‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 26 sur 547 · ALPHABET · texte numérisé non relu

ALPHABET

«cntielles pour soumettre le nouveau département au régime commun : on licencia, en leur assurant de larges indemnités, les anciens instituteurs (Arr. min. du 25 août 18G0) ; on lit faire par les inspecteurs primaires une sorte de voyage de reconnaissance dans ce pays nouveau, où ils curent à convertir, commune après commune, la plupart des conseils municipaux, que glaçait la perspective d'un accroissement de dépenses. On arriva ainsi, non sans peine, à assurer aux maîtres le minimum de 600 francs. Pour alléger le fardeau imposé aux budgets, on établit une rétribution scolaire, mesure nouvelle pour ce pays ; enfin l'État fit les sacrifices nécessaires pour contribuer aux réparations et aux constructions les plus urgentes. Peu à peu on parvint à soumettre les institutions libres à l'observation de la loi française, à créer des cours d'adultes, des salles d'asile ; enfin une école normale fut installée à Nice dans une villa peutêtre trop élégante, mais avec le temps elle améliora son organisation matérielle et pédagogique. Elle reçut entre autres élèves ceux des écoles stagiaires de Grasse, « institutions bâtardes, où les élèves-maîtres enseignaient avant de savoir, » et qu'on eut raison de supprimer.

Depuis lors, le progrès dans les choses scolaires a suivi une marche sinon rapide, du moins assez régulière.

2. État actuel de l'instruction primaire- — Il ne reste plus qu'une seule commune dépourvue d'école, par suite de l'éparpillement de sa population. Il n'en reste plus que 9 n'offrant aucun moyen d'instruction aux filles, ce qui est un progrès particulièrement notable dans un pays où il y a vingt ans l'idée d'instruire les filles passait pour une chimère, presque pour un danger. Ce qui manque encore, c'est un certain nombre d'écoles de hameau, indispensables ici plus que partout pour qu'il ne reste pas de groupes de population totalement déshérités d'instruction.

Écoles. — En 1875, on comptait 334 écoles publiques, dont 288 laïques et 46 congréganistes. Sur ce nombre, 111, soit le tiers, ont la gratuité absolue. Dans les 223 écoles payantes, les élèves admis gratuitement forment environ la moitié de l'effectif. Au total, 15 000 enfants environ sur 21 000 sont instruits gratuitement, soit les cinq septièmes de la population des écoles publiques. Les 89 écoles libres elles-mêmes, qui n'ont en tout que 4600 élèves, comptent un septième d'élèves gratuits.

Le personnel enseignant se répartit comme suit : 283 instituteurs publics (dont 54 congréganistes), 187 institutrices (dont 70 congréganistes).

Malgré les efforts déjà faits par le conseil général et par l'État, la situation matérielle exige encore des sacrifices. L'inspecteur d'académie signale 89 maisons d'école défectueuses ou insuffisantes, et dans le nombre une trentaine qu'il déclare « véritablement insalubres ».

Salles d'asile. — Le département possède 21 «ailes d'asile, comptant ensemble environ 3000 enfants.

Cours d'adultes. — Un moment très prospères, les cours d'adultes déclinent depuis quelques années (207 cours et 4540 élèves en 1875, au lieu de 21G cours et 5277 élèves en 1869). Ne serait-ce pas, comme le suppose l'inspecteur, « que ces cours par leur programme trop élémentaire ne répondent plus dans les grands centres aux besoins qui les ont fait instituer ? » et ne conviendrait-il pas de les relever par une organisation analogue à celle dont le département de la Seine a pris l'initiative? (V. Adultes.)

liane/ du département d'après la statistique des illettrés. — D'après les comptes rendus du ministère de la guerre, le nombre d'illettrés sur 1000 conscrits était de 363 en 1862, de 376 en 1863, de 383 en 1864, de 384 en 1865, de 372 en 1866, de 3.r>:> ou

1867, de 342 en 1868, de 325 en 1869, de 310 aujourd'hui.

Le nombre des conjoints qui n'ont pu signer leur acte de mariage a été de 316 hommes sur 1000, et 582 femmes sur 1000 de 1860 à 1873.

ALPHABET. — L'alphabet est l'ensemble des signes par lesquels on rend chacun des sons d'une langue, consonne ou voyelle. Le nom d'alphabet dérive du nom des deux premières lettres de l'alphabet grec : alpha, a, bêla, b. 11 est formé exactement comme le mot abécédaire.

La question de l'origine de l'alphabet est lu'-e d'une manière indissoluble à celle de l'écriture. (V. Ecriture ; V. aussi, dans la IIe Partie, Hiéroglyphes, Cunéiformes^ etc.).

il semble que notre alphabet dérive des hiéro» glyphes d'Egypte. Les écritures égyptiennes étaient un mélange de signes d'idées et de signes de sons, de caractères figuratifs, symboliques, syllabiques et alphabétiques. Vassaux de l'Egypte et continuellement en rapport de commerce avec la vallée du Nil, les Phéniciens empruntèrent à leurs voisins non-seulement l'idée de l'alphabétisme, mais encore la forme des lettres de leur alphabet. Leur alphabet paraît avoir rayonné presque simultanément dans toutes les directions. C'est de lui que procèdent tous les alphabets connus jusqu'à présent, ceux des langues sémitiques (hébreu, arabe, syriaque, himyarite, éthiopien), ceux des langues aryennes ou non aryennes de l'Inde, de la péninsule transgangétique et de l'Océanie (dévanagari, pâli, tibétain, malais, etc.), ceux des langues européennes (grec, latin, italiote, celtibérien, runique, etc.). Les légendes de la Grèce primitive ont conservé le souvenir lointain de la migration des lettres. Elles racontent que le Phénicien Kadmos l'Oriental) apporta de son pays le premier alphabet de seize ou dix-huit lettres sidoniennes ou cndméennes, que plusieurs héros fabuleux, Musée, Orphée, Linos, Palamède, auraient perfectionné ou complété au cours des temps. L'alphabet des colonies grecques de Campanie légèrement altéré devint l'alphabet latin, et l'alphabet latin est celui dont se servent aujourd'hui la plupart des peuples européens.

