COURS PRATIQUE DES SALLES D'ASILE
— Fondation du cours . — Ses noms divers . — Le Cours pratique des salles d'asile, dont le siège est à Paris, 10, rue des Ursulines, a pour objet de former des directrices et sous-directrices de salles d'asile. Nous trouvons son berceau, rue Neuve- Saint-Paul, n" 12, dans le quartier Saint-Antoine; la charité privée créa cette école en 1847. sous le nom de Maison d'études pour les salles d'asile, et en fit d'abord tous les frais.
Une femme au cœur ardent, M"* JulesMallot*, dont la vie s'est dépensée en bonnes œuvres, voulut introduire, dans les asiles de Paris, la méthode des Infants' sc/iools ; elle pria à cet effet l'une de ses amies, M"" Millet*, d'aller en Angleterre étudier la pratique de ces écoles de l'enfance, et de recueillir tous lesrenseignements utiles . Au retour de celle-ci, la Maison 'l'éludes fut fondée ; u ie jeune institutrice dont l'habileté était éprouvée, et qui devait devenir célèbre, mademoiselle Marie Carpantier plus tard madame Pape-Carpantier) fut appelée à diriger le cours normal. M. de Salvandv", neveu de
COURS PRATIQUE
COURS PRATIQUE
madame Mallet, était alors ministre de l'instruction publique; ardent lui-même et généreux pour les intérêts de l'éducation populaire, il prit la nouvelle œuvre sous son patronage; sa circulaire aux préfets (20 août 1847) indique avec précision, et recommande le but de l'institution : « Les bienfaits sans nombre que répandent les salles d'asile sont de plus en plus appréciés ; mais pour obtenir ces résultats, il faut que ces établissements soient
dirigés selon les principes éprouvés S'assurer
par une surveillance continue, exercée pendant plusieurs années, du caractère et de l'aptitude de chaque candidat, reconnu préalablement digne, par la pureté de sa vie antérieure, de la mission qu'elle doit remplir, l'éducation de l'enfance; lui enseigner tout ce qu'elle doit savoir pour la remplir convenablement ; former ainsi des directrices pénétrées de la sainteté de leur tâche, et aussi des sujets capables de pourvoir ultérieurement aux besoins de l'inspection, tel est le but qu'on s'est proposé d'atteindre en ouvrant la Maison d'études provisoire pour les salles d'asile. »
En 18'»8, la Maison d'études change de nom et reçoit un caractère public : « Il est institué, près l'académie de Paris, une Ecole maternelle normale pour l'instruction des fonctionnaires des écoles maternelles, en remplacement de la maison provisoire établie à Paris, rue Neuve-Saint- Paul.
» Il s'y fera tous les ans deux cours d'études, chacun de quatre mois, y compris les examens.
» Une école maternelle sera annexée à l'Ecole normale » (Arrêté du 28 août 1848.)
L'arrêté précité, portant la signature de M. Carnot, reconnaissait en même temps les salles d'asile comme établissements d' 'instruction publique ; l'ordonnance du 22 décembre 1837 les qualifiait : Etablissements charitables.
Ce titre si justifié d'Ecole normale est remplacé en 1852 par celui de Cours pratique des salles d'asile. Ce changement fut demandé par la Commission de surveillance ; on voulait par cette dénomination préserver le Cours de la défaveur dont semblaient frappées alors les écoles normales.
Plus tard mieux avisée et sous une autre inspiration, la Commission de surveillance demande à l'unanimité que M. le tministre rende au Cours pratique son premier titre d'Ecole normale (6 octobre 1866).
