‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 192 sur 547 · CHABROL · texte numérisé non relu

CHABROL

loi de 1850 et dans l'art. 16 de la loi du 10 avril 1867, dans les écoles publiques ou libres autorisées à recevoir des stagiaires (L. 1850, art. 47). — V. Ecoles stagiaires.

Quiconque veut obtenir un certificat de stage doit en faire la demande par écrit au conseil dé- , partemental et l'accompagner : l° de son acte de -' naissance; 2° d'un certificat délivré par le chef de • l'établissement où il a fait son stage. Ce certificat, ; dûment légalisé, doit constater que l'aspirant en- ; seigne depuis trois ans au moins dans une école

- stagiaire ainsi qu'il vient d'être dit (Dec. 12 mars

- 1851, art. 9). Ces pièces sont communiquées à ' l'inspecteur primaire, qui, après avoir procédé à la

vérification des faits allégués, les renvoie au conseil départemental, en y joignant son avis sur la vocation de l'aspirant et tous les renseignements qu'il aura recueillis sur ses antécédents (Id., art. 10). Le conseil départemental, après examen des pièces produites, délivre, s'il y a lieu, le certificat de stage demandé (Id., art. 11).

Ce certificat mentionne : 1° les noms, prénoms, date et lieu de naissance de l'impétrant; 2° l'indication de la commune où le stage a été accompli ; 3° le nom du chef de l'établissement sur l'attestation de qui le certificat est délivré et la date de la décision en vertu de laquelle ce chef d'établissement a été autorisé à recevoir les élèves-maîtres. Il est signé par le recteur et le secrétaire de l'académie (Id., art. 12). [E. de Resbecq.]

2. Observations pédagogiques. — La loi de 1850 a créé des certificats de stage de divers ordres : le certificat de stage mentionné dans ses articles 25 et 47, lequel « peut suppléer le brevet de capacité, » et les certificats de stage exigés pour l'ouverture d'un pensionnat primaire (art. 53 de la loi, et Ier du décret du 30 décembre 1850; ou pour l'ouverture d'un pensionnat secondaire (art. 00 de la loi).

Ces derniers ne sont que des constatations de séjour et d'exercice dans les établissements correspondants.

Le premier a plus d'importance : il pouvait, s'il fût entré davantage dans nos mœurs, exercer une influence fâcheuse sur l'instruction primaire en en abaissant le niveau. En effet, il suffit, pour l'obtenir, de « justifier que l'on a enseigné pendant trois ans les matières comprises dans la première partie de l'article 23 de la loi du 15 mars 1850 et dans l'article 16 de la loi du 10 avril 1867, » à savoir : l'instruction morale et religieuse, la lecture, l'écriture, les éléments de la langue française, le calcul et le système légal des poids et mesures, les éléments de l'histoire et de la géographie de la France. Mais un enseignement tel quel de ces matières ne prouve nullement qu'on les possède : combien de personnes les enseignent machinalement, au moyen des livres par exemple, et n'en demeurent pas moins dépourvues de cette instruction quelque peu variée et approfondie si nécessaire à l'instituteur, et dont un examen sérieux peut seul faire la preuve ! Sans doute, la loi prend des précautions pour que les écoles stagiaires ne soient point les premières venues ; elle en confie le discernement et le choix a la sagesse du conseil départemental. Elle déclare que les élèves qui y sont admis — qu'elle confond à tort, selon nous, avec les élèves-maîtres reçus au compte des départements — seront spécialement surveillés par les inspecteurs de l'enseignement primaire. Le décret du 12 mars 1851, de son côté, met les autorités compétentes à même d'exercer sur ces écoles une tutelle sévère ; il prononce, en outre, de graves pénalités contre quiconque tenterait de fausser la loi. Mais, malgré des efforts louables assurément et dont il faut leur savoir gré, les législateurs n'ont pu faire disparaître do l'institution un vice qui lui est inhérent : lo contrôle, un contrôle vraiment

efficace, se heurte, dans la pratique, à des impossibilités morales et matérielles qu'il est inutile de faire ressortir, et qui infirment en quelque sorte à l'avance la valeur du certificat de stage. Aussi, soit qu'il ait été peu recherché, soit nue les conseils départementaux ne l'aient délivré qu'avec une parcimonie qui les honore, ce titre figure-t-il rarement parmi ceux qui sont produits pour l'entrée dans la carrière de l'enseignement public, ou pour l'ouverture des écoles libres. — V. Stagiaires (Elèves), et Ecoles stagiaires. fE. Brouard.]