Cet alphabet, créé ou du moins remanié par des nations dont les langues différaient beaucoup par le son de nos langues modernes, ne rend plus aujourd'hui qu'imparfaitement les articulation? qu'il est chargé de figurer aux yeux. De là résulte, pour le français et l'anglais surtout, l'extrême difficulté de la lecture d'abord, de l'orthographe ensuite. En français, par exemple, la valeur phonétique de chaque lettre n'est pas constante (ex. ■ c, g, t, y). Un même signe représente plusieurs sons (par ex. : // dans ville et fille). Mais en revanche un même son est souvent représenté pai plusieurs signes (ex. : o, au, eau, aut, eaux, etc.). Souvent la lettre est muette, et, supprimée par la prononciation, elle ne subsiste plus dans l'écriture que comme un débris inutile d'un autre âge ou d'une autre langue (ex. : h dans huile, o dans paon, ent dans aiment); enfin il y a des sons simples particuliers à notre langue qui ne se figurent qu'à l'aide de deux ou trois lettres (ex. : an, ein, au). *--

On peut se représenter combien ce manque de signes suffisamment nombreux et variés complique l'étude de la prononciation et partant de l'orthographe, si l'on compare par exemple notre alphabotavec celui dusanscrit, qui possédait5voyelles brèves, 5 voyelles longues, 4 diphthongues, 34 consonnes, en tout 48 signes distincts.

Aussi s'est-on beaucoup préoccupé depuis le siècle dernier de la réforme de l'alphabet, intimement liée à la réforme orthographique . Volney a été le premier et le plus célèbre des auteurs qui ont proposé de créer un alphabet universel, commue

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a toutes les langues, au moins pour la très grande majorité des signes qui le composeraient; il avait même fondé un prix pour encourager cet ordre de recherches. Mais on est encore loin d'avoir atteint ou même d'entrevoir le succès de cette entreprise ; la première et la moindre des difficultés qui s'y oppose n'est point encore résolue : les plus grands linguistes ne tombent pas d'accord sur le nombre de sons ou d'articulations simples, élémentaires que comporte notre propre langue; les uns y distinguent 38 ou 40 sons, d'autres 3;>, d'autres 30. On comprend combien les divergences sont plus grandes encore quand il s'agit de faire le compte exact des sons non d'un seul idiome, mais de toutes les langues.

ALPHONSE LE SAGE, roi de Gastille, qui monta sur le trône au milieu du treizième siècle, donna une grande impulsion à la culture des lettres et à l'éducation nationale dans son pays. L'étendue de ses connaissances, qui fit l'étonnement de ses contemporains, lui valut le surnom de Sdbio (mal rendu par le mot sage, et qui serait mieux traduit par celui de savant). Il sut s'affranchir du préjugé pédantesque qui ne permettait alors aux lettrés que l'usage du latin : en adoptant le castillan comme langue de la loi et de la science, Alphonse supprima l'un des principaux obstacles qui s'opposaient à la diffusion de l'instruction dans le corps de la nation. La première université d'Espagne, fondée à Palencia en 1200, puis transférée à Salamanque en 1240, fut dotée et protégée par lui.

Le recueil législatif appelé Libro de las Siete Partidas (livre des sept parties) est presque entièrement son œuvre ; on y trouve des préceptes et des conseils en matière d'éducation : la seconde Puriida, consacrée à ce sujet, renferme d'excellentes maximes, des statuts expliqués et commentés. Il est vrai que l'auteur a spécialement en vue 'éducation des princes , mais ce qu'il dit n'en est pas moins applicable dans un sens général ; il émet, au sujet de l'éducation physique et de la culture morale, des idées qui ne sont pas à dédaigner même de nos jours. L'écrivain royal traite en outre avec détail des études, des maîtres et des élèves, et trace le plan de l'organisation qu'adoptèrent bientôt après la plus grande partie des universités d'Europe.

ALPIN (Club). Nom donné à diverses sociétés de touristes et d'explorateurs des Alpes. — V. Club Alpin et Voyages scolaires.

ALSACE-LORRAINE. — La province qui porte aujourd'hui ce nom a été enlevée à la France après la guerre de 1870-1871, et* réunie à l'Allemagne comme « État immédiat de l'Empire » (Reichsland) par le traité de Francfort du 10 mai 1871.

Elle est formée : 1° de l'ancien département du Cas-Rhin en entier ; — 2° du département du Haut- Rhin, à l'exception de la partie occidentale de l'arrondissement de Belfort; — 3° des cantons de Schirmeck et de Saales détachés du département des Vosges ; — 4° de la plus grande partie des deux arrondissements de Sarrebourg et de Château-Salins ; — 5° du département de la Moselle, à l'exception de l'arrondissement de Briey.

Superficie : 14 096 kilom. carrés (257 milles carrés d'Allemagne). Population : 1 849 459 hab.

Parmi les nombreux établissements d'instruction publique que ces trois départements possédaient longtemps avant 1871, nous n'envisag3rons ici que ceux qui appartiennent à l'instruction primaire, en nous aidant, pour ce qui concerne le Bas-Rhin, de la Description du département par MM. Duval-Jouve et Jost, chap. rv).

1. L'instruction primaire avant 1789. — Première.o écoles primaires. — Il existait déjà dans la seconde moitié du x<> siècle, sous la protection des évoques, des écoles placées près des chapitres et des couvents, c'est-à-dire dans les centres de po-

pulation les plus importants. Au xnc et au xme siècle, les congrégations de femmes, connues sous le nom de Maisons de Béguines (Deginnenhuuser ,,sr vouaient à l'éducation des enfants et au soin des malades (il y en avait trente à Strasbourg).

Plus tard, notamment au xve siècle, on vit s'ouvrir, en dehors des couvents, un certain nombre d'écoles que les anciens textes désignent sous le nom de Lerehùser (maisons d'enseignement), où les enfants paraissent même avoir été séparés suivant les sexes, car les documents de l'époque parlent de maîtres {Leremeister) et de maîtresses {Lerefrauen).

A la Réformation, les écoles se fermèrent momentanément avec les couvents. Mais elles ne tardèrent pas à se rouvrir, à la suite de la fameuse lettre de Luther* aux bourgmestres (1524).

Le clergé catholique de son côté devait donner plus de soins à l'éducation populaire pour s'opposer à l'envahissement des doctrines nouvelles.

Des deux côtés on s'appliqua partout à créer, à côté du temple ou de l'église, une école, qui était tenue dans les campagnes par les chantres-sacristains ou par quelque autre habitant lettré de la paroisse et souvent par le ministre du culte.

En 1530, le sénat et les xxi de Strasbourg décrétèrent la réorganisation des Lerehaùser, et en chargèrent les trois membres du magistrat, désignés sous le nom de scolarques. C'est là l'origine à Strasbourg des écoles primaires laïques, où la langue latine n'avait pas accès et qui portèrent le titre d'Ecoles allemandes ; on y enseignait la lecture et l'écriture de la langue allemande, les principes de la religion et le chant d'église.

