Historique de l'instruction primaire
1° Avant 1789. — Les documents sont très rares,, et cette partie est difficile à traiter avec sûreté. Il se trouve cependant aux archives départementales et à la bibliothèque de Dijon quelques manuscrits qui nous ont fourni un certain nombre de renseignements. Nous les résumons ci-dessous (V. en outre les détails donnés à l'article Bourgogne) :
XIe siècle. — École monastique de l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, ouverte aux jeunes laïques.
XIIIe siècle. — École créée par les Jacobins de Dijon.
XIVe-XVIe siècles. — Écoles publiques de Dijon , sous la direction primitive du chantre du diocèse de Langres, ensuite de la mairie de Dijon. Au xve siècle, ces écoles étaient fréquentées par un grand nombre d'étudiants étrangers; elles prirent fin sous François Ier ; Pierre Turrel en fut le dernier recteur. En 1532, elles deviennent le collège dit « des Martins », du nom de Julien Martin, prêtre, qui dota le nouvel établissement. A la fin du siècle il se confondit avec celui des jésuites.
Le patriotisme éclairé du président Godran vint favoriser le goût naturel des Dijonnais pour les sciences. Il fonda par testament (1581) un collège où a l'on donnerait des leçons d'agriculture, d'arithmétique et d'écriture. » On y enseignait aussi les belles-lettres, la théologie. Il fut aux mains des jésuites de 1587 à 1763.
Cette maison a compté des élèves illustres. Quinze ont été évoques, parmi lesquels Bossuet. Les Nicaise, les La Monnoye, les Crébillon, les Piron, les Buflbn sont venus s'asseoir sur ses bancs.
XVIIe siècle. — Le 22 avril 1678, M. Gonthier, vicaire général, fonda une école de charité dans la paroisse de Saint-Philibert, pour trente* trois enfants pauvres, en lhonneur des trente-trois années que Jésus-Christ a passées sur la terre.
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COTE-D'OR
Le fondateur, « après avoir mûrement considéré que plusieurs enfants des pauvres bourgeois, artisans, vignerons, vivent dans une ignorance grossière et dans l'oisiveté, et ayant connu par une expérience de plus de vingt années le fruit qui arrive à ces petites écoles de charité, en ayant fait l'essai dans deux ou trois peu-oisses de cette ville, veut assurer le même bienfait aux enfants de la paroisse de Saint-Philibert. »
XVIIIe siècle. — Etienne Carnu du Chailloux, curé de cette paroisse, reprit l'œuvre du vicairegénéral Gonthier ; il fit construire à ses frais une école et la légua, en 1726, aux frères des Ecoles chrétiennes, avec une somme de 600 livres. C'est la première des écoles établies régulièrement à Dijon pour l'instruction des enfants pauvres. Un seul maître, alors séculier, la conduisit jusqu'en 1728.
Le 1er mai 1729, fondation à perpétuité dans les paroisses de Saint-Médard, de Saint-Michel et de Saint-Pierre, des écoles publiques [où les frères des Écoles chrétiennes enseigneront gratuitement aux pauvres garçons des trois paroisses « à lire et à écrire, l'arithmétique, le catéchisme, et généralement tout ce qui est pratiqué par les frères dudit Institut. »
La même fondation eut lieu, à Auxonne, le 29 avril 1731 : trois frères furent chargés de tenir les écoles chrétiennes et d'apprendre à lire, à écrire, €t le catéchisme, aux enfants de la ville.
Le 9 mars 1733, les écoles de Dijon ayant pris de l'extension, il intervient un traité de fondation d'un septième frère des Écoles chrétiennes entre le le supérieur de l'hôpital général et le frère Sixte, profès de l'Institut. Il y est dit : « Il y aura toujours dans la communauté des frères de Dijon sept frères, qui ensemble vivront en commun pour le service des écoles. »
En exécution d'un testament de Pouffier, une académie fut fondée à Dijon. En 1763, le prince de Condé s'en déclara protecteur. L'école gratuite de dessin, établie en 1766, est l'objet de toute la sollicitude de l'académie et des États de la province.
Jusqu'ici il n'a été question que de l'instruction des garçons, pauvres ou riches. Il semblerait que l'éducation des filles devait être négligée. Cette hypothèse tombe de soi, quand on lit ce remarquable passage du chap. ii du Plan général d'institution pour la jeunesse de Bourgogne, présenté au parlement, et portant la date de 1763 (V. Bibliographie,^. 198): «Puisqu'il est question aujourd'hui d'apporter une réforme dans l'instruction delà jeunesse et par conséquent dans les mœurs de la nation entière, il faut que le nouveau plan embrasse l'éducation des enfants de l'un et de l'autre sexe, de ceux de la ville et de la campagne. Les femmes influent plus qu'on ne le croit sur les mœurs d'une nation ; qu'on lise les histoires des différents peuples et on s'en convaincra. A Lacédémone, elles formaient des guerriers; à Athènes, elles entretenaient le goût des arts et de l'éloquence; si elles avaient toujours eu des mœurs à Rome, Rome subsisterait peut-être encore. Les dames ignorent-elles le pouvoir qu'elles ont sur les hommes, et combien la gravité des mœurs réunie en elles à la douceur du caractère et aux lumières d'un esprit cultivé, serait capable de changer, je l'ose dire, la face d'une nation entière. Heureuse révolution ! qu'on devra certainementà l'attention qu'on aura de procurer aux filles l'éducation dont elles sont capables. »
L'auteur distingue quatre sortes d'écoles pour les garçons et autant pour les filles.
Le ^ chapitre xi est intitulé : « Des honneurs que l'on doit rendre aux instituteurs de la jeunesse. » Après les avoir énumérés, l'auteur conclut ainsi : « Je souhaiterais seulement qu'on leur accordât un habillement distingué, un rang et des égards particuliers. »
2° Depuis 1789. — Sous la Révolution et le Di-
rectoire. — On trouve aux archives une délibération de l'assemblée départementale de la Côte-d'Or relative à l'époque de la rentrée des différentes écoles publiques (19 octobre 1790), une autre du 14 octobre 1790, et une troisième du 15 février 1791 concernant les prix d'encouragement à accorder aux écoles publiques.
En 1794, sous la Convention, le directoire du département de la Côte-d'Or prend un arrêté relatif au maintien de la liberté des opinions religieuses dans les établissements d'instruction, et un autre, à la date du 4 ventôse, concernant le mode de paiement des instituteurs des petites écoles et l'organisation des écoles primaires.
En 1795, toujours sous la Convention, le représentant Dupuis est envoyé en mission dans le département, pour y assurer la prompte exécution des lois relatives à l'instruction primaire.