CEHTIF1CAT DE VIE. — Pièce constatant l'existence d'une personne, qui doit être délivrée par un notaire et produite par tout titulaire d'une pension inscrite au Trésor, pour le paiement de cette pension. Ce certificat doit contenir la déclaration relative au cumul (V. ce mot), en exécution de la loi du 15 mai 1818.

La rétribution pour les certificats de vie est la suivante pour chaque trimestre à percevoir :

De 600 francs et au-dessus 0/r, 50

De 6u0 — à 301 francs 0,35

De 300 — à 101 — 0 , 25

De 100 — à 50 — 0 , 20

Au-dessous de 50 francs » »

(Décr. 9 nov. 1853, art. 46.)

Tout fonctionnaire retraité peut s'adresser au notaire qui se trouve le plus à sa convenance, même en dehors de la circonscription de son canton ; mais lorsqu'il a choisi un notaire, il ne peut requérir le ministère d'un autre qu'après avoir obtenu du premier une attestation portant qu'il lui a déclaré l'intention de faire à l'avenir dresser ailleurs son certificatde vie (Ins. des fin. , 27 juin 1839, art. 1 3).

On doit se présenter devant le notaire certificateur, muni de son acte de naissance et du titre constatant son inscription au Trésor. L'acte de naissance peut être suppléé par un acte de notoriété (id., art. 15).

Si le titulaire de la pension est atteint de maladie ou d'infirmités lui interdisant d'aller chercher lui-même son certificat, le notaire ne peut le lui délivrer que sur le yu d'une attestation du maire de la commune, visée parle sous-préfet, et constatant l'existence du titulaire, sa maladie ou ses infirmités (id., art. 17). A Paris, le notaire se borne à envoyer un clerc au domicile du requérant.

[E. de Resbecq.]

CHABROL DE VOLVIC (Gilbert-Joseph-Gaspard). — Un des cinq fils du constituant Chabrol, né à Riom, en 1773, mort à Paris, 4 mai 1843. Il avait fait partie de l'expédition d'Egypte comme membre de la commission des arts et sciences, et en avait rapporté des travaux savants qu'il publia. Sous-préfet à Pontivy, puis préfet à Montenotte, il fut distingué par Napoléon à cause de son habileté d'administrateur et de son esprit de modération. Il fut nommé préfet de la Seine en 1SI2 et déploya dans ces fonctions les mêmes qualités. Au retour des Bourbons, après quelque hésitation, il consentit à reprendre son poste, non sans avoir, dans son adresse de félicitations au roi, fait entendre le mot de « conciliation » . Il se tint à l'écart pendant les Cent jours, et reprit ses fonctions à la rentrée du roi. Cette fois encore, ses premières paroles furent un appel à l'amnistie : « Le ciel, dit- il au roi, s'est chargé de la vengeance, il ne vous rend à nous que pour pardonner. » Ces conseils valurent à Chabrol l'inimitié des ultra-royalistes, qui demandèrent sa destitution ; ils n'obtinrent que cette réponse du spirituel monarque : « Messieurs, M. de Chabrol a épousé la ville de Paris, et j'ai aboli le divorce. » En effet, le comte de Chabrol (comte depuis 1814) resta préfet de Paris jusqu'en 1830, et sa longue administration a laissé des traces ineffaçables.

Nous n'avons pas a énumérer ses grands travaux pour l'assainissement et l'embellissement de la ca-

CHALAMET

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pitale, non plus que les encouragements qu'il sut donner aux boaux-arts tout en laissant le modèle d'une administration financière très économe. Mais l'instruction publique lui doit une mention toute particulière de gratitude. En même temps qu'il prenait une part active à la réorganisation des lycées, à la restauration de la Sorbonne, il se préoccupait de reconstituer ou plutôt de constituer l'enseignement primaire. Il établit une « école mutuelle » dans chaque arrondissement, ainsi que plusieurs « écoles simultanées » tenues par les frères des écoles chrétiennes et par les frères Saint-Antoine; nomma un délégué chargé de l'organisation et de l'inspection des écoles primaires de la Seine, et une dame déléguée pour les écoles de filles ; créa dans différents quartiers de Paris des classes d'adultes et des cours de dessin pour les ouvriers ; favorisa de tout son pouvoir les diverses sociétés d'enseignement populaire ; fonda une école normale destinée à former des maîtres pour l'enseignement mutuel ; introduisit l'enseignement du chant dans les écoles primaires et encouragea les premières réunions de l'Orphéon ; organisa un gymnase normal pour l'enseignement de la gymnastique, commença l'établissement des premières salles d'asile, etc. (V. les art. Paris et Seine; V. aussi Bibliographie, année 1817.)