Enfin, le 19 décembre 1878, -au titre de Cours pratique est désormais joint le nom de madame Pape-Carpantier ; un décret du président de la République, rendu sur le rapport de M. Bardoux, ministre de l'instruction publique, consacre ainsi « la mémoire de l'institutrice renommée qui a dirigé le cours avec une grande compétence pendant 27 ans. Le Cours pratique des salles d'asile, est-il dit au décret, prendra le nom d'Ecole Pape-Carpantier (Cours pratique des salles dasile). »
Commission de surveillance. — A l'origine, en 1S47, la maison d'études de la rue Neuve-Saint- Paul était placée sous la surveillance d'un comité de dames choisies dans la commission supérieure des salles d'asile (cette commission est devenue plus tard le Comité central, 16 mai 1854). En 1S48, lorsqu'elle devint Ecole normale, un arrêté ministériel (7 septembre) institua une Commission spéciale de surveillance. Cette Commission, aux termes d'un arrêté ultérieur (13 avril 1S49), « est spécialement chargée de la surveillance de l'Ecole normale pour tout ce qui regarde l'administration, l'enseignement et la discipline. Elle propose les mesures qu'elle juge utiles pour le bien de l'École ; elle donne son avis sur tout ce qui a rapport à l'admission des aspirantes ou à l'exclusion des élèves ; elle dresse chaque année le budget de
l'École et contrôle la comptabilité générale de l'établissement. »
La Commission soumet au ministre les programmes d'enseignement, dresse la liste des aspirantes jugées dignes d'entrer à l'École ; elle préside aux examens intérieurs, et s'assure par ses visites de l'ordre qui règne dans toutes les parties du service.
Enseignement à l'origine et ses transformations. — Les fonctionnaires de l'Ecole normale étaient à l'origine (arrêté du 28 août 1848) :
1° Une directrice des études, chargée spécialement des services relatifs à la direction des écoles maternelles ;
2° Une maîtresse d'instruction scolaire ;
3° Une maîtresse de musique ;
4° Une maîtresse de dessin ;
5° Un économe.
Un arrêté ministériel (8 janvier 1850) a supprimé l'économat, et chargé la directrice des fonctions d'économe ; mais par une autre décision (1er juillet 1873), et sur la demande de la Commission de surveillance, un agent spécial a été chargé de la tenue de la comptabilité ; un des membres de la Commission fait fonction d'ordonnateur des dépenses. Au solde mensuel des dépenses par des crédits spéciaux, a succédé la pratique des budgets annuels et des règles de comptabilité adoptées pour les écoles normales primaires.
Il n'existait pas en 1848 d'école annexe. La directrice donnait dans 1' école normale un enseignement théorique dont les élèves allaient suivre l'application dans une salle d'asile de Paris. Cette lacune fut comblée en 1851, lorsque l'École fut transférée rue des Ursulines.
L'arrêté du 13 avril 1849, portant règlement pour la distribution de l'enseignement, le partage en exercices pratiques et en leçons théoriques.
« Les exercices pratiques auront pour objet de familiariser les élèves surveillantes avec les procédés suivis dans les salles d'asile les mieux dirigées. Ces exercices auront lieu dans un asile spécial dit école pratique, annexé à l'Ecole normale et destiné à recevoir les enfants de l'un et l'autre sexe, dont le nombre sera fixé par la Commission de surveillance.
» Les leçons théoriques auront pour objet :
» 1° L'instruction morale et religieuse ;
» 2° L'exposé des procédés qui doivent être suivis dans les salles d'asile ;
» 3° L'enseignement des notions scolaires applicables aux salles d'asile ;
» 4° Le chant élémentaire ;
» 5° Les éléments du dessin linéaire applicable aux objets les plus usuels;
» 6° La connaissance des dispositions réglementaires qui concernent les salles d'asile. »
C'est l'organisation actuelle de l'Ecole, mais qui n'a été que successivement réalisée par les compléments de cours jugés nécessaires ; ainsi, l'établissement du cours de géographie en mai 1857 et l'adjonction de maîtres externes.
