G0MEN1US
COMÉNIUS
développe ensuite les principes spéciaux de sa méthode. L'enseignement doit être facile; il doit être solide; il doit enfin être prompt yceler) et sucîinct .compendiosus) . Il doit parler aux sens, donner aux élèves la connaissance directe des objets par l'intuition, car, selon le mot célèbre auquel Coménius revient sans cesse, nihil est in intellect», nisiprius fuerit in sensu (« il n'y arien dans l'intelligence qui n'ait d'abord passé par les sens», c'est à-dire « il n'y a pas de pensée qui ne dérive d'une sensation »). Donc, il ne faut pas décrire les objets aux élèves, mais les leur montrer; il ne faut pas leur faire apprendre des définitions et des règles abstraites, mais les exercer par des exemples. « On doit présenter toutes choses, autant qu'il se peut faire, aux sens qui leur correspondent : que l'élève apprenne à connaître les choses visibles par la vue, les sons par l'ouïe, les odeurs par l'odorat, les choses sapides par le goût, les choses tangibles par le toucher. » — Que faut-il enseigner? Cinq choses : les sciences, les arts, les langues, la morale, la piété. Les sciences sont la connaissance des choses comme instrument, comme matière, comme modèle. Les arts consistent à savoir se servir des choses dont les sciences donnent la connaissance ; ils doivent s'enseigner par la pratique [agenda agendo discantur) ; l'usage des instruments doit se montrer par ■des exemples plus que par des préceptes. Les langues ne font pas partie des sciences proprement dites : elles ne sont qu'un moyen de les acquérir et de les communiquer: et l'étude du mot doit toujours marcher parallèlement avec l'étude de la chose. L'étude de la morale et celle de la religion sont distinctes. Coménius rattache la morale à la discipline de l'école: l'élève doit apprendre à se dominer, à diriger sa volonté, à aimer le bien pour ■'amour du bien. La piété comprend trois choses: *a réflexion ou méditation, la prière, l'examen intérieur ; cet enseignement religieux est le couronnement de toute l'éducation. Mais, ajoute Coménius, « si nous voulons réformer les écoles dans le véritable esprit du christianisme, il faut en bannir îles auteurs païens, ou du moins s'en servir avec plus de précaution qu'on ne l'a fait jusqu'ici. »
Vient ensuite (chap. XXVII-XXXI) l'exposé du plan d'organisation scolaire. Coménius établit quatre degrés distincts :
1° h' école maternelle (schola materna ou schola materni gremii) ;
2° Véc"le élémentaire publique en langue vulgaire (schola vernacula publica) ;
3° Vécole latine ou le gymnase (schola latina seu gymuasium) ;
4° L'académie, dont l'enseignement se complète par les voyages (academia et poegrinationes).
L'école maternelle n'est autre chose que l'édution des enfants par la mère dans le premier âge; les écoles des trois autres degrés sont des écoles publiques. « L'école maternelle doit se trouver dans toutes les maisons; l'école élémentaire, dans chaque commune ; le gymnase, dans chaque ville; l'académie, dans chaque royaume ou même dans chaque province considérable. »
Les deux écoles inférieures, la materna et la vernacula, doivent donner la première éducation à tous les enfants sans distinction de sexe. « Je ne suis pas, dit Coménius, de l'avis de ceux qui prétendent qu'on ne doit envoyer à l'école élémentaire (vernacula) que les filles et ceux des garçons qui seront voués plus tard à un métier manuel, et que les garçons que leurs parents destinent à une instruction plus complète doivent être envoyés dès l'abord au gymnase. » Il veut que tous passent par l'école élémentaire, parce que tous, aussi bien ceux qui apprendront le latin que ceux qui n'ont pas à l'apprendre, doivent étudier en premier lieu la langue maternelle. La schola
vernacula doit donner à toute la jeunesse une éducation générale, en l'instruisant dans toutes les choses humaines; son but doit être d'enseigner à tous les enfants, de l'âge de 6 à 12 ou 13 ans, les choses dont l'usage est nécessaire pour toute la vie (Genera/em /<os intendimus instdutionem, omnium qui homi?ies nati suut, ad omnia humana... Vernaculse scopus métrique erit, ut ornais juve/du* utriusque sexus intra annum sextum et duodecimum seu decimum tertium, ea addoceatur, quorum usas per totam vitam se extendat). Voilà, formulé pour la première fois, le programme de l'école primaire moderne.
Coménius veut que tout soit enseigné à tous. Il n'entend pas par là que tous les enfants doivent suivre les cours de l'école latine et de l'académie ; ce qu'il demande, c'est que la schola vernacula ou école primaire donne à tous des notions suffisantes, quoique élémentaires, sur l'ensemble des connaissances humaines. Il veut en outre que les écoles supérieures soient accessibles à tous ceux qui montrent des aptitudes, et non pas seulement aux enfants des riches et des nobles; c'est pour cela que l'école primaire ne doit pas être l'école des pauvres, mais l'école générale de tous, et la pépinière où se formeront, sans distinction de conditions sociales, tous ceux que leur zèle et leurs talents désigneront ensuite pour la carrière des hautes études.
Dans les deux derniers chapitres de la Didactique, l'auteur résume le plan général de réforme des écoles qu'il vient d'exposer en détail, et indique les conditions nécessaires pour la réalisation pratique de sa méthode d'enseignement.
Complétons maintenant cette brève analyse par quelques développements relatifs à divers points de la théorie pédagogique du hardi réformateur.
Il démontre à plusieurs reprises la nécessité de donner à la femme un développement identique à celui de l'homme; elle doit apprendre à fond non seulement sa propre langue, mais encore, si elle le peut, le latin et les langues étrangères. Seulement alors, elle sera à même de diriger sa maison pour son propre bonheur, pour celui de son mari, de ses enfants et de tous ceux qui seront appelés à la servir et à vivre avec elle. Seulement alors, elle sera capable de remplir ce rôle de première éducatrice que Coménius lui assigne.
La méthode d'enseignement doit tenir compte des tendances et des aptitudes de chaque élève. Le seul moyen d'enseigner avec succès est de suivre la voie de la nature, qui ne se presse pas et fait chaque chose en son temps, qui prépare la matière avant de lui imprimer la forme. La nature fait une chose après l'autre, elle va de l'ensemble aux détails, ne fait ni sauts ni lacunes, mais avance pas à pas. Ce que l'homme apprend en premier lieu doit être le flambeau qui éclairera ses études subséquentes. L'enseignement doit être le même à tous les degrés; il ne doit différer que pour la forme et pour les détails. Pour cela, Coménius demande que l'enseignement représente une série de cercles concentriques allant en s'agrandhsant de l'école maternelle à L'Université.
Il s'est occupé avec une sollicitude particulière de l'éducation de la première enfance. Dans le chapitre qu'il lui consacre (Didactica m>igna, cap. xxvin), il trace le programme de l'école maternelle en y faisant entrer les premiers éléments de toutes les connaissances humaines. L'enseignement devant, à tous les degrés, être complet, c'est-à-dire embrasser l'universalité des choses, l'enfant doit, dès le premier âge, ai quérir, dans toutes les disciplines, les notions accessibles à son intelligence. Ainsi, dès qu'il commence à parler, l'enfant se familiarise de lui-même, et par son expérience journalière, avec certaines expressions générales et abstraites; il arrive à compren-
COMÉNIUS
COMÊNIUS
<lre le sens des mots quelque chose, rien, ai?isi, autrement, où, semblable, différent: et qu'est-ce que les généralisations et les catégoriel exprimées par ces mots, sinon les rudiments de la métaphysique ? Dans le domaine de la physique, L'enfant peut, durant les six années de sa vie qui appartiennent à l'école maternelle, apprendre à connaître l'eau, la terre, l'air, le feu, la pluie, la neige, la glace, la pierre, le fer, l'arbre, la plante, l'oiseau, le poisson, le bétail, etc., ainsi que le nom et l'usage des parties de son propre corps, ou du moins des membres et des organes extérieurs. Il débutera dans l'optique, en apprenant à distinguer la lumière, l'obscurité, et les diverses couleurs; dans l'astronomie, en remarquant le soleil, la lune, les étoiles, et en observant que ces astres se lèvent et se couchent tous les jours. En géographie, suivant le lieu qu'il habite, on pourra lui montrer une montagne, une vallée, un champ, une rivière, un village, un bourg, une ville, etc. En chronologie, on lui fera comprendre ce que c'est qu'une heure, un jour, une semaine, une année, l'été, l'hiver, hier, avant-hier, demain, après-demain, etc. L'histoire, telle que son âge peut la concevoir, consistera à se rappeler ce qui s'est passé récemment, et à en rendre compte, en indiquant la part que celui-ci ou celui-là a prise à telle ou telle chose. L'arithmétique, la géométrie, la statique, la mécanique, ne lui resteront pas étrangères ; il en acquerra les éléments en distinguant la différence entre peu et beaucoup, en apprenant à compter jusqu'à dix, en remarquant que trois est plus que deux; que un, ajouté à trois, fait quatre; en comprenant le sens des mots grand et petit, long et court, grand et étroit, lourd et léger, en dessinant des lignes, des courbes, des cercles, etc. ; en voyant mesurer une étoffe avec une aune ou peser un objet dans une balance ; en essayant de faire ou de défaire quelque chose, comme les enfants y prennent plaisir. « Il n'y a, dans ce besoin de construire et de détruire, que les efforts d'une petite intelligence pour arriver à produire, à fabriquer soi-même quelque chose : aussi ne faut-il pas y mettre obstacle, mais l'encourager et le diriger. » La grammaire du premier âge consisterait à apprendre à bien prononcer la langue maternelle. Il n'est pas jusqu'à la politique dont l'enfant ne puisse recevoir déjà les premières notions : on lui fera observer que certaines personnes se rassemblent à l'hôtel-de-ville et qu'on les appelle conseillers; et que parmi ces personnages il y en a un qu'on appelle bourgmestre, etc. — Coménius recommande de mettre entre les mains de l'enfant un livre d'images ; et c'est aussi bien à l'usage des tout jeunes enfants que des élèves plus avancés qu'il a publié son Orbis pic tus.