Il prend divers arrêtés :
Du 3 floréal an III : « Ayant dans les visites qu'il a faites des écoles primaires de la campagne, remarqué que toutes les dispositions de l'art. 5 de la loi du 27 brumaire an III (V. Convention, p. 563) qui affecte la totalité des ci-devant presbytères aux 'écoles et aux logements des instituteurs et institutrices, ne sont pas observées, et que les municipalités ont souvent distrait des salles pour leurs assemblées, au préjudice des besoins de l'instruction primaire, il charge le directoire du département de faire cesser ces abus, et de veiller à l'observation rigoureuse des lois dans les lieux où elles pourraient être violées. »
Même date : « Les instituteurs des écoles pri maires seront payés sur l'ancien pied, jusqu'au jour de la nomination du nouveau. »
Du 13 floréal an III : « Il y a lieu de réunir en un même local les instituteurs des écoles primaires, afin qu'ils puissent se partager les divers objets d'instruction auxquels ils seraient le plus propres. »
L'administration départementale de la Côte-d'Or avait souci des intérêts de l'instruction primaire.
Le 2i pluviôse an IV (1796), elle s'occupe de la création des écoles. L'article 1er de son arrêté est ainsi conçu : « Il y aura des écoles primaires dans toutes les communes où les administrations municipales jugeront nécessaire qu'il en soit établi, sous l'approbation de l'administration départementale ; » et l'article 2 : « Nul ne pourra être installé qu'après avoir été examiné et choisi par le jury d'instruction. »
Le 14 messidor an IV, autre arrêté portant création dans le département de 544 écoles primaires indiquées dans un tableau détaillé et annexé au dit arrêté. Dijon doit avoir six instituteurs, Beaune cinq, Auxonne quatre, Semur trois et Châtillon deux.
Le 6 frimaire an V (1796), arrêté portant fixation d'émoluments aux instituteurs des écoles primaires : Dans les communes au-dessous de 2000 âmes, 150 fr. par an ; de 2000 à 5000, 250 fr. ; de 5000 et au-dessus, 350 fr. (La loi du 3 brumaire an IV assurait en outre aux instituteurs le logement gratuit).
Le 7 prairial an VII (1799), l'arrêté ci-dessus est rapporté. Ce sont les élèves ou leurs familles qui paieront ceux qui les instruisent. La rétribution scolaire est fixée comme suit, par mois et par élève :
Communes
Pour ceu\ qui apprennent A lire seulement A lire et à écrire
De
500 âmes et au-dessous. 25 cent. 5 décimes
500 à 1 000 3 décimes 6 —
1000 à 2 000 35 cent. 7 —
2 000 à 5 000 4 décimes 8 —
5 000 et au-dessus i franc. i fr. 50 c
L'administration départementale, sous la première République, ne se bornait pas à créer des écoles, à réglementer ce qui concerne les études,
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la rétribution et le traitement, elle s'assurait encore de la manière dont les maîtres remplissaient leurs devoirs, et ceux qui y manquaient étaient sévèrement réprimés ; on allait jusqu'à la révocation. On en trouve la preuve dans une lettre du 25 pluviôse an VII (179!)), écrite par le ministre de L'intérieur, François de Neufchâteau : « 11 approuve les dispositions des arrêtés par lesquels les administrations de la Côte-d'Or ont fermé plusieurs écoles. Il les invite à remplacer les instituteurs incapables de remplir leurs fonctions, par d'autres qui soient éclairés et républicains. »
Sous le Consulat et VEmpire. — Pour la période consulaire, si l'on recourt aux délibérations du Conseil général, on trouve un premier procèsverbal qui remonte à l'an VIII (1800). La seule délibération qu'il contienne concerne l'école centrale. Le budget de la dépense s'élève à 36 075 fr. Il est dit: « Dijon possède une école centrale dont la réputation attire une foule d'élèves des départements voisins. » Le conseil exprime le vœu de voir les écoles centrales organisées dans le département.
On y trouve aussi, en l'an IX (1801), un tableau des diverses écoles. Outre l'école centrale, il y a au chef-lieu 6 écoles publiques, fréquentées par 250 élèves, presque tous garçons.
« Le gouvernement, dit le Conseil général en l'an IX, nous dispensera de lui tracer le tableau de la situation vraiment déplorable des campagnes, sous le rapport de l'instruction primaire ; les inconvénients qui en résultent sont innombrables ; il nous saura gré de ne pas lui faire partager le sentiment douloureux que nous éprouvons, en jetant les yeux sur cette partie de l'administration. »
De l'an X à 1815, la parole est au canon. L'instruction primaire est négligée ; les délibérations du Conseil général n'en font nulle mention.
Toutefois, en l'an X, après le vote de la loi instituant les lycées (V. Consulat, p. 515), il avait émis le vœu d'avoir un lycée qui devait remplacer l'école centrale. Ce vœu est accueilli. On lit, en effet, dans l'Annuaire de l'instruction publique de l'an XII : <« Dans le cours de l'an XII, il sera établi un lycée dans la ville de Dijon. Les écoles centrales de la Côte-d'Or, de Saône-et-Loire et de la Haute-Marne seront fermées à. dater du 1er brumaire. »
Sous la Restauration. — En 1818, le Conseil général s'exprime ainsi : « L'instruction primaire dans les campagnes continue à s'améliorer, mais il serait important de la confier dans les villes aux frères de la Doctrine chrétienne. »
En 1820, l'organisation de l'instruction primaire, tant de fois annoncée, se fait toujours attendre. Le Conseil s'applaudit d'avoir des frères dans le département.
En 1821, vœu de voir supprimer la rétribution universitaire, et confier l'instruction publique à des congrégations religieuses.
En 1823, le Conseil général constate que l'ordonnance royale du 29 février 1816 aapporté de grandes améliorations dans l'instruction primaire, par l'établissement des comités cantonaux.
Statistique comparée de 1829 a 1877. — Voici les données statistiques que nous possédons sur le développement de l'instruction primaire dans la Côte-d'Or depuis 1829 :
Nombre des communes dépourvues d'écoles. — Le département, qui comptait encore, en 1850, 30 communes sans aucune école, n'en comptait plus qu'une en 1863, et plus une seule en 1S76. Mais 30 communes de plus de 500 âmes n'avaient pas encore d'école de filles en 1877.
Nombre des écoles primaires publiques et libres. — Le nombre total des écoles primaires était, d'après VAlmannch de l'Université, de 522 en 1813 et de 649 en 1821. Le progrès du nombre des écoles depuis 1829 est résumé dan:? le tableau suivant:
Écoles publiques
Eco
es libres
ToUi
Division de* écoles publiques et libres en écoles de garçons, écoles mixtes, et écoles de filles.
