainsi, pour tous les cultes, la règle de la doctrine et des mœurs et le document sacré dont s'inspire toute l'éducation morale et religieuse, l'accord cesse entre les différentes communions quand il s'agit de déterminer les formes, les raisons, le degré, les conditions de cette autorité unique des Livres saints et par conséquent l'usage qu'il convient d'en faire dans les écoles. En cette matière, nous ne connaissons ni juge ni ni arbitre : ebaque culte a ses croyances, comme chaque individu a sa conscience ; ni l'antiquité d'une confession ni le nombre de ses adbérents ne sont des preuves absolues de vérité. Partant de ce principe, et ne pouvant supprimer, dans une question aussi importante pour la pédagogie, aucune des grandes opinions qui se partagent le monde civilisé, nous donnons ici la parole à des représentants autorisés de chacune d'elles : le lecteur entendra ainsi tour à tour exposer, sur cette question capitale, la doctrine pédagogique des différentes communions.

Ajoutons seulement que, pour éviter des redites, nous renvoyons à deux autres articles, qui se rattachent étroitement à celui-ci : Religion et Histoire Sainte. La législation scolaire en particulier se trouve à ces deux articles.

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