‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 289 sur 547 · COUTURE · texte numérisé non relu

COUTURE

CRÈCHES

dangereux ou frivoles. Mais si nous nous plaçons au point de vue scolaire proprement dit, nous devons sans hésiter donner la préférence aux travaux utiles, à ceux qui feront un jour de la jeune fille une ménagère aux doigts industrieux ; renseignement de la couture à l'école primaire, pour avoir une valeur pratique en même temps qu'une valeur éducative, doit porter, non sur les ouvrages de luxe et d'agrément, mais sur l'art indispensable à toute mère de famille, à toute femme honnête : l'art de confectionner et de raccommoder le linge et les vêtements.

Pour intéresser les petites filles à la couture, à laquelle elles préfèrent les ouvrages d'agrément — comme le dessert à la nourriture substantielle, — il faut savoir utiliser leur travail le plus tôt possible. Au lieu de travailler sur un chiffon qui ne pourra servir à rien, nos fillettes, qui ont l'instinct de la dignité, seront toutes fières et plus appliquées si on leur fait ourler des torchons, des serviettes, des mouchoirs pour la famille, des jupons, des pantalons pour elles, voire même rabattre des coutures à des chemises. Il en sera de même du raccommodage, en ne leur faisant entreprendre que ce qui est à leur portée.

La diminution de prix du linge tout fait, depuis l'introduction des machines à coudre, a fait renoncer dans beaucoup de familles à l'ancien usage qui voulait que la jeune fiancée confectionnât ellemême son trousseau sous les yeux de sa mère. La machine peut servir à la confection des vêtements, du linge de fatigue et du linge de ménage ; mais, bien qu'on ait parlé d'une machine américaine qui ferait les reprises, il faut encore jusqu'à nouvel ordre les faire à la main, de même que les boutonnières, les brides, les œillets, les surjets, le point de chausson, le point de côté, etc. La machine ne fait que la chaînette, propre à soutacher, et la piqûre (simple ou double) propre à glacer les vêtements ouatés, à faire des coutures, à border, mais qui ne convient pas pour ourler le linge fin.

Or, si la confection du linge, de la lingerie et des vêtements apporte une économie réelle dans les familles, le raccommodage n'y demeure pas moins une indispensable nécessité, sous peine de désordre et de ruine.

« Il y a une proportion inquiétante de femmes de condition moyenne, de femmes d'ouvriers, qui n'aiment pas raccommoder. Est-ce que vous, instituteurs, vous ne voyez pas trop souvent venir à l'école des enfants en guenilles ? Et vous, institutrices, n'êtes-vous pas affligées de la présence de filles aux bas troués, au corsage attaché avec des épingles, aux manches pendantes sans boutons ? Pourquoi les mères vous les envoient-elles dans cet état? Est-ce le temps qui leur manque? Non. C'est l'ordre, c'est l'habitude du travail...

» Par un amour-propre mal entendu, les mères ne donnent pas volontiers, pour la leçon de couture, du linge à raccommoder ; plusieurs même ne donnent rien du tout, et considèrent comme perdu le temps consacré à cet enseignement.

» L'école, répétons-le, n'est pas chargée de

préparer des œuvres exceptionnelles; elle a pour mission l'éducation de l'œil, de la main, du caractère, par des exercices communs, méthodiques et variés. Je suis moins touché de l'excellenc*e du travail d'une élite d'élèves, favorisées par la fortune peut-être, que ûe productions modestes, mais communes à toute une école. »

Ainsi s'exprimait, il y a quelques années, l'auteur d'un article publié dans un bulletin scolaire départemental. Nous ne pouvons que nous associer à ces remarques si justes.

[M«« E. W. Mitchell.]

Nous avons, au mot Aiguille {travaux à l'), indiqué les garanties d'aptitude pour l'enseigne-

ment de la couture dans les écoles de filles, exigées des aspirantes qui veulent obtenir le brevet de capacité. Nous avons en outre signalé, à l'article Coupe et assemblage, le développement donné depuis peu dans un certain nombre d'écoles à cette nouvelle branche d'enseignement, par l'addition de leçons spéciales sur la coupe des vêtements.