Les instituteurs jouissaient du logement dans la maison d'école, d'un traitement fixe payé par l'église (26 livres en argent. 42 réseaux de grains, et le bois de chauffage), enfin du produit d'une rétribution fixée, en 1560, par le chapitre à 3 plapparts (30 centimes) par semaine.

En 1683, moins de deux ans après l'entrée des troupes françaises à Strasbourg, une inspection générale des écoles paroissiales fut ordonnée par le magistrat. Les rapports existent encore. Ce qui y frappe d'abord, c'est le caractère religieux de ces écoles. Tous les livres qui sont entre les mains des enfants (le grand et le petit catéchisme de Luther, le livre de la Sainte-Cène, le livre des questions religieuses, la Haustafel, le livre des Psaumes, le livre des versets de la Bible) concourent au même but. L'enseignement de chaque jour est donné en vue du sermon du dimanche ou du jour de prière hebdomadaire. Les leçons de la semaine servent de répétition à la leçon de religion donnée le dimanche par le pasteur. Le chant, qui occupe une place importante dans les écoles protestantes, consistait essentiellement en chants d'église : un seul instituteur, suivant les rapports, celui de Saint-Guillaume, se permet de faire exécuter le jeudi matin un chant profane (ein freies Lied). La lecture et l'écriture sont, avant tout, des moyens d'apprendre le catéchisme et de copier des versets et des sentences de la Bible. Il en est de même de certaines punitions. Nous savons, par exemple, que le psaume 119 servait de pensum, parce que c'est le plus long de tous les psaumes (176 versets à réciter ou à copier).

La discipline était rude et difficile dans ces écoles. A la sortie des enfants, après l'instruction religieuse, le pasteur, les diacres, le maître d'école, le sacristain étaient là pour maintenir en respect les catéchumènes, ces deux derniers sans doute armés d'un bâton, comme le constate le rapport de 1683 pour le sacristain de Sainte-Aurélie, ou munis de lanières de cuir, dont ils distribuaient les coups aux enfants les plus sauvages et les plus turbulents. En classe, le maître d'école tenait le bâton à la main pendant toute la durée de la leçon. Un ouvrage allemand, pour donner un curieux

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exemple des habitudes pédagogiques du xvne et du xviii0 siècle, cite un instituteur émérite, qui avait dirigé une école pendant cinquante et un ans, et qui, suivant un calcul fort modéré fait par luimôme, avait distribué dans ce demi-siècle aux enfants confiés à sa sollicitude 911517 coups de bâton, 21010 coups de verge, 2" 989 coups de règle sur les doigts, 13G715 coups de la main, 18 140 soufflets, 1115800 chiquenaudes et croquignoles, 12763 coups avec la Bible, le catéchisme ou le livre de chant; 777 garçons avaient été agenouillés sur des pois secs, G13 sur une bûche à trois pans; 5001 avaient été coiffés d'oreilles d'âne. Sur les coups de bâton, il y en avait eu 800000 en punition de ce que les enfants n'avaient pas appris leur leçon, et 7G000 de ce qu'ils n'avaient pas su les versets de la Bible. L'instituteur dont il est question complétait ce système d'éducation par un vocabulaire d'environ 3000 termes injurieux, dont plus de la moitié étaient une création de son génie pédagogique.

Toutes ces écoles étaient exclusivement allemandes. Pour l'enseignement du français, nécessaire à beaucoup de familles quand Strasbourg fut devenue française, on avait recours à des écoles privées. Il en existait dès la fin du xvne siècle ; elles se multiplièrent dans le xviii". Elles étaient tenues par des maîtres catholiques ou calvinistes, et ne tardèrent pas à attirer des enfants luthériens, ce qui détermina le Couvent (autorité suprême de l'Église luthérienne), à entretenir aussi une école française (Nigrin, de Montbéliard, diacre français à l'église de Saint-Thomas, en fut le premier directeur en 17 1G).

Chez les catholiques l'éducation des filles était faite gratuitement par les religieuses de Notre- Dame établies à Strasbourg dès IG92 et richement dotées par Marie Leczinska ( 1729).

Obligation scolaire. — C'est au xvme siècle, en 1753, que nous voyons apparaître les premières mesures relatives à l'obligation scolaire. Elles se trouvent dans un règlement rédigé en allemand, daté de Paris le 22 février 1753, et promulgué par le comte palatin Christian IV, qui continuait à posséder sous la suzeraineté du roi de France quelques territoires de la Basse-Alsace. Voici les dispositions principales de cette ordonnance pour « apporter remède et amélioration à la situation des écoles » :

1. Chaque maître d'école instruira la jeunesse dans la lecture, l'écriture, le christianisme et le chant ; il se trouvera dans la salle d'école dès 8 heures du matin et à 1 heure précise, et ne terminera les leçons qu'après avoir fait trois heures de classe.

2. Le maître devra ranger ses élèves par classes d'après la force des enfants, sans se laisser guider par des considérations personnelles.

3. Là où. il n'y a pas de classes d'été, les enfants âgés de 6 à 13 ans devront fréquenter l'école pendant six années consécutives de la Saint-Gall, au mois d'octobre, à la Saint-Marc, au mois d'avril.

4. Les parents qui par entêtement ou négligence, n'enverraient pas leurs enfants à l'école payeront un écolage double, soit un demi-florin par trimestre, dont la moitié reviendra aux maîtres d'école et l'autre à la caisse des aumônes.

5. Afin que la jeunesse n'oublie pas en été ce qu'elle a appris en hiver, il y aura une classe tous les mercredis matin en présence du pasteur et d'un ancien d'église; on répétera ce qui a été traité en hiver, et chaque enfant présentera un devoir écrit. Toute absence sera passible d'une amende (de 15 centimes) revenant moitié au maître, moitié à la caisse des aumônes.

6. La peine édictée au précédent article sera également infligée à tous les garçons sachant épeler et lire qui ne se réuniraient pas le dimanche une demi-heure avant l'office divin en été surtout,

lre Partie.

dans la maison d'école pour étudier les cantiques religieux, faire une prière avec le maître, et se rendre deux à deux à l'église.

7,8, 9. Les pasteurs devront inspecter l'école au moins deux fois pendant l'hiver, faire payer, par la caisse de l'église, l'écolage et les livres d'.-s indigents, enfin rappeler chaque année au prône le présent règlement.

En 1755, à la suite d'une ordonnance de l'intendant d'Alsace demandant que la nomination des maîtres d'école des seigneuries de cette province revînt aux communes, et que la langue française fût enseignée dans les écoles, les gouvernements seigneuriaux de Hanau et de Bouxwiller, sans se dessaisir du droit de nomination, promirent, quoique la chose leur parût inutile, de donner la préférence à des personnes possédant la langue française.

