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CONVENTION
Rapport en nombre des secondes écoles aux premières.
Dans les communes les moins peuplées 1 sur 10
Dans les communes plus peuplées, progressive- j . ^"r g
( 1 sur 7
Dans les grands centres de population 1 sur 6
Rapport en nombre des troisièmes écoles aux secondes.
Dans les communes les moins peuplées 1 sur 10
Dans les centres de population 1 sur 8
A la suite do ce projet de décret général, Romme donna lecture d'un projet de décret spécial organisant les premières écoles, qui fut voté le lendemain. On en verra le texte tout à l'heure.
Duhem (montagnard) présente des objections contre le plan général de la commission. « On nous a proposé l'éducation commune, ainsi qu'à Sparte. Mais Sparte était un couvent, une abbaye de moines.. . Dans le projet de la Commission, de quoi nous parle-t-on ? du génie, de la médecine, des mathématiques; l'Encyclopédie semble en être le modèle... Il suffit, en ce moment, de purifier les écoles primaires ; les départements, les sociétés populaires ne nous ont demandé que des écoles primaires. »
Romme défend le projet de la Commission, qui a été, dit-il, mûrement réfléchi. « La plupart des idées de Duhem et des vues particulières présentées par d'autres membres, sont dans le plan de la Commission; mais la Commission a de plus en sa faveur un ensemble combiné avec soin, et que l'on ne dérangerait pas sensiblement sans se priver des avantages qu'il promet. •
Léonard Bourdon demande le rapport du décret qui établit des maisons communes d'éducation.
Ce décret, que la Convention avait voté le 13 août, est rapporté sans que personne en prenne la défense.
On s'étonnera peut-être de l'abstention de Robespierre et de Danton, qui dans la discussion du 13 août avaient joué les principaux rôles. Mais Robespierre semble avoir été absorbé par ses fonctions de membre du Comité de salut public, et Danton était en congé.
Le lendemain 30 vendémiaire, le décret sur les premières écoles, que Romme avait présenté la veille, fut adopté sans nouvelle discussion en ces termes :
« DÉCRET RELATIF A L'ORGANISATION ET A LA DISTRI- BUTION DES PREMIÈRES ÉCOLES.
» Art. 1". — H y a des premières écoles distribuées dans toute la République, à raison de la population.
» Art. 2. — Les enfants reçoivent dans ces écoles la première éducation physique, morale et intellectuelle, la plus propre à développer en eux les mœurs républicaines, l'amour de la patrie et le goût du travail.
» Art. 3. — Ils apprennent à parler, lire, écrire la langue française.
» On leur fait connaître les traits de vertu qui honorent le plus les hommes libres, et particulièrement les traits de la révolution française les plus propres à leur élever l'âme et à les rendre dignes de la liberté et de l'égalité.
» Ils acquièrent, quelques notions géographiques de la France.
» La connaissance des droits et des devoirs de l'homme et du citoyen est mise à leur portée par des exemples et par leur propre expérience.
» On leur donne les premières notions des objets naturels qui les environnent, et de l'action naturelle des éléments.
» Ils s'exercent à l'usage des nombres, du compas,
du niveau, des poids et mesures, du levier, de la poulie, et de la mesure du temps.
»On les rend souvent témoins des travaux champêtres et de ceux des ateliers; ils y prennent part autant que leur âge le permet.
» Art. 4. — Il y a une première école par commune dont la population est de 400 à 1 500 habitants des deux sexes et de tout âge.
» Art. 5. — Sur la demande des habitants et l'avis des corps administratifs, il peut être établi une première école dans les lieux qui n'ont pas la population exigée par l'article précédent, pourvu que cette population se trouve dans l'arrondissement de mille toises de rayon, et que dans cet arrondissement il n'y ait pas d'autres écoles.
» Art. 6. — Pour déterminer le nombre et la distribution des premières écoles dans les communes plus peuplées, on suit la progression suivante :
Depuis
opulati usqu'
on des communes.
première»
écoles.
6 000 — 1 2 p0ur 3 00° de Plus 4 8 000 — \ 5
14 000— ) 2 pour 4 000 de pli,-' 8 18000—1 10
30 000— Q tAftA , , 15 ok ooo \ 2 pour 5 000 de plus .
52 000— CC,^A i 23 58 000— 2 pour 6 000 de plus fô
85 000 — } 2 pour 7 000 de plus 33 100000 — / 37
» Art. 7. — L'exécution de l'article précédent est confiée aux corps administratifs, qui se concertent à cet effet avec les conseils généraux des communes.
» Art. 8. — Le Comité d'instruction publique est chargé de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire composer promptement les livres élémentaires propres aux premières écoles. »
Décrets complémentaires des b, 7 et 9 brumaire* — A cinq jours de là, le 5 brumaire (26 octobre), Romme présenta à la Convention « des articles additionnels à ceux déjà décrétés sur les écoles primaires. » Ils furent adoptés sans discussion. Les voici :
« Articles additionnels.
» Art. 1er. — Les enfants des deux sexes sont admis dans les écoles depuis l'âge de six ans accomplis.
» Art. 2. — Le Comité d'instruction publique est chargé de faire une instruction simple et courte pour diriger les pères et les mères de famille dans les premiers soins à donner aux enfants depuis leur naissance jusqu'à leur entrée dans les écoles.
» Art. 3. — Pour acquérir de l'agilké, de l'adresse et de la force, les enfants se livrent aux exercices analogues à leur âge, et particulièrement aux marches, aux exercices militaires et à la natation autant que les localités le permettent.
» Art. 4. — On forme de bonne heure les enfants à soulager dans leurs travaux domestiques et champêtres les vieillards, les pères de famille, les veuves, les orphelins qui ont besoin de secours, ainsi qu'à travailler pour le soldat de la patrie qui quitte ses foyers, ses champs, son atelier pour la défense de la commune.
