‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 286 sur 547 · COURTALON · texte numérisé non relu

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surveillance dans sa séance du 10 mai 1875, et approuves par le ministre. Ils comprennent :

1° Le régime disciplinaire et le régime intérieur ;

2° Le régime des études (matières et distribution de l'enseignement); — nous en avons déjà résumé le tableau;

3° L'emploi du temps.

Ces règlements sont très scrupuleusement observés ; ils assurent l'ordre et le travail.

Situation matérielle de l'Ecole. — Ce ne fut qu'en 1851 que l'École fut transférée dans le bâtiment qu'elle occupe aujourd'hui, et qui, l'année suivante, devint la propriété de l'État. D'importants travaux y furent exécutés en 1856, sans pouvoir toutefois donner satisfaction à tous les besoins; en présence du nombre croissant des élèves, les divers locaux, classes, dortoirs, réfectoire, devenaient d'année en année trop petits. La question d'un nouveau transfert fut souvent agitée. L'année 1873 fut marquée sous ce rapport par une grande amélioration ; sur la demande et le rapport motivé du président, l'État fit l'acquisition d'une maison contiguë; les travaux de réparation et d appropriation furent commencés en octobre ; au printemps de 1874, le Cours pratique fut enfin installé d'une manière plus conforme à ses besoins.

Mais l'Ecole n'eut pas à ce moment, et n'a pas encore la jouissance de tous les locaux ; en l'état, trente-sept élèves seulement peuvent trouver place soit dans les dortoirs, soit dans les salles de classe, qui laissent même à désirer pour les dispositions et l'espace. A défaut d'un bâtiment nouveau, de nouvelles installations dans la partie de l'immeuble dont l'Ecole n'a pas encore pris possession seraient nécessaires pour améliorer le service et recevoir un plus grand nombre d'élèves. Le gouvernement s'efforce d'augmenter le nombre des salles d'asile : l'Ecole chargée de préparer les directrices devra par conséquent former un plus grand nombre de sujets; l'intelligente direction des salles d'asile est à ce prix.

Salle d'asile annexe. — Il faudrait surtout que la salle d'asile annexe, si défectueuse aujourd'hui, fût elle-même tout un enseignement, et offrît aux élèves, futures directrices, un type dont le souvenir pût les guider plus tard dans l'exercice de leur profession et dans les avis qu'elles pourraient avoir à exprimer pour la construction ou les aménagements des asiles.

Si le local laisse tant à désirer sous le rapport de l'installation, un enseignement non moins profitable aux élèves-maîtresses qu'aux enfants en rachète les vices matériels. Le ministre, M. Jules Ferry, a pu constater dans la visite dont il a tout récemment honoré l'école (7 novembre 1879). que la méthode française (règlement du 22 mars 1855), telle que l'ont voulue les règlements et sur laquelle portent les examens, est appliquée avec sûreté et intelligence; les chants des enfants, les évolutions en cadence qui les récréent, et donnent satisfaction à leur besoin de mouvement sans être le bruit, et surtout la leçon de choses qui met si vivement l'esprit et l'âme des enfants en communication avec l'institutrice, ont excité tout l'intérêt de M. le ministre. La directrice actuelle, mademoiselle Dosquet (nommée par arrêté du 1er octobre 18 74) et ses adjointes ont reçu ses hautes félicitations. L'école applique la méthode française, sans ignorer toutefois la méthode Frœbel ; les élèves ne quittent pas le Cours sans en connaître la théorie et les principaux exercices, ceux des jeux dont l'application est le plus pratique; Y asile emprunte même à sette méthode quelques exercices, notamment le :l<"ssin sur ardoise et les papiers quadrillés. Une :ommission (arrête du 29 octobre 1879) étudie en ;e momemun projet de révision de l'organisation

de l'enseignement dans les salles d'asile; on voudrait, sans changer en rien la condition d'établissement des asiles, en modifier dans certains cas la direction pédagogique, de manière à diminuer la distance gui sépare Vasile de V école proprement dite (Circulaire du 30 octobre 1879). Ce projet doit être soumis au Conseil supérieur. L'Ecole présente dès ce moment, dans son personnel, tous les éléments de succès pour l'intelligence et l'application d'une nouvelle pédagogie. [Ad. Mourier.] i

