‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 162 sur 547 · CAISSES D'ÉPARGNE — 309 — CAISSES D'ÉPARGNÉ · texte numérisé non relu

CAISSES D'ÉPARGNE — 309 — CAISSES D'ÉPARGNÉ

Il fait connaître alors à ses élèves qu'à partir de tel jour il recevra chaque semaine leurs petites épargnes, si modique que soit la somme, mais non pas supérieure à cinq francs ; et que, une fois par mois, les versements du mois de chacun des élèves qui ont épargné un franc ou plus seront transmis en francs ronds pour chaque élève, par l'instituteur, à la caisse d'épargne de la localité, et inscrits parles employés de la caisse d'épargne, pour chaque élève, sur un livret ordinaire de déposant. Ce livret constitue l'élève créancier de la grande caisse d'épargne, et exonère l'instituteur de toute tâche et de toute responsabilité à cet égard. Ce livret, où l'enfant se voit traité en homme parce qu'il fait là acte d'homme, est l'instrument éducatif de l'enfant, et aussi parfois de sa famille.

Lorsqu'en vue de quelque dépense utile, pour laquelle l'épargne a peut-être été faite, parfois même pour venir en aide à sa famille dans un moment de gêne, un élève veut retirer tout ou partie de son avoir déposé à la caisse d'épargne, il lui suffit de l'intervention de son représentant légal (père, mère, tutrice ou tuteur).

Les dépôts d'épargne doivent toujours être remboursables : c'est un des principes fondamentaux de la caisse d'épargne, et il importe en outre que l'élève qui a épargné des sous dont il pouvait librement user ne redoute pas une sorte de confiscation, mais qu'il soit au contraire encouragé par la pensée qu'il retrouvera le fruit de ses privations pour une dépense utile, pour une aide à sa famille : pensée morale et qui inspire aussi la notion exacte de la vie économique : se priver aujourd'hui sur des futilités pour pouvoir, demain peut-être, faire face à des nécessités.

A l'occasion de l'exercice de l'épargne, l'instituteur fera bien de rappeler de temps en temps et de commenter par des faits précis ces observations générales pour bien imprimer dans les esprits de ses élèves et de leurs familles une idée nette du caractère de la caisse d'épargne scolaire.

Voici maintenant les procédés de fonctionnement :

Une fois par semaine, à jour fixe, de préférence le mardi, au commencement de la classe du matin, l'instituteur préside à Y exercice de l'épargne. Cette périodicité régulière favorise l'habitude chez les élèves ; elle convient aussi au bon ordre de la classe et économise du temps.

L'instituteur a devant lui, sur son bureau, le registre de la Caisse d'épargne scolaire, cahier dont chaque page, destinée au compte particulier d'un élève, porte en tête le numéro du folio du registre, le nom de l'élève, et le numéro de son livret de la grande caisse d'épargne (quand ce livret a été obtenu). Chacune de ces pages présente douze colonnes verticales pour les mois de l'année, et des lignes horizontales pour les jours du mois, c'està-dire autant de cases que de jours de l'année. Si l'instituteur adopte pour l'exercice de l'épargne un seul jour par semaine, il pourra réduire à cinq les lignes horizontales.

Il doit avoir un journal, ou main-courante, pour y inscrire à mesure les versements reçus pendant le cours de chaque séance, et se faire ainsi un contrôle de ses opérations.

A côté de l'instituteur, un adjoint ou un élève désigné à tour de rôle parmi les meHeurs de la classe tient un feuillet volant qui, sur le recto, est un fac-similé d'une page du registre. Ce feuillet sera remis à l'élève déposant comme duplicata de son compte de la caisse d'épargne scolaire, duplicata qui est une garantie pour l'instituteur et pour les parents de l'élève. Sur le verso de ce feuillet, on peut utilement faire imprimer la courte Notice du Manuel expliquant, en quelques lignes, le but et le fonctionnement de la caisse d'épargne scolaire.

Les choses ainsi disposées, chaque élève épargnant se présente à tour de rôle, et dépose sur le bureau de l'instituteur la petite somme qu'il veut mettre à l'épargne.

Immédiatement, à chaque dépôt, l'instituteur inscrit la somme sur le registre, à la page afférente à l'élève ; il s'assure que la même inscription est faite sur le feuillet-duplicata, qu'il remet à l'élève; et il invite l'élève à rapporter son feuillet à chaque nouveau versement. Cette opération hebdomadaire, bien réglée, ne prend pas trente minutes pour soixante élèves.