CONVENTION
CONVENTION
» Art. 5. — Les filles s'occupent des mômes objets d'enseignement, et reçoivent la môme éducation que les garçons, autant que leur sexe le comporte ; mais elles s'exercent plus particulièrement à la filature, à la couture et aux travaux domestiques qui conviennent à leur sexe.
» Art. 6. — L'enseignement public est partout dirigé de manière qu'un de ses premiers bienfaits soit que la langue française devienne, en peu de temps, la langue familière de toutes les parties de la République.
» Art. 7. — Dans toutes les parties de la République, l'instruction ne se fait qu'en langue française.
» Art. 8. — Il y a un instituteur par chaque première école.
» Art. 9. — Les instituteurs sont fonctionnaires publics.
» Art. 10. — Ils portent un signe distinctif pendant l'exercice de leurs fonctions.
» Art. 1 1 . — Il y a incompatibilité entre les fonctions de l'instituteur, et le service, de quelque manière qu'on l'entende, d'un culte quelconque.
» Art. 12. — L'enseignement et tous les exercices des écoles sont publics et gratuits ; tous ceux qui y sont employés sont salariés par la nation.
» Art. 13. — Les bâtiments des premières école3 sont fournis par les communes ou les sections de commune qui forment l'arrondissement de chaque école.
» Art. 14. — Les communes sont en conséquence autorisées à se présenter comme tous les citoyens pour acheter des maisons nationales, pour être appropriées aux objets dont il s'agit.
» Art. 15. — Elles peuvent disposer pour cet objet des maisons de fabriques ou des maisons nationales, déjà consacrées uniquement aux petites écoles.
» Art. 16. — Les frais de premier établissement, d'ameublement et d'entretien sont à la charge de tous les habitants de l'arrondissement de l'école.
» Art. 17. — Les instituteurs des premières écoles font logés aux frais des habitants, et autant qu'il est possible dans le lieu même de l'école.
» Art. 18. — Sur le nombre des premières écoles dévolues à chaque commune par la progression décrétée, le conseil général de chaque commune détermine combien il en est consacré spécialement à l'éducation des filles. »
Le 7 brumaire, nouveau décret rendu sur le rapport de Romme, en complément de celui du 30 vendémiaire ; ^il s'agit cette fois du placement des premières écoles, et de la première nomination des i?istttuteurs et des institutrices, ainsi que de leur traitement. En voici le texte :
« Du placement des premières écoles, et de la remière nomination des instituteurs et des intitutrices.
Art. 1er. — Il est établi, par district, une commission composée d'hommes éclairés et recommandables par leur patriotisme et leurs bonnes mœurs.
» Art. 2. — Cette commission s'occupe : 1° du placement des écoles dont l'arrondissement embrasse plusieurs communes ; elle se concerte à cet effet avec le directoire de district; 2° de l'emplacement des maisons d'enseignement dans les communes qui doivent en avoir, en se conformant à l'instruction annexée à la minute du présent décret, et en se concertant avec les conseils généraux des communes r 8« de l'examen des citoyens qui se présentent pour se dévouer à l'éducation nationale dans les premières écoles.
» Art. 3. — Chaque commission est composée de cinq membres, qui sont nommés comme il suit :
» Art. 4. — Chaque conseil général de commune envoie au directoire de son district, dans la décade courante, à partir de la réception du présent dé-
cret, une liste de cinq citoyens, après avoir consulté pour chacun d'eux le comité de surveillance du lieu, ou le plus voisin du lieu, s'il est encore en exercice, pour attester leur patriotisme et leurs bonnes mœurs.
» Art. 5. — Au second décadi après l'envoi du décret aux communes, le directoire de district nomme en séance publique, et à haute voix, les cinq membres de la commission, qui ne peuvent ôtre pris que dans la liste générale des présentations, et parmi ceux dont les bonnes mœurs et le patriotisme sontauthentiquementreconnus, comme il est dit dans l'article précédent.
» Art. 6. — En cas d'égalité de voix entre deux citoyens, l'homme marié est préféré au célibataire, le père de famille à celui qui n'a pas d'enfants, l'homme âgé à celui qui l'est moins ; et dans le cas où il y aurait encore indécision, le sort décide.
» Art. 7. — Le procès-verbal de la nomination de la commission est expédié à toutes les communes pour être affiché.
» Art. 8. — La commission se rassemble au cheflieu du district : elle invite tous les citoyens qui veulent se consacrer à l'honorable fonction d'instituteurs dans les premières écoles, à se faire inscrire dans leurs municipalités respectives.
» Art. 9. — Ces listes d'inscriptions portent le nom, le prénom, l'âge et la profession de chacun : elles annoncent pareillement ceux qui sont mariés et ceux qui ne le sont pas.
» Art. 10. — Une copie certifiée de chaque liste d'inscription est envoyée à la commission, après avoir été visée par le comité de surveillance du lieu le plus voisin, pour attester pareillement le patriotisme et les bonnes mœurs de ceux qui se sont inscrits.
» Art. 11. — Tout Français est admis à l'inscription dans tel département, dans telle commune qu'il lui plaît, en justifiant de sa bonne conduite et de son civisme.
» Art. 12. — Aucun ci-devant noble, aucun ecclésiastique et ministre d'un culte quelconque ne peut être membre de la commission, ni être élu instituteur national.
» Art. 13. — La commission appelle les citoyens inscrits dans l'ordre de l'envoi des listes, et chacun fst examiné suivant l'ordre de son inscription dans la commune.
» Art. 14. — La commission examine publiquement les connaissances de l'individu, son aptitude à enseigner, ses mœurs et son patriotisme; elle est dirigée, dans cet examen, par une instruction faite par le Comité d instruction publique, et approuvée par la Convention nationale.