Par un décret de 17G8 le magistrat de Strasbourg enjoignit aux parents d'envoyer leurs enfants à l'école jusqu'à l'âge de 10 ans ; pour n'avoir aucune excuse, les parents devaient payer d'avance aux maîtres l'écolage de toute l'année.

2. L'instruction primaire depuis 1789. — Ecoles primaires. — La commotion révolutionnaire amena la suppression de presque toutes les écoles primaires, et malgré les décrets du 30 mai, du 21 oct., du 28 oct. et du 19 déc. 1793, il n'existait, le 7 mai 1794, dans tout le Bas-Rhin, que 29 communes pourvues d'instituteurs.

Les écoles ouvertes plus tard furent si peu fréquentées, que le 30 août 1798 l'administration départementale du Bas-Rhin statua (le ministre de l'intérieur approuva le 11 déc. suivant) que les pères, mères ou tuteurs seraient tenus de déclarer au commissaire de police de leur section auquel des instituteurs publics ils entendaient envoyer leurs enfants; cette déclaration faite, ils devaient payer à cet instituteur une somme de 2 fr. par trimestre, à défaut de quoi ils étaient cités, par l'instituteur, devant le juge de l'arrondissement.

En 1800, le préfet, M. Laumond, pour améliorer la position des maîtres d'école, décida : 1° que l'instituteur aurait droit à un traitement fixe ; 2° qu'il serait dans chaque commune secrétaire de mairie. Cette décision rencontra de très vives oppositions.

A Strasbourg même, le traitement ne dépassa pas 300 francs. Mais après 1815 la situation s'améliora. Le conseil municipal vota en 1818 un supplément de 150 fr. à chaque instituteur pour son logement; en 1819, un second supplément de 200 fr., pour l'instruction donnée aux enfants pauvres; en 1822, un premier secours annuel de <i00 fr. pour une école israélite. Enfin, en 18o0 le budget de l'instruction primaire, qui avant 1815 n'était que d'environ 3000 francs, s'élevait à 14030 francs.

En l'an xm, le département du Bas-Rlun comptait 1 1 5 « écoles publiques nationales » et 374 écoles privées, en 1*08 *l)l écoles publiques; 16 communes seulement n'en avaient pas.

La loi du V8 juin 1833 et les lois suivantes n'ont donc fait, dans les départements alsaciens et lorrains, que régulariser et compléter ce qui s'était établi en partie par une heureuse spontanéité et surtout par la bienfaisante influence des administrateurs départementaux, parmi lesquels il faut citer au premier rang le préfet du Bas-llhin, M. de Lezay-Marnesia.

Écoles normales. — Le département du Bas- Rhin avait été le premier à établir des écoles primaires ; il fut aussi le premier à exécuter les prescriptions du décret du 17 mars 1808 qui ordonnait « d'établir auprès de chaque académie et dans l'intérieur des collèges ou lycées une ou plusieurs classes normales destinées à former des maîtres pour les écoles primaires, en leur apprenant les méthodes les plus propres à perfectionner l'art de montrer à lire, à écrire, à chiffrer. »

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En 1811, une classe normale fut établie au lycée de Strasbourg avec un directeur et trois professeurs.

Les fondateurs voulurent se conformer fidèlement h l'esprit du décret, et M. de Lezay-Marnesia résumait leur pensée en disant : « Tout est pratique dans l'enseignement qu'on donne. Je ne veux pas qu'il y soit question du kangourou de l'Australie, mais de la taupe et de la larve du hanneton. » Un maître jardinier était chargé de montrer aux futurs instituteurs l'art de greffer et d'améliorer les arbres fruitiers, « afin que les maîtres de l'enfance fussent en état de cultiver à côté de leur école un verger et un potager. »

Bientôt la classe normale de Strasbourg compta 60 boursiers (ayant de 16 ans à 30 ans). Quelques bourses nouvelles y furent fondées par le département du Haut-Rhin.

Fermée en 1815, par suite des événements, elle reprit ses cours en 1816. On y annexa une école primaire pratique qui obtint un grand succès. Un certain nombre d'élèves furent envoyés, à l'expiration du cours triennal, compléter leur instruction à l'École préparatoire de Rastatt, dirigée alors par un pédagogue de mérite, Demeter, qui fut plus tard archevêque.

Séparée du lycée en 1820, Y école normale d'instituteurs du Bas-Rhin eut son local propre, sa commission de surveillance (1X27) et son directeur, qui depuis 1831 fut toujours un laïque.

Un de ses premiers directeurs fut (1835-1850) l'éminent M. Vivien, à qui elle doit en grande partie sa prospérité. L'excellent cours de pédagogie de M. Vivien familiarisa les élèves-maîtres avec les méthodes d'outre-Rhin, leur donna l'habitude de la langue française et les mit en état d'introduire dans les plus humbles écoles cet enseignement intuitif que la plupart de nos départements ne connurent que bien plus tard.

Le nombre moyen des élèves-maîtres s'est succe,-: ivement élevé à 100 (60 catholiques, 30 protestants, 10 israélites). Ces élèves des trois cultes ont toujours vécu dans la meilleure entente, et ont propagé par leur exemple dans tout le pays les principes de la véritable tolérance religieuse.

La seconde école normale de la France (créée par arr. du Cons. roy. 22 déc. 1821) fut Yécole normale de la Moselle, qui s'ouvrit en 1823 au château d'Helphédange, sous l'administration du préfet M. de Tocqueville, et d'après le plan d'organisation dressé par le recteur M. de Lespin.

Transférée à Metz en 1832, elle compta bientôt vingt élèves dans chacune des deux divisions, étendit son programme, où entrèrent l'histoire et la géographie, l'arithmétique et la géométrie, les notions les plus élémentaires des sciences, enfin atteint un réel succès sous la direction de M. Lassaulce.

La troisième école normale, celle du Haut-Rhin, créée à Colmar le 3 février 1828, mixte quant au culte comme celle de Strasbourg, eut 31 élèves au début, puis 51 en 1834 et 67 en 1835, chiffre qui s'est maintenu jusqu'en 1870. Le maximum a été atteint en 1847 avec 78 élèves-maîtres.

VÉcole normale d'institutrices protestantes de Strasbourg date de 1846. Elle recevait 42 élèvesmaîtresses, divisées en trois sections, ce qui lui permettait de fournir une moyenne annuelle de 14 institutriees, dont 2 de la Franche-Comté, 3 du Haut-Rhin, les 9 autres du Bas-Rhin.

