V. Ecriture
Législation scolaire. — Dans la plupart des Etats, l'enseignement de la calligraphie est confondu avec celui de l'écriture. Toutefois, dans les duchés d'Anhalt et de Bade, dans le Wurtemberg, en Italie, en Portugal, etc., la loi établit une distinction entre ces deux branches d'enseignement qui figurent séparément dans les programmes; en Italie et en Portugal, l'écriture fait partie du programme du degré inférieur de l'enseignement primaire, tandis que la calligraphie n'est mentionnée que dans le programme du degré supérieur.
CALLISTHÉNIQUES {Exercices). — On appelle ainsi aux Etats-Unis des exercices gymnastiques destinés aux jeunes filles et en usage dans la plupart des écoles publiques, soit mixtes, soit spéciales aux filles. Comme l'indique l'étymologie de ce mot prétentieux, le but de ces exercices est de développer la force sans nuire à la grâce (de deux mots grecs, littéralement force et beauté). La différence principale entre la gymnastique et la callisthénique est que ce dernier nom exclut les exercices violents et les efforts musculaires réservés aux garçons.Les exercices callisthéniques ne l'emportent sur les jeux ordinaires des jeunes filles que par leur caractère systématique, gradué, méthodique. Ce sont plutôt des mouvements, des marches rhythmées et presque des danses que des exercices gymnastiques proprement dits. Ils font diversion aux travaux de la classe sans fatiguer les muscles, sans exiger ni appareils ni vêtements spéciaux ; des barres, des anneaux et des haltères suffisent. Ordinairement ces exercices s'exécutent au son du piano et ils sont souvent accompagnés de chants et de rondes. Tantôt ce sont des exercices sur place : flexion du bras et de l'avant-bras, du cou, des jambes, du corps, positions diverses tendant à exercer les muscles de la poitrine ; tantôt ce sont de véritables défilés en mesure et en cadence qui, pour s'exécuter dans la salle d'école ou dans le préau couvert du rez-de-chaussée, exigent une précision presque militaire : pour quelques exercices les élèves des deux sexes sont séparés ; le plus souvent, là où les dimensions du local le permettent, cette leçon comme toutes les autres a lieu en commun. De nombreuses écoles de filles dans les grandes villes ont aujourd'hui leur callisthénium, comme les écoles de garçons ont leur gymnasium. Pour ce qui concerne la question générale de la gymnastique, V. Gymnastique.
CALQUE. — Calquer, comme l'indique l'étymologie par une métaphore pittoresque, c'est mettre le pied dans la trace du pas d'autrui (calcare, fouler du pied), c'est repasser des lignes déjà tracées sans autre souci que celui de l'exactitude dans cette reproduction toute machinale.
Il était donc bien naturel qu'on songeât à ce procédé pour faire reproduire sans effort et sans tâtonnement par l'enfant les traits marqués d'avance par le maître, et on n'a pas manqué d'y recourir pour les différents exercices qui comportent ce secours ; il y en a trois principaux : écriture, dessin, cartographie. Dans les trois cas, l'illusion que produit le calque est toujours la même : l'enfant semble produire quelque chose de correct et même d'élégant, et il n'a que la peine de promener son crayon ou sa plume sur des contours qu'on lui donne tout faits.
Ce résultat est-il enviable ? Ceux qui l'ont soutenu se sont fondés sur un argument spécieux : « l'enfant s'instruit par l'imitation; de même que c'est en forgeant qu'on devient forgeron, de même c'est en imitant de belles choses qu'on apprend à les faire soi-même. » Il y a une seule objection à ce raisonnement : c'est que calquer n'est pas imiter. L'imitation libre avec tous ses périls, toutes ses mésaventures, tous ses tâtonnements, est un travail
profitable à l'œil, à la main, disons mieux, à l'esprit. L'imitation est un effort, elle implique une part de jugement, d'attention, de réflexion propre. Imiter, c'est agir. Calquer, c'est subir. Le calque est infaillible, et c'est là son irréparable inconvénient; il n'exige aucune participation de la pensée, aucune étude, aucune initiative intellectuelle; on peut dire en général que plus le calque est parfait moins l'élève y a mis du sien. C'est une sorte de dextérité, d'habileté manuelle qui s'acquiert sans entraîner avec elle un développement correspondant de l'intelligence. Par conséquent le calque n'est jamais un procédé pédagogique ; à supposer qu'il apprenne quelque chose, il n'apprendra qu'à se dispenser de comprendre et presque à se dispenser de bien voir et de bien observer.