» Art. 15. — Après avoir terminé ces examens, la commission proclame la liste de ceux qu'elle juge propre à remplir les fonctions d'instituteur ; cette liste forme la liste des éligibles ; elle est envoyée dans tous les arrondissements des écoles, et affichée.
» Art. 16. — Au décadi qui suit immédiatement l'envoi de la liste, les pères de famille, les veuves mères de famille, et les tuteurs, se rassemblent pour nommer l'instituteur parmi les éligibles.
» Ait. 17. — Le procès-verbal de l'élection est envoyé à la commission, qui le fait passer à l'instituteur, pour lui servir de titre.
» Art. 18. — Ceux qui auraient été nommés dans plusieurs communes sont tenus d'opter sans délai.
» Art. 19. — Les communes pour lesquelles l'option n'aurait pas lieu recommencent l'élection.
» Art. 20. — La commission envoie au département une copie certifiée de la liste des éligibles, afin que les districts dont la liste serait insuffisante puissent avoir recours à celles qui pourraient avoir un excédant.
» Art. 21. — Les dispositions précédentes s'étendent k la nomination des institutrices.
CONVENTION
CONVENTION
» Art. 22. — Les femmes ci-devant nobles, les 6 ci-devant religieuses, chanoinesses, sœurs grises, ainsi que les maîtresses d'écoles qui auraient été nommées dans les anciennes écoles par des ecclésiastiques ou des ci-devant nobles, ne peuvent être nommées institutrices dans les écoles nationales.
» Art. 23. — En ras de vacance d'une place d'instituteur ou d'institutrice, sur la demande de la municipalité, le directoire de district convoque les pères de famille, leur envoie la liste des éligibles, en leur indiquant ceux qui sont déjà nommés. Les pères de famille nomment, sur cette liste, à la place vacante.
» Du traitement des instituteurs et des institutrices.
» Art. 1er. — Le minimum du traitement des instituteurs est fixé à 1 200 livres,
» Art. 2. — Les Comités d'instruction publique et des finances réunis feront un rapport sur la détermination du maximum du traitement, et sur l'échelle des traitements intermédiaires. »
Nous avons trouvé, dans les pièces imprimées par ordre de la Convention, un projet de décret sans date, qui a été évidemment rédigé en exécution de l'article 2 ci-dessus. Le voici :
« Projet de décret présenté au nom des Comités d'instruction publique et des finances, pour les écoles nationales.
Traitement des instituteurs et des institutrices.
» Art. 1er — Chaque instituteur, outre le logement, reçoit un traitement fixé sur la progression suivante :
» Dans les communes qui ont depuis :
400 jusqu'à 1 500 habitants, 1 000 livres.
Au-dessus de 100 000 — 2 400
» Art. 2. — Les institutrices reçoivent, dans la même progression, un traitement diminué d'un cinquième. »
Enfin, le 9 brumaire, quelques articles additionnels et un décret sur la surveillance des écoles nationales, votés encore sur le rapport de Romme, viennent achever l'ensemble des dispositions constituant pour la première fois une législation de l'instruction primaire.
« Articles additionnels*
» Art. 1er. — Les arrondissements des premières écoles qui ne pourraient se former conformément h ce qui a été décrété, sans outrepasser les limites d'un district ou d'un département, sont déterminés par les commissions d'éducation des districts respectifs, sans aucun égard aux limites.
» Elles déterminent aussi de concert le placement de ces écoles.
» Art. 2. — Les instituteurs nationaux ne peuvent, sous aucun prétexte, diriger d'autre éducation que celle des élèves attachés aux écoles nationales, ni donner à aucun autre des leçons particulières.
» Art. 3. — Si, un mois après que la commission d'éducation a arrêté l'emplacement et les dépositions de la maison d'une école nationale, la commune n'en a pas commencé l'exécution, les corps administratifs sont chargés d'y pourvoir au défaut de la commune, et à ses frais, à prendre sur les sous additionnels.
» De la surveillance des écoles nationales.
» Art. 1er.— La surveillance de l'éducation des premières éolces a trois objets différents :
» 1° Les mœurs et la conduite des instituteurs et des élèves de l'un et de l'autre sexe ;
» 2° L'enseignement et l'exercice ;
» 3° Les maisons et tous les objets qui servent aux écoles.
» Art. 2. — La surveillance des mœurs, celle de l'enseignement et des exercices, appartient aux pères de famille qui l'observent comme il est dit ci-après. La surveillance des maisons et des objets appartenant aux écoles est réservée à la municipalité du lieu, sous la surveillance du district.
» Art. 3. — Dans l'arrondissement de chaque école, les pères de famille assemblés pour nommer l'instituteur ou l'institutrice nomment en même temps un d'entre eux pour exercer, au nom de tous, la surveillance sur l'éducation, avec le titre de magistrat des mœurs ; le développement des fonctions qui lui sont confiées est l'objet de l'instruction annexée au présent décret. (Cette instruction n'est pas au Moniteur.)
» Art. 4. — La commission d'éducation créée par l'art... du titre... est autorisée, jusqu'à l'organisation définitive de toute l'éducation nationale, à se rassembler au chef-lieu de district dans la dernière décade de chaque trois mois, pour se faire rendre compte par le magistrat des mœurs et les instituteurs, de tout ce qui est relatif à leurs fonctions.
» Art. 5. — Elle reçoit les réclamations et les plaintes contre les instituteurs et les institutrices, les examine en séance publique, et destitue, s'il y a lieu, ceux qu'elle juge indignes de remplir les fonctions qui leur étaient confiées.
» Art. 6. — Elle envoie tous les trois mois au Comité d'instruction publique un tableau des progrès de l'éducation nationale, pour être présenté à l'assemblée des représentants du peuple.
» Art. 7. — L'exécution des lois relatives à toutes les branches de l'instruction nationale est confiée provisoirement au Conseil exécutif (c'est-à-dire aux ministres), sous la surveillance immédiate du Comité d'instruction publique.
