‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 207 sur 547 · CHILI · texte numérisé non relu

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■ouvrages de polémique dus à la plume d'Emile Chevé, nous citerons : Appel au bon sens de toutes tes nations qui désirent voir se généraliser chez et les l'enseignement musical; — Protestation adressée au comité central d'instruction primaire de In ville de Paris, contre un rapport de ta Commission de chant; — La routine et le bon sens, lettres sur la musique, in-8° ; — Coup de grâce à la routine musicale.

La nouvelle école musicale, dont Emile Chevé fut l'apôtre le plus convaincu et le plus ardent, a pris le nom d'Ecole Galin-Paris-Chevé, à cause des trois chefs dont l'ensemble des travaux a formé le système.

Galin a créé toute la partie fondamentale de la méthode : la représentation des sons et surtout celle des durées, simple, logique, complète, admirable (le chronomériste) ; les principes rationnels de la théorie musicale, et les traditions d'un enseignement simplifié de la lecture sur la portée, dans toutes les clefs, connu sous le nom deMéloplaste.

Aimé Paris a commencé, par ses cours, à faire connaître la méthode sur divers points de la France ; il a créé la langue des durées, qui permet de « parler la mesure » et de saisir le rythme d'un air avant de le chanter.

Emile Chevé a été surtout le propagateur, l'apôtre de Galin; il lui a donné, par son ardeur communicative et par son admirable talent de professeur, un retentissement considérable. C'est par milliers que se sont comptés ses élèves directs, dont un grand nombre se sont, à son exemple, dévoués à l'enseignement musical. Il a donné à <:et enseignement sa forme pittoresque et pratique, les ingénieux tableaux qui lui servent de matériel, le système des « soudures » qui facilitent l'étude des modulations, l'enchaînement de démonstrations théoriques, simples et claires, avec les exercices de madame Chevé, « si bien gradués que l'organisation la plus rebelle est capable en peu de temps de lire à première vue un air difficile comme intonation et comme mesure, à la seule condition, exigée au début de l'étude, de pouvoir chanter juste l'air ut ré mi fa sol. »

L'ardeur quelquefois imprudente d'Emile Chevé dans la discussion, l'allure agressive de ses écrits et de son enseignement, l'avaient mis en hostilité ouverte avec la plupart des autorités musicales officielles. Il usa sa vie dans cette lutte, mais il y rencontra de nombreuses sympathies et de vives amitiés.

L'attrait que donnait à ses leçons son grand talent d'exposition le fit appeler à l'Ecole normale supérieure et à l'École polytechnique, où son enseignement s'est conservé, ainsi qu'au lycée Louis-le- Grand, à l'école normale d'instituteurs protestants ■de Courbevoie, etc.

Les institutions particulières et les sociétés chorales qui emploient exclusivement la méthode Chevé sont nombreuses à Paris et en province (Lyon, Marseille, Toulouse, Brest, le Creusot, etc.). A l'étranger, elle est professée, et même officiellement autorisée dans divers établissements, en Suisse (notamment à Genève , où 10,000 enfants reçoivent l'instruction musicale d'après les principes nouveaux), à Londres, à Saint-Pétersbourg,etc.

A Paris, outre les deux grandes sociétés chorales qui portent le nom de Chevé, nous devons signaler un Cours normal libre, fait le dimanche par M. Amand Chevé, fils d'Emile Chevé, et chef actuel de l'école, cours destiné à former des professeurs pour l'enseignement public. [A. Demkès.]

CHILI. — L'enseignement au Chili est beaucoup mieux organisé que dans les autres républiques d'origine espagnole : aussi le pays est-il plus tranquille et plus prospère. Tous les différents établissements d'éducation sont divisés en deux classes : instruction primaire et instruction

supérieure. Ils sont tous sous l'autorité du ministère de la justice, des travaux publics et de l'instruction publique, qui fait un rapport annuel au congrès. Il y a un inspecteur général de l'instruction primaire auquel les surintendants des provinces font aussi des rapports.

Le cours d'instruction dans les écoles des villes comprend : la lecture et l'écriture ; la morale chrétienne, l'arithmétique, le système légal de6 poids et mesures ; la grammaire espagnole, la géographie, spécialement celle du Chili, les principes de la géométrie appliqués au dessin linéaire, les éléments de cosmographie, la tenue des livres, les principes généraux d'hygiène, la musique vocale et la gymnastique. Dans les écoles de filles on apprend aussi la couture.

Ces cours d'études durent cinq années.

L'enseignement dans les districts ruraux embrasse la lecture et l'écriture, la morale chrétienne, les principes de l'arithmétique appliqués aux usages communs du système légal des poids et mesures, la grammaire espagnole avec des exercices pratiqués de la lecture à haute voix et d'orthographe ; les notions générales de la géographie du Chili ; les principes d'hygiène, la musique vocale et la gymnastique et pour les filles la couture. Ces cours durent cinq années.

L'instruction donnée par les maîtres est pratique et fréquemment accompagnée par des exemples sur le tableau noir. Les maîtres et leurs adjoints donnent alternativement des leçons dans chaque division. Il est strictement défendu sous une peine sévère d'enseigner autre chose que ce qui est mentionné sur le programme de l'école, ou de faire usage de textes, de livres et d'appareils autres que ceux qui y sont prescrits.

