BONS POINTS
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Rousseau demandera qu'Emile s'aguerrisse, qu'il s'endurcisse aux privations, qu'il apprenne à souffrir, qu'il grandisse librement et en plein air. De même Bonneval se plaint que par une tendresse mal éclairée on rende l'enfant délicat, fluet, incapable d'aucun effort pénible. Il demande qu'on lui laisse la liberté de ses mouvements et qu'on ne lui impose aucune contrainte, « hors celle qui convient pour le garantir de, tomber de son berceau. Loin les emmaillottements, loin cette chaleur redoublée qu'on cherche à lui procurer, ainsi que tant de faux secours qui étouffent la nature. »
On connaît la thèse de Rousseau sur la nécessité de faire de la nature la seule éducatrice de l'enfant, et de s'attacher uniquement, pendant les premières années, à une éducation négative, qui écarte de son cœur les impressions vicieuses, de son esprit les idées fausses. Comment ne pas re- j connaître le germe de ces théories dans des ré i flexions comme celles-ci : « On ne peut trop tôt di- ( riger les sensations des enfants et par suite leurs idées. On ne fait presque point d'attention aux cinq ou six premières années des hommes, on se ; contente de les voir parés comme des poupées, j et lorsque toutes ces impressions vicieuses sont, pour ainsi dire, germées, on les remet à un gouverneur dont le premier soin devrait être d'effacer s'il pouvait, toutes ces fatales empreintes. »
Sur d'autres points encore il y a analogie. Ainsi Bonneval demande qu'on se conduise envers les enfants avec la plus grande simplicité, qu'on ne leur donne pour vrai que ce qui est certainement! vrai; qu'on n'exige pas la soumission au dogme, et qu'on en use avec eux comme on en use avec soimême, lorsqu'on veut faire un usage légitime' et éclairé de ses facultés. Il veut encore qu'on retarde l'initiation de l'enfant aux vérités reli-' gieuses, quoique pour d'autres raisons que Rousseau : « On charge, dit-il, la mémoire des enfants des vérités les plus sublimes et des mystères lesi plus impénétrables, sans rien faire pour diminuer1 l'étonnement où leur raison se trouvera exposée' quand ils seront en état d'en faire usage : de là naît l'incrédulité. »
Sans vouloir surfaire le mérite d'un écrivain' obscur, ni diminuer la gloire de Rousseau, il est permis de penser que Rousseau a connu l'ouvrage de Bonneval, et qu'il s'est servi de ses idées comme un grand peintre se servirait de quelques croquis! de détail trouvés dans les cartons d'artistes plus' modestes. Le rapprochement des dates, joint au! succès relatif qu'avaient obtenu les œuvres de Bonneval, autorise cette supposition et lui donne quelque force de vraisemblance. [G. Compayré.]
BONS POINTS. — V. Récompenses. Notons seulement ici un détail d'exécution qui a obtenu l'approbation de bon nombre d'instituteurs, c'est de se servir de la distribution des bons points pour familiariser les enfants avec le système décimal. On a imaginé des bons points représentant des unités, d'autres en valant dix, cent, mille. Quelques éditeurs ont même fabriqué des bons points dits monétaires, c'est-à-dire figurant le centime, le décime, le fianc, etc. Les enfants, en tenant cette petite comptabilité à laquelle ils sont directement intéressés, ont occasion de s'exercer à la numération, à l'addition, à la soustraction ; et d'ailleurs au point de vue moral, ces bons points se comptent, ils forment unj trésor grossissant jusqu'au jour où en pourra l'é-| changer contre un beau volume, ils ont ainsi bien plus d'efficacité et plus d'importance aux yeux des enfants que des papiers épars ou même des images qui se perdent. (Cf. Moniteur primaire de l'Eure de juin 1877).
