‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 18 sur 547 · AIGUILLE · texte numérisé non relu

AIGUILLE

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cessivement publiées à Cologne et à Leipzig), grammaires française (Maycnce, 1832), hollandaise (1840), anglaise (18G3), Recueils de poésies anglaisa et françaises '1869, Leipzig) ; Y Allemagne poétique (1861, Leipzig), etc. [L. Rieffcl.J

AIGUILLE (Travaux à Y). — L'enseignement primaire dans les écoles de filles comprend les travaux d'aiguille (L. 15 mars 1850, art. 48).

Dans toute école mixte tenue par un instituteur, une femme nommée par le préfet sur la proposition du maire est chargée de diriger les travaux à 1 aiguille des filles. Son traitement est fixé par le préfet, après avis du conseil municipal (L. du 10 avril 1867, art. 1) et mandaté par semestre (Cire. 16 déc 1875).

Dans les examens du brevet de capacité, les aspirantes font, outre l'épreuve écrite et l'épreuve orale, sous l'inspection d'une ou de plusieurs dames spécialement désignées à cet effet par le préfet, les travaux d'aiguille prescrits par la loi. Parmi ces travaux et au premier rang sont les ouvrages de couture usuelle (Arr. 15 fév. 1853).

Cette partie de l'examen a pour objet de montrer non pas seulement que l'aspirante sait coudre et raccommoder, mais qu'elle est en état d'enseigner tous les travaux familiers aux femmes. Toute aspirante qui ne possède pas une habileté suffisante dans les ouvrages à l'aiguille doit être ajournée à une autre session (Instruction Dour les commissions ■d'examen, 8 mai 1855). — V. Couture, Maîtresse de travaux à l'aiguille, Ouvroirs, etc. [L. Armagnac]

AIN (Département de 1'). — Superficie : 5S0 660 hectares; popul. en 1876 : 365 462 hab. (au lieu de 363 290 en 1872); densité moyenne de la popul.: 63 hab. par kil. carré; 5 arrond. : Bourg, Trévoux, Belley, Nantua, Gex : les deux derniers ne forment pour l'instruction primaire qu'une seule circonscription qui égale à peine un des trois autres arrondissements : l'inspecteur primaire réside à Nantua; 36 cantons ; 453 communes.

Population d'âge scolaire. — En 1872, on comptait 46*91 enfants de 6 à 13 ans (23 904 garçons, 22 98!) 'filles), soit 12,89 enfants par 100 babitants. En 1876 on ne compte plus que 41 131 enfants de 6 à 13 ans (21 35(i garçons, 19 975 filles), soit 11,28 enfants par 100 habitants.

1. Historique de l'instruction primaire. — Avant 1789. — Les résultats de la grande enquête sur les archives de l'instruction publique dans toute la France que dirige en ce moment M. Maggiolo ne sont pas encore publiés. Voici cependant, sans commentaire et à titre de spécimen, quelques •extraits des notices que M. Maggiolo a reçues des instituteurs de l'Ain et qu'il veut bien nous communiquer :

Bourg. — Les documents relatifs à « l'organisation et discipline de l'école » remontent à 1391 ; en 1429 on paie 3 gros pour les enfants apprenant l'alphabet. De 1686 à 1690, plus de la moitié des conjoints des deux sexes signent leur acte de mariage; de 1786 à 1790, c'est la presque totalité.

Hagé-le-Chàtel. — Notice curieuse indiquant la série non interrompue des 21 maîtres qui ont enseigné de 1680 à 1792; enseignement gratuit pour les pauvres depuis 1724. Sur 48 mariages, 24 signatures d'homme, 15 de femme en 1786-90.

Saint-Trivier de Courtes. — En 1708, on paye 10 sols par mois pour les latinistes, 8 pour les écrivai7is, 5 « pour les alphabétiques ».

Saint-hambert. — Même tarif (1695) ; série complète des recteurs et régents, y compris « celui qui enseigne à lire et à écrire » de 1666 à 1793. De 1686 à 1690, sur 8L1 mariages, 22 époux, 14 épouses seulement ont signé. Cent ans après, 20 h. et 14 f. sur 60 mariages ; 1816-20, sur 92 mariages 43 h. 30 f. ; 1872-76, sur 107 mariages, 93 h. Ht f. ont signé.

Jujurieux. — Enseignement gratuit par fondation de Gaspard d Ors, depuis 1611.

Meximieux. — Gratuité pour les pauvres depuis 1763.

Thoissey.— 1786-90 : sur 41 mariages, 23 h. 18 f. ont sitrné.

Çerdon. — Pièces curieuses de 1769 sur la nomination d'un « maître d'écriture et d'arithmétique ».

Le dépouillement de tous les chiffres obtenus jus-

.Mariage».

Hommes.

477 (soit 8,7 0/0)

qu'ici pour le département (347 notices', donne le nombre suivant de conjoints ayant signé :

Puriiine*.

Depuis 1789. — Le rapport étendu et substantiel de M. Bossi, préfet de l'Ain, dans la Statistique des préfets *(1807), contient un chapitre sur « l'état de l'instruction dans les temps de la Révolution et sous le régime de la loi du 1er mai 1802 ».

« Avant la Révolution, on comptait 15 collèges (63 professeurs, 18?0 élèves) et beaucoup d'écoles particulières de lecture et d'écriture répandues dans les villages. Dans tous les bourgs on trouvait des instituteurs qui enseignaient à lire, à écrire et à chiffrer. »

Sous la République. — Après avoir indiqué les effets de l'orage révolutionnaire, « qui furent de rendre les écoles primaires presque nulles, » le préfet signale les heureux débuts de l'école centrale, qui possède «une bibliothèque de 25000 volumes, une école de musique, un jardin botanique composé de plus de 3200 individus, une collection d'objets d'histoire naturelle. »

« Les écoles primaires ne tardèrent pas à recevoir aussi leur organisation. Il y en avait, en l'an VIII, 75 établies dans les principales communes, outre 6 pensionnats et 30 écoles particulières «dont 5 seulement pour les filles, 4 à Bourg et 1 à Saint- Etienne-sur-Chalaronne). »

« Toutes les écoles ci-dessus, y compris l'école centrale, étaient fréquentées par 3455 élèves dont 3301 garçons et 154 filles, c'est-à-dire 1 élève sw 9 yarçons habitant le département entre les âges de 8 et 18 ans, 1 fille sur 200. » Le préfet ne « croit pas devoir dissimuler que, d'après ses recherches sur l'instruction des conscrits, de 1802 à 1806 inclusivement, le nombre de ceux qui savent lire et écrire n'est au nombre total des conscrits que comme 1 est à 16 2/3. »

Cherchant à s'expliquer ce grand nombre d'illettrés, le préfet y voit d'abord « la preuve de la grande lacune qu'il y a eu dans l'instruction publique pendant les cinq ou six premières années de la Révolution ». Il l'attribue en outre « à ce qu'un cinquième au moins des enfants de village abandonnent l'école sans avoir appris à lire, soit par l'incurie des parents, quelquefois même des instituteurs, soit parce qu'ils se trouvent souvent obligés de quitter l'école pour remplacer prématurément dans les travaux de la campagne leurs frères aines appelés à la défense de la patrie. »

Le préfet énumère encore 9 écoles secondaires (Arr. 26 nov. 1802), mais dont 4 seulement Bourg, Belley, Nantua, Thoissey) méritent ce titre; — 25 écoles particulières, où l'on enseigne les éléments de l'écriture en langues française et latine, des mathématiques, de la géographie et de la morale ; une école récemment fondée par un généreux philanthrope, M. Guichard de Trévoux, pour l'instruction gratuite de 20) enfants des deux sexes; enfin. 250 enfants indigents entretenus par l'hospice de Bourg, Ïô4 autres dans le département élevés sur les centimes additionnels.