» Art. 8. — Pour organiser cette surveillance de manière à faire concourir l'éducation nationale avec tous les autres moyens de salut public, le Comité d'instruction publique doit se concerter avec le Comité de salut public, et présenter un rapport sur cet objet. »
Quant au projet de décret général, il formait naturellement la base de cette série de dispositions organisant les premières écoles, mais sans avoir reçu toutefois la sanction expresse d'un vote spécial. Aussi lorsque les décrets des 30 vendémiaire, 5, 7 et 9 brumaire furent annulés en frimaire, comme nous allons le voir, le plan tout entier de la Commission des neuf se trouva écarté du même coup.
Composition du Comité d'instruction publique en brumaire an //. — Le Comité d'instruction publique ne jouait plus qu'un rôle assez secondaire, depuis que la Commission d'éducation nationale avait été chargée à sa place de présenter un plan d'éducation. Cependant il lui restait, entre autres attributions, l'organisation des fêtes nationales * les mesures à prendre en vue de la composition des livres élémentaires ; la publication du Recueil des actions héroïques ; la surveillance des musées, collections et bibliothèques ; les encouragements à l'agriculture et à l'industrie, etc. Au 1" brumaire an II, le Comité d'instruction publique, d'après un document officiel que nous avons sous les yeux, se composait des membres suivants : David, Julien de la Drôme, Jay Sainte-Foy, Bouquier, Laignelot, Guyton-Morveau, Fourcroy, Arbogast, Mathieu, Boutroue, Valdruche, Couppé (de l'Oise), Bô, Romme, Durai (d'Ille-et-Vilaine), Audouin, Gay- Vernon, Thomas Lindet, Prunelle, Moyse Bayle, Grégoire.
CONVENTION
CONVENTION
Du !» brumaire (MO octobre f TîKt) au 9 thermidor an II (%? Juillet fî94).
Révision des décrets. Discours de Chénicr (15 brumaire). La révision des décrets est décidée (19 brumaire). Discussion sur la révision; Bbtfquier présente un nouveau plan (18 frimaire), auquel la priorité est accordée (21 frimaire). — Lk plan Bouquier. Rapport de Bouquier (22 frimaire) et discussion de son projet. Adoption de la première partie du plan Bouquier, devenu le décret du 29 frimaire an II fi 9 décembre 1793). Discours de Portiez sur les écoles de législation et de morale publique (2 nivôse). — Rapports kt décrets dans les Tnois premibrs mois db 1794. Décret concernant les livres élémentaires (4 et 9 pluviôse). Décret relatif à l'établissement d'instituteurs de langue française dans plusieurs départements (8 pluviôse). Fondation de Il < <>\c polytechnique (21 ventôse). — Rapport de Bouquier sûr le dernier degré d'instruction (24 germinal, 13 avril 1794). — L'Ecole de Mars. Première idée de l'Ecolb normale (13 prairial, 1er juin 1794). — Rapport de Grégoire sur les patois et la langue française (16 prairial).
Révision des décrets. — Discows de Chénier. — Cependant les décrets qui venaient d'être rendus paraissent n'avoir satisfait complètement personne. L'idée de les soumettre à une révision, soit pour les coordonner, soit pour les amender, se fit jour immédiatement. Nous ne savons qui prit l'initiative d'une proposition en ce sens; mais ce fut probablement le Comité de salut public: il avait déjà mis la main fur le Comité de législation, il voulut la mettre aussi sur le Comité d'instruction; le dernier des articles votés le 9 brumaire semblait d'ailleurs l'y inviter. Nous ne savons pas non plus dans quelle séance cette proposition fut faite. Quoi qu'il en soit, dès le 19 brumaire nous verrons Rorarae parler de cette révision comme d'une chose convenue.
En attendant, le 15 brumaire (5 novembre), Marie- Joseph Chénier montait à la tribune pour traiter de nouveau la question de l'instruction publique. Chénier n'était plus membre du Comité d'instruction ; son discours, dont nous allons reproduire les principaux passages, n'était donc que l'expression d'une opinion individuelle. Il n'en semble pas moins avoir produit une impression considérable.
« Aucun législateur, dit-il, aucun peuple ne nous a laissé des modèles que puisse adopter la République française. Quant aux anciens législateurs qui se sont principalement occupés de l'éducation, le législateur des Cretois, par exemple, et celui des Spartiates, je ne sais pourquoi l'on nous cite encore si souvent leurs institutions. Je veux croire un moment qu'elles étaient convenables à leur nation et à leur siècle; c'est précisément pour cela qu'elles ne nous conviennent point. Elles nous sont absolument inapplicables, je ne dis pas seulement par la différence des mœurs et des localités, mais par cette inégalité prodigieuse d'expérience, de moyens, de connaissances positives, qui existent entre les sociétés anciennes et les sociétés modernes, et qui les séparent autant que la nature a séparé dans les individus les proportions débiles de l'enfance et la vigueur de l'âge mûr.
» Il est donc nécessaire de créer et non de compliquer, d'inventer et non de se souvenir. Après avoir jeté un coup d'ceil général sur toutes les parties de l'instruction, il faut organiser tour a tour chacune de ses parties. »
Ces parties, selon Chénier, sont au nombre de trois : l'enseignement, la partie morale et la partie physique.
Il traite d'abord de l'enseignement, et reproche à la Constituante de n'avoir rien fait pour l'éducation « dans les jours de sa force et de son génie; ce fui. dans sa décrépitude qu'elle accorda quelques séances à la lecture d'un plan sur cette vaste matière. »>
Ce plan était • plus éclatant que solide,» et Chénicr adresse une vive apostrophe aux constituants qu'il
accuse d'inconséquence : c Espériez-vous que vos enfants et ceux de vos concitoyens deviendraient d'habiles défenseurs de la patrie, en étudiant exclusivement, pendant plusieurs années, la langue de l'ancienne Rome, ou les rêveries inintelligiblede la superstition de Rome moderne?...