Dans le traité spécial qu'il a écrit sur ce même sujet, \a.Schola muterai gremii ou lu format >rium der Muttei schute (V. plus haut . Coménius dit les mêmes choses avec plus de développement ; mais il ne se contente pas d'y donner un programme d'enseignement ; il ajoute de judicieux conseils aux mères sur l'éducation physique du nouveau-né. Un siècle avant Rousseau, et à l'exemple du cardinal Antoniano *, il recommande à la mère d'allaiter elle-même son enfant (hoc maxime observaadum, ut mater ipsa nulricem ngat, nec propriam caraem a se repellat). Cet intéressant, petit traité, encore inconnu en France, mériterait , croyons-nous, d'être traduit : il ferait reconnaître dans Coménius le véritable prédécesseur de Frœbel; car il n'y a pas de doute que le créateur des jardins d'enfants n'ait dû s'inspirer de la lecture des écrits du pédagogue morave.
II. Janua linguarum reseuata. — Comme il a été dit plus haut, l'idée de cet ouvrage avait été four- 1
nie à Coménius par le livre du jésuite Bateui : celui-ci avait rassemblé, sous Le titre de Janua linguarum, douze cents sentences latines, contenant les mots les plus nécessaires, et arrangées de telle façon qu'un môme mot ne fût employé" qu'une seule fois dans tout l'ouvrage. Coménius trouva l'idée de Bateus excellente, mais blâma la manière dont il l'avait exécutée, et résolut de faire mieux. Suivant lui, il fallait que la connaissance des mots servît en môme temps à acquérir celle des choses . il résolut donc de classer dans un ordre méthodique toutes les choses de l'univers, avec leurs noms latins et la traduction en langue vulgaire en regard, et de faire de ce vocabulaire général un répertoire universel des connaissances, où l'élève apprendrait du môme coup le latin et la science universelle. Il recueillit huit mille mots, dont il fit mille phrases, qu'il distribua en cent chapitres, traitant chacun d'un objet particulier.
Nous avons sous les yeux une édition de la Jnnua de Coménius en trois langues, latin, allemand et français 1649). Les cent chapitres traitent des éléments, des métaux, des arbres et des fruits, des animaux, du corps de l'homme et des maladies, des arts et métiers, de la guerre, des sciences, de la religion, etc. Les phrases sont plus courtes dans les premiers chapitres, plus développées dans les derniers. Le texte latin occupe le milieu de la page ; à droite, en regard, se trouve le texte français; à gauche, le texte allemand; à la fin du volume l'auteur donne un triple vocabulaire des mots employés dans l'ouvrage.
Dans sa préface, Coménius parle contre l'emploi des classiques pour l'enseignement du latin ; lors même, dit-il, que l'élève les aurait tous lus, il n'aurait pas réussi à se former un vocabulaire complet : il est donc préférable de lui mettre entre les mains un compeadium où il trouvera tous les mots de la langue groupés par ordre, selon le genre de choses auquel ils se rapportent, et où il pourra apprendre sans peine et en peu de temps les choses les plus nécessaires.
La Jaaua de Coménius, bien qu'elle n'offre qu'une nomenclature aride destinée à être apprise par cœur, et ne réalise que très imparfaitement le précepte suivant lequel la connaissance des choses et celle des mots doivent marcher de front, eut un succès prodigieux; l'auteur nous apprend lui-même qu'il s'en fit des éditions en douze des principales langues de l'Europe, et môme en arabe, en turc, en persan et en mongol. Néanmoins l'usage de ce manuel ne se généralisa pas, et les textes classiques, que Coménius avait voulu bannir des écoles latines, y ont gardé la place qui leur appartenait.
III. Orbis pictus. — Ce dernier ouvrage, celui qui contribua le plus à populariser le nom de Coménius, est conçu sur le môme plan que la Janua liaguarum : c'est aussi un recueil de mots latins groupés en phrases, de manière à promener successivement le lecteur dans toutes les branches de l'activité et des connaissances humaines, et à lui faire connaître tout ce qui peut l'intéresser dans l'univers. Seulement la matière est distribuée en cent cinquante chapitres au lieu de cent. En tête se trouve un abécédaire dont chaque lettre correspond au cri d'un animal ou à quelque son familier à l'enfant.
Le titre du livre est : Orbis sensualium piefus, hoc est, omnium fuud-imeutalium in mundo rcrum, et ia vita actionuni, pictura et uomcuclatûra ; en allemand : Die sichtbare Welt. (/as ist : aller vornehmsten Welt-Diuge und Lebeasverrichtunaen Vorlnldung und Beiannung; avec cette épigraphe caractéristique : Omnia spoute fluant. absit violent ta rébus (Que tout vienne spontanément, que la contrainte soit bannie).
Chaque chapitre est illustré d'une vignette gros-
COMÉNIUS
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sièrement exécutée et pourvue de numéros se rapportant aux mots et aux petites phrases qui composent le texte. Celui-ci forme trois colonnes en regard les unes des autres : la première renferme les phrases latines, la seconde la traduction allemande, la troisième un vocabulaire des substantifs et des adjectifs, avec l'indication du genre et de la déclinaison. Dans les deux premières colonnes, à côté de chaque nom est un chiffre renvoyant aux chiffres correspondants de la vignette. A la fin du volume se trouve une table des mots latins, puis des mots allemands, avec des renvois indiquant la page où ils sont employés.
Tels sont les exemplaires imprimés à Nuremberg du vivant de Coménius, et qu'on retrouve disséminés çà et là dans les bibliothèques publiques de l'Europe. Tous les Orbis imprimés après la mort de l'auteur sont reconnaissables par la traduction des mots latins en français, anglais, italien, etc.
Voici, à titre de spécimen, la reproduction de l'un des chapitres de ce curieux ouvrage, celui qui est consacré à la terre (chap. VIII).
Sur la page de gauche est une gravure sur bois d'un caractère tout à fait primitif : elle est censée représenter un paysage dans lequel le lecteur doit apercevoir une montagne, une vallée, une colline, une caverne, une plaine et une forêt ; chacun de ces divers objets est distingué sur l'image par son numéro respectif, de 1 à 6. Au-dessus de la vignette, on lit le mot latin Terra; au-dessous, les mots allemands Die Erde.
La page de droite porte, en trois colonnes, le texte ci-dessous (nous conservons l'orthographe archaïque des mots allemands) :
Super terra
sunt
alti montes, 1
Auf der Erden
sind
huhe Berge, 1
1 profundœ valles, 2 tieffe Thàler, 2 elevati colles, 3 erhabne Hûgel, 3
cavae speluncz, 4 hole Klûffte (Holen), 4
plani campi, 5 ebne Felder, 5
opacae sylvx. 6 schattichte Wàlder. 6
Terra, f. 1, die Erde.
Altus, a, um, hoch.
Mons,m.3,derBerg.
Profundus , a, um,
tieff.
Yallis,f.3,dasThal.
Elevatus, a, uni ,
erhaben.
Collis, m. 3, der
Hugel.
Cavus, a, um, hol.
Spelunca, f. 1, die
Klufft (Hôle).
Planus, a, um, eben.
Campus, m. 2, das
Feld.
Opacus.a, um, schat-
ticht.
Sylva , f . 1 , der
Wald.
Dans la préface, l'auteur s'exprime en ces termes : « Le fondement de toute érudition consiste à bien représenter à nos sens les objets sensibles, de sorte qu'ils puissent être compris avec facilité. Je soutiens que c'est là la base de toutes les autres actions, puisque nous ne saurions ni agir, ni parler sagement, à moins que nous ne comprenions bien ce que nous voulons faire ou dire. Or il est certain qu'il n'y a rien dans l'entendement qui n'ait été auparavant dans les sens, et par conséquent, c'est poser le fondement de toute sagesse, de toute éloquence et de toute bonne et prudente action, que d'exercer soigneusement les sens à bien concevoir les différences des choses naturelles; et comme ce point, tout important qu'il est, est négligé ordinairement dans les écoles ^'aujourd'hui, et qu'on propose aux écoliers des objets qu'ils n'entendent point, parce qu'ils ne sont pas bien représentés à leurs sens et à leur imagination, c'est pourquoi la fatigue d'enseigner d'un côté et celle d'apprendre de l'autre, devient si mal aisée et apporte si peu de fruit. »
On pourra se servir de YOrbis pictus, dit Coménius, soit dans les écoles latines pour apprendre le latin, soit dans les écoles élémentaires pour apprendre la langue maternelle. Le but à atteindre par l'emploi de cet ouvrage, c'est que les enfants ne voient rien, qu'ils ne sachent nommer ; et qu'ils ne nomment rien, qu'ils ne sachent montrer {ut nihil videant, quod nesciant nominare ; et nihit nomment, quod nesciant ostendere).
L'exécution, il faut le reconnaître, est loin encore de répondre d'une façon satisfaisante, chez Coménius, au programme si juste qu'il s'était tracé ; ses livres présentent bien des imperfections, bien des lacunes; les préjugés de l'époque, les étroitesses du sectaire obscurcissent parfois la haute raison du pédagogue ; en outre, la croyance que le latin était appelé à devenir de plus en plus la langue universelle du monde civilisé lui fait accorder à l'étude de cette langue une importance exagérée. Aussi Coménius n'a-t-il rien fondé de durable et de définitif; il n'a été qu'un admirable précurseur. Son œuvre devait être reprise, continuée et améliorée par les pédagogues du siècle suivant, dont la plupart ne l'ont pas connu — tant il fut vite oublié — et qui ont marché sur ses traces, comme Rousseau et Pestalozzi, sans s'en douter.
3. Appréciation générale. — Coménius a été le plus grand pédagogue des temps antérieurs à Pestalozzi. L'éloquent auteur de Nos fils, Michelet, a pu l'appeler avec raison « le vrai père de la méthode intuitive ». Il avait eu, il est vrai, dans le domaine de l'éducation, des devanciers, entre autres le Holsteinois Ratich *, et en Italie Victoria * de Feltre, le fondateur do la Maison joyeuse de Mantoue ; il est vrai aussi qu'il emprunta l'idée de sa Janua linguarum au jésuite Bateus, et celle de sa Pansophie au savant Laurenberg de Hambourg, comme il le déclare lui-même; mais il n'en reste pas moins un esprit supérieur et original, une remarquable figure de réformateur et d'apôtre.
Il a marqué aussi comme historien et géographe de son pays. Sa grande carte de la Moravie se distinguait par son exactitude. Il a laissé également des ouvrages sur l'histoire de la nation et de l'église bohémiennes. Au point de vue purement philosophique, l'œuvre de Coménius, sans être insignifiante, est de valeur beaucoup moindre : elle a été jugée sévèrement par Bayle, et récemment dans le Dictionnaire philosophique de Franck. Comme philologue, il est difficile de l'apprécier, attendu que son ouvrage le plus important, un dictionnaire complet de la langue tchèque, auquel il travailla pendant de longues années et qui était prêt pour l'impression, partagea le sort de ses autres manuscrits, brûlés à Lissa.
