‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 131 sur 547 · BOSSUET · texte numérisé non relu

BOSSUET

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BOSSUET. — Nous n'avons à parler ici de Bossuet que pour mettre en lumière quelques-unes de ses idées pédagogiques, celles qui sont susceptibles d'application à l'enseignement populaire.

Chargé de l'éducation du Dauphin, fils de Louis XIV, dont il dirigea les études de 1670 à 1678, Bossuet fut amené par se» fonctions de précepteur princier à construire tout un plan d'instruction : il l'a exposé, en i 679, dans sa Lettre au pape Innocent XI.

C'est seulement en élevant des princes que le xvne siècle a donné la mesure de ses idées pédagogiques. Pour eux il est allé jusqu'au bout de ses conceptions ; pour eux il a organisé de vastes programmes que les progrès de la démocratie permettent aujourd'hui d'appliquer, avec les corrections nécessaires, aux éducations les plus bourgeoises.

Tout le monde accorde que dans la direction de son royal disciple Bossuet apporta la noblesse et l'élévation qui étaient familières à son génie. Mais on a prétendu qu'il y avait mis précisément trop de grandeur, ne sachant pas, suivant l'expression de Montaigne, « condescendre aux allures puériles de son élève ». Le reproche a été renouvelé de nos jours avec vivacité par Mgr Dupanloup, qui, reprenant le mot du cardinal de Beausset, estime lui aussi que dans cette éducation « le maître était tout, l'élève rien ». — « Bossuet, dit-il, était trop grand pour le Dauphin, et ce grand homme fut trompé par son génie même. Si Bossuet avait eu dans l'âme autant de flexibilité et de patience que de force et de grandeur, il serait descendu jusqu'à cette faible intelligence... » La vérité est que les aptitudes de l'élève se trouvèrent ici disproportionnées au génie du maître. Quoique préparée avec solennité, organisée avec éclat par un maître tel que Bossuet, par un sous-maître distingué, Huet, aidée par les éditions que préparaient ad usum Delphini des philologues comme Dacier, le père la Bue, et par les ouvrages historiques que composaient à son intention Fléchier, Tillemont et Cordemoy ; l'instruction du Dauphin n'aboutit qu'à des résultats médiocres. Nouvelle preuve de cette vérité pédagogique qu'il ne faut jamais oublier : le grain le meilleur ne lève que dans un terrain approprié.

Sur un point cependant, dans cette éducation où il y eut si peu de fautes commises, on peut dire que les torts furent du côté des maîtres. On infligeait à l'enfant sans ménagement les châtiments corporels. Dès 1688, Louis XIV avait officiellement investi du droit de correction Montausier, gouverneur du prince. Homme irréprochable, mais dur, Montausier usait largement de son droit, et le Sérénissime Dauphin était fouetté tout comme l'avaient été dans leur enfance son grand-père et son père, Louis XIII et Louis XIV. Bossuet assistait et laissait faire, lui qui disait pourtant : « C'est par la douceur qu'il convient de former l'esprit des enfants. »

Bossuet mit en pratique, avec le Dauphin, les principes du roi qui déclarait « qu'il aimerait mieux n'avoir pas d'enfant, que de le voir fainéant ». Aucune journée ne se passait sans travail, pas même le dimanche. Bossuet n'admettait pas de congés absolus : c'est un excès. Mais il avait du moins la sagesse d'attribuer une grande importance aux récréations et au jeu : « Il faut, disait-il, qu'un enfant joue, qu'il se réjouisse : cela l'excite... Je ne crains rien tant que d'effrayer mon élève par ce triste et horrible aspect qu'a la science présentée sans ménagement et sans art à un âge si tendre et si faible. »

Convaincu de l'utilité de l'émulation, Bossuet essayait de remédier aux défauts de l'éducation privée ; il amenait parfois au Dauphin des enfants de son âgo, et les faisait concourir avec lui.

Quant aux études elles mêmes le plan de Bossuet était aussi large que possible. Nous n'avons pas à l'exposer ici puisqu'il appartient essentiellement à l'instruction secondaire classique. Signalons seulement quelques détails précieux à recueillir dans l'enseignement de l'histoire, par exemple.

Tout en explorant les diverses parties de l'histoire générale, Bossuet s'attachait principalement à montrer au prince l'histoire de France « qui est la sienne ». Il lui faisait apprendre la géographie «en jouant, et comme en faisant voyage ». Mais surtout Bossuet eut le mérite de comprendre que l'enseignement de l'histoire doit varier ses moyens, étendre sa portée, à proportion que l'enfant grandit, à mesure que son jugement se forme. C'est seulement vers la fin de son préceptorat qu'il acheva de composer le Discours sur l'histoire universelle : il le destinait à résumer l'impression générale des faits déjà étudiés. On peut contester sans nul doute la philosophie de l'histoire telle que l'entend Bossuet ; mais ce dont il faut le louer, c'est d'avoir vu que l'étude de l'histoire serait stérile si, après avoir dispersé la pensée de l'enfant sur l'innombrable multitude des faits particuliers, on ne la ramenait pas vigoureusement vers le principe qui les domine, vers la loi qui les dirige ; si on ne l'aidait pas à saisir dans l'éparpillement prodigieux des actions humaines l'idée qui préside a la marche générale du monde.

