‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 108 sur 547 · LA BIBLE AU POINT DE VUE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LA BIBLE AU POINT DE VUE CATHOLIQUE

La Bible, c'est-à-dire le Livre par excellence, qui contient les Saintes Ecritures, se divise en deux parties : l'Ancien et le Nouveau Testament. L'un et l'autre ont été écrits par l'inspiration du Saint-Esprit : le premier avant la venue de Jésus- Christ; le second, après sa mort, par ses apôtres ou par ses disciples; tous deux ne" formant, dit Bossuet, « qu'un même corps et un même livre , l'un prédisant ce que l'autre fait voir accompli. »

Le concile de Trente, sess. 4, a dressé le catalogue des livres saints.

Différents usages de la Bible dans V éducation. — Les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament peuvent être considérés au point de vue de l'éducation comme contenant : 1° Y histoire sainte depuis la création du monde jusqu'à la venue de Jésus- Christ ; 2° la doctrine religieuse et morale telle qu'elle résulte de la loi de Moïse, des écrits de David et de Salomon, des prédictions des prophètes, enfin de l'Évangile.

A ces deux points de vue, la Bible doit être à la base de l'éducation.

1° La Bible comme livre d'histoire sainte: son caractère, son autorité. — Il faut avant tout montrer un des caractères essentiels de la Bible :son caractère historique. Nous n'avons là rien qui ressemble à un système de fictions, de mythes ou de récits légendaires. C'est une histoire écrite pour perpétuer dans la mémoire des hommes, des faits, des événements réellement accomplis.

De grandes différences, toutefois, existent entre cette histoire et toutes les autres. « Celles-ci, dit Bollin, ne renferment que des faits humains et des événements temporels. Celle-là est l'histoire de Dieu même, de l'être souverain : l'histoire de sa toute-puissance, de sa sagesse infinie, de sa providence qui s'étend à tout, de sa sainteté, de sa justice, de sa miséricorde et de ses autres attributs montrés sous mille formes, et rendus sensibles par une infinité de faits éclatants. » (Traité des études, tome II, page 230).

Il faut qu'en recevant la Bible, les enfants apprennent que les soixante-douze livres qui la composent n'ont qu'un même but : montrer que c'est le même Dieu qui a créé le monde et qui l'a régénéré ; qu'il a, pendant quarante siècles, préparé le règne du Christ en deux manières : par les prophéties et par les grands événements du monde. « Je ne vois pas, a dit Leibnitz, de service plus grand à demander à l'historien que de prouver que

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Jésus-Christ est le Messie annoncé par les prophéties. » (Système de théologie, page xvi.)

« Les enfants doivent savoir encore que les livres de la Bible sont dictés par une même inspiration, qu'ils ne forment qu'un môme tout, et que ce tout repose sur le Pentateuque. » (L'abbé Meignan, Des prophéties messianiques de l'Ancien Testament, page 38.)

Le Pentateuque sera présenté aux enfants comme le plus ancien des livres que possèdent les hommes, comme celui qui contient les archives du genre humain ; de là son titre à la vénération du monde. On ne leur dissimulera pas, toutefois, qu'il a été violemment attaqué. Mais on ajoutera que les sciences, loin de détruire la Bible et la Genèse, son premier livre, en confirment les enseignements; — que l'origine et l'âge mosaïques du monde, la création de l'homme et la chute primitive, le déluge et l'unité de l'espèce humaine, en général l'ethnographie et la géographie bibliques, la supériorité absolue de la Bible sur tous les livres sacrés de l'Orient, sont aujourd'hui des faits avérés et des vérités reconnues. (L'abbé Meignan, Ibid. p. xvi).

Mais, pour bien goûter les grands et sublimes enseignements de la Bible, il faut recourir au livre lui-même, et non pas, comme il arrive trop souvent, se borner à un sec abrégé. Que l'on prenne la plupart de ceux qui ont vu le jour depuis Lemaistre de Sacy (1672) : on y trouve, il est vrai, dans leur ordre, les événements des deux Testaments ; ils en reproduisent aussi l'esprit moral et religieux : mais on regrette trop souvent que la forme vive, animée, pittoresque de la Bible ait disparu. Au lieu de ce souffle puissant et fécond qui porte partout la vie, c'est un froid glacial, c'est une parole sèche et décolorée. Bien de la poésie de la Bible, de ses gracieuses images, de ses récits variés et si attrayants. C'est qu'il est impossible à la parole humaine de remplacer cette forme sublime de simplicité, saisissante de naturel et de vérité, qui se fait comprendre du petit enfant et que le plus profond penseur ne se lasse pas de méditer, cette forme incomparable qui à elle seule est toute une instruction morale, intellectuelle, esthétique.

