CITATIONS
7 août 1875. — Instruction relative à l'exécution de la loi du 10 juill. 1875 augmentant le traitement dos instituteurs et des institutrices primaires publics. (Wallon.) j
12 août 187.r>. — Cire, relative à l'instruction des affaires disciplinaires déférées aux conseils départementaux. (Wallon.) f
14 août 1875. — Cire, relative h l'exécution de l'arrêté du 30 juill. 1875 modifiant les conditions d'admission au cours pratique des salles d'asile. ;Wallon.) f
1C déc. 1875. — Instr. relative à l'exécution de la loi du 19 juill. 1875 modifiant les conditions de traitement des instituteurs et des institutrices. (Wallon.) f
22 déc. 1875. — Cire, relative aux mesures à prendre pour l'application de la loi du 19 juill. 1875, modifiant les conditions de traitement des instituteurs et des institutrices primaires publics. (Wallon.) f
28 déc. 1875. — Cire, contenant des instructions complémentaires pour l'application de la loi du 19 juill. 1875, modifiant les conditions de traitement des instituteurs et des institutrices primaires publics. (Wallon.)
12 janv. 1876. — Cire, relative au colportage d'ouvrages et écrits politiques chez les instituteurs primaires publics. ; Wallon. 1 -J-
16 févr. 1876. — Instr. relative à la formule du certificat prescrit par l'article 9 de la loi du 19 mai 1874 sur le travail des enfants dans les manufactures. (Wallon.) f
29 févr. 1876. — Cire, relative aux engagements décennaux réalisés dans les écoles libres tenant lieu d'écoles publiques. (Wallon.) -J-
31 mars 1876. — Cire, prescrivant de recommander dans les écoles primaires la protection des oiseaux insectivores. (Waddington.) f
15 juin 1876. — Cire, relative au vote de crédits pour la construction ou l'agrandissement des maisons d'école. (Waddington.)
15 juin 1876. — Cire, rappelant les dispositions légales relatives à l'emplacement et à la construction des maisons d'école. (WadMington.) -j-
17 août 1876. — Cire, rappelant le mode de déterminer exactement le traitement éventuel des instituteurs et des institutrices primaires publics. (Waddington.) -j*
21 août 1876. — Instr. relative à la détermination des diverses catégories d'instituteurs et d'institutrices primaires publics qui, en 1877, devront obtenir l'augmentation de traitement prévue par la loi du 19 juill. 1875. (Waddington ) -j-
31 août 1876. — Cire, relative à l'établissement d'une nouvelle statistique scolaire. (Waddington.)
21 sept. 1876. — Instr. relative à l'exécution de la loi du 17 août 1876 modifiant les conditions de retraite de divers fonctionnaires de l'enseignement primaire. (Waddington.) f
27 déc. 1870. — Cire, relative au mode de pourvoir aux dépenses do la gratuité absolue dans les écoles primaires communales. (Waddington.) +
3 janv. 1877. — Cire, relative à l'augmentation des pensions de retraite des instituteurs, institutrices et directrices de salles d'asile. (Waddington.)
20 janv. 1877. — Cire, relative au mode d'établir les états de liquidation des dépenses ordinaires des écoles primaires publiques pour l'année 1870. (Waddington.) f
20 fév. 1877. — Cire, relative au programme des connaissances à exiger pour la délivrance du certificat d'études élémentaires prescrit par la
loi du 19 mai 1874 sur le travail des enfants et des fillos mineures employés dans les manufactures. (Waddington.) f
2:5 fév. 1877. — Cire, relative à la n. ture du stage exigé pour l'ouverture d'un pensionnat primaire. (Waddington. f
1er mars 1877. — Cire, relative a l'envoi de cadres et d'instructions pour l'établissement de la statistique primaire de l'année scolaire 1876-1877. (Waddington.)
;0 avr. 1877. — Cire, interdisant dans les écoles le colportage de pétitions relatives à la politique étrangère. (Waddington.) -J-
16 mai 1877. — Cire, relative au mode de recouvrement de la rétribution scolaire due par les élèves forains. (Waddington.) •{•
16 mai 1877. — Cire, rappelant la nécessité de soumettre à un examen attentif du médecin do l'établissement tout candidat à une école normale primaire. (Waddington ) -J-
10 déc 1877. — Cire, relative au choix des comptables chargés de l'administration des caisses des écoles. (Faye.) -f-
26 déc. 1877. — Cire, relative à la modification de la durée de l'épreuve écrite d'histoire et de géographie dans les examens pour le brevet complot d'instituteur et le brevet d'institutrice de premier ordre. (Bardoux.) -f-
3 fév. 1878. — Cire, prescrivant une enquête en vue du développement des écoles normales primaires d'institutrices. (Bardoux.)
26 fév. 1878. — Cire, relative au traitement des instituteurs. (Bardoux.) f
11 mars 1878. — Cire, relative aux examens du brevet de capacité. (Bardoux.) f
30 avril 1878. — Cire, relative au traitement des instituteurs. (Bardoux.) -f-
16 mai 1878. — Cire, relative à la création d'écoles primaires supérieures. (Bardoux.) -j-
16 juillet 1878. — Cire, relative aux livres de prix destinés aux élèves des écoles primaires publiques. (Bardonx.) f
31 juillet 187S. — Cire, relative aux observations météorologiques dans les écoles normales primaires. (Bardoux.) f
3 août 1878. — Cire, relative aux voyages d'études des instituteurs à l'Exposition universelle. (Bardoux.)