CHALAMET (Charles). — Né à Paris, le 29 septembre 1811, mort le 19 avril 1864, il fit de bonnes études dans une des meilleures pensions de la capitale et embrassa de bonne heure la carrière de l'enseignement. Chargé, en 1830, de l'éducation des fils du général Sérurier, il partit avec eux pour l'Amérique. Revenu à Paris en 1835, il prit la direction de l'établissement où il avait été élevé et le dirigea jusqu'à sa mort. En 1837, il y annexa un cours normal gratuit. Ce cours, qu'il dirigea lui-même pendant plus de vingt-sept années, avait lieu le dimanche de onze heures à une heure ; il rendit de véritables services à l'enseignement primaire des deux sexes à une époque où Paris n'avait pas d'école normale.

Voulant relier entre eux tous les instituteurs tant publics que libres, il fonda en 1846 la Société des Instituteurs de la Seine *, société tout à la fois de pédagogie, de secours mutuels, de prévoyance, qui a servi de modèle à celles qui se sont créées depuis. On doit à Ch. Chalamet quelques ouvrages destinés aux aspirants au brevet d'instituteur : Questions d'instruction morale et religieuse, in-12 ; Questions d'arithmétique et de grammaire, in- 12 ; Sujets et modèles de composition française, in-12 ; il a, de plus, collaboré au Manuel pour le brevet de capacité, in-12, 1850.

[A. Demkès.]

CHALLAN (Antoine-Didier). — Challan (1754- 18311 était procureur du roi au bailliage de Meulan, à l'époque de la Révolution ; il devint piocureur-général syndic du département de Seine-et- Oise. Elu au conseil des Cinq cents, en 179S, il prit une part très-active à la discussion du projet de résolution présenté au nom de la Commission d'instruction publique par Heurtault-Lamerville. « Habitué à vivre à la campagne, disait-il dans la séance du 28 nivôse an Vil, j'ai pensé que des détails minutieux de la vie simple et laborieuse que l'on y mène ont pu échapper aux conceptions des savants qui composent la commission d'instruction publique. » Il plaida avec intelligence et chaleur la cause des écolec rurales, dont le projet ne garantit pas l'existence d'une manière assez sérieuse. Elles sont trop éloignées les unes des autres, la fréquentation est impossible, il faut établir un maximum de la distance à parcourir par les enfants, et il faut enseigner aux élèves, surtout à la campagne, des notions pratiques d'agriculture. Le droit des municipalités n'est pas assez respecté dans le choix de l'instituteur, dont le logement et

le salaire ne sont pas sérieusement garantis. Il faut exclure de la liste d'éligibilité aux fonctions d'instituteur, non seulement les ministres des cultes, mais « ceux qui les aident par un service habituel. » Il veut que l'on affecte à la tenue des écoles les églises de village, ou le prix de la vente de ceux de ces édifices qui menacent ruine. Les célibataires et les époux sans enfants seront imposés extraordinairement pour le traitement des maîtres : « si ces derniers sont privés des douceurs de la paternité, ne doivent-ils pas porter leur affection vers les enfants de la patrie, et si les autres ont méprisé le lien sacré des époux, doivent-ils être affranchis par leur égoïsme ? »

Il insiste, avec raison, pour l'extension de la gratuité : « Attacher l'exemption de la rétribution à trois francs de contributions, c'est la rendre illusoire ; à la campagne, il n'y a pas de cote qui n'excède la valeur de trois journées de travail, pour peu que l'on jouisse d'une chaumière ; et sous cette chaumière naît une grande quantité d'enfants et habite la misère. » Les chiffres qu'il cite ont une véritable éloquence ; ses plaintes sont légitimes, elles méritent de nos jours, comme autrefois, de fixer l'attention du législateur et d'éveiller sa sollicitude.

