CAMARADES
que du Calvados; très-intéressant chapitre relatif aux anciennes écoles du (aloados : université, collèges de Bayeux, Lisieux, Vire, séminaires, etc.
1872, p. 144. Les cours d'adultes.
1876, p. 368. Y a-t-il partout des délégués cantonaux pour les écoles? Vœux émis p;ir M. Beanou.
1876, p. 57. De l'instruction primaire dans le département du Calvados pendant l'année 1874, par L'abbé Hébert-Dupe»ron, inspecteur.
L'A unitaire normand contient en outre une des plus importantes séries d'études qui existent en France sur l'enseignement agricole et son introduction dans l'école primaire; citons notamment : 1849. Organisation de l'enseignement agricole en France, par M. Tourret ; — 1887, p. 307. La question de l'enseignement primaire agricole à l'ordre 'lu jour de tous les congrès, par M. de Caumont ; — p. 360. Pro-
ftagation des connaissances agricoles dans les campagnes par es soins des instituteurs, par M. Campion ; — 1862. Discussion de cette question : Moyens de propager l'enseignement agricole, plan d'enseignement agricole proposé par AI. Pagny. chef d'institution à Caen.
1865, 1864, 1863. Rapports de MM. de Caumont, du Poërier de Portbail, Lebreton, etc., sur les progrès de l'enseignement agricole d'après les institutions de l'Association normande; — 1868, p. 1 70, 373, 394. Enseignement primaire et enseignement supérieur de l'agriculture, par M- de Caumont ; Éducation des filles à la campagne, par M. de Roissy.
1869. p. 313. Rapport de la commission chargée d'examiner sur l'agriculture les élèves présentés par les instituteurs de plusieurs cantons.
1870, p. 414. Considérations sur l'enseignement agricole en général et sur l'enseignement agronomique au Muséum d'histoire naturelle en particulier, par M. 0. de Roissy.
1876, p. 346. Quels ont été les résultats des enseignements agricole et horticole des sociétés, comices et cercles de l'arrondissement ? Quels ont été les encouragements donnés aux hommes dévoués à cet enseignement et aux instituteurs les plus zélés ? (Congrès de l'Association normande à Granville, 17 juillet 1S75.)
Bulletin de la Société d'Agriculture et de Commerce de Caen. — 1868-1875. Rapports de M. Isidore Pierre sur les concours d'enseignement agricole et horticole élémentaire; récompenses décernées aux instituteurs et à leurs élèves.
1870. Concours pour l'enseignement agricole entre les élèves de l'enseignement secondaire spécial du lycée de Caen, entre les élèves de l'École normale, entre les instituteurs primaires de l'arrondissement.
Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie : Documents inédits relatifs à l'Université de Caen, par M. Charme (1857) et par M. Léon Lemenuet de la Jugannière (1860).
Académie des Arts et Belles-Lettres de Caen ( Société des Beaux-Arts). — 1801-181 1, p. 314. Mémoire sur la puissance de l'éducation, et sur les améliorations dont elle est susceptible, par M. Le Gagneur.
1837 Rapport adressé à M. le maire, par M. Hippeau, au nom d'une commission chargée de constater l'état de l'enseignement donné dans les écoles municipales de dessin et d' architecture. [Bulletin de la Société des Beaux-Arts de Caen, 1" vol., p. 171.)
1873, p. 396 (vol. supplém.). Ce que l'instruction primaire doit à M. le comte de Guernon-Ranville.
Mémoires de l'Académie nationale de Caen, 1874. — L'Ancienne Université de Caen, par M. Jules Cauvet ; — L'Instruction primaire avant 1789. par M. Julien Travers.
1873, p. 3'23. Des moyens de procurer l'éducation par l'école, par M. Emm. Chauvet.
Knlin il faudrait citer toute la collection de l'excellent Bulletin de l'instruction primaire.