Sous le Consulat et sous l'Empire. — a Je n'ai presque rien à dire des écoles primaires ; leur nombre a trop diminué depuis 1801 ; à, peine en peut-on compter 30 dans toute l'étendue du département. Dans la plupart des communes on n'aurait pu trouver des hommes sachant assez lire et écrire pour enseigner les premiers éléments ; il y a même plusieurs villages où il faut absolument avoir recours au curé pour savoir ce que contient la lettre d'un conscrit qui écrit à sa famille. L'insouciance des gens de la campagne par rapport à l'instruction de leurs enfants a toujours été porté»

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dans cette contrée à un point étonnant ; elle est aujourd'hui dans un état encore plus affligeant. » Jl ne peut être question d'établir des instituteurs dans les villages. Un maître d'école qui n'aurait pas d'autre état ne trouverait pas de quoi subsister. Aussi « l'instruction primaire est presque nulle dans ce département. A Perronnas, commune distante de Bourg d'un kilomètre et peuplée de 304 habitants, qui pourraient aisément profiter de l'enseignement de la ville, on ne compte que 2 individus sachant lire et écrire. Il paraît que l'ignorance des habitants de la campagne irait dans une progression toujours croissante, si les villages qui se peuvent procurer des instituteurs ne trouvaient quelquefois dans le zèle de leurs desservants des ressources pour les premiers degrés de l'enseignement. On en compte déjà 13 dans le département qui ont donné cet exemple louable, que beaucoup d'autres ne tarderont pas à suivre. »

L'état de choses assez triste que décrivait avec franchise le préfet de l'Empire s'est maintenu longtemps. Les vieillards du département se rappellent encore comment l'instruction était donnée dans la plupart des communes rurales, par des maîtres de passage, ordinairement par des montagnards des Hautes- Alpes*, qui venaient se lcucr pour l'hiver comme maîtres d'école dans les villages de la plaine. Les parents fournissaient à l'instituteur improvisé un logement quelconque, grange ou hangar, le nourrissaient tour à tour, et c'était tout ; si, à son départ au retour de la belle saison, quelques pères reconnaissants lui offraient une mesure de blé ou de pommes de terre, le pauvre maître s'en allait content et promettait de revenir l'hiver suivant.

Depuis laloi de 1833. — C'est seulement depuis la loi Guizot que se produit dans TAin un mouvement prononcé en faveur de l'instruction primaire. Encore rencontre-t-il au début bien des obstacles ; un des plus graves fut la crainte, réelle ou affectée, que l'instruction ne détournât les cultivateurs de leur vie simple et laborieuse. Le temps a triomphé peu à peu de ces appréhensions et de la routine qui s'en faisait un prétexte.

Le nombre des écoles primaires publiques qui était, on vient de le voir, de 30 à peine en 1808, s'est élevé graduellement à 750; le nombre des élèves monte de 11 4<)0 en 1829, a 35 835 en 1837, à 53 584 en 1863, à 58 822 en 1872r à 54 963 en 1876.

On comptait en moyenne un élève sur 37 habitants en 1826, sur 22 en 1833, sur 16 en 1837, sur 9 en 1840, sur 6 en 1876.

Le nombre des conscrits sachant lire et écrire n'était encore que de 43 p. 100 en 1827, il dépasse 50 après 1833, s'élève à 60 en 1839, à 89 en ces dernières années.

2. État actuel. — Aujourd'hui, le département n'a plus une seule commune qui ne soit pourvue des moyens d'instruction prévus par la loi. Un heureux symptôme est le nombre croissant des écoles de hameau, si précieuses dans les communes à population disséminée. Malheureusement, sur 750 maisons d'école, il y en a encore 180 qui n'appartiennent pas aux communes, et plus du tiers de ces maisons sont déclarées par l'administration non convenables, en partie môme « dangereuses pour la santé des enfants ».

Nombre d'écoles. — Le nombre des écoles primaires est de 875, dont 750 publiques et 125 libres {la plupart spéciales aux filles et dirigées par des religieuses). Dans ce nombre sont comprises 178 écoles mixtes établies dans des localités peu importantes.

Sur 293 écoles publiques congréganistes (en 1876) 258 sont spéciales aux filles, 35 seulement aux garçons. C'est sans doute cette proportion considérable des écoles congréganistes de filles qui a porté le conseil général h émettre (en 1874) le vœu que

les congréganistes soient astreintes au brevet dan» les mêmes conditions que les laïques.

Nombre d'élèves. — Le nombre des élèves inscrits sur les registres des écoles primaires s'élevait en ces dernières années à environ 60 000. Ce chiffre s'est un peu abaissé depuis 1872 (54 963 en 1876), diminution qui correspond exactement à celle de la population d'âge scolaire signalée par le dernier recensement. (Voir plus haut.)

Gratuité. — Les portes des écoles s'ouvrent largement pour les enfants indigents ; plus du tiers des élèves y sont admis à titre gratuit (22 000 environ sur 60 000), cependant les écoles entièrement gratuites sont encore peu nombreuses, on n'en compte que 84, établies dans des localités assez riches pour en faire les frais, ou fondées dans les campagnes par des libéralités particulières.

Enfants privés d'instruction. — Le nombre des enfants qui n'ont été inscrits à aucune école se serait abaissé, s'il en faut croire les derniers relevés officiels, de 1545 en 1871, à 650 en 1 875. L'exactitude de ce renseignement est difficile à vérifier, puisque le total des élèves-inscrits à l'école dépasse de près de 20 000 le total des enfants vivants de 6 à 13 ans.

Fréquentation. — Pendant l'hiver, les écoles sont bien suivies : les locaux sont encombrés, et les maîtres surchargés ont peine à suffire à la tâche ; mais, dès le printemps, la désertion commence ; et ce sont précisément ceux qui auraient le plus besoin de rester à l'école, qui la quittent les premiers.