Dans chaque école publique et privée il doit y avoir des examens le premier samedi de chaque mois, afin de constater si les élèves sont assez avancés pour passer dans une section supérieure de la même division. Les examens publics ont lieu quelquefois dans la salle du comité ; les parents et d'autres personnes y sont admis. D'après le résultat de ces examens on détermine quels sont les élèves assez avancés pour passer dans une division supérieure, ou quels sont ceux qui ont terminé leurs études. Il n'est permis à aucun élève de passer d'une section dans une autre, ou d'une division dans une autre, sans avoir répondu d'une manière satisfaisante sur toutes les matières qui composent ces examens, chacun dans sa division.

Les maisons d'école dans les villes sont louées, s'il est possible, dans la partie centrale de la ville ; elles doivent être bien aérées, éloignées d'un hôpital ou de tout autre établissement qui pourrait compromettre la santé ou la moralité des enfants.

Dans chaque salle d'école il doit y avoir un christ ou une croix assez grande pour être vue par toute la classe et suspendue sur la chaire du maître. Il doit se trouver aussi dans chaque salle une horloge, une carte du monde, une carte de l'Amérique et une carte du Chili, un tableau noir, un cabinet, des tables et des chaises pour le maître et pour ses adjoints, des chaises et des tables pour les élèves sur les modèles prescrits par l'inspecteur général.

L'éducation populaire a fait des progrès considérables durant les vingt dernières années. En 1855, il y avait 394 écoles primaires publiques de garçons, avec 15 707 élèves ; 05 écoles de filles, avec 4 297 élèves : total, 48!) écoles et 20 004 élèves. Le nombre des écoles primaires privées était : écoles de garçons, 194, avec 5 879 élèves; écoles de filles, 105, avec 939 élèves : total 299 écoles et 6 81 8 élèves. Le nombre total des écoles primaires, tant privées que publiques, était donc de 788, avec 26 S22 élèves. En 1872, le nombre des écoles publiques était

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de 451, celui des écoles privées de 706, et le nombre total des enfants fréquentant les écoles primaires tant publiques que privées, de 54 8.'1, soit 1 écolier sur 25 habitants. La dépense moyenne annuelle par écolier était, cette môme année, de 8 pesos 98 centavos.

Il existe en outre un certain nombre d'écoles d'adultes (30 en 1863, dont 24 entretenues par l'Etat).

Il y a deux écoles normales au Chili. Le nombre des étudiants pour ces deux écoles, en 1809, était de 291 ; à la fin de l'année, 39 avaient mérité leur diplôme ; 24 jeunes gens et 15 jeunes filles. En 1870 le nombre des étudiants était de 292.

[C. Hippeau.]

CHIMIE. — Aucune branche des sciences n'a reçu dans la pratique plus d'applications fécondes que la chimie depuis un siècle.

Elle a renouvelé toutes les industries, elle en a créé un grand nombre. Dans un rapport resté célèbre, le grand chimiste français Dumas disait que l'on pouvait évaluer presque exactement la richesse industrielle des nations d'après les quantités d'acide sulfurique qu'elles consomment. Outre ce rôle immense qu'elle joue dans l'industrie, la chimie offre un autre genre d'intérêt : elle touche par plusieurs côtés aux questions les plus élevées de la philosophie naturelle ; par la théorie des atomes, par l'isomérie, par l'allotropie, elle essaie de résoudre le problème de la constitution de la matière ; par l'étude des transformations qui s'accomplissent dans les êtres vivants, elle aborde les questions les plus complexes de la physiologie.

11 était donc naturel, nécessaire, qu'une science dont l'importance théorique et pratique est si capitale, prît une place d'honneur dans l'enseignement des nations civilisées. Dès la seconde moitié du dernier siècle, la chimie est enseignée au Jardin du Roi. Apres la Révolution, les plus illustres représentants de la science nouvelle la professent dans tous les grands établissements publics: à la Sorbonne, au Collège de France, à l'École polytechnique, à l'École normale supérieure, enseignent successivement Fourcroy, Berthollet, Gay- Lussac, Vauquelin, Thénard, Dumas, etc. C'est là ce qu'on a appelé le haut enseignement ou l'enseignement supérieur : il s'est graduellement étendu par la création des chaires de chimie dans les facultés de province. Puis la chimie est entrée dans les établissements d'instruction secondaire, collèges, lycées, pensionnats libres, etc. Bien que les programmes de cet enseignement dans les lycées et les collèges aient souvent changé, ils ont gardé en général une allure abstraite et à priori ; l'expérimentation y avait trop peu de place ou y était mal comprise. La préoccupation de parcourir dans le cours de l'année scolaire le programme tout entier ; la nécessité de commencer par dicter aux élèves l'énoncé des lois fondamentales, au lieu de les leur faire en quelque sorte découvrir par une série convenable d'expériences, l'insuffisance du temps et des ressources mises à la disposition du maître pour cet enseignement, empêchèrent longtemps les cours de chimie de nos lycées de prendre le caractère et d'avoir l'utilité qu'on en devait attendre. Beaucoup de jeunes gens sortaient du collège ayant lu ou pouvant lire Aristote et Tacite, connaissant passablement la géométrie de Legendre, sachant la chronologie des rois perses et la généalogie des Mérovingiens, mais ayant à peine quelques vagues notions d'une science qui touche à l'industrie, à la médecine, à l'agriculture, à la botanique, à la géologie, à l'hygiène, aussi bien qu'à la philosophie.