Telle est la raison générale et toute théorique pour laquelle nous croyons devoir condamner, quelque mérite de détail qu'ils puissent avoir, les procédés de calque calligraphique, géographique et autres. ^
CALVADOS (Département du). — Superficie:
552 070 hectares ; population : 450 220 habitants (au lieu de 480 992 en 1863) ; densité moyenne de la population : 82 habitants par kilomètre carré ; — 6 arrondissements ; 38 cantons; 764 communes.
Population d'âge scolaire. —49 711 enfants (dont 24 784 garçons et 24927 filles) de six à treize ans, soit un peu plus de 11 enfants par 100 habitants.
1 . Historique de l'enseignement primaire. — 1* Avant 1789. — V. l'article Normandie et aussi Nesmond.
2° Depuis 1789. — Le Conseil général du Calvados vota le premier budget de l'instruction publique en 1818 ; il s'élevait à 36 000 francs. On comptait à cette époque 132 écoles, presque toutes mixtes. Les traitements des instituteurs variaient de 4u0 à 600 feancs. Ce budget s'éleva progressivement : en 1832, il était de 72 000 francs. Après la loi de 1833, le conseil vota pendant plusieurs années la somme de 100 000 francs. En 1840, le nombre des écoles dans le département s'élevait à 390 ; on n'en comptait que 70 spéciales aux filles. D'après un recensement fait en 1812, le nombre des enfants qui fréquentaient ces écoles était de 40721, dont les garçons formaient les deux tiers environ. La durée de la fréquentation ne dépassait pas généralement quatre ou cinq ans. Les élèves quittaient l'école pour se livrer aux travaux des champs, même avant leur première communion.
Le montant total des dépenses de l'instruction primaire s'élevait, en cette même année 18 i2, à environ 400 000 francs.
On ne comptait que 75 locaux convenables, 104 étaient passables , les autres en mauvais état. La moitié des bâtiments scolaires était prise à loyer.
En 1844, le département du Calvados occupait le vingt-deuxième rang pour le développement de l'instruction primaire ; 66 conscrits sur 100 savaient lire, 50 lire et écrire, 35 lire, écrire et compter. La moitié des conscrits environ étaient illettrés. Un progrès sensible se manifesta pendant les trois années suivantes, car, en 1847, 65 conscrits sur 100 savaient lire et écrire. Ce progrès ne fit que s'accentuer pendant la deuxième république de 1848. M. Avril, préfet du Calvados en 1849, s'oocupa avec un soin particulier de l'instruction primaire ; ce fut sous son administration que le Conseil général vota le premier crédit « pour secours aux vieux instituteurs infirmes. »
En 18J9, une somme de 275 000 francs fournie soit par les communes, soit par le département, soit par l'Etat, fut dépensée en améliorations scolaires. La part contributive du département fut de 18 000 francs, celle de l'Etat de 55 000 francs.
CALVADOS
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Pendant la période du second empire, les progrès continuèrent sans être particulièrement rapides : le département comptait en 1807 : 579 écoles publiques de garçons ou mixtes, 245 écoles publiques de filles, soit au total 824 écoles publiques; plus 172 écoles libres, dont 136 pour les filles.
La population scolaire était à cette époque évaluée à 26850 garçons dans les écoles publiques et 1461 dans les écoles libres, 15005 filles dans les écoles publiques et 84G8 dans les écoles libres, soit au total 52084 élèves. Mais ces nombres n'indiquent que le total brut des inscriptions au registre matricule de l'année 1866.
Ce qui est bien certain, c'esi que depuis une vingtaine d'années l'inscription moyenne a fait de grand progrès.