Pour remédier à ce mal, il suffirait peut-être d'obtenir, soit par l'obligation légale, soit par un système d'encouragements et de persuasion , une fréquentation parfaitement régulière de l'école pendant les six mois de mauvaise saison. Comme le département de l'Ain est essentiellement agricole, que la plupart des élèves ruraux sont destinés à la culture et ont besoin de s'habituer de bonne heure aux travaux des champs, il conviendrait de leur en laisser faire, dès le bas âge, le rude apprentissage et de leur accorder pour cela le temps nécessaire pendant l'été, à condition que tout l'hiver fût bien employé à l'étude.

Personnel enseignant. — Si l'on ajoute aux 866 directeurs ou directrices les institutrices et les instituteurs adjoints, on arrive à un personnel de 1537 maîtres ou maîtresses pour le département. Le recrutement du personnel des institutrices se fait aisément. Il n'en est pas de même des instituteurs ; aussi plus de la moitié des maîtres-adjoints laïques exercent-ils sans brevet, comme la presque totalité des adjoints congréganistes.

Le traitement moyen des instituteurs, sans y comprendre les ressources accessoires (secrétariat de mairie, etc.), peut être évalué à 1000 francs, celui des institutrices à 700 francs au plus.

Salles d'asile. — La situation n'est malheureusement pas aussi satisfaisante en ce qui concerne les salles d'asile : on n'en compte que 48, nombre évidemment insuffisant. Le Conseil général encourage depuis quelques années, par une petite subvention, la méthode Frœbel.

Cours d'adultes. — Dans ces derniers temps le département de l'Ain comptait encore 254 cours d'adultes, recevant environ 4000 élèves. C'est a peu près la moitié de l'effectif de 1867.

Ecoles normales de Bourg. — Grâce à la générosité intelligente du Conseil général, l'école normale des garçons, restaurée en 1873, présente une organisation matérielle et des dispositions trèssai.isfaisantes. Le cours normal des jeunes filles est établi à Bourg aussi, dans la maison-mère de la congrégation des religieuses de Saint-Joseph, qui en ont la direction. Ces deux établissements donnent de très bons résultats.

I?istitutio?is auxiliaires. — Il est â désirer que

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ces jeunes maîtres, si bien préparés dans les écoles normales, puissent non-seulement conserver, mais encore affermir les principes reçus et les connaissances acquises. C'est à ce résultat que tendent plusieurs institutions qui ont fait leurs preuves ailleurs, et que ce département a récemment adoptées. Aux renseignements officiels et aux leçons pédagogiques que donne le Bulletin départemental de l'instruction primaire, s'ajoutent aujourd'hui les conférences pédagogiques présidées par les inspecteurs et suivies de comptes rendus écrits adressés par l'instituteur à l'inspection académique. L'administration a essayé en 187»; avec succès les certificats d'études primaires. Quelques sociétés pédagogiques, quelques bibliothèques spéciales à l'éducation commencent à s'organiser. L'initiative privée cherche à fonder une société départementale pour créer et entretenir dans toutes les communes une bibliothèque scolaire et une bibliothèque populaire.

Si les délégations cantonales ne fonctionnent pas encore, sauf de très rares exceptions, si les caisses des écoles, les sociétés de patronage et d'autres encouragements utiles à la prospérité de l'instruction primaire font encore défaut au département, il possède du moins un grand nombre d'institutions intéressant et secondant l'instruction générale. 11 existe au chef-lieu une Société littéraire fondée en 1872; et une Société d'émulation qui compte plus d'un siècle d'existence et dont le préfet Bossi disait déjà dans le rapport cité plus haut : • Elle rendra des services aux sciences, et rappellera que le petit pays qui a donné le jour au président Favre, à Vaugelas *, Ozanam, Commerson, Varennes de Fenille, Bichat et Lalande, ne doit pas être oublié dans la statistique littéraire de la France. » A ces noms il ne serait pas difficile d'en ajouter d'autres ; nous n'en citerons qu'un, celui d'Edgar Quinet \

Le département possède 3 musées (Bourg, Belley, Nantua) ; 6 bibliothèques publiques, dont 3 à Bourg (biblioth. commun. 25 000 volumes, biblioth. populaire, biblioth. des bons livres) ; enfin bibliothèques scolaires.

Les institutions de bienfaisance du département sont nombreuses et estimées. L'Ain possède 32 hospices, 245 bureaux de bienfaisance, 5 orphelinats, 9 ouvroirs, de nombreuses sociétés de charité, 12 caisses d'épargne, et 114 sociétés de secours mutuels : l'une d'elles a été fondée par les instituteurs et les institutrices du département.

Quant à l'esprit même de l'enseignement, le département de l'Ain compte déjà bon nombre d'instituteurs d'élite qui sont entrés et persévèrent avec succès dans la voie rationnelle. Que les autres suivent cet exemple, qu'ils substituent» de plus en plus, à l'enseignement mécanique et à la discipline sèche, l'emploi de tous les moyens qui, parlant aux yeux, intéressent l'imagination, l'esprit et le cœur, une parole sympathique, des leçons solides, attrayantes, appropriées aux besoins locaux : il n'en faudra pas davantage pour élever sensiblement en quelques années le niveau général de l'instruction populaire dans le département.

AISNE (Département de Y). — Superficie : 736 731 hect. ; popul. : en 1876, 560 427 habit, (au lieu de 552 439 en 1872); densité moyenne de la pop. : 76 hab. par kil. carré ; rang du département : le 14e pour l'étendue, le 14e pour la population, le 14° pour la densité delà population ; — 5arrond. ; 37 cantons ; 838 communes.

Population d'âge scolaire. — Le recensement de 1876 accuse 67 698 enfants de 6 à 13 ans (33 SGO garçons, 33 X38 filles), soit 12 enfants sur 100 hab. ou 1 enf. pour 8 hab. (au lieu de 69 182 enfants de 6 à 13 ans, 35 284 garçons, 33 898 filles en 1872).

1. Historique de l'instruction primaire. — Le département de r'Aisnc est formé, sauf quelques

communes, des anciens diocèses de Laon et de» Soissons, qui, aussi loin que remontent les documents bistoriques, forment une des parties lesplus civilisées du royaume.

Écoles claustrales. — Dès le vne siècle (d'après l'Histoire littéraire de la France), l'abbaye de Saint- Vincent de Laon, celle de Saint-Médard à Soissons, <x s'occupaient d'instruire la jeunesse. » Riculfe, évêque de Soissons, en 880, dans ses Statuts exige de ses curés « qu'ils aient un soin particulier de leurs écoles ». On sait quel éclat jeta au moyen â^c l'école fondée par le doyen Anselme de Laon, dit ÏÉcolâtre. C'est d'elle que sortirent aux xie et xn« siècles Abélard, Guillaume de Champeaux et nombre de savants hommes.