Agronome distingué, membre fondateur de plusieurs de nos sociétés départementales d'agriculture, Challan a laissé divers écrits sur l'agriculture. On lui doit aussi un Essai sur la possibilicé de faire écrire les aveugles et de leur faire lire ce qu'ils auraient écrit, 1824. [L. Maggiolo.j

CI1ALOTA1S (Caradeuc de La). — V. La c lialot ai s.

CHALVET (Pierre-Vincent). - Né à Grenoble en 1767, mort en 1807. Dès 1789, Chalvet avait recommandé, par une brochure publiée à Grenoble, la fondation d'une « éducation nationale » ; en 1791 et 1792, il revint sur ce projet dans le Journal chrétien ou l'Ami des mœurs, de la religion et de légalité (2 vol. in-8° ; variante : Ami des mœurs, de la vérité et de la paix). En 1793 il publia un mémoire intitulé Des qualités et des devoirs d'un instituteur public (Paris et Grenoble,in-8° ) Cet écrit n'est pas un chef-d'œuvre, mais a été trop déprécié. Il recommande comme « qualités du cœur » la douceur, l'affabilité, la modestie et la patience ; comme « qualités de l'esprit », celles dont son compatriote Condillac a fait l'éloge et donné le modèle. Il demande que le français remplace partout les patois : le temps viendra « où l'on trouvera le Téiémaque et le Contrat social dans la panetière des laboureurs. » Pour la discipline scolaire, il donne de bons conseils, compte surtout sur l'impartialité du maître et sur sa parfaite équité dans la conduite de la classe. « Les verges employées sous l'ancien régime caractérisent trop la servitude pour être encore en usage sous celui de la liberté. » Chalvet était l'ami particulier de Berquin. On lui doit encore, pour ne parler que des ouvrages qui nous concernent : un Discow*s sur futilité de l'histoire ancienne, 1798 et un Rapport sur fétat de f instruction publique dans le département de l'Isère, 1800, in-8°.

CHAMBIUERS (élèves). — Caméristat.

CHAMPAGNE (Jean-François). — Né à Semur, en 1751, mort en 1813 II était en 1789 professeur au collège Louis-le-Grand dont il avait été élève et dont il fut plus tard directeur jusqu'en 1810. Il adressa à la Constituante (octobre l79i>) un Vlan d'éducation nationale élaboré avec les frères Guéroult et qui fut renvoyé avec éloge au comité de Constitution. Pendant la Terreur, Champagne, resté avec quelques élèves au Lycée devenu le Coiièue Egalité, « déploya pour sauver la maison confiée h ses soins plus de ruses et de stratagèmes qu'on n'en imaginait pour la détruire.» (Dacier). Membre

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de L'académie des inscriptions et belles-lettrée, en

1791, et plus tard de l'Institut national, il publia, en germinal an VIII, ses Vues sur l'organisation de l'instruction publique dans les écoles destinées à l'enseignement de la jeunesse (Paris, in-8", chez Moutardier). Dans ce travail, fruit d'une longue expérience et d'une haute raison, il traite avec autorité toutes les questions relatives à l'instruction et à léducation, il examine et résume les divers projets discutés dans les assemblées, il constate avec douleur, mais sans colère, que la jeunesse croupit dans une funeste ignorance. Il dresse le triste bilan de la situation; il y a environ 6 ou 7 mille écoles primaires et 98 écoles centrales ! On manque de livres élémentaires, d'encouragements pour les maîtres, de récompenses pour les enfants. « La surveillance qu'on appelait organisation n'a « presque consisté qu'en visites municipales, procès- « verbaux et dénonciations. Il semblait qu'on n'a- « vait ôté la férule aux maîtres, que pour s'en sera vir contre eux. »

« Au milieu de ces désordres, ajoute-t-il, que sont devenus près de trois millions d'enfants qui auraient dû recevoir annuellement l'éducation dans les écoles primaires?