» Qui de nous, citoyens, n'a pas été forcé, au sortir des écoles publiques, de recommencer son éducation, de devenir son propre instituteur, de lutter longtemps et sans cesse contre la tyrannie des premières impressions, de détruire lentemen: l'ouvrage des prêtres, et de se reconquérir luimême, malgré la résistance des préjugés qui avaient usurpé toutes les facultés de son âme?... Arrachez les fils de la République au joug de la théocratie qui pèse encore sur eux. Vous avez réformé les instituteurs, et le mode de leur nomination, et le mode d'enseignement, et le choix des études: ne perdez pas un instant pour mettre en activité les écoles primaires. Examinez avec attention s'il n'est pas convenable d'y joindre quelques instituts dans les grandes communes; voilà les premiers fondements de l'instruction, c'est par là qu'il faut commencer. »
Passant ensuite à la partie morale: « Ici, dit l'orateur, comme dans la partie de l'enseignement, il faut travailler avec ses idées, et non pas avec celles d'autrui ; il faut étudier les hommes et les choses, les temps et les lieux,... et peut être alors sera-t-on moins empressé de nous présenter des romans politiques, faiblement échafaudés d'après la République de Platon, ou d'après les romans historiques composés sur Lacédémone. » Chénier veut d'abord des fêtes nationales; puis des récompenses aux vertus utiles et au génie bienfaiteur des hommes: ces récompenses ne seront pas des trésors, ni des titres, ni des cordons, mais la gloire que donne a la feuille de chêne décernée par le peuple au citoyen qui a bien mérité de la patrie. »
Vient enfin la troisième partie, l'éducation physique ou la gymnastique. On doit « occuper les enfants des premiers, des plus simples exercices de la gymnastique, même avant d'inculquer à leur esprit les notions élémentaires... La course, la lutte, l'art de nager, l'exercice du canon, du fusil, le maniement de la pique, du sabre et de l'épée, telle est la gymnastique d'un peuple libre. Tout cela n'est point nécessaire à des esclaves. Ils doivent être faibles puisqu'ils doivent servir. Une race républicaine doit être robuste.
» Je demande, conclut Chénier, qu'après avoir achevé la partie de 1 enseignement, partie qui est déjà fort avancée, la Convention place immédiatement à l'ordre du jour les fêtes nationales, les récompenses nationales et la gymnastique. »
Ce discours est vivement applaudi. L'impression et l'envoi aux départements sont décrétés.
La révision des décrets est décidée. — A la date du 19 brumaire (9 novembre), nous trouvons au Moniteur la mention suivante, relative à la révision des décrets:
» Romme fait adopter ainsi qu'il suit la rédaction d'un décret déjà rendu:
» Sur la proposition d'un de ses membres, la Conventiou nationale décrète que le Comité de salut public lui présentera, dans le plus court délai, une liste de six membres pour composer la commission qui doit réviser le décret sur l'organisation des premières écoles.
» Le Comité d'instruction publique est chargé de faire aussi, de son côté, la révision du même décret, et de le faire imprimer, pour être distribué aux membres de la Convention.
» Elle fixe au 1er frimaire (21 novembre) la discussion du décret révisé, qui lui sera présenté par la commission, ou Dar le Comité d'instruction publique. »
CONVENTION
CONVENTIOrv
Nous n'avons pu trouver nulle part l'indication des noms des six membres que le Comité de salut public dut désigner pour composer la commission de révision; tout ce que nous savons, c'est que l'un de ces six membres était Bouquier, dont le plan d'instruction publique allait bientôt faire grand bruit et entraîner la majorité.
En dépit du décret ci-dessus, la discussion annoncée ne s'ouvrit point le 1er frimaire. Le 6 frimaire (26 novembre), nous voyons Thuriot réclamer contre ce retard; répondant à Danton, qui avait propose" d'organiser « des fêtes dans lesquelles le peuple offrira de l'encens à l'Etre suprême, au maître de la nature : car nous n'avons pas voulu anéantir la superstition pour établir le règne de l'athéisme, » — Thuriot s'écrie : « Sans doute, il faut des fêtes nationales. Mais ce qui doit fixer votre attention, c'est l'organisation de l'instruction publique. La France entière vous le demande ; on ne vous présente pas une seule pétition où ce vœu ne soit exprimé. Si déjà les écoles primaires étaient en activité, si des instituteurs animés de l'amour du bien public enseignaient les grands principes de la raison et de la morale, les plus zélés défenseurs de la liberté ne seraient pas si atrocement calomniés (Thuriot venait d'être expulsé des Jacobins comme modéré, sur la proposition d'Hébert)... Je demande que le primidi de la deuxième décade (11 frimaire), l'organisation de l'instruction publique soit mise à la discussion. » Cette proposition est adoptée.
Le 1 1 frimaire, toutefois, il ne fut pas question de l'instruction publique. Le 17, Grégoire, au nom du Comité d'instruction, lit un nouveau rapport relatif au Recueil des belles actions ; sur la proposition de Romme, ce rapport est renvoyé au Comité pour qu'il présente un tableau plus simple et plus précis. Enfin, le 18 frimaire (8 décembre), la révision arrive à l'ordre du jour.