La largesse avec laquelle le Conseil général a secondé le développement de l'instruction primaire, l'agglomération des localités, surtout dans certains arrondissements, les communications rendues faciles par le bon état des routes, dont est largement pourvu le Calvados ; la profession des populations qui s'occupent presque exclusivement d'agriculture ont contribué à améliorer graduellement l'état de choses. Le recensement de 1872 inscrivait encore dans le Calvados li)6,593 personnes comme complètement privées d'instruction ; 41030 possédaient de bons éléments de lecture, 304028 savaient lire et écrire; il avait été impossible de constater le degré d'instruction de 2361 individus.
Le nombre des conjoints ayant su signer leur acte de mariage était de 96 hommes et 93 femmes sur 100 dans la période de 1872 à 1876. Ce qui portait le Calvados au 10e rang pour la moyenne de l'instruction à ce point de vue.
La moyenne de l'instruction des conscrits a suivi également depuis cinquante ans une marche ascendante assez rapide (V. Conscrits).
Caen. surnommée l'Athènes normande, est le siège d'une académie ; elle possède dix sociétés savantes, quatre facultés, un excellent lycée, des établissements libres d'instruction secondaire; Pont-1'Evèque, Lisieux, Honfleur , Vire, Condé sur Noireau, Falaise ont aussi des collèges estimés.
Les établissements charitables ne font pas défaut. Caen en a 3 : la société de Charité maternelle, l'œuvre de Notre-Dame de Caen, et Notre-Dame de Charité du Refuge. On y trouve encore une crèche. Lisieux a aussi la sienne.
Les sociétés de chant sont nombreuses dans le département, qui en possède 122. Il est aussi trèsriche en bibliothèques : celle de Caen, créée en 1786, renferme 80 000 volumes, 8f>0 incunables; les manuscrits dépassent 450. Celle de Vire est également précieuse ; elle possède 25 000 volumes et diverses manuscrits concernant l'histoire de la ville. Viennent ensuite les bibliothèques de Bayeux, 18 000 volumes, de Falaise 15 000, de Lisieux 14 000, d'Honfleur, etc.
Enfin depnis quelques années et grâce à l'initiative d'hommes dévoués autant que savants {Agriculture, p. 38), le Calvados est un des départements où l'enseignement de l'agriculture a reçu les plus heureux développements. Les six comices agricoles du département ont arrêté des programmes pour chaque sexe, donné des instructions, fondé des prix, institué des concours afin d'imprimer à cette partie de l'enseignement une marche intelligente et pratique. [Beuzeval]
2. Etat actuel de l'instruction primaire, — Létat actuel de l'instruciion primaire est mieux connu pour le Calvados qu'il ne l'est malheureu- M^iui1™8 Ia PluPart de nos départements. M. labbé Hébert-Duperron, qui remplit depuis plusieurs années les fonctions d'inspecteur d'académie, a eu l'heureuse idée de publier ses excel-
lents Rapports annuels sur la situation de l'instruction primaire, série de documents précieux pour qui veut étudier à fond et avec suite le développement des institutions scolaires. C'est de là que nous tirerons la plupart des renseignements qui vont suivre.
Nombre d'établissements et situation des commu nés — Le Calvados possède en 1878 : 25 salles d'asile (dont 5 libres), et 1015 écoles (dont 116 libres), savoir :
Ecoles spéciales
aux garçons 314 éc. publiq. 12 éc. libres. Ecoles spéciales
aux filles 289 — 95 —
Ecoles mixtes 296 — 9 —
Les écoles publiques comptent 689 écoles laïque» et 210 congréganistes.
Sur les 764 communes, 599 possèdent une école publique, 158 sont réunies légalement à une autre pour l'entretien d'une école publique, 5 ont une école libre tenant lieu d'école publique ; 2 n'avaient pas, mais vont avoir l'année prochaine une école publique. Le Calvados est un des départements qui appliquent le plus largement le système de la réunion des petites communes au point de vue scolaire; il en résulte des inconvénients et des avantages marqués : dans une dizaine de communes, on arrive par cette réunion à un effectif de 50, de 70 ou de 80 élèves pour un seul maître, mais aussi, dans 92 communes, ce système a permis d'établir séparément une école de filles et une école de garçons au lieu d'une école mixte.