Collèges et petites écoles. — Au xvie siècle, les collèges se créent(Soissons, 1525; Reiras, 1548; Laon, 1578) et se peuplent en partie aux dépens des anciennes écoles cathédrales ou conventuelles. Mais, comme les études dans ces collèges ne commençaient qu'au niveau de la sixième, il fallait bien que les enfants eussent déjà quelque part appris à^ lire et à écrire le français, ce qui suppose l'existence d'un certain nombre d'écoles élémentaires. Cette hypothèse est confirmée par plusieurs textes : ainsi, à Chauny, il y avait encore au xvme siècle une école entretenue par la ville en partie sur la « recette des pauvres » (les pauvres y étaient reçus gratuitement) et « destinée à mettre les enfants au sortir des petites écoles en état d'aller suivre leurs études dans l'université de Paris » (abbé Terray, Rapport au Parlement en 1763). Le collège de la Fère (1697), les écoles de la Ferté-Milon et de Marie remplissaient un office semblable.

Dès le commencement du xvnc siècle, il est pourvu aussi à l'instruction des filles, notamment par les religieuses de Notre-Dame, dont le fondateur fut le B. Pierre Fourier *, et dont les premières écoles datent de 1621 (Soissons) , 1622 (Laon) , 1639 (Château-Thierry), etc.

Sur l'état de l'instruction à la veille et au lendemain de la Révolution, nous trouvons des renseignements trop courts, mais intéressants dans le Rapport de l'an X du comte de Dauchy, qui signe « le citoyen Dauchy, préfet » (V. Statistique des préfets). Nous en reproduisons ci-dessous, vu la rareté du document, les passages essentiels.

L'instruction publique avant et après 1790, d'après le comte Dauchy. — Le préfet commence par constater qu'en 1790 il y avait dans le pays 3 collèges de plein exercice, 3 autres enseignant les humanités, plusieurs pensionnats, enfin dans une douzaine de villes ou bourgs, « pour l'instruction gratuite des jeunes gens du lieu qui montraient quelques dispositions, un instituteur sous le nom de régent ou principal », qui leur enseignait « les premiers éléments de la latinité ».

« Les biens attachés à ces établissements ont été en grande partie aliénés. Il en a été de même de ceux de différentes communautés non cloîtrées, dites de la Croix, de Genlis, etc., qui procuraient l'instruction gratuite aux jeunes filles. »

Écoles primaires. — « L'instruction publique a été singulièrement négligée dans ce département depuis la Révolution. L'ignorance ou l'immoralité s'en sont emparées dans beaucoup d'endroits. » (Le préfet assure que le nombre des enfants abandonnés, qui en 1790 était de 400, est en l'an X de 1097.) '

« Le premier degré d'éducation est rempli par des instituteurs asservis pour la plupart à d'aveugles routines. Ceux des campagnes surtout n'ont ni plan ni méthode et ne tiennent leurs écoles qu'une partie de l'année ; encore la plupart des villages mar.quent-ils d'instituteurs. »

Prévenant un malentendu, le préfet ajoute : « Cette situation n'est pas nouvelle. Les choses ont toujours été à peu près dans le même état, si ce n'est

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que les fonctions de clerc-làique donnaient toujours un maître d'école plus ou moins capable dans toute les paroisses ; et que dans plusieurs on avait pour les filles la ressource bien précieuse d'une école séparée de celle des garçons. Dans les villes on trouve à regretter les ci-devant Frères des écoles chrétiennes connus sous le nom (ÏIgnorantins, dont on estimait le zèle, la moralité et le talent particulier pour enseigner et contenir les enfants. » Il signale aussi le vœu général pour la reconstitution des collèges «adaptés au plan actuel des études».

Ecole centrale. — Elle « est presque déserte » (9G élèves inscrits, dont 58 pour le cours de dessin seulement), malgré les ressources qu'elle offre (8 cours, jardin botanique, cabinet d'histoire naturelle, bibliothèque, etc.).

Le préfet propose a le rétablissement de l'école gratuite de dessin fondée à Saint-Quentin en 1782 par le célèbre Delatour, * dans le même temps à peu près que le gouvernement en établissait une à. Soissons. »

L'instruction publique avant la loi de 1833. — Nous avons peu de renseignements sur la période de l'Empire et de la Restauration. L'almanach de l'Université pour 1813 attribue au département h collèges, 9 institutions secondaires, et 750 écoles primaires. Il y en avait 775 en 1822. Le relevé fait en 1821 par les soins de la Société pour l'instruction élémentaire accuse 68 164 enfants de 5 à 15 ans (37 1 44 garçons, 31020 filles) et constate qu'environ les deux tiers sont inscrits à l'école, 45 151 élèves (25 455 garçons, 19 866 filles). La statistique de 1829 porte 851 écoles primaires, avec un effectif de 38 109 élèves (garçons seulement). Enfin, en 1833, on en compte 876 avec 46 975 élèves.

Etat des écoles en 1833. — A l'époque où M. Guizot organisa l'enseignement primaire, l'Aisne était loin de compter parmi les départements les plus avancés. Dans le tableau publié par le ministère en 1834 il est porté le premier dans la « liste des départements, classés d'après l'importance des charges que l'exécution de la loi de 1833 impose aux commune* » ; les sommes qu'il avait alors à s'imposer pour les dépenses ordinaires de l'instruction primaire s'élevaient en moyenne à 7 fr. 91 par tête : c'était le chiffre le plus élevé de toute la France ; la Corse seule le dépassait.

Et encore dans ce chiffre n'entraient pas les maisons d'école à acheter ou à coastruire. Or, sur 838 communes, 480 n'en possédaient pas ; en 1840 il n'y a déjà plus que 337 communes non-propriétaires, et ce nombre se réduit aujourd'hui à L'6.

En attendant de posséder l'immeuble, la plupart des communes, pour se conformer à la loi, se hâtèrent de le louer ; dès 1840, il n'y avait plus que 11 communes sans école, il n'y en a plus une seule aujourd'hui (22 petites communes étant légalement réunies à d'autres pour l'entretien d'une école).

La gratuité était alors peu répandue; en 1840, douze départements seulement faisaient moins ou | aussi peu que l'Aisne pour les élèves pauvres {40000 payants environ, et 6000 gratuits, soit 13 gratuits sur 100 élèves.)

Mais, s'il avait beaucoup a faire, il y mit du moins un bon vouloir et un zèle remarquables. Il fut un des premiers à établir une école normale (1832). Dans la grande enquête de 1834, quand M. Guizot ■chercha des inspecteurs volontaires pour aller examiner de près commune par commune l'état des écoles, l'Aisne fut avec la Moselle le département où le travail se fit avec le plus d'ardeur.