7 août 1878. —Cire, relative aux Bulletins départementauxdel'enseignementprimaire. (Bardoux. f
31 août 1878. — Cire, relative au remboursement des excédants des contingents versés par les communes au fonds de cotisations municipales pour le traitement des instituteurs. (Bardoux.) f
27 sept. 1878. — Cire, relative au matériel destiné aux exercices militaires des élèves des écoles normales primaires. (Bardoux.) •{•
2oct. 1878. — Cire, relative au legs Goddet en faveur des instituteurs laïques les plus méritants. (Bardoux.) f
14 oct. 1878. — Cire, relative à la nomination des instituteurs primaires. (Bardoux.) f
13 novembre 1878. Cire, relative au personnel des écoles primaires communales (Baraoux.) -[-
[L. Armagnac] CITATIONS. — Un bon exercice, en usage dans beaucoup d'écoles américaines et aussi dans dos collèges anglais, consiste à demander aux élèves de venir réciter, à certaines heures, avec ou sans explication, quelques passages de leurs lectures personnelles, quelques morceaux choisis par eux et qui les ont frappés, soit par le mérite littéraire, soit par la valeur de la pensée. Dans le régime
CIVILITE
CIVILITÉ
scolaire des Etats-Unis, qui comporte de fréquentes réunions dans une salle d'assemblée, ces citations se font d'une façon toute libre et spontanée, dans les écoles normales surtout : cinq ou six élèves se lèvent l'un après l'autre et récitent, nous dirions presque déclament quelques passages d'un orateur, quelques réflexions d'un philosophe, quelques strophes de poésie, quelques maximes pédagogiques de leur choix. Leurs maîtres et leurs camarades se bornent le plus souvent à écouter et jugent si le choix est heureux. Quelquefois une sorte d'entretien provoqué ou par les élèves ou par le maître s'engage à la suite d'une citation qui offre un intérêt particulier, ou une certaine difficulté, ou encore un caractère piquant et paradoxal.
Nous ne demandons pas à transporter cet exercice sous cette forme dans nos classes, pas môme dans les écoles normales, mais nous le signalons comme une des mille manières d'encourager la lecture à domicile, de la rendre profitable en provoquant la réflexion, en surveillant et au besoin en rectifiant les choix de l'élève, enfin en formant la mémoire, le goût et le jugement.
CIVILITÉ. — 1. Législation. — France. — L'instituteur se montrera plein de respect et de déférence pour les autorités en général et en particulier pour celles qui sont préposées à l'instruction publique (Règl. modèle 17 août 1851, art. 4).
Il s'étudiera à donner aux élèves un extérieur décent et honnête, et à leur faire contracter des habitudes de politesse; il leur recommandera de saluer les personnes respectables par leur âge et leur rang dans la société ; il leur interdira sévèrement toute querelle et toute parole inconvenante {Ib., art. 35.)
Les exercices moraux faits dans les salles d'asile doivent tendre constamment à faire connaître et pratiquer aux enfants leurs devoirs envers Dieu, envers leur père et leur mère et leurs supérieurs, et à les rendre doux, polis et bienveillants entre eux (Arr. 22 mars 1855, art. 8, § 2.)
Pays étrangers. — Sous des noms différents, cet ensemble de notions usuelles sur la politesse, les convenances, la tenue, les règles de la bienséance extérieure, qu'on désignait autrefois chez nous par ce terme très heureux de civilité, se retrouve presque partout dans l'école primaire élémentaire.
Aux Etats-Unis, c'est une des branches obligatoires de l'enseignement, habituellement rattachée sous le titre de moral and manners au cours de morale des écoles élémentaires, et même des écoles normales, notamment dans le Massachusetts, le Maryland et quelques Etats du centre et de l'ouest.
En Belgique, le cours d'éducation créé par arrêté ministériel du 10 octobre 18G8 et qui figure au programme de la première année d'études pour l'enseignement normal des élèves instituteurs ainsi que des élèves institutrices, comprend dans une seconde partie les règles de la civilité, sous cette dénomination : « Sentiment des convenances, usages et bienséances, » comme annexe des leçons de morale proprement dite.
L'instruction générale adressée le 12 novembre 18G8 aux directeurs et directrices des écoles normales par M. Eudore Pirmez, alors ministre de l'intérieur, insiste sur la nécessité « de les façonner comme hommes et de les initier à ces devoirs du monde qui constituent le savoir-vivre, l'urbanité : c'est encore élever l'esprit que de le rendre aimable, et c'est compléter le futur éducateur que de lui faire contracter cette aménité et cette habitude des convenances qui font le charme des relations sociales ».
L'excellent volume publié par M. Th. Braun « à l'usage des élèves normalistcs, » et qui peut être considéré comme le commentaire presque officiel de ce programme, sous le titre de Cours d'éduca-
tion, en développe comme suit la seconde partie : « 1. Maintien. — 2. Propreté. — 3. Ordre et régularité. — 4. Politesse. — 4 bis. Salutations. — 5. Discrétion. — 6. Obligeance. — 7. Tempérance.
— 8. Conversation. —9. Visites. — 10. Invitations.
— 11. Avant, pendant et après les repas. — 12. Correspondance. — 13. Jeux et divertissements.
— 14. Voyages. — 14 bis. Fêtes et cérémonial de famille. »
2. — Historique. — La civilité est l'ensemble des conventions qui régissant les rapports des hommes entre eux. en d'autres termes la manière dont ils doivent se comporter vis-à-vis de leurs supérieurs, de leurs égaux et de leurs inférieurs ; une convention tacite, à laquelle l'usage a donné force de loi, a déterminé, presque pour tous les cas possibles dansles relations sociales une règle de conduite qu'on ne peut ni enfreindre ni ignorer sans passer pour un homme grossier et mal élevé, sans indisposer ceux avec qui on vit, sans perdre le bénéfice matériel et intellectuel des relations sociales. De là la nécessité manifeste d'inculquer surtout aux enfants les préceptes de la civilité ; ils n'ont que trop de disposition à faire tout ce qui leur plaît, à dire tout ce qui leur passe par la tête; si on ne les habitue dès l'âge le plus tendre à conformer, dans la mesure où il le faut, leurs actes et leurs paroles aux usages reçus, ils y arriveront plus difficilement plus tard, et ils auront à encourir cette sorte de défaveur qui s'attache à l'homme sans éducation et qui peut aller du ridicule à la réprobation. Les règles de la civilité varient selon les pays et selon les époques. Chez tous les peuples il est admis de se saluer lorsqu'on se rencontre : chez les uns on le fait en se découvrant la tête, chez les autres en mettant la main sur son cœur, et ailleurs encore autrement. Là les usages ne font que différer, parfois ils sont contradictoires. Chez nous c'est une impolitesse de cracher devant quelqu'un, mais c'est le dernier des outrages de lui cracher à la face. C'est le comble de l'honneur chez quelques peuplades sauvages, comme l'a raconté le célèbre voyageur maltais Andréa de Bono.