Discussions sur la révision. Bouquier présente un nouveau plan, auquel la priorité est accordée. — Romme, de nouveau choisi comme rapporteur par le Comité d'instruction (Ldkanal était en mission à Bergerac depuis quelque temps, et ne revint à Paris que dans l'été de 1 794), parle en ces termes : « c'est l'instruction publique qui m'appelle à cette tribune. De toutes parts on la demande, et on la demande impérieusement. Tous les départements sont mûrs pour les leçons que vous voulez leur donner. Il faut donc vous occuper de cet objet, toute affaire cessante. Vous avez décrété les premières écoles, et vous avez chargé une commission particulière de faire la révision de ce décret, en même temps que le Comité ferait de son côté la même opération. Le Comité a fini son travail ; j'ignore si la commission a fait le sien, mais un de ses membres (Bouquier, sans doute) en a fait un, qui vous a aussi été distribué. Je demande que la Convention entende la rédaction de ces révisions, afin d'accorder la priorité à l'une d'elles. »
Romme fait ensuite lecture du travail du Comité. Il est imprimé sous ce titre : « Révision du décret pour l'organisation des premières écoles, faite par le Comité d'instruction publique. » Ce n'est pas autre chose qu'un arrangement méthodique des articles votés successivement le 30 vendémiaire et les 5, 7, et 9 brumaire ; le Comité s'en tenait aux décisions déjà prises : pour lui, la révision se bornait à une codification, à une mise en ordre des dispositions votées.
La commission nommée par le Comité de salut public avait été d'un avis différent : rejetant en bloc les décrets qu'elle était chargée de réviser, et ne tenant aucun compte des principes déjà admis par la Convention, elle se présentait avec un projet entièrement nouveau.
Après Romme, un membre de la commission lit a son tour le plan de celle-ci et en développe les
bases. Le Journal de l'instruction publique appelle ce membre Lindet ; c'est sans doute une erreur, et nous croyons qu'il faut lire Bouquier. car c'est Bouquier que les discours prononcés le lendemain désignent comme l'auteur du plan en question. Toutefois, comme l'évêque Thomas Lindet était membre du Comité d'instruction publique, peut-être faisait-il aussi partie de la commission ; il serait donc possible que le projet universellement désigné sous le nom de plan Bouquier eût été lu par Lindet en l'absence du rapporteur de la commission. Ni le Moniteur, ni le procès-verbal ne parlent de cette lecture.
Nous ferons connaître plus loin les dispositions du plan Bouquier, qui, proclamant à la fois la liberté de l'enseignement et l'obligation pour l'État de salarier ceux qui donneraient l'instruction primaire, devait réunir les suffrages de la majorité.
La discussion est ajournée au lendemain.
Le 19, Thibaudeau et Petit prennent la parole contre le projet de révision lu par Romme et contre l'ensemble duplan du Comité d'instruction publique.
Thibaudeau s'attache surtout à critiquer les idées que le Comité avait présentées à plusieurs reprises touchant l'organisation de l'enseignement supérieur. « Le plan présenté par le Comité, et qui n'est à peu près qu'une copie de celui de Condorcet, dit-il, me paraît plus propre à propager l'ignorance, l'erreur et les préjugés, qu'à répandre les lumières et la vérité. C'est un gouvernement pédagogique que l'on veut ainsi fonder dans le gouvernement républicain, une nouvelle espèce de clergé. Le Comité veut une école première, c'est-à-dire un instituteur et une institutrice, depuis 400 individus jusqu'à 1600; ce qui en donne au moins 80 000 pour le premier degré d'instruction. Il veut leur assurer à tous un traitement fixe de 1 20:) livres à 2 400 livres ; ce qui ferait une dépense annuelle de plus de 100 millions (Le Comité, ajoute Thibaudeau en note, avait proposé encore des écoles secondaires dans son premier degré d'instruction; je ne sais s'il a renoncé à cette superfétation de pédanterie). Il propose ensuite une commission d'éducation par chaque district, composée de 5 membres ; ce qui augmente encore cette armée de pédants de 2 750 individus ; ajoutez-y 80 000 magistrats des mœurs et les professeurs des instituts, des lycées, les frais d'établissement de toutes ces écoles, etc. Je demande à tout homme de bonne foi si, avec des institutions de cette espèce, nous ne nous rendrions pas la fable de toute l'Europe.
» Ce serait, à mon sens, une grande folie de créer plus de 80 000 places d'instituteurs et d'institutrices, et de décréter la levée de 172 750 pédagogues et surveillants, pour apprendre aux enfants, quoi ? à lire, à écrire, à compter, les droits de l'homme, la constitution, et les premières notions de la morale...
» Le système de créer des places fixes d'instituteurs et d'assurer leur salaire sans proportion avec l'étendue de leur travail, est le moyen le plus sûr de n'en avoir que de mauvais, et par conséquent une mauvaise instruction ; car alors les hommes ne verront plus que les places, et le traitement qui y sera attaché ; ils ne seront plus stimulés par l'émulation qui naît de la concurrence... Vous verrez accourir dans ces places, à l'aide de l'intrigue, une classe d'hommes ignorants, immoraux, et malheureusement encore puissants : ce sont les procureurs, les huissiers des ci-devant justices seigneuriales, les ministres subalternes de la chicane, les sacristains et les chantres de paroisse, toute cette vermine qui infecte les campagnes.
» ... Ce système n'est-il pas effrayant pour la liberté ? La révolution vient de détruire toutes les corporations, et on voudrait en établir une monstrueuse '■ une de 172,750 individus qui, embras-
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■sant, par une hiérarchie habilement combinée, tous les âges, tous les sexes, toutes les parties de la République, deviendraient infailliblement les régulateurs plénipotentiaires des mœurs, des goûts, des usages, et parviendraient facilement par leur influence à se rendre les arbitres de la liberté et des destinées de la nation.
» L'enseignement libre n'offre aucun de ces abus, et contient une foule d'avantages. Aussitôt que la nation aura dit : Je paierai à l'instituteur la somme de ... pour chaque enfant qui suivra ses leçons, elle encourage les hommes instruits à se livrer aux intéressantes fonctions de l'enseignement ; elle donne une prime aux talents, elle anéantit la cupidité et l'ignorance qui ne pourront jamais soutenir la concurrence, et elle assure à la jeunesse de bons instituteurs avec beaucoup moins de dépense.