Quel résumé par exemple pourra jamais rendre l'effet de la première page de la Genèse? Quel récit mettre sous les yeux des enfants, qui vaille le récit biblique de Caîn et d'Abel, qui grave aussi profondément dans leur âme les deux types dans lesquels se personnifient la vertu et le vice. Qui leur montre avec autant de force l'égoïsme et l'avarice, l'oubli du sentiment religieux et la jalousie conduisant au fratricide ?

Quand vous avez lu la Bible elle-même, ouvrez l'abrégé mis aux mains des enfants, et faites la comparaison. La Bible nous présentait de belles et douces figures : Isaac, Joseph et Tobie, Ruth et Noémi, Samuel, Esther et Daniel, c'est-à-dire la jeunesse dans ce qu'elle a de frais, de pur et de ravissant. Afin de fortifier notre âme pour le jour des épreuves, elle nous appelait à contempler la religieuse et invincible nature de Job. Nous ne pouvions assez admirer la foi héroïque d'un père prêt à sacrifier un fils unique si longtemps attendu, le courage non moins sublime d'une mère qui, pour rester fidèle à son Dieu, conduit au supplice ses sept enfants ; les cheveux blancs d'Éléazar, inébranlable dans sa fermeté, rayonnaient à nos yeux d'un éclat incomparable ; et le courage des Machabées, leur dévouement à une sainte cause, leurs luttes, leurs victoires, leur mort glorieuse élevaient les âmes à la hauteur des sacrifices que réclame la patrie. C'étaient des enseignements pour tous les âges. Qu'en reste-t-il dans les abrégés? Le compte-rendu chronologique, le fait bref et nu, les événements sans leur divin commentaire, le squelette enfin de l'histoire biblique.

2° La Bible comme livre d'instruction religieuse et morale. — A ce point de vue, c'est encore à la Bible elle-même qu'il faut recourir, à la Bible éclairée des explications que l'Eglise a seule droit d'y ajouter.

Ecoutons comment en parle un historien de nos jours, qui est en même temps un juge compétent en matière d'enseignement. « La Bible, dit M. Duruy (Préface de son Histoire sainte), la Bible, histoire de Dieu même, comme l'appelait le pieux Rollin, développe, exalte le sentiment religieux, mais elle appelle aussi aux vertus domestiques et sociales. Elle demande la prière, mais quelque chose de plus encore peut-être, la charité envers le prochain et le dévouement envers la patrie. Dieu, la famille et la patrie, voilà, en effet, les grandes idées que les livres sacrés enseignent. La Bible est un grand livre de morale. Qu'on ne s'étonne donc pas si l'Ancien Testament, qui développe avec une admirable élévation ces deux saintes idées, Dieu et la patrie ; si le Nouveau, qui réprouve l'orgueil et glorifie l'humilité, qui prescrit de joindre l'équité à la justice, la charité au droit, le dévouement au devoir, et qui enfin, par sa touchante morale, guide nos pas vers l'autre patrie, vers la demeure céleste, sera toujours le livre d'éducation pour les générations qui s'élèvent. »

A tous égards, pour tous les âges, mais surtout pour l'enfance, surtout pour les classes populaires, la Bible est le livre des promesses, le livre unique des hautes exhortations et des grandes espérances.

« Elle prescrit des règles, a dit Rollin [Traité des études, t. II, p. 244), et fournit des modèles pour pour toutes sortes d'états et de conditions. Rois, juges, riches, pauvres, gens mariés, enfants, tous y trouvent des instructions excellentes sur leurs devoirs. » Il recommande, comme une pratique fort utile et très agréable, d'accoutumer les jeunes gens à recueillir et à produire sur-le-champ plusieurs exemples sur une même matière.