Programmes d'enseignement. — Jusqu'à la Révolution et même dans les premières années de ce siècle l'enseignement dans les écoles primaires des trois cultes se donnait presque partout en allemand. Il se bornait à la lecture de h Bible et de l'histoire sainte, à la récitation du catéchisme, à l'étude de cantiques religieux, à l'écriture, aux quatre opérations du calcul. 11 s'étendit peu à peu,

admit l'histoire, la géographie, les applications do l'arithmétique, mais toujours en allemand. On se servait de manuels d'abord exclusivement allemands, puis avec double texte allemand et français.

Le plus répandu était le Elsâssisches Lehr-und Le<ebuch » (livre d'instruction et de lecture pour les écoles alsaciennes) fait par les instituteurs de Strasbourg (1 824'.

L'enseignement du français commença dans quelques grandes communes par l'initiative d'instituteurs zélés sous la forme de cours supplémentaires en dehors des heures de classe, payés à part et fréquentés par les enfants des familles aisées. Il se développa peu à peu, grâce aux écoles normales ; mais il resta un grand nombre d'écoles dans lesquelles le français n'occupa jamais la place principale.

Un règlement général pour les écoles primaires de l'arrondissement de Wissembourg, approuvé par le Conseil royal le 12 mai 1835, mettait encore la grammaire allemande avant la grammaire française, et plaçait sur le même rang« l'orthographe des deux langues ». Mais cette égalité même entre les deux langues n'existait pas dans la pratique.

L'instruction religieuse se donnait en allemand ; le clergé des deux cultes chrétiens était le défenseur ardent et convaincu du maintien de l'allemand dans les écoles primaires, à rencontre des administrations académiques qui auraient voulu « faire du français la langue usuelle de l'école ».

En 1859 un pas considérable fut fait pour l'enseignement pratique du français. Conformément à un règlement du 8 août 1853, qui ne comprenait plus dans les matières obligatoires que « la lecture et l'écriture allemandes », un règlement pédagogique élaboré par les inspecteurs primaires du Bas-Rhin, de concert avec les meilleurs instituteurs, donna décidément à la langue française le temps et le rang convenables ; il introduisait en outre ou consacrait l'emploi des méthodes rationnelles, des leçons de choses et de ces exercices d'intuition, d'intelligence et d'expression si justement chers à la pédagogie allemande.

En 18b4, le conseil départemental de la Moselle substitua de même le français à l'allemand comme langue de l'école : l'allemand, toléré dans la division élémentaire, devait dans les deux autres être peu à peu remplacé par la conversation en français. On peut juger si cette réforme était urgente par ce seul fait qu'il y avait encore à cette date dans la Moselle 18 institutrices publiques congréganistes ignorant complètement le français.

Fréquentation des écoles. — Les écoles étaient plus régulièrement fréquentées que dans la plupart des autres départements. Diverses raisons contribuaient à cet heureux résultat. D'abord le père sachant lire et écrire, grâce aux mesures énergiques prises au xvme siècle, appréciait mieux l'utilité de l'instruction pour ses enfants. L'habitude était contractée; il suffisait de l'influence morale des autorités pour l'entretenir. D'autre part, si l'on était strict pour la fréquentation en hiver, on réduisait les classes en été, suivant les habitudes de l'Allemagne et de la Suisse, à 4, à 3, souvent même à 2 heures par jour ; les parents pouvaient employer leurs enfants aux travaux des champs pendant le reste de la journée; ces classes de demi-temps * avaient lieu, soit de bon matin, soit à l'heure de midi entre la tâche du matin et celle de l'aprèsdlner, soit le soir. Enfin l'autorité religieuse donnait aux prescriptions scolaires une sanction très-efficace : un arrêté du Directoire de la Confession d'Augsbourg ordonnait aux pasteurs de n'admettre un enfant à la première communion « s'il ne sait lire et écrire couramment, et s'il n'a régulièrement fréquenté l'école au moins pendant les deux années qui précédent sa première communion et sa confirmation. » Or il ne faut pas oublier que nul

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n'était admis à la première communion avant l'âge de 14 ans. L'évôché de son côté, sans prendre de mesure coercitive, recommandait également aux curés de tenir la main à la fréquentation des écoles et de n'admettre les garçons à la première communion qu'à 14 ans et les filles à 13. Les deux cultes exerçaient ainsi une salutaire influence l'un sur l'autre, et l'instruction des enfants y gagnait.

Résultats de l'instruction. — Les trois départements de l'Est ont toujours tenu la tête dans la liste des départements classés d'après le degré d'instruction des conscrits et des conjoints.

Voici leur rang et leurs moyennes en 1868 :

Moselle

Conscrit» illettrés. Conjoints illettré».

2,55 sur 100 (6» rang) 4,74 sur 100 (7« rang}.

Bas-Rhin: 2,82 — ( 7» rang) 1,44 — (l«rang).

Haut-Rhin : 4,41 — (139 rang) 4,23 — (6» rang).

Moyenne générale de la France : 21,04 — ( — ) 33,00 — ( — )•

Depuis longtemps sur la carte de l'instruction publique la région la plus lumineuse était celle de l'Est, dont les 12 départements avaient un nombre d'illettrés inférieur à 5 p. 100. Voici dans quelles proportions le nombre des illettrés avait diminué depuis 1833 :

Bas-Rhin (l'Tang) de 10.51 illettrés p. 100 à 2,82 ( 7»rang). Haut-Rhin (11» rang] de 22, 81 — — à 4,41 (12° rang). Moselle (13« rang) de 24,81 — — à2,5o ( 6» rang).

Avant 1871 on comptait :

Écoles.

Bas-Rhin.. 1209 (dont 86 écoles libres) Haut-Hhin. 1000 ( — 131 — 1

Moselle... 1171 ( — 87 — j

Un élère «nr combien Élèves, d'habitants.

Cette moyenne — un élève sur 6 habitants — est colle de l'Allemagne : dans la Saxe qui tient la tête, elle est de 5,2, en Bavière de 8.

Satles d'asile. — C'est dans le département du Bas-Rhin qu'a pris naissance l'institution des salles d'asile. Louise Scheppler * en fut la fondatrice et elle reçut à ce titre le prix Montyon en 1829. « L'honneur d'une idée qui a déjà tant fructifié et qui sera bientôt adoptée partout, disait le baron Cuvier dans son rapport à l'Académie française, est entièrement dû à cette pauvre paysanne du Ban de la Roche. »

La prédiction de Cuvier s'est accomplie dans le département du Bas-Rhin ; il y a, en effet, des salles d'asile dans presque toutes les communes qui en comportent l'établissement : 214 au 1er janv. 1869, réparties dans 149 communes et recevant 25310 enfants. Dans le Haut-Rhin, en 1866, il y en avait 142, fréquentées par 19083 enfants; dans la Moselle, 100, suivies par 9180 enfants.