Esprit profondément religieux autant que pratique, Coménius recommandait d'élever la pensée des enfants à l'existence d'une autre vie dont la vie présente n'est que la préparation. « Il ne faut pas, disait-il, que l'enfant s'imagine que cette vie est tout et qu'il perde de vue la chose nécessaire. » De là, la nécessité de le mettre le plus près possible de Dieu par la lecture de la Bible, la fréquentation du service divin et la pratique du bien. « Puisse Dieu avoir pitié de nous, s'écriait-il dans un élan de l'âme, et nous faire trouver un moyen de ramener à lui tout ce qui occupe notre esprit en dehors de lui. » Cette définition de l'éducation qui consisterait à édifier la vie présente en vue de la vie future, a une analogie frappante avec celle de l'évèque d'Orléans, Mgr Dupanloup, qui n'avait cependant, selon toute probabilité, pas lu Coménius.
Dans les principes pédagogiques de ce dernier, il est aisé de trouver des traces de l'induction baconienne. Mais les paroles que nous venons
COMENIUS
COMICES
de citer cne sentiment de piété qui respire dans les écrits de l'éducateur morave, démontrent à l'évidence l'erreur des historiens de la pédagogie qui rattachent Coménius à l'école rationaliste ou purement utilitaire et philanthropique, à l'école de Locke et de Bascdow.
Dans l'ouvrage que Coménius a intitulé la Nouvelle Méthode, on ne trouve pas le même sou file frais et juvénile que dans ses premiers écrits ; mais en revanche plus do raison et un ordre plus systématique.
« Apprendre, dit Coménius, c'est aller du connu à l'inconnu. 11 y a ici trois choses en présence : une chose connue, une chose inconnue et l'activité d'esprit nécessaire pour progresser de l'une à l'autre. Tout doit être appris au moyen d'exemples, de règles et d'exercices. L'intelligence a pour objectif le vrai, la volonté a pour objectif le bien, et la force agissante a pour perspective la possibilité de parvenir à l'aide d'exercices soumis à certaines règles. Mais les règles ne doivent jamais précéder les exemples ; on n'apprend à agir que par l'action ; on n'apprend à écrire qu'en écrivant, et on ne devient peintre qu'à force de peindre.
« La nature ne va pas par saut et par bond. On ne doit jamais passer à une seconde chose sans avoir saisi la première ; qu'on ne passe également à la seconde qu'après avoir répété encore la première.
« Nous n'arrivons à la science que par la perception sensible du présent duquel nous concluons à ce qui ne l'est pas. L'intuition remplace la démonstration. Il est bon d'étudier une chose sous toutes ses faces ; on ne saisit une chose que quand on l'a étudiée dans son intérieur, de même qu'on en a étudié le dehors avec les sens. Mais, pour arriver à cette connaissance intime de l'objet, il faut un coup d'œil sain, un objet clair de sa nature, et une observation soutenue.
« La mémoire a trois tâches à remplir: premièrement se graver en elle-même les choses, secondement les conserver, et troisièmement être en état de les reproduire au moment opportun. Les choses qu'on confie à la mémoire doivent être claires, se lier les unes aux autres et dans un certain ordre ; il ne faut pas que l'esprit qui doit se souvevir soit encombré d'impressions faites pour y porter la confusion. L'esprit doit être serein, occupé d'une seule chose et ouvert à la sympathie ou à l'admiration. L'association intime des choses facilite le souvenir.
« Les images sont ce que les enfants se gravent le mieux dans l'esprit. Aux enfants il faut des exenijiles et des choses qu'ils puissent voir et non des règles abstraites. » C'est là l'idée que Rousseau développera un siècle plus tard avec la magie de son style.
« L'étude sera rendue agréable aux élèves, si le maître est bienveillant et sait les traiter conformément à leur naturel, s'il leur fait entrevoir un but à leurs travaux, si de spectateurs et d'auditeurs il parvient à rendre ses élèves auxiliaires et acteurs, et à les intéresser par la variété des exercices et des leçons.
« Pour que l'instruction soit solide, il faut qu'elle ait un bon fondement et que, sur ce fondement, on bâtisse avec sagacité, prudence et en visant à quelque chose de complet. A cet effet la répétition et l'interrogation sont nécessaires. Il est de toute nécessité que l'élève soit appelé à enseigner ce qu'il a appris.
« L'art d'instruire les hommes n'est pas un art facile et superficiel, mais il est l'un des plus grands mystères de notre nature et de notre salut. »
C'étaient certes des paroles bien touchantes que celles par lesquelles Ratich *,le devancier de Coménius, expliquait son amour de l'enseignement, qui l'avait arraché à la théologie pour le vouer à la
carrière éducative, ce second sacerdoce. Mais plus touchants encore et plus douloureux sont les sentiments de résignation qu'exprimait Coménius à la veille de quitter une terre qui avait été réellement pour lui une vallée de larmes autant que de labeurs inouïs au service de l'humanité :
« Je ne veux plus m'inquiéter outre mesure des choses de la terre. Pour rn'expliquer plus clairement, je dirai : si en guise de palais, je ne puis avoir une cabane à moi, pour y reposer ma tùtc, je serai content si je trouve quelqu'un qui me recueille sous son toit. Ou bien je demeurerai sous le pavillon du ciel, à l'exemple de mon divin Maître, qui a passé ses dernières nuits sur le mont des Oliviers, jusqu'à ce que les anges viennent me quérir comme le pauvre mendiant Lazare. Au lieu d'un vêtement de prince, je me contenterai, comme Jean, d'une grossière étoffe ; le pain et l'eau suffiront à me nourrir, et s'il s'y joint quelques légumes, j'en louerai la bonté du Seigneur. Ma bibliothèque se composera du triple livre de Dieu, ma philosophie consistera à contempler avec David le ciel et les œuvres du Très-Haut, et à m'étonner de voir le Créateur s'abaisser jusqu'à moi, pauvre ver de terre. Mon hygiène se réduira à manger peu et à jeûner souvent, ma jurisprudence à faire aux autres ce que je désire qu'on me fasse. Si quelqu'un se soucie de ma théologie, je ferai comme saint Thomas d'Aquin mourant, car je sens que je vais bientôt fermer les yeux aussi, et je dirai, la Bible en main, de bouche et de cœur : Je crois ce qui est dans ce livre. Et si on demande à connaître de plus près ma profession de foi et mon formulaire d'oraison, j'appellerai la première, la foi des apôtres, et j'indiquerai comme le second, le Notre Père avec les dix commandements pour règle de ma conduite. »
Ce langage peut être celui d'un mystique, il n'en est pas moins celui d'un cœur sincère, d'un véritable ami des hommes, et de la foi opérant par la charité. [A. Daguet.]
Bibliographie. — Johann Àmos Coménius, Grosse Unterrichtslehre, mit einer Einleitung, von Dr Gustav-Adolf Lindner; Vienne, A. Pichler's Wittwe und Sohn, 1877. — Coménius und Pestalozzi als Begrùnder der Volksschule, von Dr Ilermann Hoffmeister; Berlin, 1877. — Geschichte der Pâdagogik, von Karl von Raumer. — Amos Comeyrius, der Begrùnder der neuen Pâdagogik, von Dr Eugen Pappenheira, Berlin, 1871. — La France, nous assure-t-on, possédera bientôt sur Coménius deux ouvrages qui ne seront, nous l'espérons, que le prélude de travaux importants relatifs à l'éminent pédagogue: l'un par M. Bieder, directeur de l'Ecole alsacienne, l'autre par M. Diog. Bertrand, directeur du Journal des Instituteurs.
COMICES AGRICOLES. — On donne le nom de comices agricoles à des associations de cultivateurs se réunissant périodiquement pour étudier l'ensemble des moyens d'augmenter la production du sol, et pour encourager par des concours les améliorations qui peuvent se produire dans leur rayon d'action.
Il existe en France un grand nombre de comices agricoles. La plupart sont limités à un canton ou à un arrondissement ; parfois, mais rarement, leur action s'étend sur tout un département. Le plus grand nombre de ces associations embrassent, dans leur programme, l'ensemble des améliorations agricoles; mais quelques-unes se restreignent à un but déterminé, par exemple la culture de la vigne. Elles ouvrent des concours, font des expositions, et y décernent des médailles et des primes en argent.
Les ressources des comices agricoles sont créées par les cotisations des membres, par des subventions du gouvernement, des conseils généraux ou d'arrondissements, des villes et des communes rurales, et enfin parles libéralités des particuliers. Ces ressources sont très minimes pour quelques comices ; il en est d'autres, au contraire, qui
COMICES
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jouissent de revenus relativement considérables. Les comices agricoles peuvent-ils jouer un rôle au point de vue du développement de l'instruction agricole dans les écoles primaires des communes rurales? A cette question, on ne peut que repondre affirmativement. L'expérience a consacré, dans plusieurs circonstances, l'efficaciié de ce rôle. On ne doit regretter qu'une chose, c'est que les exemples donnés à cet égard par un certain nombre de comices n'aient pas été suivis jusqu'ici sur une plus grande échelle, ce que l'on peut attribuer au défaut d'enseignement agricole suffisant dans nos campagnes.
La règle à suivre serait très simple. De concert avec l'autorité universitaire, le comice annoncerait, un an ou au moins plusieurs mois à l'avance, qu'une commission d'examen visitera les écoles du canton ou de tel canton de l'arrondissement, afin de juger des résultats obtenus par les instituteurs au point de vue de l'enseignement agricole. Comme l'agriculture figure encore parmi les matières seulement facultatives de l'enseignement primaire, la commission ne s'occupera que des écoles dont les instituteurs auront demandé son examen. Par des interrogations, par des dictées, par des devoirs qui peuvent être préparés à l'avance, la commission se rendra compte des résultats obtenus. Les visites achevées, elle fera son classement et décernera, d'après ce classement, les récompenses promises par le comice.
Ces récompenses pourraient être de deux sortes. Les unes, destinées aux instituteurs, consisteraient en médailles d'argent ou de bronze et en sommes d'argent plus ou moins élevées, suivant les ressources du comice. Les autres, pour les enfants qui auraient le mieux subi les examens, pourraient être des livrets de caisses d'épargne, des livres, et parfois une médaille de bronze pour celui qui aurait obtenu le premier rang. Les comices, avec des dépenses peu considérables, pourraient, par ce moyen, produire un très grand bien.
Ce qui vient d'être dit des comices pourrait s'appliquer aussi aux sociétés d'agriculture . Celles-ci ont généralement des ressources plus considérables que les comices, leur action pourrait être par suite plus étendue.