Il résulte de cette enquête que le total des élèves inscrits dans les écoles dépassait 44 000 en hiver et n'atteignait pas 19 000 en été ; l'Aisne était cependant, avec de tels chiffres, au 13e rang pour la fréquentation scolaire en été»

Conseil général. — Le Conseil général n'a cessé d'encourager largement l'instruction primaire. Le

chiffre des anocaiîons qu'il a votées pour cet objet s'est élevé de 232 000 fr. en 1835, à 625 000 en 1860, à 1402 982 en 1876 : le rapprochement de ces trois nombres suffit à indiquer la progression des efforts et à présumer celle des résultats.

2. État actuel de l'instruction primaire. — Nous donnons ici les chiffres que veut bien nous communiquer M. l'inspecteur d'académie.

Nombre d'établissements d'instruction en 1877:

Écoles publiques de garçons 329

Écoles mixtes 555

Écoles publiques de filles 303

Total des écoles publiques 1187

Ces écoles contenant environ 68 500 places d'élèves suffiraient donc à la rigueur à recevoir la population enfantine de 6 à 13 ans. Il y a en outre 132 écoles libres offrant 7900 places.

Sur ce nombre, le département ne compte que 13 écoles de hameau.

Nombre d'élèves. — Les écoles publiques comptent 72 553 élèves inscrits, savoir :

Dans les écoles de garçons 25 475

Dans les écoles mixtes 26 695

Dans les écoles de filles 22 040

Pour pouvoir comparer ce nombre à celui des enfants d'âge scolaire, il faut en défalquer :

11 154 enfants au-dessous de 6 ans, 4 558 enfants au-dessus de 13 ans, soit, au total,

15 712 enfants non compris dans l'âge scolaire.

Il reste donc 56 931 enfants de 6 à 13 ans dans les écoles publiques, soit 84 élèves p. 100 enfants.

Salles d'asile. — Il y a 52 salles d'asile publiques, contenant 7078 enfants (dont 6000 gratuits environ); une salle d'asile-modèle à Saint-Quentin ; lu s. d'as, libres. Sur ce total de "1 s. d'as. 15 sont tenues par des laïques, 56 par des sœurs. La plupart ont été créées depuis moins de 15 ans ; en 1850. sur 30 communes de plus de 2000 âmes, il n'y avait que 7 sall'j.s u asne.

Fréquentation scolaire. — Insuffisante dans les villes (où elle est de 7 mois et demi sur 11), la fréquentation laisse encore plus à désirer dans les campagnes (6 mois sur 1 1).

Personnel enseignant. — L'enseignement public emploie 1419 personnes, savoir :

Instituteurs laïques titulaires. . 874

— — adjoints... 62

Instituteurs congrég. titulaires. 9

— — adjoints. 21

Institutrices laïques titulaires. . 159

— — adjointes. 9

Institutrices congrég. titulaires. 144

— — adjointes. 141

Ecoles libres. — L'Aisne était cité par M. Villemain, en 184 1, comme « un des départements dans lesquels on trouve le plus de bonnes écoles privées ». M. Fortoul le cite encore au même point de vue en 1854 : il tient alors le 8e rang pour renseignement secondaire libre. Depuis lors, l'enseignement libre s'est soutenu mieux que dans beaucoup de départements : de "2 en 1833, le nombre des écoles libres s'était élevé à 166 en 1850; réduit à 110 en 1863, il est aujourd'hui de 132 (dont les trois quarts sont des écoles de filles).

Cours d'adultes. — En 1841, il n'y avait pas encore une seule classe d'adultes dans tout le département. Il y en avait 774 en 1866 , 1018 en 1867, 1075 en 1869. Malgré une certaine décroissance depuis quelques années (255 cours de moins qu'en 1870), les résultats obtenus sont encore de nature à justifier les sacrifices du département pour cet objet. On compte 703 cours d'adultes (dont 662 pour hommes), fréquentés par 14 787 élèves (1876).

Bibliothèques populaires, scolaires, pédagogiques. — Les bibliothèques populaires, qui donnaient do

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sérieuses espérances, il y a quelques années, ont été dispersées par la guerre et l'invasion. Les 505 bibliothèques scolaires (62G51 volumes, 43 9G5 prêts) ont reçu des particuliers 2'U5 fr. de souscription , des conseils municipaux '2760 fr. {en 1816). — Saint-Quentin et Soissons ont des bibliothèques pédagogiques cantonales.

Caisses d'épargne scolaires. — 6837 élèves déposants en 1876 possédaient ensemble 6108 livrets, représentant une épargne de 170 184 fr. 05.

Concours, certifica-s d'études — Les concours cantonaux n'existent que dans 7 cantons, où ils sont dus h l'initiative privée; 307 élèves y ont pris part en 1877. lia été délivré 568 certificats d'étutudes (449 aux garçons, 99 aux filles), nombre encore trop faible, mais qui va croissant, en môme temps que le niveau des examens s'élève. Le règlement, récemment modifié, admet à l'examen les élèves des écoles libres.

délégations cantonales, caisses des écoles. — Les 37 cantons ont leur délégation qui fonctionne. — Il y a 205 caisses des écoles, dont quelques-unes très prospères : dans l'arrond. de Saint-Quentin, une seule année a produit près de 14 000 fr.

Écoles normales. — L'école normale d'instituteurs a eu , dès ses débuts, une cinquantaine d'élèves ; elle en a 56 depuis 1875, avec une dépense moyenne de 425 fr. environ par tête d'élève.

Le Conseil général a voté en 1876 les fonds pour la construction d'une nouvelle école qui pourra contenir 100 élèves et dont on veut faire un établissement modèle. Cette décision paraît prouver qu'on ne craint plus, comme le disait le Rapport de 1875, de n'avoir bientôt plus pour former le corps enseignant « que les nonchalants qu'effraie le service militaire ou le bruit des machines «.Depuis 1874, il s'est présenté de 50 à 60 candidats, pour 16 ou 20 places ; 72 à la dernière session.

11 n'y a pas d'école normale pour les institutrices, mais le cours normal fait depuis 1843 par les sœurs <îe la Providence à Laon a fourni chaque année un contingent auquel on ne reproche que son trop petit nombre (6 ou 7 élèves par an).

Conférences; Bulletin de l'instruction primaire.

— Les conférences pédagogiques et quelques conférences mensuelles d'horticulture et de petite culture rendent de grands services aux instituteurs.

Le Bulletin de l'instruction primaire, fondé en 1852, les tient au courant des décisions administratives et publie à leur usage de bonnes études pédagogiques.

Sociétés. — La société de secours mutuels entre les instituteurs et les institutrices, fondée en 1867, comptait, au 31 déc. 1876, 1467 membres participants ('dont 4 i 3 femmes) et 303 membres honoraires ; elle possédait un capital de 82;)51 fr. 45. Cette société, vu son état prospère, compte pouvoir, à partir de 1878, servir une pension à tous les instituteurs âgés de 55 ans et sociétaires depuis 10 ans.