Tel est le fonctionnement à l'intérieur de l'école. Aussi faciles et précis sont les rapports de l'instituteur avec la grande caisse d'épargne de la localité qui recevra chaque mois le franc ou les francs ronds des épargnes individuelles des élèves, de manière que l'instituteur n'aura jamais dans son tiroir, sous sa responsabilité, qu une somme modique, les menus appoints de francs.

Dans les premiers jours de chaque mois, l'instituteur, à chaque page du registre, c'est-à-dire pour chaque compte d'élève, fait l'addition des menus versements inscrits dans la colonne du mois ; si le total n'atteint pas un franc, il reporte le chiffre des centimes au haut de la colonne du mois suivant, pour que cette somme s'ajoute aux versements à venir. Si le total dépasse un franc ou des francs ronds, il fait le même report pour les centimes, et inscrit le franc ou les francs ronds sur un bordereau destiné à la grande caisse d'épargne.

Dans ce bordereau mensuel, il note, pour chaque élève à inscrire, le numéro matricule du registre, le nom de l'élève, et le numéro de son livret de grande caisse d'épargne (si ce livret a été déjà obtenu).

Pour les élèves qui n'ont pas encore de livret, il les inscrit sur un bordereau spécial contenant, outre la date et le lieu de naissance de chaque élève, les noms et demeure de son représentant légal.

L'instituteur totalise les sommes à verser à la caisse d'épargne, il date et signe le bordereau, qu'il porte à la caisse d'épargne, avec l'argent et avec les livrets des élèves épargnants déjà titulaires de livrets. Il doit garder minute des bordereaux.

La caisse d'épargne inscrit les dépôts relatifs sur des livrets individuels, aux nom et compte des élèves ; et dès lors, pour ces dépôts et ces livrets in dividuels, se trouve dégagée la responsabilité de l'instituteur.

Les livrets sont remis ou rendus par la caisse d'épargne à l'instituteur ; et cela peut s'effectuer dans la séance même.

L'instituteur, pour le bon ordre, garde les livrets de ses élèves ; mais une fois par mois, ou après chaque versement, il doit confier pour un jour à chaque élève le livret portant inscription de la somme récemment versée à la grande caisse d'épargne, afin que l'élève montre son livret à sa famille. Par là, ses parents sont mis à même de constater la régularité des choses ; ils suivent les progrès d'économie de l'enfant, et ils se trouvent provoqués, pour leur propre édification, à faire parler l'élève sur l'enseignement de l'instituteur, et à connaître et apprécier le livret de caisse d'épargne, qui leur rend palpable l'institution et tous ses avantages. L'influence de cette propagande intime et instinctive est constatée dans des rapports officiels présentés dans ces dernières années aux parlements d'Angleterre, de Belgique, d'Italie ; et dans les rapports présentés à nos Conseils généraux par les inspecteurs d'académie etles autres autorités locales et universitaires les mieux à mèmede voir les faits.

Quand un élève veut retirer tout ou partie de son avoir, il lui suffit d'obtenir l'intervention de son représentant légal, qui signe sur le livret avec l'instituteur et l'agent de la caisse d'épargne.

CAISSES D'ÉPARGNE

CAISSES D'ÉPARGNE

Quand un élève quitte l'école, le compte est facile à régler : l'instituteur remet au représentant légal le livret de grande caisse d'épargne et, s'il y a matière, les fractions de franc qui peuvent se trouver en attente dans la petite caisse d'épargne scolaire. De tout quoi, reçu est donné sur le registre de l'école, à la page affectée à l'élève. L'instituteur avise la caisse d'épargne que l'élève a quitté l'école, et que son livret a été remis à son représentant légal.

Comme on le voit, tout a été combiné pour satisfaire à ces trois conditions : rendre le mécanisme aussi facile et aussi sûr que possible ; — réduire au minimum la tâche et la responsabilité de l'instituteur ; — et donner à la caisse d'épargne scolaire toute sa valeur éducative.

3. Altérations de l'institution et danger qui peuvent en résulter. — Nous devons dire quelques mots de certaines tentatives faites pour altérer la méthode et imaginées au détriment des instituteurs par quelques employés de caisse d'épargne, sans doute dans le seul désir de diminuer leur besogne et de rejeter leur tâche et leur responsabilité sur l'instituteur. Telle est la combinaison dite du livret collectif. Dans trois départements, le Nord, le Jura et l'Aube, où des tentatives de ce genre s'étaient produites, les Conseils généraux se sont prononcés par des rapports et des délibérations fortement motivées contre les altérations de la^méthode. Nous croyons être utile aux instituteurs et même aux caisses d'épargne en relatant ici le rapport approuvé par le vote récent du Conseil général de l'Aube, et dont l'auteur est un des présidents à la Cour des comptes, M. le président Roy, c'est-à-dire un des magistrats les plus compétents en ces matières d'administration et de comptabilité.