Les préceptes de la civilité ne varient pas seulement de peuple à peuple, ils changent aussi chez une même nation avec le progrès des mœurs. Ainsi, la recommandation qui se trouve dans les manuels de civilité de ne pas se moucher avec sa manche date de l'époque où l'usage des mouchoirs commença à se populariser; celle de ne pas s'essuyer à la nappe avait été faite au moment où les convives n'avaient d'autres serviettes que celles qu'ils apportaient avec eux. Il en est de même de maintes recommandations autrefois essentielles, aujourd'hui sans objet.
D'ailleurs l'ancienne société était divisée en classes bien distinctes, dont les prérogatives étaient nettement tranchées; de là une multitude de règles précises, rigoureuses, compliquées, qui constituaient l'étiquette sociale. Aussi au siècle dernier, lorsque les classes commençaient à se mélanger, arrivait-il souvent à de fort honnêtes gens, malgré les meilleures intentions du monde, de commettre des solécismes de civilité. L'abbé Cosson racontait à Delille que la veille il avait dîné à Versailles, en compagnie de maréchaux et d'autres grands personnages. « Je parie, fit Delille, que vous avez faitcent incongruités. Que fîtesvous de votre serviette en vous mettant à table?
— Je fis comme tout le monde, je la déployai, je retendis sur moi et je l'attachai à ma boutonnière.
— Eh bien, mon cher, vous êtes le seul qui
fait cela. On n'étale point sa serviette, on la laisse sur ses genoux. Et comment fîtcs-vous pour manger votre soupe? — Comme tout le monde; je pris ma cuiller d'une main et ma fourchette de l'autre. — Votre fourchette, bon dieu I
CIVILITÉ
CIVILITÉ
personne ne prend sa fourchette pour manger sa Boupe. Après votre soupe, que mangeâtes-vous ?
— Un œuf frais. — Et que fltes-vous de la coquille?
— Comme tout le monde, je la laissai aux laquais qui me servaient. — Sans la casser? — Sans lacasser.
— Eh bien, mon cher, on ne mange jamais un œuf sans casser la coquille. Et après? — Je demandai du bouilli. — Du bouilli ! personne ne se sert de cette expression, on demande du bœuf et non pas du bouilli. » L'examen continue ainsi, et Delille prouve à son interlocuteur qu'il n'a fait pendant tout le repas que manquer aux règles de la civilité.
Grâce au ciel, ces règles sont aujourd'hui moins compliquées et moins raffinées qu'autrefois. En faisant disparaître les classes, la Révolution a amené plus de simplicité dans les relations des hommes entre eux, et par là dans les préceptes de la civilité. Aujourd'hui les mômes égards sont dus à tous, l'âge et le sexe jouissant seuls de quelques privilèges. La civilité est devenue plus naturelle et plus logique, elle repose tout entière sur ce principe, qui remonte à l'origine des sociétés, de ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qui vous fût fait, mais de le traiter au contraire comme on voudrait être traité soi-même. Il est d'ailleurs une manière bien simple de s'instruire des règles de la civilité : c'est de remarquer tout ce qui nous choque dans les manières des autres, pour nous en abstenir ; puis d'observer tout ce qui nous plaît dans leurs procédés, pour les imiter. En agissant ainsi, on est sûr de rencontrer partout la sympathie et la faveur qui accueillent toujours l'homme civil et bien élevé.
Les préceptes de la civilité ont été donnés de différentes façons. Chez tous les peuples ils font l'objet de nombreux proverbes, qui se retrouvent parfois dans les livres sacrés de chaque religion, car la civilité comprend l'hygiène et la morale. On trouve de ces préceptes dans les poètes gnomiques, dans les vers dorés de Solon et de Pythagore, dans le De Officiis de Cicéron et dans le traité sur VEducation de la jeunesse de Plutarque. Mais le véritable manuel de civilité de la littérature antique, c'est l'ouvrage intitulé Disticha de moribus, ad filium, et qui eut pour auteur Dionysien Caton, philosophe stoïcien qui vivait sous le règne des Antonins. Ce nom de Caton trompa le public, qui voulut voir dans l'écrivain Caton le Censeur ; de là, pendant tout le moyen âge, la popularité de cet ouvrage, qui était entre les mains de tous les écoliers, dont on retrouve de nombreux manuscrits aux treizième et quatorzième siècles, et de nombreuses impressions dans les siècles suivants. Planude le traduisit en vers grecs, et François Habert en vers français sous ce titre : Les quatre livres de Caton pour la doctrine de la jeitnesse, Paris, 1548. Le succès de cet ouvrage donna au poète Pibrac l'idée d'écrire ses Quatrains, véritable manuel de civilité de la haute société au seizième siècle.
Un des premiers manuels de civilité fut celui d'Erasme, imprimé à Bâle en 1530, et réimprimé à la suite de ses célèbres Colloques sous ce titre : De civilitate morum puerilium. Erasme l'avait écrit pour Henri de Bourgogne, fils d'Adolphe, prince de Veeres et petit-fils de la marquise de Nassau, protectrice de l'écrivain. Son livre avait des précédents : en Espagne El libro del infante, recueil de préceptes religieux et moraux composé au quatorzième siècle par le prince Don Juan Manuel ; en Italie, De educatione liberorum et eorum claris moribus, libri sex, par Maffeo Veggio, Milan, 1491 ; en France le Doctrinal du temps présent, par Pierre Michault (Bruges, 14 06); ouvrage réimprimé à Genève, en 15:22, sous le titre suivant : Doctrinal de court, par lequel on peut être clerc sans aller à l'école.
Erasme eut beaucoup d'imitateurs. D'abord : Déclamation contenant la manière de bien instruire les enfants dès le commencement, avec un petd traité de la civilité puérile et honneste, le tout translaté nouvellement du latin en françoys, par P. Saliat ('Paris, 15-T) : traduction du traité d'Erasme et de celui de Sadolet intitulé De liberté bene instituendis . Puis la Civilité puérile distribuée par petits chapitrée et sommaires, à laquelle nous avons ajouté la discipline et institution des enfants, traduite par Jehan Louveau (Anvers, 1559). La même année paraissait à Paris La civile honesteté pour les enfants, avec la manière d'aprendre à bien lire, prononcer et escrire qu'avons mise au comment; ment. (Paris, rue Saint-Jacques, à l'Escrevisse, 1560. Ce livre serait, dit-on, la réimpression d'un ouvrage de Mathurin CordieHmprimc en 1559 à Poitiers sous ce titre : Miroir de la jeunesse pour la former à bonnes mœurs et civilité de vie. Il eut un grand succès et fut souvent réimprimé, jusqu'au moment où la Civilité de J.-B. de La Salle vint le remplacer dans la faveur publique.