C'était donc un magnifique plan d'études que celui dont Bossuet s'était chargé de développer les diverses parties. L'éducation du Dauphin fut à la fois sérieuse, variée et complète : sérieuse, car Bossuet dédaignait les minuties, les curiosités inutiles, le blason, par exemple, cette « science qui est moins que rien » ; variée, les leçons qui duraient 1 heure 1 /2 chacune étaient agréablement coupées par des promenades, par des parties de chasse, de pêche ; complète enfin, puisque les sciences s'y mêlaient aux lettres : on montrait au prince les expériences de physique, on lui enseignait les mathématiques, les mathématiques appliquées surtout. Ce ne fut point la faute de Bossuet si l'esprit irréfléchi et inattentif pour lequel il avait écrit le petit traité de Incogitantia, ne profita pas de ses leçons. La politique voulait que l'on donnât à l'héritier de Louis XIV une éducation supérieure, ses facultés l'appelaient tout au plus à une instruction élémentaire. [G. Compayré.]

BOTANIQUE. — Pour ne pas répéter ici les observations générales et les indications relatives à la législation scolaire que nous donnons au mot Histoire naturelle, nous renvoyons d'une part à cet article, de l'autre, pour le détail des plans d'études au mot Botanique dans la IIe Partie.

BOUCHES-DU-BHONE (département des). — Superficie, 51 048 hectares. Population, 556 .'{79 rau lieu de 554 911 en 187:', de 547 903 en 1866). Densité moyenne de la population : 109 habitants par kilomètre carré; — H arrondissements, 27 cantons, 108 communes. Il y a 4 circonscriptions d'inspecteurs primaires, dont une pour Marseille extra miwos.

Population d'âge scolaire. — 60 450 enfants de 6 à 13 ans (30 091 garçons, 30 359 filles) soit un peu moins de 11 enfants par 100 habitants, ce qui place le département au soixante-quatorzième rang à ce point de vue. Avec une population moindre en 1872, il avait un peu plus d'enfants (31 415 garçons, 30 259 filles, soit 11,10 par 100 habitants).

1. Historique de l'instruction primaire. — Avant 1789. — Marseille, antique foyer de la civilisation gréco-romaine, eut jusqu'à l'époque de l'invasion des barbares des écoles célèbres, mais sur lesquelles nous n'avons pas à insister : elles constituaient un enseignement qui n'avait rien de populaire.

BOUCHES-DU-RHONE

BOUCHES-DU-RHONE

Au moyen âge, c'est dans les cathédrales et dans les cloîtres que se réfugie l'instruction. Le concile tenu à Arles, l'an 813, sous Charlemagne, porte dans un de ses canons que les parents doivent instruire leurs enfants, et comme motif, il établit que l'ignorance est la source de toutes les erreurs. Une inscription qu'on voit encore dans le cloître de la cathédrale d'Aix rappelle qu'il y existait, depuis Charlemagne aussi, une école tenue par un chanoine qu'on appelait « le grammairien, » grammaticus. On trouve encore à Marseille queiques-uns des diplômes octroyés par les évoques au xive et au xve siècle à des maîtres particuliers [Doctores puerorum) chargés de tenir les petites écoles ou écoles des pauvres. C'est, en 1401 , qu'apparaissent, dans la contrée, les premiers vestiges d'enseignement communal. Un maître d'école se fixe à Marseille après une délibération du conseil municipal qui lui accorde 10 florins. Tout fait supposer qu'une véritable école communale exista dans cette ville en 1437 : Guillaume Caradet, dit Bourgogne, figure à cette époque dans un acte public, avec la qualité de maître des écoles « magister scholarum, » titre qui fut donné plus tard au régent du collège.

Mais le zèle du clergé s'était refroidi et, vers le commencement du xvie siècle, l'enseignement populaire était devenu tout à fait insuffisant. Arles, Aix et Marseille le réorganisèrent : chaque année, le jour des élections municipales, le conseil nommait deux ou trois commissaires pour la surveillance des écoles. L'instituteur communal eut le titre de lo grant magister de las es co las, a\ ce un traitement annuel de 150 florins. Un des maîtres de cette époque, Honorât Rambaud, maistre descole à Marseille, écrivit un ouvrage assez singulier sur la réforme de la grammaire et de l'orthographe.

Les lettres patentes du 15 août 1571 par lesquelles Charles IX autorisa, sur leur demande, les consuls de Marseille à ériger dans cette ville, un collège semblable à ceux de Paris, paraissent avoir eu pour effet d'élever le niveau de l'enseignement pour les enfants des familles aisées, mais aussi de réduire considérablement le nombre des petites écoles et par conséquent l'instruction des classes pauvres. Ce fâcheux état de choses durait encore à la fin du xvnc siècle.