De nombreuse et utiles sociétés pour la protection des animaux utiles, des oiseaux en particulier, ont été formées par les élèves des écoles. Il existe enfin quelques orphéons scolaires.

Degré d'instruction des co?iscrits et des conjoints.

— Le nombre des conscrits sachant au moins lire, qui était de 643 sur 1000 il y a 40 ans, s'est élevé à 806 sur 10U0.

De 1855 à 1873, 832 hommes sur 1000 et 742 femmes sur 1000 ont su signer leur acte de mariage. En 1876, sur 6895 conjoints, 1478 hommes et 1647 iemmes n'ont pu signer : ce qui porte à 786

>pour les hommes et 762 pour les femmes la proportion pour 1000 des conjoints sachant signer. En somme, ce département, dans sa partie agri-

•cole et dans sa partie industrielle, a fait des progrès qui l'ont sensiblement rapproché du premier

■rang.

On peut donc terminer cet examen de la situation par les mêmes appréciations qui servaient de conclusion, il y a40 ans déjà, aune étude sei 'blable publiée dans le Manuel général : « En résumé, l'avenir de l'instruction populaire dans l'Aisne se montre sous l'aspect le plus favorable. Cène sont plus seulement des espérances qui sont offertes aux nombreux amis de l'enseignement primaire, ce sont déjà des résultats acquis, c'est la certitude de succès plus brillants encore. »

III. Conseils aux maîtres. — Ce département offre à ses instituteurs une ample matière à cet enseignement de l'histoire et de la géographie locales qui jette une si vive lumière sur l'ensemble des études historiques et géographiques.

Monuments historiques. — L'instituteur des environs de Soissons fera connaître à ses élèves les grottes préhistoriques de Pasly, creusées en amphithéâtre dans un repli de la vallée de l'Aisne. Ce sera pour lui l'occasion de leur montrer l'homme aux premiers âges vivant de chasse et de pêche, n'ayant pour armes et pour outils que les silex qu'il taillait. La période celtique est aussi représentée par un camp gaulois et une série de tombelles, véritables cimetières celtiques. Quoi de plus propre à graver dans l'esprit des élèves l'époque de la féodalité que les ruines imposantes du château de Coucy, bâti au commencement du xme siècle par Enguerrand III et démantelé en 1C52, par ordre de Mazarin ? Le département offre de tous côtés des monuments historiques, types de constructions des divers âges. Urcel (canton d'Anizy;'Trucy (canton de Craonnc), Saint-Thibault (canton de Braisne), possèdent des églises romanes. Les cathédrales de Laon et de Saint-Quentin sont réputées parmi les plus belles églises gothiques. La colossale cheminée de l'hôtel de ville de Saint-Quentin, mi-gothique, mi-renaissance, l'église de Notre-Dame de Liesse (xivc siècle) avec jubé (xvie siècle) , l'ancienne abbaye de Valsery (prémontrés) reconstruite au xvnr* siècle, sont quelques exemples, entre beaucoup d'autres, propres à donner une idée sommaire mais saisissante des divers âges de l'architecture.

Personnages historiques. — Ces monuments sont les jalons de l'histoire. On complétera cette revue par des dictées, des leçons, des causeries qui ne seront pas du temps perdu, si elles ont été sérieusement préparées. On rattachera quelques récits d'histoire générale aux noms des hommes célèbres du département. On pourrait presque faire un cours complet d'histoire de France ou une excellente révision de ce cours avec les seules ressources qu'offrirait l'histoire du département. Pour fixer les idées, marquons en les grands points par quelques exemples.

Le nom de Divitiac, chef des Suession^s, rappellerait les luttes sanglantes de la conquête romaine. Le nom de saint Rcmi (né à Cerny en Laonnois) et le rôle de la ville de Soissons permettraient de retracer toute la période mérovingienne. C'est aussi à Soissons que commence et c'est à Laon que finit la dynastie carlovingienne ; la mère de Charleniagne, Bertradc, est née à Laon.

Le nom d'Abbon, évèque de Soissons, marque l'époque où une première lueur commence à percer les ténèbres de la barbarie. A ceux de l'écolàtre Anselme, de Robert de Coucy, architecte de la cathédrale de Reims, se rattachent les souvenirs de la fondation des universités et de la grande architecture gothique. On raconterait toute l'histoire de la révolution communale en retraçant celle des communes de Saint-Quentin, de Laon, de Soissons, de Chauny, qui sont les premières constituées en France. Au xvie siècle ne trouverait-on pas les principaux points de repère de l'histoire intérieure et extérieure dans le traité de Crespy, le siège de Saint-Quentin, la paix de Vervins, et dans les récits qu'amènent naturellement les noms du duc de

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Mayenne et du prince de Condé, ainsi que celui de Ramus * ?

Le xvii* siècle est dignement représenté pour les lettres par les noms de Racine et de La Fontaine (V. la IIe Partie), par ceux des Le Nain pour les arts, do Nicolas Desmarets, neveu de Colbort, pour l'administration publique, et aussi, qu'on nous permette d'y insister, par ceux des grands voyageurs, géographes et historiens, car, sans faire tort aux autres illustrations du département, on pourrait prétendre avec quelque vraisemblance que, soit hasard, soit vocation, l'Aisne s'est montré de tout temps particulièrement propice aux études historiques et géographiques. Il fournit à la géographie, pour ne citer que les noms principaux, Jacques Marquette, qui découvrit en 1677 le Mississipi et dont le nom est aujourd'hui porté par une des belles rivières de l'IIlinois et par une ville importante du Michigan ; Pierre Fromage, autre missionnaire et voyageur, qui établit au monastère de l'Anti-Liban une imprimerie d'où sortirent plusieurs ouvrages en langue arabe; enfin Jacques Robbe *, l'auteur de la première Méthode pour l'enseignement de la géographie. Pour l'histoire, nous trouvons dans l'Aisne plusieurs des plus savants bénédictins, notamment Luc d'Achery; plus tard le P. Charlevoix, « célèbre, dit justement le rapport, comme missionnaire, comme voyageur, comme littérateur et comme historien ; » puis Gaillard, auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire de France qui ont joui d'une estime méritée ; Lescarbot, premier historien du Canada, et de nos jours, qui ne le sait? un historien vraiment national et par le talent et par le cœur, Henri Martin.

Au xvme siècle ne suffirait-il pas des noms de Camille Desmoulins, de Condorcet*, du communiste Rabeuf, de Fouquier-Tinville d'atroce mémoire, pour faire passer en revue presque toutes les grandes scènes de la Révolution? et les campagnes de 1 814 et de 181. S ne se terminent-elles pas sous les murs de Soissons et de Laon ?

