CHORON
En entrant et en sortant, ils doivent s'incliner respectueusement d'abord devant la tablette du sage Confucius, ensuite devant le maître. Les écoliers les plus âgés eux-mêmes ne doivent pas se dispenser de ce devoir.
» Lorsque les écoliers sont nombreux, il faut les renvoyer par groupes, ceux qui vont loin d'abord, ceux qui vont plus près ensuite, ou bien les plus jeunes d'abord, et les plus vieux ensuite. Ils doivent se rendre directement chez leurs parents, et l'on ne doit point souffrir qu'ils s'attardent sur les chemins, ni qu'ils s'y rassemblent pour jouer.
» L'écolier doit aimer ses livres et prendre soin de les conserver en bon état.
» Celui qui veut fixer ce qu'il lit dans sa mémoire doit se souvenir que trois choses doivent concourir à ce travail : ses yeux, son esprit et sa bouche. Il doit soigneusement éviter de répéter machinalement ce qu'il a appris, si son esprit est distrait par quelque autre pensée.
» Les enfants doivent se faire à eux-mêmes l'application des leçons que le maître leur explique ; ils doivent s'efforcer d'appliquer ou d'imiter par eux-mêmes les enseignements ou les bons exemples qu'ils ont eus sous les yeux ; cet exercice est salutaire à la fois pour l'esprit et pour le corps. ■» Tel est le devoir de l'écolier : faire un retour sur soi-même et se demander si tel ou tel passage de sa leçon peut s'appliquer à lui, si tel ou tel fait historique est un exemple bon à imiter. Celui du maître est d'expliquer la leçon en ayant soin de faire ressortir ce qu'il faut imiter et ce dont il faut se garder. L'élève doit prendre note de ces explications, et si, quelques jours après, il vient à commettre quelque faute, le maître doit le réprimander en lui rappelant les principes que l'explication des livres lui a fourni l'occasion de poser.
» Si l'élève n'a pas bien compris l'explication de quelque passage de sa leçon, il doit venir immédiatement demander au maître de la lui répéter ; il ne faut, en aucun cas, se contenter d'avoir une idée vague et confuse de ce que l'on doit apprendre.
» Dans l'éducation des enfants, ce que l'on doit tout d'abord leur apprendre, c'est le soin et la propreté. Il ne faut point leur permettre de se coucher sur leur livre, ni d'en corner les pages, ni de le couvrir d'écriture ou de dessins.
» Les enfants n'ont besoin d'avoir à l'école que leurs livres, leurs cahiers et ce qu'il leur faut pour écrire. Tous les livres étrangers à l'enseignement doivent être sévèrement proscrits, ainsi que l'argent et les jouets.
» Un enfant doit avoir des manières douces et aimables; on ne doit lui permettre d'être ni grossier ni turbulent.
» Lorsqu'un enfant est assis, il doit être grave et sérieux; il ne doit point croiser ses jambes, ni mettre son pied sur son genou, ni se coucher sur le côté.
» Les élèves doivent respectueusement informer le maître de leurs absences ; ils ne doivent point chercher de prétextes ni faire de mensonges au maître ou à leurs parents pour se dispenser de faire leurs devoirs.
» Lorsque les enfants montrent de l'application et qu'ils obéissent à la discipline de l'école, lorsqu'ils savent bien leurs leçons et qu'ils font bien leurs devoirs, le maître peut les féliciter ou leur donner, en récompense, quelques menus objets, afin de les encourager et de les exciter à faire encore de plus grands efforts, et de développer l'émulation parmi leurs camarades.
» Les enfants qui ne travaillent pas et qui se montrent rebelles à la règle, qui n'apprennent pas leurs leçons et écrivent mal leurs devoirs, doivent être avertis et réprimandés deux ou trois fois; s'ils
ne s'amendent pas, il faut alors les punir en les faisant agenouiller à leur place, pourles humilier; si cette punition ne produit point d'effet, il faut les faire mettre à genoux à la porte et leur faire grande honte; la durée de la punition se mesure par la combustion d'un petit bâtonnet d'encens Si ces moyens ne réussissent pas à les corriger, alors il faut les frapper; mais il faut prendre garde de le faire après leurs repas, de peur de les rendre malades; il ne faut pas non plus les battre violemment sur le dos de peur de les blesser.
» L éducation est le plus grand bienfait du monde ; fous sont les parents qui ne font pas donner d'instruction à leurs enfants ; fous sont les enfants qui ont des livres et qui ne s'appliquent pas aies apprendre. C'est l'ignorance qui engendre les mauvaises passions et les mœurs brutales. Les ignorants, parvenus à l'âge d'homme, deviennent vicieux et criminels; c'est parcequ'ils n'ont point voulu apprendre qu'ils en viennent plus tard à violer les lois et à s'exposer aux châtiments publics. N'est-il point rare de voir ceux qui ont une claire notion de la justice et de la raison et qui savent lire, devenir criminels et vicieux? C'est pourquoi les cultivateurs eux-mêmes, tout! chargés de besogne qu'ils soient, doivent envoyer leurs enfants à l'école vers le dixième mois et ne les rappeler chez eux qu'au printemps, vers le troisième mois ; ils pourront ainsi, en trois ou cinq ans, en faire des hommes.
» Ceux qui veulent instruire les autres doivent s'appliquer à se rendre parfaitement respectables, c'est-à-dire se respecter eux-mêmes. S'ils s'adonnent à l'enseignement, ils doivent s'y adonner exclusivement et ne point se montrer négligents dans l'accomplissement de leurs devoirs, qu'ils doivent remplir avec régularité ; si le maître est vertueux et bienfaisances parents de ses élèves le respecteront. »
Telles sont les principales règles énuméréos dans ce petit livre, où toutes les conditions qui peuvent améliorer l'éducation morale et physique des enfants se trouvent exposées avec un minutieux détail.
En nous communiquant ces fragments caractéristiques de la pédagogie chinoise, M. L. Rousset ajoute qu'à son jugement et d'après ce qu'il a vu presque dans les plus humbles villages, les appréciations en apparence bien optimistes des missionnaires du xvme siècle sur l'état de l'instruction du peuple en Chine étaient peut-être plus près de la vérité que les appréciations plus sévères des missionnaires contemporains. Or comprendra qu'en pareille matière nous ne puissions que donner la parole aux témoins et aux juges compétents, sans prétendre à une opinion propre.
CHORON (Alexandre-Etienne). — Fondateur du Conservatoire de musique classique, né à Caen, le 21 octobre 1772, mort le 29 juin 1834. Il apprit la musique sans maître, et acquit rapidement une grande réputation par la publication de différents ouvrages sur la musique. Nommé directeur des maîtrises de France, puis de l'Opéra, il quitta ces positions pour fonder (1817) une école d'enseignement par la méthode concertante, première idée du chant d'ensemble et de l'orphéon, qu'il exposa dans un ouvrage intitulé Méthode concertante de musique à quatre parties (1818).
Cette école reçut du gouvernement une subvention et le titre d'Institution royale de musique classique et religieuse. Plus tard, la subvention ayant été retirée (1832), Choron fonda des cours gratuits de musique vocale qui produisirent des élèves remarquables, parmi lesquels nous citerons : Dupré, Dietsch, Mesdames Boulanger, Stoltz, Rachel, etc. — Choron s'est aussi occupé d'instruction primaire : en 1805, il publia une Méthode d'instruc-