CALVI>T. — Comme nous n'avons à parler, dans ce Dictionnaire, du célèbre réformateur que pour son influence directe et surtout indirecte sur l'instruction populaire des protestants de France et des pays de langue française, nous ne croyons pas devoir répéter ici, à part, l'historique et les considérations générales résumées dans notre article Protestantisme*.
CAMARADKS. — On ne peut pas dire des enfants qu'ils ont des amis, parce que l'amitié est un sentiment qui, né de la sympathie des caractères, se développe peu à peu sous l'influence de la raison et s'affermit par l'estime ; c'est, en un mot, un sentiment réfléchi.
Or, l'enfant est peu capable de suite et de réflexion ; sa vie, c'est le moment présent ; il a déjà lre Par-we.
oublié son passé de quelques mois et ne songe pas à l'avenir. Ce qu'il aime, ce qui lui est nécessaire, c'est le mouvement, le bruit, la variété. Tout être qui se meut comme lui, qui fait du bruit comme lui, qui change de désirs a chaque instant comme lui, lui plaît. L'enfant a des camarades, il n'a pas d'amis.
La langue elle-même a consacré ici une distinction assez délicate : on ne dit pas ou l'on ne dit guère des «. amis d'école », des « amitiés d'école », tandis qu'on emploie constamment le terme « amis de collège »; c'est que le collège embrasse nonseulement l'enfance, mais l'adolescence; que d'ailleurs il suppose souvent l'internat et par conséquent de longues années de vie en commun, qu'enfin la population d'une classe de collège étant bien moins nombreuse, moins diverse et moins flottante que celle des écoles primaires d'une grande ville, établit entre les élèves des relations plus suivies.
Mais, le camarade d'aujourd'hui étant ou pouvant être l'ami de demain, il y a lieu, pour l'instituteur, pour l'institutrice, de surveiller discrètement ces premiers liens qui s'établissent sous ses yeux entre des enfants que le hasard rapproche. Quelque fugitives que soient les impressions de l'enfant, il faut les observer, s'en rendre compte, en prévoir les effets, s'assurer qu'elles ne dégénèrent pas en mauvaise liaison, que l'un des deux camarades ne prend pas trop d'empire sur l'autre, se mettre enfin avec autant de sollicitude et peut-être plus de clairvoyance à la place des parents eux-mêmes.
Nous ne conseillons pas cependant de pousser toujours aussi loin que certains pédagogues le proposent cette intervention constante du maître ou de la maîtresse.
Dans certains pensionnats, on croit bien faire de donner à chaque élève de la classe inférieure arrivant à l'école une « petite maman, » qui est une élève d'une classe plus avancée. On voit tout de suite les avantages et aussi les inconvénients de ce système. Pour certains enfants, notamment pour les plus déshérités, ces associations peuvent être un grand instrument de moralisation (V. Mettrai/;. M. A. Grosselin a essayé de généraliser dans les écoles primaires l'institution des petites familles*.
Toutes ces tentatives ont leur intérêt, mais ce qui est encore de beaucoup l'élément le plus important, le fait qui a le plus de portée soit pour le bien, soit pour le mal, ce n'est pas la camaraderie organisée artificiellement, c'est celle qui s'établit d'elle-même entre enfants d'une classe, d'une école, généralement et sans effort. Les enfants sont bons camarades, et il faut bien se garder d'altérer, de gêner en rien ce bon sentiment qui leur est naturel; rien ne serait plus pernicieux, par exemple, que d'inviter ou d'obliger un élève à désigner son camarade coupable. L'effort que font des enfants, le petit sacrifice qu'ils s'imposent en acceptant, comme il arrive chaque jour dans les collèges, une punition collective imméritée plutôt que de nommer l'un d'eux, seul auteur du méfait, est le premier apprentissage de la force de caractère et de la générosité. C'est, — pour les innocents comme pour le coupable qui, s'il a du cœur, ne manque pas à son tour de se déclarer, — une leçon de morale plus efficace que de longs discours.