L'importance de tous ces souvenirs appartient à l'histoire politique et militaire et n'empêchera pas d'insister sur des gloires d'un autre ordre, de familiariser les enfants avec les plus grands noms fournis par le département, aux arts, aux sciences, aux lettres, à l'industrie, de leur faire connaître des compatriotes anciens et modernes, comme le grand avocat Paillet, les diplomates Quinette, Caulaincourt et Otto ; le romancier Alexandre Dumas; Quinquet, l'inventeur des lampes à double courant d'air ; Gayant, constructeur du canal de Saint-Quentin; le chirurgien Lecat, l'astronome Méchain, qui concourut à l'établissement du système métrique, etc.

Les bibliothèques de Laon, de Saint-Quentin, de Soissons, celles des Sociétés savantes de ces mêmes villes, de Vervins, de Château-Tierry, sont autant de mines fécondes où les maîtres peuvent puiser une foule de lectures, de légendes et de renseignements précieux sur l'histoire locale. La grande statistique de Brayer, les dictionnaires historique, topographique, de Melleville et de Matton, le Manuel historique de Devisme, fourniront aux instituteurs de l'Aisne, quand ils le voudront, des sujets intéressants de description, de narration, de voyages ; les cartes du Vermandois, de la Thiérache et du duché de Guise, par Tassin ; la carte topographiquo et statistique du département par Maurin, celle de ce même uépartement en six feuilles inplano, d'après les récents travaux du Dépôt de la guerre, seront aussi très utiles pour l'histoire locale et la topographie, qui doivent désormais trouver place dans le programme primaire.

Aux leçons ordinaires de géographie, l'instituteur de l'Aisne joindra quelques lectures sur l'aspect du département, la nature du sol, l'agriculture, l'industrie, les voies de communication, dont il trouvera le texte dans la Géographie départementale de

l'Aisne par Badin et Quantin ; dans le Dictionnaire topographique de A. Matton, récemment publié, la Géographie de l'Aisne de Joanne, les Etudes historiques et statistiques sur le Nouvion et l'ancienne Thiérache par L. H. Catrin, etc. Suivant les ressources dont il disposera, il conduira ses élèves soit aux ruines de Coucy, dont il fera faire quelques croquis sur place et plus tard rédiger la description ; soit sur le thalweg et les crêtes des bellesJ vallées de l'Aisne et de la Marne, si riches et si pit-i toresques ; soit encore sur la butte de Vouël, s'éle-l vant dans une plaine basse voisine de l'Oise, sur la route de La Fère à Chauny, site des plus remarquables au point de vue topographique et qui est en même temps un tumulus différent de tous ceux que l'on connaît par sa hauteur et par sa forme (il représente la moitié d'une poire longue, coupée dans le sens de son axe et posée à plat; 120 mètres de longueur de TE. à 10., 70 m. de largeur ; la hauteur, qui diminue chaque année, est maintenant d'environ 35 m.).

Enfin, les fabriques de Saint-Quentin, occupant 19 000 ouvriers, et travaillant la 40e partie des cotons envoyés en France ; les filatures de laine ou de coton d'Aubenton, de Chauny, de Guise, de Saint-Gobert ; les verreries du Garmouzet, de Quiquengrogne, et de Folembray ; les manufactures de glaces deSaint-Gobain et de Chauny, remontant toutes à plus de 300 ans ; celle de faïence de Sinceny, les poteries de Soissons et d'Urcel, les fonderies de Guise et de Saint-Michel, les sucreries des 5 arrondissements, les ateliers de construction de Tergnier et de Saint-Quentin ; la vannerie fine d'Origny-en- Thiérache, les fabriques d'objets religieux de Notre-Dame de Liesse, seront toujours pour les écoles des arrondissements de Saint - Quentin, Vervins, Laon et Soissons, le but de promenades, l'objet de descriptions, l'occasion de leçons de choses et de rédactions aussi intéressantes que fructueuses.

[L. H. Catrin.]

Cf. Recherches historiques sur l'instruction primaire dans le Soissonnais(5«^. arch. de Soissons, XVIII, 118, XX, 241).

— Histoire de l'Ecole centrale établie à Soissons en 1796. iBull. arch. de Soissons, VIII, 112). — Notes sur l'état de l'instruction primaire dans l'Aisne (Manuel ge'n., XI, 268).

— Annuaire du département depuis 1811.

ALCOTT (William-Alexandre), né en 1798 à Wolcott (Connecticut), mort à Auburndale (Massachusetts) en 1859, est un de ces hommes dont la vie tout entière devrait être mise sous les yeux des instituteurs pour leur servir et d'exemple et d'encouragement. Bien qu'il fût arrivé par luimême, à force de travail, à faire ses études de médecine et à obtenir son diplôme de docteur, Alcott resta toujours l'homme des écoles et de l'instruction populaire. Il exerça pendant de longues années les fonctions d'instituteur dans d'obscures communes de son pays, à une époque où tout était à créer ; plus tard il travailla avecWoodbridge aux premières géographies scolaires qu'ait eues l'Amérique ; il publia les Annales américaines de l'éducation ; il fut enfin un des premiers à poser, sinon à résoudre définitivement, les questions relatives à la construction des maisons d'école, à l'hygiène, aux leçons de choses, à toutes les parties de la pédagogie pratique. Dans toutes ces études, on le trouve le même, vif, original, plein d'entrain et plein de cœur, sympathique enfin là même où l'on ne partage pas ses vues trop neuves ou trop hasardées. Parmi ses nombreux écrits, on cite surtout les Confessions d'im maître d'école, le Guide du jeune homme, le Guide de la jeune femme, etc.

ALCUIN. — Théologien, philosophe, historien, poëte, Alcuin est, sans aucun doute, au premier rang parmi les hommes distingués que Charlemagne, le grand organisateur, appela des contrées les plus civilisées, l'Italie, l'Angleterre, l'Irlande, pour former au culte des lettres et des sciences

ALCUIN

ALCUIN

ses peuples de race teutonique et gauloise.

Né h York, en 735, il suit au monastère de cette ville, célèbre par ses pontifes et ses saints, les leçons des disciples du vénérable Bède, Egbert et A^ert, non moins fameux par l'étendue de leur savoir que par l'austérité de leur vie. Ses deux maîtres sont élevés à la dignité d'archevêque, il leur succède dans la direction de cette école, il y professe avec éclat les lettres sacrées et profanes durant plus de 25 années et il en garde toujours un cher souvenir.

Contrairement aux préjugés de son temps, il veut que l'on cultive à la fois les études ecclésiastiques et les études classiques; il admire, il commente saint Jérôme et saint Augustin, mais il aime et il cite souvent Platon et Aristote. Sans aborder ici des détails de critique compliqués et contestés sur la vie et les écrits d'Alcuin, il nous suffira d'indiquer sommairement le caractère de ses travaux et de montrer surtout la grande et décisive influence qu'il exerça comme créateur et organisateur de nos premières écoles nationales, depuis l'Ecole du palais, l'école modèle, qui suivait partout Charlemagne, jusqu'aux plus petites écoles des cloîtres et des presbytères.