»Ce nombre d'enfants, quelque prodigieux qu'il soit, n'est pas exagéré. On évalue à 30 millions la population de la France. Condorcet estime que le dixième de cette population est composé d'enfants que leur âge destine aux premières écoles. D'autres calculs établis sur les probabilités de la vie donnent -pour 30 millions :

571 9()8 enfants des deux sexes de 7 ans. 560 700 — — 8 —

Total2 778732

» Je regarde comme constant que le sixième des pères de famille sont suffisamment instruits ou assez aisés pour donner une éducation particulière à leurs enfants... Je suppose en second lieu, qu'attendu les difficultés locales, le nombre moyen des élèves sera de 60 par école. Il faudrait donc 46 312 instituteurs et institutrices pour donner l'instruction primaire dans toute l'étendue de la république. »

Il établit des principes, il formule des règles pour rétablir un ordre de choses meilleur. Il traite successivement de l'organisation : 1° des écoles primaires ; 2° des écoles secondaires et centrales; 3° des pensionnats nationaux ou prytanées ; 4° des moyens de finance et d'exécution ; 5° des institutions conformes à la nature du gouvernement et propres à encourager la jeunesse.

« L'harmonie dans l'ensemble de l'organisation peut seule en assurer le succès ; après tant de dévastations et de ruines, la sagesse commande de perfectionner seulement ou tout au plus de modifier ce qui n'est pas bien. » Quelques citations du chapitre relatif aux écoles primaires feront apprécier l'importance d'un livre que l'on peut consulter utilement. II faudrait, dit l'auteur, 46,312 instituteurs ou institutrices pour constituer l'instruction primaire, dans toute l'étendue de la République. Le gouvernement ne peut former par lui-même l'entreprise gigantesque d'un pareil établissement. Qu'il se contente de créer un système suivi d'instruction élémentaire, qu'il l'organise avec persévérance ; qu'il favorise la création des sociétés d'émulation et de bienfaisance ; il obtiendra les résultats constatés en Angleterre, en Ecosse, en Autriche et en Suède, où le roi, la noblesse, le corps diplomatique, les grandes autorités contribuent à soutenir les établissements d'instruction des pauvres ouvriers. Les pages consacrées à l'état de l'enseigne-

lT* Partie.

ment dans les monarchies sont remplies de détails du plus haut intérêt. Il insiste pour que l'un donne un caractère moral a la taxe mobilière sur les célibataires : « Il y aura une vraie justice à ce que celui qui ne donne pas d'enfants à l'Etat, qui n'a ni les inquiétudes, ni les charges du père de famille, compense l'un et l'autre par une légère indemnité. » Il faut donner des encouragements aux maîtres et des récompenses aux élèves : « Nous avons en France au moins 50 000 commis dans les différentes branches de l'administration ; que le quart de ces places (à l'exception de celles des principaux employés) soit exclusivement réservé aux maîtres primaires ayant enseigné dix ans. Les protégés seuls perdront à cette disposition. » Quant aux élèves, « si l'on établit, comme le veut le citoyen Chaptal, des ateliers d'apprentissage pour les arts, qu'une partie des places soit donnée au concours dans les écoles primaires, ainsi que quelques places dans les pensionnats nationaux. » La conclusion du livre est remarquable : « Esprit public à faire naître, et dont les magistrats donneront l'exemple ; zèle des parents à exciter; secours à distribuer tant par les communes que par la bienfaisance volontaire et par le gouvernement; récompenses à donner aux maîtres et aux élèves, voilà les éléments dont se composera ce système, dont l'exécution exigera peut-être une persévérance de vingt années. C'est ainsi qu'on obtiendra l'organisation durable de ces écoles si importantes et si universellement réclamées. » [L. Maggiolo.]

CHAMPAGNE (Province de). — Réunie à la couronne depuis 1274, cette province qui comprenait, en tout ou en partie, la Rrie, le Senonais, le Bassigny, le Remois, le Rhételois, la prim cipauté de Sedan, comptait dix bailliages et sièges présidiaux, deux archevêchés (Reims et Sens), et quatre évêchés (Ghâlons, Langres, Troyes et Meaux), dont les titulaires, ainsi que le comte de Champagne, étaient, de droit, pairs du royaume. Il y avait plus de quatre-vingt-dix abbayes des ordres de Saint-Benoît et de Saint-Augustin, sans parler des collégiales, des prieurés conventuels et des congrégations religieuses de femmes, nombreuses depuis le milieu du dix-septième siècle ; l'évêché de Langres à lui seul comprenait six archidiaconés, 15 doyennés, 455 paroisses, 227 succursales, 261 chapelles, 11 chapitres, 22 abbayes, 77 prieurés, 33 communautés, 5 commanderies. Il n'est donc pas étonnant que. comme l'a prouvé l'infatigable M. Fayet, à l'aide du recueil des statuts synodaux de 1622 et de cinq volumes de décisions du bureau établi par l'évêque de Montmorin — V. Marne [Haute-) — le clergé ait pu non seulement entretenir et surveiller des écoles conventuelles, mais pourvoir à l'installation des petites écoles dans un très grand nombre de communes (473 écoles pour 550 communes dans la Haute-Marne, d'après M. Fayet).