Ce que le maître pourra presque toujours utilement développer en le surveillant, c'est un certain sentiment de la solidarité, ce qu'on pourrait appeler l'esprit de corps entre camarades. On a maintes fois l'occasion de rendre un service, d'apporter délicatement un secours, de donner une marque de sympathie à un camarade malheureux : il n'y aura qu'à suggérer l'idée aux enfants, ils s'empresseront de l'accueillir. Nous avons trouvé aux Etats-Unis, établie dans certaines écoles primaires de l'Ouest, une pratique touchante : dans la grande salle où
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toute l'école se réunit pour les jours d'examens et de fête, on voit sur les murs un certain nombre de petits cadres très simples contenant chacun une inscription : In memoriam, et l'indication du nom •et de l'âge d'un élève mort à l'école ; ses camarades ont voulu que son nom du moins fût encore ■au milieu d'eux dans ces réunions solennelles qu'il aimait tant.
Nous n'avons pas à parler ici des particularités et des abus de la camaraderie connus dans les collèges et les écoles supérieures sous le nom de brimage. Rien de semblable ne peut exister dans l'école primaire, en France surtout.
CAMERISTAT. — Dans certains pays où la population vit disséminée sur de vastes territoires, dans des hameaux ou des fermes isolées situés à de grandes distances du chef-lieu communal, beaucoup d'enfants se trouveraient, surtout dans la mauvaise saison, dans l'impossibilité de fréquenter les écoles si les instituteurs et institutrices ne pouvaient les loger. Les caméristats ont pour objet de remédier à cet inconvénient. Les maîtres peuvent, avec l'autorisation des autorités préfectorale et académique, recevoir dans la maison d'école un certain nombre d'enfants qui y couchent et y prennent leurs repas, sans pour cela exercer la profession de maître de pension. Ces enfants, en effet, ne sont pas à proprement parler des pensionnaires. L'instituteur ne les reçoit en général que pendant deux ou trois mois de l'année et se borne à leur fournir le logement et à faire préparer les aliments que leur apportent leurs parents. La rétribution mensuelle qu'il reçoit de chacun •d'eux l'indemnise de ses dépenses, mais ne lui permet pas de réaliser un bénéfice appréciable.
Nous extrayons d'un rapport tout récent de M. Paul Rousselot, inspecteur d'académie, sur la situation de l'enseignement primaire dans le département du Puy-de-Dôme, quelques détails intéressants qui font connaître l'organisation actuelle des caméristats dans une partie des montagnes de l'Auvergne,
Il résulte de ce document que, si l'installation matérielle des caméristats laisse à désirer, ces établissements rendent néanmoins d'importants services, et qu'avec quelques améliorations, assez faciles à réaliser, les pays de montagnes et les Tégions peu peuplées pourront y trouver un puissant secours pour l'instruction des enfants.
« Dans la Limagne, les populations sont agglomérées ; dans la montagne, les distances varient •de 1 à 8 kilomètres ; mais quelles qu'elles soient, la fréquentation de la classe est impossible, à certains moments, dans certaines localités, quand la neige couvre les chemins. Même la multiplication des écoles de hameau ne remédierait qu'imparfaitement à un obstacle aussi sérieux, si l'on ne se préoccupait en même temps de l'extension de ce qu'on appelle les caméristats.
« Il existe, dans l'arrondissement d'Issoire, 19 caméristats de garçons et 25 caméristats de filles. Ce ne sont pas des pensionnats ; l'installation matérielle en est généralement très défectueuse. Le plus souvent les dortoirs sont mal aérés, mal éclairés, humides même ; lorsqu'ils ne présentent pas ces inconvénients, ils sont toujours très restreints et renferment trop de lits : on remarque souvent un système de 4 lits, invariablement fixés les uns aux autres, et formant un grand rectangle, afin d'économiser l'espace. Aucun dortoir ne contient de lieux d'aisance; aucun, de lavabo ni de vestiaire.