COURS PUBLICS. — Les dispositions de la loi du 15 mars 1850 concernant les écoles primaires sont applicables aux cours publics sur les matières de l'enseignement primaire (L. 15 mars 1850, art. 77). Toute personne qui veut ouvrir un cours public sur les matières de l'enseignement primaire doit donc, conformément aux art. 25, 26 et 27 de la loi précitée, avoir vingt et un ans accomplis, être pourvue du brevet de capacité, et avoir fait, un mois avant de commencer ses leçons, une déclaration d'ouverture * dans la forme prescrite. Les Conseils départementaux peuvent cependant accorder la dispense des conditions prévues par la loi, notamment en ce qui concerne l'application du dernier paragraphe de l'art. 54 qui interdit de recevoir dans les écoles d'adultes des élèves des deux sexes. La décision des Conseils départementaux à cet égard est sans appel. Les autorisations et dispenses sont toujours révocables. Les autorisations ne sont valables que pour un an. Toute excursion dans le champ de la polémique religieuse ou politique est absolument interdite (Cire. 23 janvier 1865).

L'autorisation et les dispenses laissées à la discrétion des Conseils départementaux par l'art. 77 de la loi du 15 mars 1850 ne peuvent, quand il s'agit d'étrangers admis à jouir des droits civils, être accordées que par le ministre de l'instruction publique, «n Conseil supérieur; lesdites autorisations et dispenses sont toujours révocables dans les mêmes formes (Décr. 5 décembre 1850, art. 6). V. Etrangers. [L. Armagnac]

COURTALON (Jean-Charles). — Poète, érudit, historien, né à Dieuville, en 1735, mort en 1786. Curé de Sainte-Savine de Troyes, il s'occupait avec intelligence de l'éducation de la jeunesse. Le 17 mars 1784, il publia, dans le Journal de Troyes, un Projet en faveur des petites écoles des campagnes, qui donna lieu à une polémique très curieuse, dont nous reproduisons quelques extraits. « Trop souvent, dit le savant curé, le magister est un jeune homme qui n'a ni vocation, ni aptitude, ni méthode, ni discipline ; il veut échapper à la milice. Il sort de l'école, il a été enfant de chœur dans sa paroisse, il sait lire jusqu'à trouver l'office du jour dans son livre d'église, il écrit machinalement et sans principes, il fait tant bien que mal les premières règles de l'arithmétique; il chante au lutrin, il a une voix de stentor, il se pavane dans l'église avec une chape sur le corps, on le croit habile, peu s'en faut qu'il ne veuille faire la loi à son curé. » Ce critique sévère n'est l'ennemi ni de l'instruction, ni des maîtres ; au contraire, il veut que dans chaque ville épiscopale on établisse une espèce de séminaire laïque, où tous ceux qui veulent diriger une école soient forcés de passer un certain temps ; ils y recevront des leçons d'écriture, d'arithmétique, de plain-chant; on leur fera des conférences sur la religion, dans l'ordre du catéchisme. Les paroisses trouveraient dans cette institution de bons maîtres, et la jeunesse serait mieux instruite. « Nous sommes dans un siècle de bienfaisance, ajoute-t-il, et cette bienfaisance a fait des établissements qui ne paraissent pas plus utiles que celui que je propose. »

Ce projet d'établissement d'un séminaire laïque souleva des protestations. « Puisque les temps ont consacré l'usage des maîtres d'école, écrit un ano-

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nyme, qui signe le Chev.de B. .. , il faut laisser au curé le soin de le choisir, de rélever et de l'instruire. » Le maître d'école de Mesnil-Saint-Loup repousse l'idée d'un séminaire ; il a été élevé à l'école de son village, et « sans vanité, dit-il, je puis faire apprendre aux enfants leurs prières et le catéchisme, je sais leur enseigner, par principes, à lire, à écrire, les règles de l'orthographe et de la ponctuation ; je possède la méthode du plain-chant, sans avoir une voix de stentor. Je n'ai pas besoin du secours de barème pour calculer ; je délie qui que ce soit de se servir, plus sûrement que moi, du demi-cercle et de la boussole, du graphomètre et de la planchette, de la chaîne et de l'odomètre. Je suis familiarisé avec le rapporteur et l'échelle de l'arpenteur ; un directeur de séminaire ne m'apprendrait pas à réduire les différentes divisions, les différents enclos en trapèzes, en parallélogrammes , et surtout en triangles. »

Le Journal de Troyes (1784, p. 41, 55, 102, 151) donne la suite de cette discussion, dans laquelle un bourgeois de Mézières, François Guillot, fait preuve d'un grand bon sens; on y trouve sur l'état des écoles et la valeur des maîtres des renseignements du plus haut intérêt.

Le curé de Sainte-Savine a laissé divers ouvrages d'érudition et un recueil de poésies.

[L. Maggiolo.]