L'article Marne Haute-), auquel nous venons de renvoyer, ainsi que les articles Aisne, Ardennes, Aube, indiquent d'une façon générale la marche de l'instruction primaire avant 17 89. Nous n'avons donc à ajouter pour la province de Champagne que quelques citations caractéristiques propres à donner l'idée de la richesse des documents, la plupart encore inédits, que contiennent les archives pour cette histoire spéciale.

Archives de C hâtons : Recueil très complet des mandements des évêques et de leurs règlements scolaires. Liasses nombreuses concernant les ecolâtres, la déclaration des revenus et charges de l'écolâtrerie, les procès-verbaux des visites paroissiales, les registres d'approbation des maîtres et maîtresses ; un procès-verbal de l'assemblée tumultueuse des habitants de Bassuet, pour conserver le recteur d'école qu'ils ont choisi (1734); les sommes affectées à l'entretien des écoles de

CHAMPAGNE

GHANNIPsG

filles, à la gratuité, à la construction, à la réparation des maisons et des mobiliers d'école : « A Juvigny, 2 grands bancs de 16 pieds de long et à. dos •de chêne pour les filles, 2 autres de 15 pieds «ans dos, pour les garçons, 2 autres petits bancs de 8 pieds, 3 doubles planches de sapin pour y mettre une table de longueur de 16 pieds » (Arch. ChdL, c. 61(i) ; les ordonnances des intendants et les pièces de leur correspondance avec les subdélégués. En 1672, l'évèque établit une maison •de maîtresses séculières ; en 1676, « convaincu par une longue expérience et par la doctrine •des conciles que le bon ordre des paroisses dépend beaucoup de la conduite des maîtres et de leur application à instruire, » il en réunit à ses frais un nombre assez considérable dans son séminaire, pour donner, durant, quelques jours, à ces ■auxiliaires nécessaires à l'Église, tous les secours nécessaires pour se bien acquitter de leur emploi. En 1754, le subdélégué de Sainte-Menehould engage l'intendant à ne pas accorder au syndic de Broux- Saint -Remy l'autorisation qu'il demande « d'acheter, sur les fonds communs, des livres pour l'écolage des enfants. » Il pense qu'il serait dangereux d'admettre cette requête, « parce que ce -serait ouvrir encore aux curés, qui ne s'immiscent déjà que trop dans l'administration des deniers des fabriques , la porte pour gérer aussi ceux des communautés. » Un rapport officiel constate l'existence de :35 écoles sur 319 paroisses de 1724 à 1732; il y en avait plus de 300 en

Arà/iires de Reims : Registre in-4° de l'écolâtre (1777-1790) servant à l'enregistrement des formules employées pour la nomination des maîtres et maîtresses ; il y en a partout, dans les villes, les villages, les annexes des doyennés : j'en ai compté 606 ; le dernier acte est du 11 novembre 17 90. Il y avait là, comme ailleurs, une rivalité d'influence, profitable en définitive à l'instruction, entre le clergé et les autorités civiles.

Archives de Meaux : Un registre de l'état civil, contenant les prescriptions de l'ordonnance civile du lu février 1667, porte que les curés ou vicaires, marguillicrs, custodes et autres sont tenus de faire signer les actes par les contractants et les témoins. « Si aucuns d'eux ne savent signer, ils le déclareront et seront de ce interpellés par le curé, dont sera fait mention...; à peine d'y être contraints les ecclésiastiques par la saisie du temporel, et à peine de 2o livres d'amende contre les marguilliers. »

Un fort volume in-4°, de 227 pages, comprend les fondations de vicaires, maîtres de latin, maîtres et maîtresses d'école, dans les diverses paroisses du diocèse, par le cardinal de Pissy « qui. durant plus de trente ans, s'est appliqué à subvenir à tous les besoins spirituels et temporels de son troupeau, et à pourvoir à l'instruction gratuite de la jeunesse des deux sexes. » Par l'acte de donation, il confie à la chambre ecclésiastique du diocèse le soin de veiller à la conservation des établissements secondaires et primaires qu'il a fondés.

