CODE
XIIe arrondissement. Il eut lieu de la reprendre plus tard et de la développer dans une foule du rapports, comme membre du Conseil des hospices et dos prisons, comme collaborateur de M. Demetz, le vénérable fondateur de la Colonie agricole de Mettray, et enfin dans des discours éloquents à la Chambre des députés, où il siégea, porté par l'unanimité des électeurs, depuis 1836 jusqu'à sa mort.
Les six derniers chapitres de cette première partie traitent avec une rare compétence des recettes et des dépenses des salles d'asile, du budget de l'instruction primaire dans les communes, des conditions d'âge, de moralité et d'aptitudes des directrices, des examens, du comité de patronage, et enfin, du choix des directrices et de l'inspection officielle. On voit que tous les détails de cette vaste organisation sont étudiés et prévus avec une sûreté de coup d'œil qui étonne de la part d'un homme si occupé.
La deuxième partie du Manuel oflfre un caractère exclusivement pédagogique et moral. Dans les six chapitres qui la composent, l'auteur entre dans la vie intime de l'asile, en parlant successivement de la nécessité d'une méthode, de la position sociale des directrices, de l'emploi de la journée et des soins à donner aux enfants ; puis il termine par des conseils sur l'instruction morale et religieuse des élèves.
Le temps, l'expérience et le merveilleux développement de l'instruction primaire dans le département de la Seine pourront bien ouvrir encore quelques vues nouvelles sur l'institution des salles d'asile ; mais, à l'époque de M. Cochin, il n'était guère possible d'aller plus loin. Jusqu'au moment où cette institution reçut une impulsion nouvelle d'une femme dont tous les amis de l'enfance déplorent la perte récente (V. l'article Pape-Carpantier), le Manue> de M. Cochin fut le guide le plus complet et le plus sûr en cette délicate matière : il y avait mis toute son intelligence et tout son cœur. Il a pu d'ailleurs se convaincre de la valeur de son livre par l'expansion bienfaisante et rapide de la méthode et par l'accueil empressé que lui firent toutes les grandes villes de France. Des salles d'asile s'établirent bientôt partout, et dès 1340 Paris seul en comptait 24; en 1853, 40; aujourd'hui, 110, qui reçoivent près de 23 000 élèves. Nous voilà bien loin des 3600 enfants de M»* Millet.
En cédant son droit de propriétaire sur l'école de la rue Saint-Hippolyte, M. Cochin avait abandonné à cet établissement, en mobilier, une somme de plus de 22 000 francs, pour qu'il fût notoire, nous dit -il, qu'aucun esprit de spéculation ne l'avait dirigé dans cette entreprise. A peine cet acte de donation était-il consommé, que par une ordonnance royale du 22 mars 1831 son nom et son administration étaient imposés à l'établissement qu'il avait construit. L'Etat, dans cette circonstance, n'était que l'écho de la reconnaissance publique, ..dont il reçut jusqu'à sa mort les témoignages les plus flatteurs. Elle le surprit à l'âge de cinquante-deux ans, le 18 août 1841, désolé de laisser son œuvre interrompue et ses travaux inachevés. Peu de temps auparavant, nous trouvons, dans une lettre à un ami, comme le pressentiment de sa fin prochaine : « Ma vie, disait-il, ne sera pas assez longue pour accomplir tout le bien qui est dans mon cœur. »
La création des salles d'asile ne fut pas la seule œuvre de l'homme de bien qui se dévoua avec ardeur à l'instruction populaire, à une époque où eile était à peu près abandonnée. On le retrouve encore avec toute son intelligence des choses de l'éducation, au Comité central*, dont il fut longtemps le secrétaire, à la Société pour l'instruction élémentaire*, et enfin, à Y hospice des Quinzel'e Partie.
Vingts, dont il rajeunit l'administration en corrigeant des abus invétérés. [Emile Gossot.]
CODE CIVIL. — Le Code civil pose en principe, en son article 203, que les époux contractent ensemble, parle fait seul du mariage, l'obligation de nourrir, d'entretenir et d'élever leurs enfants.
Cette prescription du Code n'impose-t-elle, en ce qui concerne V instruction des enfants, qu'un devoir de conscience auquel le père de famille peut obéir ou se soustraire selon qu'il le juge à propos? Oblige-t-elle seulement les parents à donner à leurs enfants de bons exemples, de bons conseils, une bonne direction, et le pouvoir social n'a-t-il pas le droit d'examiner la manière dont ce devoir est accompli au point de vue de l'instruction proprement dite?
Actuellement, dans la pratique, chaque chef de famille s'acquitte comme il l'entend des obligations que lui impose l'article 203, et, sauf certains cas, comme celui d'une séparafion de corps, où les tribunaux interviennent dans le règlement d'affaires de famille intimes, il est rare qu'on se préoccupe de l'éducation qu'un père fait donner à ses enfants; il est rare du moins qu'on recoure aux tribunaux à ce sujet, surtout en ce qui concerne l'instruction primaire.