» Qu'on ne dise pas que nous sommes des Vandales. Les Grecs étaient-ils des barbares parce que le gouvernement n'y salariait pas les professeurs?...
» Abandonnez tout à l'influence salutaire de la liberté, à l'émulation et à la concurrence; craignez d'étouffer l'essor du génie par des règlements, ou d'en ralentir les progrès, en le mettant en tutelle sous la férule d'une corporation de pédagogues, à qui vous auriez donné pour ainsi dire le privilège exclusif de la pensée, la régie des progrès de l'esprit humain, l'entreprise du perfectionnement de la raison nationale ; qui repousserait toutes les vérités et les découvertes qui n'auraient pas pris naissance dans son sein, car l'aristocratie et l'intolérance se glissent bientôt dans toutes les corporations; qui exercerait une influence dangereuse sur la confection des lois, leur exécution, leur interprétation, sur les élections; qui dicterait la pensée publique, et administrerait l'opinion.
» Le plan présenté par Bouquier me paraît, sous tous les rapports, préférable à tous ceux qui ont été imagines jusqu'à présent : comparez-le avec celui du Comité : l'un est simple, mais majestueux, facile, économique, et conforme aux principes républicains; l'autre est compliqué, pénible et dispendieux, et ressemble aux institutions monarchiques. »
Le langage de Thibaudeau rappelle d'une manière frappante celui de Durand-Maillane et de Daunou ; mais Thibaudeau va plus loin encore que ce dernier, car ce n'est pas pour l'enseignement secondaire et supérieur seulement, mais pour l'enseignement primaire qu'il propose, avec Bouquier, de s'en remettre à l'initiative privée.
Petit, qui succède à Thibaudeau, vient revendiquer pour lui-même la paternité de ce qu'il y a de bon dans le plan de Bouquier. Depuis un an on discute, dit-il ; « les idées les plus profondes, les plus savantes vous ont été présentées; au milieu de tout cela, et dès le commencement même de la discussion, des conceptions simples ont osé se faire voir (les siennes)... Le plan de Bouquier a été lu; j'ai observé que ce plan était un enfant contrefait de celui que je vous ai présenté le 1er octobre, et que vous avez accueilli avec quelque plaisir. » Il trouve que Houquicr va trop loin en remettant l'enseignement tout entier à des instituteurs privés, enseignant dans des locaux privés. « La Convention ne peut pas ainsi livrer au hasard des circonstances le soin des enfants de la République... » Il voudrait qu'il y eût des bâtiments publics consacrés à l'instruction, ainsi que des instituteurs publics. Ces instituteurs ne formeront, pas une corporation, puisqu'il n'y aura aucune liaison entre eux. Il conclut en rééditant son projet de décret.
Le 21 frimaire (11 décembre), la discussion continue. Fourcroy, qui avait si chaleureusement pris en main, en septembre, la cause de la réorganisa-
tion de l'enseignement supérieur, vient encore traiter la même question; mais cette fois il a complètement changé d'avis. Président des Jacobins, il s'est rangé à l'opinion qui est désormais celle de la majorité, à l'opinion dont Bouquier s'est fait l'organe officiel et que Thibaudeau a déjà défendue. « Je crois qu'il y aurait danger, dit Fourcroy, à établir des écoles publiques salariées par la nation... Si l'on adoptait les plans d'instituts et de lycées, qui ont été tant de fois reproduits sous différentes formes (et par lui-même aussi, l'on s'en souvient), on aurait toujours à craindre l'élévation d'une espèce de sacerdoce plus redoutable,j>eutêtre que celui que la raison du peuple vient de renverser (allusion à l'abjuration de l'archevêque de Paris et de son clergé, qui avait eu lieu solennellement devant la Convention un mois auparavant, le 17 brumaire). Solder tant de maîtres, créer tant de places inamovibles, c'est reformer des espèces de canonicats, c'est permettre enfin à des professeurs privilégiés de faire à leur gré des leçons froides que l'émulation ou le besoin de la gloire n'inspire plus... Ici, comme dans toutes les autres parties des établissements républicains, la liberté est. le premier et le plus sûr modèle des grandes choses. Chacun doit avoir le droit de choisir pour professeurs ceux dont les lumières, l'art de démontrer, tout, jusqu'au son de voix, au geste, est le plus conforme à ses goûts. Laisser faire est ici le grand secret et la seule route des succès les plus certains... Que les jeunes gens soient libres de choisir le professeur qui leur conviendra; que la République paie elle-même les frais de leur cours et de leur entretien, lorsque la fortune de leurs parents ne leur suffira pas pour se livrer à ces études. Mais plus de corporations, plus de privilèges dangereux pour la liberté. >»
Romme réclame la priorité pour le projet du Comité d'instruction, en faveur duquel il tente un dernier effort, ce II s'applique, dit le Moniteur, h faire sentir que décréter la liberté de l'enseignement, ce serait entretenir une distinction odieu-e entre le riche et le pauvre, et laisser celui-ci dans un galetas, comme auparavant. Sans doute tous nos efforts doivent tendre à rendre les instituteurs publics inutiles, en procurant aux pères les lumières et le civisme nécessaires pour former l'âme des jeunes républicains; mais serait il sage de s'en reposer aujourd'hui sur eux de cette tâche à laquelle est attaché le sort de la liberté? »
Jay Sainte-Foy, répondant à Romme, « s'indigne qu'on outrage ainsi la raison populaire. Il ne voit dans les articles révisés (ceux de Romme) que le régime des universités renouvelées de L'évêque d'Autun et de Condorcet, et dégagé de ce qu'il offrait de plus absurde. Les 40 mille bastilles où l'on propose de renfermer la génération naissante lui semblent la meilleure ressource qu'on ait pu imaginer pour soutenir le dernier espoir de la tyrannie, ou pour la ressusciter de ses cendres. Il insiste fortement en faveur de l'autorité paternelle, que l'on ne rougit pas de transmettre à des mains mercenaires, et pour la plus grande partie, à d<'s suppôts de la chicane. Nos défenseurs, en rentrant dans leurs foyers, seront-ils bien touchés d'apprendre qu'un ancien procureur au Châtelet, par exemple, est chargé d'inspirer les vertus républicaines à leurs enfants? Comme si ics fondateurs de la liberté avaient besoin d'un tiers pour communiquer à leur famille l'enthousiasme dont ils son: embrasés ! »
La Convention passe au vote, et la priorité est accordée, à une grande majorité, au plan de Bouquier.