« Les réfectoires ne se rencontrent guère que •dans les écoles congréganistes, où les élèves mangent dans la salle qui sert aux repas des Frères ; dans les autres écoles, ils mangent sur les tables *de la classe. Leur repas se compose d'une soupe et de lard ou de fromage, provisions rangées dans I
les placards de la salle de classe. C'est encore dans la classe que ce repas est préparé, la cuisine manquant presque partout; un gros poêle, fourni par les communes, sert à chauffer la salle d'école et à faire cuire les aliments des maîtres et ceux des élèves. Enfin, les cours faisant généralement défaut et, lorsqu'elles existent, étant couvertes de neige, les récréations ont forcément lieu à l'intérieur, et toujours dans la salle de classe, dont l'air ne peut pas être renouvelé ni les fenêtres ouvertes pendant un temps suffisant. Ainsi les dispositions réglementaires ne sont pas et ne peuvent pas être exécutées.
« Conclurai-je qu'il faut fermer ces caméristats ? A Dieu ne plaise! Si mal installés qu'ils soient, ils nous rendent les plus précieux services. Sans eux, la fréquentation serait impossible dans la montagne en hiver. Comment des enfants de six à treize ans, et même plus âgés, pourraient-ils affronter les tourmentes de neige, et ces combles redoutables qui causent chaque année des accidents mortels? Il n'est pas rare de rencontrer, à 100 mètres d'une habitation, des croix indiquant qu'il y a eu là mort d'homme. Avec les caméristats, l'enfant une fois à l'école, y demeure, suivant la rigueur de la saison, quatre jours, huit jours, quinze jours de suite, repart le jeudi ou le dimanche, dès que l'état des chemins le permet, pour revoir ses parents et renouveler ses provisions de bouche (car l'instituteur ou l'institutrice ne le nourrissent pas), ou les parents eux-mêmes viennent les lui apporter.
« Encourageons donc l'institution des caméristats sans les assimiler à des pensionnats primaires, dont les conditions sont trop onéreuses ; veillons à ce que leur installation réalise quelques progrès exigés à la fois par l'hygiène et par les intérêts de l'éducation. Il faudrait apporter une attention particulière à l'étude des projets de construction de maisons d'école dans ces régions, et sans en faire des pensionnats, leur donner une extension plus grande qu'aux maisons d'école ordinaires. »
CAMPAN (Madame). — Jeanne-Louise-Henriette Genest, ou Genêt, naquit à Paris, le 6 novembre 1752. Son père, premier commis aux af faires étrangères, sans fortune et à la tête d'une famille nombreuse, fit donner à ses enfants une éducation et une instruction brillantes, dont profita surtout la jeune Henriette. A quinze ans, elle faisait le plus grand honneur à son professeur de chant, Albanèse, à son professeur d'italien, Goldoni, à Duclos, à Thomas Barthe, ses professeurs de lecture et de déclamation. On vanta ses talents à Louis XV, qui la nomma lectrice de ses trois filles. D'abord fascinée par l'éclat de la cour, Henriette Genest ne tarda pas à connaître l'ennui profond qui régnait dans l'appartement des filles du roi. Il n'était guère interrompu que par les visites de leur père, et alors, mademoiselle Genest pouvait s'attendre à des remarques ironiques et blessantes, qui étaient un des menus plaisirs de Sa Majesté.
Il la rencontra un jour: « On dit que vous savez quatre ou cinq langues? — Deux seulement, sire: l'anglais et l'italien. — Les parlez-vous familièrement? — Très familièrement — En voilà assez pour faire enrager un mari ! »
Et le roi s'éloigna en riant.
Le mariage de Louis XVI avec Marie-Antoinette apporta un peu d'animation dans la vie de mademoiselle Genest ; la jeune princesse se lia d'amitié avec elle et, plus tard, la fit marier avec M. Cainpan, en lui donnant une riche dot, de magnifiques appartements et le titre de femme de chambre de la reine.