Citons encore un traité original qui a pour titre : Libellus de moribus in mensa servondis, Johanno Sulpitio Verulano authore (Parisiis.Ménier, 1560), petit poème latin divisé en deux livres et accompagné d'un commentaire français par Durand, professeur à Lyon. Peu avant avait paru Le miroir de vertu et chemin de bien vivre, contenant plusieurs belles histoires par quatrains et distiques moraux, le tout par alphabet . Aveclestile décomposer toutes sortes de lettres, missives, etc., ta ponctuation de la langue française, l'instruction et te secret dans l'art de l'écriture, par Pierre Habert, maistre écrivain, frère de Fr. Habert nommé dIus haut (Paris, 1559 .
La Civile honesteté donna son nom au caractère typographique connu sous le nom du caractère de civilité. L'occasion en fut la seule cause. Jean de Tournes et Robert Granjan, célèbres imprimeurs lyonnais, voulant rivaliser avec les Italiens qui venaient d'inventer la lettre dite italique, laquelle imitait l'écriture cursive, imaginèrent une lettre nommée lettre française de Mars. Un des premiers ouvrages et un des plus souvent imprimés par ce caractère typographique ayant été la Civilité attribuée à Cordier, le nom en resta au caractère, qui servait sans doute à former les élèves à la lecture du manuscrit.
Au xvne siècle, nous trouvons : Nouveau traité de civilité, qui se pratique en France et ailleurs parmi les honnêtes gens, par Antoine Courtin (Bruxelles, 167 lj. A une autre édition qui parut en 1675 avait été ajouté un chapitre sur le point d'honneur, préceptes à l'usage des gens invités chez les grands, et dont il faut juger l'éducation bien incomplète, à en juger par les recommandations qu'on leur fait. Quelques années auparavant avait paru la Civile l.onesteté pour l'instruction des enfants, en laque te est mis au commencement la manière d'apprendre à bien lire, prononcer et escrire, par Fleury Bourriquant, au Mont Hilaire, près le puits Certain (1U48).
Au commencement du xvm€ siècle parut l'ouvrage le plus connu en ce genre, la Civilité de J.-B. La Salle ; elle était intitulée : Les règles de la bienséance et de la civilité chrétienne, divisées en deux parties, à l'usage des écoles chrétiennes (Troyes, 1711). — Ce manuel eut un succès prodigieux, on le réimprima sans cesse, avec diverses additions et modifications. La dernière édition fut faite par Moronval, en 1 822. Les principales villes du royaume en donnèrent chacune une édition particulière. On vit ainsi paraître : La civilité honneste, pour l'instruction des enfants, dressée par un missionnaire (Troyes, 1714). — Nouveau traité de civilité qui se pratique en France parmi les honnestes gens pour ("éducation de la jeunesse, i avec une m°'hoae facile pour apprendre à bien
CIVIQUE
CIVIQUE
lire, prononcer les mots et les écrire, les beaux quatrains du sage Monsieur de Pybrac, et l'arithmétique en sa perfection (Châtelleraut, sans date). — La civilité chrétienne et honnête pour L'éducation et l'instruction de la jeunesse (Toul, 1763).
« La Civilité de La Salle — dit M. Defodon dans une note qu'il a eut bien nous communiquer — est, en son genre, un petit chef-d'œuvre pédagogique. Elle se divise en deux grands chapitres. Dans le premier, toutes les parties du corps sont passées en revue ; on y dit les soins dont elles doivent être l'objet, et la manière dont elles doivent « se comporter » en toute circonstance. La tête et les oreilles, le nez, la bouche, les lèvres, le dos, les épaules, les mains, les jambes, les pieds, etc., y trouvent la législation qui leur est propre ; et l'enfant y apprend jusqu'à la manière dont il doit « bâiller et cracher ». La seconde partie concerne les actes les plus ordinaires de la vie, indique à l'enfant comme il convient de se lever, de se coucher, de s'habiller; ce qu'il doit observer avant, pendant et après les repas ; puis viennent des conseils, d'une moralité excellente, sur les divertissements, les visites, la conversation, etc. En somme, excellent petit traité sans raideur, sans prétention, simple, naïf même, mais admirablement fait pour ceux à qui il s'adresse, fondé, cela va sans dire, sur la religion, mais contenant aussi les meilleures leçons de morale humaine. »
La Révolution donna naissance, entre autres catéchismes de morale, à une Civilité républicaine, contenant les principes de la bienséance, puùésdans la morale, et autres instructions utiles à la jeunesse, par Chemin (Paris, an VII).
Aujourd'hui encore quelques manuels de civilité, notamment les deux suivants, sont restés populaires : La civilité chrétienne et honnête j>our l'éducation et l'instruction de la jeunesse, avec la manière d'apprendre à lire et à compter (Epinal, 1851). — Conduite pour la bienséance civile et chrétienne, recueillie de plusieurs auteurs pour les écoles de ce diocèse (Lyon, 185"2).
Comme livres du même genre, mais non scolaires, on peut citer : La civilité honnête et non puérile, par Mme Emmeline Raymond (Paris, 1860). — Code du cérémonial, par la comtesse de Bassanville (Paris, 1864). — Manuel du savoir vivre, par Louise d'Alcq (Paris, 1874). — Manuel de t homme et de la femme comme il faut, par Eugène Chapus (Paris, 1877). — En somme, les manuels de civilité n'ont guère fait que se copier les uns les autres ; la plupart sont encore d'une naïveté qui dépasse les bornes, et un bon livre moderne en ce genre est encore à faire.
[Adrien Desprez.] CIVIQUE (Instruction). — Le nom d'instruction civique désigne l'ensemble des moyens par lesquels on s'efforce de préparer dans l'enfant le futur citoyen. Ces moyens peuvent se rapporter, comme tout ce qui se fait dans l'école, soit à l'enseignement (acquisition des connaissances), soit à Yéducation (formation du caractère, des habitudes et des sentiments). Nous donnons ci-dessous : 1° les prescriptions relatives à ce sujet que contiennent quelques législations ; 2° l'historique de cette branche d'enseignement en France; 3° quelques observations pédagogiques.