Après avoir exposé le grand et heureux développement des caisses d'épargne scolaires dans l'ensemble du département de l'Aube, le conseiller général rapporteur constate que dans l'un des arrondissements l'institution, prospère d'abord, a tout à coup décliné : dix-neuf caisses d'épargne scolaires ont cessé de fonctionner. « Nous avons dû rechercher les causes de cette déchéance, dit-il ; elle n'est imputable ni au manque de bonne volonté des élèves, ni au défaut de zèle des maîtres ; mais leurs bonnes dispositions ont été entravées par les mesures prises par la caisse d'épargne centrale. Afin d'éviter le travail de la tenue des livrets et du règlement des intérêts, L'administration de cette caisse n'a délivré qu'un livret collectif par école ; elle s'est ainsi déchargée sur l'instituteur du soin de tenir les comptes individuels des élèves, en un mot d'accomplir des opérations multiples et délicates pour un instituteur. Ce procédé est-il bon ? est-il même légal ? Au point de vue du but à atteindre, la pratique suivie par cette caisse d'épargne est des plus regrettables; dans ce système, en effet, l'enfant n'est plus titulaire de son livret ; il ne peut se rendre un compte exact du mécanisme de la Caisse d'épargne ; et de plus, son exemple est perdu pour ceux qui l'entourent, car il ne peut plus porter au foyer domestique ce précieux livret, qui plus dune fois a été pour la famille la meilleure et la plus efficace des invitations à l'épargne. Au point de vue de l'instituteur, le livret collectif présente les plus graves inconvénients : non-seulement il oblige l'instituteur à un travail auquel il n'est pas préparé et qu'il ne peut accomplir sans une grande perte de temps, mais il est surtout compromettant pour le maître, que la médisance pourrait atteindre... Je ne fais que toucher à ce point capital, persuadé, messieurs, que vous m'avez compris. — Au point de vue légal, l'obligation du livret collectif, imposé par la caisse centrale, nous a paru constituer un excès de pouvoir : l'ordonnance-type des caisses d'épargne sur laquelle sont modelés les statuts de '

tous ces établissements leur impose le devoir do délivrer un livret à tout déposant de la somme de un franc. Pour quel motif une caisse d'épargne se dispenserait-elle de ce devoir ? Une caisse d'épargne est avant tout un établissement d'utilité publique, jouissant de privilèges ; ce n'est point une maison de banque qui choisit ses déposants ; elle doit être ouverte à tous les dépôts, et surtout aux plus modestes... » Le Conseil général a décidé que ce rapport serait porté à la connaissance de tous les instituteurs du département.

Un rapport officiel du gouvernement italien, en date du 1er août j 878, passant en revue diverses suggestions relatives à la méthode établie en France et suivie en Italie, se prononce par les mêmes arguments contre le livret collectif d'école, et aussi contre certaines altérations essayées : ainsi il condamne comme dangereuse la pratique primitive des troncs (Cassettini chiusi), instruments coûteux, compliqués, sujets à des erreurs, à des équivoques ; inutiles, si l'on fait, usage de la comptabilité ouverte réglée par la méthode, et dangereux en tous cas en exposantaux risques de vol ou d'incendie I< s espèces déposées.

Telles ont été aussi les opinions des membres du Congrès des institutions de prévoyance, où se sont rencontrés les hommes d'État, de science et d'administration les plus autorisés en ces affaires,

A ce congrès international de 1878, — aussi bien que dans les rapports et les délibérations de nos Conseils généraux des dernières sessions, — on a fait ressortir combien il importe que l'écolier reçoive pour son épargne, dès l'école, un livret ordinaire, son livret d'homme, de telle sorte qu'à sa sortie de l'école il continue ses habitudes d'économie sans changer d'instrument d'épargne. Car, si le livret délivré à l'écolier était différent du livret de l'apprenti et de l'ouvrier ; si, au sortir de l'école, au moment où la vie libre s'ouvre au jeune homme avec tous les entraînements de l'âge ardent et du milieu nouveau ; si, à ce moment critique qui décide de l'avenir d'un ouvrier, on rompt le fil qui le liait à la caisse d'épargne, si on l'embarrasse a s formalités d'un changement de livret pour continuer ses économies, on risque fort de voir se perdre les meilleurs effets de l'éducation donnée par la caisse d'épargne scolaire, et les administrations des caisses d'épargne perdraient ainsi un des effets de la caisse d'épargne scolaire les plus précieux pour leur fortune, c'est-à-dire l'accroissement de leur clientèle par les écoliers devenus ouvriers à la génération prochaine.