Pendant vingt ans, l'amitié qui liait Marie-Antoinette et madame Campan fut inaltérable; mais, dès les premiers temps de la Révolution, les nua-
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ges se montrèrent. Sans en faire parade, madame i Campan était constitutionnelle ; on le sentait à la cour, et si l'on ne crut pas prudent de la con. dier, du moins on lui cacha la fuite à Varennes, qui s'accomplit pendant un voyage qu'elle avait entrepris avec son père, et elle ne revint à Paris que lorsque Marie-Antoinette, de retour dans la capitale, lui donna l'ordre de la rejoindre. La veille de son incarcération, Louis XVI lui confia un portefeuille contenant des papiers importants, et la reine son coffret de diamants ; certains biographes assurent que, siellenesuivitpas la famille royale au Temple, c'est que Pétion s'y opposa formellement.
Pour se faire oublier de la Révolution, elle se retira a Coubertin, dans la vallée de Ghevreuse ; mais sa position était des plus précaires; elle avait tout perdu; elle avait répondu pour son mari, dont les dettes s'élevaient à 30,000 francs, et elle ne possédait qu'un assignat de 3<)0 francs. C'est alors qu'elle eut l'idée de fonder un pensionnat.
Madame Campan, outre une instruction solide et brillante, avait le goût de l'enseignement; elle réussit au delà de ses espérances. Dans son établissement de Saint-Germain affluèrent les jeunes filles de grandes familles française» et étrangères ; Madame de Beauharnais lui confia sa fille Hortense et sa nièce Emilie, depuis l'héroïque madame de Lavalette. La réputation de madame Campan comme institutrice s'imposa si bien, que, lorsque Napoléon fonda l'établissement d'Écouen pour les filles des membres de la Légion d'honneur, il l'en nomma la directrice. « Tout est bien, » s'écria-t-il un jour qu'il venait visiter la maison d'éducation.
La fortune de madame Campan tomba à la Restauration ; les Bourbons l'accusèrent d'avoir trahi les secrets de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Cette accusation n'a jamais été prouvée, mais ce qu'on put lui reprocher avec vérité, c'est d'avoir salué le soleil levant et de s'être liée intimement avec la famille Bonaparte, après avoir été l'amie et la confidente de Marie-Antoinette.
Dépossédée d'Écouen, malade d'une maladie terrible, un cancer au sein dont elle subit inutilement l'opération, frappée dans ses amitiés les plus chères, dans son amour maternel surtout — elle perdit son fils unique, cruellement persécuté par les Bourbons, pour le seul crime d'être cousin par alliance du maréchal Ney — elle mourut en 182V.
Madame Campan a résumé son , enseignement, dans un ouvrage remarquable : De l'Éducation, suivi des Conseils aux jeunes filles, d'un Théâtre pour les jeunes personnes et de Quelques essais de morale.
Ce travail, dédié aux anciennes élèves de Saint- Germain et d'Écouen devenues mères de famille, est divisé en dix livres.
L'auteur, très méthodique, s'occupe d'abord de la première enfance, et les chapitres qui traitent de cet intéressant sujet constituent un cours d'hygiène auquel — sauf les berceuses — nous ne trouverons rien à retrancher aujourd'hui. Signalons en passant les sages observations de M"" Campan à propos des nourrices transplantées de la campagne à la ville: des inventions, au moins inutiles, «ouvent dangereuses, pour apprendre aux enfants à marcher, du choix intelligent d'une bonne qui pourra dès les premiers temps parler à l'enfant une langue étrangère, car « il est reconnu que la prononciation et les idiomes de deux dialectes appris dès l'enfance ne se nuisent point, » de la peur qui, chez les enfants, naît de l'exemple, et que l'on n'aura même pas besoin de combattre, si oour l'entourage elle est comme non avenue, de la jalousie de I aîné en présence du berceau d'un petit frère ou d une petite sœur, etc.
Le livre qui suit traite de l'éducation de trois à sept ans. M™ Campan croit à l'efficacité et même a la nécessite d'un plan d'éducation discuté, arrête d avance par les parents.