L'enseignement qu'on nomme en France secondaire spécial, et dans d'autres pays enseignement professionnel, a ouvert une voie nouvelle à l'étude élémentaire de la chimie. Ayant à répondre à un

besoin d'enseignement pratique, de préparation positive aux professions industrielles, le collège ou l'école d'enseignement moyen a dû, en France comme ailleurs, donner à la chimie plus d'importance et un caractère moins vague, moins abstrait et moins spéculatif. Si nous ne sommes pas encore à cet égard tout à fait aussi avancés que plusieurs de nos voisins, c'est qu'un tel enseignement ne s'improvise pas ; les maîtres, la direction, les ressources ont d'abord fait défaut, mais ce n'est plus qu'une question de temps, du moment qu'on est entré dans la bonne voie : les laboratoires scolaires se multiplient et s'enrichissent, c'est le signe le plus sûr du progrès. — L'enseignement de la chimie peut-il descendre encore plus bas, et pénétrer môme dans l'école primaire des villes et des villages ? C'est notre profonde conviction. Et d'abord rappelons que des connaissances élémentaires en chimie devraient être familières à tous les maîtres. Le besoin qu'ils en auront à tout instant dans le coure de leur carrière, ne fût-ce que pour donner une leçon de choses, pour expliquer convenablement un terme usuel ou un phénomène journalier, pour donner un bon conseil, pour combattre un préjugé populaire, ce besoin est tellement manifeste, que dès 1K37 on faisait figurer la chimie au nombre des matières de l'examen des instituteurs. Depuis lors, bien que la loi de 1850 ait retranché du programme des examens, aussi bien que de celui des écoles, les éléments d'instruction scientifique, la chimie est restée en fait dans l'enseignement de la plupart de nos écoles normales, et dans quelques-unes elle a été, elle est encore sérieusement étudiée. Un des premiers et des plus simples progrès à réaliser est évidemment de doter tous ces établissements d'un bon laboratoire et d'un bon cours, nous voulons dire d'un < ours et d'un laboratoire appropriés aux besoins spéciaux de l'école normale, négligeant tout ce qui ne peut pas avoir accès dans l'enseignement populaire , et rendant clair, facile, intuitif tout ce qu'on essaiera d'y faire entrer.

Là plus encore que dans l'enseignement professionnel secondaire spécial ou primaire supérieur, on fuira les abstractions et les théories savantes, les grandes hypothèses spéculatives, les subtilités et les bizarreries de la nomenclature, le détail des questions par trop controversées ou par trop compliquées. On ne s'avancera que sur le terrain formé, sur les points où la science est faite et parfaite, où l'on a l'expérience pour guide et le bon sens pour règle de jugement.

De grands progrès ont déjà été réalisés en chimie dans un certain nombre d'écoles normales, grâce à l'intervention d'un savant illustre. M.Bnllard, dont le nom est si cher à la science. M. Ballard a vulgarisé la chimie à l'école de Cluny; il a appris aux élèves à construire eux-mêmes, et à peu de frais, la plupart des instruments nécessaires à leurs expériences. On peut dire que le grand vulgarisateur de la science qui nous occupe suivait avec passion le développement de son œuvre : deux fois par an, il allait avec bonheur à Cluny pour s'assurer que ses conseils étaient suivis. Nous avons rencontré dans nos tournées quelques uns de ses élèves qui enseignaient parfaitement la chimie.

Sans doute, d'une façon générale, nous ne pouvons pas tirer de Cluny tous nos professeurs de chimie ; nous devons les façonner nous mêmes, et nous proposerons pour cela un moyen bien simple : on choisirait, chaque année, vingt de nos professeurs des sciences physiques, et on les enverrait passer les quinze premiers jours de décembre dans le laboratoire des hautes études, où ils seraient exercés , sous la direction d'un habile praticien, aux manipulations les plus utiles.

M. Frcmy, cet autre vulgarisateur de la chimie, accueillerait nos maîtres avec cette bonté qui le

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nractérise, et nous ajouterons qu'il serait heureux l'apporter sa pierre à l'édifice de l'enseignement («imaire.

Dans peu d'années, nos écoles normales seraient capables, soit par elles-mêmes, soit par les bons maîtres qu'elles auraient formés, de rendre de véritables services à l'industrie locale, surtout à l'agriculture : en effet, les engrais minéraux sont appelés à un grand avenir s'ils sont loyalement fabriqués. L'école normale doserait facilement l'ammoniaque soit libre, soit combinée ; elle y décèlera les phosphates et la potasse.

Nous disions plus haut que la chimie doit descendre à l'enseignement primaire ; nous nous trompions; il faut élever l'enseignement primaire et le rendre apte à comprendre la chimie.

Mais ce n'est pas tout. Nous croyons que préparés ainsi par l'école normale, nos maîtres sauront populariser les grandes notions chimiques dans l'école primaire elle-même. Sans doute il n'est point question d'y introduire un cours régulier et scientifique. Mais mille occasions se trouvent, bien plus, s'imposent à un instituteur de bonne volonté, pour donner à ses élèves des leçons et des explications qui, sans qu'ils s'en doutent, sont de la chimie.

Seulement cet enseignement ne doit pas être le même à la ville et à la campagne.

A la ville, nous donnerons d'abord les connaissances générales, bien comprises et bien indiquées dans l'article Chimie (V. IIe Partie) par un des meilleurs de nos anciens élèves, M. Jacquemart: la chimie appliquée à l'industrie locale.

Nous avons trouvé à Reims, à l'école professionnelle, un laboratoire admirablement installé et dirigé par un jeune chimiste, M. Leblanc, élève de M. Balîard à Cluny. Les élèves manipulent deux fois par semaine et la plupart, dès la seconde année, sont à même de trouver tous les produits contenus dans la laine brute.