Les récompenses à décerner aux instituteurs peuvent ne pas s'appliquer seulement à l'enseignement proprement dit ; elles pourront être étendues, avec le plus grand profit, à la tenue des jardins scolaires, à la conduite et à la taille des arbres fruitiers. Les associations agricoles peuvent jouer, à tous ces points de vue, un rôle très efficace. Dans un certain nombre de départements, ce rôle a été compris ; des encouragements importants y sont distribués chaque année dans les écoles rurales, et les instituteurs se montrent jaloux de récompenses qui augmentent leur légitime influence sur les populations agricoles au milieu desquelles ils sont appelés à vivre.
Si les comices agricoles peuvent exercer sur le développement de l'instruction agricole dans les écoles une action heureuse, les écoles primaires rurales, à leur tour, pai leur enseignement, pourraient rendre aux comices un service signalé, en préparant une génération d'agriculteurs instruits qui deviendraient plus tard des membres distingués de ces utiles associations. Il faudrait, pour cela, généraliser dans nos écoles de village, qui ne sont guère fréquentées d'ailleurs que par des enfants de cultivateurs, renseignement de l'économie rurale élémentaire. Combien de ces enfants intelligents seraient frappés des vérités qui pourraient leur être ainsi dévoilées sur la profession de leurs parents, exercée sous leurs yeux chaque jour!
On dira sans doute, et avec raison, du reste, qu'on ne peut pas faire h l'école primaire un cours
d'agriculture. Certes non, on ne peut pas enseigner à l'école primaire l'agriculture comme on le fait dans une ferme-école, dans une école régionale, ou à. l'Institut agronomique des arts et métiers de Paris, nous le savons; mais nous n'ignorons pas que les vocations peuvent commencer à se former chez les enfants à l'école primaire ; si on attire leur attention sur les avantages offerts à leur avenir par la profession de leurs parents judicieusement exercée, ils pourront en comprendre toute l'importance, devenir de bons agriculteurs très utiles dans les sociétés agricoles. Ils cultiveront bien les champs, au lieu de les abandonner comme le font chaque jour trop d'enfants, lorsque, instruits à l'école primaire, ils considèrent le métier de laboureur comme un métier peu digne de l'instruction qu'ils ont reçue dans une autre direction.
Qu'il nous soit permis de reproduire ici, à cette occasion, une idée qui fut émise en 1808, à propos de l'enseignement professionnel des cultivateurs, par un naturaliste qui a été l'un des savants les plus illustres des temps modernes. Georges Cuvier, chargé par l'Académie des sciences de faire un rapport sur les progrès des sciences de 1789 à 1808, travail ordonné par le gouvernement le 13 ventôse an X, disait en parlant des sciences naturelles appliquées à l'agriculture : « Ce serait une erreur de croire à l'inutilité de ces semences jetées dans l'esprit des enfants... elles serviraient aux jeunes gens qui se proposent d'exercer des professions utiles, en éclairant leur esprit, et en le remplissant d'idées et de faits dont ils pourraient à chaque instant s'aider dans les travaux de leur état. »
Rien n'est plus exact que cette vérité ; les enfants ont plus d'esprit d'observation qu'on ne croit, et les idées justes qui pourraient leur être développées sur la profession de leurs parents cultivateurs leur seraient plus profitables qu'on ne pense généralement. Nous avons pu nous en convaincre par l'expérience de longues années, dans nos rapports avec les populations rurales, les instituteurs primaires et leurs élèves.
Par un enseignement élémentaire de l'agronomie dans les écoles de nos villages, une sympathie naturelle s'établirait partout entre les comices agricoles et l'instruction primaire. Nous avons fréquenté des comices agricoles comme membre de ces associations ; nous avons même pris connaissance des procès-verbaux de leurs séances ; eh bien, on voit généralement que les faits pratiques observés manquent de développements théoriques, pour en bien faire comprendre l'importance. Or, voici comment il serait possible de voir remplir cette lacune dans les travaux des comices.
Plusieurs départements sont déjà pourvus de professeurs d'agriculture qui font des cours aux écoles normales, où doivent se former les instituteurs primaires. Une loi votée par le Sénat et qui, soumise à la Chambre des députés, y sera nécessairement adoptée, exigera dans chaque département un professeur d'agriculture. Alors tous les jeunes gens des écoles normales qui se destinent à l'instruction primaire, éclairés par un enseignement spécial sur l'agriculture, pourront s'occuper avec fruit d'instruction élémentaire de l'agronomie dans les écoles des villages.
D'autre part, généralement issus de familles d'agriculteurs, les instituteurs primaires ruraux connaîtront des membres des comices agricoles. Ils pourront même faire partie de ces réunions d'agriculteurs praticiens, et concourir, par les lumières spéciales qu'ils auront acquises, à élucider les questions de pratique agricole qui seront discutées.
Ainsi donc, l'avenir nous fait espérer que les comices agricoles, comme les sociétés centrales
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d'agriculture des départements, et l'instruction primaire dans nos communes rurales, pourront se prêter de plus en plus un mutuel appui. Les progrès de l'agriculture en seront une conséquence toute naturelle d'abord; d'autre part, la lumière spéciale à l'agriculture, bien produite dans les comices agricoles et par eux répandue dans nos villages, contribuera a y retenir la jeunesse qui les quitte journellement, parce qu'on ne lui a pas fait comprendre tous les avantages que l'exploitation du sol, bien dirigée, offre à leur avenir comme à la prospérité de la patrie.
[Richard (du Cantal).]
COMITÉ CENTRAL. — Il est établi à Paris un comité central chargé d'exercer sur toutes les écoles primaires les attributions du comité d'arrondissement (Ordonnance du 5 novembre 1833, art. 4). Seront membres de ce comité : le préfet du département de la Seine, président; le procureur près le tribunal de première instance du même département ; le plus ancien des maires de Paris; le plus ancien des juges de paix; le plus ancien des curés; un ministre de chacun des autres cultes reconnus par la loi, désigné par son consistoire; un des proviseurs ou professeurs des collèges; un chef d'institution désigné par le ministre de l'instruction publique ; un instituteur primaire désigné également par le ministre ; trois membres du conseil général du département de la Seine ou habitants notables désignés par ledit conseil. Les autres membres du conseil général ayant leur domicile réel à Paris pourront assister aux délibérations.
En vertu d'une autre ordonnance du 26 octobre 1338, art. 4, le comité central s'est augmenté du recteur, des inspecteurs primaires et de neuf membres du conseil municipal. Enfin, par l'ordonnance du 8 septembre 1845, les trois notables choisis parmi les membres du conseil général pour siéger au comité central, devaient être désignés par le conseil municipal.
Attributions : L'autorité du comité central s'étend sur les salles d'asile, les ouvroirs et les écoles de divers degrés (ordonnance du 8 septembre 1845, art. 1 et 4). Le comité communique avec les diverses autorités par l'organe de son président (id., art. (»). Le comité central concourt à la nomination des instituteurs et institutrices ; il prend part au jugement des commissions d'examen ; il surveille les écoles d'arrondissement, et adresse chaque année un rapport sur les écoles au conseil de perfectionnement. [Emile Gossot.]
COMITÉ CENTRAL DE PATRONAGE DES SALLES D'ASILE. — Un décret du G juillet 1871 a dissous ce Comité, qui avait été institué, par décret du 16 mai 1854, près le ministère de l'instruction publique et des cultes, pour la propagation et la surveillance des salles d'asile en France.
11 devait veiller au maintien des bons procédés d'éducation et de premier enseignement dans ces établissements ; proposer les mesures propres à en améliorer le régime ; donner son avis sur les livres ou objets à y employer; recueillir et distribuer les offrandes faites pour l'entretien des enfants pauvres admis dans les salles d'asile; distribuer dans le môme but la subvention mise, chaque année, à sa disposition, sur les fonds de l'Etat, par le ministre de l'instruction publique.
Il pouvait être appelé à donner son avis uur les concessions de secours demandés à l'Etat pour l'établissement et l'entretien des salles d'asile, et recevoir communication des rapports des inspecteurs et des déléguées générales.
[L. Armagnac.] > COMITÉ CONSULTATIF. — Lors de la discussion de la dernière loi sur le Conseil supérieur de l'instruction publique, M. Jules Simon, alors
ministre, annonçait l'intention d'établir près de son ministère un comité consultatif de l'enseigne* Oient, qui existerait en vertu d'un décret, et qui aurait des attributions déterminées dont la principale consisterait à donner son avis sur les nominations et promotions ;Séance de l'Ass. Nat. du 1!) mars 1S73).
Lue semaine ne s'était pas écoulée depuis cette déclaration, que le décret, suivant paraissait au Journal officiel :
Art. 1er. Le comité des inspecteurs généraux constitué près le ministère de l'instruction publique prend le titre de Comité consultatif de l'enseig arment public. — Art. 2. Le Comité consultatif, présidé par le ministre, est composé de douze inspecteurs généraux désignés par le ministère, du vice-recteur de 1' académie de Paris, du directeur de l'école normale supérieure, d'un professeur de chacune des facultés de droit, de médecine, des sciences et des lettres, d'un professeur du Collège de France et d'un professeur du Muséum d'histoire naturelle, des directeurs de l'enseignement supérieur, secondaire et primaire au ministère de l'instruction publique, et du chef de la division de comptabilité. — Art. 3. Le Comité se divise en trois sections. Chaque section se réunit nécessairement une fois par mois. Le comité se réunit on assemblée générale une fois par trimestre. - Art. \. Le comité donne son avis sur les projets de lois, de règlements et de programmes d'études, sur les questions de contentieux administratif et de discipline qui lui sont renvoyées par le ministre. 11 est consulté sur l'avancement des fonctionnaires et membres du corps enseignant. Il délibère sur les vœux émis dans les comités mensuels de perfectionnement, dans les assemblées de facultés et dans les réunions des professeurs des lycées et collèges. A la fin de chaque année scolaire, le Comité consultatif tient une session spéciale pour dresser un tableau général d'avancement de tous les membres du corps enseignant, et proposer, s'il y a lieu, des mutations et des mesures disciplinaires. Pendant cette session, les présidents des jurys d'agrégation sont appelés à siéger dans le Comité avec voix délibérative. »
En exécution de l'article 3 du décret précédent, le Comité consultatif a été partagé, par un arrêté du 24 avril suivant, en trois sections, savoir : Enseignement supérieur, enseignement secondaire, enseignement primaire. Afin d'assurer autant que possible la régularité de ses travaux, un arrêté du '23 mars 1875 a ordonné que chaque section du comité se réunirait une fois par semaine, qu'il serait tenu registre des délibérations, et que les procès-verbaux seraient certifiés par le président.