Mais d'éminents jurisconsultes, entre autres M. Demolombe, dont l'opinion est considérable en droit civil, n'hésitent pas à déclarer que, dans l'état actuel de notre législation, le pouvoir social, représenté par les tribunaux, peut admettre comme recevable une action tendant à faire condamner un père à donner à son enfant une éducation conforme à sa fortune et à sa position sociale.
Si la mère existe, dit M. Demolombe, dans son remarquable Traité du mariage, tome il, et que le père refuse d'élever son enfant, la mère pourra agir et saisir les tribunaux. Elle remplit alors, en effet, le rôle dévolu au subrogé tuteur, quand l'un des époux est décédé. Elle pourrait incontestablement faire un procès à son mari, si celui-ci lui refusait les aliments qu'il lui doit suivant son rang et sa. fortune. N'est-ce pas les refuser à elle-même que de les refuser à son enfant? et n'est-ce pas manquer d'une façon aussi grave à ses devoirs en refusant l'instruction qu'en refusant les aliments?
Après le décès de l'un des époux, le tuteur, si le survivant ne l'est pas, et dans le cas contraire, le subrogé tuteur, aurait le droit et le devoir d'exiger du survivant l'accomplissement de ses devoirs.
Enfin, ajoute M. Demolombe, mais sous une forme dubitative, s'il était possible de supposer que les père et mère à la fois fussent coupables à ce point, ou que la mère n'osât pas agir, les parents ne pourraient-ils point requérir, et môme le juge de paix convoquer d'office un conseil de famille qui déterminerait le genre d'éducation qu'il convient que les père et mère donnent à leurs enfants?
On lira aussi avec intérêt une brochure sur le même sujet : La loi et l'instruction gratuite, Inique, obligatoire, par M. Pujos, juge au tribunal civil d'Épernay ; Paris, 1876. [L. Armagnac]
CODE DE L'INSTRUCTION PMMA1UE. — Sous ce titre heureux et exact a paru, en 1867, un recueil particulièrement destiné aux fonctionnaires de l'administration et de l'enseignement, et contenant toutes les dispositions législatives concernant l'instruction primaire. Cet ouvrage, dû à M. Pichard, inspecteur primaire de la Seine, est aujourd'hui dans toutes les mains ; il a eu déjà sept éditions (la dernière en 1878\ dont chacune contenait non seulement les changements survenus dans les lois et dans les règlements, mais d'heureuses modifications et additions de détail, une table analytique très bien dressée, etc.
Avant le Code de M. Pichard, il avait existé quelques autres recueils du même genre :
COÉDUGATION
COEUR
D'abord un Code de l'instruction primaire, contenant l'historique de la législation depuis ■ 1788, publié par la maison Dupont à la suite de la loi de 1833 : Le Recueil méthodique des lois, ordonnances, etc., relatifs à renseignement, à l'administration et à la comptabilité des écoles normales, par Allard, chef de bureau au ministère, Dupont 1843, in-8° ; Le volumineux Code universitaire de M. A. Rendu, Hachette (I8i7, 3e éd., 1846) ;
Le Manuel législatif et administratif de Vinstruction primaire, par M. Kilian, chef de bureau au ministère, Ducrocq, 1838-39, in-8° de .l>55 pages.
Puis, sous le régime de la loi de 1850, les Lois sur l'enseignement, Delalain, plusieurs tirages de
Le grand et excellent recueil de Magendie, 3 éditions, la lre de 1856, la 3e de 1866 (et les sup pléments de 1866 et de 1877), sous le titre de Co>ie- Répertoire de la législation de l'instruction primaire; Le Guide légal de l'instruction primaire, de M. A. Pitolet (Belin, 1863) ;
Les Nouveues Lois sur l'enseignement , par M. B a rrau (Hachette, plusieurs éditions de 1850 à 1854);
Le Commentaire sur la loi de l'enseignement en ce qui concerne l'instruction primaire, publié par le Comité de l'enseignement libre, sous la présidence de M. le comte Mole (Lecoffre, 1851, in-12);
De la loi de l'enseignement. Commentaire théorique et administratif, précédé d'une introduction, par M. Eugène Rendu (Ch. Fouraut, 1851) ; plus un Appendice, publié en 1857;
Le Guide des écoles primaires, par M. E. Rendu, 9e édition, in-8 (Hachette, 1864);
Le Guide des salles d'asile, 3e édition, in-8 (Hachette, 1860);
Le Code de l'instruction primaire et des salles d'asile, par M. Dubarry, in-12, 3e édition, 1856, 1857, 1858 (Durand);
Le Manuel de législation et d'administration de l'instruction primaire, par M. Rapet (Dupont, 1860 et 1867).
Ajoutons-y, quoique publiés plus tard, les trois précieux volumes de M. Gréard : Législation de l'instruction primaire en France, depuis 1789 jusqu'à nos jours (Gh. de Mourgues, 1874).