3. L'instruction primaire depuis 1870. — Dès le 21 août, trois jours à peine après les sanglantes batailles sous Metz, le roi Guillaume constitue Y Alsace-Lorraine telle qu'il est décidé à la détacher de la France pour l'annexer à l'Allemagne. Les arrondissements de Château-Salins et de Sarrebourg (Meurthe), de Metz, Thionville et Sarreguemines (Moselle) sont réunis à la circonscription administrative du gouverneur de l'Alsace. Un mois après paraissent les premiers règlements pour la réorganisation de l'instruction dans la province non encore conquise.

Premiers règlements prussiens pour la réorganisation de l'instruction primaire. — Par arrêté du 21 septembre 1870, le commissaire civil de l'Alsace, installé à Haguenau en attendant la prise de Strasbourg, se substitue au ministère français de 1 instruction publique, supprime la juridiction des recteurs et inspecteurs d'académie de Nancy et de Strasbourg, place l'instruction primaire sous les ordres des préfets, en se réservant de prononcer, sjly a lieu, la révocation et le remplacement des

inspecteurs de l'instruction primaire. Le commissaire civil espère que « les instituteurs se pénétreront de l'importance et du caractère honorable de leur mission, et de l'influence qu'ils pourront exercer sur les masses. »

Le môme jour, le comte do Luxbourg, préfet du Bas-Rhin, également établi à Haguenau, par une circulaire en allemand, invite les inspecteurs primaires à se placer sous ses ordres et à lui adresser un « rapport sur la situation de l'instruction primaire » de leurs arrondissements, en même temps qu'il ordonne aux maires de veiller à la reprise des classes au mois d'octobre.

Les inspecteurs primaires ne crurent pas pouvoir se mettre sous les ordres d'un gouverneur étranger; ils furent immédiatement révoqués par l'administration allemande.

Le 3 octobre, deux fonctionnaires allemands sont chargés du service de l'instruction primaire en Alsace, M. Arnold, de Liegnitz, pour les écoles catholiques, et M. Schollenbruch, de Neuwied, pour les écoles protestantes.

Le 27 décembre 1870, un règlement nouveau est imposé à l'école normale d'institutrices protestantes de Strasbourg, réorganisée sur le pied d'un séminaire allemand. Le programme des matières enseignées dans cette école comprend (art. 8) l'instruction religieuse, la pédagogie, la lecture et la langue allemandes, l'histoire, la géographie, l'histoire naturelle, le calcul et les éléments de la géométrie, la calligraphie et le dessin, la musique (chant, piano, orgue et violon), l'horticulture, les travaux manuels, et, au dernier rang bien entendu, les éléments [Anfangsgrùnde) de la langue française.

Au mois de janvier, les inspecteurs primaires allemands commencèrent leurs tournées dans les écoles d'Alsace. Grand fut leur étonnement de trouver des écoles égales ou supérieures aux leurs, supérieures surtout à ce que leurs journaux avaient dit de notre instruction primaire. On trouvera le naïf et curieux témoignage de cette surprise notamment dans un grand journal pédagogique allemand {Âllgemeine deutsche Lehrerzeitung , n° du 11 juin 1871, page 194).

En môme temps (Décis. du 6 mars), les deux écoles normales mixtes de Strasbourg et de Colmar sont affectées, l'une aux élèves-maîtres protestants, l'autre aux catholiques. Les Prussiens introduisaient ainsi en Alsace une séparation qui, de tout temps, avait répugné aux sentiments de la population. Mais la pression de l'opinion publique fut telle que l'administration allemande revint, dès l'année suivante (septembre 1871), aux errements français en rendant aux écoles normales le caractère mixte quant au culte qu'elles avaient eu jusqu'en 1870.

Le 8 mars 1871, la générosité d'un Wurtembergeois permettait d'instituer des prix en argent pour les élèves des écoles primaires qui auraient le mieux appris l'histoire.... d'Allemagne.

L'instruction obligatoire en Alsace. — Un mois avant le traité de paix définitif, le 18 avril, M. de Bismark-Bohlen, agissant en vertu des pouvoirs à lui conférés par l'empereur d'Allemagne et roi de Prusse, décréta l'instruction obligatoire.

Ce décret institue : 1* l'obligation pour tous les enfants de fréquenter une école à partir de 6 ans ou do justifier d'une instruction équivalente donnée dans la famille; 2* l'obligation de subir un examen de sortie constatant une instruction suffisante (minimum d'âge 14 ans pour les garçons, 13 pour les filles) ; 3° une série de pénalités pour les parents ou tuteurs contrevenants : avertissement officiel; une amende pouvant s'élever à 10 francs; privation de secours du bureau de bienfaisance ; en cas de récidive persistante, emprisonnement de 8 jours au plus. En cas d'insolvabilité, l'amende est remplacée

ALSACE-LORRAINE

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par la prison (à raison de 6 heures par franc d'amende).

Ce décret, complété par les arrêtés des trois préfets prussiens, fut rigoureusement appliqué. En général et sauf les cas de vexations locales ou personnelles, cette mesure ne paraît pas avoit été mal accueillie en Alsace. Elle a fait arriver à l'école toute une catégorie d'enfants qui, par la négligence des parents, n'y avaient jamais mis le pied. « Pour atteindre ce résultat, dit, en 1872, le rapporteur du conseil municipal de Strasbourg, M. Goguel, adjoint au maire, il a suffi que les nouvelles dispositions législatives iussent connues. A l'exception de quelques réprimandes, dont les contrevenants eux-mêmes ont apprécié la justice, nous n'avons pas encore eu à infliger les pénalités qui sont dans nos attributions. »

Néanmoins les autorités allemandes ne tardèrent point à se trouver en présence de sérieuses difficultés. Le départ de beaucoup de jeunes instituteurs qui quittaient leur province natale pour rester français, l'expulsion violente d'un certain nombre de congréganistes dont les maisons-mères se trouvaient en France, laissèrent vides des places qu'on n'a pas pu jusqu'à présent remplir. Les municipalités alsaciennes et lorraines ne secondant que mollement le gouvernement, il en résulta une situation assez tendue.

Proscription de la langue française. — L'allemand devenant la langue officielle du pays annexé, devint aussitôt la langue de renseignement. Aux termes de la décision prise à la date du 14 avril 1871, par M. de Kuhlwetter, le commissaire civil impérial de l'Alsace, toutes les matières devaient être enseignées à l'avenir en allemand, sauf deux exceptions: î une s'appliquait temporairement aux districts frontières où le français est la langue usuelle ; l'autre concédait quatre heures par semaine à l'enseignement du français dans la classe supérieure. Le môme programme d'enseignement fut imposé à toutes les écoles libres.