On évitera ainsi ces contradictions et ces hésitations dont les enfants sont témoins. «Ces enfants, dit-elle, vont tout à l'heure porter des jugements... c'est leur père et leur mère qu'ils jugeront d'abord.»
A sept ans, le petit garçon passe aux mains des hommes ; la fille peut être mise en pension (au couvent) ou rester chez sa mère; de là les deux subdivisions du livre : éducation maternelle, éducation publique. Avec un grand sens, Mu,c Campan pose ce principe que l'enseignement public n'est tout à fait bon, que si chaque maîtresse a un nombre restreint d'élèves : c'est ce qui avait fait en partie son succès. C'est Mœe Campan qui eut la première idée des externats, qu'elle appelle des « pensions de jour. »
Une des questions qu'elle traite le plus à fond est celle des châtiments, qui ne doivent être ni dispro portionnés à la faute, ni trop souvent répétés, et où' li dignité de l'enfant doit toujours être ménagée : « en humiliant un enfant, on risque de l'avilir, r Et Mme Campan énumère les punitions qu'elle employait à Saint-Germain et à Écouen ; la plupart, qui paraissent vraiment puériles, produisaient tant d'effet, que plusieurs durent être abandonnées.
Le chapitre qui traite des rapports des enfants avec les domestiques se ressent un peu trop, pour notre époque égalitaire, de l'étiquette à laquelle l'ancienne lectrice de Mesdames a été astreinte ; ceux qui concernent l'enseignement de la lecture, de l'écriture, de la danse, ont évidemment vieilli ; certains conseils, tels que celui de passer l'hiver à la ville et l'été à la campagne, pendant toute la durée de l'éducation, ne sont applicables qu'à une classe peu nombreuse de la société. Mais l'ouvrage de Mme Campan, pour porter l'empreinte de son temps et de sa société, n'en est pas moins une œuvre de réel mérite pédagogique.
Une des premières, Mmc Campan osait parler se rieusement de l'éducation des femmes. Il ne faut pas oublier que, dans son entourage précisément nombre des siens se demandaient encore, au com mencement de ce siècle, s'il était bon de donner do l'instruction aux filles. La réponse de Mmc Campan est catégorique : « On verra toujours, dit-elle, que « ce sont les plus superficielles, les moins instrui- « tes, les plus ennuyées qui se lancent le plus « aveuglément dans le tourbillon des plaisirs. »
Pour bien juger l'œuvre de Mme Campan, il faut se reporter à ces paroles de Fénelon, qu'elle cite en faisant remarquer combien elle exige plus que lui : « Apprenez à une fille à lire et à écrire correctement, disait Fénelon ; il est honteux, mais ordinaire, de voir des femmes qui ont de l'esprit et de la politesse, ne pouvoir pas bien prononcer ce qu'elles lisent ; ou elles hurlent, ou elles chantent en lisant, au lieu qu'il faut prononcer d'un ton simple et naturel, mais ferme et aisé. Elles manquent encore plus grossièrement pour l'orthographe, ou pour la manière de former et de lier les lettres en écrivant. Au moins, accoutumez-les à faire deux lignes droites, à rendre leur caractère net et lisible. 11 faudrait aussi qu'une fille sût la grammaire, pour sa langue maternelle. »
Au iieu de se borner à cet « il faudrait, » qui en dit long sur les lacunes de l'instruction moyenne des femmes dans le grand siècle, Mmo Campan y ajoute des études fort sérieuses: l'histoire, la géographie, l'arithmétique, des notions des sciences et surtout les langues vivantes apprises, non seulement dans les livres, mais de manière à les parler couramment.
Bien que le livre, dans son ensemble, ne soit pas un manuel à recommander aujourd'hui dans toutes ses parties, il n'en reste pas moins, comme Mmc Campan le définit très bien, un utile a recueil d'épreuves, d'expériences et de remarques, dont les élèves ont fourni à leur insu le sujet, les principes et les résultats. — Si j'ai pu, dit-elle en terminant, favo-