Mais aucun de ces ouvrages n'était conçu dans le même esprit et en vue des mêmes usages que le Nouveau Code de M. Pichard. Celui-ci est réellement destiné à servir de guide pratique et quotidien à l'inspecteur, au délégué cantonal, à l'instituteur. Ce n'est pas un recueil de documents historiques, c'est la collection strictement complète des textes qu'on a besoin de consulter. Pour permettre la recherche rapide et sans hésitation, ce qui n'est pas facile avec une législation aussi compliquée que la nôtre et formée de documents tant de fois modifiés, on a imprimé en caractères ordinaires les dispositions légales en vigueur, et en italique les articles et fragments d'articles des lois, décrets et arrêtés qui, après avoir été en vigueur, ont été abrogés par des dispositions subséquentes; on a de plus placé en italiques et entre parenthèses les notes ou les passages qui, en vertu de dispositions subséquentes, ont été changés dans les articles ou fragments d'articles non abrogés ; enfin de courtes notes indiquent, pour les articles et fragments d'articles abrogés, à quels articles des actes ultérieurs il faut se reporter pour trouver les dispositions qui les ont remplacés.
CO ÉDUCATION. — Ce mot, qui n'est pas dans le dictionnaire de Littré, signifierait, d'après l'étymologie, éducation en commun. Il n'est presque pas employé en ce sens général. Les Américains en font un usage constant dans un sens restreint : éducation en commun des deux sexes. On l'a quelquefois transporté chez nous dans cette accep- |
tion particulière Pour cette question, V. l'article Sexes et les mots auxquels il renvoie; pour la question de l'éducation privée et publique, V. Ecole, Education, Précepteur, etc.
COKUR (Education du). — Si l'éducation a pour but de former l'homme, et l'homme tout entier, elle n'est digne de ce nom qu'à la condition de développer et d'ennoblir toutes ses facultés : le cœur, l'intelligence, la volonté. Or, dans cette œuvre multiple, nous n'hésitons pas à réclamer la première place pour la culture du cœur. La première, car c'est par le cœur qu'il faut commencer, c'est du cœur de l'homme que sortent les sources de la vie ; la première aussi parce que c'est la partie la plus délicate de la tâche, souvent la plus négligée, toujours la plus facile à négliger; la première enfin dans l'enseignement primaire surtout, parce que dans les classes sociales auxquelles cet enseignement s'adresse, bien des ressources manquent pour prolonger comme on le voudrait l'éducation de l'homme, et c'est le cœur qui doit suppléer à tout le reste, c'est par le cœur qu'il faut faire entrevoir, et deviner, pour ainsi dire, les plus hautes vérités, les plus précieux enseignements, tout ce qui fait le prix de la vie morale.
Insistons sur ce point, car tout un chapitre de notre pédagogie en dépend : le cœur est la faculté intuitive par excellence, la plus intime, la plus naturelle, si on l'osait dire, la plus spontanée et la plus puissante, surtout chez l'enfant et chez l'homme à qui les circonstances refusent une instruction étendue et approfondie. Celui à qui manquent les lumières de l'analyse et de la réflexion, les procédés de l'investigation méthodique, trouve du moins dans son cœur une sorte d'instinct qui n'est autre chose que le vif sentiment et l'affirmation synthétique des plus hautes vérités de l'ordre moral, c'est-à-dire, en définitive, des vérités les plus essentielles à la marche de l'humanité. Moins donc nous pouvons aiguiser, fortifier, enrichir l'intelligence, plus nous devons faire pour l'éducation du cœur.
Par éducation du cœur, nous entendons tout ce qui tend à cultiver le sentiment dans l'homme, non pas seulement tel ou. tel ordre de sentiments, mais la faculté de sentir, disons mieux encore, la faculté d'aimer. Toute sa vie l'homme pensera, il agira, il voudra selon le cœur que ses maîtres lui auront fait, selon ce qu'il aura appris à aimer.
Aussi la Providence a-t-elle donné à l'enfant pour premier précepteur une mère, c'est-à-dire un être qui est tout cœur, tout amour, et l'amour le plus désintéressé, le plus pur, le plus constant, le plus héroïque, celui qui s'inspire le mieux de l'amour divin. La mère ne sacrifie pas seulement à l'enfant son repos, sa santé, sa vie ; elle comprend, par un instinct invincible, qu'elle est là, près d'un berceau, pour éveiller la flamme céleste qui sommeille dans la frêle créature. La vie de ce petit corps, merveilleux et fragile organisme, l'étonné et la ravit; mais déjà, en regardant cet innocent visage, en interrogeant ces yeux si purs et si transparents, elle y découvre les premières étincelles, elle y senties premiers tressaillements d'une autre vie, de cette vie qui sera, non celle de l'organisme, mais celle de l'âme, et qui réclame, pour s'épanouir, un regard, une parole, un sourire, une caresse. Qui de nous a pu oublier ces premières impressions? Qui de nous, se reportant parfois à travers le crépuscule de ses plus lointains souvenirs à ses jours d'enfance, ne croit encore sentir autour de lui ce souffle maternel, si doux, si pénétrant, qui l'enveloppait petit enfant et le créait pour ainsPi dire une seconde fois? Si nous sentons notre cœur battre aujourd'hui pour tout ce qui est honnête et pur, grand et saint, comment ne pas nous souvenir de celle à qui nous le devons, de celle qui a joint nos petites mains dans les siennes, qui nous