On peut rappeler en outre aux caisses d'épargne que, pour leur propre fortune, le petit surcroît de dépenses que peut entraîner le travail des livrets des élèves est déjà largement compensa, sans attendre la génération prochaine, par la propagande que les instituteurs, les autorités locales, les assemblées municipales, les journaux, et les livrets des écoles introduits dans les familles, ont faite dans ces quatre dernières années à l'occasion des caisses d'épargne scolaires.

Il en est résulté cet avantage au point de vue même de la fortune des caisses d'épargne, que le produit de la retenue de 25 à 50 centimes par 100 francs de dépôts, ressource normale des caisses d'épargne, est devenu en 1876 supérieur aux dépenses administratives ; qu'ainsi les frais nouveaux qu'ont pu exiger les caisses d'épargne scolaires et les autres améliorations de service provoquées par le mouvement de l'opinion publique depuis 1874, ont été largement couverts par la plus-value des dépôts, qui se sont accrus (par une progression sans précédent) de 573 millions de francs à près d'un milliard aujourd'hui (octobre 1S78). Voici en effet ce qu'établissent les statistiques officielles de l'ensemble des caisses d'épargne de France :

CAISSES D'ÉPARGiNE

CAISSES D'ÉPARGNE

Produit Dépeni*» Somme

de li retenue p»ur admfnistrttirei à 6* dépoli ta

l'anne*. pour l'aonée. 31 décembre.

1874.... 2 092 872 fr. 2 198 386 fr. 573 millions.

Cette amélioration de fortune des caisses d'épargne de France aurait été plus marquée encore, si certaines caisses, quelques-unes importantes, mal organisées, depuis longtemps en mauvaise situation, ne pouvant ainsi ou ne sachant pas réformer et étendre leurs services, se croyant même impuissantes à favoriser les caisses d'épargnes scolaires, oe présentaient d'énormes déficits annuels, c'est-àdire un revenu normal très inférieur aux dépenses.

Cette amélioration de fortune des caisses d'épargne de France est surtout remarquable dans les départements où les caisses d'épargne scolaires ont été d'abord établies et en plus grand nombre : ce qui autorise à dire que déjà les caisses d'épargne scolaires font la fortune des caisses d'épargne, sans parler de l'avenir qui recevra par les caisses d'épargne scolaires une génération nouvelle profondément améliorée, une plus large clientèle de déposants adultes , fructueux pour les caisses d'épargne. Il importe que les instituteurs, les autorités scolaires, les autres notabilités locales, puissent présenter ces arguments d'expérience auxi administrateurs des caisses d'épargne.

4. Perfectionnements proposes. — S'il faut préserver les caisses d'épargne scolaires des altérations inspirées par des intérêts privés mal entendus, il ne serait pas bon d'écarter absolument toute suggestion nouvelle ; toute œuvre humaine est perfectible; seulement il convient de n'admettre les combinaisons nouvelles qu'avec réserve, et surtout après s'être assuré qu'elles se déduisent bien de l'esprit de l'institution.

Ainsi, nous recommandons la combinaison des hons points-centimes, qui a été expérimentée d'abord en ls75 à l'école communale de Sannois (Seme-et-Oise), et qui s'est ensuite propagée avec un même succès dans diverses parties de la France.

Ces bons points-centimes sont ordinairement donnés parlesconseils municipaux ou les personnes bienfaisantes qui avaient coutume autrefois de donner aux élèves méritants, le jour de la distribution des prix, des livrets de caisse d'épargne gratifiés de cinq, dix, ou vingt francs. C'est une transformation ingénieuse et plus efficace des dons de livrets de caisse d'épargne aux écoliers.

Voici le mécanisme : l'instituteur reçoit la somme allouée ; il l'aménage pour dix mois ou pour quarante-quatre semaines. Et, dans le cours de chaque semaine ou de chaque mois, il distribue aux élèves méritants la quantité de bons points-centimes dont la valeur sera disponible pour la période.

Ces bons points-centimes sont de : un centime, ■dix centimes, vingt-cinq centimes et cinquante centimes. Les frais résultant de la confection et de l'impression de ces petits cartons sont minimes. Ils remplacent d'ailleurs les anciens satisfecit.