Écoles de garçons Écoles mixtes Écoles de filles Total
1850.. 699 (comprises dans le chif- 229 928
fre des éc. de garç.)
Division des écoles publiques et libres en écoles laïques et écoles congréganistes.
Écoles
laïques
Ecoles congi
éganistes de filles
de garçons
de filles
de
garçons
Total
ou mixtes
ou
mixtes
Nombre d'instituteurs et d'institutrices, y compris les adjoints et adjointes.
Institu
eurs
In
stitu
rices
laïques
con
grégani
tes
laïques
coi
gréganistei
Nombre total d'élèves, et nombre des élèves gratuits, dans les écoles primaires de toute nature.
Total des élèves
Elèves gratuits
Manque.
Manque.
Manque.
Manque.
En 1832, il y avait 1097 élèves inscrits sur 1000') habitants; en 1876, il yen avait 1 448 sur 10000 habitants.
Salles d'asile.
>'ombre
des établissements
des élèves
Nombre des cours d'adultes et de leurs auditeurs.
Nombre des cours. Nombre des auditeurs
Hommes
Femmes Hommes
nombre des brevets délivrés de
1833 a. 1S78 a été le suivant :
Instituteurs.
1833-1850 110 breveta élémentaires, 291 brevets supérieurs. 1851-1867 345 brevets obligatoires, 214 brevets complets. 1868-1878 353 — 89 —
COTE-D'OR
COTE-D'OR
Institutrices.
1836-1850 169 brevets élémentaires, 75 brevets supérieurs. 1851-1867 318 brevets obligatoires, 65 brevets complets. 1868-1878 368 — 84 —
Certificat d'études primaires. — C'est en 1876 que les examens pour le certificat d'études primaires ont été introduits dans la Côte-d'Or. Voici les résultats des trois premières années :
Nombre de candidats Certificats obtenus Garçons Filles Garçons Filles
Bibliothèques scolaires. — En 1863, le département comptait 20 bibliothèques scolaires avec 1 307 volumes; en 1876-77, il y en avait 289, avec 34 736 volumes.
Budget de l'instruction primaire. — Nous donnons ci-dessous le tableau des dépenses ordinaires de l'instruction primaire, pour les années 1855 à 1879:
en
COMMUNES
DÉPARTEMENT
'ÉTAT
Les chiffres de la colonne Communes peuvent se décomposer en trois rubriques distinctes, dont l'ensemble forme les totaux portés dans cette colonne au tableau ci-dessus. Ces rubriques sont : 1° les dons et legs; 2° le montant des ressources communales proprement dites (revenus ordinaires, centimes spéciaux et centimes extraordinaires) appliquées aux dépenses ordinaires de l'instruction primaire; et 3° le produit de la rétribution scolaire. Voici, pour trois époques différentes, la proportion relative de ces trois éléments dans la constitution du chiffre total des dépenses dites communales :
Dons et legs 509 >»
Ressources communales. 300 408 »
Rétribution scolaire.... 128 199 »
Totaux 429 116» 508 682» 787 457»
Nous complétons ces données statistiques patdeux tableaux indiquant le nombre des conscrits sachant lire, pour la période de 1827 à. 1877, et celui des conjoints qui ont signé leur acte de mariage, pour celle de 1854 à 1877 :
ANNÉES
CONSCRITS Inscrits Sa1'jrent Pour 10°
RANG
nu
DÉPARTEMENT
Proportion des conjoints ayant signé leur acte de mariage.
Années Hommes Femmes Hommes et femmes
Les travaux de M. Maggiolo sur le degré d'instruction des conjoints à différentes époques du passé nous permettent d'ajouter à ces chiffres les renseignements suivants, qui fournissent un point de comparaison intéressant. Au xvne siècle, durant la période quinquennale de 1686 à 1690, sur 101) conjoints, 21.36 ont signé leur acte de mariage ; un siècle plus tard (1786-1790), la proportion est de 39.94 ; enfin pour les années 1816-1820, elle est de 55.20 pour 100.
2. Etat actuel de l'Instruction primaire (187S1. — L'enseignement primaire est en progrès sensible dans la Côte-d'Or depuis quelques années. Cette marche en avant s'explique par la sollicitude du Conseil général pour ce grand service, par une meilleure organisation pédagogique, par l'institution des conférences cantonales et du certificat d'études, par l'action suivie de l'autorité sur les maîtres et sur les écoles, enfin, par les bienfaits de la loi du 19 juillet 1875.
Nombre et nature des écoles. — Le département possède 1083 écoles pour une population de 377 663 habitants, soit, en moyenne, une école pour 350 habitants. 953 sont publiques et 130 libres ; 417 sont communes aux deux sexes, 304 spéciales aux garçons, et 362 aux filles ; 859 sont dirigées par des laïques et 224 par des congréga nistes.
Toutes les écoles publiques de garçons sont dirigées par des instituteurs laïques. Mais il y a encore 135 écoles publiques de filles aux mains des congréganistes.
Nonibre des élèves. — La population scolaire, en 1878, s'est élevée au chiffre de 59 518 élèves (30 872 garçons et 28 64b" filles). Cependant, il reste un chiffre assez élevé d'enfants de 6 à 13 ans, 2000 environ, qui ne fréquentent aucune école. La statistique de 1876 constatait que sur 41 869 enfants d'âge scolaire recensés dans la Côte-d'Or, 39 792 seulement étaient inscrits dans une école quelconque (dont 38 956 dans une école primaire proprement dite) ; la proportion entre le nombre des enfants d'âge scolaire inscrits dans une école et celui des enfants de cet âge dont l'existence a été constatée par le recensement, était cette annéela de 94.9 pour 100, et assignait à la Côte-d'Or le 10e rang parmi les départements.
La gratuité absolue a été appliquée à 34 981 enfants, ou à plus de la moitié des élèves.
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Maisons d'école. — Les subventions accordées par l'État à diverses communes de la Côte-d'Or pour construction de maisons d'école se sont élevées en
1878 à (;2 400 fr., répartis entre 20 communes ; et en
1879 à 78 300 fr., répartis entre 24 communes. Salles d'asile. — Il existe dans le département
61 salles d'asile qui reçoivent 4 857 enfants. 51 de ces établissements sont tenus par des congréganistes et 10 par des laïques. La situation matérielle des locaux laisse encore beaucoup à désirer en plus d'un endroit. Dans un certain nombre de ces asiles, on a introduit la méthode phonomimique, que les enfants saisissent avec facilité. Les leçons de choses y sont aussi pratiquées; et l'enseignement ainsi donné prépare convenablement les enfants à « la vie de l'école ».