Ce qui nous a frappé, c'est la dépense minime occasionnée par les manipulations : en effet, elle est en moyenne, pour les élèves de première année, de 10 francs par an ; pour ceux de deuxième, 14 francs, et 18 pour ceux de troisième année.

Quels services ne rendrait pas la chimie à Grasse, par exemple, où l'industrie des parfums est si florissante?

Arrivons à la chimie enseignée à la campagne. Là point de connaissances générales si étendues. On se bornera à l'explication des grands faits naturels, tels que l'air, l'eau, etc. On partira de l'oxygène, de son rôle important dans la combustion et dans la respiration ; on parlera de l'acide carbonique, de ses effets pernicieux ; on dira comment, en siphonnant ce dernier, à l'aide d'un gros tube de caoutchouc, on l'enlèvera des cuves des vendanges pour éviter les accidents qui se sont produits cette année dans la Gironde.

Puis viendra l'eau. On fera connaître, à l'aide d'un petit nombre de réactifs, quelles sont les substances qu'elle contient en dissolution. Nous y décèlerons presque toujours la présence du sel de cuisine (chlorure de sodium), au moyen du nitrate d'argent ; celle de la chaux à l'état de bicarbonate, au moyen de l'oxalate d'ammoniaque, et quelquefois celle du sulfate de chaux, comme nous en avons trouvé dans les Alpes. Ce dernier sel, lorsqu'il est un peu abondant, donne une eau très mauvaise qui engendre le goitre et qui est impropre aux usages domestiques tels que savonnage, cuisson des légumes, etc. On peut, corriger une telle eau en y versant une dissolution de carbonate de soude jusqu'à cessation de précipité.

Il faudra également s'assurer ii l'eau qui sert de boisson contient des matières organiques : pour cela on en mettra dans une petite capsule ou un verre de montre avec une goutte d'acide

sulfurique et on évaporera. Le résidu devient charbonneux s'il y a des matières organiques et, dans ce cas, il faut se garder de la boire.

On dira un mot de la falsification des vins : on y met quelquefois de la fuchsine pour donner une plus belle couleur, et quelquefois aussi de l'acétate de plomb pour rendre le vin un peu douceâtre. Ces deux substances sont dangereuses, la dernière surtout. Mais il est très facile d'en constater la présence. Pour la fuchsine, on met un peu de vin dans un tube à expérience, on y verse de l'ammoniaque et on agite; puis on y verse également de l'éther on agite encore, et on laisse reposer. La liquide se divise en deux couches ; on enlève la couche supérieure éthérée que l'on place dans un autre tube et on sature l'ammoniaque par de l'acide acétique. S'il y a de la fuchsine, elle apparaît avec sa belle couleur rouge.

La présence du plomb se constate d'une façon plus simple encore : on filtre le vin sur du noir animal, le vin passe décoloré : on fait arriver quelques bulles d'hydrogène sulfuré dans le liquide, qui devient noir s'il y a du plomb.

Terminons ces exemples, en disant deux mots du vinaigre. Le vinaigre que nous mettons dans la salade vient-il de l'oxydation de l'alcool ordinaire, ou de l'oxydation de l'alcool du vin? Mettez du vinaigre décoloré par le noir animal dans un tube à expérience, ajoutez-y une égale quantité d'une dissolution saturée de bichromate de potasse, et chauffez ; si la dissolution brunit, c'est du vinaigre de vin ; il contient de l'acide tartrique qui s'altère.

Enfin, à la campagne, il faudra surtout apprendre aux enfants quelles sont les parties qui constituent une terre arable. On procédera de la façon suivante : on prendra un poids de vingt grammes, par exemple, d'un échantillon que l'on réduira en une poudre très fine, puis on la desséchera en ne dépassant pas la température de 110°. La perte de poids sera son eau hygrométrique ; il y a une certaine importance à connaître l'eau hygrométrique d'une terre. La matière desséchée sera portée pendant quelque temps, au rouge au contact de 1 air ; il y aura une nouvelle perte due k l'eau que perd l'argile et aussi à l'incinération des matières organiques.

A une autre époque, nous avons étudié de la manière suivante l'hygrométricité relative de plusieurs terres : on prend 1< 0 grammes de terre de chacun des échantillons A, B, G, D desséchés à 110° et on les jette sur des filtres tarés à l'avance ; puis on verse de l'eau de pluie, et quand celle-ci a imbibé les terres et qu'elle cesse de couler, on pèse les filtres; on a ainsi les poids de l'eau absorbée par les 100 grammes de chacune d'elles

Il faut pousser l'expérience plus loin : on laisse ces filtres en place pendant une quinzaine de jours, en les pesant tous les matins. Ces pesées indiquent quelles sont les terres qui retiennent le mieux leur eau hygrométrique. Le froment, par exemple, prospérera plus, en été, dans une terre qui retient longtemps son humidité que dans une autre qui la perdra rapidement.

Poussons encore plus loin les choses et reprenons 20 grammes de l'échantillon A réduit on poudre fine. Plaçons la substance dans un grand bol cylindrique en verre, et emplissons d'eau de pluie ; agitons avec une baguette et abandonnons pendant quelque temps au repos. La partie la plus lourde, le sable, silice, quartz, gagne le fond. On décante alors et on recueille le quartz sur un filtre taré, on le dessèche et on pèse : on a ainsi son poids P. On laisse déposer la partie décantée, on la dessèche et on pèse : on obtient un poids P' d'un mélange d'argile et de carbonate de chaux.

