BONNEVAL
En 1850, Mu« Moriau quittait Lyon avec sa famille, et MHC Bollud restait à 24 ans seule directrice de l'école supérieure de demoiselles et du cours normal.
Pendant quinze années Mlle Bollud fut l'âme et la vie de cette grande institution où se recrutait tout le personnel des écoles communales placées sous la surveillance de la Société d'instruction primaire du Rhône.
Ses cours de pédagogie, de littérature et d'histoire étaient avidement suvis par les élèves, qu'elle charmait de sa parole claire, éloquente et simple.
La mort ne laissa pas à Mlle Bollud le temps de publier son cours d'études pédagogiques, mais elle a été la maîtresse, la conseillère de plusieurs générations d'institutrices ; et l'influence qu'a exercée autour d'elle cette femme supérieure a été de nos jours un des plus beaux exemples du bien que peut faire une institutrice modèle.
La famille de Mlle Bollud a publié un recueil de Discours et de conseils adressés aux élèves (Lyon, Girard, 1 vol. 1868). [M. -Hse Malmanche.]
BONET (Jean-Paul). — Prêtre espagnol, un des premiers instituteurs des sourds-muets. Il était vers Tan iGOO secrétaire du connétable de Gastille, dont le frère, âgé de 12 ans, était sourd-muet. Par affection pour son protecteur, il s'engager* à enseigner au jeune homme « à comprendre les discours et à parler lui-même» . Il réussit, en effet, quoique la prononciation de son élève ne fût ni bien nette, ni bien rhythmée. Néanmoins, on cria au miracle. Bonet publia en 1G20 un ouvrage intitulé Réduction de las Letras, y arte para ensenar â hablar los mudos, où il développa son système d'enseignement. Sa méthode consiste à mettre d'abord le sourd-muet en état de distinguer les sons, non par l'ouïe qui lui manque, mais par la vue des signes qui les représentent (en les simplifiant le plus possible), à lui faire disposer sa langue, ses dents, ses lèvres dans la situation convenable pour l'émission de chaque lettre, et à lui faire exhaler ensuite le souffle nécessaire pour produire la voix. Il joint à cet exercice celui de l'alphabet manuel, déjà connu à cette époque, engage le maître à dessiner avec la main la lettre que l'élève doit prononcer en la montrant sur un alphabet écrit, et y ajoute une description des mouvements nécessaires de l'organe vocal pour la prononciation. TS. Maire.]
BONI DES ÉCOLES NORMALES. — (Décr.
26 déc. 1855, art. 72). — L'emploi du boni résultant de chaque exercice est réglé par le ministre de l'instruction publique, dans les limites fixées par l'article 3 de l'ordonnance royale du 15 décembre 1842, ainsi conçu : « Les excédants des recettes sur les dépenses de chaque école normale pourront être annuellement employés en acquisition soit de meubles, soit de rentes sur 1 État inscrites au profit de l'établissement et en son nom, soit d'immeubles, sauf déduction de la portion de cet excédant que la Commission de surveillance jugerait nécessaire de conserver en caisse pour assurer le service courant de l'école. »
[L. Armagnac]
BONIFACE (Alexandre). — Instituteur, né à Paris le 22 décembre 1790, fut élève du célèbre Grammairien Urbain Domerguo. Il so fit connaître par la publication en 24 livraisons du Manuel des amateurs de la langue française, continuation du Journal de Domergue, et par un Cours analytique et pratique de la langue anglaise, Paris, 1812. Voulant répandre en France les bonnes méthodes d'enseignement, il se rendit en 1814 à Yverdon dans l'institut de Pestalozzi, et là, tour à tour disciple et maître pendant trois ans, il étudia à lond la pédagogie. Après plusieurs années de réflexions, de travaux et d'essais, il fonda en 1822 rue de Touraine Saint-Germain, une institution destinée à l'application des principes du célèbre