Disons immédiatement que non-seulement ces quatre heures furent bientôt supprimées, mais qu'on défendit même aux instituteurs et aux institutrices de se servir des salles d'école pour donner des leçons de français en dehors des heures de classe.

Le gouvernement français avait attendu deux siècles après le traité de Westphalie pour introduire le français comme langue usuelle dans les écoles primaires alsaciennes. Les Allemands ont proscrit le français et imposé l'allemand un mois avant le traité de Francfort !

Avec la langue, c'était l'esprit allemand qu'e. s'efforçait d'introduire et surtout une précoce initiation à la rigoureuse discipline de l'armée prussienne. Car, pour le dire en passant, tout le système de renseignement primaire en Allemagne, à la différence de l'enseignement supérieur, est dominé par l'intérêt politique. Le prince de Bismark avouait lui-même devant la Diète germanique (séance du '6 mai 1x73) qu'un enseignement hostile aux idées que veut faire prévaloir son gouvernement lui semblerait pire que l'absence de tout enseignement. Les instituteurs doivent être ses « fidèles compagnons d'armes ».

Surveilùmce des écoles; livres scolaires. — La surveillance des écoles fut confiée à un personnel nombreux. 22 cercles, avec autant de directeurs, remplacèrent nos onze arrondissements. 22 inspecteurs de cercle, venus d'Allemagne, prirent la place des onze inspecteurs primaires français.

Dès le 14 avril t H7 1 un arrêté du gouverneur d'Alsace-Lorraine avait prescrit les ouvrages classiques qui seuls devaient servir à l'avenir dans les écoles. Dans un de ces livres (additions au Livre de lecture de Haesters, Essen-Bacdecker, 187 i), on obligeait les jeunes Alsaciens à apprendre et à réciter les appels déjà faits en 1 841 à « toute l'Allemagne »

d'aller reprendre Strasbourg, Metz et la Lorraine, à lire chaque jour les récits douloureux des défaites des armées françaises, à glorifier les victoires, la grandeur, la prospérité de la nouvelle patrie.

Avantages exceptionnels offerts aux instituteurs. — Les traitements des instituteurs furent sensiblement augmentés; un décret impérial du 4 juin 1872 fixa comme suit les minima : de 1 à 5 années de services 900 fr., de 5 à 10 années 1000 fr., et ainsi de suite avec augmentation quinquennale de 100 fr. Pour bien apprécier ces chiffres, et les mobiles probables de cette libéralité envers les Alsaciens, il n'est peut-être pas inutile de rappeler que, d'après une statistique prussienne de 1874, le traitement de 50 instituteurs en Prusse est encore inférieur à 100 thalers 375 fr.) et que celui de 11233 autres varie de 100 à 200 thalers (375 à 750 francs).

Les pensions de retraite furent également élevées et fixées, après 10 années de services, au quart du traitement, et augmentées d'un 80e pour chaque nouvelle année de service. La loi n'accorde la retraite qu'aux instituteurs qui sont reconnus hors d'état de continuer leurs fonctions ; mais dans ce cas la pension est fixée à 275 francs aprrs 10, à 487 fr. 50 après 20, à .50 fr. après 30, à 937 fr- 50 après 40 et à 1125 francs après 50 années de service.

Conférences pédagogiques. — Parmi les moyens employés pour mettre les instituteurs au courant des méthodes et des programmes nouveaux, le plus important fut l'institution des cours méthodologiques. On réunit dans chaque école normale, à l'époque des vacances, une trentaine d'instituteurs déjà en fonctions, qui, pendant trois semaines environ reçoivent les conseils, les directions, même un enseignement régulier des professeurs de l'école. Nous n'insisterons pas sur la couleur politique que les autorités essayent toujours de donner à ces réunions.

En outre les instituteurs ont de fréquentes conférences pédagogiques au chef-lieu de canton, sous la présidence de l'inspecteur.

A côté de ces réunions officielles, des conférences libres ont lieu comme en Allemagne. Tantôt ce sont des réunions peu nombreuses, limitées à un canton ; tantôt ce sont des assemblées générales de tous les instituteurs du département. On essaya également d'amener une réunion d'instituteurs alsaciens et badois; c'était vouloir aller trop vite : les efforts échouèrent, pour des raisons faciles à comprendre.

Les autorités scolaires et administratives encouragent ces conférences. Chacune d'elles devient une petite fête; on n'épargne rien pour que les instituteurs en emportent le plus agréable souvenir.

Écoles normales.— L'administration prussienne compte plus sur les nouvelles générations que sur la génération actuelle. Aussi a-t-elle immédiatement doublé le nombre des « séminaires d'instituteurs et d'institutrices » : c'est le nouveau nom des écoles normales. L'Alsace-Lorraine en compte aujourd'hui 10 : Strasbourg, Metz, Colmar, Phalsbourg, Obernai, pour les instituteurs ; — Strasbourg, Metz, Colmar, Schlestadt, Sarrebourg pour les institutrices.

Et pour assurer le recrutement de ces séminaires, on créa 7 écoles préparatoires recevant les aspirants et aspirantes de 14 à 17 ans au sortir de l'école primaire.

législation nouvelle de Vmstruct ion primaire. — Une loi promulguée le 12 février 1 «73, complétant les lois françaises de 1850 et de 18G7, a placé tout renseignement primaire et secondaire sous la surveillance et la direction exclusive de l'Etat, et imposé l'autorisation du gouvernement à tous ceux qu; veulent enseigner, ouvrir une école ou être nommés instituteurs.

L'art. 2 de cette loi punit d'une amende de 100

ALSACE-LORRAINE

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thalcrs tonte contravention à ces prescriptions. D'après l'art. 3, le président supérieur fixera le délai accordé aux maîtres ou aux maîtresses en fonctions qui ne possèdent aucun des titres de capacité énumérés par l'art. 23 de la loi du 15 mars 1850. La lettre d'obédience se trouva ainsi supprimée, et l'Alsace obtenait d'un vainqueur qu'elle n'aimait point ce que ses conseils électifs avaient réclamé depuis longtemps à la France.

D'après l'art. 4 de la même loi (développé^ par une ordonn. du chancelier de l'empire, i0 juill. 187l)i les directeurs déode doivent avoir 25 ans, justifier qu'ils sont capables d'enseigner deux facultés au moins dans la classe supérieure d'une écolo primaire, et prendre une part directe et effective soit à l'enseignement, soit au maintien de la discipline de l'établissement (cet article visait surtout les écoles congréganistes).