1. Législation scolaire. — SUISSE. — Bien que le cours d'histoire suisse comprenne presque nécessairement l'étude au moins sommaire des institutions politiques, la plupart des cantons ont inscrit expressément parmi les matières obligatoires du programme, soit Y instruction civique, soit des ?iotions sur la constitution fédérale et sur les constitutions ca?ito?iales.
Dans les écoles primaires élémentaires : Fribourg (facultatif d'après la loi du 28 nov. 1875;, Genève, Glaris (plan d'études, 22 avril 1874), Neu-
châtel, Tessin (droits et devoirs du citoyen avec explication spéciale de la constitution de l'Etat). Thurgovie, Vaud (constitution fédérale et cantonale ; notions sur la société, famille, tribu, peuple, confédération, et sur les différentes formes du gouvernement).
Dans les écoles primaires supérieures, dites secondaires : sous le nom « d'étude de la constitution fédérale et cantonale » : Berne, Lucerne \ écoles de district), Zurich, Schwytz (ordonn. 5 déc. 1873), Fribourg, Soleure (L. 24 avr. 1875), Vaud ; — sous le nom « d'instruction civique » : Neuchâtel, Genève, Valais; — sous divers titres : Bâlc- Campagne, écoles de district (principes du droit naturel et du droit cantonal); Argovie, écoles complémentaires (notions sur l'organisation, la constitution et les lois du canton et de la confédération, les devoirs du citoyen républicain, notamment comme soldat, fonctionnaire, etc.); Tessin i théorie de la société, de l'Etat, des trois pouvoirs, des formes de gouvernement et spécialement du régime démocratique); Appenzell (étude de la Suisse), etc.
Par une conséquence naturelle, ces mêmes notions font partie du programme des écoles normales et comptent parmi les matières obligatoires de l'examen correspondant à notre brevet de capacité.
Enfin, — disposition tout à fait spécule à la Suisse et d'une importance notable, — le Règlement fédéral pour les exaniens des recrues (13 avril 1875) a décidé que les jeunes gens appelés au service militaire qui n'auront fréquenté que l'école primaire devront subir, devant des experts nommés par le département militaire, un examen sur quatre parties dont la dernière a pour objet : « les points principaux de l'histoire suisse et de la constitution. »
BELGIQUE. — Outre le cours d'éducation, qui contient un chapitre relatif aux devoirs du citoyen, le programme des écoles normales des deux sexes comprend, dans la troisième année d'études, des « notions des lois organiques, » divisées comme suit (Règl. 10 oct. 1868) : constitution belge ; organisation de la province ; organisation de la commune; organisation de l'enseignement primaire. (V. le programme, à l'article Législation usuel e, dans la ne partie.)
Les écoles d'adultes, dans leur division supérieure, sont tenues d'enseigner « des notions de droit constitutionnel, au moyen de lectures expliquées » (Règl. org. 11 sept. 1868, art. 6). Ces notions sont remplacées pour les femmes par des notions d'économie domestique.
ÉTATS-UNIS. — Presque partout, dans l'Union américaine, des notions sur la constitution des Etats-Unis (appelées quelquefois du nom trop prétentieux de « Science of govemment ») font partie du programme des écoles normales, des high schools, souvent même des simples grammar schools. Les deux sexes reçoivent également cette instruction, mais les développements du droit constitutionnel sont réservés en général aux classes de garçons et surtout aux écoles normales, où tous les détails de l'organisation politique, du jeu des trois pouvoirs à tous les degrés, depuis le domaine communal jusqu'au fédéral, sont l'objet d'une étude approfondie.
authiche-HOngrie. — Des notions sur la Constitution de l'empire (vaterldndische Verfassungslehre, sont jointes à l'enseignement de l'histoire, dans les écoles primaires des deux sexes, tant élémentaires que supérieures (Ordonn. minist. 20 août is70),etdans les écoles normales des deux sexes Ordonn. minist. 8 avril et 11) juill. 1870), oa le programme les définit en ces termes: « Nc^ons élémentaires sur la constitution et les institutions politiques de la monarchie austro* hongroise. »
bade. — Dans la huitième année do l'école
CIVIQUE
CIVIQUE
primaire, le programme de l'enseignement de l'histoire comprend des « notions sur la constitution et l'organisation politique du grand-duché de Bade. »
PRUSSE. — A l'enseignement de l'histoire s'en ajoute également un autre ; mais ce n'est pas celui de la constitution nationale, comme en Suisse, aux États-Unis, et môme en Autriche: l'instituteur prussien est tenu « d'inculquer aux élèves le sentiment civique, l'amour de la patrie et la fidélité envers la dynastie régnante. A cet effet, il devra leur apprendre les noms de notre couple impérial, du prince héritier, et des hommes d'État prussiens et allemands qui se sont illustrés dans les derniers événements. » (Plan d'études, 15 oct. 1872).
2. Historique (pour la France). — C'est à la fin du xvme siècle que se fait jour de toutes parts iïdée d'une éducation propre à former des citoyens. La Révolution ne créa pas ce besoin, comme on l'a cru souvent, elle le trouva existant, manifesté et exprimé parfois avec éloquence dans les innombrables plans d'éducation nationale qui avaient pnrn à la suite de YEmile, puis dans les cahiers du Tiers et du clergé pour les Etats Généraux de 17S9 (V. Cahier < de 1789, p. 303), enfin dans les mémoires, les pétitions et les plans d'éducation adressés à l'Assemblée nationale pour ainsi dire dès sa réunion. Parmi ces derniers documents, l'un des plus sérieux à tous égards, le « plan d'édu-" cation présenté à l'Assemblée nationale au nom des instituteurs publics de l'Oratoire » en 1790, définissait comme suit le minimum des connaissances indispensables atout citoyen : « On a songé quelquefois à écarter de toutes lumières une portion considérable de la nation. Les législateurs d'un peuple libre détesteront cette politique de la tyrannie, et ne croiront pas aux avantages de l'ignorance. Tous les Français sauront lire, écrire, calculer, ils étudieront dès l'enfance les principes de la Constitution nationale : ce sont là les dettes sacrées de la nation envers chacun de ses membres. »
Aussi nulle partie du programme ou pour mieux dire des programmes élaborés par les assemblées nationales, de 1790 à la fin du Directoire, ne futelle moins contestée : tous les partis s'accordaient à reconnaître la nécessité d'une instruction morale et civique.