Le personnel de l'Ecole se compose, outre la directrice et l'aide-économe, de trois maîtresses adjointes résidant dans la maison et enseignant: 1° le français et le calcul; 2° la géographie avec notions historiques, et la couture; 3° la musique vocale ; de deux professeurs externes d'instruction religieuse et de dessin.
La directrice est chargée de la lecture, de l'enseignement pédagogique, des notions d'hygiène applicables à l'enfance ; elle fait connaître, en outre, les principaux règlements d'enseignement primaire, notamment les règlements des salles d'asile.
Elèves internes et externes. — L'École, à l'origine, admettait des élèves boursières internes et externes : jusqu'au mois de juillet 1S75, époque
COURS PRATIQUE
COURS PRATIQUE
de la fusion des deux cours en un seul, le nombre des élèves externes a été relativement assez considérable, mais l'externat était reconnu comme une source de difficultés pour la discipline et de trouble pour les études; la Commission de surveillance, sans écarter absolument les externes, décida qu'il fallait se montrer sévère pour leur admission ; les demandes d'externat sont devenues très rares; il n'y en a pas eu pour le cours actuel fl87ï) .
Conditions de l'admission. — Un arrêté pris en Conseil supérieur de l'Instruction publique règle, le 5 avril 1 850, les conditions imposées pour l'admission à l'École, et fixe le programme de l'examen que doivent subir les aspirantes. Cet examen, fait avec une très grande indulgence, amenait fréquemment à l'École des élèves trop faibles pour en suivre les cours avec un réel profit. Pour y remédier, et lors de la fusion des deux cours (30 juillet 1875), le ministre, sur la proposition de la Commission de surveillance, a révisé le programme, et a de plus arrêté que les textes des épreuves, choisis par la Commission, seraient envoyés, sous pli cacheté, à l'inspecteur d'académie de chaque département; les compositions, transmises à l'administration centrale, sont renvoyées par ses soins à la Commission de l'Ecole.
Voici le texte du programme officiel des conditions d'admission et des examens à subir avant et pendant le séjour à l'École :
« Les aspirantes doivent adresser à M. le ministre de l'instruction publique, avant le 15 juillet, une demande d'admission au cours, soit comme boursières internes, soit comme boursières externes.
» Cette demande doit être faite sur papier timbré et accompagnée des pièces suivantes:
» 1° L'acte de naissance de l'aspirante ;
» 2° L'acte de mariage, si l'aspirante est mariée ;
» 3° L'acte de décès de son mari, si elle est veuve ;
» 4° Un certificat de moralité délivré par le maire de la commune, et, à Paris, de l'arrondissement, et par le maire de chacune des communes ou de chacun des arrondissements où l'aspirante a résidé dans le cours des trois dernières années. Le dernier certificat doit avoir au plus un mois de date.
» 5° Un certificat constatant que l'aspirante a été vaccinée, et que sa santé lui permet de se livrer à l'enseignement.
» Les aspirantes doivent être âgées de dix-huit ans au moins et de trente au plus.
» Les mêmes conditions sont imposées aux personnes qui sollicitent la faveur d'êtrç admises au cours en qualité de pensionnaires payantes. Le prix de la pension est de GO fr. par mois.
» L'examen d'admission se compose d'épreuves écrites et d'épreuves orales.
» Les épreuves écrites comprennent :
» 1° Une dictée d'orthographe d'une vingtaine de lignes environ, empruntée à, un livre classique. Cette dictée sert en même temps d'épreuve d'écriture ;
» 2° La pratique des quatre opérations fondamentales sur les nombres entiers et les nombres décimaux, avec application au système métrique ;
» 3" Le dessin simple d'un objet usuel.
» Les épreuves orales se composent :
» 1° D'interrogations sur l'instruction religieuse (catéchisme et histoire sainte) ;
» 2° D'une lecture expliquée ;
» 3° De l'analyse d'une phrase simple au tableau ;
» 4° De quelques questions élémentaires sur le système métrique ;
» 5° De quelques questions sur la géographie physique et la géographie générale ;
» 6° Du chant de la gamme et d'un air simple et facile.