instituteur suisse. Transportée rue de Tournon, cette institution eut une grande renommée; elle était patronnée par les journaux de l'opposition. Boniface dirigea avec succès son établissement jusqu'au 26 mai 1841, époque de sa mort; il avait attiré l'attention du public sur son institution par une brochure in-12 de 2i pages, intitulée : Notice sur l'école de 1er degré fondée et dirigée par Alexandre Boniface, disciple de Pestalozzi. Outre son Manuel des amateurs de la langue française (2e édition in-12, 1824), on doit à Boniface divers ouvrages pédagogiques: un Cours élémentaire et pratique du dessin linéaire d'après les principes de Pestalozzi, le premier ouvrage de ce genre qui ait introduit les notions du dessin linéaire dans nos écoles ; une Méthode de lecture très bien graduée et comprenant 2 parties : orthographe régulière et orthographe irrégulière; des Ephémérides classiques, présentant jour par jour les événements de l'histoire universelle (1825, in-12); une Gramrnaire française justement estimée et qui fait encore autorité dans l'enseignement: avec de bons Exercices orthographiques; un Mémorial poétique de V enfance;une Lecture par jour, ouvrage composé d'extraits des meilleurs écrivains français, excepté Pascal qui y est oublié, des Eléments de cosmographie, de géographie, etc. Ces écrits et d autres que nous n'énumérons pas font preuve d'une véritable aptitude pédagogique. Boniface est un de ceux qui ont le plus contribué à améliorer chez nous l'enseignement primaire. Dans le premier tiers du siècle, en 1825, par reconnaissance pour les services qu'il avait rendus à l'éducation, la ville de Cambrai l'avait admis au nombre de ses habitants notables. [Aug. Demkès.]
BONNEVAL (de). — Né au Mans à la fin du xviie siècle, mort en 1760, écrivain fécond et médiocre, ne mérite guère d'attention que pour avoir été sur quelques points le précurseur des idées de Bousseau. Il publia en 1743 les Éléments de l'éducation et les Progrès de l'éducation, puis en 1753, les Réflexions sur le premier âge de l'homme, brochure de quelques pages, présentée comme un supplément aux deux ouvrages précédents.
Les deux premiers écrits de Bonneval ne tiennent pas ce que leurs titres promettent : il y est à peine question d'éducation. Les Éléments sont tantôt un traité de morale usuelle, tantôt un code de civilité et de bienveillance à l'usage des gens du monde. L'auteur dans sa préface se donne pour un disciple de Fénelon et de Bollin, mais il oublie entièrement d'imiter et de suivre les modèles qu'il a choisis, et se borne à des généralités vagues sur la religion, le gouvernement, ou à des avis puérils sur les convenances à observer dans les visites et dans les repas. Dans les Progrès de l'éducation, il passe en revue les diverses professions humaines et les qualités qui conviennent à chacune. C'est d'abord l'homme d'église : il se plaint qu'on s'engage dans les ordres sans vocation, et uniquement parce qu'on est le troisième fils d'une famille noble et riche. Puis viennent l'homme de guerre, l'homme d'État, le magistrat, le commerçant, le financier, l'homme de lettres « auquel le célibat est l'état qui convient le mieux» . Il n'y a presque rien à retenir de ces développements sans originalité où l'auteur indique sans précision le but à atteindre, et ne dit rien des moyens à employer.
Il en est autrement des Réflexions sur le premier ôgedeVhomme, qui parurent neuf ans avant VÉmilef et dont Rousseau s'est peut-être inspiré. Avec une vivacité un peu déclamatoire, et en cela aussi il annonce Rousseau, Bonneval attaque l'usage du maillot. Rousseau dira : « On rendrait volon- « tiers les enfants perclus pour les empêcher de « s'estropier. » De Bonneval déclare qu'il regarde comme un prodige, à la façon dont on garrotte les enfants, qu'ils puissent arriver à l'âge d'homme.