En 1704, de notables habitants de Marseille, voyant l'extrême misère des pêcheurs, qui ne pouvaient faire instruire leurs enfants, eurent la noble pensée d'établir des écoles gratuites pour les garçons. Ils déléguèrent à cet effet les sieurs Maurelet et Jourdan, pour aller à Avignon étudier, par eux-mômes, le système d'éducation et d'instruction employé dans les Écoles chrétiennes, déjà établies dans cette ville par le vénérable Jean-Baptiste de La Salle. La Salle envoya deux de ses Frères qui ouvrirent une ecoie gratuite dans la rue des Ferrats; et lui-môme, dit-on, pendant son séjour à Marseille en 1712 conduisit plus d'une fois à la messe de la paroisse Saint-Laurent les pauvres enfants de sa petite école. Cette école et quelques autres confiées aux Frères par des villes voisines à l'émulation de Marseille, subsistèrent avec une certaine prospérité jusqu'à la Révolution.

On ne trouve aucune trace d'écoles de filles avant la seconde moitié du xvinc siècle ; les couvents et les écoles ouvertes par les Bernardines et par d'autres religieuses de différents ordres, étaient surtout destinés aux jeunes filles de familles bourgeoises. Il y eut cependant quelques fondations pour l'instruction gratuite des filles pauvres, et de plus dans quelques paroisses il existait en 1789 des maîtresses laïques « approuvées » pour les filles et les petits garçons.

Depuis 1~S9. — Pendant l'époque révolutionnaire, période féconde en lois et décrets sur l'instruction

primaire, mais trop troublée pour organiser quelque chose de stable, « les enfants des citoyens aisés recevaient seuls, » selon un auteur du temps « une bonne éducation dans les collèges et les écoles secondaires en activité, tandis que les enfants de l'ouvrier et des pauvres artisans devenaient, par le manque d'instruction, toujours plus grossiers, plus vicieux et plus méchants. On les voyait vagu-r et polissonner dans les rues et sur les places publiques, bien qu'ils fussent les enfants adoptifs et l'espérance de la nation entière, qui leur devrait, par suite, la première instruction, celle qui consiste à savoir lire, écrire et compter. »

C'est pour remédier à cette fâcheuse situation, qu'un nommé Quetin, instituteur pour la grammaire, le latin et la géographie à Marseille, proposa à M. Thibaudeau, alors préfet des Bouches-du- Rhône, une organisation spéciale de l'enseignement primaire pour la ville et son territoire en 12 écoles, à peu près gratuites, dont 3 pour chacune des deux municipalités et 3 dans la banlieue, avec un traitement de cinq à six cents livres pour chaque maître.

Dans quelques localités rurales, telles que Aurons, Port-Chamas (Saint-Charnas), les enfants reçurent des leçons de professeurs de belleslettres et de sciences que le peu de sécurité dans les villes avait forcés à se réfugier dans les campagnes.

En 1806, de nombreuses écoles pour enseigner « la lecture, l'écriture et les quatre premières règles de l'arithmétique, » conformément à la loi du 11 floréal an X, furent ouvertes à Arles, Aix, Salon, Roquevaire, Trets, La Fare, Cassis, etc.. par des instituteurs auxquels on fournit le logement et des traitements variant entre quatre et cinq cents francs.

L'arrondissement d'Aix, en 1825, comptait 146 écoles fréquentées par 5334 enfants, celui d'Arles 81 avec 2967 élèves, et celui de Marseille 217 écoles, 9334 élèves. La ville de Marseille comptait, à la même époque, 145 écoles dont 16 communales seulement avec 4300 élèves ; en 1847 elle avait 9 écoles communales de plus et 200 écoles libres ; elle comptait 1 élève sur 10 habitants. Mais la fréquentation était irrégulière ; nombre de locaux ne convenaient que fort peu à leur destination.

Malgré les bienfaits de la loi de 1833, la situation ne s'améliora que lentement jusqu'en ces dernières années : la part du département dans les dépenses scolaires, qui en 1846 n'était encore que dp. 52.000 francs, s'est successivement élevée, et le budget départemental, pour cet objet, atteignait en 1877 300 000 francs.

Outre les subventions obligatoires et complémentaires aux communes, il comprend annuellement :

Secours aux anciens instituteurs., de 5 000 a 6

Secours aux instituteurs malades

ou dans le besoin de 200 à 3

Encouragements aux fonctionnaires méritants de 1 800 à 2

Compléments de traitements de 18 000 à 20

Achat de livres pour les élèves indigent* de 3 000 à 4

Subvention auxsallesd'asilelibres. de 5 000 à 6

Subvention aux instituteurs faisant un cours d'adultes de 4 000 à 5

Subvention pour amélioration des mobiliers scolaires de 1 000 à 2

Subvention pour construction ou réparation des maisons d'école., de 50 000 à 60

Subvention pour la gratuité absolue de 65 000 ;• 70

Entretien desdeux écoles normales, de 70 000 à 73

Etc., etc.

000 fr.

MO

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