Dans les écoles mixtes tenues par un instituteur, une femme est spécialement chargée de diriger les travaux à l'aiguille des filles. — V. Maîtresse de travaux à l'aiguille.

Enfin nous traitons, au mot Manuel (Travail), la question de l'introduction dans l'école des travaux préparatoires à l'apprentissage et aux besoins de la vie usuelle pour les deux sexes.

COUTURIER (Jean). — Né à Dijon en 1760, mort en 1824. Il débuta comme maître de latin, devint principal du collège de Gray sous le Consulat, puis professeur au lycée de Dijon ; il garda ces dernières fonctions jusqu'à sa mort. Couturier est l'auteur d'un ouvrage assez curieux, intitulé Mémoire sur l'instruction publique, dédié aux parents chrétiens, 1815, in-8 (c'est par une erreur d'impression que dans l'article Bibliographie cet ouvrage a été placé à l'année 1811). Dans une seconde édition publiée en 1818, l'auteur nous apprend que son livre a été présenté à la Chambre des députés, mentionné au procès-verbal, et déposé à la bibliothèque de la Chambre le 3 janvier 1816. Le Mémoire de Couturier, écrit sous l'inspiration des passions politiques de l'époque, était digne en effet d'obtenir les sympathies de la Chambre introuvable. Il a la prétention « d'indiquer le moyen de rétablir la religion et les bonnes études ; de restaurer tout à la fois, et l'Eglise de France menacée d'une destruction prochaine, et l'instruction publique. » Son moyen, c'est de supprimer les lycées, où l'on rencontre, dit-il, beaucoup de professeurs impies, et où les maîtres d'études sont presque tous mauvais; de rétablir une société religieuse, qui recevra la jeunesse dans ses collèges, et de remettre partout l'instruction primaire aux mains des congréganistes. « Nous voyons avec la plus vive douleur, dit-il, les enfants des pauvres croupir dans une oisiveté funeste, où s'engendrent tous les vices; nous les voyons continuellement, dans les promenades et sur les places publiques, jouer, se disputer et se battre ; on les y entend dire, chanter des paroles obscènes, et jurer le saint nom de Dieu. Ahl si les frères de la Doctrine chrétienne étaient rétablis dans toutes les villes, ce scandale cesserait à l'instant. »

Voici comment, selon le plan de Couturier, l'instruction publique devrait être réorganisée :

1° Les écoles primaires, dirigées parles frères de la Doctrine chrétienne ;

2° Les écoles secondaires ou collèges communaux ;

3° Les collèges de chefs-lieux, remplaçant les lycées, entre les mains d'une société religieuse ;

4° Les' écoles spéciales, pour le génie, l'art militaire, le droit, et la médecine, toutes organisées en pensionnats, afin que les étudiants puissent être mieux surveillés;

5° Les écoles normales, « pour les élèves qui se destineraient à former la société religieuse à laquelle on confierait les collèges de chefs-lieux. » Les jeunes gens, au sortir de l'école normale, exerceraient d'abord les fonctions de maîtres d'études, et plus tard celles de professeurs.

Ce court résumé suffit pour montrer l'esprit dans lequel est rédigé ce projet, qu'on ne se serait guère attendu à voir sortir de la plume d'un professeur de lycée. Couturier termine son Mémoire par des apostrophes au clergé, au roi, à l'Eglise, où l'exaltation mystique de l'auteur se donne carrière.

CRÈCHES. — La crèche garde pendant la journée l'enfant de quinze jours à trois ans dont la mère est

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obligée pour vivre de travailler hors de son domicile.

L'ouvrière y apporte son enfant quand elle part pour son travail; elle vient l'allaiter, s'il n'est pas sevré, aux heures de ses propres repas; elle le reprend le soir. Elle le conserve auprès d'elle la nuit, le dimanche, et tous les jours où elle ne travaille pas.

