CONDUITE
gré, les écoles secondaires le deuxième. Les écoles du troisième degré (au nombre de cent dix porteront le nom d'instituts ; celles du quatrième degré ,'au nombre de neuf pour toute la France) le nom de li/cées. Enfin une société nationale, chargée de la direction de l'enseignement, et s'occupant du progrès des sciences et des arts, formera le cinquième et dernier degré d'instruction.
Condorcet multiplie les écoles de campagne; il leur trace un programme assez net, où nous remarquons entre autres innovations louables l'étude de la physique élémentaire. En répandant les notions scientifiques chez les paysans, il voulait combattre la crédulité du peuple et le mettre en garde contre le charlatanisme et les fabricateurs de miracles.
Dans l'organisation de l'enseignement secondaire, le trait le plus saillant du projet de Condorcet était la subordination des lettres aux sciences. « Nous avons cédé à l'impulsion générale des esprits qui en Europe semblent se porter vers les sciences avec une ardeur croissante. » Par une réaction inévitable contre l'éducation des jésuites et de l'ancienne université, les mathématiques et la physique prennent le pas sur les langues mortes. Le latin passe au second plan. Voici les raisons qui d'après Condorcet justifient ce changement. Nous voulons, dit-il, former la raison, le jugement, apprendre aux jeunes gens la vérité, faire des hommes modernes, adapter les intelligences aux nécessités du temps présent. Or les livres des anciens sont remplis d'erreurs : les mœurs, les coutumes, les opinions dont ils nous entretiennent sans cesseront tout à fait différentes des nôtres : il y a donc danger à les étudier de trop près. La conclusion logique de ces observations serait, ce nous semble, la suppression totale des études grecques et latines. Condorcet lui-môme ne va pas si loin ; il conserve l'enseignement du latin, en le réduisant à ce qu'il y a d'essentiel pour l'intelligence des textes, arrivant ainsi à une conclusion plus modérée que ne le faisaient prévoir ses prémisses.
Condorcet a fait de louables efforts pour faire attribuer aux sciences dans l'éducation le crédit qu'elles méritent. Seulement l'éloge des sciences tourne un peu avec lui à la critique des lettres. « Que cent hommes médiocres fassent des vers, cultivent la littérature et les langues, il n'en résulte rien pour personne, mais que vingt s'amusent d'expériences et d'observations , ils ajouteront probablement quelque chose à la masse des connaissances, et le mérite d'une utilité réelle honorera leurs sages plaisirs. » Il est permis de penser que Condorcet ne rend pas pleine justice aux lettres : mais d'autre part on ne peut s'empêcher d'admirer le profond sentiment qui l'anime, quand il parle des joies de la science, quand il montre l'influence qu'elle exerce sur la vn pour l'apaiser et la calmer. « On ne sait pas assez avec quelle force et quelle douceur une occupation chérie rappelle ceux que le soin des affaires publiques a forcés de l'abandonner, combien alors ce reste d'ambition qu'il est peut-être impossible d'arracher d'une âme humaine est facile et prompt à rassasier. »
Sans insister sur les autres détails du système, remarquons encore que l'enseignement des lycées, écoles de hautes études pour les savants et les lettrés, promettait d'être très complet : les langues orientales y figuraient. Condorcet voulait qu'on y attirât les étrangers : l'esprit de propagande est un des caractères de la Révolution française. Notons que ces établissements devaient être semés sur la surface du royaume, et non, comme le voulait Talleyrand, concentrés à Paris. Condorcet a vivement relevé ce qu'il y avait d'excessif et de funeste, en fait de centralisation, dans un projet
qui ne donnait pas aux hommes de bonne volonté les moyens de devenir savants en province.
Quelques grains de chimère se mêlent, dans le travail de Condorcet, aux conceptions généreuses, aux vues larges et excellentes. Il est partisan do la gratuité absolue de l'instruction à tous les degrés. Il fait du personnel des professeurs un corps tout à fait indépendant de l'autorité centrale, dégagé de tout contrôle, une sorte d'État dans l'État. Malgré ses défauts, l'œuvre du rapporteur de l'Assemblée législative mérite toute notre admiration. Condorcet y a résumé de longues recherches, non pas en homme d'imagination qui profite du hasard des circonstances pour s'improviser pédagogue, mais avec l'autorité d'un penseur compétent qui se sentait depuis longtemps appelé à ce rôle par ses réflexions et ses études. Il y apportait de plus l'ardeur de son cœur enthousiaste et la gravité convaincue d'un homme qui a poussé plus loin que personne la religion du progrès et la passion du bien public. |G. Compayré.]
CONDUCTRICES DE L'ENFANCE. — Sous ce nom, le vénérable Oberlin *, pasteur du Ban de la Roche (Vosges\ avait formé des institutrices chargées de prendre soin des plus jeunes enfants de sa paroisse. Il loua et fit approprier, dans chacun des villages du Ban de la Roche, une chambre spacieuse : là on réunissait les enfants sous une surveillance douce et maternelle ; les petits jouaient, les plus grands apprenaient à s'occuper à quelque travail utile ; le chant, le dessin, la géographie, l'histoire des plantes, les instructions religieuses et morales s'ajoutaient aux travaux usuels ; des promenades dans la campagne servaient de récréation. Parmi les femmes déveuées qui secondèrent Oberlin dans cette œuvre, il faut citer en première ligne M0" Oberlin elle-même ; puis Sara Banzet.quelamortenlevaàvingt-neufans, et Louise Scheppler*, dont la longue carrière d'abnégation et de travail futrécompensée en 1829 par l'Académie française, qui lui décerna le prix Monthyon.