On reprend P' que l'on traite par l'acide chlorhydrique ou simplement par du vinaigre. Une

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(rive effervescence se manifeste, c'est l'acide carbonique du carbonate qui est expulsé. Quand elle est terminée, on laisse reposer le filtre et on lave. Le poids P" qui restera sur le filtre représente l'argile, lequel déduit de P' donnera celui du carbonate de chaux.

Voilà un moyen bien simple de trouver la composition dune terre et sans grand effort chimique.

Il faut encore apprendre à nos campagnards à connaître une chaux : Prenons 10 grammes d'une

Î lierre à chaux, réduisons en poudre et versons de 'acide chlorhydrique ou du vinaigre. Quand l'effervescence aura cessé, laissons reposer et voyons s'il y a un résidu : s'il n'y en a pas, la chaux est dite grasse; s'il y a un résidu, c'est de l'argile ; on le recueille sur un filtre, on le lave, on le dessèche et on le pèse. Si le poids est 18 p. 100 de celui du poids du carbonate, c'est une excellente chaux hydraulique comme celle de Metz.

Il faudra aussi parler à nos enfants des chlorures décolorants, des grands services qu'ils rendent à l'industrie du blanchiment des toiles et de la pâte à papier. On leur dira aussi qu'on les emploie également pour l'assainissement des lieux qui émettent de mauvaises odeurs, et qu'ils détruisent les miasmes atmosphériques. Toutefois il est une autre substance qui remplacerait avantageusement les chlorures décolorants sans avoir les mêmes inconvénients que ces derniers, c'est l'ozone ou oxygène électrisé. Espérons qu'on trouvera un jour ou l'autre le moyen de le produire en abondance et à bon marché.

Ces leçons journalières et incidentes en quelque sorte seront insuffisantes. C'est vrai, mais qui empêchera de les compléter, de les affermir, soit dans l'école même par un petit cours en quelques leçons réservées à titre de récompense aux élèves les plus avancés et les plus studieux ; soit surtout dans une école de chef-lieu de canton ou dans une grande école urbaine, par une suite de conférences où serait conviée l'élite des écoles du voisinage ? Serait-il bien difficile d'organiser cet enseignement non seulement pour les élèves, mais pour les adultes? Pour commencer, le maître serait ici un professeur de lycée, là un médecin, un pharmacien, un industriel, un maître adjoint d'école normale ou tout autre assez instruit et doué d'assez de bonne volonté pour donner à un auditoire populaire quelques saines idées sur la composition des corps qui nous entourent, de l'air, de l'eau, du sol, des produits naturels ou manufacturés .

Tout ne sera pas parfait évidemment dans cet enseignement bénévole ; il faudra plus dune fois faire appel à la générosité de quelques amis de l'instruction pour constituer un petit laboratoire, pour faire sous les yeux du public d'utiles et significatives expériences, pour couvrir de menus frais. Mais qu'on l'essaie sérieusement, et l'on verra une fois de plus que les bourses en France ni les cœurs ne sont jamais fermés à quiconque travaille pour l'instruction du peuple, c'est-à-dire pour le bien du pays. [Liès-Bodart.]

Pour co qui concerne l'enseignement de la chimie dans les écoles des pays étrangers, cet enseignement étant le plus souvent intimement lié avec celui de la physique et des notions de sciences appliquées à l'hygiène, à l'industrie et à l'économie domestique, nous réunissons le tout au mot Sciences physiques et naturelles.

CHINE. — Autant il est facile et intéressant de suivre les progrès de l'école et notamment de l'école populaire chez les Japonais (V. Japon), autant la tâche est ingrate pour qui veut étudier l'histoire de l'état actuel de l'instruction primaire en Chine. Non seulement les documents sont peu abondants et peu précis, mais la civilisation chi- 1

noise diffère tellement de la nôtre et il y faudrait pénétrer si profondément pour se rendre compte du véritable rôle et des véritables conditions de l'école dans cette forme de société, qu'une étude sommaire, telle que la comporte cet ouvrage, est absolument insuffisante pour élucider un tel problème. Qu'on se rappelle d'ailleurs que l'empire chinois est de moitié plus grand que 1 Europe; que nos voyageurs, nos missionnaires n'ont vu pour la plupart que les côtes et quelques villes de cet immense pays; que de son côté la Chine n'a rien fait pour permettre aux Européens de connaître l'état de ses institutions, de ses écoles on particulier; et l'on comprendra combien il serait téméraire de porter un jugement d'ensemble sur une situation encore si imparfaitement connue.

Tout ce que nous savons sur la question provient de deux sources d'information : les rapports des Européens, des missionnaires surtout; et quelques fragments traduits d'ouvrages chinois.

« La Chine est assurément le pays du monde où l'instruction primaire est le plus répandue', » disait hardiment M. Hue, missionnaire en Chine: et il ajoutait une foule de détails à l'appui de cette assertion. « Quand on veut fonder une école, les chefs de villages et des divers quartiers des villes se réunissent, délibèrent sur le local, le choix du maître, le traitement à lui allouer, et l'école s'ouvre; le gouvernement peut avoir seulement une influence indirecte sur les écoles par les examens que doivent subir ceux qui veulent entrer dans la corporation des Lettrés. — L'instituteur réside le plus souvent dans la pagode, et vit d'une fondation fixe ou espèce de dîme que les agriculteurs s'engagent à lui payer après la récolte.

» L'instituteur chinois doit enseigner à ses élèves la politesse, la pratique du cérémonial de la vie intérieure et extérieure, puis leur apprendre à reconnaître les caractères chinois, à les bien prononcer, à les former avec le pinceau : ceci est la base de l'éducation. — Le petit Chinois est admis d'abord à calquer, et, quand son coup de pinceau est bien sûr, on lui fait copier en allant graduellement jusqu'aux plus beaux modèles. Le maître corrige le travail à l'encre rouge.