UOHDIN (Charles-Laurent). — Notaire à Paris, mort en 1835, Bordin a été avec Montyon et le baron Gobert un des fondateurs les plus généreux des
prix académiques. Voulant contribuer à la fois aux progrès des sciences, des lettres et des arts, il a, par un testament en date du 7 avril 1885, créé cinq prix annuels qui sont décernées par chacune des cinq classes de l'Institut. PI IS d'une fois le prix Bordin a été donné, par la section des sciences morales et politiques, à des ouvrages ayant trait à l'éducation. Au concours de 1877, le prix a été décerné à {'Histoire critique des doctrines sur l'éducation en France depuis le xvie siècle, par M. <i. Compayré.
BORELLI (Jean-Alexis), écrit aussi BOKRELLY. — Né à Provence (1738, d'une famille d'origine italienne, il passa presque toute sa vie en Prusse. Il était membre de l'Académie de Berlin et comptait parmi les littérateurs distingués dont Frédéric le Grand se plaisait à s'entourer. Il mourut à Berlin en 1810. Parmi ses nombreux écrits, plusieurs se rapportent à la pédagogie, notamment son Discours sur V émulation (Berlin, 1774, in-8) et son Plan de réformation des études élémentaires (La Haye, 1776, in-8). Revenu à Paris pendant la Révolution, il y publia, de concert avec Thicbault*, un recueil périodique où l'on trouve des renseignements intéressants, le Journal de l'instruction publique (1793-1794, 8 vol. in-8). Nous parlerons de ce recueil à l'article Thiélault.
BORROMÉE (Charles1. — Cardinal et archevêque de Milan, né à Arona (Piémont), le 2 octobre 1538, mort le 3 novembre 1584 et canonisé en 16 10, par Paul V. C'est un des prélats catholiques qui ont le plus fait pour l'instruction. A l'âge de vingt-deux ans, il fonda à Rome une société de laïques et d'ecclésiastiques qu'il réunissait chez lui pour étudier. Nommé en 1 5G2 archevêque de Milan, il créa les écoles du dimanche*, ainsi que des établissements d'instruction pour toutes les classes de la société et pour tous les besoins de son diocèse : écoles populaires, écoles bourgeoises, école pour la noblesse de Milan, écoles moyennes, séminaires, maisons d'orphelins, enseignement supérieur, rien ne fut oublié. A la suite de synodes provinciaux tenus à Milan en 1565, 1573, 1576, 1579, 1582, Charles Borromée rendit un grand nombre d'ordonnances et de règlements relatifs à l'organisation et à la direction des diverses écoles de son diocèse, à l'instruction religieuse, à la propagation des bons livres et à la fondation des bibliothèques. Quoique la base des écoles fût essentiellement ecclésiastique, Borromée choisissait le personnel enseignant aussi bien parmi les laïques que parmi les ecclésiastiques, parmi les personnes mariées que parmi les personnes non mariées, hommes ou femmes. L'organisation pédagogique des établissements fondés par Charles Borromée se trouve dans les statuts scolaires du diocèse de Milan : ces statuts renferment un grand nombre de principes remarquables qui montrent bien quelle haute idée l'archevêque de Milan avait de la mission de l'éducateur. Il veut que l'instituteur soit, « suivant la parole de l'Evangile, une lumière du monde, » qu'il soit « rempli d'amour pour Dieu et pour sa vocation, car ce qui se fait sans amour ne peut être agréable à Dieu; » que«non content de savoir à fond toutes les choses dont il doit enseigner les éléments, il s'applique à supporter avec patience, avec douceur les peines et les fatigues de l'école. les défauts des enfants, la méchanceté et l'arrogance des grands ; » enfin qu'il sache « s'accommoder aux idées et au caractère de ses élèves, se faire tout à tous, petit avec les petits, faible avec les faibles, afin de gagner tout le monde à Jésus- Christ. »
Les idées pédagogiques de Charles Borromée ont été résumées par le cardinal Antoniano dans son livre composé à la demande de l'archevêque de Milan, et intitulé : Traité de i'éducition chrétienne desciifants. — V. Antoniano. [Aug. Demkès.l