Le projet de Talleyrand, présenté à la Constituante en septembre 1791, inscrivait parmi les matières d'enseignement des écoles primaires (art. 5, 3° et 4°) : « Des instructions simples et claires sur les devoirs commun',- à tous les <itoyens et sur les lois qu'il est indispensable à tous de connaître;.... des exemples d'actions vertueuses qui les toucheront de plus près, et, avec le nom du citoyen vertueux, celui du pays qui l'a vu naître. »
Un peu plus tard, le projet de Condorcet (avril 1792) tout en revendiquant pour l'Etat le droit et le devoir de former des citoyens, lui interdit, par un remarquable scrupule de libéralisme, tout enseignement pouvant avoir le caractère de pression politique : « enseigner la Constitution comme une doctrine conforme à la raison, dit-il, ce serait créer une sorte de religion politique et violer la li berté. »
Ce n'est pas non plus l'étude proprement dite de la constitution que recommandent les décrets de la Convention, mais bien plutôt les lectures, les explications et les exercices « propres à former les jeunes gens aux vertus civiques et morales » Pour atteindre ce but, on comptait sur deux moyens principaux : 1° les livres élémentaires de Fécule, « rédigés d'après les principes de liberté, d'égalité, de pureté dan» les mœurs et de dévouement à la chose publique, nécessaires dans un état républicain ; » 2° les leçons orales et les conférences Dubliques. que le projet de décret du 12 dé-
cembre organisait de la manière suivante :
«Une fois par semaine, l'instituteur donnera une instruction publique, à laquelle tous les citoyen fe de tout âge, de l'un et de l'autre sexe, seront invités d'assister.
» Ces instructions auront pour objet:
» 1° De rappeler les objets enseignés dans les
" 2" De développer les principes de la morale et du droit naturel ;
» 3* D'enseigner les lois dont la connaissance est nécessaire aux fonctions publiques les plus rapprochées de tous les citoyens ;
» 4° D'annoncer les nouvelles et tous les événements qui intéressent le plus la République ;
» ô" De donner des connaissances sur la culture et les arts, d'après les découvertes nouvelles. »
On le voit, la Convention investissait l'instituteur d'un véritable sacerdoce moral, lui conférait une sorte de magistrature intellectuelle qui devait balancer l'influence du prêtre. Une des promesses exigées de l'instituteur au moment de son installation était « de faire tous ses efforts pour propager les connaissances utiles et inspirer les vertus morales et civia'-es. »
Le décret du 30 vendémiaire an 11, sur lorganisation de l'instruction et la distribution des premières écoles, confirme et précise ces dispositions, mais toujours sans créer un cours de droit constitutionnel :
« Art. 3 On leur fait connaître (aux enfants) les traits de vertu qui honorent le plus les hommes libres, et particulièrement les traits de la Révolution française les plus propres à leur élever l'âme et à les rendre dignes de la liberté et de l'égalité.
» La connaissance des droits et des devoirs de l'homme et du citoyen est mise à leur portée par des exemples et par leur propre expérience. »
On va un peu plus loin dans le décret relatif à l'établissement des instituteurs de langue française dans plusieurs départements (en Bretagne, en Alsace, en Corse, etc., partout où les populations parlent un idiome étranger), du 8 pluviôse an II (27 janvier 1794) :
o Art. 4. Les instituteurs seront tenus d'enseigner tous les jours la langue française et la déclaration des droits de l'homme à tous les jeunes citoyens des deux sexes, que les pères, mères et tuteurs sont obligés d'envoyer dans les écoles publiques.
» Les jours de décade, ils donneront lecture peuple et traduiront vocalement les lois -le la République, en préférant celles qui sont analogues à l'agriculture et aux droits des citoyens. »
C'est seulement un dernier décret, celui <\v. 27 brum. an III (17 nov. 1794), relatif à la constitution des écoles primaires, qui organise, outre les leçons d'un caractère purement éducatif, un enseignement proprement dit:
« Chap. IV, art. 2. — Dans l'une et l'autre section de chaque école, on enseignera aux éh
1° 2° la déclaration des droits de l'homme et
du citoyen et la constitution de la République française; 3° on donnera des instructions élémentaires sur la morale républicaine.... On fera apprendre le recueil des actions héroïques et les chants de triomphe. »
Cette idée de l'instruction civique ne disparait pas avec la Convention. Chaptal dans son rapport (18 brum. an IX) disait encore : « Lire, écrire, chiffrer et les premières notions du pacte social, telle est l'instruction commune et générale que le gouvernement doit à tous. »
Il va sans dire que les gouvernements qui suivirent n'adoptèrent pas ce programme. Lorsque Napoléon Ier organisa l'Université, il la chargea d'enseigner à la jeunesse * la fidélité à l'empereur » On lit en effet ce qui suit dans le décret
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organique du 17 mars 1808 (titre V, art. 38):«Toutes les écoles de l'Université impériale prendront pour base de leur enseignement : 1°. .... ; 2° la fidélité à l'empereur, à la monarchie impériale dépositaire du bonheur du peuple, et à la dynastie napoléonienne, conservatrice de l'unité de la France et de toutes les idées libérales proclamées par les constitutions.»
Il faut arriver jusqu'à 1848 pour trouver, dans le projet de loi sur l'instruction primaire présenté par M. Carnot (30 juin 1848), une définition des matières de l'enseignement comprenant: «la connaissance des devoirs et des droits de l'homme et du citoyen, le développement des sentiments de liberté, d'égalité, de fraternité. »
La loi de 185" n'admet pas l'instruction civique. Seulement les règlements du 2 juillet 1866 introduisirent dans l'école normale des notions d'administration communale et de tenue des registres de l'état-civil. Plus tard, les programmes de l'enseignement, secondaire spécial , rédigés conformément à l'art. Ier, § 2, de la loi du 21 juin 1865, qui admettait « des notions usuelles de législation et d'économie industrielle et rurale » parmi les matières de cet enseignement, firent une place à un enseignement du droit et de la morale, qui comprenait des notions sur les droits et les devoirs du citoyen.
Parmi les projets de loi présentés aux Chambres depuis le rétablissement de la République en France, la plupart replacent l'instruction civique parmi les matières obligatoires de l'école primaire publique.
3. Pédagogie. — Les textes qui précèdent suffisent à montrer que la nécessité d'un enseignement civique faisant partie intégrante de l'enseignement populaire est reconnue partout où le suffrage universel et les institutions républicaines appellent les citoyens à une participation plus ou moins directe aux affaires publiques.