COUSIN (Victor). — Écrivain et philosophe français, né à Paris le 28 novembre 1792, mort en 1867. Son père était horloger. Il fit de brillantes études au lycée Charlemagne, et, en rhétorique, au concours général des lycées, il remporta le premier prix de discours latin, c'est-à-dire le prix d'honneur. Une place d'auditeur au conseil d'Etat lui.fut offerte ; il préféra alors la carrière de l'instruction publique et entra à l'Ecole normale. L'enseignement de Laromiguière, comme il l'a luimême raconté, décida de sa vocation philosophique; les leçons de Royer-Collard* et la lecture des ouvrages de Maine de Biran imprimèrent à ses idées la direction fortement spiritualiste qu'elles n'ont pas quittée. Dès 1815, à peine âgé de vingt-deux ans, il suppléait Royer-Goîlard dans la chaire de philosophie moderne de la Faculté des lettres de Paris, et attirait à son cours une jeunesse encore peu nombreuse, mais enthousiaste, devant laquelle il expliqua d'abord les théories de l'Ecole écossaise, puis la philosophie de Kant. Les appréhensions que ses doctrines libérales inspiraient au gouvernement de la Restauration firent suspendre son cours en 1821. Il profita de ses loisirs forcés pour visiter l'Allemagne, fut arrêté à Berlin et emprisonné sur le faux soupçon d'appartenir à la secte des carbonari , rentra bientôt après en France, remonta en 1828 dans sa chaire sous le ministère réparateur de M. de Martignac, et signala ce second enseignement par des succès si éclatants qu'ils sont restés l'honneur de l'Université de France. La révolution de juillet offrit à son ambition de nouvelles et plus hautes perspectives. Il devint conseiller de l'Université, pair de France, membre de l'Académie française et de l'Académie des sciences morales et politiques. En 1840, il occupa pendant six mois le ministère de l'instruction publique, sous la présidence de M. Thiers. Les événements qui suivirent le coup d'Etat du 2 décembre 1851 amenèrent sa retraite de la scène politique dans les premiers mois de l'année suivante. Mais rendu à la vie privée, dans l'habitation qui lui avait été conservée à la Sorbonne, seul avec sa riche bibliothèque, avec ses souvenirs et quelques amis, il continua de s'intéresser aux fortunes diverses de l'Université, aux vicissitudes de la philosophie, à tous les travaux de l'esprit. Il donna de nouvelles éditions de ses anciens ouvrages, et enrichit la littérature nationale de savantes et gracieuses études sur les femmes françaises du xvn* siècle. Tous

les hivers il quittait Paris, et allait demander à Cannes le soleil du midi. Ce fut là qu'il mourut presque subitement le 14 janvier 1807.

Comme philosophe, M. Cousin est un de ceux qui ont, avec Royer-Collard et .'.laine de Biran, contribué le plus à ramener dans la voie du spiritualisme les esprits alors captivés par les doctrines équivoques de Locke, de Condillac et de leurs successeurs. Dans ses cours de 1815 à 1820, dans ceux de 1828 à 1830, dans tous ses ouvrages, depuis ses Fragments de philosophie, publiés en 1826, jusqu'à son admirable livre Du vrai, du bien, tt du beau, publié en 1853, il n'a cessé d'enseigner, avec la plus haute éloquence, qui ne nuisait ni à la profondeur des idées, ni à la précision des formules : que l'homme ne réside pas tout entier dans l'impression passagère produite sur ses organes par les objets extérieurs ; que sous la sensation se cache dans l'intimité de notre être un fonds d'idées et de jugements que les sens n'expliquent pas et qui nous élèvent au-dessus du monde sensible ; que le désir ne se confond pas avec la volonté ; que celle-ci a pour caractère essentiel d'être maîtresse d'elle-même, c'est-àdire libre; qu'étant des agents libres, nous devons répondre de. nos actes ; que la vertu a droit au bonheur, et que ne l'obtenant pas dans cette vie, elle doit l'obtenir dans une autre existence ; que l'âme ne saurait être confondue avec le corps, et Dieu avec le monde ; que la divine providence n'est pas une force aveugle, ignorée d'elle-même, mais une sagesse infinie, ayant conscience de ses propres perfections et connaissantles œuvres qu'elle produit, l'univers qu'elle gouverne. Ces vues dogmatiques, sublime écho des doctrines qui avaient prévalu en France au xvne siècle, se complétèrent de bonne heure chez M. Cousin par des vues historiques aussi vastes que profondes. Il estimait en effet que sa philosophie ne pouvait pas se séparer de son histoire, disons mieux, qu'elle existait tout entière dans les écrits des philosophes d'où il suffirait de la tirer par un choix habile de ce qu'ils contenaient de plus excellent. De là le nom ^éclectisme dont M. Cousin s'est lui-même servi pour caractériser sa doctrine. Fidèle à ses maximes, il interrogea la sagesse de tous les pays et de tous les temps ; il employa une partie de son activité à traduire ou à publier les œuvres des philosophes les plus illustres. C'est ainsi qu'il a donné une traduction des œuvres complètes de Platon et du premier et du deuxième livre de la métaphysique d'Aristote, et des éditions de Proclus, d'Abélard et de Descartes.

