COURS ÉLÉMENTAÏRE,MOYEN,SUPÉRIEUR
— Sous le nom de Cours, on distingue, dans notre: système d'instruction primaire, les divers degrés d'études, les grandes périodes et les divisions générales qu'il comprend normalement. Une école, qu'elle ait plusieurs classes ou qu'elle n'en ait qu'une, n'est organisée, n'offre une gradation logique et pédagogique, n'est enfin, comme disent si bien les Américains, une graded school (école graduée), qu'à la condition d'avoir réparti ses programmes et ses élèves en un certain nombre de groupes principaux qui répondent à des niveaux d'instruction successifs, distincts et bien déterminés. Ce sont ces groupes d'élèves, différant les uns des autre par l'âge moyen et par la moyenne de l'instruction, qui constituent le noyau des différents cours superposés dans une école primaire complète.
Un cours n'est ni une classe, ni une division. Il peut être plus ou moins qu'une classe : une école rurale qui réunit en une seule classe, sous un seul maître, les élèves de tout âge, peut néanmoins et doit avoir trois cours, c'est-à-dire grouper ses élèves en trois séries, les tout jeunes, les plus avancés, ceux de force intermédiaire ; à chacun de ces groupes s'adressera un enseignement de valeur et de portée différente, bien que donné dans la même salle, parle même maître, peut-être dans les mêmes heures de leçon. Réciproquement, dans une grande école à classes nombreuses, un cours peut contenir deux ou trois classes, soit parallèles, soit distinguées seulement par une faible inégalité de niveau. Dans l'un et dans l'autre cas l'idée essentielle des trois cours est absolument distincte de l'idée de classe ; elle résulte d'un groupement qui a pour éléments tout à la fois l'âge des élèves, la durée normale des études, et l'étendue des programmes à parcourir.
Cette idée est tellement naturelle qu'elle se retrouve sous d'autres noms dans le règlement modèle du 17 août 1851 :
« Art. 16. — Les élèves de chaque classe seront partagés en trois divisions au moins, selon leur degré, et autant que possible selon leur âge.
» Art 17. — Dans la première division, l'enseignement comprendra la récitation des prières et du catéchisme du diocèse, la lecture, l'écriture et les premières notions du calcul.
w Dans la deuxième division, il aura pour objet la récitation du catéchisme et l'histoire abrégée de l'Ancien Testament, la lecture courante, l'écriture, le calcul et les éléments de langue française (théorie et pratique).
» Dans la troisième division, il embrassera les matières de la division précédente avec plus de développements, l'histoire abrégée du Nouveau Testament, les manuscrits ou cahiers autographiés et le système métrique.
»Art. 18. — Les élèves qui recevraient, en tout ou en partie, l'enseignement des matières énono
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dans la deuxième section de l'article 23 de la loi organique (matières facultatives), formeraient une division séparée.
» Art. 19. — Les élèves d'une même division devront se servir de livres semblables. »
Depuis lors, le mot de division a perdu ce sens, pour ne plus designer qu'une section de classe, et dans l'acception qui nous occupe ici, il a été, selon nous, très heurcusement'remplacé parcelui de cours, qui exprime mieux l'idée d'un degré d'enseignement où les élèves sont de môme force, ont les mêmes livres, font les mêmes exercices, doivent atteindre le même résultat. C'est, croyons-nous, à M. Gréard qu'est due l'introduction de ce mot avec cette acception toute spéciale dans le langage administratif et scolaire. Les cours ainsi entendus sont, dans les grandes écoles primaires, ce que sont dans les lycées les trois groupes de classes donnant lieu à un examen de promotion : classes élémentaires, classes de grammaire, classes d'humanités. Ils sont, en outre, le seul moyen d'établir, soit entre les diverses écoles d'une grande ville, soit même entre toutes celles d'un département ou d'une académie, une correspondance ou une analogie suffisante pour qu'un élève, passant de l'une à l'autre, trouve en quelque sorte sa place marquée, et puisse reprendre à peu près au même point ses études interrompues.
En combien de cours doit se diviser régulièrement une école primaire? C'est un avis presque unanime aujourd'hui que le nombre de trois correspond et suffit à la distribution rationnelle des élèves comme à la répartition graduée des matières du programme. Un cours élémentaire où les enfants sont initiés aux éléments de toutes les connaissances primaires ; un cours intermédiaire ou moyen qui représente en quelque sorte l'enseignement primaire en plein exercice, dépassant les éléments, mais ne dépassant pas le strict nécessaire des premières études ; un cours supérieur enfin, offrant aux plus âgés, aux plus assidus ou aux plus intelligents quelques développements complémentaires, quelques aperçus plus relevés, quelques exercices plus délicats, bref la révision des mêmes matières, mais traitées d'un peu plus haut et plus largement.