Objections. — On a opposé à l'introduction de ces notions dans le programme primaire quelques arguments tirés les uns de la politique, les autres de la pédagogie.
1° Objections politiques. — Un tel enseignement, a-t-on dit, s'il est donné dans l'école publique, sera un empiétement de l'État sur la liberté individuelle ; il dégénérera vite en une sorte de propagande officielle et permanente en faveur du gouvernement, imposée aux instituteurs au grand détriment de leur indépendance professionnelle et de leur autorité morale. — Il en serait ainsi en effet si l'instruction civique, au lieu d'être l'exposé à grands traits des institutions nationales et l'appel chaleureux au sentiment de la patrie, qui nous est commun à tous, se laissait glisser sur la pente des applications à la politique quotidienne ; si elle devenait l'apologie ou la critique des personnes et des partis qui se disputent le pouvoir, si enfin elle s'engageait dans les discussions nécessairement passionnées qui se rapportent aux choses et aux questions du moment. Mais ni l'instituteur qui procéderait de la sorte, ni surtout l'administration qui le lui demanderait ou le lui permettrait, ne jouiraient longtemps de l'impunité. Sous un gouvernement libre et régulier, de tels abus sont signalés dès qu'ils se produisent et aussitôt châtiés que signalés. — Ira-t-on jusqu'à se plaindre que l'instituteur public soit obligé de faire connaître des institutions qui n'ont peut-être pas ses prédilections ? Tel qui enseigne en Belgique sera obligé de familiariser ses élèves avec le fonctionnement de la monarchie constitutionnelle, tandis que ses préférences personnelles seraient pour la république ; tel autre qui enseigne en France devra analyser la constitution républicaine, alors qu'il regrette la Charte ou envie la constituï.ion anglaise. Ouest le mal? répondrons-nous : la loi est la loi, et le premier devoir de l'instituteur,
comme de tout citoyen, est de la respecter. Ce n'est pas faire violence à ses convictions que de l'inviter à exposer, avec le calme et le respect qui conviennent, les lois fondamentales qui régissent son pays. On ne lui demande pas si, devenu législateur, il les approuverait ou essaierait de les remplacer par d'autres; on ne lui demande pas davantage de les faire apprendre aux enfants comme un second catéchisme, à titre de vérité immuable et indiscutable; il n'a qu'à les exposer comme un grand fait historique qu'il n'est pas permis d'ignorer, et qu'il faut d'autant mieux connaître qu'on veut avoir plus tard le droit de le discuter. — Mais, pour enseigner ainsi, nous dira-t-on, l'instituteur aura besoin de beaucoup de tact, de réserve, de modération, de discernement ; sinon, son enseignement fera plus de mal que de bien. Assurément ; et quelle est donc la branche d'études, même d'études primaires, qui n'exige ce tact, ce discernement, cette réserve? Que resterait-il dans nos programmes si l'on en excluait toutes les matières qu'il serait dangereux de laisser enseigner par des esprits étroits et passionnés, par des maîtres sans jugement, par des hommes de parti? Histoire ou géographie, morale ou religion, langue ou science quelconque, tout peut, aussi bien que l'instruction civique, devenir plus nuisible qu'utile si on l'enseigne dans un mauvais esprit, par de mauvaises méthodes, avec de mauvaises tendances.
Mais proscrire telle ou telle de ces études par crainte des abus qu'on en pourra faire, ne seraitce pas le pire des abus ?
Et parce que la constitution et l'organisation politique du pays est une de ces questions qui intéressent tout le monde, sur lesquelles tout le monde veut avoir son avis, est-ce une raison pour en éviter soigneusement l'étude? n'en est-ce pas une au contraire pour obliger les futurs citoyens à l'examiner de près, à s'en instruire de bonne heure le plus exactement possible, par euxmêmes, sous la direction d'un homme éclairé et modéré, au lieu de se borner à répéter sans contrôle des phrases toutes faites et des jugements sommaires qui ne sont souvent que de futiles préjugés? Plus cette initiation aux connaissances sociales est délicate, plus on devrait préférer, pour la faire, l'école au cabaret, l'instituteur à l'orateur de club, et un bon petit manuel d'instruction civique au journal de n'importe quel parti.
2° Objections pédagogiques. — Admissible en droit, l'enseignement civique l'est-il en fait ? On reproche à cette étude : d'être trop sèche et trop difficile si elle s'interdit la passion et la polémique ; d'être ou inutile si elle est sommaire, ou prématurée si elle entre dans le détail, et, dans les deux cas, sans intérêt pour l'enfant, sans valeur pédagogique. A cette critique, rien ne répond mieux que les faits. Quiconque assistera, dans une école suisse ou américaine, à une de ces leçons, sera fixé sur la portée de l'objection ; il aura vu combien aisément un maître de capacité moyenne peut passer entre les divers écueils qu'on signale, et n'être, somme toute, ni ennuyeux ni superficiel.
A défaut de cette visite, l'examen des livres servant à l'enseignement peut jusqu'à un certain point donner la môme conviction. Citons par exemple l'un des plus connus, le Cours gradué d'instruction civique de M. Bornet, usité dans toute la Suisse française (Lausanne, 3e édit., 1878). Il ne faut pas oublier que les enfants à qui cecouit s'adresse arrivent le plus souvent à l'école sans aucune notion de ce qu'est la société en général, leur pays en particulier. Il y a tout un ordre de pensées qu'ils n'ont jamais abordé. C'est une révélation pour eux quand un jour le maître, partant, si l'on veut, de l'histoire de Robinâon, leur fait découvrir l'un après l'autre tous les bienfaits de la
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société, toutes les raisons qui portent les hommes à se rapprocher : aide mutuelle, défense commune, protection de chacun par tous, sentiment! d'affection aussi nécessaires pour le développement de l'âme que la coopération matérielle pour les besoins du corps, constitution de la famille, groupement naturel des habitations en villages et en bourgs, échange des objets utiles, échange du travail, échange des idées, avantages qui résultent de l'association d'abord, puis de la division du travail entre les divers membres de la société, devoirs qui en naissent en même temps pour chacun : toutes ces notions à la fois parfaitement élémentaires et d'une si grande portée intellectuelle, se gravent dans l'esprit de l'enfant non sous la forme de généralités théoriques, mais par des applications aux circonstances qui lui sont familières, par des exemples pris dans le cercle de ses connaissances immédiates, dans sa commune même.