Cours d'adultes. — Le nombre des cours d'adultes s'est élevé pendant l'hiver de 1878-79 à '«45, et celui des auditeurs à 4 959. C'est une amélioration notable sur les années précédentes. Les instituteurs n'ont pas été sourds à l'appel qui leur a été adressé. Un nouvel essor a été donné aux classes du soir, bien que la rémunération allouée aux directeurs soit bien minime, et surtout peu en rapport avec le travail pénible que s'imposent ces maîtres.
Bibliothèques scolaires, — L'œuvre des bibliothèques scolaires continue à progresser dans la Côte-d'Or. 307 bibliothèques contenant 37 954 volumes ont prêté 23 256 ouvrages pendant l'année 1878. Cette situation est due au zèle des instituteurs, aux dons de personnes amies de l'instruction, et aussi aux concessions ministérielles faites à diverses écoles du département.
Certificat d'études. — Les examens du certificat d'études sont organisés dans ce département depuis 1876.
Dès le début, cette institution a été accueillie avec faveur.
L'expérience de trois années démontre qu'elle a développé chez les maîtres un sentiment d'émulation salutaire; les familles s'y intéressent et, à chaque session, il y a lieu de constater, chez les maîtres comme chez les élèves, un redoublement d'ardeur.
Sans offrir des difficultés de nature à décourager les candidats, les examens ont cependant un niveau assez élevé pour qu'ils ne paraissent pas la sanction banale d'études insuffisantes. L'attrait de cette épreuve est tel que, dans nombre d'écoles, elle a retenu jusqu'en mai des candidats qui eussent quitté les bancs en février; et ce qui est rare et plus précieux encore, c'est le retour aux cours d'adultes de jeunes gens mus par le désir de conquérir le certificat d'études.
Cette institution a donc fait ses preuves dans le département; elle est sagement réglementée et ne peut avoir qu'une heureuse influence sur les progrès de l'instruction primaire.
Caisses d'épargne scolaires. — La création des caisses d'épargne scolaires, qui ne date que de deux ans dans la Côte-d'Or, y a pris de rapides développements. 188 caisses ont reçu 108 984 fr. C'est un résultat qui a dépassé toutes les prévisions.
Conférences pédagogiques. — Des conférences pédagogiques sont régulièrement organisées dans le département. Suivies et appréciées, elles donnent lieu à des études préparatoires, à des discussions, à des résumés écrits, exercices très profitables aux instituteurs. Elles produisent l°s meilleurs résultats au point de vue de l'amélioration des méthodes, de l'esprit de corps qui doit animer les instituteurs, en môme temps qu'elles contribuent à élever le niveau général de l'instruction.
Bulletin scolaire. — Ce bulletin a été fondé en 1876. C'est le Conseil général qui en fait les frais : il vote chaque année 1 000 fr. pour cette publication. Inutile de parler des services qu'elle rend aux
instituteurs : elle les tient au courant dos mutations dans le personnel enseignant primaire, des décisions administratives, et elle leur offre en môme temps des études pédagogiques.
Ecole normale de garçons. — Le recrutement de cette école, fondée en 1829, est des plus faciles. Pour douze places vacantes, il y a chaque année 80 ou 90 candidats. Quelques-uns d'entre eux soi.t déjà pourvus du brevet simple et pourtant échouent parfois au concours d'admission. Chaque année en offre des exemples.
L'organisation de cette école est toute particulière : le directeur de l'école normale est en même temps le directeur des écoles municipales de garçons; les maîtres adjoints, indépendamment de leurs attributions propres, remplissent aussi des fonctions d'enseignement dans des classes d'ordre primaire supérieur, qui appartiennent à la ville, mais sont, de fait, comme des annexes de l'établissement départemental. Tous, directeur et maîtres adjoints, reçoivent un traitement municipal pour ce service accessoire.
L'école normale n'a pu recevoir jusqu'ici qu'un nombre d'élèves trop peu en rapport avec les besoins du service. Mais cette lacune sera bientôt comblée : le Conseil général vient de décider l'acquisition d'un vaste terrain, destiné à servir d'emplacement au nouveau bâtiment de l'école normale, qui doit être incessamment construite.
Ecole normale de filles. — Une école normale de filles est en ce moment en construction et pourra s'ouvrir pour la rentrée de 1880.
Cours normal. — Le cours normal, installé dans les bâtiments de l'Ecole Turgot, à Dijon, est maintenant au complet : il y a quatre élèves par année. Mais ce personnel est loin de répondre aux vides qui chaque année se produisent dans les cadres des écoles de filles du département, et l'effectif devra être triplé dans la nouvelle école.
Cours secondaires. — Dans ce même local de la rue Turgot ont lieu chaque jour des cours destinés à la préparation des jeunes filles au brevet. Ils sont confiés à des professeurs du lycée et suivis par environ 80 jeunes personnes venant des différentes écoles de la ville, ou résidant dans leur famille. On y enseigne l'arithmétique appliquée, la tenue des livres, l'histoire et la géographie générales, les sciences physiques et naturelles, le dessin linéaire, d'ornement, d'imitation.
Quant aux garçons et aux filles qui désirent faire des études spéciales, le conservatoire national de musique et l'école nationale des beaux-arts à Dijon leur sont gratuitement ouverts.
Société de secours mutuels. — La société de secours mutuels entre les instituteurs et les institutrices, créée en 1863, comptait, au 1er janvier 1879,509 membres participants. L'actif de la société s'élevait à 90 082 fr. La cotisation annuelle est de 10 fr. L'état prospère de cette société lui permet de servir une pension aux membres participants âgés de cinquante-cinq ans et sociétaires depuis dix ans. 52 pensions de 40 fr. chacune ont été servies en 1879; 10 pensions nouvelles et de même somme seront servies en 1880.
Sociétés d'émulation. — 1° Châtillon-sur-Seine. La société d'instruction de Châtillon a pour but de venir en aide à l'instruction primaire dans les écoles publiques du canton. A cet effet, elle donne des livr< s aux bibliothèques, du matériel scolaire, des fournitures et des vêtements aux élèves les plus nécessiteux. Elle n'a pas d'action directe sur le personnel ; tout se fait par l'intermédiaire et sur l'avis de l'inspecteur de l'arrondissement.
Elle a dépensé en 1878 pour fournitures de livres, vêtements, etc., une somme de 500 fr.