» Les aspirantes subissent, en outre, une épreuve de couture.
» Pour les aspirantes de Paris, l'examen d'admis-
sion a lieu à Paris, au siège même de l'établissement, devant la Commission de surveillance de l'École.
» Dans les départements, cet examen est fait au chef-lieu de l'arrondissement j ar une commission, composée de l'inspecteur primaire, président, d'un ministre du culte professé par l'aspirante, et d'un membre délégué par le recteur.
» Les examens commencent, à Paris et dans les départements, le premier lundi d'août.
» Les aspirantes qui, pendant la première quinzaine de leur séjour a l'école, se montrent inférieures à ce que les résultats de l'examen préalable avaient fait espérer d'elles, cessent de faire partie de l'établissement, après avis de la Commission de surveillance.
» A l'expiration du quatrième mois, toutes les élèves subissent un examen do passage. Celles dont les progrès n'ont pas été suffisants, et qui, faute de travail, d'intelligence ou même de santé, font présager un insuccès en fin d'année, ne sont pas admises à suivre la seconde partie du cours.
» Les aspirantes déjà pourvues d'un brevet de capacité ou d'un certificat d'aptitude peuvent, sur r*Vîi de la Commission de surveillance, être dispensées de l'examen d'admission ; elles doivent joindre ces pièces à leur demande, ainsi qu'une attestation constatant qu'elles ont la voix juste.
v Les élèves admises comme internes n'ont à apporter à l'établissement que leurs effets personnels ; tout le reste leur est fourni par l'école. »
Durée du cours. — Le cours est de huit mois (30 juillet 1875) ; il s'ouvre le 15 octobre et se termine le 15 juin (arrêté d'avril 1878).
Depuis longtemps la faiblesse des épreuves d'admission pour nombre d'aspirantes, et les difficultés croissantes de l'examen pour le certificat d'apûdude, montraient l'insuffisance de la durée de quatre mois assignée à chaque cours.
Un grand nombre d'élèves ne pouvaient être présentées ou échouaient à l'examen final ; elles sollicitaient une seconde bourse pour un deuxième cours, parfois même une troisième. La Commission demanda bien des fois que les deux cours fussent réunis en un seul; son vœu a été entendu. Le cours dure actuellement huit mois sans interruption. Il en résulte dans les études une suite et un enchaînement qui n'étaient pas possibles avec deux cours. L'enseignement théorique s'élève, et l'on a tout le temps de se familiariser avec la méthode et les exercices des salles d'asile; le succès des élèves aux examens pour le certificat, dans ces dernières années, atteste ces deux résultats. Il convient aussi de tenir compte de l'action morale qu'exerce sur l'esprit un plus long séjour à l'école; en matière d'éducation le temps est un élément précieux; un plus long commerce des élèves avec la directrice et les maîtresses adjointes devra porter ses fruits.
Nombre des élèves. — Depuis sa création on 1847, l'École a reçu 1792 élèves, dont 872 ont obtenu à Paris le certificat d'aptitude, et 50 environ, ayant échoué à Paris, se sont piésentées avec succès dans les départements. Depuis la fusion des deux cours, 102 élèves sur 132 ont réussi aux examens; le nombre des échecs diminue chaque année; on n'en compte que deux dans la dernière session, et encore l'une des ajournées est une Suédoise qui était complètement ignorante du français au commencement du cours. Quatre autres de ses jeunes compagnes, venues comme elle de la Suède, mais déjà habituées à notre langue, ont subi l'examen avec succès ; elles porteront, comme d'autres qui les ont précédées, la méthode et les procédés des salles d'asile, ainsi que notre esprit national, dans un pays qui aime la France.
Règlements de l'Ecole. — Les règlements actuels de l'École ont été délibérés par la Commission do
COURS PRATIQUE