‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 127 sur 547 · BLANCHARD · texte numérisé non relu

BLANCHARD

BIOLOGIK.— V. le môme mot dans la Ile Partie.

BIRBKCK(DP). — Philanthrope anglais, connu surtout, au point de vue qui nous occupe, comme le fondateur et l'organisateur de l'enseignement industriel et technique des ouvriers en Angleterre, dans les dix ou douze premières années de ce siècle. — En souvenir de cet homme de bien, son nom a été donné à différents établissements, notamment à la société littéraire et scientifique dite Institut Birbeck, fondée à Londres en 1823. Moyennant une souscription de 18 shillings par an (12 seulement pour les femmes), les membres de cette société ont à leur disposition une bibliothèque de sept ou huit mille volumes, les journaux et les revues les plus importants, de vastes salles d'étude et de lecture, des cours du soir, des conférences et même des représentations théâtrales.

BIRMANIE (Colonie anglaise de). — Cette colonie, qui se compose des trois territoires d'Arakan, de Pègn, et de Tenasserim,a un département d'éducation à la tête duquel est placé un directeur de l'instruction publique assisté par des inspecteurs.

Les écoles sont de diverses catégories. Il y a d'abord les anciennes écoles birmanes, ouvertes gratuitement dans les monastères bouddhiques à tous les enfants du sexe masculin; la plupart des villes ont aussi des écoles birmanes libres et laïques. Un grand nombre de ces écoles indigènes sont placées sous l'inspection du gouvernement anglais. Au-dessus de ces premières écoles se trouvent d'abord des écoles récemment créées par le gouvernement et qui ne leur sont supérieures que parce qu'on y apprend l'anglais ; puis des écoles moyennes, dont le programme comprend l'enseignement des langues anglaise et birmane, l'arithmétiqne, la géométrie élémentaire, la géographie et l'histoire. De ces écoles moyennes, les unes sont établies par le gouvernement et pourvues d'instituteurs ordinairement tirés d'Angleterre ; les autres appartiennent à des missionnaires, mais reçoivent des subsides du gouvernement, à la condition de se conformer au programme officiel et de soumettre à l'inspection. Enfin, dans les trois villes principales de la colonie, se trouvent des écoles supérieures (high schools) appartenant au gouvernement, et au sortir desquelles l'élève est apte à obtenir l'immatriculation à, l'université de Calcutta. L'école supérieure de Rangoun, la plus importante des trois, compte environ 500 élèves.

La dernière statistique publiée parle département d'Éducation donne les chiffres suivants pour l'ensemble des écoles :

20 écoles du gouvernement (2197 élevés).

33 écoles des missionnaires (2824 élèves). 1147 autres écoles, y compris celles des monastères bouddhiques (33426 élèves).

Total : 1206 écoles avec 38447 élèves.

Le département de l'instruction publie à Rangoun un journal hebdomadaire d'éducation en langue birmane.

BLANCHARD (l'abbé J.-Baptiste). —Né dans les Ardennes en 1731, professeur de rhétorique chez les Jésuites de Metz et de Verdun. Après l'expulsion de la société, il se retira aux environs de Namur, et revint mourir dans son pays en 1797. Connu surtout pour un recueil de traits historiques, intitulé VÉcole des Mœurs, il a laissé un ouvrage posthume, recueilli et publié en 1803 par Bruyset de Lyon sous ce titre : Préceptes pour l'éducation des deux sexes à l'usage des familles chrétiennes (2 vol. in-18).

La plus grande partie de cet ouvrage n'est qu'une réduction peu originale de VÉmile. L'auteur a essaye de séparer le bon grain de l'ivraie, et sa pédagogie n'est guère que la pédagogie de Rousseau appropriée à un autre but, l'éducation chrétienne. Par des citations nombreuses qui remplissent les

deux tiers de son travail, l'abbé Blanchard a surtout voulu, dit-il, dispenser de lire l'Emile. Mais sur certains points il a apporté des corrections utiles aux méthodes de Rousseau, et rétabli en bon langage la vérité.

Les Préceptes se divisent en trois parties : ia première traite de l'éducation physique ; la seconde de l'éducation morale ; une section spéciale est consacrée à l'éducation des filles.

Comme Rousseau, l'abbé Blanchard attache une importance extrême à l'éducation du corps. Il recopie presque en entier le premier livre de VÉmile en y ajoutant çà et là quelques préceptes dont l'idée semble lui appartenir, par exemple celui-ci : « Le berceau doit être éclairé par les pieds de façon à ce que les deux yeux de l'enfant reçoivent la lumière à la fois. » Il désire qu'on encourage chez les enfants leur préférence instinctive (qu'il regarde à tort comme universelle) pour les légumes et pour les fruits, et témoigne quelque naïveté dans ses préjugés contre la viande. « Les grands mangeurs de viande deviennent cruels et féroces plus que les autres hommes. »

Après avoir formé un corps robuste et sain, il faut songer à faire un esprit juste et raisonnable, « un cœur pur et vertueux. » Mais les principes de l'auteur manquent d'unité et de consistance. Tantôt il prétend qu'on ne saurait trop tôt s'adresser à la raison de l'enfant, et veut qu'on lui enseigne la morale, qui a, dit-il, bien des parties à sa portée : tantôt il critique la maxime de Locke, « qu'il faut raisonner avec les enfants », et conclut ainsi : « Employons la force avec les enfants et la raison avec les hommes. »

Partagé entre deux courants opposés : tantôt chrétien par état et par conviction, tantôt philosophe avec Rousseau, fasciné qu'il est par ce puissant génie, l'abbé Blanchard ne sait pas se décider à penser par lui-même.

Il a du moins reconnu que, tout au moins après un certain âge, l'éducation négative deviendrait une chimère dangereuse. Une jolie comparaison lui sert à expliquer qu'il serait imprudent d'attendre que la raison soit développée pour commencer à exercer la raison : « Lorsque l'on a une longue route à faire, attend-on que le soleil paraisse entièrement sur l'horizon , et ne profite-t-on pas déjà des premiers rayons de la lumière qu'il laisse échapper de son sein? » Par suite il importe d'occuper de bonne heure l'esprit de l'enfant, et l'étude la mieux proportionnée à ses facultés est l'étude de l'histoire, a l'aide de récits accompagnés, si on le peut, d'estampes ou de tableaux.

Un point qui mérite d'être noté, c'est l'attention que Blanchard accorde à la prononciation, à l'art de la lecture. Indiquons aussi la vive réplique qu'il adresse au paradoxe de Rousseau sur les fables de La Fontaine. Pour en faire mieux ressortir la simplicité et la naïveté, l'abbé Blanchard leur oppose les fables de La Mothe, que quelques maladroits du xvme siècle avaient songé à introduire dans l'éducation.

Dans ses vues sur l'éducation des filles, l'auteur des Préceptes n'est pas toujours bien inspiré. Il n'accorde pas à la femme assez de liberté; elle est faite, dit-il, pour la dépendance. 11 réduit l'instruction des femmes au calcul, à l'orthographe, à ce qu'il faut de style pour écrire une lettre. L'histoire est rangée parmi les connaissances auxquelles il ne faut convier que « les demoiselles qui ont beaucoup de facilité et d'esprit ». Quant à l'éducation morale de la femme, il se borne à reprendre les idées de Fénelon, et à recopier Y Avis d'une mère à sa fille de MU1C de Lambert : fidèle jusqu'au bout à son système de citations et par là même utile à consulter, non pas comme un auteur original, mais comme un collectionneur intelligent d'opinions diverses. [G. Compayré.]

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