2° Beaune. Une société d'émulation y compte 280 membres versant chacun une cotisation annuelle de 12 fr.; elle est administrée par un comité
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GOÏES-DU-NORD
élu en assemblée générale. Elle exerce son actions COTES-DU-NORD (département des). — Superfi
sur l'école des garçons par voie d'encouragement et de secours : elle fournit des objets de classe et des vêtements aux enfants des familles pauvres; en outre, elle achète pour l'école les cartes, dessins, etc., nécessaires à l'enseignement, et des ouvrages pour la bibliothèque scolaire. Elle abonne l'école à des publications pédagogiques. Chaque année, elle procure aux meilleurs élèves les moyens de faire un voyage scolaire dans quelques centres industriels. Elle accorde annuellement des gratifications à l'instituteur et aux adjoints : 1 050 fr. ont été dépensés cette année pour cet objet. Enfin, elle aide, à l'occasion, d'anciens élèves à payer les frais d'un apprentissage, ou à continuer leurs études dans une école spéciale.
Une société analogue s'organise pour l'école de filles; elle va fonctionner incessamment.
3° Semur. Le Cercle bourguignon de Semur poursuit le même but que les sociétés de Châtillon et de Beaune; plus de 400 lecteurs ont, en 1877, fréquenté sa bibliothèque.
Le Conseil général de la Côte-d'Or subventionne ces trois sociétés.
Co?iclusion. — La situation qui ressort des données ci-dessus prouve que déjà les moyens matériels d'instruction sont largement mis à la portée des populations de la Côte-d'Or : locaux, mobiliers, écoles, bibliothèques et musées scolaires, sociétés d'émulation, fondations et libéralités diverses, témoignent des sacrifices consentis en faveur de l'instruction populaire et des sympathies qu'elle attire. De leur côté, les instituteurs se pénètrent de plus en plus de leurs devoirs. Les méthodes s'améliorent, l'enseignement commence à s'animer d'un souffle libéral et patriotique, et tout en appelant l'attention de leurs élèves sur des faits dont le département a été le théâtre et qui appartiennent à l'histoire nationale, tels que la lutte héroïque et la chute de Vercingétorix à Alise, le combat de Fontaine-Française, la résistance opposée par les habitants de Saint-Jean-de-Losne à l'armée impériale de Galas, la généreuse défense de Dijon en 1870, les instituteurs de la Côte-d'Or auront souci d'insister sur des gloires d'un autre ordre, de familiariser les enfants avec les noms de compatriotes qui sont l'honneur du département. La liste en est longue; nous ne citerons que les plus illustres : saint Bernard, Bossuet, Rameau, Piron, Buffon, Guyton de Morveau et Prieur de la Côted'Or, organisateurs de l'Ecole polytechnique, et Gaspard Monge, l'un de ses fondateurs ; Carnot, organisateur des armées qui ont défendu la France républicaine, Jacotot, inventeur de la méthode universelle d'enseignement, Rude, etc.
De plus, les bibliothèques de Dijon, Beaune, Châtillon et Semur, le dépôt des archives départementales, le musée de Dijon, un des plus riches musées de province,le musée d'histoire naturelle, le musée botanique, offrent de précieuses ressources aux maîtres d'élite, qui ont le goût des études sérieuses et le désir d'agrandir le champ de leurs connaissances.
En résumé, l'avenir de l'instruction populaire dans ce riche et beau département s'entrevoit sous un jour favorable. Mais, disons-le en terminant, il faut, avant tout, des instituteurs virilement formés dans l'école normale ou ailleurs, qui, dégagés des habitudes d'un passé disparu et animés de l'esprit de leur temps, puissent se consacrer de tout cœur et sans réserve à leur noble tâche, qui est de préparer des citoyens à la France républicaine. t Nous devons la plupart des renseignements historiques contenus dans cet article, ainsi qu'un grand nombre des détails concernant l'état actuel de l'instruction primaire dans la Côte-d'Or, à l'obligeance de MM. Maucourt, inspecteur d'académie, et Gaudelette, inspecteur primaire à Dijon
cie,6885.6kilom. carr.(classéau 20e rang des départements, sous le rapport de l'étendue); 641210 habitants en 1872, 630 967 habitants en 1876 (hommes 300 906, femmes 330051), classé au b.« rang des départements, sous le rapport de la population ; densité de la population : 91.6 habitants par kilomètre carré. Cinq arrondissements : Saint- Brieuc, Dinan, Guingamp, Lannion et Loudéac ; 48 cantons, 389 communes.
Population d'âge scolaire. — Le recensement de 1872 avait constaté dans le département l'existence de 93144 enfants de 6 à 13 ans (46 480 garçons et 46 664 filles), soit 14.52 enfants d'âge scolaire sur 100 habitants; les chiffres du recensement de 1876 sont 94 339 enfants de 6 à 13 ans (45 948 garçons, 48 391 filles), soit 14.95 enlants d'âge scolaire sur 100 habitants. Il y a donc eu en quatre ans une légère augmentation.
I. Historique de l'instruction primaire. — 1° Avant 1789. — M. Gaultier duMottay, conseiller général des Côtes-du-Nord, correspondant du ministère de l'Instruction publique, l'un des hommes les plus érudits du pays, qui s'est livré à des recherches minutieuses dans les archives départementales et communales, a bien voulu nous communiquer une note relative aux petites écoles primaires qui pouvaient exister dans le pays avant 1789. Nous en extrayons les détails suivants.
Jusqu'à la fin du siècle dernier, les évoques avaient, comme on le sait, la direction de l'enseignement primaire. Un concile tenu en 1583, à Tours, dont la province de Bretagne dépendait ecclésiastiquement, décide au chapitre De scholis, qu'on exhortera les recteurs (curés) à installer des écoles dans leurs paroisses. C'est probablement à la suite de cette injonction qu'un grand nombre de petites écoles s'établirent dans les diocièses bretons. Les statuts de Saint-Brieuc, édités en 1606, invoquent aussi un édit de Henri IV, de la même année, pour tout ce qui concerne la tenue de ces modestes établissements. Mais ces mêmes statuts, réédités en 1723 par Mgr de la Vieuville, s'occupent d'une manière toute spéciale de l'enseignement primaire. On y lit, art. 12 : « Il n'y a point d'établissement plus avantageux au public que celui des petites écoles Nous exhortons nos recteurs à entretenir soigneusement celles qui sont établies dans leurs paroisses, et à procurer, par toutes sortes de moyens, un secours si nécessaire dans les lieux où il n'y en a point. Nous n'admettons aucune personne à faire dans notre diocèse les fonctions de maître et de maîtresse d'école, à moins que nous ne soyons assuré de ses bonnes vie et mœurs et de sa capacité pour cet emploi. » L'art. 13 ajoute : « Nous défendons de recevoir les garçons
et les filles dans la même école Ordonnons que
pour les garçons les écoles seront tenues par des hommes ^t que les jeunes filles seront instruites dans une école séparée, par des filles, femmes ou veuves d'une probité reconnue. »
Ces prescriptions sont également contenues dans les statuts de Saint-Malo, publiés par Mgr Le Gouverneur en 1612 et 1620. Ce prélat rappelle qu'en 1350 et 1434, ses prédécesseurs s'étaient, en ce qui concerne les petites écoles, conformés aux ordonnances du concile de Latran, de l'an 1178. On peut donc conclure de ce qui précède, que des écoles primaires étaient établies dans les Côtes-du- Nord, depuis un temps très reculé.
