‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 184 sur 547 · CARPENTIER · texte numérisé non relu

CARPENTIER

Tout dans l'école concourt à l'éducation, et, s'il en est besoin, au redressement du caractère, quel qu'il soit, quels que soient ses défauts propres : le contact des élèves entre eux, la présence, les leçons et les exemples du maîue, 1< s Lectures, les devoirs, les chants, les prières, les jeux, les punitions, le récompenses, toute la trame enfin de la vie scolaire.

Mais pour que ces innombrables influences soient toujours saines, efficaces et profitables, il faut que le maître, qui les dirige et les résume en quelque sorte, aii horreur de tout ce qui émousse et de tout ce qui déprime et de tout ce qui fausse les caractères. Il faut que dans son cœur, en regardant travailler ou jouer sa petite troupe d'enfants, il leur dise tout bas : « Epanouissez-vous. » Il faut que ses paroles, ses actes, ses sévérités même aient toujours pour effet d'encourager le libre et confiant déploiement de la personnalité. Que chaque enfant soit lui-même et trouve tout naturel de se manifester ainsi; qu'on ne lui demande jamais, môme par écrit, d'exprimer ce qu'il est convenable de sentir ou de penser, mais bien ce qu'il sent ou pense réellement; qu'on lui fasse prei.dre, en la limitant sagement, et rien n'est plus facile, l'habitude de quelque liberté, de quelque initiative même dans l'enseignement, qu'on l'encourage a dire tout haut : « Je ne sais pas » quand il ne sait pas, à redemander une explication quand il ne l'a pas comprise ou l'a oubliée, à poser une question s'il y a quelque curiosité à satisfaire ; qu'on lui témoigne plus de mépris pour la moindre feinte, pour le plus léger mensonge que pour une faute, même grave, si elle est avouée et suivie de repentir; en un mot, et pardessus tout, qu'on l'accoutume à se regarder toujours, partout, comme l'arbi.re de sa conduite, comme un être faible, sans doute, mais intelligent et responsable, comme une volonté libre, capable de bien, de mieux et de pis, suivant le degré d'énergie qu'elle saura s'imposer ; qu'on l'y accoutume, dis-jo, en s' accoutumant soi-même à le traiter en conséquence, en lui prouvant tous les jours qu'on croit profondément à sa liberté, à sa responsabilité, — il n'en faut pas davantage, mais il ne faut rien de moins pour assurer chez l'enfant de toute classe, de tout sexe et de tout âge, l'éducation du caractère.

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