Un dernier décret du 5 décembre 187 7 a confirmé et étendu les attributions du comité. Ainsi, en vertu de ce décret, la section de l'enseignement supérieur est nécessairement appelée à donner son avis sur l'admission à la retraite des professeurs titulaires.
On aura remarqué que le Comité consultatif est la seule institution qui assure aujourd'hui aux membres du corps enseignant, pour l'appréciation quotidienne de leurs services et pour la protection de leurs intérêts et de leurs droits, quelquesunes des garanties que leur offrait l'ancien Conseil ae l'Université. Comme il est dit dans le préambule de l'ordonnance du 17 février 1815, « le droit de nommer à toutes les places, concentré dans les mains d'un seul homme, en laissant trop de chances à l'erreur et trop d'influence à la faveur, affaiblit le ressort de l'émulation, et réduit les maîtres aune dépendance mal assortie a l'honneur de l'Etat et, a l'importance de leurs fonctions. » Il est donc vivement à souhaiter que les attributions données au Comité consultatif par les décrets qui l'ont constitué lui soient maintenues et qu'il continue
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à éclairer de ses sages avis les choix et les décisions de l'autorité ministérielle. Nous irons plus loin. Selon nous, il importerait dans l'intérêt de l'Université qu'un conseil spécial établi par la loi elle-même et pourvu, dans son existence comme dans ses actes, de la stabilité et de l'autorité que la loi seule peut donner, remplaçât le Comité consultatif, dont le rôle, quoique très respecté, a quelque chose de précaire. Une déclaration toute récente du gouvernement annonce la création d'un pareil conseil. Nous faisons des vœux ardents pour que ce projet reçoive de nos législateurs un accueil favorable. [Gh. Jourdain.]
COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES ET DES SOCIÉTÉS SAVANTES. — Ce comité, fondé en 1834, après avoir porté, pendant quelque temps, le nom de Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, a été réorganisé par un arrêté du 22 février 185S sous son titre actuel.
Il est divisé en trois sections : section d'histoire et de philologie ; section d'archéologie ; section des sciences.
Il se compose de membres titulaires, de membres honoraires et de membres non résidants. Il a dans chacun des départements des correspondants qui portent le titre de correspondants du ministère de l'instruction publique, et dont le nombre ne peut dépasser deux cents.
Les sections d'histoire et d'archéologie se réunissent une fois par mois, le lundi. La section des sciences se réunit deux fois, le premier et le troisième vendredi de chaque mois. Les réunions générales du comité ont lieu quatre fois par an ; elles sont présidées par le ministre, ou en son absence par l'un des vice-présidents. Chaque section a un vice-président et un secrétaire nommés par le ministre et choisis parmi les membres titulaires.
Chaque section délibère et donne son avis au ministre, en ce qui la concerne, sur les projets de publications pour la collection des documents inédits relatifs à l'histoire de France, sur la formation des listes de correspondants du ministère, qui sont révisées tous les deux ans, sur les encouragements qui peuvent être accordés aux sociétés savantes, sur les demandes en reconnaissance légale formées par ces sociétés. Elle prépare les instructions nécessaires pour diriger les recherches des correspondants, et présente chaque année au ministre la liste des correspondants et des membres des sociétés savantes qui lui paraissent mériter des récompenses honorifiques bu des encouragements. Elle prend connaissance des envois des correspondants, et statue sur l'insertion de ces communications dans la revue des sociétés savantes.
Chaque année, aux environs de Pâques, a lieu à la Sorbonne la distribution des récompenses accordées, après concours, aux sociétés savantes des départements. La réunion générale est précédée de trois jours de lectures publiques. La durée de chaque lecture ne doit pas dépasser vingt minutes, et aucun mémoire n'est admis s'il n'a étç préalablement jugé par une société savante de département digne d'être lu en séance publique.
Nous ne saurions trop engager les instituteurs à adresser à M. le ministre de l'instruction publique les copies de documents historiques qu'ils peuvent trouver dans les archives des communes. Il existe un grand nombre de pièces intéressantes dont la connaissance peut jeter un jour nouveau sur les études de nos origines et de notre histoire, et leur publication par le comité des travaux historiques rendrait les plus importants services à la science.
[L. Armagnac. 1 COMITE D'IiXSTHUCTION PUBLIQUE. — Le 11 octobre 1791, l'Assemblée législative décida do nommer un Comité d'instruction publique, coinposé de vingt-quatre membres. Ce Comité entra en ionction le 28 octobre; parmi ses membres, on
| remarque Condorcet, Romme, Arbogast, Prieur de I la Côte-d'Or), Carnoi, Lacépède. Ce fut au nom du | Comité d'instruction publique que Condorcet * présenta, les 20 et 21 avril 1792. un liapport et projet de décret sur l'organisation générale de l'instruction publique.
La Convention à son tour décida, le 2 octobre 1792, la nomination d'un Comité d'instruction publique de vingt-quatre membres. Ce Comité, dont les membres furent proclamés dans la séance du 13 octobre, devait se subdiviser en treize sections, entre lesquelles le travail fut réparti de la manière suivante :
1° Organisation générale de l'instruction publique, composition ou examen des ouvrages destinés à l'éducation publique;
2° Education morale, régime intérieur des différents établissements, mesures à prendre relativement aux pensionnats, responsabilité des chefs de pensionnats, établissements particuliers dans leurs rapports avec les établissements publics ;
3° Education physique ;
4° Education des femmes ;
5° Education des orphelins, des aveugles-nés et des sourds-muets ;
G° Ecoles d'industrie ;
7° Voyageurs, bibliothèques, musées, collections et correspondance générale, mode d'instruction pour les écoles des différents degrés, mode d'enseignement dans les lieux où la langue française est peu usitée ;
8° Examens, prix et encouragements, révision de la loi sur les brevets d'invention, de la loi sur le bureau de consultation et sur le bureau d'administration ;
9° Fêtes nationales;
10" Elections aux places vacantes, première formation de la société nationale;
11° Traitement et pensions de retraite, bourses attachées aux établissements de l'ancien régime ;
12° Bibliographie, catalogue général de toutes les bibliothèques des établissements religieux et autres qui avaient été supprimés;
13° Dictionnaire des municipalités.
Pour l'historique des travaux du comité, V. l'article Convention nationale.
COMITÉS DE CHARITÉ. — Nom sous lequel étaient désignés, dans l'ordonnance du 29 février 1816, les comités institués par elle pour la surveillance de l'instruction primaire. V. Comités scolaires.
COMITÉS LOCAUX DE PATRONAGE DES SALLES D'ASILE. — « Indépendamment des autorités instituées pour la surveillance et l'inspection des écoles par les articles 18, 2<>, 42 et 44 de la loi du 15 mars 1860, il peut être établi dans chaque commune où il existe des salles d'asile, et, à Paris, dans chaque arrondissement, un comité local de patronage nommé par le préfet. Ce comité, dont le curé fait partie de droit, et qui est présidé par le maire, est composé de dames qui se partagent la protection des salles d'asile du ressort. » (Décret du 21 mars 1855, art. 14).
Le nombre des dames patronesses n'est pas fixé; il dépend naturellement du nombre des salles d'asile existant dans le ressort et des éléments que l'autorité préfectorale se croit assurée de pouvoir mettre activement en œuvre.
« Le comité local de patronage est chargé de recueillir les offrandes de la charité publique en faveur des salles d'asile, de veiller au bon emploi des fonds alloués à ces établissements par la commune, le département ou l'État, et au maintien des méthodes adoptées pour les salles d'asile publiques. Il se réunit au moins une fois par mois. » [inu/., art. 15).
Les comités de patronage donnent leur avis ^ur le choix des directrices, laïques ou congrôganh ils visent les certificats de stage délivrés aux aspi-
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rantes à la direction des salles d'asile (Décr. 21 mars 18.r)5, art. 23 et 31).
Le règlement du 22 mars 1855 et diverses circulaires ministérielles, du 2"2 mars, du 18 mai, du 4 août 1855, sont venus compléter ces indications et déterminer d'une manière plus précise les obligations des dames patronesses, en môme temps que faire ressortir l'heureuse influence qu'elles pouvaient exercer sur les salles d'asile confiées à leur surveillance.
A l'appel qui leur fut adressé le 4 août, MM. les préfets répondirent de toutes parts par la création de nombreux comités. Du mois d'août 1855 au mois de juin 1857, le journal l'Ami de l'enfance donna dans chacun de ses numéros la liste de ces créations, liste qui, à la dernière date, en portait le nombre à plus de onze cents.
Mais, en raison même de la précipitation avec laquelle ils furent formés, les comités de patronage ne produisirent pas tout le bien que Ton pouvait en espérer. Plusieurs n'existèrent jamais que sur le papier ; d'autres cessèrent peu à peu de fonctionner ; la plupart se transformèrent en associations purement charitables ; le nombre enfin de ceux qui exercent réellement une influence salutaire sur la direction morale, intellectuelle et pédagogique des salles d'asile est relativement bien petit aujourd'hui.
Les cotisations que s'imposent presque toujours, mais volontairement, les dames patronesses, produisent sans doute un bien immense dans un grand nombre d'asiles. Elles assurent aux enfants des vêtements chauds en hiver, une nourriture saine et substantielle, des remèdes parfois pour les plus délicats, et l'on ne peut que faire des vœux pour que l'exemple donné à cet égard par certains comités soit généralement suivi.
Mais à côté du bienfait matériel, il serait à désirer que les dames patronesses, en général, perdissent moins de vue le côté moral de leur mission. Elles devraient, dans des visites régulièrement organisées, veiller au bon emploi du temps, à l'exécution des règlements, à l'usage des bonnes méthodes ; exercer sur la tenue générale des salles d'asile un contrôle toujours bienveillant à la vérité, mais qui n'en serait pas moins un puissant stimulant pour les enfants tout autant que pour les directrices ; continuer enfin l'œuvre de l'inspection, et assurer à celle-ci les effets durables dont dépend l'avenir des salles d'asile.
[Marie Dosquet.]
COMITÉS SCOLAIRES. — On a donné le nom de Comités, dans notre législation scolaire, à des réunions de personnes qui, de 181 G à 1850, ont été, à des degrés différents, chargées de la surveillance ou de l'administration des écoles.