Toutefois, en ce qui concerne l'histoire de ces écoles, nous sommes obligés de nous en rapporter, le plus souvent, aux traditions locales, qui nous représentent de vieux militaires, d'anciens maltôtiers, des femmes vouées auxbonnes œuvres, et d'autres personnes bienveillantes, donnant aux enfants, tant bien que mal, une instruction très bornée. Des prêtres, n'ayant qu'un faible revenu pour vivre,
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quittaient leur unique soutane après les offices du matin, pour revùiir un costume moins susceptible d'usure, se livraient à des travaux manuels, réunissaient autour d'eux les enfants des villages qu'ils habitaient. Tels étaient, avant 1789, dans nos campagnes, les agents de l'instruction primaire.
Un statut du concile de Vaison qui, en 520, ordonnait dans chaque cure de campagne l'installation d'une petite école pour les enfants pauvres, était bien oublié, si jamais il avait été mis en pratique; et pourtant tous les registres de nos paroisses rurales nous donnent la preuve, en nous montrant de bonnes et correctes écritures, que cette éducation, si difficilement acquise et si difficilement donnée, ne laissait pas de produire, dans une certaine mesure, de bons résultats.
On peut faire remonter, dans les Côtes-du-Nord, comme on vient de le dire, les établissements spéciaux d'instruction primaire à une date reculée. A part les écoles qui ont existé, souvent d'une manière intermittente, près des cathédrales deSaint-Brieuc et. de Tréguier, ce sont principalement des communautés de ville, des congrégations religieuses ou des hommes dévoués qui ont pris l'initiative de cet enseignement. Dans les campagnes, quelques recteurs (curés), assistés du général (conseil municipal) de la paroisse, réussirent aussi à constituer de petits établissements scolaires qu'on confiait à quelque personne, homme ou femme, d'une honorabilité reconnue.
Les plus anciens documents que nous connaissions sur les écoles sont signalés par M. Ropartz ; il parle d'une instance soutenue en 1516, par les bourgeois de Guingamp, à propos des écoles de cette ville. Ils envoyèrent , l'année suivante , chercher à Pestivien a Maître Loys Le Baron, mestre d'escholle, affin qu'il eust prins la charge des escholles dud'.t Guingamp. » Le Baron n'accepta pas ou ne convint pas à l'emploi qu'on lui avait confié, paraît-il, car en 1519 on envoyait à Mesle (Pestivien) offrir à un autre individu, maître Jehan Lalaimat, l'honneur de tenir les mêmes écoles. Les gages de cette charge étaient, en 15G6, de 10 livres 10 sols, que reçurent chacun Jehan Marchand et Jehan Bellom, maîtres d'école ; mais en 1603, ces gages étaient montés à 24 écus par an. Les classes se faisaient, à cette époque, dans une maison que possédaient à Guingamp les moines de Bégard.
11 résulte de documents conservés aux archives municipales de Lannion, que trois écoles existaient dans cette ville à, la fin des guerres de la Ligue, en 1592 : l'une était au Porchon, ou couvent des Augustins ; l'autre près de la place du Miroir; enfin, la troisième sur la place de Baly; mais elles étaient toutes les trois dirigées par le même maître, qui s'y rendait à des heures différentes.
En 1606, un collège fut établi à Guingamp avec une classe primaire ; la communauté de ville nomma, en 1G2I, maître Charles Haquart pour maître d'école et précepteur de la jeunesse, « parce qu'il aura de gages 120 livres par chacun an. » On lui imposa les conditions suivantes :
« 1° Parce qu'il aura un second (maître adjoint) pour l'assister à faire leçon aux moins avancés ;
» 2° Qu'ils entreront deux fois le jour en classe, devant et après dîné ; le matin à huit heures pour en sortir à onze heures en été et en hiver l dix heures ; le soir à trois heures et en sortiront à, six en été ; en hiver, ils entreront à deux heures et en sortiront à, quatre heures et quatre heures et demie, selon la longueur des jours;
» 3° Qu'il fera une fois la semaine le catéchisme et apprendra a. ses écoliers les rudiments de la doctrine chrétienne;
» 4° Qu'aux processions, il les fera marcher
devant, en rang, sans tumulte, ni insolence ;
» 5° Qu'à l'église, il les fera mettre en certain lieu, ayant l'œil dessus, afin qu'ils ne fassent aucune chose indigne du lieu;
» 6° Qu'ils exerceront les écoliers, tant en public, qu'en privé, par disputes et déclamations. »
Cette dernière partie du règlement serait encore bonne à prescrire aujourd'hui ; dans la majeure partie des écoles, les enfants ne sont même pas exercés à discuter la valeur des mots qui se trouvent journellement dans leurs livres et sous leur plume.
Le xvne siècle vit naître dans les villes un certain nombre de congrégations enseignantes; voici, par ordre chronologique, les principaux faits à signaler :
16V4. — Fondation des Ursulines de Saint- Brieuc, pour l'instruction des petites filles pauvres.
1625. — Les Calvairiennes s'établissent à. Saint- Brieuc. C'étaient des religieuses cloîtrées, recevant seulement de jeunes pensionnaires, mais en petit nombre. La même année, fondation des Ursulines de Tréguier ; ouverture immédiate d'une classe pour les petites filles.
1654. — Les Ursulines arrivent à Guingamp et s'occupent de l'instruction des jeunes filles pauvres et aisées de la ville.
1667. — Les Filles de la Croix sont fondées à Tréguier, et dès leur arrivée, elles s'occupent de l'éducation de la jeunesse de leur sexe.
1676. — Fondation à Guingamp de la Maison de charité du refuge. C'était, en même temps qu'une maison de correction, un établissement qui contenait ce qu'on appelle aujourd'hui un ouvroir et une classe pour les petites filles.