» Les Chinois attachent un grand prix à la belle écriture. Pour la prononciation, le maître lit d'abord un certain nombre de caractères à ses élèves ; et ceux-ci, étant revenus à leur place, se mettent à répéter la leçon en chantant et en se balançant, ce qui amène dans la classe un tapage indescriptible, mais il paraît que cette manière d'apprendre est moins fatigante. Quand la leçon est sue, l'élève la récite en tournant le dos au maître qui tient le livre. Réciter, en chinois, se traduit par « tourner le dos au livre. »

» Le premier livre qu'on donne aux enfants est une sorte d'encyclopédie ou tableau admirablement bien fait de toutes les connaissances qui constituent la science chinoise ; ou le nomme le Santze-King. On y traite de la nature, des divers modes d'éducation, de l'importance des devoirs sociaux, des nombres et de leur génération, des trois grands pouvoirs, des quatre saisons, des cinq points cardinaux, des cinq éléments, des cinq vertus constantes, des six espèces de céréales, des six classes d'animaux domestiques, des sept passions dominantes, des huit notes de musique, des neuf degrés de parenté, des dix devoirs relatifs, des études et des compositions académiques, de l'histoire générale, de la succession des dynasties, et le livre se termine par des réflexions et des exemples sur la nécessité et l'importance de l'étude. »

Après ce livre élémentaire, viennent les fameux Classiques ou livres sacrés du confucianisme, recueil de maximes morales et politiques, fonds immuable de la culture chinoise. Nous n'avons

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pas à en parler, car arriver à les lire et à les comprendre, c'est sortir de renseignement populaire pour entrer dans la classe des lettrés. '

A ces renseignements, on peut en partie ajouter, en partie opposer ceux d'un autre missionnaire mort en 1864, M. Genâhr :

« Les écoles chinoises ne s'occupent nullement de l'éducation morale. L'instruction est toute dirigée par des vues étroitement utilitaires : le garçon apprend ce dont il aura besoin pour gagner sa vie : lire et écrire suffisent pour cela. Quant aux tilles, elles n'en ont pas besoin ; en se mariant, elles cessent d'appartenir à la famille, et leur instruction ne profiterait qu'à la famille où elles entreront plus tard.

» L'instituteur est engagé pour un an : l'usage exige qu'il attende qu'on vienne le chercher, il ne doit jamais postuler une place. Ce sont gens peu maniables que les instituteurs en général. Ils sont pour la plupart paresseux, exigeants, négligent?.

» Quand l'école commence, chaque élève apporte sa petite table et sa chaise ; le maître les prend à part, chacun à tour de rôle, pour leur lire quelques lignes qu'ils vont repasser à leur place jusqu'à ce qu'ils les sachent par cœur. Pour l'écriture, le maître écrit une page que l'élève calque avec un pinceau sur un papier mince et transparent.

» Ainsi vont les choses pendant bien des années, sans que les élèves comprennent ce qu'ils apprennent : à peine de temps en temps une explication accidentelle. L'instruction consiste essentiellement dans cette étude machinale des sons et des signes nécessaires pour écrire un certain nombre de mots. (On sait que dans la langue chinoise, les signes représentent non pas des sons, mais des mots différents ; de sorte que la science peut se mesurer presque exactement au nombre de signes qu'on connaît : le dictionnaire impérial comprenait dans une de ses dernières éditions 43,960 signes distincts,)

» Pour les classes populaires, l'instruction se borne à deux, trois ou quatre années d'école. C'est assez pour savoir lire une lettre, et tenir les écritures de ménage ou d'affaires journalières, mais ce n'est pas assez pour écrire une lettre. Un homme de cette condition pourra lire un traité en langue vulgaire, mais rarement le comprendre. Parmi les maîtres d'école, on n'en compte pas un sur dix qui comprennent ce qu'ils font lire.

» Pour se préparer aux fonctions d'instituteur, un candidat doit fréquenter un collège ou école dirigée par des mandarins brevetés pour cet enseignement : là on l'initie à l'étude qui est le nec plus ultra de l'instruction : c'est l'art d'écrire une composition de style. On commence par la phrase simple, pour s'élever peu à peu jusqu'à la consti'uction des périodes. On donne aux élèves une proposition sur le modèle de laquelle ils doivent en construire d'autres ayant exactement autant de signes, autant de mots principaux et accessoires dans le même ordre. Ou bien on donne d'avance le mot par lequel la phrase devra se terminer. Après quelque deux ans d'exercices de ce genre, l'élève-maitre est en état d'écrire sur un thème, ordinairement emprunté aux classiques, une courte composition, sorte d'amplification en huit points : ces exercices se composent invariablement de huit parties qui s'enchaînent toujours dans le même ordre et d'après des règles de symétrie minutieuse. »

Le Dr Schumann donne dans la Chrestomathie pédagogique un curieux spécimen de ces devoirs : c'est le développement d'un mot des livres sacrés : « La joie de Fui (le Grand Sage) était inaltérable. » Il paraît que chaque année un recueil d amplifications de ce genre, rédigées soit par des maîtres érudits, soit par les lauréats de l'examen est pu-

blié pour servir de modèle aux aspirants. Cette étude est, avec l'explication de quelques parties des classiques, et avec les éléments de l'histoire de la Chine, le principal objet de leur préparation. Le calcul n'exige pas grand effort, le peuple se servant ordinairement de l'abaque. Le chant n'existe pour ainsi dire pas : « l'oreille chinoise, dit le missionnaire Genâhr, y semble absolument rebelle. On n'entend jamais chanter les femmes. »

Le témoignage de tous les auteurs anciens et modernes est unanime pour affirmer qu'il n'y a pas, à proprement parler, d'éducation pour les. femmes; les soins du ménage, de la cuisine, de la couture usuelle sont leurs seules études. Cependant quelques voyageurs prétendent que l'instruction chez une femme de la haute classe est d'autant plus estimée qu'elle passe pour le luxe le plus rare.

