‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 158 sur 547 · CAHIERS · texte numérisé non relu

CAHIERS

donnait en 1855 (6 octobre, n° 40) toutes les indications nécessaires pour ce travail dansun article substantiel et très clair de M. l'inspecteur H. Bos, Art de construire les cadrans solaires.

CAFÉS. — V. Cabarets.

CAHIERS. — Le cahier (étymologie douteuse: du bas latin quaternarium, signifiant ici, originairement, un assemblage de quatre feuilles, d'après le dictionnaire de M. Littré ; suivant d'autres, d'un mot bas latin dérivé de codex, petit volume) est un recueil d'un certain nombre de feuilles de papier assemblées et cousues, dont les élèves se servent pour écrire les devoirs journaliers qui leur sont donnés par le maître.

Les plus volumineux de ces cahiers sont ordinairement cartonnes ; d'autres se vendent revêtus d'une couverture portant, avec l'indication du département, de la commune, de l'école, du nom de l'élève, une vignette qui représente un trait d'histoire, une vue géographique, un spécimen d'histoire naturelle, avec des légendes explicatives, etc., etc.

Depuis plusieurs années, les éditeurs ont imaginé toute sorte de procédés plus ingénieux les uns que les autres pour utiliser ainsi les pages de la couverture Les uns ont créé des séries de cahiers ornés du portrait et de la biographie de nos grands hommes; d'autres y ont substitué des fables illustrées ; d'autres, des tableaux historiques, suivis de dates et de questionnaires. Une des meilleures collections nous parait être celle qui offre, pour chaque département, une série de cahiers dont les couvertures contiennent, d'un côté, une gravure avec une notice appropriée, et de l'autre un plan de ville, une carte du département, les monuments les plus importants, les principales curiosités, les sites les plus remarquables de la France, etc. Il n'y a point de petit moyen d'enseignement, et ces leçons de choses, qui viennent ainsi se placer, en quelque sorte, d'elles-mêmes sous les yeux de l'enfant, toutes les fois qu'il se sert de son cahier, peuvent apporter un utile appoint aux leçons du maître.

Quant au cahier lui-même, il importe qu'il soit formé de papier de bonne qualité et suffisamment épais. Certains cahiers défectueux que, sous prétexte de je ne sais quelle fausse économie, on a introduits dans les écoles, offrent le grave inconvénient de gâter la main des élèves, en les forçant à se servir de plumes trop fines, qui les conduisent infailliblement aux pattes de mouches.

On peut avoir, dans une école, autant de cahiers, ou à peu près, qu'il y a de matières d'enseignement, ou, au contraire, faire écrire tous les devoirs sur un cahier unique, en suivant, au jour le jour, l'ordre dans lequel ils sont donnés.

Qu'il nous soit permis de reproduire ici ce que nous disions, il y a dix ans, pour faire valoir les avantages du cahier unique, récemment introduit alors dans toutes les écoles du département de l'Yonne, par un honorable inspecteur d'académie, M. Leras, et que nous trouvions dans tous les envois d'une exposition départementale.

« Dans un grand nombre d'écoles, pour ne pas dire dans toutes, les instituteurs et institutrices ont l'habitude de mettre entre les mains de leurs élèves autant de cahiers que l'on compte d'exercices différents dans l'enseignement; et d'abord, c'est le cahier de brouillon, puis le cahier d'écriture, le cahier de dictées au net, le cahier de problèmes, le cahier d'analyse, etc., etc. Cette multiplicité de cahiers rend la tâche de l'instituteur difficile, est une perte de temps considérable pour l'élève, et ne peut jamais donner la mesure de se? progrès et surtout de son travail journalier.

« Le cahier unique remédie à tous ces inconvénients.

« Le journal de classe qui aujourd'hui est adopté dans toutes les écoles du département de l'Yonne, indique, jour par jour, heure par heure, la nature

des leçons et des exercices ; dans le cahier unique, la date et l'heure où le devoir a été fait, de quelque nature qu'il soit, se trouvent exactement indiquées, de telle sorte que le cahier de l'élève est comme le contrôle du journal de classe. Pages d'écriture, dictées, analyses, résumés de lecture, cartes de géographie, problèmes d'arithmétique avec les calculs et la solution, tout se trouve à la suite et à sa place dans ce cahier. L'élève est force, par- cela même qu'il n'en a qu'un, à le tenir proprement, à écrire aussi bien que possible tous les devoirs. Aussi remarque-t-on que, par ce moyen, il parvient à acquérir vite une écriture courante, lisible et bien formée, et qu'il s'habitue à procéder en tout avec ponctualité, avec ordre, avec méthode, sans qu'il s'agisse, bien entendu, de supprimer la trace des essais, des tâtonnements, des efforts pour faire bien et pour faire mieux. Il y a des ratures sur les cahiers uniques, mais il y a toutes celles qu'il faut et pas d'autres ; rien n'empêche l'élève de corriger, mais il est mis dans l'impuissance de gâter, de dissiper et de perdre. » (Les Expositions scolaires départementales de 1868, par MM. Defodon et Ferté : exposition de l'Yonne.)

Ajoutons que le cahier unique rend très facile l'examen du travail de chaque élève et de toute une classe par l'inspecteur et les autres autorités scolaires ; qu'il peut, plus commodément que les cahiers multiples, donner lieu à d'utiles comparaisons ; qu'il est une garantie de la sincérité du travail des enfants. Pour toutes ces raisons, nous donneriont la préférence au cahier unique, surtout pour le cours moyen des écoles, réservant tout au plus le cahier spécial pour les premiers essais des débutants, pour quelques genres d'exercices particuliers, comme l'écriture calligraphique, et aussi pour quelques matières facultatives que peut aborder le cours supérieur et dont les élèves ont besoin de pouvoir saisir l'ensemble et la suite logique.

Inutile de dire sans doute que tout bon cahier d'école doit porter à la fois la marque du travail personnel de l'élève et la marque des observations et des corrections du maître. Inutile de dire aussi que les meilleures écoles ne sont pas toujours, comme on le croit, celles où l'on use le plus de cahiers, mais celles, au contraire, où le maître sait faire marcher de front, dans une juste mesure, les exercices oraux et les exercices écrits. Ce sont la de fort graves questions de méthode, mais qui dépassent les limites de cet article, et qui sont traitées ailleurs (V. Devoirs.) [C. Defodon.]

CAHIERS DE 1789. — Les cahiers dans lesquels se trouvaient résumés, à la veille de la convocation des Etats généraux en 1789, les « demandes, plaintes et doléances » des électeurs des trois ordres, sont une des collections les plus importantes à consulter pour l'étude de l'instruction primaire à la fin du dix-huitième siècle. Ce dépouillement à un point de vue spécial n'a pas encore été fait en entier : il offre des difficultés d'autant plus considérables que les documents ne sont presque jamais classés par ordre de matières et qu'il faut à peu près tout parcourir la plume à la main pour récolter une très maigre moisson. Plusieurs parties très intéressantes de ce vaste travail ont été analysées et publiées, elles suffisent pour donner une idée de la situation scolaire dans provinces, mais non pour permettre d'asseoir un jugement général.

Il est essentiel de lire par exemple les extraits et résumés qu'a donnés le Manuel général [1808, p. 1172 (Normandie; — 1876, p. 161 (Normandie); — 1875, p. 109 (Poitou); 1878, p. 109 (Seinc-et- Oiso)].

En général, ce sont les cahiers du clergé et ceux du tiers qui contiennent le plus grand nombre de vœux relatifs à l'instruction populaire. Un grand

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