Mais c'est trop nous arrêter sur la carrière philosophique de M. Cousin ; une autre part de sa vie a pour nous un intérêt tout particulier : nous voulons dire ses travaux relatifs à l'instruction publique, lesquels furent aussi nombreux qu'importants.

Son début dans cet ordre d'études fut le rapport qu'il adressa en 1831 à M. de Montalivet, alors ministre de l'instruction publique, sur l'état de l'enseignement dans quelques pays de l'Allemagne et particulièrement en Prusse. Ce rapport, riche en documents, fut le prélude de la loi de 1833 sur l'instruction primaire. M. Cousin, qui avait aidé M. Guizot à préparer cette loi, en fut deux fois le rapporteur devant la Chambre des Pairs. Des questions, vivement débattues aujourd'hui, la gratuité et l'obligation, ne préoccupaient alors que bien peu d'esprits. M. Cousin n'avait donc pas à en traiter ; toutefois, en ce qui concerne l'obligation, il fit entendre de graves paroles qui méritent d'être rappelées. « Une loi, disait-il, qui ferait de l'instruction primaire une obligation légale, ne nous a pas paru plus au-dessus du pouvoir du législateur que celle que vous venez de faire sur l'expropriation pour cause d'utilité publique. Si la raison d'utilité publique suffit au législateur pour toucher

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à la propriété, pourquoi la raison d'une utilité bien supérieure ne lui suflirait-elle pas pour faire moins, pour exiger que des enfants reçoivent l'instruction nécessaire à toute créature humaine afin qu'elle ne devienne pas nuisible à elle-même et à la société tout entière ? Une certaine instruction dans les citoyens est-elle au plus haut degré utile ou même nécessaire à la société ? Telle est la question... Il est contradictoire de proclamer la nécessité de l'instruction universelle et de se refuser le seul moyen qui puisse la procurer... » Mais que sera cette instruction imposée à tous dans l'intérêt social ? M. Cousin ne craignait pas de la resserrer dans d'étroites limites, et n'y laissait entrer que l'instruction morale et religieuse, la lecture, l'écriture, les éléments de la langue française et du calcul, et le système des poids et mesures. Mais il approuvait hautement l'institution, dans les communes de six mille âmes, d'écoles primaires supérieures dans lesquelles ces premiers éléments des connaissances humaines seraient développés et complétés.

En voyant M. Cousin demander, il y a plus de quarante-cinq ans, l'enseignement primaire obligatoire, on pense bien qu'il a dû plaider aussi avec chaleur la cause de l'instruction des filles, dont la loi de 1833 ne disait pas un mot. Il est vrai que le projet du gouvernement avait d'abord consacré aux écoles de filles un titre V en un seul article. Mais après une longue discussion, le gouvernement et la Chambre s'étaient accordés pour rejeter cet article et ajourner cette partie importante de l'instruction primaire. C'est alors que M. Cousin réclama vivement contre cet ajournement, qui privait les écoles de filles existantes des bienfaits de la loi nouvelle. Elles échapperont, dit-il, à l'autorité salutaire des nouveaux comités ; les institutrices ne jouiront ni du traitement fixe assigné à l'instituteur primaire, ni, par conséquent, des avantages de la caisse d'épargne et de prévoyance. Il terminait en demandant que ie gouvernement présentât, dans le plus court délai, un supplément à la loi sur l'instruction primaire, relativement aux écoles de filles (Premier rapport présenté à la Chambre des pairs, le 21 mai 1833).

Il n'était pas moins favorable à la création d'une école normale primaire par département.

Dans chaque commune, il voulait que le curé fît partie du comité local chargé de la surveillance. Mais un des points auxquels il attachait le plus d'importance, c'était l'inspection régulière des écoles par des hommes compétents ; et dans la suite de sa carrière, il n'a cessé de signaler le service rendu à l'enseignement populaire par les ordonnances successives qui complétèrent la loi de 1833 en créant un corps d'inspecteurs spéciaux dont celle-ci n'avait pas parlé.

