CAMPE
CANADA
riser l'application des méthodes les plus avantageuses pour l'éducation, j'en recueille quelquefois les plus doux fruits, en rencontrant dans le monde des femmes instruites, des épouses respectables, d'excellentes mères, dont j'ai dirigé la jeunesse. »
[Pauline Kergomard.]
CAMPE (Joachim-Henri). — Célèbre écrivain et pédagogue allemand, né en 1740, dans le duché de Brunswick. Il étudia la théologie à Halle et devint en 1773 aumônier de régiment à Potsdam. Mais il avait ressenti l'influence des idées philosophiques des écrits de Locke et de Rousseau, et il se détourna de la théologie pour se vouer à l 'enseignement. En 1776, il fut appelé par le prince de Dessau pour remplacer Basedow * dans la direction du Philanthropinum, qu'il ne conserva qu'une année. Il fonda ensuite un établissement d'éducation à Trittow, près de Hambourg, et fut appelé à réformer le système d'instruction dans le duché de Brunswick. Il finit par se retirer de l'enseignement pour se vouer tout à fait à la carrière d'écrivain, où il remporta les plus brillants succès. Il mourut en 1818.
Les principes pédagogiques de Campe sont absolument conformes à ceux de Basedow : exercice des forces corporelles, direction de l'éducation vers l'utile, développement du bon sens et de la raison. Il exposa ses idées dans deux recueils successivement fondés par lui ; le Journal de Brunswick (1788-91) et la Révision générale du système scolaire (1785-91, 16 volumes). On a justement reproché à Campe d'avoir exagéré le côté utilitaire : ainsi il mettait l'inventeur du rouet et celui qui avait introduit la pomme de terre en Europe au-dessus d'Homère.
Le mérite de Campe réside surtout dans les écrits qu'il a composés pour les enfants. Il est en Allemagne le principal représentant de ce genre de littérature, dans lequel il a déployé une fécondité extraordinaire. Il a publié : Nouvelle Bibliothèque pour les enfants (6 volumes) ; Collection de voyages célèbres pour la jeunesse (12 vol.) ; Nouvelle collection de voyages célèbres pour la jeunesse (7 vol ). De tous ces ouvrages, le plus répandu est Bobinson Crusoé le jeune, dans lequel il remanie à l'usage des enfants le célèbre roman de Daniel Defoe, que J.-J. Rousseau avait déjà déclaré « le plus heureux traité d'éducation naturelle. » On a critiqué dans ces écrits, que l'Allemagne ne cesse de rééditer, des digressions morales souvent ennuyeuses et une exagération de la simplicité qui conduit à la platitude. Mais il n'est pas douteux que ces livres ont beaucoup contribué à répandre des connaissances utiles, une morale saine quoique un peu terre à terre, et le goût de la lecture.
Parmi les ouvrages de Campe qui s'adressent aux adultes il faut citer le Théophron, ou le Conseiller éclairé pour la jeunesse sans expérience ainsi que le Conseil paternel pour ma fille, pendant du Théophron. Campe a aussi consacré une partie de ses travaux à l'étude de la langue allemande. Il a publié un Dictionnaire de la longue allemande (5 vol. in-4°, 1807-12). Il s'est efforcé de purger la langue des mots étrangers, qui s'y trouvaient en grand nombre. Il avait reçu, avec Schiller, Pestalozzi et d'autres, de la Législative le brevet de citoyen français. [Michel Bréal.]
CAMPION (Jean-Joseph). — Pédagogue belge, né à Bruxelles en 1811, mort à Ixelles le 21 août 1878. 11 entra de bonne heure dans l'enseignement communal à Bruxelles, devint directeur d'école en 18*5 et remplit pendant vingt-cinq ans ces fonctions dans un des quartiers les plus pauvres de fa capitale, où son influence se fit sentir de la manière la plus heureuse. On a pu voir à l'Exposition universelle de 1878 quelques collections de cahiers de ses élèves remontant à J85H : il avait inauguré dès lors, à ses frais, le système des excursions scolaires et
des promenades instructives suivies de comptesrendus par les écoliers. En 1X60, il fonda, avec quelques collègues, la Société centrale des instituteurs belges, et lui donna pour organe le Progrès, dont il sut faire une des principales revues pédagogiques de la Belgique. 11 dirigea le Progrès jusqu'au 1er janvier 1874, et rendit, pendant ces quatorze ans, les plus grands services à l'instruction primaire. Il contribua, en particulier, par l'énergie, par la justesse et par la ténacité de ses revendications, à éclairer l'opinion publique, et par suite les Chambres belges, sur la nécessité d'améliorer le sort des instituteurs. Il fut en 1864 l'un des principaux promoteurs de la Fédération des instituteurs belge-:, et en 18(>7 l'un des fondateurs de l'Association pédagogique et fraternelle des instituteurs, aujourd'hui remplacée par le Cercle pédagogique. Depuis sa mise à la retraite, M. Campion avait été nommé inspecteur des écoles gardiennes de Bruxelles; et en quelques années il leur fit prendre un développement tel que l'institution, jusque-là œuvre privée, devint institution communale. Cet homme de bien, qui était un maître éclairé et un véritable ami de l'instruction populaire, a emporté avec lui l'estime et les regrets de tous les bons citoyens : les instituteurs belges ont tenu à honneur d'élever à sa mémoire un modeste monument.
CANADA. — Cette ancienne colonie française, aujourd'hui une des plus belles colonies de l'Angleterre sous le nom de « Puissance du Canada » (Dominion) est un des pays du monde où l'instruction et en particulier l'instruction primaire est le plus répandue. Néanmoins il n'y a pas de système d'instruction publique qui soit commun à la Confédération canadienne tout entière. Chacune des provinces qui la composent a son système à elle, adapté à ses besoins particuliers, et plus ou moins développé selon les conditions spéciales de la province, selon le degré de prévoyance et de sagesse des autorités qui la gouvernent.
Le « Dominion » se compose aujourd'hui de sept provinces et d'un territoire extérieur. Les voici dans l'ordre où on les place ordinairement (V. pour la géographie l'article Amérique dans la ne partie) :