Avec des ressources minimes, soutenu seulement par son infatigable charité, par son zèle ardent pour le bien, et par la collaboration modeste des femmes d'élite qui l'entouraient, Oberlin était arrivé à réaliser au Ban de la Roche, dès les dernières années du siècle passé, ce que fit plus tard à Paris le fondateur des salles d'asile, Cochin, et ce que tenta de créer en Allemagne Frœbcl, le père des jardins d'enfant. Aussi le nom des Conductrices de l'enfance mérite-t-il un pieux souvenir à côté de celui des grands pédagogues et des bienfaiteurs illustres de l'humanité.
CONDUITE, — Pour ce qui concerne l'éducation morale do l'enfant. V. les mots Caractère. Volonté, et les divers articles de ce Dictionnaire consacrés à des questions de morale, tels que Devoir, Egohme, Honneur, etc.
lJour ce qui concerne ia surveillance de la conduite des élevés, V. l'article Discipline et les mots . auxquels il renvoie.
Un article du règlement-modèle porte la recommandation suivante, qui a servi de base aux différents systèmes en usage pour apprécier la conduite des élèves soit par des notes numériques de 1 à 10), soit par des très bien, bieny assez bien, passa le, etc. :
« L'instituteur tient, un registre de notes sur lequel sont consignés, chaque semaine, le relevé des notes relatives à la conduite, à l'application de l'élève, ainsi que les places qu'il aura obtenues dans les compositions hebdomadaires. Il y sera fait mention des récompenses et des punitions qu'il aura obtenues» (Règ. mod.du 17 août 1851. art. 311.
CONDUITE DE L LWlITl TECK. — Le règlemcnt-modèlc de I8>i énumère dans les termes suivants les prescriptions relatives à la conduite de l'instituteur :
CONFÉRENCES
CONFÉRENCES
« Art. 1er. — Le principal devoir de l'instituteur est de donner aux enfants une éducation religieuse, et de graver profondément dans leurs âmes le sentiment do leurs devoirs envers Dieu, envers leurs patents, envers les autres hommes et envers euxmêmes.
» Art. 2. — Il doit instruire par ses exemples comme par ses leçons. Il ne se bornera donc pas à recommander et a faire accomplir les devoirs que la religion prescrit, il ne manquera pas de les accomplir lui-môme.
» Art. 3. — On ne le verra jamais dans les cabarets, dans les cafés, dans aucun lieu, dans aucune société qui ne conviendrait point à la gravité et à la dignité de ses fonctions.
» Art. 4. — Il se montrera plein de respect et de déférence pour les autorités en général, et, en particulier, pour celles qui sont préposées à la surveillance de l'instruction publique.
» Art. 5. — II veillera, avec une constante sollicitude, sur tout ce qui intéresse l'esprit et le cœur, lis mœurs et la santé des enfants. Il n'aura point de familiarité avec eux ; il s'abstiendra de les tutoyer et ne leur donnera jamais de noms injurieux. Il ne se laissera point aller à la colère et il saura toujours allier le calme et la douceur à la fermeté et à la sévérité. »
, CONFÉRENCES DE SORTIE DANS LES ÉCOLES NORMALES FRIMAIRES. — Une circulaire du 17 mai I8G6 recommande aux directeurs d'école normale de faire, dans le dernier trimestre ne l'année scolaire, pour les élèves qui vont quitter définitivementl'école, des conférences dans lesquelles sent résumées les leçons de pédagogie qui font partie du cours d'études et dans lesquelles les jeunes élèves-maîtres recevront les conseils dont ils ont le plus besoin au moment d'entrer dans la vie publique.
« Il ne suffit pas, en effet, que les jeunes gens élevés dans les écoles normales possèdent bien les matières du programme de l'instruction primaire; il faut encore qu'ils soient initiés aux vrais principes de l'éducation et aux principales méthodes d enseignement; qu'ils connaissent les moyens de diriger et de tenir une école et d'organiser une classe dans les différents cas qui peuvent se présenter, selon l'âge, le nombre et le degré d'instruction des élèves ; qu'ils soient formés à l'étude des caractères; qu'ils sachent comment on procède dans telle ou telle circonstance à l'égard d'élèves capricieux, indociles ou paresseux; qu'ils soient préparés à éviter les difficultés qu'ils peuvent rencontrer dans leurs relations avec les familles ou avec les autorités locales ; en un mot, qu'ils n'ignorent aucun des devoirs qu'ils auront â remplir, comme maîtres et comme citoyens. » Tel doit être l'objet des conférences de sortie, auxquelles il est désirable que le recteur ou l'inspecteur d'académie assiste, afin de donner ses conseils à des jeunes gens qui vont être bientôt livrés à euxmêmes et dont la conduite dépendra on grande partie des derniers conseils qu'ils auront reçus.
[L. Armagnac]
CONFÉREINCES D'INSTITUTEURS. — Le mot conférence veut dire entretien de deux ou plusieurs personnes sur quelque affaire sérieuse.
Les co?i/érences d'instituteurs , dont nous avons plus spécialement à nous occuper, sont des réunions d'instituteurs assemblés pour discuter sur les diverses questions qui se rattachent à leur profession, c'est-à-dire à l'éducation et à l'enseignement de la jeunesse qui leur est confiée.
A sa sortie de l'école normale, l'instituteur a besoin de continuer ses études. S'il était réduit à lui seul, il risquerait fort de les négliger, tandis que dans ces réunions avec des collègues, il a des travaux pédagogiques à faire, il est tenu en haleine, il se met au courant des méthodes d'enseignement