C'est à Parme ou à Pavie, vers 780, que Charlemagne rencontre le diacre Alcuin (car il ne fut jamais prêtre); il revenait de Rome, où il avait rempli une mission auprès du pape. Le prince le presse, avec les plus vives instances, de l'accompagner en France; il lui donne les trois abbayes de Ferrières en Gâtinais, de Saint-Loup de ï royes et de Saint-Josse en Ponthieu.

En 782, Alcuin est àla cour de France ; il a fondé et il dirige l'Ecole du palais, il compte parmi ses disciples les quatre fils de Charles, ses deux filles, sa sœur ; il est le maître, le conseil, le confident, l'ami du prince. Son enseignement est vaste, il embrasse « les choses humaines et les choses divines », le monde des idées et le monde des faits. Sa méthode simple et naturelle rappelle, par l'absence au moins apparente d'un ordre didactique rigoureux, la méthode des anciens philosophes, celle de Socrate surtout, dont il imite les procédés : « Interrogez-moi, dit-il à Pépin, le fils aîné du roi, et je vous répondrai. » — Le dialogue est curieux; en voici quelques fragments, empruntés aux savantes leçons de M. Guizot, qui a tiré de l'oubli le nom et l'œuvre d'un homme que ses contemporains appelaient « le docteur universel et le secrétaire des arts libéraux ». — « Qu'est-ce que la parole? demande l'élève. L'interprète de l'âme, répond le maître. — Qu'est-ce que la vie? Une jouissance pour lesuns, unedouleur pour les misérables, l'attente de la mort. — Qu'est-ce que la mort? Un événement inévitable, un voyage incertain, un sujet de pleurs pour les vivants..., le larron des hommes. — Qu'est-ce que l'homme? L'esclave delà mort, un voyageur passager, hôte dans sa demeure. — Qu'estce que le sommeil? L'image de la mort. — Qu'estce que l'écriture? La gardienne de l'histoire. — Le corps ? La demeure de l'âme. — Le jour ? Une provocation au travail. — La lumière? Le flambeau qui éclaire toute chose. — La liberté de l'homme ? Lïnnocence. » — (Guizot, Hist. de la civilis.)Ces définitions n'ont sans doute rien de scientifique ; mais quel charme poétique, quelle originalité, quel ensemble de conceptions hardies I Alcuin était fier, à bon droit, de la prospérité de l'Ecole du palais, dont Charlemagne surveillait lui-môme la direction ; il en avait fait une nouvelle Athènes, aussi préférable à l'ancienne, disait-il dans une de ses lettres, que la doctrine de Jésus-Christ est préférable à la doctrine de Platon.

La renommée du maître, les faveurs dont il est comblé, excitent une vive et salutaire émulation dans le clergé, elles déterminent un mouvement intellectuel merveilleux, une ardeur nouvelle dans

la marche des études humaines et sacrées. Da toutes les parties de l'empire, les prélats, les abbés, les prêtres répondent à l'appel du prince. Partout, dans les écoles des cathédrales et des monastères, on combat l'ignorance des clercs et leur négligence ; les lettres antiques ne sont plus ni méconnues, ni méprisées, ni condamnées; on ne se borne plus à apprendre à lire les Canons, et l'Ancien et le Nouveau Testament, à chanter les psaumes, on revient puiser aux sources de l'antiquité, on étudie les chefs-d'œuvre de la Grèce et de Rome, en même temps que les livres sacrés. Rien ne manque à l'Ecole du palais, ni les manuscrits corrigés par Alcuin, ni une bibliothèque, ni même une académie, dont les membres, pour mieux affirmer l'alliance nouvelle des études ecclésiastiques et des études classiques, choisissent leurs noms, soit dans la littérature profane, soit dans les saintes Écritures. C'est ainsi que le seigneur roi Charlemagne s'appelle David et le docte Alcuin Flaccus Albinus. Aujourd'hui, nous avons peine à comprendre l'utilité de ces mesures, mais c'est à dater de cette époque que l'influence du clergé s'accroît et se fortifie, en raison de ses lumières ; elle devient un puissant auxiliaire pour le pouvoir du prince, qui lui confie, dans les villes, les bourgades et les villages, l'éducation des enfants des classes les plus humbles comme des classes les plus élevées. En 796, le maître de l'Ecole du palais, fatigué, attristé peut-être par les désordres de la famille de Charles, veut abandonner la cour ; son royal ami lui donne l'abbaye de Saint-Martin de Tours, l'une des plus riches du royaume. — «. Son corps est frêle, brisé par les douleurs quotidiennes, » mais son âme est forte et vaillante, il n'a rien perdu de son infatigable énergie pour le travail et pour l'enseignement. Bientôt l'école de Tours devient célèbre, les élèves y accourent en foule. Dans une de ses lettres à l'empereur, qui le consulte en tout, sur la politique, sur la religion, sur l'organisation des études, il le supplie de le laisser achever sa course mortelle auprès de saint Martin. Il expose, à peu près en ces termes, la situation des études dans son monastère et le caractère de ses leçons : « Sous les cloîtres de Saint-Martin, je nourris les uns du miel des saintes Écritures, j'abreuve les autres du nectar des doctrines anciennes, je communique à ceux-ci les règles et l'art de la grammaire, je fais couler pour ceux-là les flots de la rhétorique, je les exerce aux luttes de la jurisprudence, je dévoile aux yeux des plus habiles les merveilles et les secrets des astres; tout à tous, je me consacre, sans réserve, à l'instruction de mes disciples, pour l'utilité et V honneur de la sainte Eglise de Dieu et pour le profit et la gloire de votre autorité impériale. »

Le 19 mai 804, jour de la Pentecôte, Alcuin rend sa belle âme à Dieu ; sa mort est douce comme sa vie a été laborieuse et pure ; telle était la renommée de sa piété, que les anciens auteurs l'appellent bienheureux et saint. On dépose son corps dans un caveau de sa chère basilique de Saint- Martin, et on inscrit sur sa tombe une épitaphe, en 24 vers latins, qu'il avait composée lui-même.

Ses œuvres complètes, réunies par André Duchesne (Paris, 1617, 1 v. in-fol.), puis par l'abbé Troben (Ratisbonne, 17 77, 2 v. in-fol.), comprennent, — outre de nombreux traités de théologie sans rapport avec notre sujet, — une sorte de manuel scolaire, son livre sur les arts li> éraux, qui contient diverses études philosophiques sur la nature de l'âme, où l'on retrouve les plus belles théories de Platon et des Docteurs de l'Eglise; des traités sur la dialectique, sur la rhétorique, sur la grammaire ; des essais sur l'orthographe et sur l'arithmétique, qu'il envoya à Charlemagne lorsqu'il était à Rome ; des Vies de saints, entre autres colles de saint Wast, de saint Martin, de saint Riquier,

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