« Il sera formé dans chaque canton, par les soins de nos préfets, un comité gratuit et de charité pour surveiller et encourager l'instruction primaire. » (Ord. du 29 février 1816). Ces comités, dont étaient membres « nécessaires » le curé cantonal, le juge de paix, le principal du collège et trois autres personnes au plus, choisies par le recteur de l'académie, d'après les indications de son préfet et des inspecteurs d'académie, avaient pour mission de veiller « au maintien de l'ordre, des mœurs et de l'enseignement religieux, à l'observation des règlements et à la réforme des abus dans toutes les écoles du canton, de solliciter du préfet ou de toute autre autorité compétente les mesures convenables, soit pour l'entretien des écoles, soit pour l'ordre et la discipline ». Us étaient spécialement charges « d'employer tous leurs soins pour faire établir des écoles dans les lieux où il n'y en avait pas ». En cas de désaccord entre le maire et le curé, ils donnaient leur avis sur le choix des instituteurs. Ils provoquaient d'oflice, au besoin, la révocation de l'instituteur par le recteur, etc.
Aces comités, que l'ordonnance du 8 avril 18 li avait remplacés par des comités à la dévotion de l'évèque, succédèrent (ordonnance du il avril 1828) des comités d'arrondissement. L'ordonnance du 10 octobre 1830 réorganisa les comités d'arrondissement en ajoutant, à son article G : « Les dispositions concernant les attributions et les devoirs des comités seront prescrites par des règlements universitaires, de manière que tout y tende à favoriser la propagation de l'instruction primaire dans toutes les communes du royaume, l'emploi des meilleures méthodes d'enseignement et le prompt établissement des écoles normales primaires. »
La loi du 28 juin 1833 substitua à ces anciens comités de la Restauration, d'une part les comités locaux, d'autre part des comités d'arrondisse* ment organisés sur d'autres bases : « Il y aura près de chaque écoie un comité local de surveillance, composé du maire ou adjoint président, du curé ou pasteur, d'un ou plusieurs notables... Le comité local a inspection sur les classes privées et publiques de la commune. Il veille à la salubrité, à la discipline, à l'enseignement gratuit des pauvres, fait connaître les besoins des écoles au comité d'arrondissement. Sur ses plaintes, le maire peut suspendre provisoirement l'instituteur, à la charge de rendre compte, dans les vingt-quatre heures, au comité d'arrondissement. » (Loi du 28 juin 1833, art. 17 et 21). — « Il sera formé dans chaque arrondissement de sous-préfecture un comité spécialement chargé de surveiller et d'encourager l'instruction primaire... Sont membres des comités d'arrondissement : le maire du chef-lieu... le juge de paix... le curé... un ministre des autres cultes reconnus... un proviseur, principal de collège, etc., désigné par le ministre... un instituteur primaire désigné par le ministre... trois membres du conseil d'arrondissement... les membres du conseil général... Le préfet préside de droit tous les comités du département, et le sous-préfet tous ceux de l'arrondissement... » — « Le comité d'arrondissement inspecte et, au besoin, fait inspecter par des délégués pris parmi ses membres ou hors de son sein, toutes les écoles primaires de son ressort... Il envoie, chaque année, au préfet et au ministre de l'instruction publique, l'état de situation de toutes les écoles primaires du ressort. 11 donne son avis sur les secours et les encouragements à accorder à l'instruction primaire. Il provoque les réformes et les améliorations nécessaires. Il nomme les instituteurs communaux sur la présentation du conseil municipal, procède à leur installation, et reçoit leur serment... — En cas de négligence habituelle ou de faute grave de l'instituteur communal, le comité d'arrondissement, ou d'office, ou sur la plainte adressée par le comité communal, mande Tinstituteur inculpé ; après l'avoir entendu ou dûment appelé, il le réprimande ou le suspend pour un mois, avec ou sans privation de traitement, ou même le révoque de ses fonctions... » (Ibid., art. 18, 22 et 23.)
Jusqu'alors les divers comités n'avaient eu à exercer sur les écoles qu'une sorte de tutelle assez mal définie et peu efficace. On voit que tout autre était la mission confiée aux nouveaux comités d'arrondissement. Investies d'une autorité effective et fort étendue, ces assemblées ont eu, on peut le dire, entre les mains le sort des écoles et de ceux qui les dirigeaient. La plupart, au dire de personnes qui ont pu apprécier leur esprit et leur fonctionnement, ont fait preuve de zèle et de dévouement à la grande cause de l'instruction populaire. Voici du reste en quels termes M. de Salvandy parlait, en 1837, de l'action exercée par les comités locaux et par les comités d'arrondissement :
« Institués par l'article 17 de la loi pour la surveillance journalière des écoles, les comités lo:aux
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sont en position de recueillir à chaque instant tous les laits qui peuvent en faire apprécier la direction. Pour des causes très diverses, les membres de ces comités négligent d'exercer leurs attributions ; et c'est avec un véritable regret que j'ai constaté ce défaut de zèle. Dans 51 départements, les comités locaux se sont montrés tout à fait indifférents ou même hostiles à l'instruction populaire. Dans 32 départements, on en trouve un certain nombre qui se réunissent quelquefois, et le plus souvent lorsqu'il s'agit de la présentation d'un candidat aux fonctions d'instituteur communal. Dans 3 départements seulements, ces comités ont été réellement favorables aux développements de l'instruction primaire, et ont déployé un véritable zèle. Mais on ne trouve que dans un petit nombre de communes le tableau sur lequel les comités locaux doivent dresser la liste des enfants qui ne reçoivent l'instruction primaire ni à domicile ni dans les écoles privées ou publiques. Il est d'autant plus fâcheux que cette disposition de la loi reste inexécutée, qu'à défaut de moyens coercitifs à l'égard des parents qui s'obstinent à priver leurs enfants d'instruction, la loi avait voulu que, par une note improbative, on les forçât à sortir de leur déplorable apathie. Espérons qu'il suffira de signaler cette nullité d'action, pour déterminer une foule d'hommes honorables à ne plus se dessaisir ainsi d'une influence dont ils devraient se montrer jaloux. Les efforts qu'ils feraient dans leurs résidences respectives ne manqueraient pas de produire un bien général dont ils trouveraient la récompense dans leur conscience et dans la reconnaissance pu blique.
» Les comités d'arrondissement, destinés à assurer le patronage de la classe aisée aux écoles dans lesquelles il y a place pour tous les indigents, ont mieux répondu à ce que l'on devait attendre de leurs lumières. Dans 38 départements, ils ont prouvé, par leur sollicitude constante, que la société ne leur a pas vainement délégué une partie de ses droits ; dans 7 départements ils ont été peu actifs ou indifférents, et dans 41 ils se sont montrés sévères pour la répression des fautes, empressés pour la distribution des récompenses, ardents pour la propagation des bonnes méthodes et généreux envers les écoles. Si quelque reproche pouvait être adressé à quelques-uns de ces comités, ce serait de ne pas avoir toujours assez subordonné leurs vues particulières aux dispositions des lois et des règlements administratifs. Ces légers écarts sont excusables dans des hommes qui sont d'ailleurs animés des plus louables intentions. Je dois ajouter que dans le petit nombre d'occasions où le chef de l'Université s'est cru obligé de leur adresser des observations sur des actes ou des dispositions dont il était plus en position de reconnaître la portée, il n'a trouvé nulle part Une résistance systématique et passionnée, mais bien des convictions sincères qui ont constamment cédé à une connaissance plus approfondie des questions. » {Rapport au roi par le ministre secrétaire. d'Etat au département de l'Instruction publique en ls'37, pages 20 et 21).
Malgré les services qu'ils rendaient, les comités d'arrondissement n'ont pu trouver grâce devant les législateurs de 1850. Pendant que les projets présentés en 1847 et 1848 les maintenaient à peu près tels quels, la loi de 1850 ne les nomma même pas ; elle transféra leurs diverses attributions aux conseils académiques, aux recteurs départementaux, aux inspecteurs primaires, en môme temps qu'elle remplaçait à peu près les comités locaux par les délégations cantonales ou communales : on crut alors avoir besoin de centraliser davantage le service de l'instruction primaire, et de placer notamment le personnel enseignant sous l'autorité
d'un seul fonctionnaire qui devint bientôt le préfet lui-môme. Les instituteurs ont cru longtemps avoir perdu en dignité et en sécurité à cette mesure. Plus d'un abus semble avoir justifié leurs craintes, et peut-être, de ce chef au moins, y aurait-il lieu de revenir en quelque manière à l'ancien ordre de choses (V. Nomination des instituteurs). [E. Brouard.]
Pour les pays étrangers, nous avons donné, à l'article Autorités scolaires, les renseignements relatifs aux divers comités qui y remplissent, dans l'organisation scolaire, des fonctions d'administration ou de surveillance (V. aussi Commissions d'éducation).
COMMERCE. — Toute profession commerciale ou industrielle est absolument interdite aux instituteurs communaux (L. 1850, art. 32).
Cette prescription si sage, à laquelle les instituteurs ne sauraient se soustraire sans encourir de graves peines disciplinaires, est fort ancienne. Nous l'avons trouvée inscrite, dès 1698, dans un règlement des gouvernances d'Ypres et du Tournaisis : « Il est rigoureusement défendu à tout maître d'école de faire négoce, d'exercer de métier autre que l'agriculture et l'horticulture, comme ci-devant. » Le Synode de Boulogne-sur- Mer, en 1744, leur interdisait « de tenir eux-mêmes cabaret, de vendre de l'eau-de-vie ou autres liqueurs, de faire aucun trafic nuisant à leur état. » Quelques contrats passés entre des communes et des clercs portaient aussi cette défense avant 1789.
[E. de Resbecq.]
COMMERCE (Écoles de). — La création des écoles de commerce remonte plus haut qu'on ne semble le croire généralement. La partie la plus élémentaire et la plus pratique de l'enseignement qu'on y donne, comprenant les premières notions de comptabilité, a dû entrer depuis longtemps dans le plan d'études de bien des écoles primaires de villes, et il en reste encore de nombreuses traces aujourd'hui. Ce sont, croyons-nous, des maîtres d'écriture qui auront été les premiers professeurs en ce genre. Mais, à mesure que le commerce a pris plus d'extension, et que l'instruction technique générale s'est plus répandue, on a senti la nécessité d'ouvrir des établissements spéciaux, à programmes plus larges, où les jeunes gens acquerraient des connaissances plus sûres et plus variées que celles qu'on peut puiser dans un apprentissage toujours long et incomplet.