Chaque carton est d'une couleur différente suivant la valeur qu'il représente ; il porte une inscription dans ce genre : École communale de Bourgneuf

1 bon point = 1 centime.

Les bons points-centimes délivrés aux élèves se réalisent chaque mois, quand l'instituteur prépare 6on bordereau de la caisse d'épargne scolaire. A ce moment, les élèves sont invités à présenter leurs bons points-centimes; pour chaque élève, l'instituteur inscrit la somme comme un dépôt ordinaire qui serait fait en espèces à la Caisse d'épargne scolaire ; et, de plus, il la note sur un Journal spécial des bons points payés, qui lui sert de comptabilité et de contrôle.

A la fin de l'année scolaire, à la distribution des prix, l'instituteur fait sur son journal des bons points payés le relevé des bons points gagnés par chaque élève ; et la liste de ces totaux annuels de récompenses quotidiennes est lue au palmarès. Cette liste ainsi publiée constitue d'ailleurs une sorte de compte-rendu public de la gestion du fonds alloué.

Pour une école de deux cents élèves, la somme allouée pour l'année est ordinairement de 100 fr.

Voici les avantages et le bienfait de cette pratique, d'après l'expérience :

Le bon point-centime remplaçant l'ancien satisfecit rehausse la récompense en ajoutant une valeur réelle. L'autorité du maître en est accrue, soit aux yeux de l'enfant, soit aux yeux des parents, qui prennent dès lors plus d'intérêt à la bonne conduite, à l'exactitude et au travail de l'élève en dehors de la classe.

Les bons points-centimes remplacent en détail et au jour le jour la récompense autrefois donnée en gros une fois l'an sous la forme d'un livret de caisse d'épargne decinq francs ou plus ; ils rendent plus sensible à l'élève la récompense accordée à ses mérites ; ils rapprochent la récompense de chacun des actes méritoires, suivant l'esprit à courte visée de l'enfant ; et les mérites de l'écolier sont d'ailleurs ainsi récompensés deux fois : au jour le jour, presque à l'instant de choque acte louable ; et, ensuite, à la fin de l'année, à la distribution des prix, par un rappel d'ensemble des centimes gagnés pendant les dix mois scolaires, quand le palmarès publie la liste des élèves gratifiés de bons points et des sommes gagnées par chacun d'eux dans tout le cours de l'année.

5. Résultats constatés à l'étranger. — Les rapports officiels des Parlements d'Angleterre, d'Autriche Hongrie et d'Italie nous font connaître que le succès des caisses d'épargne scolaires de France a excité, à l'étranger, l'intérêt et l'émulation des hommes d'État et des personnes soucieuses des progrès sociaux. En Angleterre, le Post-Office, en 1876, a pris à sa charge les frais des imprimés et même de notices pour la propagande. En Italie, la loi du 2l mai 1875 sur les caisses d'épargne postales a accordé des privilèges et ménagé des primes pour les directeurs des écoles qui auront coopéré le plus efficacement aux caisses d'épargne scolaires, surtouten considération du « bon effet éducatif obtenu.» En Autriche, un membre du Parlement, M. le docteur Roser, secondant l'œuvre d'une Société générale (Sparverein fur Kindern), s'est dévoué depuis 1877 à doter les écoles de son pays de ce nouveau service; et en Hongrie, M. le conseiller royal Franz Weiss, présidentde l'Académie commerciale, a pris à cœur de réaliser le vœu testamentaire de son ami Franz Deak. Même mouvement en Allemagne et dans les autres pays du Nord, en Russie et en Pologne ; en Espagne et en Portugal. Le souverain du Brésil a rapporté l'idée et l'institution, de son récent voyage d'Europe ; et aux États-Unis, M. Townsend, de New-York, vice-président de la plus importante de toutes les caisses d'épargne d'Amérique, disait tout récemment au congrès des institutions de prévoyance comment il avait introduit la question en Amérique : « En m'autorisant des heureuses expériences des pays d'Europe, notamment de la France, j'ai recommandé cette institution, cette nouvelle branche d'éducation populaire, dans mon mémoire lu au congrès de l'Association américaine de la science sociale, à Saratoga Springs, le 6 septembre 1877, et j'ai lieu de croire que mes paroles ont été bien entendues.»

En nous adressant ici aux instituteurs, nous pensons nous adresser aussi aux institutrices. Dans la prévoyance, les femmes ont un rôle peut-être plus considérable encore que les hommes. Dans les ménages d'ouvriers et d'artisans, c'est la femme qui

Page 1