Nombre de classes. — D'après la statistique du ministère, en 1877, les écoles publiques comptaient : 1° dans les 85 chefs-lieux de canton et communes de plus de 2000 habitants, 2:55 classes, dont 113 de garçons, 117 de filles, 5 mixtes.
2° Dans les 729 communes rurales, 876 classes dont 292 de garçons, 290 de filles, 294 mixtes. Sur ce total de 111 1 classes publiques, les laïques endirigeaient 7t9 et les congréganistes 342 (dont 254 de filles et 37 mixtes).
Au point de vue de l'organisation pédagogique, il n'est pas sans intérêt de remarquer comment se répartit ce nombre de classes par écoles (y compris les écoles libres).
Laïques. Congréganistes.
;oles à une seule classe.
— à trois classes
— à quatre classes...
— à cinq classes
— à six cl. et au-dessus.
Ainsi les congréganistes ont 574 classes pour 286 écoles, soit presque 2 classes en moyenne par école, et les laïques n'ont que 819 classes pour 729 écoles.
Cette différence à l'avantage des congrégations se marque mieux encore par la proportion du personnel enseignant des deux sexes. Les laïques emploient 889 personnes (y compris les non-brevetées) pour 81y classes, soit 107 personnes pour 100 classes ; les congréganistes 693 personnes pour 57 i, soit 124 personnes pour 100 classes.
Personne! enseignant. — On compte dans les écoles publiques, y compris les adjoints : 569 instituteurs (dont <<$ congréganistes) ; 889 institutrices (dont 555 religieuses).
Population des écoles primaires. — Le total des inscriptions danslesécoles publiques pour l'année scolaire 1876-1877 a été de 47 250 élèves (25 703 garçons, et seulement 21 547 filles). En y ajoutant les écoles libres, on aurait un total général de
CALVADOS
CALVADOS
55 685 élèves et alors les filles sont en majorité : 2681? garçons, 28 868 filles. En 1878, on porte le nombre à 59000 environ.
Mais ces chiffres se réduisent sensiblement si l'on en déduit les inscriptions faisant double emploi et celles des élèves qui n'ont suivi qu'un trimestre ou deux à peine.
Sur les 47(00 élèves des écoles publiques, il n'y en a pas plus de 37 à 38 000 qui aient été inscrits six mois de suite à l'école.
Si l'on veut se rendre compte plus exactement de la situation, il faut remarquer que sur 24 784 garçons de 6 à 13 ans recensés dans le département, 21511 sont inscrits dans les écoles primaires et les salles d'asile (il y en a en outre 1066 dans les établissements d'enseignement secondaire, mais peut-être pas tous originaires du département' ; et que d'autre part, sur 24 927 filles recensées, 22 307 sont inscrites dans les écoles. Ainsi la population scolaire se compose de 90 filles sur 100 et de 91 garçons sur 100.
La différence entre ces deux nombres : 55 685 élèves en tout, et seulement 43 818 élèves de 6 à 13 ans, atteste la présence d'environ 12000 enfants au-dessous et au-dessus de l'âge scolaire. Sur ce nombre, il y a plus de 8 000 enfants de moins de 6 ans inscrits dans les écoles primaires : c'est assez dire combien l'inspecteur d'académie a raison de considérer comme un des progrès les plus urgents la création d'écoles enfantines spécialement destinées au premier âge et qui devront être, comme à Paris, confiées h des femmes (Al locutions au petit lycée de Caen et à l'école normale, août 1878).
Fréquentation effective. — Elle est loin d'être ce qu'on désire, dit encore M. Hébert-Duperron dans son dernier Rapport. Plus de 1,100,000 absences ont été constatées, c'est une moyenne de 19 par élève ; il y en a moins en général chez les filles que chez les garçons.
La statistique du ministère accuse la moyenne de fréquentation suivante, par rapport au total des inscriptions :