C'est en 1730 que fut inaugurée à Berlin, par Jules Hocker, la première école sérieuse de commerce. Celle de Hambourg fut ouverte par Bùsch et Wurmb en 1768. Déjà, en 1751, Bûsch avait organisé celle de Vienne en Autriche, où il avait été appelé dans ce but par Marie-Thérèse. Le célèbre ministre de Portugal, Pombal, en avait créé une à Lisbonne en 1775. Sous le nom à' Académie préparatoire au commerce, Jean Kœchlin et Thierry avaient fondé à Mulhouse, en 1781, une école qui fut fermée en 1788. L'école supérieure de Paris remonte à 1820, et celle d'Anvers à 1847. Enfin celle de Leipzig doit son origine à un Strasbourgeois, M. Schiebe, qui la fonda avec le concours de la chambre de commerce. Elle date de
Parmi les écoles de commerce, la plupart ont pour but unique de former de simples commis ordinaires, à qui une instruction moyenne peut suffire. Aussi se recrutent-elles d'enfants qu'on garde habituellement jusqu'à l'âge de quinze à seize ans. De pareils établissements, dont l'école de l'avenue Trudaine, à Paris, offre l'un des meilleurs types, répondent à un besoin incontestable. Mais il en est d'autres qui, sous le nom d'écoles supérieures, ont un programme plus étendu, à l'usage des jeunes sens qui aspirent à devenir patrons ou employés de premier ordre dans quelque grande mai-
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son. Depuis que la facilité des communications et la tendance à rabaissement dos tarifs douaniers ont considérablement accru les transactions et rendu la concurrence plus redoutable, la France a vu se multiplier les écoles de cet ordre : elle en possède actuellement, outre celle de Paris, qui date déjà d'un demi-siècle, dans plusieurs autres villes : Lyon, Bordeaux, Marseille, Rouen, le Havre, Lillo.
Il n'est pas de pays d'Furope qui n'ait aujourd'bui des écoles de commerce, soit du degré moyen, soit du degré supérieur. L'Allemagne, à cet égard, tient le premier rang : elle possédait, en 1871, 38 académies et 74 écoles spéciales de commerce, en tout 112 établissements, recevant annuellement 9 à 10 000 jeunes gens ; les plus connus sont ceux de Berlin, Francfort, Leipzig, Hambourg, Dresde, Dantzig, Munich et Nuremberg. L'Autriche-Hongrie a des écoles supérieures de commerce à Vienne, Trieste, Prague, Gratz et Buda- Pest, et un grand nombre d'un degré inférieur. Nous avons déjà mentionné, pour la Belgique, l'école d'Anvers ; nommons encore, dans les autres Etats, celles d'Amsterdam, de Copenhague, de Varsovie, d'Odessa, de Venise, de Madrid, de Lisbonne. En Angleterre, les nombreuses écoles où se donne l'enseignement commercial sont des institutions privées.
Les Etats-Unis possèdent, sous le nom de Business Collèges, des établissements analogues aux écoles de commerce de l'Europe ; ils en diffèrent en ce qu'ils sont tous, comme en Angletere, des institutions privées, et que leur enseignement a une tendance plus exclusivement pratique. En 1S76, le rapport du Bureau d'éducation de Washington en mentionnait 137, avec 5y9 professeurs et 25234 élèves.
Nous allons passer en revue les principales écoles de commence de la France, en en indiquant l'organisation, le programme, ainsi que les résultats obtenus. [Achille Penot.]
Ecole supérieure de commerce de paris. — L'école supérieure de commerce de Paris a été fondée en 1820 par Casimir Périer, Ternaux, Chaptal, Jacques Laffitte, etc. Peu d'années après et jusqu'en 1854, l'école a été dirigée et gérée par Ad. Blanqui, menïbre de l'Institut. Gervais de Caen fut le successeur de Blanqui, jusqu'en 1869, époque à laquelle la Chambre de commerce prit possession de cette institution.
L'école supérieure de commerce a été le premier établissement créé exclusivement pour les études commerciales supérieures. Elle est destinée à former des négociants, des banquiers, des administrateurs, des directeurs, des employés d'établissements commerciaux et industriels. Son enseignement convient donc spécialement aux jeunes gens âui veulent suivre la carrière du commerce, e l'administration, des finances, des consulats. Le grand nombre des étrangers qui y affluent constamment en a fait l'école la plus favorable à l'étude pratique des langues vivantes.
L'école admet des élèves internes et des élèves demi-pensionnaires.
L'Etat entretient à l'école supérieure de commerce douze élèves boursiers, lesquels se renouvellent chaque année par moitié à la suite d'un concours dont la direction appartient à M. le ministre de l'agriculture et du commerce.
L'enseignement comprend :
1er Comptoir. Section élémentaire. — Langue française, arithmétique, géométrie, comptabilité élémentaire, géographie, histoire de France, langue anglaise, langue allemande, calligrapbie.
1er Comptoir. lre Section. — Mêmes branches, plus histoire générale, chimie, physique, histoire naturelle.
2e Comptoir. — Continuation des études précélro Partie.
dentés : plus, correspondance commerciale, littérature française, comptabilité théorique, géographie commerciale, histoire du commerce, droit commercial, chimie industrielle, physique appliquée, étude des matières premières, dessin linéaire, sténographie.
:}*-' Comptai'-. — Chimie analytique appliquée à l'étude des marchandises et à la recherche des falsifications, applications multipliées de la comptabilité au commerce et à la banque, changes et arbitrages, éléments de mécanique appliquée, et technologie.
Chaque jeudi, les élèves du troisième comptoir visitent, sous la direction du professeur de technologie, les principales usines de Paris et de ses environs ; ils rédigent des comptes-rendus détaillés de ces visites.
Les élèves du troisième comptoir sont admis à prendre pari à un voyage qui se fait chaque année sous la conduite du directeur de l'école, et durant lequel sont visités les établissements industriels de Chauny et Saint-Gobain, Saint-Quentin, Maubeuge, Charleroi (Belgique), Mons (Belgique\ Boubaix, Tourcoing et Lille. Ce voyage, auquel sont réservées trois semaines environ du mois d'avril, se fait aux frais des familles : la dépense totale est évaluée à 160 francs.
Les élèves du troisième comptoir qui ont terminé leurs études et subi d'une manière satisfaisante les examens de sortie, reçoivent un diplôme de capacité signé par le ministre de l'agriculture et du commerce.
Une commission prise dans le sein de la Chambre de commerce est chargée de surveiller et de contrôler tous les actes de la direction.
Un conseil de perfectionnement, dont la présidence d'honneur appartient au ministre de l'agriculture et du commerce, exerce son action sur le fonctionnement de l'école par ses avis et par l'organisation annuelle des examens de sortie.
Ecole commerciale, 23, avenue trudalne. — Cette école, fondée en 1863 par la Chambre de commerce de Paris, s'applique exclusivement à la préparation des jeunes gens au commerce. Son enseignement correspond, comme niveau d'études, aux degrés primaire et secondaire.
L'école commerciale ne reçoit que des élèves externes. Le taux de la rétribution est fixé à 20 francs par mois.
L'enseignement de l'école commerciale comprend quatre années d'études, dont trois années d'études normales et une année d'études supérieures.
Le programme comprend : instruction morale et religieuse, langue française, mathématiques, comptabilité, littérature, histoire, géographie, droit commercial, économie politique, calligraphie, dessin, conférences littéraires, conférences scientifiques, langues anglaise, allemande, espagnole, italienne.
Des classes préparatoires créées depuis deux années permettent de recevoir les jeunes enfants, qui sont ainsi habitués de bonne heure à ce travail spécial qui doit faire d'eux de bons employée ou des patrons capablesdebiendirigerleurmaison.
Les classes ont lieu le matin de 8 heures à midi, et l'après-midi de 1 heure 1/2 à 5 heures.
Le succès de l'institution, sous l'habile impulsion donnée aux études depuis quelques années, a dépassé toutes les espérances des fondateurs. Le but poursuivi par la Chambre de commerce est atteint complètement. L'école est devenue une pépinière d'employés intelligents et instruits, parmi lesquels le commerce, l'industrie, les banques, les sociétés de crédit recrutent de précieux auxiliaires.
A la fin de chaq,ue année scolaire, des examens ont lieu sous le contrôle de membres de la Chambre de commerce délégués à cet effet par le président de la Chambre.
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La Chambre de commerce délivre à la suite de ces examens des diplômes et des certificats aux élèves qui, dans l'année d'études supérieures (4e année), ont fait preuve de connaissances réelles.
Le ministère de l'agriculture et du commerce, et diverses associations ou grands établissements financiers, entretiennent des boursiers à l'école commerciale. Citons entre autres : la Chambre de ■commerce de Paris (œuvre des études ouvrières), la Caisse des écoles du neuvième arrondissement, la Banque de France, le Crédit industriel et commercial, la Société pour favoriser le développement du commerce et de l'industrie, la Société parisienne du gaz, le Crédit foncier, la Société des dépôts et comptes courants, la Compagnie des omnibus, les Compagnies des chemins de fer de l'Est, d'Orléans, -du Nord.
Plusieurs membres de la Chambre de commerce •et plusieurs notabilités du commerce et de la finance entretiennent aussi des boursiers.
Ecole centrale des hautes études commerciales. — Cette école, dont la fondation préoccupe depuis longtemps la Chambre de commerce de Paris, n'est pas encore érigée sur le terrain qui a été acquis entre le boulevard Malesherbes et la rue de Toc- -queville.
Dans la pensée de la Chambre, cette institution ■devra être en rapport avec les besoins de l'époque, avec le changement des mœurs industrielles et commerciales qui exigent d'un négociant une préparation très étendue, pour qu'il ait à la fois le sens pratique qui assure le succès des efforts, et le sentiment du rôle qui appartient au commerce dans la civilisation.
Cet établissement comblera une lacune que l'expérience de chaque jour permet de constater. La Chambre de commerce de Paris a la conviction qu'elle rendra service aux jeunes gens qui, ne possédant pas les notions spéciales nécessaires pour compléter leur instruction, désirent cependant mettre à profit leurs aptitudes commerciales et en tirer parti ; elle espère aussi pouvoir répondre à un besoin de plus en plus sensible de l'administration publique, en préparant des jeunes gens capables de représenter dignement la France dans les consulats.
Ecole de commerce de lyon. — Les événements de 1870- 1 «s71, qui amenèrent la séparation de l'Alsace et de la Lorraine d'avec la France, décidèrent le transfèroment à Lyon de la célèbre école de Mulhouse.
Fondée en 1866 par l'initiative des frères Siegfried, négociants établis au Havre, qui envoyèrent 100 00(> francs à la Société industrielle de Mulhouse, leur ville natale, cette école n'avait pas tardé à acquérir une grande réputation, même à l'étranger, car le gouvernement italien ouvrit à Venise, en 1869, un établissement sur le même modèle.
