CHÉNIER
Il arrive bien souvent que l'on ne dispose que d'un poêle ordinaire en fonte dont il s'agit de tirer le meilleur parti possible. On évitera toujours de le porter au rouge parce qu'alors certains gaz produits par la combustion pourraient filtrer à travers la fonte, et même on fera en sorte de le maintenir à une température bien inférieure au rouge sombre pour éviter de brûler les poussières de l'air et de produire certaines émanations qui répandraient une odeur désagréable. Il faudra apporter tous ses soins à empêcher les tuyaux de laisser échapper par les joints de la fumée et de l'eau de suie. Un tuyau apparent en bon état utilise beaucoup de chaleur qui serait perdue si les gaz chauds de la combustion s'échappaient directement à l'air libre ou dans une cheminée, et peut donc à la rigueur être toléré malgré ses inconvénients.
Les poêles dessèchent l'air de la pièce qu'ils chauffent, ce qui le rend irritant pour les yeux et les poumons. Il est indispensable de disposer sur le poêle un vase à large surface, que l'on maintient plein d'eau pour que la vapeur produite rende l'air suffisamment humide.
L'appel d'air produit par la combustion dans un poêle suffit, dans une pièce habitée par deux ou trois personnes, pour renouveler l'air, mais il n'en est pas de même dans une classe, et l'on doit veiller constamment à la ventilation. Pendant la classe, il pourra suffire d'entr'ouvrir une ou deux fenêtres (la partie supérieure de l'une et la partie inférieure de l'autre s'il se peut), sans toutefois exposer les enfants aux courants d'air. Après les classes on établira au contraire un vif courant d'air pour balayer complètement la pièce jusque dans ses moindres recoins.
Il ne faut jamais fermer complètement la clef du poêle sans quoi les gaz asphyxiants se répandraient dans la salle. [Félix Narjoux.]
A consulter : outre les ouvrages généraux sur les maisons d'école, de Barnard, Robson, Narjoux, etc. (V Maisons d'école), quelques monographies intéressantes : Otto Krausse, Der Luftwechsel in den Lehrzimmern, Annaberg ; — Henneberg, ingénieur à Berlin: Ergebnisse der in 1 869-70 an den Heizur,d Ventilationsanlagen angestellten Beobachtungen ; — Pettenkofer, ùber die Luftwechsel; et surtout les Beobachtungen und Erfahrungen auf de m Gebiete der Schulgesundkeitspflege, d'un instituteur de Nuremberg, A. Hoffmann (1874), opuscule qui contient un recueil de lettres sur la question du chauffage des écoles adressées à l'auteur par les hommes les plus compétents de l'Allemagne. — V. aussi l'article Schulgi-bàude. dans l'Encyclopédie de Schmid, Ylll, 915-018; et, dans ÏAllgemeine Schul-Zeitiwg, du Dr Stoy (d'léna),6 et 13 avril 1878, un article important sur les inconvénients du chauffage par l'air chaud (poêle ancien, poêle à revêtement, calorifère); enfin A treatise on ventilation par Lewis Leeds (New- York, Wiley, 1876).
CHAVANNES (Alexandre-César). — Né à Montreux (Suisse) en 1731, mort en 1800, à Lausanne où il était professeur de théologie et bibliothécaire de l'Académie. Il publia, en i787, un Essai sur l'éducation intellectuelle, avec le projet d'une science nouvelle (Lausanne, in-8% écrit où il se montre plus vraiment philosophe que de Grousaz *, en ce sens qu'il s'efforce de calquer les méthodes d'enseignement sur la nature même de l'esprit humain ; aussi l'éducation qu'il propose est-elle tout humaine et non confessionnelle. Le pasteur André Gindroz, tout en lui reprochant « de ne pas former de vrais disciples du Christ, » lui reconnaît des vues originales et recommande son livre «aux pédagogues, aux fondateurs d'institutions pour la jeunesse et aux gouvernements ». M. Monnard, pasteur aussi, mais esprit plus large, dit de Chavannes : « il jeta sur un immense savoir le voile de sa pieuse modestie. » Chavannes a laissé en manuscrit plusieurs ouvrages (à la bibliothèque de Lausanne) : un Dictionnaire rtyrno ogique de tous les mots français, une Anthropologie en 1 J volumes (dont un abrégé publié en 1788), un Cours
de morale chrétienne, une Histoire de l'Académie de Lausanne, etc. [A. Daguet.]