La première crèche a été fondée à Paris le 14 novembre 1844 par M. Firmin Marbeau, alors adjoint au maire du 1er arrondissement. M. Marbeau avait constaté qu'il restait une lacune entre la société de charité maternelle, qui secourt la mère au moment de ses couches, et la salle d'asile, qui garde l'enfant quand il a au moins deux ans et qu'il est assez avancé pour n'avoir plus besoin de soins incessants. Pendant la période intermédiaire, l'ouvrière ne trouvait aucune institution qui l'aidât à nourrir et à élever elle-même son enfant ; elle était obligée, ou de renoncer à son travail et de vivre d'aumônes, ou de se séparer de l'enfant pour continuer à gagner sa vie. Elle l'envoyait au loin en nourrice, ou l'abandonnait au logis, seul ou sous la garde peu rassurante d'un aîné qui ne pouvait plus aller à l'école, ou elle le confiait, moyennant un prix très élevé pour elle, à quelque gardeuse presque toujours trop pauvre et trop peu éclairée pour l'entourer de tous les soins nécessaires. Quelques mères, plus malheureuses encore, se délivraient, par l'abandon ou par l'infanticide, d'un fardeau trop lourd pour leur courage.

C'est pour remédier à cette douloureuse situation que fut fondée la crèche, garderie perfectionnée, où la bienfaisance offre à l'enfant, moyennant une modique rétribution, un local salubre, des soins éclairés, et un commencement de pieuse éducation.

Déjà en 1801 madame de Pastoret avait été frappée des mêmes faits, et elle avait réuni rue de Miromesnil douze enfants à la mamelle que les mères venaient allaiter dans les intervalles de leur travail. Mais sans doute l'œuvre ne fut pas comprise, et elle ne dura pas. Madame de Pastoret garda ces enfants jusqu'au moment où ils purent entrer en apprentissage, et elle ne les remplaça pas par d'autres nourrissons; l'oeuvre s'éteignit avec ses premiers élèves, et le souvenir qui en est resté et qui fait bénir le nom de madame de Pastoret est celui d'une salle d'asile plutôt que d'une crèche.

L'œuvre de M. Marbeau eut un meilleur sort ; encouragée dès ses débuts par la presse, par l'autorité administrative, par l'autorité religieuse, par l'Académie française qui décerna un prix Monthyon au petit livre Des Crèches, elle ne tarda pas à se propager. Cinq crèches furent ouvertes à Paris en 1845 et huit en 1846. Melun, Orléans, Lyon, Brest, Strasbourg, Tours, Nantes, etc., eurent bientôt des crèches; la Belgique, la Hollande, l'Italie, Constantinople même suivirent l'exemple de la France.

Mais, aussitôt que l'institution parut avoir gagné sa cause, des objections s'élevèrent, mirent en doute ses bienfaits, et suspendirent pendant quelques années ses progrès.

« La crèche, disait-on, brise le lien de famille en séparant la mère de son enfant.

« L'agglomération des enfants y est dangereuse et meurtrière.

« En supposant même la crèche utile, elle coûte trop cher, et le service rendu n'est pas en proportion avec la dépense. »

Ces objections, souvent réfutées, se reproduisirent jusqu'au moment où l'expérience, juge sans appel, les eut définitivement condamnées.

Ce n'est pas la crèche qui sépare la nn're de son enfant, c'est le travail hors du domicile, c'est la nécessité de gagner un salaire suffisant pour vivre. La crèche est le meilleur remède à une situation qu'elle ne crée pas; elle éloigne moins l'enfant V* Partie.

que l'envoi en nourrice ; elle le soigne mieux que la garderie; elle est préférable à un secours en argent parce qu'elle est le secours en travail. L'argent reçu sans être gagné est trop souvent démoralisateur ; le salaire est plus sain que l aumône.