Voici comment un ouvrage qui fait autorité en matière de renseignements sur la Chine, le Middle Kingdom (l'Empire du milieu) de M. Wells Williams, résume la situation scolaire, quant au degré élémentaire qui seul nous occupe :

« Le mobilier de l'école ne se compose que d'un banc et d'un pupitre pour chaque élève et d'une chaire pour le maître ; sur chaque pupitre se trouvent les objets nécessaires pour écrire et quel- ; ques livres.

» Les salles d'école sont généralement mal si- ! tuées, la plupart du temps dans quelque dépenj dance d'une maison de commerce ou d'un temple; il est rare de voir une maison spécialement affectée - à cet usage. Le local est loué par le maître qui ! règle ses dépenses et meuble son école selon le ! nombre de ses élèves et les conditions dont il est J convenu avec leurs parents. Il y en a, en général, une vingtaine, leur nombre variant de dix à qua- I rante dans les écoles de village, pour descendre à 1 dix dans les écoles privées. L'éducation est certainement plus soignée dans ces dernières, placées sous la direction d'un professeur instruit, engagé 1 par cinq ou six personnes du même quartier, à \ des honoraires convenus. Dans ce cas, les enfants sont placés dans des pièces bien aérées et bien supérieures comme installation aux salles d'école ordinaires. La majorité des instituteurs sont des étudiants malheureux qui, n'ayant pu réussir à passer leurs examens pour les degrés littéraires, ou ayant dépensé leurs ressources dans de vaines tentatives pour obtenir une fonction publique, et répugnant au travail manuel, ou incapables d'utiliser leurs connaissances dans le commerce, se font pédagogues. Leur rémunération dépend d'une infinité de circonstances. A Canton, un instituteur qui a dans son école une vingtaine d'élèves, reçoit de 2 fr. 50 à 5 fr. par mois, de chacun d'eux. Dans les villages de la campagne, il ne reçoit guère que 15, 2(> ou 25 fr. par an, auxquels chaque élève ajoute, dans la plupart des cas, un présent de fruits ou de légumes que l'on renouvelle trois ou quatre fois par an. Les précepteurs privés reçoivent de 750 à 1750 fr. par an, selon les conditions qu'ils ont acceptées. Il n'y a pas d'écoles primaires publiques soutenues par l'État.

» On consacre à l'étude depuis le lever du soleil jusqu'à dix heures, heure à laquelle les enfants vont déjeuner ; ils reviennent au bout d'une heure et travaillent jusqu'à cinq heures. Il y a des écoles du soir ouvertes pour les ouvriers et les employés qui sont occupés pendant la journée. »

Le livre élémentaire ou premier livre de lecture dont le Père Hue parlait déjà avec éloge, comme on l'a vu plus haut, s'appelle le San-tze-King, c'està-dire livre de trois lettres. En voici les premières phrases, qui méritent d'être remarquées : « A leur naissance, les hommes sont naturellement bons. La nature les rapproche, l'éducation les sépare. Si l'enfant n'apprend point, la nature devient pire. L'éducation vaut ce que la fait le maître. » Il

CHINE

CHINE

existe une traduction latine de cet ouvrage par Stanislas Julien (Trium Htterarum liber). Schmidt et d'autres auteurs allemands, en traduisant un peu différemment le passage que nous venons de citer, disent que le petit livre d'où il est extrait s'appelle aussi Introduction dans les régions de la littérature classique et historique.

Le second livre de lecture pour la jeunesse s'appelle Tsien-tze-ouen ou Livre des mille signes, parce qu'il contient mille caractères chinois dont aucun n'y est employé plus d'une fois.

Stanislas Julien, qui l'a traduit en français, l'apprécie comme suit au point de vue pédagogique: « Le Livre des mille mots offre un autre avantage : Comme il est disposé dans un ordre méthodique, qui embrasse les connaissances élémentaires les plus essentielles aux enfants, quiconque l'a lu, copié et appris par cœur en retenant les petites gloses qui accompagnent les éditions classiques, possède déjà un bon nombre de notions exactes sur l'histoire, la géographie, la littérature, la morale, les devoirs et les vertus domestiques. »

On peut trouver quelques autres détails dans Schumann, Chrestornathie pédagogique; dans Kiddle, Cyclopedia of Education; mais surtout dans Karl Schmidt, G schichte der Psdagogik, I. Ce dernier ouvrage insiste sur un des caractères essentiels de l'éducation chinoise, le respect de l'autorité, les sentiments d'obéissance et de soumission absolue qu'on inspire aux enfants pour leurs parents, aux jeunes gens pour les vieillards, aux citoyens pour les magistrats, à tous pour le monarque.