Dans le temps même où il donnait son attention la plus active à l'organisation de l'enseignement primaire, M. Cousin, chargé de la direction de l'École.normale, imprimait une vive et féconde impulsion aux leçons des maîtres, au travail des élèves. Sur sa proposition, la durée des cours fut portée à trois années ; le plan d'études et le programme de l'enseignement furent révisés ; les liens de la discipline furent assurés. Mais une double innovation plus considérable fut : 1° l'établissement d'un concours annuel pour l'admission des élèves ; 2° la division des bourses en bourses entières, réservées aux meilleurs élèves de ( chaque promotion, et en demi-bourses qre les derniers admis se partageaient, sauf à conquérir l'année suivante une bourse entière, comme récompense de leur travail.

Dans son trop court ministère, M. Cousin, il l'a lui-même avoué, s'occupa peu de l'instruction primaire. La loi de 1833, disait-il, a fait un bien immense; ce bien se continue chaque jour ; il faut

le laisser se répandre et s'accroître, sans le troubler par des innovations prématurées. Mais le judicieux et infatigable ministre fit sentir son action à toutes les autres branches de l'enseignement. 11 promulgua pour le baccalauréat ès-lettres un nouveau règlement qui introduisait une version latine parmi les épreuves; dédoubla l'agrégation des lycées en établissant une agrégation des sciences physiques distincte de l'agrégation des sciences naturelles; fonda l'agrégation des facultés des sciences et des lettres ; abolit l'usage de la langue latine dans les examens et les concours des facultés de droit; créa une faculté des sciences à Rennes et ailleurs de nouvelles chaires ; réorganisa les écoles secondaires de médecine et de pharmacie; donna aux lycées un nouveau plan d'études ; prépara un projet de loi sur la liberté de l'enseignement secondaire. On trouverait peu d'administrations qui en six mois aient touché à tant de choses, non pas à la légère, mais avec l'autorité que donnaient le dévouement et l'expérience unis à une raison supérieure, alors même que leurs efforts ne sont pas, sur tous les points, couronnés d'un succès durable.

M. Cousin avait été fréquemment appelé comme pair de France à prendre part aux débats que soulevaient les questions d'enseignement. Mais jamais il n'y fut mêlé d'une manière plus active, avec plus d'éloquence et d'éclat, que lors de la discussion du nouveau projet de loi sur la liberté de l'enseignement, présenté à la Chambre en 1 844 par M. Villemain. Le projet que M. Cousin avait lui-même préparé sur cette délicate matière prouve qu'il ne redoutait pas la liberté et qu'il en comprenait, sinon toutes les conditions, du moins quelques-unes. Mais tandis que le clergé repoussait, comme tyranniqu îs ou dérisoires, les propositions de M. Villemain, M. Cousin les jugeait funestes à l'Université et trop favorables anx écoles ecclésiastiques. Il les combattit donc avec la dernière énergie, ne cédant le terrain que pas à pas. En même temps il prit la défense de la philosophie telle qu'elle était enseignée dans les lycées, repoussa toutes les attaques dont elle était l'objet, et s'appuyant sur une tradition commune à tous les siècles et non pas seulement particulière à notre époque et à notre pays, démontra la connexion de l'enseignement philosophique avec les autres branches des études secondaires, a Oui, certes, disait-il, il faut qu'il y ait dans les collèges un enseignement qui, se liant à tous les autres et les résumant, achève dans le jeune homme l'instruction qu'il a reçue, et lui donne en quelque sorte le brevet de tout ce qu'il a appris sous une autre forme : la connaissance des diverses facultés dont jusque-là il avait fait usage sans s'en rendre compte ; les règles secrètes du raisonnement que tous les esprits bien faits suivent à leur insu ; les lois éternelles de la morale qu'exprimaient déjà toutes les grandes littératures ; enfin les solides fondements sur lesquels repose la foi universelle du genre humain en une âme spirituelle et libre, responsable de ses actes, et sa foi en un Dieu, père et juge de l'humanité. »

En 184G, les changements apportés, sous l'administration de M. de Salvandy, dans la constitution du Conseil de l'instruction publique, amenèrent de nouveau M. Cousin sur la brèche. Il les critiqua amèrement, mais sans succès ; ses plaintes étaient déjà oubliées quand la Révolution de février éclata.

En 1847, M. Cousin prit la parole une dernière fois dans la discussion du projet de loi sur l'enseignement et l'exercice de la médecine, et comme toujours il déploya une verve étincelante. Parmi les opinions qu'il soutint, deux surtout méritent d'être signalées : 1° il rejetait l'institution du concours pour la nomination des professeurs, et fit prévaloir qu'ils seraient choisis, sur une triple

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