Entre les fruits qu'il faut retirer de l'histoire sainte, il place au premier rang la connaissance de Dieu et de ses attributs, puis l'étude de la divine figure de Jésus-Christ. « Il faut, dit Rollin (p. 25 »), quand l'occasion s'en présente naturellement, la faire envisager aux jeunes gens dans les histoires qu'on leur explique ; dans les sacrifices, dans les cérémonies, dans les actions des patriarches, des rois, des prophètes ; en un mot, de tous ceux que Dieu a choisis pour figurer par quelque endroit, ou Jésus- Christ, ou l'Église qui est son épouse et son ouvrage. »

Pour ne parler que des prophéties, quel magnifique tableau à placer sous les regards de l'enfance! Elles sortent du fond des siècles, et toujours dans l'avenir, elles ne cessent de chanter des jours qui ne sont pas encore. Dès la seconde page, la Genèse pleure sur une grande chute. Aussitôt descend du ciel une lumière qui laisse entrevoir, dans le lointain des temps, un Sauveur pour l'humanité tombée. Cette lumière n'est d'abord qu'un jet ; puis, les rayons se multiplient et deviennent plus brillants, depuis l'époque des patriarches jusqu'à celle des prophètes. Chacun de ces derniers est un peintre. Il dessine un trait de la figure du Messie. Nous n'avons d'abord qu'une ébauche, puis les traits s'accusent, la figure se complète. Nous voilà devant un portrait vivant, d'une saisissante et parfaite unité, bien que des peintres nombreux y aient travaillé. Et à travers toutes les péripéties d'une longue histoire où la bonté divine dépasse toujours l'ingratitude humaine, nous arrivons à l'heure sacrée où Siméon peut demander « à partir en paix, parce que ses yeux ont vu le salut préparé à la face de tous les peuples » : le fils de Dieu repose dans les bras de la vierge sa mère. En présence de Jésus-Christ, le

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monde va s'écrier de lui-môme : Voilà bien celui que les prophètes ont vu et que leurs pinceaux inspiras nous ont représenté de longs siècles avant sa venue.

Ne faudra-t-il pas aussi montrer aux enfants le Sauveur prophétisant sa passion, sa mort, sa résurrection? Ne faudra-t-il pas les conduire aux pieds du Golgotha, pour recueillir, quand il a reconnu l'accomplissement de toutes les prophéties, son dernier soupir, cette suprême et significative parole : Tout pst consommé?

Mais nous voilà au cœur de l'Evangile. Comment convient il de présenter à l'enfance ce livre divin? Ne trouvons-nous pas le modèle à suivre dans le bon curé dont Lamartine nous raconte quelque part la journée :

« Du Maître en peu de mots j'explique la parole. Ce peuple du sillon aime la parabole, Poëme évangélique où chaque vérité Se fait image et chair par sa simplicité. »

On ne saurait trop insister sur ce caractère de simplicité populaire qu'il convient de donner à la lecture et à l'étude de l'Evangile dans l'école du peuple. Ici surtout le procédé de la classe doit s'inspirer de celui de l'église. « Entrez le dimanche, dit M. de Sacy, dans une église de village, au moment où le prêtre lit à son auditoire l'évangile du jour en français. Quelle attention ! quel recueillement ! Les fronts habituellement courbés sur la bêche ou sur la charrue se relèvent pour entendre la sainte parole. Ce ne sont plus de pauvres laboureurs épuisés par le travail de chaque jour, et n'ayant une âme que pour penser aux besoins matériels de leur corps. On dirait qu'alors seulement ils se souviennent de leur origine, et qu'ils se sentent enfants de Dieu. Ce sont des hommes! »

Ce que la Bible fait dans l'église, pourquoi ne le ferait-elle pas dans l'école? Est-il plus difficile, est-il moins important de faire naître ces précieuses émotions dans le cœur des enfants que dans celui des hommes ? Les premières impressions religieuses dues à la parole sainte sont les seules peut-être qui ne s'effaceront jamais de leur âme. Ne privons pas les enfants de ce trésor, ils en ont besoin pour se diriger dans le jeune âge, ils en auront besoin toute leur vie pour résister aux entraînements, pour supporter les épreuves, pour s'élever à la dignité morale.

Ouvrages à consulter. — Bossuet, Discours sur l'histoire wdoerselle ; — Dr Hanneberg, Histoire de la révélation biblique, 2 vol.; — Klec, Manuel de l'histoire des dogmes chrétiens, 2 vol.; — l'abbé Meignan, Les Prophéties messianiques de l'Ancien Testament; — Merr Dupanloup, Histoire de Notre- Seigneur Jésus-Christ. *

[L'abbé Hébert-Duperron.]

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