Une autre source d'informations moins abondante, mais plus accessible à l'immense majorité des lecteurs, se trouve dans le Manuel général, qui dès 1838 (t. XI, p. v59) etl83lJ(t. XIII, p. 104) publiait de curieux détails sur les procédés d'enseignement primaire en Chine, d'après les articles de M. Ed. Biot dans le Journal des Savants (voir aussi son Essai sur L'instruction publique en Chine, Paris, 1847) et d'après les ouvrages du savant sinologue Robert Morisson. « Le docteur Morisson, dit le Manuel, dans son Dictionnaire chinois ( 1S23), a donné un choix de cent règles ou maximes observées dans une école ; plusieurs d'entre elles sont excellentes. On insiste entre autres choses sur Yattention : « Dans le chemin de l'éducation, l'attention est le premier pas. » On met les élèves en garde contre l'habitude de répéter avec la bouche, tandis que le cœur ou l'esprit pense à autre chose. On leur apprend aussi à ne jamais se contenter de ce qu'ils apprennent, mais à demander des explications. Il n'arrive pas souvent que les écoliers soient passibles de punitions corporelles. La règle est d'essayer l'effet des récompenses et de la persuasion jusqu'à ce qu'on en ait reconnu l'insuffisance. Dans ce dernier cas, on punit un garçon en le faisant rester à genoux, à sa place, devant ses camarades, ou, quelquefois, à la porte de l'école, tout le temps que brûle un bâton d'encens, depuis une marque jusqu'à une autre. La dernière extrémité à laquelle on ait recours est la flagellation. »

Le Manuel général signalait encore l'existence à Pékin et dans quelques autres villes de classes d'adultes et d'écoles du soir, alors à peine connues en France.

11 parlait de la réforme récente des méthodes de lecture dans les écoles populaires de la Chine, réforme qui, d'après le missionnaire Voisin, aurait été assez analogue à celle qu'on cherchait alors à introduire chez nous, en supprimant ou en abrégeant les interminables exercices préparatoires d'épellations sur des syllabes dénuées de sens, au lieu d'aborder immédiatement la vraie lecture sur de vrais mots.

Enfin, nous devons à l'obligeance de M. Léon llousset, qui a publié sur la Chine un livre plein

d'intérêt, qui a fait dans ce pays un séjour de plusieurs années comme professeur et qui a pu ainej juger par une longue expérience de la situation véritable de l'enseignement, les deux importants extraits qui suivent :

Extrait du Siao-hio ou Traité de VEducation des jeunes enfants, ouvrage composé au XIIe siècle par Tchou-hi, l'un des écrivains et des philosophes les plus célèbres de la Chine :

« Le grand art de l'éducation est de réprimer de bonne heure les passions de son élève, de se mettre au niveau de sa capacité, de n'exiger de lui que ce qu'il peut faire sans effort, de ne lui faire voir que des exemples de vertu. Ces quatre points renferment tout ce qu'il y a de plus essentiel dans l'éducation de la jeunesse.

» Manière d'enseigner : Un maître doit savoir, avant tout, le grand art de bien enseigner et les fautes qu'il doit éviter dans l'instruction :

» 1° Pour enseigner, il faut qu'un maître ne passe pas trop vite d'un sujet à l'autre, et n'explique jamais plusieurs choses à la fois.

» 2° Il doit exciter, animer, pousser ses disciples, mais ne jamais les presser, encore moins lesforcer.

» 3° Il ne faut pas qu'il prétende que son disciple le comprendra d'abord, et qu'il n'oubliera rien -de ce qu'il lui aura dit.

» S'il observe bien le premier point, les idées se rangeront et se combineront d'elles-mêmes dans l'esprit de son disciple ; par le second il lui rendra l'étude aisée et aimable ; par le troisième, il le mettra à môme de réfléchir sur ce qu'il apprend, et de se l'approprier. C'est là le fond de l'art d'enseigner.

» Si un maître enseigne clairement, il fera comprendre ce qu'il dit sans s'étendre en vains et longs discours. Quand le sujet qu'on traite est trop subtil et trop relevé, il faut le rendre sensible par des comparaisons simples et naturelles. Un maître doit écouter son disciple. Si celui-ci n'a pas l'esprit assez ouvert pour faire des questions, il faut les lui insinuer, les trouver dans le peu qu'il demande, faire naître des questions, les diriger, les étendre : c'est le grand art d'enseigner.

» Les étudiants sont sujets à quatre défauts :

» 1° Ils veulent trop apprendre à la fois;

» 2° Ils ne désirent pas assez d'apprendre ou veulent apprendre trop peu ;

» 3° Ils veulent devenir habiles sans peine et fort vite ;

» i° Ils se rebutent aisément, se découragent et se dépitent.

» Un maître doit s'appliquer à distinguer quel est le défaut de son élève, et l'en corriger sans le lui faire soupçonner. Quand un maître néglige sesélèves, . ils font des questions bizarres, étudient sans règle et sans suite, apprennent en secret ce qu'ils devraient ignorer, méconnaissent les avantages de la science, se livrent à des jeux indé cents, manquent de respect pour leurs maîtres, et tournent en ridicule les maximes des anciens. >

Cet ouvrage, très estimé des Chinois, fait encore pour eux autorité en matière d'enseignement primaire, et est compris parmi les ouvrages classiques de second ordre dont l'étude fait, dans tout l'empire, partie de renseignement élémentaire.

Un autre traité qui jouit également d'une très grande faveur, sur la même matière, et connu sous le titre de Collection complète des joyaux de famille, énumère les règles qui doivent être suivies dans l'éducation des enfants et qui forment comme une sorte de code de l'enseignement et de l'éducation primaires.

En voici quelques extraits relatifs aux règles qui doivent être adoptées dans les écoles :

« Les enfants doivent arriver de bonne heure à l'école.

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