Quelques auteurs soutiennent qu'un cours préparatoire formerait un point de départ bien utile. S'il s'agit d'une classe enfantine*, sorte de passage entre la salle d'asile et l'école proprement dite, nous y applaudissons de grand cœur. Si l'on veut, au contraire, retenir les enfants de sept à huit ans, qui débutent à l'école, dans une sorte de stage qui consistera à les préparer à la classe proprement dite par l'habitude du silence, de l'immobilisme et des exercices de lecture mécanique, nous ne saurions y opposer une trop vive résistance. Que le cours élémentaire soit aussi restreint, aussi modeste, aussi enfantin qu'il le faudra pour commencer, mais qu'il soit un cours et non pas une garderie, qu'il fasse partie intégrante de l'école, qu'il en ait la vie, la variété, l'intérêt, le bon effet intellectuel et moral, bien loin d'être l'apprentissage de l'ennui, de la monotonie et de la routine scolastiques. On trouverait peut-être encore chez nous des écoles dans lesquelles les mots s'entendent ainsi : cours élémentaire, où les élèves apprennent à lire ; cours moyen, où ils lisent et écrivent ; cours supérieur, où ils lisent, écrivent et calculent. Rien n'est plus contraire à la nature des enfants, à l'esprit des règlements scolaires, au but même de l'école, rien n'est plus formellement condamné par la saine pédagogie.
Les trois cours sont trois degrés d'enseignement; chacun des trois doit éveiller, développer dans une certaine mesure toutes les facultés de l'enfant; chacun par conséquent doit comprendre les divers exercices qui concourent à cette première et harmonique culture des facultés : les ob-
jets qu'ils embrassent diffèrent d'étendue et non dénature. Nous ne saurions, pour le prouver, citer un texte à la fois plus précis, plus méthodique et autorisé par une plus large expérience que le tableau comparatif ci-après (V. p. 6J0), qui résume l'esquisse des trois cours tels que les a fixés k Paris l'organisation pédagogique due à M. Gréard.
Pour le nombre des élèves à placer dans ces différents cours, les conditions de promotion, les examens de passage et de sortie, etc., V. l'article Organisation pédagogique, ainsi que les mots auxquels il renvoie {Classes, Classement des élèves, Divisions, etc.).
PAYS ÉTRANGERS. — Nous avons, au mot Classes, indiqué déjà, pour la plupart des pays de l'Europe et pour les Etats-Unis, les divers degrés ou divisions de l'école primaire correspondant à ce que dans le système inauguré par les écoles de Paris on appelle des cours. Nous complétons ces renseignements par quelques détails relatifs aux pays pour lesquels la gradation des diverses parties du programme primaire est essentiellement distincte du partage de l'école en classse.
ANGLETERRE. — Dans les écoles primaires publiques soumises aux prescriptions des Actes parlementaires de 1870, 1873 et 1876, le Code scolaire publié chaque année par le département d'éducation distingue six degrés d'examen [standards of examination), qui ne sont pas à proprement parler des cours successifs, mais qui en supposent l'existence : l'instituteur prépare ses élèves à passer l'examen suivant un programme plus ou moins difficile, et par conséquent doit donner aux écoliers qui travaillent en vue de tel ou tel standard of examination un enseignement plus ou moins élevé. Le premier standard n'exige que la lecture d'un court paragraphe d'un livre, contenant des mots de plus d'une syllabe; la copie d'une ligne d'imprimé, sur l'ardoise ou sur le cahier, avec la dictée de quelques mots usuels; enfin l'addition et la soustraction de nombres n'ayant pas plus de quatre chiffres, ainsi que la connaissance de la table de multiplication jusqu'à six fois douze. Pour le sixième standard, les conditions de l'examen sont les suivantes : savoir lire couramment et avec expression ; réciter 50 lignes de prose, ou 100 lignes de poésie; écrire une dictée ou une lettre, dans laquelle il sera tenu compte de la composition, de l'orthographe, de la grammaire et de l'écriture ; connaître les proportions, et les fractions ordinaires et décimales; faire l'analyse logique et grammaticale d'une phrase complexe; connaître les éléments de la géographie générale, et les éléments de l'histoire d'Angleterre jusqu'à la fin du règne de Georges III.
AUTRICHE. — D'après le plan d'études du 18 mai 1874, les élèves de l'école primaire, même lorsque l'école n'a qu'une classe unique, sont groupés en trois divisions ou cours, la première comprenant les élèves de première année, la seconde ceux de deuxième, troisième et quatrième année, la troisième ceux des quatre dernières années. Le tableau d'emploi du temps pour chacune de ces trois divisions au cours est le suivant (les chiffres du tableau désignent le nombre d'heures par semaine) :