1699. — Une dame Duparcde Lezardo, veuve d'un chevalier de Saint-Louis, qui avait été liée avec Mme de Maintenon, fonda en 1699, à Tréguier, une maison dont l'objet était l'instruction des filles pauvres de la campagne, la visite des indigents à domicile et la tenue des bureaux de charité. On donna le nom de Paulines à ces religieuses qui firent diverses fondations dans le pays, notamment à Pontrieux, eu 1703, et à Pédernec en 1705. Cet ordre a disparu en 1790.
Le xvme siècle fut témoin de nombreuses fondations d'écoles dans le département ; une congrégation toute spéciale y prit naissance en 1706, dans la paroisse de Plérin; voici dans quelles circonstances :
Un chanoine de la collégiale de Saint-Brieuc, qui jouissait d'une grande réputation de prédicateur missionnaire, M. Leuduger, réunissait de temps en temps, dans sa commune natale, au Légué, quelques jeunes filles adonnées aux bonnes œuvres. Leur principale occupation était de faire l'école aux petits enfants, dans leurs villages respectifs ; il leur donna une règle de conduite qu'elles suivirent jusqu'en 1728, époque où elles furent reconnues par l'évêque de Saint-Brieuc, sous le nom de Sœurs des écoles charitables. Ce fut le noyau des Filles du Saint-Esprit, dont l'ordre compte aujourd'hui plus de î 100 membres. Le livre de lecture dont elles usaient était intitulé : Bouquet de la Mission; c'était l'œuvre de M. Leuduger, une explication du catéchisme moins indigeste que le Devoir actuellement suivi dans nos classes. En 1715, deux de ces écoles charitables existaient à Plérin, l'une au bourg, l'autre au Légué. D'autres écoles semblables étaient fondées au bout de quelques années : à Trévé, en 1751 ; à Lanvollon, en 1762 ; à Andel, en 1768 ; à, Pléguien en 1777 ; à Plantel, en 1778, etc.
Les autres faits intéressants qu'offre le xvnit siècle sont les suivants :
1711. — Les sœurs de charité, filles de saint Vincent de Paul, sont appelées à Saint-Brieuc et
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installées dans la rue Madeleine où elles donnent l'éducation aux enfants pauvres.
1725. — On appelle à Lannion une sœur hospitalière de Saint-Thomas de Villeneuve pour « instruire, gouverner et soigner les hommes, garçons, femmes et filles renfermés audit hôpital, les élever dans la crainte de Dieu et de la sainte Vierge Marie, sa mère, dans la retenue et modestie, si nécessaires aux chrétiens et particulièrement au sexe, afin que chacun en tire de l'édification. » 1733. — Le comte de La Garaye fonde une école charitable dans la commune de Taden.
1746. — C'est cette année que les frères des Écoles chrétiennes ou de Saint-Yon sont venus s'établir à Saint-Brieuc, dans la rue Vicairie ; leur établissement a toujours été florissant depuis leur arrivée.
1751. — L'ordre de la Sagesse, fondé à Saint- Laurent-sur-Sèvres, fut appelé à Dinan, en 1753, par le comte de La Garaye, cité plus haut et bienfaiteur de tout son pays, pour donner l'instruction aux enfants pauvres et « servir à domicile du bouillon et des remèdes aux malades indigents ; » M. de La Garaye dépensa, à cet effet, plus de 40 000 livres. Nous croyons que le livre de lecture qui fut le plus employé dans cette école et les écoles voisines était le Catéchisme de Saint-Malo, diocèse duquel l'arrondissement de Dinan faisait partie : il fut imprimé à Saint-Malo, en gros caractères, dans le courant de l'année 1768.
1754. — Le même comte de La Garaye fonde une école charitable à Etables, le 12 août 1754.
Il ne paraît pas que les Etats de Bretagne aient encouragé les établissements scolaires. Le budget de cette assemblée pour 1773-1774 porte seulement des subventions pour les écoles de chirurgie de Rennes et de Nantes, pour des cours publics d'accouchement, pour un maître do manège à Rennes et les écoles publiques de dessin de Rennes et de Nantes.
L'article 35 de l'édit du mois d'avril 1695 porte que les maîtres et les maîtresses de toutes les petites écoles seront approuvés par les curés des paroisses, et par les archevêques et évêques, ou leurs archidiacres.
On peut citer un grand nombre d'arrêts du Parlement de Bretagne, rendus conformément à cet édit, et notamment celui du 26 décembre 1716. Cet arrêt défend au sieur Vassal, de Châteaugiron, « et à tous autres de la province, de tenir les petites écoles, ni d'aller montrer dans les maisons particulières aux enfants, sous peine de 50 livres d'amende, et d'être procédé contre eux, ainsi qu'il appartiendra. »
Nous complétons ces renseignements en reproduisant les réponses faites par les Conseils d'arrondissement à la circulaire du 25 ventôse an IX, par laquelle le ministre de l'intérieur Chaptal demandait quel était le nombre des établissements d'instruction publique, dans chaque arrondissement, avant la Révolution, ce que ces établissements étaient devenus, et quelles propositions les Conseils auraient à faire concernant leur rétablissement (les originaux se trouvent aux archives départementales):
Arrondissement de Saint-Brieuc. — « Il n'y avait d'établissements d'instruction publique que dans la seule ville de Saint-Brieuc; ils y étaient au nombre de deux : l'un était le collège, l'autre une école pour l'enfance, tenue par les frères des Écoles chrétiennes ou Ignorantins.
» L'école des frères était tenue par trois frères •de cette société; ils avaient environ 200 élèves. Elle avait été fondée le 3 septembre 1746 par le doyen du chapitre de la cathédrale de Saint-Brieuc, messire Jean-Baptiste de Kersaliou. Elle n'avait d'autres revenus qu'une rente de 750 livres, provenant de fonds placés sur le clergé par le fondateur. La maison qu'ils occupaient leur apparte-
nait. Ils furent expulsés en 1791 et leur maison fut aliénée pour en doter l'hospice de Saint-Brieuc et remplacer d'autant ses biens vendus.
b Des trois frères tenant l'école, l'un s'est marié à Saint-Brieuc et y vit : les deux autres se sont retirés on ne sait où.
» L'école des frères offrait des avantages si généralement reconnus que le Conseil du deuxième arrondissement se dispense de les développer. Deux des principaux étaient l'uniformité et la stabilité d'une instruction graduelle et l'économie.
» Le Conseil d'arrondissement est convaincu qu'il serait de la plus grande utilité de réunir au moins deux instituteurs dans chacune des communes de Lamballe, Moncontour, Quintin, Châtelaudren, Lanvollon, Paimpol et Etables, afin d'y établir des écoles propres à préparer des élèves pour les écoles centrales et à donner un degré d'instruction qui suffirait à plusieurs classes de citoyens. Une petite partie de leur traitement pourrait se prendre sur les centimes additionnels de la commune où serait l'établissement. Les familles des élèves en fourniraient une autre; mais dans ce pays peu riche, la bienfaisance du gouvernement devrait le compléter en appliquant à chaque établissement une petite partie des domaines nationaux en revenus et en édifices nécessaires à l'école. » (Séance du 9 floréal an IX.)