Nul ne peut être employé môme dans une école libre s'il ne possède le certificat d'aptitude à l'enseignement délivré parles autorités allemandes, ou une autorisation spéciale. Le diplôme du baccalauréat ne peut en tenir lieu (môme ordonnance, art. 13).

L'enseignement libre d'Alsace-Lorraine se trouva ainsi placé sous la môme surveillance directe de l'Etat que l'enseignement public.

Nouvelle organisation pédagogique. — Le chancelier publia, le 4 janvier 1814, des règlements et des programmes pour les écoles élémentaires (élèves de G à 1 4 ans) ; pour lès écoles préparatoires aux séminaires (aspirants de 14 à 17 ans); pour les séminaires d'instituteurs et d'institutrices (17 à 20 ans) ; pour les examens du brevet de capacité. Nous n'extrairons de ces documents que les innovations essentielles à. signaler.

La séparation des enfants appartenant à des cultes différents est maintenue « conformément à l'art. 36, paragr. 5, de la loi du 15 mars 1850 ».

Mais la réunion des sexes, qui était l'exception avant 1871, • devient la règle, comme en Allemagne.

Dans l'école élémentaire à une classe, les enfants des deux sexes de tout âge (au nombre de 80 au plus) sont réunis sous la direction d'un maître commun dans la même salle.

Dans les écoles plus nombreuses, un arrêté spécial permet diverses combinaisons, qui se résument ordinairement ainsi : réunion des sexes dans les classes inférieures, séparation dans les autres. Pour les écoles à six classes et au-dessus, c'est-à dire pour la plupart des grandes écoles urbaines, la séparation subsiste à tous les degrés.

La direction d'un certain nombre de classes élé mentaires reste encore, mais provisoirement, con fiée à. des institutrices. C'est un des derniers ves tiges de l'organisation française. On sait que les Allemands prétendent, contrairement à l'opinion des pédagogues français et américains, que la femme ne peut et ne doit pas enseigner. C'est un homme qui doit être chargé de la direction et de l'enseignement, même dans les écoles de filles ; la femme n'y intervient qu'exceptionnellement.

« Les instituteurs, dit textuellement l'ordonnance du 3 janvier 1874 (art. 5), pourront être nommés à toutes les écoles et à toutes les classes, môme lorsqu'elles ne reçoivent que des fi'les ; les institutrices ne pourront ôtre nommées aux classes du cours moyen et supérieur fréquentées par des garçons ; elles ne pourront ôtre chargées qu'exceptionnellement des écoles mixtes à une classe et des divisions supérieures des écoles de filles. *

Nouveau plan d'études. — Le programme d'études, que l'ordonnance accompagne d'un commentaire pédagogique, comporte dans les écoles primaires proprement dites : l'instruction religieuse .histoire sainte, catéchisme dans les divisions su-

périeures, avec lectures de la Bible pour les écoles protestantes, prières de l'Église pour les catholiques, récitation des psaumes et sentent es pour les Israélites; dans les écoles mixtes le maître ne don nera l'instruction religieuse qu'aux enfants de sa confession); la langue allemande; le calcul; la géométrie élémentaire; la géographie, en commençant par la géographie locale ; Yhistoi e et tout à'abord les grandes époques de l'établissement et du développement du christianisme, l'antiquité germanique (Arminius, Charlemagne, Barberoussc), puis les principaux événements de l'Europe dont l'Allemagne forme le point central, enfin des notions sur l'organisation politique de l'empire d'Allemagne, sur l'organisation administrative, communale, judiciaire du pays; Y histoire naturelle (structure et conservation du corps humain, minéraux, végétaux, animaux du pays) ; des notions des sciences physiques ; la calligraphie ; le dessin; le chant; la gymnastique; Y arboriculture; la couture.

L'enseignement des écoles préparatoires comprend toutesles matières d'enseignement des écoles primaires, plus le français, le violon, le piano.

Le programme des séminaires ajoute aux matières ci -dessus indiquées un cours de pédagogie.

Brevet de capacité. — On a introduit en Alsace le régime allemand que nous décrivons et apprécions ailleurs et qui consiste à ne donner à l'aspirant qu'un brevet provisoire valable pour cinq ans au plus ; avant l'expiration de ce délai, l'instituteur est tenu de se présenter à un nouvel examen, qui, s'il est subi avec succès, lui vaut un diplôme définitif.

Ce second examen a été subi en 1876 dans les écoles normales de Strasbourg. Sur 41 candidats, tous en fonctions depuis deux ans comme instituteurs provisoires ou adjoints, 29 ont été jugés aptes à recevoir le diplôme d'instituteur titulaire.

Écoles moyennes, ou primaires supérieures . — 11 nous reste à dire un mot de ces établissements d'enseignement primaire supérieur qui nous manquent en France depuis 1850 et qui sont si nombreux et si recherchés en Allemagne sous le nom de Mittelschulen (écoles moyennes), llôhere Bùrgerschulen (écoles bourgeoises), Reatschulen (écoles d'enseignement secondaire spécial).

C'est, comme on le pense bien, une des plus heureuses créations du régime allemand, une de celles qui comblent une lacune. Qu'il nous soit permis d'ajouter qu'une des raisons, accessoires si l'on veut, de la faveur qui accueille ces nouvelles écoles, c'est que l'enseignement du français, proscrit partout ailleurs, y a trouvé son dernier asile, bien que dans des conditions très restreintes : ainsi dans l'école supérieure des filles à Strasbourg, cet enseignement comprend de quatre à six heures facultatives par semaine, tandis qu'il occupe de quatre à neuf heures obligatoires dans les écoles de Berlin, de Magdebourg, de Wiesbaden, de Stuttgart, etc. Les Alsaciens seraient heureux qu'on leur permît d'apprendre le français comme en Prusse. On sait avec quelle rigueur minutieuse les nouveaux maîtrec de l'Alsace ont déterminé (Règl. du 5 août 1874) le maximum d'heures qui pourront être consacrées à l'étude du français, dans les écoles libres et les pensionnats de demoiselles; et on s'est môme demandé s'ils auraient fait cette concession, n'eût été le besoin qu'ils en avaient pour l'éducation de leurs filles.

Telle est, dans ses traits principaux, la nouvelle organisation scolaire de l'Alsace-Lorraine. Il n'est pas besoin de plus de détails pour apprécier l'œuvre de « germanisation » que l'administration allemande s'était proposée dès les premiers jours de l'invasion et qu'elle poursuit avec une impassible logique. TG. Jost.]

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