Ces choses sont banales pour nous, elles sont neuves pour lui. Une fois qu'on les lui a fait considérer, il comprend, il remarque de lui-môme le sens de certains mots, la signification de certains faits qu'il était habitué à voir, sans en chercher la raison ; le four banal, l'abreuvoir, la pompe à feu, puis les édifices communaux, mairie, église, école, puis les voies de communication vicinales, départementales, nationales, sont désormais à ses yeux les ouvrages et les instruments de l'association ; il s'en représente l'origine, il comprend pourquoi son père doit participer aux charges, comme il jouit des avantages qui en résultent; il comprendra de même sommairement, mais nettement, ce que c'est que le maire, l'adjoint, le conseil municipal; de la commune il passera par analogie au canton, au département, au pays tout entier: car la commune, ce monde en raccourci, lui fournit tous les éléments d'une instruction civique rudimentaire, qui s'affermira plus tard en se généralisant. Sans sortir de son village ou sans aller plus loin que le chef-lieu de canton voisin, il aura trouvé dans des exemples réels, clairs et bien connus, l'idée et la définition des droits et des devoirs de l'individu, des droits et des devoirs de la société : la distinction fondamentale des trois pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire ; la souveraineté nationale et la liberté individuelle, l'égalité de tous les citoyens devant la loi, le sol national défendu par tous les individus valides, et en retour la personne et la propriété des individus défendues par la force publique, et enfin les institutions essentielles du gouvernement représentatif, qui dérivent de ces grands principes.
Comment peut-on accuser un tel enseignement ou d'aridité ou d'inutilité ? Y en a-t-il un autre qui soit aussi propre et à intéresser les enfants et h leur ouvrir l'esprit? Il porte à la fois sur des idées générales d'une importance essentielle et sur des faits concrets d'une extrême simplicité : il permet d'amener les enfants sans qu'ils s'en doutent aux considérations les plus élevées, tout en leur parlant, ce qui est toujours trop rare à l'école, des gens et des choses qu'ils voienttous les jours. Ainsi, sans autre surcroît de travail que quelques heures d'une conversation qui n'ennuiera pas le maître et qui ravira les élèves, on obtiendra ce double résultat de leur faire acquérir des connaissances positives et pratiques évidemment utiles, et de leur former le jugement en les faisant raisonner sur d'autres matières que les données d'un problème ou l'énoncé d'une règle de grammaire.
But de cet enseignement. — Bien compris, l'enseignement civique a un double but : l'instruction et Y éducation ; faire connaître le pays, et faire aimer la patrie ; en d'autres termes, d'une part, l'étude succincte des institutions qui nous régissent, précédée des notions nécessaires sur l'organisation de la société en général ; de l'autre l'éveil et le développement chez l'enfant du sentiment de la re- !*• Partie.
connaissance, de l'attachement, du dévouement à la patrie.
Méthode à suivre. — Pour atteindre ce double but, on a recours : 1° a l'enseignement direct ; 2* à l'enseignement indirect.
L'enseignement direct, ou le cours proprement dit d'enseignement civique, ne doit p is être réservé à une seule année : il commence pour ainsi dire en même temps que l'école et ne finit qu'avec elle ; il doit être gradué : dès le cours élémentaire, de petites questions amènr-ront l'enfant à réfléchir sur sa situation et sur ses devoirs dans la famille et dans Vécole, qui sont pour lui les deux types primitifs de la société; dans le cours moyen, on lui fera aisément comprendre non seulement les bienfaits, mais la nécessité de l'association entre les humains, et on en appliquera toutes les conséquences à la commune; dans les dernières classes on étendra ces mêmes notions au pays et à ses institutions civiles et politiques.
Pour le programme de ce cours, V. dans notre ne partie l'article Législation usuelle.
Sans aller, comme quelques auteurs (V. Cnvrdin), jusqu'à demander que les enfants fassent dans l'école même une sorte d'apprentissage en action des droits et des devoirs civiques, nous admettrions volontiers que dans certains cas, — si les enfants sont d'âge assez raisonnable et s'ils y ont été suffisamment préparés, — on ne perdît pas l'occasion de leur inculquer par la pratique quelques-unes des notions d'instruction sociale qui leur sont accessibles : un jour on les consultera sur une promenade projetée et, après les avoir laissés commencer par des réponses tumultueuses, on leur fera remarquer l'avantage d'une discussion réglée, et en recueillant, en comptant les avis, on leur donnera une idée du vote, de ses conditions, et de ses effets; on leur donnera celle de la distinction entre la délibération et l'exécution, en leur faisant nommer un comité de deux ou trois élèves chargés de préparer l'expédition, de prendre les mesures nécessaires pour le départ, le transport, la nourriture, le retour, etc. Une autre fois, c'est un incident de la classe ou de la récréation qui donnera lieu de les rappeler au sentiment de la tolérance ou plus exactement au respect de la liberté d'autrui, ou bien de leur suggérer un acte de bienfaisance discrète et silencieuse envers un camarade, ou bien de leur faire acheter par un travail collectif et volontaire quelque jouissance de plus, installation d'un trapèze, réparation d'une cour, travaux de jardinage, etc.
L'enseignement indirect n'est pas le moins efficace. Signalons parmi ses moyens ordinaires les suivants :
1° Dans les leçons d'histoire, insister sur les faits intéressant l'histoire du peuple, expliquer l'origine et le développement des institutions de la société moderne, faire comparer la situation matérielle, intellectuelle et morale d'un homme de la classe populaire, paysan, ouvrier, artisan, dans l'antiquité romaine, chez les Germains, dans la Gaule, sous la féodalité, aux xvne et xvme siècles, et depuis 1789.
2° Dans les leçons de géographie physique, politique, économique, au lieu de se borner a la nomenclature des divisions administratives, en expliquer l'origine, dire quelles autorités correspondent à chacune d'elles ; à propos des voies de communication, montrer par des exemples les bienfaits qui résultent pour le commerce, pour l'industrie, pour l'agriculture même, des échanges régionaux et internationaux ; h propos de chaque contrée, donner une idée de son gouvernement, de sa religion, de son état social ; à. propos des produits naturels de chaque contrée, montrer ce qu'il faut à l'industrie humaine de patience, de persévérance, d'économie, de sagacité pour en tirer