Le plan Bouquier. — Rapport de Bouquier et discussion de son projet. — Le lendemain '12 frimaire, Bouquier monte à la tribune comme rapporteur de ce projet qui venait de rencontrer si
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subitement tant de champions enthousiastes. Bou- 1 quier était un simple homme de lettres, député de la Dordogne ; il fut élu, un peu plus tard, président des Jacobins, preuve que ses idées étaient bien celles du parti dominant. Il prend la parole en ces termes :
« Vous aviez chargé une commission de réviser le décret relatif à l'organisation des premières écoles. Elle a rempli cette tâche; mais, en s'en acquittant, elle a vu que le grand problème de l'instruction publique pouvait être résolu de plusieurs manières, et elle s'est déterminée à vous présenter un nouveau plan, un plan simple, naturel, facile à exécuter; un plan qui proscrivit à jamais toute idée de corps académique, de société scientifique, de hiérarchie pédagogique; un plan enfin dont les bases fussent les mêmes que celles de la constitution, la liberté, l'égalité, la brièveté.
» Qu'avons-nous besoin d'aller chercher loin de nous ce que nous avons sous les yeux ? Les plus belles écoles, les plus utiles, les plus simples, où la jeunesse puisse prendre une éducation vraiment républicaine, sont, n'en doutez pas, les séances publiques des départements, des districts, des municipalités, des tribunaux, et surtout des sociétés populaires...
» Tout présentera aux jeunes gens des moyens d'instruction; ils en trouveront au sein de leurs familles ; ils en trouveront dans les livres élémentaires que vous allez publier; ils en trouveront enfin dans les fêtes nationales que vous allez instituer... On voit que la révolution a, pour ainsi dire d'elle-même, organisé l'instruction publique et placé partout, des sources inépuisables d'instruction. N'allons donc pas substituer à cette organisation simple et sublime comme le peuple qui l'a créée, une organisation factice et calquée sur des statuts académiques... Conservons précieusement ce qu'ont fait le peuple et la révolution ; contentons-nous d'y ajouter le peu qui y manque pour compléter l'instruction publique. Ce complément doit être simple comme l'ouvrage créé par le génie de la Révolution. Je vais vous en lire le projet. »
Nous donnerons tout à l'heure in extenso le texte de la partie du projet qui concernait l'enseignement primaire, et qui fut votée sept jours plus tard sous le nom de Décret du 29 frimaire sur l'organisation de Vinstruction publique. Mais ce décret ne comprend que les trois premières sections du projet, les seules qui furent alors discutées; la quatrième et la cinquième sections, qui furent ajournées, traitaient du dernier degré d'instruction et des moyens généraux d'instruction (bibliothèques, musées, cabinets d'histoire naturelle, etc.); nous les retrouverons en germinal, lorsque Bouquier viendra présenter, en complément du décret du 29 frimaire, son rapport sur le dernier degré d'instruction.
La première et la deuxième section furent adoptées séance tenante, sans grande discussion. A propos de l'art. 6 de la section III, il s'engagea un débat intéressant. Cet article était primitivement conçu en ces termes : « Les pères, mères, tuteurs ou curateurs pourront, à leur choix, envoyer leurs enfants ou pupilles aux écoles du premier degré d'instruction. »
Charlier demanda que les mots pourront envoyer lussent remplacés par ceux-ci : seront tenus d envoyer.
Thibaudeau s'opposa à l'amendement, au nom des droits de la nature.
Danton (qui était de retour à Paris depuis le 1er frimaire) appuya au contraire la proposition de Charlier. « Il est temps, dit-il, de rétablir ce grand principe qu'on semble méconnaître : que les enfants appartiennent à la République avant d'appartenir à leurs parents. Personne plus que moi
ne respecte la nature ; mais l'intérêt exige que lîs seulement doivent se réunir les affections. Qui me répondra que les enfants, travaillés par l'égoîsme des pères, ne deviennent dangereux pour la République? Nous avons assez fait pour les affections, devons-nous dire aux parents; nous ne vous les arrachons pas, vos enfants, mais vous ne pouvez les soustraire à l'influence nationale. »
L'amendement Charlier est adopté. Mais Thibaudeau s'obstine, et demande le rapport de ce vote. Il est combattu par Lecointe-Puyraveau: il est nécessaire, dit celui-ci. que la génération future reçoive une éducation populaire et commune. La Convention renvoie la suite de la discussion au lendemain.
Le lendemain 23, l'article 6 est définitivement voté avec l'amendement Charlier, qui est maintenu ; et le reste de la troisième section est adopté, sauf quelques articles auxquels on a proposé des amendements peu importants, qui sont renvoyés au Comité.
Adoption de la première partie du plan Bouquier, devenu le décret du 29 frimaire an II. — C'est seulement le 29 frimaire (19 décembre), que ce sujet revint à l'ordre du jour. « Bouquier, dit le Moniteur, fait adopter les articles ajournés du projet de loi sur les écoles primaires. » Il ne s'engage pas de nouvelle discussion, et l'ensemble du décret est voté dans la forme suivante :