Arrondissement de Guingamp. — « Il y avait dans l'arrondissement, avant la Révolution, trois établissements d'instruction publique : le premier à Guingamp, un maître et environ 30 élèves; le deuxième à Saint-Michel, dépendant de Guingamp, un maître et 10 élèves ; et le troisième à Plouguernével, près de la ville de Rostrenen, dans le fond d'une campagne, trois maîtres avec un supérieur et environ 300 élèves. Tous ces maîtres étaient des ecclésiastiques et s'occupaient principalement des études relatives à l'enseignement secondaire. » (Séance du 11 floréal an IX.)
Arrondissement de Lannion. — « Il n'existait dans l'arrondissement de Lannion que le collège de Tréguier, comprenant un principal et six professeurs, tous ecclésiastiques, fréquenté par environ 400 élèves. » (Séance du 10 floréal an IX.)
Il n'y a aucune pièce relative aux arrondissement de Dinan et de Loudéac.
2° Depuis 1789. — Les frères des Écoles chrétiennes furent rappelés à Saint-Brieuc en 1817 par M. J.-M. de La Mennais, alors vicaire-général, qui leur donna 10,000 francs pour frais d'établissement. Peu après l'école fut reconnue communale.
Dans cette même année 1817, M. de La Mennais établit, dans sa maison de la rue Notre-Dame trois jeunes gens venus du pays breton. Ce fut le noyau d'un institut chargé de donner l'instruction aux enfants pauvres, et surtout à ceux des campagnes. Les instituteurs sortis de cette maison allèrent l'année suivante diriger des écoles dans plusieurs communes du département. En 1819, M. de La Mennais s'entendit avec M. Deshayes, curé d'Auray, qui poursuivait le même but, et, en 1820, l'Institut des frères de l'instruction chrétienne fut fondé. Aujourd'hui, la maison mère est établie à Ploërmel (Morbihan), et les frères de l'instruction chrétienne sont répandus non seulement en Bretagne, mais dans plusieurs départements de France et aux colonies.
A ce nom de M. de La Mennais se rattache encore la fondation d'une importante école de filles, celle de la Providence de Saint-Brieuc. Plusieurs dames conçurent en 1816, à la suite d'une mission, la pensée d'instruire des enfants pauvres. Ml|eBagot, l'une d'elles, s'établit avec quelques mendiantes dans la rue Notre-Dame, et entreprit de les former aux soins d'un ménage agricole. Cette œuvre est continuée, depuis la mort de la
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vénérable fondatrice, par les filles du Saint-Esprit. Les autres dames de la congrégation naissante ouvrirent, en 1818, l'école de la Providence, et reçurent leur règle de M. de La Mennais, en 1821. Cet ordre comprend, outre la maison mère établie à Saint-Brieuc, plusieurs succursales dans les Côtes-du-Nord et dans l'Ille-et-Vilaine.
En 1838, un ecclésiastique dévoué, mort depuis quelques années, l'abbé Garnier, fonda à Lamballe un institut pour les sourds-muets. Cet établissement, transféré à Saint-Brieuc en 1852, a continué de rendre aux enfants qui le fréquentent, au nombre de plus de 80, les plus grands services, d'abord en les instruisant dans la lecture et l'écriture, puis en leur apprenant un état qui leur permet de vivre quand ils sont sortis de l'institut.
Signalons encore la colonie agricole de Saint-ilan, fondée en 1843 par un généreux philanthrope, M. Du Clézieux, en faveur des enfants abandonnés, et ses trois succursales de la Lande au noir, de Broondineuf, et du Tertrain.
Nous résumons dans les tableaux ci-dessous les données statistiques que nous possédons sur le développement de l'instruction primaire dans les Côtes-du-Nord depuis 1821 :
En 1821, d'après l'almanach de l'Université, les Côtes-du-Nord comptaient 85 écoles primaires.
En 1829, le nombre des écoles était le suivant dans chacun des cinq arrondissements :
Écoles
Saint-Brieuc.
Dinan
Guingamp.. .
Lannion
Loudéac
de garçons
de li H es
Total
Voici le nomrre des écoles primaires, publiques et libres, pour la période de 1834 à 1877 :
Écoles publique» Écoles libre» Total
Division des écoles publiques et libres en écoles de a arçons, écoles mixtes, et écoles de filles.
Écoles
de garçons mixtes de filles
312 (y compris les 256 568 écoles mixtes)
Division des écoles publiques et libres en écoles laïques et écoles congréganistes.
Écoles laïques
Écoles congréganistes
de garçons ou mixtes
de filles
\li
de garçons ou mixtes
de filles
Total
Nombre des communes : 1° n'ayant aucune école; 2° n'ayant pas d'école de filles.
Communes n'ayant pas
d'école de filles.
Manque.
H7 (dont 103 de plus de •500 âmes).
Communes n'ayant
aucune école.
Nombre d'instituteurs et d'institutrices, y comprit l?s adjoints et adjointes.
Instituteurs
Institutrice!
laïques congréganistes laiqut- eOBgrégU >
Nombre total d'élèves, et nombre des élèves qratuits, dans les écoles primaires de toute nature.
Total des élèves
Elèves grat
Il 399
Manque
En 1832, il y avait 190 élèves inscrits sur 10 000 habitants; en 1877, il y en avait 1 144 sur 10 OOu
habitants.
Salles d'asile.
Nombre des établissement*
Nombre des cours d'adultes et de leurs auditeurs.
Nombre des élèves
Nombre des cours Hommes Femmes
Nombre des auditeurt Hommes Femmes
Brevets. — Le nombre des brevets délivrés de 1834 à 1878 a été le suivant :
Instituteurs.
1834-1850 151 brevets élémentaires, 17 brevets supérieurs. 1851-1867 182 brevets obligatoires, 4 brevets complets. 1868-1878 247 — 25 —
Institutrices.
1836-1850 149 brevets élémentaires, 1851-1867 314 brevets obligatoires, 1868-1878 86o —
Certificat d'études primaires. — Les examens du certificat d'études primaires ont été introduits dans les Côtes-du-Nord en 1874.
Voici le tableau des résultats obtenus :
Nombre de candidats Certificats obtenu* Garçons Filles Garçons Filles
16 brevets supérieurs.
3 brevets complets.