Les organisateurs avaient fait soigneusement visiter les établissements existants à l'étranger ; il fut décidé qu'on s'inspirerait des principes généraux qu'on avait vu appliquer, mais qu'on établirait à Mulhouse un enseignement plus élevé, plus pratique, et en même temps plus circonscrit que celui généralement donné jusque-là.
Les quatre premières années furent très prospères, mais lorsqu'il fallut, à partir de 1870, fonctionner sous le régime de l'occupation prussienne, le nombre des élèves se trouva considérablement réduit, et, au moment de la séparation cruelle de l'Alsace, le directeur et la plupart d^s professeurs rentrèrent en France.
Toutefois, les efforts tentés à Mulhouse ne furent pas perdus pour notre pays. Plusieurs grandes villes, Lyon, Marseille, Bordeaux. Rouen, le Havre, Lille, s'empressèrent alors d:étàblir des écoles du même type et d'y recueillir les épaves de celle de Mulhouse. De toutes parts on vint s'adresser à
l'habile directeur, lui demandant des plans, des conseils et même des professeurs. On comprenait l'utilité de posséder dans chacun des nouveaux établissements au moins un maître qui apporterait des méthodes et des programmes déjà éprouvés.
Les membres du haut commerce lyonnais comprirent bien vite quels services rendrait à Lyon une école comme celle de Mulhouse. Une société anonyme au capital de 1,120,000 francs se forma, et en 1872. le directeur, suivi de quatre maîtres et d'une division entière d'élèves, s'installait dans l'ancien hôtel de la Monnaie, rue de la Charité.
Le tissage de la soie étant l'industrie principale de Lyon, il était important de familiariser les élèves avec les détails de la fabrication. On construisit alors trois grands ateliers où fonctionnent quatre métiers à bras ou mécaniques ; ceux-ci sont mis en mouvement par un moteur à gaz qui commande également cinq machines préparatoires pour le dévidage, le cannetage, etc.
Un professeur est chargé de la partie théorique de l'enseignement, et un contre-maître dirige le travail manuel dans chaque atelier.
L'école achète ses matières premières. Elle travaille donc industriellement, et produit à peu près tous les genres d'étoffes qu'on obtient à Lyon et dans son rayon.
La Chambre de commerce de Lyon contribua pour 50,0(10 francs à la construction des ateliers de tissage, et le ministre de l'agriculture et du commerce envoya deux subventions de 10,000 francs chacune pour couvrir les frais d'installation.
L'école est divisée en section commerciale et en section de tissage. La durée de l'enseignement commercial est de deux ans ; la durée de l'enseignement du tissage est d'une année.
L'établissement reçoit des élèves externes et des élèves internes.
Les frais d'études sont de 500 francs par an dans l'école préparatoire, de 600 francs pour les divisions de première et de deuxième année, et de 1/200 francs pour la section de tissage.
Le prix de l'internat est de 2,100 francs par année scolaire pour le cours préparatoire ; de 2,200 pour la première et la deuxième année commerciales, de 2,800 francs pour la section du tissage.
L'Etat a doté l'école de quatre bourses ; le conseil municipal de Lyon en a créé cinq, la Chambre de commerce quatre et demi, le Cercle des teinturiers une; une autre a été fondée par M. le président de la Chambre de commerce.
Le programme comprend les branches suivantes :
Ecole préparatoire . — Français, anglais, allemand, italien, espagnol, mathématiques, géographie générale, sciences naturelles pour servir à l'étude des marchandises.
lre année. — Langues vivantes/bureau commercial, géographie commerciale, étude des marchandises, législation commerciale, calligraphie.
2e armée. — Mêmes branches, moins la calligraphie, plus l'économie politique et les devoirs du négociant.
Nous remarquons, dans ce programme très complet, un cours spécial sur les devoirs du négociant. Indépendamment de ceux qui incombent à tout homme, il y a en effet des devoirs qui sont purement professionnels, et le commerçant a les siens dans les diverses positions qu'il peut occuper successivement, comme simple commis au début, puis comme employé plus ou moins élevé ou intéressé, comme chef de service, comme patron, associé ou commanditaire. Il en a envers ses chefs, envers ses collègues, envers ses inférieurs, ses associés, ses créanciers et ses débiteurs, sa famille, son pays. C'est le développement de ce programme qui constitue l'ensemble des leçons de ce cours,
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qui devrait se trouver dans tous les programmes des écoles de commerce.
Enfin un musée de 2 000 échantillons permet do faire passer successivement tous les produits commerçables sous les yeux des élèves.
"^eux-ci sont soumis à la fin de chaque année -scolaire à un examen général sur les matières enseignées dans leur division respective.
Des diplômes sont conférés aux élèves de seconde année qui s'en montrent dignes par les connaissances dont ils font preuve.
L'école assure, à titre de récompense, un voyage gratuit à celui de ses élèves diplômés qui se sera le plus distingué par son savoir et par sa conduite, et qui prendra rengagement d'adresser au directeur un rapport sur les observations qu'il aura recueillies.
Ecole supérieure de commerce et d'industrie de Bordeaux. — Cette école, fondée avec le patronage et le concours du Conseil général du département de la Gironde, de la ville de Bordeaux, de la Chambre de commerce de Bordeaux, et de la Société philomatique, comprend deux enseignements distincts :
1° Un enseignement commercial ;
1° Un enseignement industriel.
L'enseignement commercial a pour but de former des jeunes gens qui, dès leur sortie de l'école, seront de bons commis, et posséderont une instruction spéciale assez complète pour diriger plus tardées plus importantes maisons.
L'enseignement industriel a pour but de former des élèves qui ne tarderont pas h devenir d'habiles ouvriers et de bons contre-rnaîtres, et qui, possédant une instruction scientifique suffisante, pourront devenir chefs d'industrie.
L'école ne reçoit que des élèves externes. La durée des études est de deux années. A la fin de la deuxième année d'études ont lieu des examens généraux de sortie, portant sur la totalité des madères enseignées durant les deux années d'études.
Des diplômes sont délivrés aux élèves qui ont satisfait à ces examens d"une manière complète.
Le prix de l'enseignement est de '2i)0 francs par an.
La Chambre de commerce de Bordeaux accorde une bourse de voyage à chacun des deux élèves sortis avec les deux premiers numéros pour leur faire effectuer un voyage d'instruction à l'étranger. Ces bourses sont de i ,500 francs pour les voyages d'Europe, et de 2,500 francs pour les voyages hors de l'Europe.
Le programme de chacune des divisions est le suivant :
Division commerciale. — Langues française, anglaise, allemande, espagnole ; calligraphie ; bureau commercial ; géographie industrielle ; droit commercial, industriel, maritime; armements; économie politique ; histoire du commerce; statistique ; arithmétique et calcul mental ; physique et chimie, manipulations.
Division industrielle. — Langues française, anglaise, allemande, espagnole ; comptabilité ; géographie industrielle et commerciale ; droit commercial, navires ; économie politique ; mathématiques élémentaires ; géographie descriptive ; coupe des pierres, bois et fer ; physique ; analyse géométrique ; chimie générale ; physique et chimie industrielles; architecture et travaux publics; construction de machines ; mines et chemins a^ fer ; manipulations de physique et de chimie ; tnr.dil du bois ; travail du fer et des métaux.
L'enseignement comprend, en outre, des travaux pratiques dans les bureaux pour la division commerciale, et dans les ateliers pour la division industrielle : excursions, visites aux principaux établissements commerciaux et industriels, etc., etc. Des cabinets de physique et de chimie, un musée
de matières premières et produits fabriqués, un musée naval et une bibliothèque sont a la disposition des différents cours. L'atelier comprend deux forges avec leurs accessoires, ainsi que l'outillage nécessaire pour le travail du bois et des métaux, atours à fileter et à engrenages, étau limeur, machines à percer, tour à bois, scie circulaire, meule d'affûtage, etc.). Une machine à vapeur de la force de G chevaux fait mouvoir les arbres de transmission. L'école renferme enfin un vaste bassin alimenté par les eaux de la ville, dans lequel fonctionnent sous diverses chutes les moteurs hydrauliques des différents types.
L'enseignement technique est donné par des ouvriers spéciaux : un ancien contre-maître pour l'entretien du matériel à la manufacture de Châtellerault, un ouvrier modeleur, un ancien élève en pharmacie, un conducteur des ponts et chaussées, un ancien mécanicien de la marine de l'État, un ingénieur architecte, ancien élève de l'École centrale, etc.
École supékieure de commerce de Marseille. — L'école supérieure de commerce de Marseille a pour but de former des employés, des négociants, des administrateurs, capables, non seulement de bien diriger notre commerce intérieur, mais encore de développer les relations commerciales de la France avec les pays étrangers.
Aucun élève n'est admis s'il n'a au moins 14 ans révolus.
La durée totale des études est de trois ans. Les études de première année préparent les élèves nationaux et étrangers à suivre d'une manière profitable les cours techniques de deuxième et de troisième année.
L'enseignement comprend :
Année p< éparatoire ou première année. — Calligraphie ; français ; arithmétique générale ; sciences mathématiques et naturelles limitées à leurs applications commerciales ; chimie et physique ; cosmographie ; géographie générale ; tenue des livres ; anglais (obligatoire).
Enseignement technique. — Français ; bureau commercial ; étude spéciale des marchandises géographie commerciale des cinq parties du monde ; législation et économie ; armements maritimes; conférences en français ; écriture ; anglais (obligatoire) ; langues facultatives : arabe, grec moderne, allemand, italien, espagnol.
L'école est un externat. Mais pour obliger les familles qui n'habitent pas Marseille, l'administration se charge de placer les élèves dans des internats choisis par elle, et dans lesquels les jeunes gens sont aussi sérieusement surveillés que s'ils étaient internes à l'école même.
Le prix des cours est de 400 francs la première année; 600 la deuxième ; S00 la troisième année.
Des examens de fin d'année sont passes devant une commission composée du directeur, des professeurs de l'école, des membres du conseil de perfectionnement des études et du conseil d'administration.
Des diplômes de capacité et des certificats d'études sont accordés aux élèves sortant à la fin de la troisième année, d'après l'ensemble des notes obtenues et le résultat do l'examen général.
L'école supérieure de commerce de Marseille admet en première, deuxième et troisième année des élèves auditeur*. L'élève auditeur est autorisé à suivre tous les cours. Il ne subit ni examen d'admission ni examen de classement, et ne peut obtenir aucun titre à la fin de ses études.
La rétribution annuelle à payer par les auditeurs est la même que celle exigée des élèves réguliers.
Ecole supérieure de commerce du havre. —