Archives de Sens ; Un règlement de l'archevêque de Sens (1170) détermine la juridiction des préchantres sur les écoles; en 1506, le procureur et les échevins de Vïlleneuve-le-Roi présentent un maître à la nomination du préchantre ; en 1686, l'archevêque enjoint aux maîtres et maîtresses de garder les commandements envoyés de sa part, sous peine de confection et de destitution, s'il é< hoit; en KhS, Jeanne d'Arc, femme du seigneur de Foissy, fonde une école pour recorder les filles de la paroisse ; on choisira une fille âgée de 40 ans, sage et pieuse, qui sache bien lire et écrire; elle sera obligée de faire la classe tous les jours deux fois; en l(>94, le sieur Anaspaige, ancien maître «d'école à Versailles, lègue tous ses biens pour ins-

truire gratuitement les pauvres de son village natal.

Grâce à ces efforts qui s'étendaient à l'instruction primaire et aux écoles de latinité, la moyenne des conjoints qui ont signé l'acte de leur mariage est en général satisfaisante, même au dix-septième siècle ; le progrès s'affirme en 1789, ainsi que le prouvent les chiffres que j'emprunte aux 1672 notices que m'ont transmises les instituteurs de l'ancienne Champagne. Ont su signer, sur 100 individus :

Époux. Épouses. Conjoints.

Aube 42,23 14,64 28,43

Ardennes 54,73 28,98 41,85

Marne... 61,39 2i,93 43,14

Haute-Marne 39,55 19,92 29,53

Moyennes générales. 49,32 22,21 35,77

Époux.

Aube 67,86

Ardennes 75,67

Marne 79,89

Haute-Marne 74,83

Épouses. Conjoints

26,77 47,31 48,87 6>,27 46,72 63,26 35,fil 55,22

Moyennes générales. 74,54 39,49 57,01

Dans les villes, à Troyes, à Châlons, à Château- Thierry, etc., la moyenne des conjoints varie entre 70 et 75 0/0. L'examen des procès-verbaux du tirage des miliciens dans les élections de Troyes et de Bar-sur-Aube, de 1777 à 1783, a donné 62 0/0 de lettrés, et, il ne faut pas l'oublier, le chiffre des privilégiés était considérable ; la moyenne des électeurs qui, en 1789, ont signé sur les registres, est de 68 0/0 ; il y a plusieurs communautés où tous les électeurs ont signé, à un ou deux près. Les intelligentes populations de la Champagne n'ont pas dégénéré; en 1866, la moyenne générale des quatre départements était de 93,08 ; elle est en 1876 de 94,47. [L. Maggiolo.J

Cf. : Assier, La Champagne encore inconnue : un maître d'école en 1787. — Le Trésor des pièces rares de la Champagne, enseignement public dans ie diocèse de Langres ta dix-huitième siècle (t. I, 17).

CHANCELIER. — Dans chaque cathédrale, il y avait deux chanceliers : l'un appartenait au corps du chapitre et gardait les sceaux, l'autre était chargé de la direction des écoles. Le chancelier de Notre-Dame de Paris avait la juridiction sur les écoles dites générales de la cité et de 6 paroisses. A la suite de plusieurs conflits entre le chancelier et le chantre, un arrêt de la Cour, en 1530, « maintint dans ces paroisses le chancelier, et dans toutes les autres, le chantre, en possession de donner et conférer lesdites écoles.,., pour enseiguer aux enfants, tant fils que filles, leur créance, service, premières lettres et iceui instruite et conduire en bonnes mœurs... » — Y. Chantre.

CHANGEMENT DE RESIDENCE. — V. Mutation et Nominatioîi.

CHANNING (William Ellery). — Pasteur américain, né à Providence dans l'Etat de Rhode-Island, en 1780, mort à Boston en 1842. Quoiqu'il ait passé sa vie dans le ministère d'une église protestante, Channing n'en doit pas moins être considéré comme un des hommes qui ont le mieux compris et le mieux résolu le problème de l'éducation. Pasteur d'une communauté unitaire, c està-dire d'une église sans dogmes, il ramène toute la religion et toute la vie au développement complet et harmonieux des facultés physiques, intellectuelles et morales Le but qu'il poursuit, c'est la perfection de l'individu; l'éducation n'en a pas

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