Un autre Chavannes (Daniel-Alexandre), a publié un Exposé de la méthode élémentaire de l'estalozzi, Paris, 1805.
CHEEVEIV (Ezéchiel). — Un des plus anciens et des plus vénérés maîtres de laNouvelle-An.-il :terre. justement appelé le premier maître d'école du Nouveau-Monde. Né à Londres en 1614, il émigra tout jeune avec les Puritains et fut un des fondateurs de la colonie de Ncw-Haven, où il établit la première école publique. Il en fonda ensuite et en dirigea plusieurs autres pendant sa longue et belle carrière : il atteignit près de soixante-dix ans de services et mourut à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans. Ce « Mathurin Cordier de l'Amérique », comme on l'appela dans son oraison funèbre, exerça, il est facilo de le comprendre, une puissante influence sur l'instruction scolaire et religieuse de la colonie. CHEFS D'INSTITUTION. — V. Pension, Pensionnat, -i V. aussi Sociétés,
CHENIEll (Marie-Joseph). — Poète dramatique, frère de André Chénicr* (V. IIe partie) ; né le 28 août 1764, mort à Paris, le 10 janvier 1811. Sa tragédie de Charles IX, représentée en 1789, lui fit une grande popularité, et plus tard on ne chantait que ses odes républicaines aux anniversaires du 14 juillet, du 10 août, à la fête de l'Être suprême et dans les cérémonies décadaires. Membre de la Commune de Paris, en 1792, député de Seine-et- Oise à la Convention, membre du Comité de l'instruction publique et de l'Institut, il s'occupa avec une intelligente activité de tout ce qui pouvait assurer le développement de l'éducation nationale. Le 12 décembre 1792, sur sa proposition, le premier article du projet de loi sur l'instruction primaire est décrété en ces termes : « Les écoles primaires formeront le premier degré d'instruction 'T on y enseignera les connaissances rigoureusement nécessaires à tous les citoyens. Les personnes chargées de l'enseignement dans les écoles s'appelleront instituteurs. » L'année suivante (Moniteur, n° 3:}, 1793), il proteste contre la destruction stupide des livres, des gravures, des statues qui rappellent l'ancien régime. « C'est aux livres, dit-il, que nous devons la révolution française ; il y a des livres très-républicains, qui sont dédiés à desprinces ;... faudra-t-il les brûler? » Il s'indigne avec raison contre les Vandales et les Visigoths qui le feraient : « il ne faut pas ramener le peuple à la barbarie, mais le conduire aux véritables lumières ». Sur sa demande, la rédaction du décret est renvoyée au Comité d'instruction publique, pour la méditer et l'approfondir.
Il faut lire au Monitew (n°47, 1793) le discoursqu'il prononça dans la discussion sur l'organisation des écoles ; nous en citerons quelques passagesparmi les plus essentiels. « Le moyen le plus efficace de rendre le calme à la république, c'est d'organiser l'instruction, qui est tout à la fois le premier besoin de l'homme en société et la première dette de la société envers ses membres. L'ensemble de l'instruction publique se compose de trois parties qui concourent également à former l'homme en société : la partie de l'enseignement, la partie morale, la partie physique. Les procédés d'enseignement doivent être simples et pratiques. On enseigne les métiers, les sciences, les arts, mais les mœurs et la vertu s'inspirent. La gymnastique, comme chez les Grecs, comprendra tous les exercices qui peuvent entretenir et augmenter la force et la souplesse du corps. C'est sous ce triple rapport qu'il convient d'envisager l'instruction publique. Il faut travailler avec ses idées et non avec celles d'autrui... Il est nécessaire de créer et non de compliquer, d'inventer et non de se souvenir; il importe cependant de ne se pas trop hâter. Il faut oiganiser tour à