Les dangers de l'agglomération sont évités par la sagesse du règlement. Les enfants ne passent que la journée à la crèche, et l'air des salles est complètement renouvelé pendant leur absence. Aucun enfant n'est reçu quand il est malade. Le nombre des enfants est limité en raison du volume d'air des salles. La crèche est toujours dans de meilleures conditions hygiéniques que la plupart des logements d'ouvriers; les soins y sont mieu% entendus, le régime plus régulier que dans les familles; la visite fréquente du médecin assure le* soins et l'hygiène. Dans toutes les crèches, les enfants qui sont amenés régulièrement sont généralement mieux portants que les autres; dans toutes on a remarqué que les enfants sont moins bi<:i portants le lundi, à cause des écarts de régime dû dimanche passé hors de la crèche. L'expérience permet donc d'affirmer que l'enfant d'une ouvrière a plus de chance de vivre et de rester robuste s'il est élevé à la crèche que s'il est envoyé en nourrice ou même que s'il est gardé au logis par sa mère.

Quant à la dépense, elle est toujours bien inférieure au salaire que peut gagner l'ouvrière pendant que la crèche garde l'enfant. Elle est inférieure à l'aumône qu'il faudrait donner à la mère pour lui permettre de renoncer à son travail, et qui ne garantirait même pas qu'elle resterait chez elle auprès de son enfant. La dépense peut d'ailleurs être réduite à un chiffre minime quand la nécessité l'exige. Elle s'élève en moyenne, d'après la statistique du ministère de l'Intérieur, à 0 fr. 57 par journée d'enfant ; mais elle s'abaisse à 0 fr. o7 dans la commune rurale d'Ares (Gironde), où le local est donné par le curé, la nourriture et le combustible fournis par los parents.

Un décret du 26 février 1862 et un règlement ministériel du 30 juin suivant constituent toute la législation qui régit les crèches en France.

Le décret du 26 février 18G2 les place sous la protection de l'autorité publique, dans des conditions analogues à celles qui régissent les sociétés de charité maternelle et les salles d'asile.

L'art. 1er définit l'institution en rappelant quelle a pour but <le garder et de soigner les enfants en bas âge dont les mères travaillent hors de leur domicile.

L'art. 2 interdit d'ouvrir une crèche avant que le préfet n'ait déclaré que le local satisfait aux conditions d'hygiène, et que les personnes qui y seront préposées présentent des garanties suffisantes. Ces conditions et ces garanties sont déterminées par le règlement ministériel.

D'après les art. 3 et i, les crèches dont l'organisation est approuvée doivent toutes participer aux subventions annuellement réparties par le ministre de l'intérieur. L'autorité administrative nomme à la présidence et à la vice-présidence des crèches approuvées.

Le règlement arrêté le 30 juin 1862 par le ministre de l'intérieur se divise en trois titres : Dispositions générales communes à toutes les crèches, crèches approuvée?, crèches libres. Ses prescriptions constituent un excellent Guide pratique pour assurer la bonne organisation de l'œuvre et le bon fonctionnement de la crèche. Nous croyons donc utile de les reproduire ici :

« Titre I**. — Dispositions générales.

1. Les enfants reçoivent à la crèche, jusqu'à ce qu'ils puissent entrer à la salle d'asil« ou qu'ils aient accompli leur troisième année , les soins hygiéniques et moraux qu'exige le premier âge.

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Ils ne peuvent y être gardés pendant la nuit. Les enfants sevrés seront séparés, autant que possible, de ceux qui ne le sont pas.

2. La salle ou les salles doivent contenir au moins 8 mètres cubes d'air par chaque enfant.

Elles doivent être éclairées par des fenêtres qui se correspondent, à châssis mobiles en tout ou en partie, ou offrir des renouvellements d'air artificiels.

Toute crèche doit être pourvue d'un promenoir à ciel découvert, ou au moins d'une cour, d'un balcon ou d'une terrasse.

3. Nulle crèche ne peut être ouverte avant que le préfet du département ait fait constater qu'elle réunit les conditions de salubrité ci-dessus prescrites. L'arrêté préfectoral qui en autorisera l'ouverture fixera le nombre d'enfants qjii pourront y être réunis.

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